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Philosophie

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14/07/2017

ℒεṧ ʟїღ☺ü❡℮@üḓṧ ρ@ґ⊥ℯᾔ☂ ℮η √@¢@ᾔ¢℮ṧ

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La cheffe de cabinet et le psychiatre (sculptures avril 2017 © Sonia Marques et JD)

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L'inspecteur  (photographie juillet 2017 © Sonia Marques)

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Papa et maman  (photographie et dessin le 13 juillet 2017 © Sonia Marques)

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Le bouquet final  : BISOUS  (photographie le 13 juillet 2017 © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 17:07

18/04/2017

ℙÅℰѺℵℐѦ

Paesonia (Photographie © Sonia Marques)
Les pivoines, {genre Paeonia du grec ancien >propre à guérir, salutaire) - païônía : pivoine, plante médicinale} sont des plantes à racines tubéreuses, originaires de diverses régions de l’Europe à l’Extrême-Orient, notamment de Chine, où elles sont associées à la ville de Luoyang, ainsi que de l’ouest des États-Unis.
Péon (Παιὠν - Paiôn) était un des plus anciens dieux guérisseurs des Grecs.
Les anciens Grecs dénommaient aussi la pivoine paiônia.
Les astrologues grecs affirmaient qu'il existait une parfaite unité du cosmos, se traduisant par une interdépendance entre les éléments qui le composent. Ils décrivaient ainsi des "chaînes" verticales, reliant entre eux divinités, astres, pierres, animaux, plantes, parties du corps. La plupart des textes astrologiques de l'Antiquité reliaient la pivoine à la Lune : la pivoine croissait et diminuait selon les phases lunaires. Elle avait la vertu de soigner les fièvres cycliques, les éruptions cutanées, et de hâter la cicatrisation des plaies. La pivoine était aussi une plante magique, dont la cueillette était entourée de pratiques rituelles, déconcertantes pour l'homme moderne.

« Cette plante, que l'on appelle aussi γλυκυσίδη / glukusidê, doit être arrachée la nuit ; si on l'arrache de jour, et que l'on est vu par un pivert en train de cueillir le fruit, on risque de perdre les yeux, et si on coupe la racine, on risque la procidence de l'anus » (Histoire des plantes, IX, 8, 6.)

Hokusai-Peonies.jpg
 Tree peony and butterfly (Katsushika Hokusai / 1760-1849)

Par kiwaïda at 12:29

03/02/2017

ᒪᙓ ᔕᗴᒪ ᖱᗴ ᒪᗩ ᐯᓮᗴ

SAL


Salaire, du latin salarium (“solde”), partie de la solde des troupes romaines, versé en sal “sel”.
Le salaire est donc une rémunération pour un travail. L'emploi de salaires bien ou mal distribués, contribue beaucoup à la prospérité ou à la dégradation d'un système, d’un pays, d’un royaume, à la régularité ou au dérèglement des mœurs d'une Nation, et à l'accroissement ou à la diminution de la population. Si le mot « salaire », au sens propre, peut se comprendre comme la récompense d’un service, car toute peine mérite salaire, au sens figuré, c’est une punition, un châtiment qui mérite une mauvaise action, comme avoir le salaire de ses crimes. Le salaire se transforme en punition, lorsqu’un.e employeur.e estime qu’un.e employé.e ne mérite pas son salaire. Il peut être saisi, diminué ou supprimé. L’employé.e peut avoir des dettes, s’endetter. L’employeur.e doit toujours motiver une saisie sur le salaire et l'employé.e doit être averti et passer devant un juge au tribunal. Dans les cas de harcèlements et de discriminations, ces étapes sont rapidement évitées. Les stratégies de l’évitement des « indésirables » sont multiples et ont pour but de diminuer le sel de la vie. Selon certain.es employeurs, il y a des vies qui ne valent pas la peine d'être sauvegardées, protégées et considérées. Il y a des vies jugées faibles et non dignes d'être pleurées.
Ainsi, on peut l'observer, l’emploi de salaires mal distribués contribuent à la dégradation d’un système, d’un pays, au dérèglement des mœurs d’une nation. Dans le déclassement d'un pays, son déclin, on observe un rapport au travail qui entretient des inégalités de salaires, de l'esclavage, une corruption au niveau les plus hauts des gouvernances. Les inégalités continuent de croître, tandis que le pays décline, et les conflits sociaux prennent la forme du racisme, du sexisme, de la xénophobie, de l’homophobie, mais sont habilement moins visibles et donc, difficiles à dénoncer.
Les gouvernances d’un pays corrompu salissent les salariés et leurs attribuent leurs saletés. Elles leurs font payer leur ingérence.
Le masque du racisme s’effectue par des motifs administratifs, qui illustrent La banalité du mal, dont Hannah Arendt (politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine), en 1963 en a conceptualisé une philosophie (dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal) Ce concept a été l’objet de controverses, d’opinions hostiles à l’égard d’Arendt, par de nombreuses incompréhensions. Elle évoque les mécanismes, ou les logiques, qui sont à l’origine de la destruction des populations civiles et qui caractérisent le comportement d’une grande quantité d’exécutants bureaucrates. Arendt parle de crime administratif, appuyant sa nature bureaucratique, et largement accompli par ce qu’elle nomme des criminels de bureaux. Dès les premières observations d’Eichmann, Arendt fut surprise de découvrir qu’il ne portait pas les traits d’une brute, ou d’un monstre, comme le laissait présager l’imaginaire populaire, alors convaincu que seuls ceux-ci étaient capables de tels crimes. Certains pensaient que cette notion revenait à déresponsabiliser les responsables nazis de leurs crimes, de les innocenter, ce qui n’était pas l’intention de la philosophe. La chaîne des agissements malveillants d'apparence neutre sont toujours exercés dans les administrations.

Samuel Tanner, « Réflexion autour de la banalité du mal inspirée d’une conversation avec Jean-Paul Brodeur »,  2012, Extraits :
École de criminologie et Centre International de Criminologie Comparée - Université de Montréal (Canada).

"En effet, Eichmann – comme tout bureaucrate – effectuait des tâches dans un horizon restreint impliquant un travail segmenté, dépersonnalisé, bref de routine. Certes, dans son cas, la bureaucratie nazie tout entière poursuivait une entreprise criminelle qui n’apparaissait pas, ou n’était jamais présentée comme telle. Les victimes n’étaient jamais évoquées pour ce qu’elles étaient, c’est-à-dire des êtres humains, mais plutôt identifiées comme des colis dont il fallait organiser le flux. Ainsi, l’attention des bureaucrates et fonctionnaires nazis, Eichmann compris, bien qu’eux-mêmes impliqués dans le convoyage et la déportation des Juifs vers les camps de la mort, était toute mobilisée et concentrée à établir des listes, dresser des horaires de transport, bref à réaliser un ensemble de tâches techniques en vue de coordonner ces flux. En conséquence, l’action s’évaluait en termes de rendement et d’efficacité plutôt qu’en vertu de ses conséquences humaines – et de facto morales – ultimes. La banalité du mal évoque la civilisation industrielle sous sa forme pervertie et sa version criminelle paroxystique. Elle implique une rupture radicale entre gestes techniques bureaucratiques quotidiens et conséquences – aussi extrêmes soient-elles – en bout de chaîne. C’est parce qu’Eichmann était mû par un zèle tout particulier dans l’application des directives technico-juridiques que requiert la bureaucratie, sans qu’il eût jamais été en contact avec l’horreur des conséquences de ses gestes, qu’il était particulièrement redoutable dans le processus de destruction des Juifs. Le crime administratif, ou moderne, qui évoque un fonctionnement bureaucratique, implique une distance entre le producteur et le consommateur, entre l’agent et la victime. Poussée à son comble, la thèse de la banalité du mal évoque l’Iliade et renvoie au crime de Personne, puisqu’il n’aurait jamais été possible sans les centaines de milliers de fonctionnaires agissant sur le même mode qu’Eichmann au sein d’une bureaucratie qui déresponsabilise et rend les actions anonymes.
Ce qui choque dans cette thèse tient au fait qu’Eichmann ne soit pas le monstre auquel on s’attend dès lors qu’il entre dans le box des accusés. Plutôt, il est le produit du fonctionnement bureaucratique, et ce, à deux égards. Premièrement, il s’agit d’un être qui ne pense pas, c’est-à-dire qu’il ne considère pas la nature de l’action, ou l’entreprise, à laquelle il participe, ni les conséquences inhumaines qu’elle implique. De fait, il agit en l’absence de tout jugement moral. Eichmann n’a envisagé cette entreprise – pourtant criminelle – que sous un angle technique, administratif et bureaucratique plutôt qu’en vertu de cette disposition à vivre avec soi et être engagé dans un dialogue silencieux entre « moi et moi-même », action précisément qualifiée de penser par Arendt. Cette mobilisation par la nature technique des tâches prévient, in fine, l’individu de répondre à la question suivante : « serais-je capable, une fois les événements terminés, de vivre avec le tueur en moi » ? Pourtant, met en garde la philosophe, il serait faux de croire qu’Eichmann ne faisait qu’obéir aux ordres. En réalité, affirme-t-elle, il consentait aux ordres.
Ce consentement est caractéristique de toute bureaucratie moderne, indépendamment de la tâche dans laquelle celle-ci est déployée. C’est une dimension importante de la banalité du mal : Eichmann, tout comme l’ensemble des fonctionnaires, s’est approprié l’esprit du contexte situationnel – tant social que politique – et l’organisation dans laquelle il évoluait. Il a soutenu l’entreprise, bien plus qu’il n’a obéi à ses supérieurs, et son dévouement s’explique en grande partie par un objectif carriériste.
Chaque initiative, qu’elle provienne de la base ou du sommet de la bureaucratie nazie, était appuyée en haut lieu dès lors qu’elle cadrait avec les objectifs absolutistes d’Hitler, définis pour la plupart du temps en termes généraux, s’inscrivant dans l’idéologie nationale-socialiste et à forte saveur émotionnelle. L’initiative est à la base même des dynamiques de radicalisation conduisant à l’extermination des Juifs. Pour autant qu’elle fasse la promotion directe des objectifs du Führer, elle permettait une promotion de carrière immédiate. Compte tenu de la rivalité qui existait entre les différentes instances de la bureaucratie nazie en vue de s’attirer les faveurs du Führer, la « bonne » initiative, celle qui cadrait avec les vues d’Hitler et qui s’intégrait pleinement dans le système bureaucratique nazi, constituait un avantage certain dans la promotion de carrières des fonctionnaires nazis, Eichmann compris. Dès lors, la banalité du mal évoque ce fonctionnement technico-bureaucratique de soutien du système d’avancement de carrière et des rôles attendus par ses représentants."



Notes de l'Unité de recherche migrations et société CNRS Paris 7 et 8 (racisme et discrimination dans le travail) :

L’inégalité de rémunération, l’accès à la promotion, à la formation professionnelle, entre étrangers et français est lisible. L’existence est attestée dans ce que certains auteurs américains nomment « racisme institutionnel », phénomène totalement ignoré en France. Le bénéfice de divers droits dérivés de la qualité de salarié est souvent difficile à obtenir pour les « immigrés » (étrangers, Français d’origine étrangère, Français de « couleur »). Particulièrement pour l’obtention d’un logement. Aux confins des discriminations légales et illégales se situent les différences instaurées par l’administration publique au regard des buts de service ou d’intérêt publics tels qu’ils sont fixés par la loi. Le pouvoir discrétionnaire, c’est-à-dire de libre appréciation, dont dispose de fait l’administration, est le plus souvent conforté par les tribunaux qui statuent sur l’absence de détournement de pouvoir, plus que sur le principe d’égalité. Les actions en justices et les jugements des tribunaux ne constituent pas une source de renseignement. Car il est aisé de laisser entendre que ce sont les « prétendues victimes » qui mésinterprètent ou exagèrent les faits. Les discours sur le monde du travail les excluent presque toujours. Tout ce passe comme s’il n’existait que des cas isolés, condamnables et parfois condamnés, résultant d’actes ramenés à des comportements individuels qualifiés de maladroits, imbéciles et rabaissés au rang d’anecdotes. Les employés sont accusés de ne pas être soigneux, de porter préjudice à l’établissement par leur attitude inadmissible, de salir les équipements, que ce soit de façon volontaire ou non, d’avoir des dettes ou d’être en retard, absents des réunions où ils sont exclus. Tout cela forme des motifs suffisants pour manipuler les salaires, et compromettre l’avenir professionnel des employés. La non prise en compte des actes racistes produite par la culture nationale bloque toute évolution du travail. Les contournements de la loi du travail et de l’égalité des droits deviennent des stratégies de l’évitement des « indésirables ».

UNE VIE BONNE

"Ce qui est ici en jeu, c'est un type d'enquête consistant à se demander quelles vies sont déjà considérées comme n'étant pas des vies, ou considérées comme des vies ne vivant que partiellement, ou comme des vies déjà mortes et envolées, et ce avant toute destruction ou abandon explicites. Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d'être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d'être sauvegardée, protégée et considérée. Il s'agit de quelqu'un qui comprend qu'il ne sera pas pleuré s'il perd la vie, et donc de quelqu'un pour qui l'affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. S'il s'avère qu'aucun réseau social, aucune institution ne me prendrait en charge en cas d'effondrement, alors j'en arrive à relever de la catégorie du "qui-n'est-pas-digne-d'être-pleuré. Cela ne signifie pas qu'il n'y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n'est pas digne d'être pleuré n'a pas de manières d'en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. Alors, oui, celui qui n'est pas digne d'être pleuré participe parfois à des insurrections publiques de grande tristesse, raison pour laquelle il est difficile dans tant de pays de distinguer la procession funéraire de la manifestation. "


Extraits de : Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith Butler, philosophe américaine /
> En 2012, au moment de recevoir le Prix Adorno, Judith Butler se demande s’il est possible de vivre une bonne vie dans une mauvaise vie. Que peut donc signifier mener une vie bonne, une vie vraie quand la plupart sont exposés dans leur chair à la vulnérabilité d’une mauvaise vie ? Comment penser la résistance de la vraie vie à la fausse ? Cette ancienne question de la philosophie morale prend un sens neuf si on la pose dans les conditions concrètes de nos existences.

"La raison pour laquelle quelqu'un ne sera pas pleuré, ou a déjà été jugé comme n'ayant pas à être pleuré réside dans l'inexistence d'une structure d'appui susceptible de soutenir à l'avenir cette vie, ce qui implique qu'elle est dévaluée, qu'elle ne mérite pas d'être soutenue et protégée en tant que vie par les systèmes de valeur dominants. L'avenir même de ma vie dépend de cette condition de soutien. Si donc je ne suis pas soutenu, alors ma vie est jugée faible, précaire, et en ce sens indigne d'être protégée de la blessure ou de la perte, et est donc une vie qui n'est pas digne d'être pleurée. Si seule une vie digne d'être pleurée peut être considérée, et considérée à travers le temps, alors seule une vie digne d'être pleurée pourra bénéficier d'un soutien social et économique, d'un logement, de soins médicaux, d'un emploi, de la liberté d'expression politique, de formes de reconnaissance sociale, et d'une capacité de participation active à la vie publique. On doit, pour ainsi dire, être digne d'être pleuré avant d'être perdu, avant que se pose la question d'être négligé ou abandonné et on doit être capable de vivre une vie en sachant que la perte de cette vie que je suis serait déplorée, et donc que toute mesure sera prise afin de prévenir cette perte."


I AM A MAN


I AM A MAN > Memphis Sanitation Workers Strike (1968)

Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee. Le chef de file du mouvement en faveur des droits civiques était venu manifester sa solidarité avec les 1300 éboueurs en grève, principalement des Afro-Américains, qui protestaient contre leurs pénibles conditions de travail, leur salaire de misère et le refus de la ville de reconnaître leur syndicat. Même si les États et les municipalités ne pouvaient plus invoquer les lois « Jim Crow », en 1968, pour imposer la ségrégation raciale, comme ils l'avaient fait pendant des dizaines et des dizaines d'années, les Noirs dans le sud du pays éprouvaient encore les plus grandes difficultés à trouver de bons emplois.
À Memphis, le ramassage des ordures était souvent leur seule option. Les conditions de travail étaient pénibles et souvent dangereuses. Les éboueurs s'étaient mis en grève en février 1968, suite au décès de deux de leurs collègues qui étaient morts écrasés par le compacteur d'ordures défectueux de leur camion alors qu'ils cherchaient à se protéger contre la pluie.
«Le règlement de la ville interdisait aux employés noirs de se mettre à l'abri des éléments ailleurs que dans le bac arrière de leur camion, avec les ordures», explique l'historien Taylor Branch.
Martin Luther King était à la tête d'une manifestation à Memphis, en mars, qui avait prit une mauvaise tournure lorsqu'un petit nombre de manifestants avaient cassé des vitrines et que la police avait répondu par la force. Lorsqu'il revint dans la ville en avril, il était déterminé à ce que la nouvelle manifestation se déroule dans le calme.
« Nous devons redescendre dans la rue, dit-il, et forcer tout le monde à voir qu'il y a ici 1.300 enfants de Dieu qui souffrent, qui ne mangent pas toujours à leur faim, qui passent les nuits à se morfondre en se demandant comment va finir cette affaire. » (Pendant la grève, les éboueurs n'étaient pas payés.)
Le lendemain, le 4 avril, Martin Luther King fut abattu par un tireur isolé. Les éboueurs et des milliers d'autres personnes défilèrent ensuite dans les rues, dans le calme, en mémoire du pasteur et pour soutenir la grève. Le président Lyndon Johnson dépêcha un responsable du ministère du travail chargé de faciliter les négociations entre les grévistes et la municipalité, et la grève prit fin vers la mi-avril lorsque la ville de Memphis accepta d'augmenter le salaire des éboueurs et de reconnaître leur syndicat.
« Ce groupe d'ouvriers américains ordinaires s'engagèrent de manière extraordinaire en faveur de la justice sur le lieu de travail », déclara l'actuelle ministre du travail, Mme Hilda Solis, en avril 2011, en inscrivant les éboueurs au « Hall d'honneur » du monde du travail.
« Ils s'engagèrent en faveur de la dignité humaine par quatre mots simples : I AM A MAN », le slogan qui figurait sur les pancartes brandies par bien des grévistes.



I AM A MAN > Memphis Sanitation Workers Strike (1968)

FAIRE DU SALE

Nouvelle expression issue de la jeunesse des banlieues et de la musique hip-hop. Là où les codes sont inversés.
Dans un tel univers, « faire du sale » s’apparente à quelque chose de positif. « It’s a good shit » comme disent les américains pour signaler un morceau de qualité. Il en va de même du « Smell that shit » pour proposer l’écoute d’un morceau qui nous a plu.
« Faire du sale » ou « salir autrui », c’est quelque chose dont on peut se réjouir et qui est approuvé par son groupe, sa bande, son crew. Il y a quelque chose de jouissif à faire des choses « interdites » avec légèreté et insouciance. C’est comme imposer indirectement sa domination aux autres.
L’expression « faire du sale » a deux visages, l’un exprime la réussite au sens propre :
Farid a eu 15 au contrôle de d'arts plastiques, Pedro s’exclame : « Whaou, il a fait du sale !  »
La classe répond : « Graaaaaaave l’enculé  »
Et l’autre dans un sens moins propre :
Martin-Emmanuel revient de sa skin party, Pierre-Antoine lui demande : « Alors la soirée ? »
Martin-Emmanuel répond : « J’ai fait du sale l’ami, je suis carbooo  »

"On va commencer par faire du sale" est une phrase du groupe Marin Monster feat. Maître Gims - Pour commencer, dont les paroles ainsi :

Meugiwarano, du nine, je n'ai pas changé depuis
Je n'ai juste plus le time, de m'poser oui la j'en pâli
Et à l'heure où j'te parle, j'suis pt'être dans un autre pays
J'vais vous raconter ma life, en commençant par faire du sale (la-la-la-laaa)

[Maître Gims]
La la la la la, Meugiwarano, Yanslo du Ni-Ni-Niiiine , on va commencer par faire du sale

...


Dans les inversions et les codes à décrypter des bancs de la société, Booba : 92i Veyron (Clip Officiel) de son album "Nero Nemesis"

On trinque à nos balafres, à nos crochets tous les soirs
Noir c'est noir ont-ils dit, y'a donc vraiment plus d'espoir
Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire
Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire
Personne dans le monde ne marche du même pas
Leurs règles ont toutes une tombe
C'est ça qu'ils ne comprennent pas
Des allers-retour en prison certains n'en reviennent pas

...

NERO

Cette réponse, qui s'exprime souvent dans le domaine artistique (musique, clip, peinture, performance, écriture...) dans le langage populaire, est celle donnée, en miroir ou copie, aux mauvais agissements effectués par des dominants ou en position de pouvoir agir sur le sel de la vie, qui font du sale pour asseoir leur domination sur autrui.
« Faire du sale » ou « salir autrui », c’est quelque chose dont les dominants se réjouissent et qui peut être approuvé par un groupe, une société. Il y a quelque chose de jouissif à faire des choses « interdites » lorsqu'elles passent inaperçues et ne sont jamais dénoncées, surtout lorsqu'elles s'effectuent avec légèreté et dont les actes paraissent anodins.
C’est imposer indirectement sa domination aux autres, son pouvoir, en discriminant les plus faibles, les précaires, tout en ayant l’adhésion d'un plus grand nombre pour le faire (un groupe, un système) Lorsqu'un système se dérègle, entre en crise, il peut se passer un demi-siècle, des siècles avant de rendre justice aux opprimés ou reconnaître les génocides, les dégâts collatéraux des colonisations, des exterminations des peuples. Mais aussi, il peut se passer que la reconnaissance n'arrive jamais.
Les réponses artistiques peuvent choquer ou provoquer, bien qu'elles représentent un miroir déformant ou caricatural, ou poétique, fantaisiste, de fiction ou de science-fiction... de ces agissements, surtout lorsque les modèles érigés en gouvernance de pays, de nations, de pouvoirs, de dominations sur les opprimés, sont parsemés d'actes répréhensibles jamais jugés, jamais arrêtés, ni pénalisées (emplois fictifs, détournements de fond, viols, harcèlements, esclavages, tortures, exploitations de populations, etc...). Ce sont ces gouvernances qui sont les plus répressives envers l'humour ou les réalisations artistiques, toute expression, tous lieux culturels, médias, journaux, canaux de diffusion artistiques..., toute pédagogie ou médiation qui revisite l'Histoire et ses civilisations, et communique sur les guerres et les massacres, rencontre des obstacles, et ses négations, car le miroir doit refléter de bonnes images surtout lors de dictatures, et faire taire ses agissements. Ce que ne peut réaliser un gouvernement, la guerre dans son pays, il le réalise dans d'autres pays, afin de décharger chez d'autres, les pulsions de destruction, et non chez "les siens" (problématique des colonisations, des guerres et conflits de politique extérieure...)

Lors d'une conférence publique en mai 2016, à La Fondation Calouste Gulbenkian (institution portugaise privée) à Paris, organisée par le Collège d'Études Mondiales, de la Fondation des maison des sciences de l'homme, et pour la chaire Global South(s) (qui aborde les Sud(s) comme des espaces et des temporalités qui se croisent et interagissent)
Françoise Vergès (titulaire de la Chaire, politologue et féministe) échange avec Achille Mbembe, enseignant universitaire et philosophe, théoricien du post-colonialisme, sur son ouvrage "Politique de l'inimitié".

Achille Mbembe dit de l'impur :

Il n'y a d'humain que dans notre disposition et notre volonté de vivre exposé les uns aux autres.
Pour rendre la terre habitable il faut vivre avec des personnes que l'on n'aime pas.
Il faut partager avec toutes les figures du vivant au delà d'un rapport anthropocentré.
Accepter l'impureté.
Au fond nous sommes tellement impurs.
Les recherches récentes nous informent que notre corps, une grosse partie de qui nous sommes c'est de l'eau.
Un énorme pourcentage de nous c'est un tissu de microbes.
Nous sommes composés de microbes, nous sommes biologiquement impurs.
Nous voulons nier de façon radicale notre étant impur et nous pensons que nous pouvons penser avec notre état de pureté en coupant tout lien avec autrui qui constituait une menace.
Il faut inventer un mode de relation à nous-même qui passe par Autrui.
C'est autrui qui nous confère à nous notre identité.

Le fantasme : tuer l'autre, le disséquer.
Il n'y a pas d'autre en dehors de cette phénoménologie.
Quel type de fantasme hante notre époque ?
La vie fantasmatique de notre époque menace l'idée du politique, l'idée de la relation.

La force de ce fantasme, ce qui nourrit ce fantasme c'est en partie qu'il nous dispense de réflexion critique.
Beaucoup d'entre nous ne veulent pas réfléchir de façon critique.
Une responsabilité, il n'y a pas de démocratie là où il y a capitulation de l'exercice critique.
Tout nous pousse à ne plus penser, à ne plus réfléchir.
C'est un refus de la pensée complexe.
Penser est remplacer par la foi, la religion.
Un enthousiasme par les idées toutes faites, typique de l'ère néo-libérale.
Les discours politiques dans le monde, les nouveaux entrepreneurs politiques se sont les gens qui diviseront le plus. Ils vous diront l'immigration est un danger existentiel.
Ils diront, j'ai une solution, je vais construire un mur entre les États-Unis et le Mexique.
Il y a une foule de gens qui croient à cette idée.
Il y a une ferveur aux idées simples.
Cela se passe maintenant aux États-Unis (Mois de mai 2016, date de la conférence)

La force du fantasme vient du renoncement à la faculté critique.
La pulsion autoritaire se trouve partout y compris dans l'Europe, le désir de fascisation.

Dans 50 ans, la grande majorité des gens viendrons de l'Asie et l'Afrique.
Les jeunes porteurs du futur seront des africains.
Point de vue démographique, le futur de la planète se joue ailleurs que dans l'Europe.

Alors que l'Europe ferme ses portes, l'Afrique doit faire exactement l'inverse.
Il n'y a aucune raison pour que les africains se noient en mer.

L'éthique du passant.
L'histoire des humains est très courte, une parenthèse dans la géologie.
Le monde a commencé avant nous et le monde se poursuivra longtemps après nous.
Nous sommes fondamentalement des passants.
Notre destinée est de passer.
L'éthique du passant : à partir du détachement qui implique le lien avec ce qui est essentiel, on peut imaginer d'autres formes du politique qui vont au-delà du cercle dans lequel l'état nation nous a enfermer.
Relativiser les concept de nation, d'état, de citoyens.

Crise de la phallocratie

Ce n'est pas uniquement une affaire d'hommes, ça l'est mais, il y a des femmes phallocrates aussi.

La phallocratie c'est l'adhésion à un modèle d'existence qui repose sur le virilisme entendu comme vertu.
Le virilisme impliquant en grande partie la capacité à s'imposer.
Le projet de suprématie sur tout ce qu'il n'est pas soi.
Exercice qui consiste à bombarder des gens.
Économie phallocratique et nihiliste qui caractérisent les conflits contemporains.

L'objet perturbateur (dans The society of Enmity / Radical Philosophy, décembre 2016, par Achile Mbembe)

Le terme «mouvement» implique nécessairement la mise en mouvement d'une pulsion qui, même impure, est composée d'une énergie fondamentale. Cette énergie est enrôlée, consciemment ou non, dans la poursuite d'un désir, idéalement un désir-maître. Ce désir-maître - comprenant à la fois un champ d'immanence et une force composée de multiplicités - est invariablement dirigé vers un ou plusieurs objets. «Nègre» et «Juif» étaient autrefois les noms favorisés pour de tels objets. Aujourd'hui, les Noirs et les Juifs sont connus sous d'autres noms: l'Islam, le Musulman, l'Arabe, l'étranger, l'immigré, le réfugié, l'intrus, pour n'en citer que quelques-uns. 

Le désir (maître ou autre) est aussi ce mouvement par lequel le sujet - enveloppé de tous côtés par un fantasme spécifique (qu'il s'agisse de toute puissance, d'ablation, de destruction ou de persécution, peu importe) - cherche à se retourner sur lui-même L'espoir de se protéger du péril extérieur, tandis que d'autres fois il atteint en dehors de lui-même pour faire face aux moulins à vent de l'imagination qui l'assiègent. Une fois déracinée de sa structure, le désir se propose alors de capturer l'objet perturbateur. Mais puisque, en réalité, cet objet n'a jamais existé - n'existe pas et n'existera jamais - le désir doit l'inventer continuellement. Un objet inventé, cependant, n'est toujours pas un objet réel. Il marque un espace vide et enchanteur, une zone hallucinatoire, à la fois enchantée et maléfique, une demeure vide hantée par l'objet comme par un charme.

Le désir d'un ennemi, le désir d'apartheid, de séparation et de clôture, le fantasme de l'extermination, aujourd'hui hantent l'espace de cette zone enchantée. Dans un certain nombre de cas, un mur suffit à l'exprimer. Il existe plusieurs types de mur, mais ils ne remplissent pas les mêmes fonctions. On dit qu'un mur de séparation résout un problème de nombre excessif, un surplus de présence que certains considèrent comme la raison principale des conditions de souffrance insupportable. Restaurer l'expérience de son existence exige en ce sens une rupture avec l'existence de ceux dont l'absence (ou disparition complète) est à peine vécue comme une perte du tout - ou alors on voudrait croire. Cela implique également de reconnaître qu'entre eux et nous, il ne peut y avoir rien qui soit partagé en commun. L'angoisse de l'anéantissement est donc au cœur des projets contemporains de séparation.

Partout, la construction de murs et de clôtures en béton et d'autres «barrières de sécurité» est en plein essor. Outre les murs, d'autres structures de sécurité apparaissent: des postes de contrôle, des enclos, des tours de guet, des tranchées, toutes sortes de démarcations qui, dans de nombreux cas, n'ont d'autre fonction que d'intensifier le zonage de communautés entières sans jamais réussir à écarter celles considérées comme menace.


Dans un article, ​The age of humanism is ending, daté de décembre 2016, il écrit ceci /


La position anti-humaniste croissante qui va de pair avec un mépris général pour la démocratie. Appeler cette phase de notre histoire fasciste pourrait être trompeur à moins que par fascisme nous entendons la normalisation d'un état social de guerre.

Un tel état serait en soi un paradoxe parce que, si quelque chose, la guerre conduit à la dissolution du social. Et pourtant, dans les conditions du capitalisme néolibéral, la politique deviendra une guerre à peine sublimée. Ce sera une guerre de classe qui nie sa nature même - une guerre contre les pauvres, une guerre de race contre les minorités, une guerre de genre contre les femmes, une guerre religieuse contre les musulmans, une guerre contre les handicapés.
Le capitalisme néolibéral a laissé dans son sillage une multitude de sujets détruits, dont beaucoup sont profondément convaincus que leur avenir immédiat sera celui de l'exposition continue à la violence et à la menace existentielle.

Ils aspirent sincèrement à un retour à un sentiment de certitude, le sacré, la hiérarchie, la religion et la tradition. Ils croient que les nations sont devenues semblables aux marécages qui doivent être drainés et le monde tel qu'il est doit être mis fin à. Pour que cela se produise, tout doit être nettoyé. Ils sont convaincus qu'ils ne peuvent être sauvés que dans une lutte violente pour restaurer leur masculinité, la perte qu'ils attribuent aux plus faibles parmi eux, les faibles qu'ils ne veulent pas devenir.

Dans ce contexte, les entrepreneurs politiques les plus réussis seront ceux qui parlent de manière convaincante aux perdants, aux hommes et aux femmes détruits de la mondialisation et à leurs identités ruinées.

Dans un monde qui vise à objectiver tout le monde et tous les êtres vivants au nom du profit, l'effacement du politique par le capital est la véritable menace. La transformation du politique en entreprise soulève le risque de l'élimination de la possibilité même de la politique.

La question de savoir si la civilisation peut donner naissance à toute forme de vie politique est le problème du XXIe siècle.


Et pour finir en beauté :

Charles - Vicomte (clip officiel)

Columbine, collectif d'artistes composé de 8 membres (Yro, Foda C, ChamanBeats, Sacha, Lujipeka, 3W., Larry Garcia et Chaps)

"Les pauvres ne savent pas.
Je veux bien lâcher un billet mais qu'ils ne réclament pas.
On est des vicomtes, on roule sur l'or et en Vespa."


Par kiwaïda at 03:14

18/01/2017

スヤスヤ, すやすや


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SUYA SUYA


Dialogue entre Shizuko et Yoshihiro

Je me suis longtemps demandé comment fallait-il l'écrire ? Déjà en parler.

Comment pouvait-on croire à d'intentionnelles nuisances quotidiennes, pendant que la vie continue, pendant que l’on aime ce que l’on fait, que l’on aime son métier et ses proches.

Je me suis longtemps demandé comment pendant la guerre invisible, nombre de personnes devaient choisir leur camp, dire, ne pas dire, faire semblant, se taire, ou bien dire et se faire tuer, déplacer.

Et puis, comme j'ai dû fuir, j'ai dû partir, j'ai été menacé, il fallait me taire, ou bien, il fallait endurer sans dire, ou devenir celui à qui l'on n'adresse plus la parole car il est ciblé, on change de place, on ne dit plus bonjour, on n'a plus de place, et dans le même temps on vous surveille plus que d'autres, on vous suit, on vous écrit souvent, très très souvent, on vous cible, on vous commente, on vous juge, on vous nomme très mal, on commence à supprimer votre nom, ou à le démanteler, le fracturer, le changer, on change votre sexe, votre adresse, puis on vous copie, on recopie, on prend votre place, on supprime vos outils, on supprime les accès, il y a des mots de passe, ils changent, puis il y a le mépris, on vous nomme par les majuscules de votre prénom et de votre nom, on vous oblige d'être là à telle heure, dans une heure, le lendemain, on vous accuse de ne pas être venu, de ne pas avoir lu, de ne pas avoir dit, d'avoir dit, d'avoir pris une pause, de ne pas avoir pris de café, d'être arrivé en avance, en retard, on vous accuse de ne pas être là alors qu'on ne vous attendait plus, on vous montre du doigt le dos tourné, on ne vous convie plus, on parle sur vous, sur ce que vous n'êtes pas, sur ce que vous devriez être, dans un coin, on vous demande de vous excuser, de vous expliquer, de vous justifier de vivre, de respirer, de travailler, de lire, de penser, de réfléchir, de ne rien dire, d'être en congé, d'être malade, on vous reproche de guérir trop vite, de prendre le bus et de sourire, d'aller aux toilettes, de vous lever, de regarder par la fenêtre, de ne pas répondre, on vous reproche de travailler trop tard, trop peu, trop vite, on vous reproche de trop bien travailler, de mal travailler, de ne pas dire bonjour quand on vous ne dit pas bonjour, on vous accuse d'avoir peur de venir, d'avoir peur de plaisanter, d'avoir peur d'être bien, de faire comme tous les autres, de mentir, de prendre un café, toute la journée, il faut prendre des cafés et discuter avec tout le monde, faire semblant de comprendre le mal de tous.

Il y a ça et il y a le bonheur. Il faut trouver le temps, se concentrer, emmener loin les autres, évoluer, comprendre, attendre, analyser, penser, apporter, traduire, entreprendre, apprécier, sourire, encourager, discerner, surpasser, exceller, le bel hiver, l'automne, la perfection, la bonté, la bénédiction, l'espoir véritable, l'enfant de la danse, la renaissance, la permission, l'approbation, la beauté éternelle, la neige légère, la petite vague, l'enfant du poney, le petit caillou, l'étoile étincelante, le garçon en or, l'épée du cœur, la défense de l'harmonie, le doux rêve, la fermeté, la fille luciole, l'intelligence, l'écho, la fleur du printemps...

C'est si peu, par rapport à tout le reste.

Un jour, on trouve la force de dire, plutôt de l'écrire, d'envoyer à tous ceux qui feignent.
Sans aucune réponse, on trouve la force de partir, d'aller ailleurs.
De recommencer.

Il faut trouver le temps, se concentrer, emmener loin les autres, évoluer, comprendre, attendre, analyser, penser, apporter, traduire, entreprendre, apprécier, sourire, encourager, discerner, l'enfant de la feuille d'arbre, l'enfant de la plage, l'ambition, la lettre de la lune, le message parfumé,  l'invulnérabilité, le vaisseau,  la tempête de neige, la beauté bénie, le divin sourire, le joyau éternel, le beau récit, la gloire, la chance durable, les milles générations, les cigognes, le splendide, le magnifique, le rouge écarlate, le lotus blanc, la soie tissée, la beauté du matin, le coucher du soleil, l'ange, la nuit de pluie, la confiance brillante...

Et puis cela recommence :

Il faut se taire, ou bien, il faut endurer sans dire, ou devenir celui à qui l'on adresse plus la parole car il est ciblé, on change de place, on ne dit plus bonjour, on n'a plus de place, et dans le même temps on vous surveille plus que d'autres, on vous suit, on vous écrit souvent, très très souvent, on vous cible, on vous commente, on vous juge, on vous nomme très mal, on commence à supprimer votre nom, ou à le démanteler, le fracturer, le changer, on change votre sexe, votre adresse, puis on vous copie, on recopie, on prend votre place, on supprime vos outils, on supprime les accès, il y a des mots de passe, ils changent, puis il y a le mépris, on vous nomme par les majuscules de votre prénom et de votre nom, on vous oblige d'être là à telle heure, dans une heure, le lendemain, on vous accuse de ne pas être venu, de ne pas avoir lu, de ne pas avoir dit, d'avoir dit, d'avoir pris une pause, de ne pas avoir pris de café, d'être arrivé en avance, en retard, on vous accuse de ne pas être là alors qu'on ne vous attendait plus, on vous montre du doigt le dos tourné, on ne vous convie plus, on parle sur vous, sur ce que vous n'êtes pas, sur ce que vous devriez être, dans un coin, on vous demande de vous excuser, de vous expliquer, de vous justifier de vivre, de respirer, de travailler, de lire, de penser, de réfléchir, de ne rien dire, d'être en congé, d'être malade, on vous reproche de guérir trop vite, de prendre le bus et de sourire, d'aller aux toilettes, de vous lever, de regarder par la fenêtre, de ne pas répondre, on vous reproche de travailler trop tard, trop peu, trop vite, on vous reproche de trop bien travailler, de mal travailler, de ne pas dire bonjour quand on vous ne dit pas bonjour, on vous accuse d'avoir peur de venir, d'avoir peur de plaisanter, d'avoir peur d'être bien, de faire comme tous les autres, de mentir, de prendre un café, toute la journée, il faut prendre des cafés et discuter avec tout le monde, faire semblant de comprendre le mal de tous.

Que fait-on le mieux pour empêcher l'autre de vivre ?

On le tue.

Il y a différents moyens de le tuer.

Vivre c'est se nourrir.

Travailler c'est se nourrir.

 

On l'empêche de travailler.

On lui coupe les vivres.

On lui diminue le salaire, l'emploi.

On lui supprime les outils.

On l'envoie au tribunal pour être jugé.

On l'emprisonne, on l'empoisonne.

On le disqualifie, on le liquéfie.

On le vole, on le viole.

On le fait faire par d'autres, par plein d'autres.

Le nombre cela fait plus mal, un nombre incertain, vers d'incertitudes accusations.

Toutes en mêmes temps, pour décerveler.

 

La torture.

 

Je me suis demandé comment les résistants avaient résisté.

Comment pouvait-on savoir qui des collaborateurs, des dénonciateurs, des imposteurs, de celles et ceux qui tamponnent très loin sur un bureau, de celles et ceux qui mettent un timbre, de celles et ceux qui envoient un courrier avec un accusé, de celles et ceux qui signent et aujourd'hui qui relayent les mails, sans écrire leur point de vue, celles et ceux qui signent votre arrêt de mort en signant, mes cordiales salutations.

Je me suis demandé combien de grandes institutions avec de vénérables publicités, une presse qui collabore, un service de plusieurs personnes, pouvaient ne pas répondre aux suicides et aux morts annoncées, aux tortures et aux crimes, aux alertes, comment, elles pouvaient continuer à afficher leur bonne conduite.

Je me suis demandé, avant, comment les gens pouvaient voter et croire au gouvernement, tandis que la vie d'autres personnes étaient en danger.

Quand il fait froid, quand il n'y a plus à manger, quand on est suspecté toute la journée, quand faire les poubelles est le pire des crimes, s'asseoir par terre aussi, dormir aussi, dehors comment était-ce possible ? Quand les uns et les autres ne vous aident plus, quand tout s'arrête, quand on n'a pas un sous pour un bout de pain mais qu'on ne demande rien, on ne demande plus rien car on n'a jamais rien demandé.

La raison de l'amour, la charité, le bénéfice, le gain, l'enfant de la longévité...

À présent je sais, je sais comment tout cela advient.

Je sais que la torture n'est pas visible, je sais que mourir est indicible, je sais que rire n'est pas une respiration, mais un cil bien rangé parmi les autres lorsque la paupière se ferme et que l'on entend le suya suya d'un petit enfant.


  • .凧抱たなりですやすや寝たりけり

  • tako daita nari de suya-suya netari keri


スヤスヤ, すやすや
SUYA SUYA : Onomatopée japonaise  qui exprime le sommeil du juste

Shizuko 静子 : enfant du calme

Yoshihiro 義啓  : révèle la justice / éclairé par la chance

Par kiwaïda at 00:20

15/01/2017

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Vains vœux valeureux : Photographies © Sonia Marques






Par kiwaïda at 15:29

18/02/2016

ᓰᖘᔕÉᓰ♈É

Affiche du film Black Moon de Louis Malle, réalisé par René Ferracci (1975)

Tandis que j'écoutais le musicologue et philosophe français Vladimir Jankélévitch s'entretenir sur l'autre philosophe Henri Bergson, je me souvenais de la veille et du film Black Moon de Louis Malle, réalisé en 1975, et de Joe Dallessandro et du premier long métrage de l'artiste multiforme tchèque Jan Švankmajer son Alice, dont j'ai déjà posté un article... Et mes récents projets photographiques de paysages secrets. J'aime bien l'affiche de René Ferracci, directeur artistique et affichiste français.
Déjà qu'un philosophe parle sur un autre philosophe, il faut pouvoir être en accord de pensées. J'apprécie Vladimir Jankélévitch et ses acrobaties de pensées, j'y nage comme un poisson dans l'eau.

J'entendais alors, des explications sur l'Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889 d'Henri, par Vladimir. En finissant mon verre de vin, un des graves de Bordeaux, mes préférés, je découvrais plus tard ses mots :

Nos sensations simples, considérées à l’état naturel, offriraient moins de consistance encore. Telle saveur, tel parfum m’ont plu quand j’étais enfant, et me répugnent aujourd’hui. Pourtant je donne encore le même nom à la sensa­tion éprouvée, et je parle comme si, le parfum et la saveur étant demeurés identiques, mes goûts seuls avaient changé. Je solidifie donc encore cette sensation ; et lorsque sa mobilité acquiert une telle évidence qu’il me devient impossible de la méconnaître, j’extrais cette mobilité pour lui donner un nom à part et la solidifier à son tour sous forme de goût. Mais en réalité il n’y a ni sensations identiques, ni goûts multiples ; car sensations et goûts m’appa­raissent comme des choses dès que je les isole et que je les nomme, et il n’y a guère dans l’âme humaine que des progrès. Ce qu’il faut dire, c’est que toute sensation se modifie en se répétant, et que si elle ne me paraît pas changer du jour au lendemain, c’est parce que je l’aperçois maintenant à travers l’objet qui en est cause, à travers le mot qui la traduit. Cette influence du langage sur la sensation est plus profonde qu’on ne le pense généralement. Non seulement le langage nous fait croire à l’invariabilité de nos sensations, mais il nous trompera parfois sur le caractère de la sensation éprouvée. Ainsi, quand je mange d’un mets réputé exquis, le nom qu’il porte, gros de l’approbation qu’on lui donne, s’interpose entre ma sensation et ma conscience ; je pourrai croire que la saveur me plaît, alors qu’un léger effort d’attention me prouverait le contraire. Bref, le mot aux contours bien arrêtés, le mot brutal, qui emma­gasine ce qu’il y a de stable, de commun et par conséquent d’impersonnel dans les impressions de l’humanité, écrase ou tout au moins recouvre les impres­sions délicates et fugitives de notre conscience individuelle. Pour lutter à armes égales, celles-ci devraient s’exprimer par des mots précis ; mais ces mots, à peine formés, se retourneraient contre la sensation qui leur donna naissance, et inventés pour témoigner que la sensation est instable, ils lui imposeraient leur propre stabilité.

Extrait de l'Essai sur les données immédiates de la conscience, Henri Bergson 1889
Puis Vladimir Jankélévitch vint me conforter sur mes explorations des malentendus, de mes intuitions, des cercles et des sectaires. Le film Black Moon, venait écheveler la suite de mes pérégrinations sur la campagne, la fuite, la virginité en présence d'une licorne et pouvait ainsi retrouver Vladimir sur l'ipséité, retour aux choses mêmes. J'y suis, superbe fin de soirée où parfois les pensées dansent et forment un esprit plus cohérent que les autres jours, avec lequel on peut s'appuyer, se sentir soutenu. Comme le dit si rapidement Vladimir, la vérité a été embrouillée alors qu'elle est tout près et il n'y a qu'à l’accueillir. Les problèmes viennent de malentendus, d'obstacles imaginaires, créés par le langage, mais qui n'ont pas de réalité. Chez Henri Bergson, le problème est inexistant, les difficultés s'évanouissent comme par enchantement. Regarder Joe Dallessandro me fait le même effet, je tentais d'expliquer ma théorie du JD à mon ami, il me faudra en faire un théorème du masculin, libéré de la domination masculine. Je me suis aperçue que cela n'était pas anodin et que ma vision pouvait intéresser, au moins un homme.
"Nous sommes dans la poussière et nous nous plaignons de ne pas voir" Disait Fénelon, un autre philosophe un peu plus loin. Vladimir le prend en exemple pour éclairer Henri, bien qu'il peut s'avérer une antithèse du bergsonisme. Mais j'aime bien cet écart. Un peu comme la caverne de Platon.
Il revient à Bergson : Victimes des apories du langage, il s'agit de les éliminer, ce sont des problèmes factices qui s'interposent. C'est notre timidité, notre lâcheté, la peur du contact qui nous prend alors que la reprise du contact consiste à élaguer les dimensions parasitaires, tout ce qui nuit à la transparence d'une vision ingénue.

Pour revenir à son essai à Henri, la donnée immédiate est la chose vue sans exposant, à l'état direct, l'état primaire, une vision naïve, fraîche, c'est un peu ma vision en regardant le film Black Moon, d'ailleurs, ne peut-il en être autrement ?
Sans à priori, sans parti-pris. C'est ce que je tente d'enseigner avec quelques beaux échecs en laissant les choses être prises en main par d'autres et des partis-pris. Je revois l'Alice du film Black Moon qui traverse une guerre et des paysages apocalyptiques depuis sa petite voiture, conduisant sa destinée, hors des massacres, vers la poésie, le regard vierge et la pensée de l'intuition de Bergson, tout en regardant de très près les insectes et ouvrant des tiroirs.
Je pensais à cette sculpture, l'Exilé, d'Antonio Soares Dos Reis, de 1872, en marbre, que j'ai découvert dans le catalogue, "Soleil et ombre, l'art portugais du XIXe siècle" (1988). L'exilé (o desterrado) de 1872, est le correspondant du Penseur de Rodin, créé en 1880, représentation idéale d'un homme exilé de sa patrie, en proie à la nostalgie, désespéré mais incapable de toute révolte. Emblème d'un courant de pensée de la fin du XIXe siècle au Portugal, expression de l'esprit intime portugais à travers le sentiment de la saudade. Tout comme le penseur de Rodin, toutes deux sculptures, symboles des démarches dramatiques de l'esprit humain.
Il est des fois où l'on se sent exilé, désespéré, mais incapable de toute révolte. J'aimerai bien voir cette sculpture, elle est à Porto. Les exilés ont droit à quelques vacances.

La perception pure

Réalisme / intuitionnisme

Une sorte d'extase

Extraversion de la conscience (différent des images mentales)
En ce sens, Platon critique la skiagraphie, les jeux d'ombres sur la parois de la caverne et Begson dit que l'homme est timide et préfère avoir affaire aux images, aux mirages. Il demande à revenir à une vision virginale des formes. L'ipséité (retour aux choses elles-mêmes)... principe de l'île de Seuqramainos.

Le secret de l'intuition est l'art acrobatique de penser les choses au plus près tout en étant dedans (sans être dedans, sans être trop loin) Être à la fois dedans et dehors (métaphore du papillon)

Briser le cercle

À la foi être et savoir, frôler la vérité au plus près, en un éclair. Bergson est donc contre l'optique intellectualiste. Car être à la fois acteur et spectateur, c'est ne plus avoir d'optique. C'est la distance qui rendait possible les apories vertigineuses et rendait impossible le mouvement (la perspective falsifiante) Il s'agit donc d'être un acteur, une actrice et un spectateur, une spectatrice, et d'être capable d'en parler. Immanence et transcendance.

Penser en femme d'action

Il y a une sagesse qui fait entrer l'un dans l'autre. Paradoxe du Bergsonisme : Briser le cercle, le cercle qui m'interdit (qui fait que c'est interdit)

On ne peut pas faire les deux à la fois "il faut se jeter à l'eau", dit Bergson dans l'évolution créatrice.

On devient cithariste en jouant de la cithare, comme c'est en forgeant que l'on devient forgeron. Dans la décision aventureuse de se jeter à l'eau, l'apprenti rompt le cercle, et miraculeusement, irrationnellement, commence à nager ; la solution d'elle-même germe et se dessine dans l'initiative. Il y a donc une espèce de trouvaille magique et immédiate qui est déjà inhérente à la recherche drastique. Bergson, dans l'Évolution créatrice, s'exprime à peu près ainsi : l'intelligence est capable de chercher n'importe quoi, mais à elle seule ne peut rien trouver ; et vice et versa, l’instinct trouve du premier coup et infailliblement, mais il ne trouve qu'une seule chose : celle pour laquelle il est fait. Eh bien, seule l'intuition est capable des deux, à la fois de trouver et de chercher.

Première et dernières pages de Vladimir Jankélévitch, 1994
Cela me fait penser à mon texte Des longueur en 20 minutes paru chez Monsieur Toussaint Louverture

Grave et lucide, la chaudière entretenue du dedans, au zéro degré du dehors, aux quelques acrobaties rêveuses...
Merci Vladimir et merci JD.
Il n'est pas tous les jours que l'on entretien la chaudière en faisant philosopher un perroquet.
À découvert et sans regrets.


O Desterrado (l'Exilé) - detail, António Soares dos Reis, 1872 (sculpture, marbre)

As linhas sinuosas do tronco e dos membros flectidos, o olhar distante da figura e a presença do mar conduzem a uma leitura romântica da obra, que se inspira num poema de exílio de Alexandre Herculano. A esta referência literária do romantismo português deve-se acrescentar um significado saudosista, próprio do espírito de decadência da nação, vigente em finais do século XIX.

*

Je ne suis pas loin avec mon Topaze et mes Tropical JD et noctambule JD de ce que je cherchais. J'ai cherché, erré, j'ai trouvé.

Sur Herculano, je me couche.

Par kiwaïda at 22:41

16/02/2016

€яґ@ґε нüμαηυμ ℯ﹩☂, ρ℮ґṧ℮♥℮яαґℯ ḓḯα♭☺ℓ☤¢υღ

Charles Babbage : Plan de la machine analytique (1840)

Questions techniques qui amènent des questions philosophiques.
Doit-on mettre à jour constamment les versions des bases de données et compromette les versions des CMS (Content Management System, en français = Gestion de contenu), et prendre en compte les multiples possibilités de résolutions écraniques et objets mobiles de toutes tailles et tous systèmes, souvent incomplets ou incompatibles entre eux ?
Et bien oui. Adaptation, adaptation, circonvolutions, complexifications, sans arrêt, sans arrêt, sachant que plusieurs auteurs de contenus sont restés bloqués à une version type sur un écran type, il y a 10 ans, 20 ans… ou ne serait-ce que celui d'il y a 1 an…
Et que beaucoup de systèmes sont restés bloqués… aux années 80 quand tout cela n'existait pas, lorsque l'on communiquait autrement, avec pleins de salariés qui fonctionnent sous des structures dépassées par les changements dus au numérique, ce fameux rayon des produits, qui remplacent l'art, dans les enseignes, pignons sur rues. Notre divertissement, auquel tout le monde s'adonne, tout en le critiquant fermement.

(╬ Ò ‸ Ó)

Cela produit pas mal de malentendus et d'erreurs… Elles-mêmes propices à la création de nouvelles pièces artistiques sociales, engagées, humoristiques et tristes. Tandis que celles et ceux qui ne peuvent exprimer quoique ce soit sont réduits à pâlir de tous les changements, jusqu'à s'en rendre malade de ne pouvoir s'adapter, jusqu'à mourir.
Non, il faut en rire, et en rire tout le temps, car la vie n'est que changement et rien, rien ne peut être fixé, dans ce monde où tout dépéri. Mais que toutes celles et ceux qui ne suivent pas les changements ne soient pas accusés de freiner les enthousiasmes commerciaux, et la consommation de nouvelles sources de profits et de catastrophes humaines, surtout lorsque le développement de belles philosophies qui revisitent celles du passé nous apportent joies et tendresse pour les humanités.
Si loin du temps où nous étions humains et où nous nous comprenions grosso modo.
Le php, un langage de programmation libre… orienté objet, est dans l'obligation de rencontrer ma tête pensante qui s'amuse à philosopher avec l'impensable.
D'ailleurs le php pourrait être un sujet philo, déjà ils ont des lettres de l'alphabet, en commun, peut-être des langages qu'il faut croiser, mais qui croise ? Sinon, les plasticiens à l'intelligence plastique…
Les femmes ne peuvent démontrer leur science au risque de blesser des hommes dont on a doté de grandes responsabilités sur le dos, en omettant de convoquer les expertises, et celles des femmes d'expérience.
Ainsi vont les erreurs… humaines.

Errare humanum est, perseverare diabolicum

« L'erreur est humaine, persévérer dans son erreur est diabolique »

Je pensais à Ada de Lovelace, dont les exploits poétiques sur la machine pensante, inventrice du langage informatique, m'avaient beaucoup fait réfléchir sur la place de l'intelligence des femmes et sa biffure dans l'histoire, par la science. J'étais en pleine réalisation, ou exploration de l'île de Seuqramainos en toute indépendance de mes amis fans de la programmation sur ordinateur, du collectif que j'ai co-fondé. Et j'aimais beaucoup la représentation de ces systèmes complexes. Tel était aussi cette île secrète, intelligente complexe et poétique. Quand on ne peut pas exprimer toute sa science, si l'on est en avance sur son temps, il y a encore des représentations possibles... artistiques.

ADA, superbe histoire, récupérée par les féministes, à notre grande joie. La souplesse intellectuelle était alors adaptée aux problématiques que rencontraient le mathématicien Charles Babbage, inventeur de la machine analytique.
Ada de Lovelace, en a créé le premier programme…

Sacrés soft, sacrées hard histoires, dont nous héritons là, et qui ne finissent pas d'alimenter bien d'autres histoires et théories. Ces inspirations scientifiques avant le IIIe millénaire du calendrier grégorien, m'ont donné beaucoup de joie à la création d'un système autopoïétique.
À présent, quand des non initiés mettent en doute les compétences techniques des femmes intelligentes, capables de programmer... Que dire... Rien, même Ada ou Charles ne peuvent là être de grands supports.

Mais c'est bien pour cela que l'on doit aider les femmes qui sont exclues de toute initiation aux techniques et technologies... surtout dans les disciplines artistiques. Que les femmes calées dans ces domaines puissent continuer à enseigner dans les écoles d'art, dans ces domaines, être soutenues et recevoir à égalité, les moyens de former, présenter, exposer les recherches des jeunes étudiants, et non pas renvoyées à devenir vagabondes, déshéritées de leurs parcours, de leur patrimoine des savoir faire. Celles et ceux qui ont le pouvoir, ne savent pas, ne sont pas experts dans ces domaines et fragilisent les chemins défrichés avec hardiesse, et donc, tous les étudiants de ces chemins de ces sources encore humaines.

Chère Ada, si vous m'entendez, envoyez-nous un nouveau programme poétique qui puisse détruire tous les vôtres, afin que l'on puisse interpréter tous les programmes informatiques, chacune.

Par kiwaïda at 17:00

07/02/2016

ṼÅḠ∀ℬ☮ИÐѦḠ∃$

Le Vagabond de Tokyo (東京流れ者, Tōkyō Nagaremono) est un film japonais réalisé par Seijun Suzuki, sorti en 1966.

Comme beaucoup d'autres films de Suzuki, ce polar met en scène des yakuza. Tetsu, yakuza et favori de Kurata, le chef de son clan, décide de se ranger. Kurata lui offre un travail régulier. Mais cette faveur leur vaudra les critiques d'Otsuka, un autre chef de clan. Ainsi Tesu est condamné à quitter Tōkyō, et devenir une sorte de yakuza errant, un vagabond, pour préserver l'honneur de Kurata. Mais ce dernier le trahira, et Tetsu devra déjouer de nombreux pièges mortels. Finalement, il n'aura d'autre choix que d'affronter son ancien patron.

Peu importe où il vit le vagabond,
À la dérive, toujours seul
Où sera-t-il demain ? Demande au vent
Demande au coeur de cette jolie fille
Aah, Le vagabond de Tokyo !
Parti  pour une dérive sans borne
Jusqu'à oublier tout de Tokyo
Ne pleure pas, pluie nocturne
Une vie d'homme, tourbillon rouge
Aah, Le vagabond de Tokyo !


Du bas latin vagabundus, de même sens, formé à partir de vagari, « vaguer », auquel on ajoute le suffixe -bundus, terminaison propre au gérondif. Attesté au XIVe siècle au sens propre et au XVIe siècle au sens figuré de « perpétuellement changeant ».

VAGUER

VAGABONDAGES

Photographies d'un pèlerinage en Limousin © Land art : JD & Kiki

SANS FEU NI LIEU

Le vagabondage désigne communément le style de vie de celui qui vit de manière permanente sans adresse et sans emploi fixe, volontairement ou non, le « sans feu, ni lieu », errant de ville en ville, à la différence du mendiant qui se fixe sur un territoire. Juridiquement, le vagabond était souvent celui qui était inconnu dans l'endroit où il se trouvait, qui ne possédait aucun passeport ou autre certificat d'identité ou de bonnes mœurs, et ne pouvait se faire « avouer » (reconnaître) par quelqu'un (curé d'une autre paroisse, etc.). Le vagabondage était alors lourdement réprimé; le délit de vagabondage n'a disparu du droit français qu'en 1992.

Le terme « vagabond » peut être utilisé, au sens péjoratif, pour représenter un sans-abri. Il peut aussi désigner celui qui part à l'aventure pour vivre une expérience de vie différente du mode de vie sédentaire; c'est pourquoi on dit qu'ils vivent de manière désordonnée, du moins en apparence. Des vagabonds célèbres ont existé, par exemple Gandhi, Nietzsche, Lanza Del Vasto, et d'innombrables philosophes-vagabonds. Le vagabond est celui qui décide de vivre pour une durée indéfinie sans attache, dans un but spirituel (voir Les Clochards célestes de Kérouac), social ou sous une contrainte matérielle. Au sortir de leur période vagabonde, certains d'entre eux ont produit telle ou telle œuvre, résultant de l'inspiration littéraire ou artistique découlant cette phase de vagabondage.

Vagabondage en France, le droit :

En France, selon le Code pénal de 1810 (art. 269 à 273), le vagabondage était un délit réprimé de trois à six mois d'emprisonnement. L'art. 270 donnait la définition juridique suivante : « Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n'exercent habituellement ni métier, ni profession. » Ces trois conditions devaient être réunies pour qualifier le délit de vagabondage, excluant dès lors les nomades, qui ont fait l'objet d'une loi spécifique en 1912 (voir carte d'identité en France). En 1972, des décrets définissent la catégorie juridique des « gens du voyage ».

Ces articles ont été abrogés par une loi de décembre 1992, entrée en vigueur le 1er mars 1994, réformant le Code pénal15. À la suite de cette abrogation, de nombreuses municipalités, notamment dans les zones touristiques, ont mis en place des arrêtés anti-mendicité dès l'été 1995.

Pèlerinages : :

 Chemins de pèlerinage médiévaux vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins devaient se munir de certificats d'identité s'ils voulaient éviter d'être considérés comme des « vagabonds ».

Les sans domiciles fixes :

On emploie en France, de manière usuelle, le sigle SDF (Sans domicile fixe), à propos de cette frange de la population qui, marginale sur le plan social, pose à la société et notamment aux municipalités de multiples problèmes quant à la manière la plus judicieuse et rationnelle de la traiter, tant en matière de police (troubles fréquents sur la voie publique…), que d'assistance médicale (difficulté à l'hospitalisation…), ou sociale (difficulté, allant souvent jusqu'à l'incapacité à la réinsertion…). Les SDF nécessitent souvent d'être assistés, secourus, aidés et soignés. Ils le sont le plus souvent par des organismes caritatifs privés, fonctionnant sur le principe du bénévolat social, surtout pendant les plus grands froids…

L'exclusion :

"Paysans et paysannes (...) regardaient le vagabond avec une haine allumée dans les yeux, et une envie de lui jeter des pierres, de lui arracher les peaux avec les ongles, de l'écraser sous leurs pieds. On se demandait s'il avait volé et s'il avait tué."

Guy de Maupassant, "Le vagabond" (1887) dans le Horla

"Le malade, le monstre social, le vagabond : la tare n'est plus une essence, un capital négatif et originaire, une hérédité chargée d'un poids de passé incoercible. La nouvelle tare c'est de n'avoir plus d'hérédité du tout, d'être finalement ce vagabond absolu et vague mais d'un autre monde qui socialement répond à quelque point zéro de l'humanité. (…) Le vagabond se fond dans l'indétermination sociale, la solitude absolue et silencieuse ou le génocide légitimé, objectif. Il ne reste plus rien du vagabond alors, de son indépendance même négative ; "s'en aller et se taire", les deux ultimes expressions de la liberté selon Beaudelaire n'ont même plus de sens. (…) S'en aller jusqu'à ces extrémités devenues aujourd'hui bien quotidiennes et quasiment universelles (l'antisémitisme, le racisme ont trouvé d'autres formules qui m'épargnent plus grand monde)"

Le vagabond et la machine. Essai sur l'automatisme ambulatoire, Médecine, Technique et société 1880-1910

EN VOIX DE DISPARITION

Charlot, personnage Charles Chaplin, Diogène de Sinope, Jean Genet, Gandhi, Jack Kerouac, Jack London, le Juif errant, immortel et condamné, de ce fait, à un éternel vagabondage...

... Il faut aimer la vie pour ce qu'elle est et n'avoir pas d'idée préconçue...

EN PERPÉTUEL CHANGEMENT

S'en aller et se taire

Depuis quarante jours, il marchait, cherchant partout du travail. Il avait quitté son pays, Ville- Avaray, dans la Manche, parce que l’ouvrage manquait. Compagnon charpentier, âgé de vingt-sept ans, bon sujet, vaillant, il était resté pendant deux mois à la charge de sa famille, lui, fils aîné, n’ayant plus qu’à croiser ses bras vigoureux, dans le chômage général. Le pain devint rare dans la maison ; les deux sœurs allaient en journée, mais gagnaient peu ; et lui, Le vagabond Jacques Randel, le plus fort, ne faisait rien parce qu’il n’avait rien à faire, et mangeait la soupe des autres. Alors, il s’était informé à la mairie ; et le secrétaire avait répondu qu’on trouvait à s’occuper dans le Centre. Il était donc parti, muni de papiers et de certificats, avec sept francs dans sa poche et portant sur l’épaule, dans un mouchoir bleu attaché au bout de son bâton, une paire de souliers de rechange, une culotte et une chemise. Et il avait marché sans repos, pendant les jours et les nuits, par les interminables routes, sous le soleil et sous les pluies, sans arriver jamais à ce pays mystérieux où les ouvriers trouvent de l’ouvrage. Il s’entêta d’abord à cette idée qu’il ne devait travailler qu’à la charpente, puisqu’il était charpentier. Mais, dans tous les chantiers où il se présenta, on répondit qu’on venait de congédier des hommes, faute de commandes, et il se résolut, se trouvant à bout de ressources, à accomplir toutes les besognes qu’il rencontrerait sur son chemin. Donc, il fut tour à tour terrassier, valet d’écurie, scieur de pierres ; il cassa du bois, ébrancha des arbres, creusa un puits, mêla du mortier, lia des fagots, garda des chèvres sur une montagne, tout cela moyennant quelques sous, car il n’obtenait de temps en temps, deux ou trois jours de travail qu’en se proposant à vil prix, pour tenter l’avarice des patrons et des paysans...

La suite ici (Le Vagabond est une nouvelle de Guy de Maupassant, parue en 1887)

Vagabonds du savoir

Ils vont, ils viennent, ils sont affamés, ils ne savent pas, ils vont là où ils peuvent apprendre, ils repartent s'il n'y a rien à apprendre, car ils sont affamés. Ils veulent faire des études, de belles études, de longues études, des études pour toute la vie. Toute la vie à étudier, à apprendre, comprendre, enseigner. Ce sont les vagabonds du savoir et du savoir vivre, les érudits du partage, sans rien posséder. Les sans violence. S'en aller et se taire... Les cents lieux du savoir, les sans feu ni lieu, sans garder les enseignés, sans tuer les savants. Étudiants, vagabonds du savoir.

Par kiwaïda at 17:14

29/12/2015

ⒷⓄⓃⓃⒺ ⒶⓃⓃÉⒺ ➋Ⓞ➊➏ !

Par kiwaïda at 16:40

11/12/2015

ᒪᗩ Gᖇᗩᓰᘉᕮ




My Dinner with Andre : film américain réalisé par Louis Malle (1981)
En streaming (full version) ici.

Passivité, misanthropie, manipulation... émerveillement... voyage...

Par kiwaïda at 07:07

08/11/2015

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i'M A POOL (photographie © Sonia Marques)

i'M A FOOT (photographie © Sonia Marques)

i'M A FEAT  (photographie © Sonia Marques)

i'M A FEST (photographie © Sonia Marques)

Dedicace to negus <3

Par kiwaïda at 19:08

07/10/2015

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Glaciar Perito Moreno, Argentina (photographie © Sonia Marques)

L'expérience du dessaisissement.

En allant au travail, il s'installait parmi les autres travailleurs. La journée commençait par un rassemblement comme s'ils regardaient la télévision. Ils disparaissaient dans le blank, dans cet espace inoccupé, vide, l'Institut Blank.
Ils maintenaient tous leurs fonctions comme des pages blanches, afin de ne pas se perdre ou être impliqués, être touchés par l'exclusion. Ensemble dans l'indifférence des choses, soulagés qu'on ne leurs demande plus leur point de vue, destitués de toute expertise. Tous sans savoir ce qu'ils faisaient là, tous venus de si loin pour travailler, sans savoir où ils se trouvaient, ensemble mais jamais réunis en un corps, chacun dans l'indifférence des autres, sans avoir aucune responsabilité envers les autres, qu'ils soient absents, malades, ou même présents. L'Institut Blank permettait qu'ils ne se sentent plus concernés, ni par eux-mêmes, ni par le monde. Ils étaient rassemblés, comme chaque jour, mais ni dans la vie vraiment, ni dans le lien social, ni dedans, ni dehors. Ils échappaient à toute communication et ne s'étonnaient plus de ne rien recevoir, ne rien comprendre, de ne pas avoir de réponse. Ils perdaient leurs noms au fur et à mesure, d'abord le sens de leurs fonctions, leurs qualités. Parfois ne restaient que leurs initiales. Secouer l'Institut Blank pour le réveiller devenait le travail de chaque nouveau passager, qui s'épuisait car l'Institut Blank était plongé dans un exil profond. Dans un institut hanté par l'emprise de l'autre, l'accumulation des biens, les salariés étaient dans une volonté d'effacement, de mutation, de fuite, d'autisme, de silence blanc. Pas un noir, pas une couleur, pas de demi-teintes, pas de nuancier, pas une direction. Dans le climat de l'hypervigilance requise pour continuer à exercer sa fonction, ils adoptaient le comportement à minima. Ils ne souhaitaient plus communiquer, ni échanger, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent, ils s'affaissaient sans désir, ils n'avaient rien à dire. Ils préfèraient voir l'institut d'une autre rive. Chaque nouvel arrivant sur la base adoptait le comportement à minima. En état de choc, entre fascination et effroi. L'institut demeurait une énigme. C'est un modèle copié, il y en a plusieurs, remplis d'agents terrifiants qui n'opposent que leur inertie à la volonté des autres de le remettre en marche. Ne pas ressentir pour ne pas être touché par des émotions qui en intensifieraient l'horreur, ne pas voir ce qui épouvanterait l'humanité. L'institut mis en abîme perdu dans son miroir sans cœur adressant des cartes mortelles au hasard.
En allant au travail, il s'installait parmi les autres travailleurs. La journée commençait par un rassemblement comme s'ils regardaient la télévision. Aveugles de la roulette russe sous leurs yeux, ils disparaissaient dans le blank, dans cet espace inoccupé, vide, l'Institut Blank.
Témoins des isolements, des désertions, ils étaient au-dessus, ne donnaient plus, ne fournissaient plus d'effort. Ils étaient tous exilés, réfugiés mais se donnaient pour représentation celle de connaître l'institut, de l'avoir fait, de lui donner un nom, une identité, d'être nés dans ce blank.
Ils avaient décidé sans décider que ce serait leur tombeau. Tous les passagers devaient parcourir ce grand tombeau. Même en changeant les places, il resterait l'Institut Blank. C'est pour cela que personne ne s'en souciait, ou bien que tout le monde l'avait oublié.
En allant au travail, il choisissait le chemin de la solitude, sans le choisir, le chemin qui ne révèlerait rien de cette solitude à quiconque. Il s'installait parmi les autres travailleurs. Il ne fallait pas troubler la quiétude des autres solitudes ni troubler l'observation, la fascination. La journée commençait par un rassemblement comme s'ils regardaient la télévision. Ils disparaissaient dans le blank, dans cet espace inoccupé, vide, l'Institut Blank. Il supprimait les différences entre individus, canalisait l'agressivité des individus tout en leurs apportant l'illusion de sa protection. Toute son action reposait sur l'image de la valorisation de ses membres, pourtant chacun inconnu des autres. Ils se pensaient être élus. Ils finissaient pas ne plus se connaître eux-mêmes et étaient amenés très vite à être remplacés par d'autres élus.
En allant au travail, il s'installait parmi les autres travailleurs. La journée commençait par un rassemblement comme s'ils regardaient la télévision. Ils disparaissaient dans le blank, dans cet espace inoccupé, vide, l'Institut Blank. Ils préparaient les prochaines élections, dans l'illusion qu'elles soient effectives tout en sachant qu'aucun d'eux ne serait élu en définitive et qu'ils ne représentaient que l'Institut Blank, du vide.
Chacun surveillait l'autre et chacun se surveillait à ne pas surveiller, en faisant l'expérience du dessaisissement. Ils rentraient vidés, désarmé pour la vie.

Aucune résistance, aucune lutte. Le pire comme le meilleur pouvait éclore et retombait d'un coup comme un soufflé.
Rien ne pouvait être rapporté. Personne ne s'en souciait, ou bien que tout le monde l'avait oublié. Périodiquement une personne s'en rappelait lors d'un souvenir, qui finalement ne reposait sur rien. L'Institut Blank n'avait aucun souvenir, aucune expérience. La page blanche.

La violence était inouïe et éblouissait quiconque tentait de l'apercevoir.
Pourtant en fermant les yeux, il pouvait entendre le vol fugace d'un être vivant au loin brisant la glace dans un langage inaudible : Reviens ! Mon ami reviens !

Sonia Marques

Par kiwaïda at 02:58

26/06/2015

ᗩᖇᑕᖺᓰ♈ᙓᙅ♈ᘮᖇᙓᔕ Ⅴᓮᐯᗩﬡ☂ᙓᔕ

Nous étions devenus des bêtes sur des sellettes. Soit que nous étions trop noirs, trop étrangers, trop lettrés, trop intelligents, trop pauvres, sans sièges, mais nomades, volatiles, légers et éternellement sales parce que salis par des mécréants. Nous devenions des familles d'accueil, des créatifs inventant des abris en cartons, des petits morceaux de fromage ou de saucisson, de graines, nous fêtions dans les îlots les bonnes actions et personne ne pouvait les connaître, car il faut pour cela être sur des sellettes, et nous vivions dans un monde où les sièges étaient posés sur le thème du jeu des chaises musicales. Mais sans le savoir, tous ces gardeurs de sièges, deviendraient des sans abris. Et un jour, peut-être, une famille d'accueil, aura une petite place à offrir, des petits morceaux de fromage ou de saucisson, de graines, parmi son troupeau informe, amaigri, borgne, sans queue, déplumé… Afin d'oublier ce que ces tribunaux de gardeurs de sièges avaient inventé comme mot, la sellette, même si son usage fut aboli après la Révolution, mais encore bien présent, dans notre pays.

Nous étions fort de ces expériences, nous avions construit des sièges partout, des assises pour chacun, des lieux pour mieux sauter, grimper, voir, voler, se percher, tant de sellettes, tant de possibilités. De nouveaux mots, de nouvelles définitions, de nouvelles amitiés. Une épaule devenait la sellette idéale, sur qui compter, un ventre, une main, le souffle chaud d'un mot doux, le creux d'un arbre, une forêt dans la nuit. Et la liberté de partir loin, sans être abandonné malgré tout, sans devoir rendre compte de sa liberté. La confiance.


confiance_1.jpg

Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 20:02

21/06/2015

ᔓÉᘉᓰ♈ᕼ

Interdit de rire (photographie © Sonia Marques)

Interdit de contempler (photographie © Sonia Marques)

Interdit de tourner (photographie © Sonia Marques)

Interdit d'exposer (photographie © Sonia Marques)

Interdit de participer (photographie © Sonia Marques)

Interdit d'aimer (photographie © Sonia Marques)

Beautés interdites (photographie © Sonia Marques)

la fin des hédonophobies puritaines

Par kiwaïda at 13:01

13/05/2015

ⒷⓁⒾⓈⓈ

Ouverture (Photographies © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 20:19

10/05/2015

☺ґℊʊℯ

Orgue / cathédrale St Étienne (Photographie © Sonia Marques)

Concert d'orgue la nuit  (Photographie © Sonia Marques)

Les vitraux boubou (Photographie © Sonia Marques)

Les ogres (Photographie © Sonia Marques)

L'anniversaire (Photographie © Sonia Marques)

Mésange invitée (Photographie © Sonia Marques)

Atelier fleurs sculpture (Photographie © Sonia Marques)

Grand-mère Cajoline (Photographie © Sonia Marques)

Collection sentimentale (Photographie © Sonia Marques)

Le jumeau (Photographie © Sonia Marques)

La moule (Photographie © Sonia Marques)

Oyster ceramic (Photographie © Sonia Marques)

Les jumeaux (Photographie © Sonia Marques)

Des sentiments (Photographie © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 18:35

05/05/2015

P̐̽͌̃̾̾̏o̔̄̈́̃̋̀͛í̾̓̆̂̋͐n̒͋̂̇̊͛͝t̑̒̑́̈́̀̌ ̄̈́̌̽̐̈́̌l͊͌̎͂͒̚͠é̍̀͂̒͆̋v̊̀̌̎͐̑̀é̊̀̋͑͂͊͝

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Par kiwaïda at 01:56

08/03/2015

♥υʟηéґα♭їℓї⊥é


Photographie © Nickolas Muray, Titre : Frida with pet fawn Granizo (1940)

Un jour je devais siéger dans un jury pour le concours d'entrée de jeunes étudiants dans une école d'art. Il y a un an. Je suis arrivée un peu en avance dans la salle dédiée. C'était un petit atelier où étaient entreposés des cônes de fils de couleurs et des machines à coudre et des morceaux de tissus. Il y avait le bruit d'une perceuse derrière la cloison et les autres membres du jury tardaient à venir. Je trouvais un mannequin de femme nue qui se tenait debout, sans les bras. Je suspendis ma veste sur une de ses épaules et me posait sur un tabouret maculé de tâches de peinture, de la même hauteur que la table. J'avais, dans mon sac, le livre de la philosophe, Judith Butler, Qu'est-ce qu'une vie bonne, qui venait de sortir, traduit en français. Je décidais de commencer à le lire.

"Ce qui est ici en jeu, c'est un type d'enquête consistant à se demander quelles vies sont déjà considérées comme n'étant pas des vies, ou considérées comme des vies ne vivant que partiellement, ou comme des vies déjà mortes et envolées, et ce avant toute destruction ou abandon explicites. Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d'être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d'être sauvegardée, protégée et considérée. Il s'agit de quelqu'un qui comprend qu'il ne sera pas pleuré s'il perd la vie, et donc de quelqu'un pour qui l'affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. S'il s'avère qu'aucun réseau social, aucune institution ne me prendrait en charge en cas d'effondrement, alors j'en arrive à relever de la catégorie du "qui-n'est-pas-digne-d'être-pleuré. Cela ne signifie pas qu'il n'y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n'est pas digne d'être pleuré n'a pas de manières d'en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. Alors, oui, celui qui n'est pas digne d'être pleuré participe parfois à des insurrections publiques de grande tristesse, raison pour laquelle il est difficile dans tant de pays de distinguer la procession funéraire de la manifestation."


Un collègue rentre dans la salle et s'installe un peu plus loin et il attend les autres membres du jury, en regardant sa montre et rouspétant dans son coin. Une heure de retard et les étudiants candidats sont à la porte. Perchée sur le tabouret, je continue de lire mon livre.

"La raison pour laquelle quelqu'un ne sera pas pleuré, ou a déjà été jugé comme n'ayant pas à être pleuré réside dans l'inexistence d'une structure d'appui susceptible de soutenir à l'avenir cette vie, ce qui implique qu'elle est dévaluée, qu'elle ne mérite pas d'être soutenue et protégée en tant que vie par les systèmes de valeur dominants. L'avenir même de ma vie dépend de cette condition de soutien. Si donc je ne suis pas soutenu, alors ma vie est jugée faible, précaire, et en ce sens indigne d'être protégée de la blessure ou de la perte, et est donc une vie qui n'est pas digne d'être pleurée. Si seule une vie digne d'être pleurée peut être considérée, et considérée à travers le temps, alors seule une vie digne d'être pleurée pourra bénéficier d'un soutien social et économique, d'un logement, de soins médicaux, d'un emploi, de la liberté d'expression politique, de formes de reconnaissance sociale, et d'une capacité de participation active à la vie publique. On doit, pour ainsi dire, être digne d'être pleuré avant d'être perdu, avant que se pose la question d'être négligé ou abandonné et on doit être capable de vivre une vie en sachant que la perte de cette vie que je suis serait déplorée, et donc que toute mesure sera prise afin de prévenir cette perte."


Le collègue me dit : "Je vais voir ce qui se passe". Je reprends ma lecture. La perceuse fait encore plus de bruit.

"Si nous en revenons alors à notre question de départ – comment pourrais-je mener une vie bonne dans une vie mauvaise ? –, nous pouvons repenser cette question morale à la lumière des conditions sociales et politiques sans tirer un trait ce faisant sur l'importance morale de la question. Il se pourrait que la question de savoir comment vivre une vie bonne dépende du fait d'avoir le pouvoir de mener une vie tout autant que du sentiment d'avoir une vie, de vivre une vie, ou effectivement d'avoir le sentiment d'être vivant."


La perceuse s'arrête. Ma lecture se concentre mieux et est plus rapide. Mes yeux percent le papier.

"Il est permis de dire qu'Adorno, à de tels moments, écarte l'idée de résistance populaire, de formes de critique s'incarnant dans des corps réunis dans les rues pour articuler leur opposition aux régimes contemporains de pouvoir. Mais la résistance est également comprise par lui comme un "dire-non" à ce qui, dans le moi, souhaite prendre part au statu quo. Nous avons donc là à la fois l'idée de résistance comme une forme de critique que seuls quelques élus peuvent mettre en œuvre, et l'idée de résistance en tant qu'une résistance à ce qui en moi cherche à rallier ce qui est mauvais, un frein interne contre la complicité. Ces affirmations limitent l'idée de résistance de plusieurs manières qu'en définitive je ne saurais accepter. Les deux affirmations entraînent à mes yeux des questions supplémentaires : quelle part du moi est refusée, et quelle autre est investie à travers la résistance ? Si je refuse ce qui en moi pactise avec la vie mauvaise, ai-je alors atteint à la pureté ? Suis-je intervenu pour changer la structure de ce monde social dont je me retire ? Ou me suis-je isolé ? Me suis-je joint à d'autres dans un mouvement de résistance, et un combat pour la transformation sociale ?"


Le collègue revient et me dit : "Il y a un problème, le président du jury n'est pas là, et il n'y a personne pour représenter la théorie". Il s'installe en soufflant : "C'est toujours la même chose, chaque année". Il ne sait pas quoi faire et tapote sur la table. Il me demande un crayon pour écrire son nom sur une des feuilles. Je lui donne celui qui me sert de marque page et continue ma lecture. Il me demande quel jour on est. Je ne réponds pas plongée dans ma lecture. Je tourne les pages à toute allure.

"Si en effet la résistance doit entraîner une nouvelle manière de vivre, une vie plus vivable s'opposant à la distribution différentielle de la précarité, alors les actes de résistance diront non à une manière de vivre dans le même temps où ils diront oui à une autre. L'action concertée qui caractérise la résistance se trouve parfois dans l'acte discursif verbal ou dans le combat héroïque, mais elle se trouve également dans ces gestes corporels de refus, de silence, de déplacement, de refus de bouger, caractérisant ces mouvements qui promulguent des principes démocratiques d'égalité et des principes économiques d'interdépendance en en appelant à une nouvelle manière de vivre plus radicalement démocratique et plus substantiellement interdépendante. Un mouvement social est lui-même une forme sociale, et lorsqu'un mouvement social en appelle à une nouvelle manière de vivre, une forme de vie vivable, alors il doit à ce moment promulguer les principes mêmes qu'il cherche à mettre en œuvre. Cela signifie que lorsqu'ils y parviennent, de tels mouvements, qui seuls peuvent articuler ce que pourrait signifier mener une vie bonne au sens d'une vie vivable, sont les auteurs d'une promulgation performative d'une démocratie radicale."


Un autre collègue débarque en nous disant : "Il n'y a pas de président du jury…" Il me tend un paquet de feuilles  "… et il a été décidé que ce serait toi". Je regarde les feuilles mélangées avec des post-it. Je demande qu'est-ce que c'est que l'autre paquet rempli de copies écrites. Ils me disent tous deux, se relayant : "Ça ce sont les copies des étudiants qui ont travaillé deux heures sur le sujet d'histoire de l'art présenté… Il faut les corriger pendant les entretiens des candidats pour inscrire les notes et les appréciations sur chaque feuille". Je ne connais pas le sujet donné. Je demande si l'un d'eux peut corriger le sujet qu'ils semblent connaître. Ils disent qu'ils ne sont pas théoriciens. Je demande à ce qu'une personne qui est en charge de la théorie se joigne à nous. Le collègue me dit qu'il va voir s'il y a d'autres collègues dans les couloirs. Je descends du tabouret et choisi un siège de bureau plus bas rembourré de mousse, un peu décousu, pour être face aux candidats. Il y a plus d'une heure et demi de retard. Je termine mon livre.

"Notre exposition partagée à la précarité n'est rien d'autre que le terreau de notre égalité potentielle et de nos obligations réciproques de produire ensemble les conditions d'une vie vivable. En reconnaissant le besoin que nous avons d'autrui, nous reconnaissons tout autant les principes de base qui inspirent les conditions sociales, démocratiques, de ce que nous pourrions encore appeler "la vie bonne". Celles-ci sont les conditions critiques de la vie démocratique au sens où elles sont partie intégrante d'un état de crise permanent, mais aussi parce qu'elles relèvent d'une forme de pensée et d'action qui répond aux urgences de notre temps."


Le collègue revient avec une nouvelle collègue. Elle s'installe sur un siège qui grince et je lui confie le paquet de copie. Elle ne connait pas le sujet, ni l'école. Je m'aperçois que les formulaires de présentation des candidats ne sont pas complets. Je demande à ce que la perceuse s'arrête pendant les entretiens. Je distingue les formulaires, redistribue les missions à chacun afin d'être opérationnels. L'un s'installe sur le tabouret plus haut et tient toujours mon stylo comme une béquille, l'autre sur le siège le plus confortable, délesté de toutes les copies, sort son téléphone portable comme une boussole. Je donne le feu vert pour faire entrer les candidats. Après le passage du premier, une secrétaire entre dans le petit atelier nous informant que ce n'est pas le bon tas de feuilles et repart. La perceuse reprend son travail.

« S’il est sans doute difficile d’utiliser un seul et même mot pour décrire les conditions qui rendent les vies invivables, le terme de « précarité » semble permettre de distinguer les différents modes « d’invivabilité » : par exemple celle qui frappe les personnes qui se retrouvent en prison sans procès, celle des personnes qui vivent dans des zones de guerre ou des zones occupées, des personnes qui se retrouvent exposées à la violence ou à la destruction sans sécurité ni solution, des personnes qui sont obligées d’émigrer et de vivre dans des zone frontalières dans l’attente qu’on ouvre les frontières, que la nourriture arrive et que leur statut de clandestins prenne fin ; des personnes dont la condition est celle d’une force de travail négligeable et consommable, pour qui la perspective d’une assistance stable recule toujours, qui vivent au jour le jour dans un horizon temporel effondré... »

À la pause déjeuner, un professeur d'anglais vient nous rejoindre avec son sandwich afin de corriger les copies des épreuves d'anglais. Nous le retrouvons au retour de notre pause déjeuner, son sandwich à moitié grignoté. Il repart rejoindre un autre jury.
En fin de journée, nous terminons la séance et les évaluations. Plusieurs candidats ne se sont pas présentés.

"Cette vie qui est la mienne me revient réfléchie par un monde qui distribue la valeur de la vie de manière différentielle, un monde où ma propre vie se trouve plus ou moins évaluée par les autres."


Ils prennent leur voiture. Je rentre à pieds. Je lis Rousseau.

"Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n'avons pas à notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l'éducation."

Jean-Jacques Rousseau, Émile, 1762.

Je m'interroge sur l'éducation. J'opte pour une hypothèse : Être un enfant sauvage dans un monde de sauvages, l'illusion d'une éducation. J'écoute un des petits sauvages à côté de moi qui dévore des noix : " C'est bon hein ? " me dit-il.
Aujourd'hui c'est un jour national pour le détecteur de fumée. Je regarde des photographies des animaux de l'artiste Frida Kahlo. Elle fume. Un faon, une femme. Flûte une nuit blanche. Ce sera le jour des F (Fumée, Femme, Faon, Frida...) de toutes les Fantaisies inventées par un monde qui distribue la valeur de la vie de manière différentielle, un monde où ma propre vie se trouve plus ou moins évaluée par les autres.

Par kiwaïda at 05:01

02/03/2015

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47 (photographie © Sonia Marques)

Accordéon (photographie © Sonia Marques)

Chausson (photographie © Sonia Marques)

Viennoiserie (photographie © Sonia Marques)

Peinture (photographie © Sonia Marques)

Artiste (photographie © Sonia Marques)

Intelligence (photographie © Sonia Marques)

Toutou  (photographie © Sonia Marques)

La loi du plus faible (photographie © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 18:09

04/02/2015

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Il pulcino nero


Calimero è un personaggio dell'animazione pubblicitaria italiana, un pulcino piccolo e nero. Appare per la prima volta nel Carosello della società Mira Lanza: essendo caduto nella fuliggine si sporca e diventa nero e non viene più riconosciuto dalla madre. Vive qualche piccola avventura, nella quale rimane sempre colpito negativamente, ma grazie al detersivo pubblicizzato, Ava, torna ad essere bianco, lindo e contento.


"tu n'es pas noir, tu es sale"


On se souvient, en France, de la mascotte du petit poussin qui pleure et dit : "C'est vraiment trop inzuste". Mais on ne peut se souvenir aujourd'hui, en 2015, que cette animation italienne est le produit d'une réclame pour une lessive, dans les années 60. Ce petit oiseau, auquel il n'arrive que des malheurs est séparé des autres petits oiseaux jaune poussin car il est de couleur noire. Et celle-ci est attribuée dès la naissance, du moins, d'un laisser aller de la mère, qui ne s'en est pas occupé, le petit dernier. Il tombe dans la boue, ce qui le tâche et le rend différent aux yeux de sa mère qui ne le reconnait pas comme le sien, ainsi maculé, souillé. Cette injustice sociale, sera alors utilisée, dans cette réclame pour montrer différents scénarios aux spectateurs et demander réparation, reconnaissance, justice pour ce Caliméro en prise avec les vilains de sa société. Une gentille hollandaise lavandière Mira Lanza (la marque de la lessive, Lanza) blanchira le poussin considéré comme sale aux yeux de sa mère et donc, de la société, en le lavant. Caliméro à la fin de chaque épisode, grâce à la lessive, retrouve sa couleur jaune. Toujours avec sa coquille sur la tête, le petit Caliméro n'a pas fini pas de naître (et renaître), de n'être qu'un demi poussin chapeauté d'une demi-coquille, considéré sale et qui doit être propre afin d'être accepté par ses semblables, sa communauté, sa famille. La morale pourrait être que les méchants sont celles et ceux qui excluent et attribuent la saleté, sans connaître l'histoire du poussin, sa maltraitance, mais avec cette lessiveuse, elle apparaît plus comme l'interminable cycle du lavage (rendre pur un être impur) sous couvert qu'il faille en payer le prix, la lessive qui blanchie. Snif. Les spectateurs pourront ainsi aider le petit poussin noir et tous les enfants sales à devenir plus propres (ne plus avoir de soucis en société) en consommant et achetant le produit miraculeux. Une histoire avant, Caliméro, son nom, vient du Saint Calimero (évêque de Milan de 270 à 280) converti à la foi chrétienne, puis condamné à mort par l'empereur Hadrien et jeté dans un puis. On peut noter qu'il fut vénéré par les milanais (presque martyr ?) et l'eau du puis considérée comme miraculeuse. Le 31 juillet, lors des fêtes de Saint Calimero, il est distribué aux malades une bouteille d'eau du puis.

L'eau du puis, la lessiveuse… hum hum.

Se faire traiter de sale n'est jamais un indice de paix sociale et cache souvent, de la part des lessiveuses, un laisser aller coupable, culpabilisant, recherchant, dans la différence, un responsable, afin de ne jamais assumer ses actes, ni ses mots.
La saleté ne peut pas s'énoncer comme telle sans dévoiler l'arbitraire de la discrimination.

Mira Lanza montre qu'en réalité Calimero n'est pas noir : il est seulement sale. Sic.
À la fin des années soixante-dix, l'exportation de Caliméro aux États-Unis ne fut pas concevable dans la culture américaine. Le personnage de fiction fut rejeté car il était noir et pas politiquement correct. Aujourd'hui, en Italie, on parle de discrimination à propos du poussin noir (et de l'origine de la poule padouane) La publicité fait polémique (comme la polémique sur la mascotte de Banania) C'est-à-dire que le monde à bien changé et qu'on ne regarde plus Caliméro comme avant, ni même les publicités de lessive et la folie de la propreté, celle qui détériore l'écosystème. Et on ne dit plus à quiconque qu'il est sale, ou qu'il salit ce qu'il touche à moins d'être envoyé au tribunal et payer une amende, salée… en cette période conflictuelle focalisée sur l'identitaire.

Malgré son rejet, Caliméro n'abandonne jamais sa coquille, son lieu de naissance. C'est ce qui le rend charmant, réservé, son honnêteté reconnue et sa générosité révélée. Petit sale, petit pauvre. De la part de celles et ceux qui ont le pouvoir, on n'écrit pas, ni on ne dit publiquement "saleté de pauvres". Tant de stratagèmes sont inventés et déguisés dans des enclaves afin de cliver et cultiver le mépris de ce que l'on ne connait pas. Les systèmes perdurent dans l'obscurité.

Un peu plus loin, je lisais la philosophe Julia Kristeva (Pouvoirs de l'horreur. Essai sur l'abjection, Seuil éd., 1980) Elle définit l'abject comme un non-objet de désir, un non-être en quelque sorte. L'abject menace le propre qui sous-tend toute organisation sociale dans sa mise en ordre et donc dans son système d'appartenance et d'exclusion. Rien de commun ne nous lie avec celui qui est touché par l'abjection. Celui qui est abject est méprisé et intouchable: c'est un paria, un déchet d'humanité non fréquentable. C'est ainsi que l'abjection réalise la mort sociale de l'autre constitué en radicalement différent de soi parce qu'impur ou, plus largement, parce que n'appartenant pas au règne de l'humain. L'effroi de l'abject ou du non-être nous entraîne vers ce qui est différent de l'homme civilisé, vers ce qui peut être entendu comme étranger à notre humanité. L'abjection tend moins à éloigner l'autre qu'à l'ignorer ou le renier dans son statut d'homme. Cette qualification de l'autre comme radicalement étranger à soi-même conduit à la discrimination des populations mais aussi à leur éviction ou à leur élimination physique et réelle. Les conflits actuels sous fond de purification ethnique ne sont pas des métaphores. Le discours nazi associant les juifs aux poux, aux rats ou à la vermine était basé sur l'idée d'une souillure à la fois morale et physique se propageant et infestant le corps social tout entier. D'où l'impossibilité pour l'individu qualifié d'exclu de devenir un acteur agissant sur son environnement. Non acteur car interdit de parole et non sujet car radicalement étranger au règne de l'humain, l'exclu est condamné à porter le masque, ô combien tragique, que la réalité du discours lui impose, un masque qui fait de lui un personnage supportant l'altérité et sécrété par la collectivité dans son désir de "faire" société.

Je ne sais pas ce que penserait Julia Kristeva de Caliméro, mais il porte le masque que la réalité du discours lui impose, un masque qui fait de lui un personnage supportant l'altérité et sécrété par la collectivité dans son désir de "faire" société (il aspire à). Sans même l'associer à une religion, ou à un corps social, à l'identité sexuelle ou ethnique, Caliméro est un petit poussin, à priori anodin, signe animé pour les masses, qui m'amène à l'extraire, comme objet philosophique. Il est d'autant plus intéressant, que nous sommes tous des caliméros à un moment, l'identification se fait facilement et individuellement, dans l'histoire intime et subjective. Mais elle ne saurait être imposée par un pouvoir et de façon univoque. Dans ce cas, nous ne pourrions pas être tous Caliméro.

Je rejoins Sophie Wahnich, historienne en entretien avec Alain Badiou, philosophe, sur la nécessité de prendre soin du langage à l'aune de la confusion ambiante. Car je suis professeure également, dans une école supérieure nationale et liée par la pensée à ces questionnements, que je partage. La transmission du savoir doit être protégée avant tout. Dans ce texte, je suis partie d'une mascotte populaire des industries culturelles, mais on part aussi, souvent de son expérience sur le territoire et de l'expérience des déterritorialisations, de la réception des mots, des expressions, situées, de notre ressenti. Les modes d'exclusions du pouvoir posent questions. Seuls celles et ceux qui les reçoivent, peuvent témoigner de leur ressenti. C'est dans la réciprocité que l'on peut inventer d'autres modes constructifs, qui admettent les zones de conflits et leur histoire.
Que Caliméro se rassure, sa coquille n'est pas vide, ni pleine.

(・⊝・)

Un poussin est bien celui qui est en apprentissage. Et que volent en éclat les mauvais esprits.

Par kiwaïda at 01:53

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