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vendredi 14 octobre 2016

η☺ṧ☂@ʟℊḯα

Quelques heures après la publication de cet article dans ce blog, au mot clé étoile, Nathalie Magnan disparaissait.
Hier soir, 3 images, étaient postées ci-dessus, sans références, suite à un workshop (L'art de la disparition) de 5 journées pacifiques, dans les marais de Bourges, avec les étudiants. Comme disait l'une d'entre nous, cela vide la tête, relâcher la pression, se mettre en état d'observation. Nos échanges, les explorations des unes et des uns et des autres continuaient la contemplation mais aussi du ciel, des constellations d'observatoire du Chili et de films de Patricio Guzmán ("La nostalgia de la luz" de 2010 que l'artiste Françoise Quardon nous a projeté et "Le bouton de nacre" de 2015 que je vais projeter, grâce à la commande de Cécile Liger, conservatrice des bibliothèques) Des histoires d'eau et de canoë des étudiant.es, de leurs navigations, des cartographies envisagées à venir. Un peu d’ethnographie, de rites magiques. Discerner le savoir des croyances, tel est mon acte de transmission, mais pour mieux les confondre dans celui de la création. Car, on ne peux oublier les astres, lorsque l'on a pu les observer, interroger les étoiles, et dans des situations inextricables, telles celles des prisonnier.es, des malades, les étudier et les imaginer, de l'espoir dans la disparition.
*
Je lui disais que je n'étais pas (h)activiste, j'étais pacifiste, elle était dans ces questionnements, elle était rassurée. Mais pour être pacifiste, je le réalise de plus en plus, il faut activer la paix. Aucune immédiateté. Le temps de comprendre.

Hommage et apaisement, étoile était un présage, successivement, Nathalie s'est éclipsée depuis Marseille, mais n'était pas très loin de nous. Son sourire, sa bienveillance, prendre soin, désarmer. Des yeux d'eau, de la mer.

Sorority



mardi 11 août 2015

ϟт Åღ☺υґ à ʟ❝îℓℯ ☂

Reprise des oeuvres (Photographie © Sonia Marques)

Petite pause (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Green and blue (Photographie © Sonia Marques)

Green and blue (Photographie © Sonia Marques)

Smiley (Photographie © Sonia Marques)

Cirque turquoise (Photographie © Sonia Marques)

Panda des bois (Photographie © Sonia Marques)

Bird skating (Photographie © Sonia Marques)

Murmures (Photographie © Sonia Marques)

Désolés (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Enfant je regardais les feux d'artifice de mon balcon avec ma sœur et ma mère. Ils étaient situés loin au bord de la Seine, et, par chance, ma chambre avait un petit balcon, sur lequel, petites, nous pouvions nous asseoir avec des coussins et contempler ou tenter d'atteindre le regard tendu vers le ciel étoilé, un petit jet coloré, afin de viser où celui-ci pouvait éclabousser, au dessus de quel toit. Au loin une cheminée d'une usine, des lampadaires, mais rien ne pouvait cacher ces palmiers exotiques, en banlieue, même s'ils demeuraient en partie non visibles, notre imaginaire recouvrait la totalité d'un spectacle à chaque fois intacte et festif. Parfois mon père faisait un saut nous voir, mais nous prenions toute la place. Décharge d'énergie dans l'obscurité. Cinématographiques, ces projections de lumière dans le noir, sont restées imprimées comme les premières œuvres d'art contemporaines, dont l'accès restait rare, périlleux, aux vues imprenables. Nous étions déjà intrépides et sauvages.
Marquée par les feux d'artifice, ces formations synesthésiques convoquent une certaine confusion des sens, entre la guerre et la fête. Les feux d'artifice des festivités locales au mois d'Août, au Portugal étaient très inventifs et joyeux dans ma mémoire et très différents de ceux rendus majestueux en France. De petits feux suspendus sur des dispositifs tournants, comme des parasols de feux, de fumées roses et nous entendions de milles accents différents, fogetes, fogetes. Sur les bas-côtés, en déambulant dans la nuit, nous assistions, noctambules, lors de ces soirées sacrées, à des manifestations de lucioles improvisées, dans nature sombre et incertaine, étoilées sur des surfaces inclinées, comme des tapis clignotants. Leur bioluminescence révélait un phénomène magique, vert jaune lumineux. Leurs noms devenait multiple, chacun avait sa version:
Vaga-lumes, pirilampos, caga-lumes, caga-fogos, cudelumes, luzecus, luze-luzes, lampírides, lampírios, lampiros, lumeeiras, lumeeiros, moscas-de-fogo, noctiluzes, piríforas, salta-martins, uauás, lumicus...
Les procédés sculpturaux et performatifs de l'artiste suisse Roman Signer trouvent aussi leurs inspirations dans son enfance et son observation des feux d'artifice, surtout dans la phase de préparation, de construction.
Au XVIIIe siècle, dans l'article « Feux d'artifices » de l'Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, Jean-Louis Cahuzac emploie, pour décrire le travail des artificiers, le terme de « peinture par action ». Les premiers spectacles pyrrhiques qui apparaissent en Europe dans l'Italie du XVIe siècle étaient conçus comme des installations. Selon Biringuccio (La Pirotecnia, Venise, 1540), ce sont les Siennois et les Florentins qui, les premiers, inventèrent d'illuminer des théâtres en bois peint et de les orner de statues qui jetaient du feu par les yeux et par la bouche. Dans le livre, Sketches. Histoire de l’art, cinéma, et sa partie « Stylistique des fantômes », Philippe-Alain Michaud illustre son propos avec des gravures, et, dans un autre chapitre, étend son étude sur les mouvements et surfaces d'un tapis, de son décor, son ornement, sa vibration...
Ces effets spéciaux rappellent les célébrations de batailles, par des guerres d'étoiles, de bombes et de serpentins. Le son de ces péplums anachroniques sont des films de combat moderne, aux dispositifs savants.
Selon les origines, les feux artificiels sont liés à l'invention militaire de la poudre à canon (fin du XIIIe siècle), en Occident. En Orient, l'origine des feux d'artifice est festive. Les villes françaises ont vu leurs dépenses augmenter avec ces illuminations. Paris avec un coût de 700 000 euros, Marseille (300 000 euros), Toulouse (96 000 euros), Montpellier (90 000 euros) et Lyon, avec 80 000 euros. Je ne sais à combien se résume celle de la Saint Amour sur l'île de Vassivière, mais elle avait tout d'un petit Versailles, d'un micro Las Vegas.

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Artiste : Roman Signer, Tisch mit Raketen, 1999 © Stefan Rohner

dimanche 27 novembre 2011

Aral homeless

Aral
Aral homeless (image trouvée sur Internet)
Elle a rencontré Aral, ainsi le nommait-elle. Il avait 55 ans et venait de recevoir un coup de couteau dans la cuisse. Il pissait le sang, mais ne se plaignait pas. Il parlait un peu français mais surtout parlait l’anglais d’une façon très élégante. Son anglais à elle devenait alors pauvre. Il était assis par terre et a juste dit « s’il vous plait » lorsqu'elle est passée devant lui. Elle l’avait remarqué une heure auparavant du haut d’un appartement, par la fenêtre. Elle n'était pas chez elle.  Perdue dans ses pensées, l’horizon des arbres jaunes de l’automne lui apprenait qu’il faisait un temps si doux en plein novembre. Les feuilles tombaient comme des lames d’or et elle remarqua cet escargot avec sa maison sur le dos tomber sous les arcades. À cet instant, le voir disparaître comme une feuille c’était juste un miroir de son exil, tandis qu'elle demeurait au chaud.

J’ai trouvé une image sur Internet, un gif animé, dans le jargon des internautes. Elle représente 2 personnes. Je distingue une fille et un garçon, et le garçon porte un casque où est écrit dessus « Aral ». Je l’imagine astronaute. Ils se parlent, peut-être se sont-ils croisés juste une demi-heure volée à l’espace temps de la vie des étoiles. D’habitude je cite mes sources, d’où proviennent les images, de qui, de quoi, de quand. Mais là, cela reste une image inconnue, d’un manga surement, reprise, puis reprise, puis reprise, sans que l’on s’attache à sa source. Les auteurs du site n’ont pas jugé nécessaire, malgré les droits d’auteurs, de citer la source, et peut-être de site en site, de blog en blog, elle arrive là sur le mien. Je ne tire aucun bénéfice commercial de ce blog et j’attache une importance aux sources des images, par respect. Mais là, elle devient une SDF, une sans domicile fixe, car elle n’est pas là pour longtemps. Elle illustre mon propos, qui est celui d’une rencontre.

La mer d'Aral est un lac d'eau salé d'Asie centrale. Cinq pays se partagent le bassin du lac d’Aral, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizistan, Turkménistan, Ouzbékistan. Depuis les années 60, ce lac est asséché. Cet assèchement, dû au détournement des deux fleuves, est une des plus importantes catastrophes environnementales du XXe siècle. Il était planifié depuis 1918.
Cet astronaute venait d’un assèchement, Aral était calme et avait les yeux bleus, si doux, elle voyait sa main rouge l’interpeller et c’est là où elle vit l’entaille à sa cuisse. Elle l’interrogeait. Son ami l’accompagnant lui disait ne pas s’attarder, mais elle le fit. Ils ont appelé les pompiers. Elle lui a donné une cigarette et ils ont échangé quelques mots. Il vit dehors depuis 23 ans. Quelqu’un lui a planté un couteau dans la cuisse et s’est enfuit. Depuis 6 mois il connaît de l’agressivité, ce n'était pas comme cela avant, lui dit-il, il connaît bien le quartier.
« It’ssss bleeeeedinggggg » lui dit-il d’un ton nonchalant. Son expression, ses yeux, quelque chose de sa grand-mère disparue, de l'expérience de la vie, d'une personne qui vient d'ailleurs.
Aral, comment peut-on le qualifier : un sans domicile fixe, un SDF, un sans abri, un itinérant, un clochard car il était saoul, ce terme est péjoratif. Pourquoi le qualifier. C’est un astronaute, dont la priorité est l'estime de soi, de conserver ce qu'il en reste. Il a perdu sa navette spatiale afin de mieux s'approcher des étoiles.
Comment vivent les sans toits ? Un peu comme elle.

L’habitation, le moteur de réflexion artistique, un état de survie philosophique. Les étapes qu'elle connait : le refus du froid, le refus de la faim, le besoin de sécurité, puis in fine, l’homeless (« le sans maison ») envisage la santé. Les priorités de survie d'une personne qui a un peu plus de moyens sont exactement les mêmes mais elle oublie qu'elle a déjà satisfait les plus urgentes.
Elle en est là, à préserver cela, tout juste là. Astral ensanglanté est poète et pas d’humeur à se presser. Il n’y a pas d’urgence à se lever, à demander de l’aide. Une personne pauvre a en général des amis, de la famille qui peut l'héberger ; si la personne se retrouve dans la rue, c'est qu'elle a coupé ses liens avec ses amis et sa famille, ou l'inverse, ce qui arrive le plus souvent. Cela peut être en raison d'un déracinement (personne née à l'étranger ou ayant longtemps vécu à l'étranger, qu'elle soit de nationalité étrangère ou pas), de problèmes psychiatriques, d'un drame familial, d'un rejet de la part de l'entourage, d'une rupture voulue en raison de sévices subis. C’est ce qu’écrit l’encyclopédie libre Wikipédia. Le milieu de la rue est destructeur, d’une violence extrême. Y vivre est sans doute s’y adapter et renforcer sa dépendance à cet environnement. Le sans-abri, disent des sociologues, vit « l’exil de soi », processus de désocialisation à ce point poussé que celui qui en est victime se trouve graduellement dépourvu de tout support social.

Et voici les pompiers, un peu rustres. Aral parle trois langues et pas une seule pour communiquer avec ces hommes de bois, des sauveteurs, bénévoles qui reconnaissent Aral. Ils l’avaient vu une heure auparavant. Ils lui disent qu'il était tombé tout seul, complètement ivre, mais n’avait pas souhaité aller à l’hôpital. Ce n'est pas très gratifiant pour l'héroïsme de sauver des clochards. Ils l'ont déjà laissé tomber. Elle leurs dit qu'il est entaillé sur la cuisse. Le jean est imbibé de sang. On voit l'ouverture du coup qui a traversé la chair rouge à vif. Aral a la moitié du visage rouge, car il s'est frotté de la cuisse à la main, de la main à la joue. Cela ne l'empêche pas d'être posé là, la jambe devant lui, comme un membre qui ne lui appartient pas. Il le regarde non effrayé comme une chose parmi d'autres, avec une sagesse déconcertante. C'est un crime dans l'indifférence totale, en pleine rue, en plein jour. Il fume lentement en relatant la fuite d'un jeune, tout est arrivé si vite.
« It’ssss bleeeeedinggggg ! »
Ils lui disent que cette fois-ci, il faut l'emmener à l'hôpital d'urgence en regardant la coéquipière du hasard. Elle reste là. Ils le bousculent un peu et lui demande d’éteindre la cigarette. Aral n’est pas trop dans l’urgence en 23 ans d’itinérance. Le plus jeune reçoit l’ordre d’emmener ses affaires. Dégouté il n’est pas très partant. Mais devant la seule femme coéquipière de l'astronaute, il fait bonne figure. Son supérieur lui dit qu'il a toute sa vie là-dedans, qu'il faut tout embarquer, ne rien laisser. Il met des gants du haut de ses vingts ans à peine, puis inspecte le grand sac à dos comme s'il y avait une bombe. Les gestes sont étudiés pour une toute autre intervention. Puis il tente l'impossible : mettre le matelas dans le sac sous les yeux de son supérieur comme si le temps était chronométré. Puis à deux, ils le lèvent, pas très épais l'astronaute, seul moment où Aral a mal. Ils lui demandent de ne rien toucher à l’intérieur du véhicule afin de ne pas le souiller. Il se pose délicatement afin de ne pas gêner, léger comme une plume. Puis les pompiers sûrs d'eux, demandent à la coéquipière de les laisser car ils vont s’occuper de lui.
Aral est parti.