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25/04/2019

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Le Bouddha couché est un motif iconographique et statuaire important du Bouddhisme. Il représente le bouddha historique lors de sa dernière maladie, sur le point d'entrer dans le parinirvâna. Allongé sur le flanc droit, il a la tête posée sur un coussin ou s'appuie sur son coude droit, soutenant sa tête de la main. Ce motif semble être apparu en même temps que les autres représentations du Bouddha, dans l'art gréco-bouddhique du Gandhara.








Images de Sonia Marques d'après le Bouddha gisant de Polonnâruvâ au Sri Lanka

Polonnâruvâ, est une ville du district de Polonnaruwa dans la Province du Centre-Nord du Sri Lanka. Elle est l'un des sites du « triangle culturel » et l'une des anciennes capitales du Sri Lanka, dans le Royaume de Polonnaruwa. Le Gal Vihariya fait la célébrité de Polonnâruvâ. Il s'agit de trois grands bouddhas sculptés dans une paroi rocheuse. Le premier se présente assis en méditation, le deuxième debout les bras repliés sur la poitrine, posture synonyme de son illumination, et enfin le troisième couché. Le grand Bouddha gisant, parvenu au nirvāna, passe pour être à la fois la plus parfaite et la plus mystérieuse des statues du passé de Sri Lanka. Elle a été mise au jour il y a cent ans dans le site archéologique. Long de 15 mètres, le Bouddha est sculpté à même le roc.

Le Sri Lanka pleure et moi aussi, depuis ce 21 avril 2019. Guerres de religions, christianophobie, un mot nouveau. Une île magnifique. Beauté du monde. Je faisais honneur au bouddha (de Chine) en porcelaine dans l'un de mes derniers articles. Au Sri Lanka, c'est la principale croyance. Nombre de site de tourisme relatent bien les différentes religions qui se côtoient, et ces crimes nous révèlent encore que le voisinage de croyances n'est pas sans violence. Vouloir atteindre la foi de l'autre en le tuant, c'est être sans foi, ni loi, c'est ne pas connaître, l'ignorance fait des dégâts. La foi ne se tue pas, en définitive. Atroces actes de violence.
En février dernier, le commerce du tourisme annonçait fièrement que le Sri Lanka était la destination n°1 et que le pays souhaitait atteindre les 3 millions de touristes d’ici 3 ans. La barre des 100.000 touristes français au Sri Lanka a été atteinte et dépassée en 2018. Le pays vise la clientèle des millenials en France et au Royaume-Uni. Les programmes et circuits touristiques couvrent désormais tout le pays. Je ne suis jamais allée dans ce pays. Je pense que le tourisme est néfaste dans tous ces pays et îles, dont l'histoire est complètement déniée. Je fus étonnée de découvrir des milliers d'images de touristes, sur Internet, au Sri Lanka et si peu de documents des habitants, de leurs origines. Seuls les sites touristiques ont un monopole sur l'information du pays. On peut déplorer les méconnaissances de ces masses de touristes au pouvoir économique grandissant, pour participer à ces tour-opérateurs et revenir avec des images d'eux, selfinesques, au milieu des paysages, sans s'inquiéter du climat, certes. Mais viser volontairement celles-ci, au nom d'une foi, afin de faire une démonstration de qui est le plus fort... Stupidité absolue de l'être humain, capable du pire, alors que la beauté même est accessible à tous, et sans tourisme. N'est-ce pas en cette foi intérieure qu'on la recherche et trouve ? Anéantir des civilisés en pleine prière, que ce soit en Nouvelle Zélande par islamophobie ou au Sri Lanka par christianophobie, au nom de la vengeance... On en est là, faire le mal à distance, par lâcheté absolue. Mais les guerres ne sont-elles pas souvent effectuées à distance, ordonnées par des lâches qui se cachent, élus par des ignorants ? La haine, les mauvaises rumeurs, sont des propagations de longues distances, d'interprétations, de médias en bouches à oreilles distraites et ennuyées, des passes-temps sans méditation, des obsessions vertigineuses et attractions du mal, des phobies de la vie, des amours funèbres. Quand vivre dans le corps d'un humain devient une peur, et quand l'extermination de l'autre et de soi entrent en symbiose dans un acte de folie, des individus persécutés en proies à la persécution. Peut-on enseigner la sagesse ?
Si je réfléchis, dans mon quotidien, ou dans ce qu'il m'est arrivé, en France, il est vrai que lorsque l'on reçoit des courriers malveillants, à distance, et outranciers, signés d'une institution qui se montre exempt de toute discrimination, par l'intermédiaire de sa propre direction, de son école d'art, dans sa propre ville, et que l'on est envoyé au tribunal sur de fausses accusations, et que l'on ne peut plus travailler dans sa ville où l'on aimait son métier, tout en y habitant... Des agissements qui ne choquent personne, dans l'indifférence même. Et bien, il est vrai que ce sont des appels à la violence, à la haine, à devoir réagir de manière encore plus négative, ou bien, il ne reste qu'à prier, prier pour apprendre de la sagesse et ne jamais copier ces actes malveillants, qui ordonnent la vengeance, qui donnent le plus mauvais modèle que l'on puisse voir de ses propres yeux, dans une école, dans un lieu de transmission du savoir. Comme dans toutes institutions, il y a des savoirs qui se transmettent, mais qui ne sont pas bons. Et il n'y a pas de justice pour tous. Le discernement est un apprentissage, long, mais salvateur. Comprendre s'il est bon d'enseigner dans de telles institutions, si les mauvais signes reçus ne sont-ils pas révélateurs d'un malaise devant des célébrations ou expositions sans aucun sens ? Chacun pour soi dans un égo affiché assez idiot ? Mais il faut célébrer, les célébrations sont importantes, comme les anniversaires. Les messages violents que j'ai reçus, j'ai compris, avec le temps, qu'ils m'ordonnaient d'y répondre avec violence, avec autant de procédures et injures. C'était là, le message. C'est là où j'ai compris la paix.
Ma réponse c'est la paix.
Je suis un peu gisant ces derniers temps. Il faut parfois méditer en paix. Cela impose un temps, non quantifiable, le temps de la méditation propre à chaque situation.
Chaque jour, une étape vers la paix. La limite est le dénuement, même s'il doit s'envisager. Ce sont dans des sociétés d'excès que l'on massacre les plus faibles (désignés comme tel), celles et ceux qui ne répondent pas à l'agression par l'agression. Cela me fait penser à la tuberculose, en ces temps où la sous-alimentation décimaient des victimes de la guerre, dans un état de dénuement total. Ce temps n'est jamais loin, il n'est point besoin d'être sous les bombes pour arriver dans un parcours de vie dans un état de dénuement total, en vivant et œuvrant dans une société d'abondance, parmi les ogres.
Le dénuement c'est aussi le manque. Apprendre à vivre dans le manque et la frustration, c'est très différent que combler un vide, en agressant les autres, en désirant prendre leurs places.

Bouddha affirme que la souffrance naît du désir ou de l'envie. La cause de la souffrance est l'envie basée sur l'ignorance. La suppression de cette envie doit donc faire disparaître la souffrance. Si la vacuité ne vide pas les choses de leur contenu, et qu'elle est leur véritable nature, c'est un grand effort pour un occidental animé par le monothéisme de comprendre la nature. Nous vivons dans l'appât du gain, de la productivité et de la surconsommation. Même les créations collectives, comme le bâti, récemment l'église Notre-Dame à Paris, perdent de leur spiritualité et, celui-ci, a révélé par son incendie, l'appât du gain et le moteur de l'argent comme seule source d'espoir, et le tourisme le transformant en machine à sous, ou storystelling politique, ce qui est pire. La montée de l’extrémisme religieux n’épargne pas les bouddhistes, théoriquement pacifistes. Les extrémistes bouddhistes sri-lankais (en Birmanie ou en Thaïlande) agissent aussi et ont commis des atrocités à l'encontre d'autres minorités religieuses, comme les musulmans. Et de même, sont utilisés des rumeurs et une propagande afin de semer un climat islamophobe. C'est de la terreur. Se radicaliser advient dans toute institution, religion, il n'y a pas de meilleure situation. On ne peut qu'être responsable de notre propre ignorance et de notre sagesse. Les lieux de prières n'ont encore pas mis en place des modes de sélections d'entrée, à savoir, qui est le plus croyant, écartant les pêcheurs et les âmes perdues de leurs antres, à l'aide de caméras, badges, tickets ou autre scanneurs de corps. Mais ces terreurs inclinent les responsables des pays de faire payer l'entrée, de monnayer l'accès au silence et à la prière. C'est-à-dire que les plus démunis seront exclus de ces lieux pour lesquels des bâtissent ont été construites par plusieurs et souvent, des esclaves. Déjà toute entrée dans une pyramide se paie. Mais on ne sait plus déchiffrer ce qu'il s'y trouve. Trésors et mystères. La recherche est infinie.

Les écoles publiques disparaissent.


Bouddhisme


Les bouddhistes, majoritairement cinghalais, représentent 74 % de la population du Sri Lanka. Religion et ethnie se confondent et être cinghalais, c’est être bouddhiste et vice versa même si une petite communauté cinghalaise embrasse le catholicisme sur la côte ouest autour de Negombo. Cette religion, à l’origine d’un fort sentiment identitaire qui perdure aujourd’hui, joue un rôle important dans le pays, à la fois spirituel, politique et culturel. Les arts, la littérature et l’architecture sont influencés par le bouddhisme.

Au Sri Lanka, le bouddhisme du « Petit véhicule » ou bouddhisme du Theravada suit la « voie des Anciens » en préservant la foi dans sa forme la plus orthodoxe comme à Myanmar ou en Thaïlande. Selon cette doctrine, le nirvana ne peut être atteint que par un effort spirituel de tous les instants et implique donc la responsabilité du fidèle dans son salut qu’il atteindra au fil de moult vies. Introduit au Sri Lanka au IIIe siècle av. J.-C. par les émissaires de l’empereur indien Ashoka, le bouddhisme s’est développé et enraciné grâce à la conversion du roi cinghalais, Devanampiya Tissa. Le Sri Lanka détient une dent de Bouddha, relique oh combien vénérée et protégée à Kandy dans le Sri Dalada Maligawa, plus connu sous le nom du Temple de la Dent. Les vestiges des cités anciennes d’Anuradhapura et de Polonnaruwa, les grottes du temple de Dambulla témoignent de la prééminence du bouddhisme au Sri Lanka depuis des siècles.

Statues de Bouddha, temples et dagobas sont omniprésents sur tout le territoire. Chaque jour de pleine lune, « poya » est un jour sacré et jour férié du calendrier sri lankais. Les fêtes religieuses adossées sur les jours de pleine lune ponctuent le calendrier annuel : Vesak, la fête des lumières en mai, Poson en juin qui célèbre l’introduction du bouddhisme dans l’île et les « Peraheras », « processions » en cinghalais, qui se déroulent tout au long de l’année dans les principaux temples du pays. La plus connue est celle de Kandy, l’éblouissante Esala Perahera aui a lieu en juillet ou août.

Indouisme


Les Tamouls représentent 15 % de la population sri lankaise et sont majoritairement hindous. Les rois tamouls d’Inde du Sud ont introduit l’hindouisme dans le nord de l’île. Cette religion existait bien avant l’arrivée du bouddhisme, favorisée par les incessants échanges culturels avec l’Inde voisine. Aujourd’hui, la communauté hindoue se concentre principalement dans le nord de l’île, l’Est et la région centrale des plantations de thé où les Tamouls immigrèrent pour y travailler au XIXe siècle. Au Sri Lanka, les Hindous vénèrent principalement Shiva, ses deux fils, Skanda aussi dénommé Murugan et Ganesha, le dieu à tête d’éléphant. Les temples appelés « kovils » sont généralement très colorés. C’est dans la péninsule de Jaffna qu’ils sont les plus nombreux : le Kandaswamy de Nallur est le plus imposant.

Islamisme


On dénombre près de 2 millions de musulmans au Sri Lanka. L’islam est pratiqué par environ 9% de la population sri lankaise. Cette religion monothéiste a été introduite dans l’île par les premiers colons arabes qui, dès le VIIIe siècle, créèrent des comptoirs sur la côte Ouest, de Galle à Jaffna. A l’arrivée des Portugais, ces premiers musulmans sri lankais, autrefois appelés Maures, sont contraints de migrer vers la région montagneuse de l’île et de se placer sous la protection des rois kandyens.

Pendant la colonisation hollandaise, des colons Malais viennent grossir la communauté musulmane alors que des Indiens originaires du Kerala, du Tamil Nadu, du Gujarat et du Pakistan s’installent sur l’île à l’époque britannique. Aujourd’hui, les musulmans sont implantés un peu partout et surtout présents à Colombo, Puttalam, Galle, la côte Est et la région de Kandy. Majoritairement sunnites, ils suivent les paroles et actes du Prophète et respectent les 5 piliers de l’islam : la prière, le ramadan, le pèlerinage à la Mecque, la shahada (déclaration de foi) et la zakat (donation sous forme de taxe). Les musulmans sri lankais célèbrent les grandes fêtes islamiques dans l’une des 5000 mosquées que compte le pays. La plus grande, celle de Kachimalai, se trouve à Beruwela, là où s’établirent les premiers colons arabes.

Les grandes fêtes religieuses comme celles du Vel à Colombo, de Kataragama ou du temple Kandaswamy donnent lieu à de longues processions de chars bariolés. Les pénitents se livrent à d’impressionnants actes de mortification : ils marchent sur les braises ou se criblent le corps de broches métalliques.

Christianisme


Le christianisme représente environ 7,5% de la population sri lankaise. Il a été introduit au XVIe siècle par les missionnaires portugais qui déployèrent un zèle considérable à convertir les pêcheurs de l’île de Colombo jusqu’à Jaffna. Ces catholiques romains vivent essentiellement sur la côte Ouest de l’île. Negombo et sa multitude d’églises est même surnommée « la petite Rome ».

La communauté catholique de l’île est aussi fortement représentée chez les Tamouls des plantations de thé tout comme chez les Burghers de la côte ouest, ces sri lankais largement minoritaires d’origine portugaise, hollandaise ou britannique. Les Hollandais ont introduit le calvinisme prôné par l’Eglise Réformée et les colons britanniques sont à l’origine de la création de l’Eglise anglicane de Ceylan et de l’introduction des confessions chrétiennes pentecôtiste, baptiste et méthodiste. Aujourd’hui, le catholicisme reste prépondérant et représente 90% des fidèles chrétiens.

L’une des églises les plus importantes, « Notre dame de Madhu », fut érigée en 1872 dans le nord de l’île, près de Mannar. Madhu est un haut-lieu saint pour les pèlerins catholiques qui s’y rendent chaque 15 août. Au Sri Lanka, les religions se mêlent les unes aux autres joyeusement. Les statues du panthéon hindou se retrouvent dans les temples bouddhistes, Jésus côtoie Bouddha. Les pèlerins hindous, bouddhistes, chrétiens et musulmans s’acheminent ensemble vers le sommet de l’Adam’s Peak, lieu de pèlerinage pour les quatre confessions.

 

Par kiwaïda at 15:52

15/02/2019

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C'était en juin 2006 je crois bien. Un professeur, et ami, Reynald Drouhin, m'avait invité à être membre du jury des diplômes de 5ème année à l'école supérieure d'art de Rennes où il enseignait, et enseigne toujours. Auparavant j'avais travaillé plusieurs fois avec lui, pour un workshop, et j'avais donné une conférence, dont résultait la publication : "Habiter Internet ?". J'avais publié un texte important sur la naissance de l'Île de Seuqramainos, ma découverte, ma séparation. À ce moment, plusieurs d'entre nous étions en réseau et amitié, dans ce que pouvait développer le multimédia dans les écoles d'art, intégrer, consteller, que ce soit à travers nos découvertes et réalisations artistiques en ligne, en le montrant à tous, en France et au-delà de nos frontières physiques mais aussi bien plus en dématérialisant nos apports en connaissances, avec Internet. Bref, nous communiquions, bien avant que les écoles obligent à "faire produit" et excluent les unes et les autres de ce qui serait "le numérique" institutionnel. Donc, ce mois de juin, toujours professeure à l'école supérieure d'art d'Angers, je participais activement à ce jury, durant 5 jours, il me semble. Le nombre d'étudiants était considérable, et j'ai encore quasiment toutes les réalisations des étudiants en tête. Le niveau était excellent. Ce qui m'amène à écrire sur ce sujet, ce n'est pas la création en école d'art, ni son accompagnement, puisqu'ils ont été toujours présents, et puis, car je suis à l'écart des écoles d'art à présent pour des faits de violences sur ma personne.
C'est cette rencontre avec Didier Larnac, le président du jury, de ce même jury. Il était alors professeur à l'école supérieure d'art d'Angers et s'occupait d'accompagner les étudiants de la 5 année dans l'option art. Personne ne se doutait que 2 professeurs seraient alors présents dans ce jury. Et Didier Larnac ne le savait pas, nous n'échangions pas beaucoup à ce moment, mais nous nous côtoyions chaque semaine à Angers. C'est que la hiérarchie entre professeurs, femme et homme, a toujours été très codifiée, normalisée. Il était tout à fait "normal" et attendu, que ce soit un homme qui soit président de jury, lequel était aussi attendu qu'il s'occupe des 5e année d'une école, ou qu'il soit directeur d'école d'art, tout cela est dans la norme. Donc qu'une même professeure de la même école soit membre de jury, ne faisait pas partie des mêmes réseaux, et il est arrivé que nous œuvrions là ensemble, alors que rien ne nous prédestinait à nous retrouver en jury. Cela dit, rien ne m'a jamais prédestiné à travailler en école d'art, ni poussé, ni cooptée.
Notre jury était très sérieux, nos échanges très riches. Mais il s'est passé quelque chose de pas comme d'habitude. Au bout du 3e jour, nous étions moins gelés les uns, les unes avec les autres, et nous remarquions que nous avancions bien ensemble, tout en nous respectant et en nous écoutant. Les étudiants et majoritairement les étudiantes, recevaient nos appréciations bien argumentées et nos conseils pour la suite, beaucoup de félicitations, de mentions. Je posais la question si Rennes était loin de la mer, un soir que nous dînions ensemble, sans jamais faire trop état de nos journées de travail, ce qui est rare. Nous étions plutôt à nous décontracter et à sortir des normes du ticket de défraiement pour notre dîner. Nous n'étions pas très "fonctionnaires" mais nous avions des projets différents et nous en parlions. Ce soir, Didier Larnac nous répondit que non ce n'était pas loin de la mer, en voiture. Nous avons eu cette idée folle, de programmer pour le lendemain, notre dîner à la mer, car Didier Larnac connaissait un restaurant en face de la mer. Les autres membres trouvaient cette idée dingue et craignaient d'être réprimandés si cela venait à être su par l'école. Pourtant, il n'y avait aucune faute à dîner où nous le souhaitions le soir, puisque notre travail était terminé. Mais il est vrai, que ces formules de jury, ou même ces drôles de formes d'intégration ou non, dans les écoles d'art, nous oblige presque à rester grouper, être ensemble, tout le temps et "dans les écoles", sans jamais en sortir. Ce que je nomme l'effet "secte". De mon point de vue, c'est ce côté sectaire qui est bien acquis inconsciemment par les employés, et c'est malheureusement ce qui nous donne des écoles trop fermées et non ouvertes vers l'extérieur. L'implicite est fort. Après réflexions, nous décidions donc de faire cet écart "méritant", aller dîner au bord de la mer, pour l'avant-dernière fois. Nous avions donc tout à payer à nos frais et le déplacement, aller et retour, mais nous étions certains de nous réserver un hors piste riche et salvateur. Nous nous sommes donnés RDV pour partir, je crois que c'était avec la voiture de Didier Larnac, nous allions diviser les frais d'essence et avec une carte mentale (la nôtre) nous sommes partis, sans connaître bien la route. L'une des membres du jury flippait un peu mais était excitée comme une puce, car elle redevenait un peu l'étudiante qui part sans prévenir ses parents (l'institution). Nous sommes arrivés dans ce restaurant vide, le coucher de soleil rose et orangé rayonnant sur la mer, effaçant notre tableau fonctionnaire, afin de créer une petite joie, une réjouissance modeste mais ensoleillée par la peinture, oui nous étions aimants de la peinture, quelque part, nous aimions l'art plus que tout. Chacun avec nos téléphones portables pour raconter le "devines où je suis" à la compagne, au compagnon, à la famille. Moi j'avais toujours un forfait de quelques minutes à ne pas dépasser, pour une professeure dans le multimédia, ne pas avoir le téléphone dernier cri est toujours suspect.

Mais peu importe, même si j'avais eu les outils techniques les plus chers et à la mode, on trouve toujours un moyen de vous envoyer au tribunal de votre ville comme l'accusation perverse, que vous auriez souillé un outil informatique, sans aucune preuve, et comment prouver le trop "sale" ? Sans se confondre avec les racistes ? À moins de marteler avec force et moyens administratifs que l'institution est la plus propre (dernière injonction de l'école limougeaude, nationale, de ses employés si fiers et si médiocres d'exclure les pauvres, de cibler au hasard la personne qui portera le costume général du ou de la coupable idéale) C'est l'implicite, il est interdit d'expliciter les choses. C'est sidérant, la cruauté est partout, nichée sous le vernis du dialogue social, de la diversité, en prônant l'écriture inclusive et en s'affichant contre les violences faites aux femmes, ou que sais-je, du "faire le potager ensemble" jusqu'à la popote "ensemble", ou s'afficher "aider les migrants", mais de très très loin, ou bien pire encore, en réclamant de gagner plus, tout en travaillant beaucoup moins, et en cachant ses cumuls d'emplois et son hors classe, sa légion d'honneur, et tutti quanti, la sauce "engagée", qui dégage la vérité. Vérité bien plus complexe, que la boîte à outil du parfait professeur en école d'art, prêt à la léguer, de force, aux petits étudiants qui ne savent pas quoi faire de leurs études : faites des banderoles pour nous, soyez nos communicants, effacer nos véritables traces, soyez du bon côté et pour cela, ciblez celles et ceux qui seraient du mauvais côté. Comment priver du sens et des études ? En privant les étudiants de leurs appréciations, de leur parcours différent, de leur histoire, de leur temps, en les prenant en otage de statuts qu'ils n'auront jamais et dont ils ne connaissent absolument rien et souvent de jeunes professeurs aussi, les premiers volontaires à se porter grévistes, alors qu'il n'y a jamais eu de grévistes véritablement, dans ces contrées bien huilées, et ce seront les premiers à en faire les frais réels. Pourquoi ces associations de malfaiteurs sont-elles pérennes ? C'est un système qui ne fonctionne plus et qui ne sait plus comment faire autrement, et qui ne tente même pas. C'est une aparté, celle qu'on ne peut plus communiquer aux défunts, s'ils partent c'est qu'ils savent.

Puis Didier a commandé des huitres (moi je n'aime pas les huitres, mais les voir, me donnait un goût de Noël familial, j'étais la plus jeune, alors je profitais de ce moment exceptionnel) Nous étions heureux et aucun de nous ne nous connaissions auparavant. Je dois dire qu'après cette expérience, nous n'avons pas non plus réitérer de partenariat, dans les écoles d'art ou ailleurs, en tous cas, je ne l'ai fait, ni repris contact. Je n'ai pas cette tendance, certes salvatrice, lorsque l'isolement nous gagne et que s'efface notre nom, par le gommage de l'implicite, son usure rappelle celle des sans abris. Ce fut comme un moment jalousement gardé, il devait solder notre travail commun, sachant que nous étions très mal payés pour nos emplois respectifs et nous avions la vie difficile avec tant de déplacements à nos frais, depuis des années. Nous sommes revenus par la route et nous avons certainement eu des étoiles dans les yeux, une liberté artistique, car ce rêve "voir la mer en une soirée", mine de rien, demande une organisation audacieuse et fulgurante, un moment où nous sommes tous d'accord, sans complicité aucune (ni syndicat), si ce n'est celle d'être dans ce manque de la mer. Pas d'implicite mais que de l'explicite. Les serveurs et serveuses ont été amusés de notre escapade et nous avions racontés notre emploi, nos métiers et la raison de notre volonté de vivre, notre gastronomie en coucher de soleil.
Le lendemain, Didier était devenu Didier. Je n'employais plus son nom de famille, quelque peu comique, mais son prénom, malgré la distance que nous mettions dans les formes de représentations et de vouvoiement. Il voulait que l'on dîne ensemble, et il me raconta son souhait de postuler à la direction d'Angers, mais d'avoir été exclu de la course. Il me disait être un éternel "outsider" et me parlait de la galerie qu'il avait créé, et moi du collectif Téléférique. Il était en admiration devant nos activités et surtout de ma passion du moment : le son. Cela ne se faisait pas dans les écoles d'art. Il me disait que j'étais aussi une outsider. J'ai vraiment retenu ce mot par l'incarnation qu'il en faisait, et je n'imaginais pas un seul instant qu'il y avait une course quelque part dans nos métiers. Est-ce un travers ? Le hors piste ?  J'avais été déboutée du concours à la fonction publique 2 fois (le cnfpt : je ne serai jamais titulaire des écoles territoriale, la 3e fois, le cnfpt a fait plusieurs erreurs administratives sur mon dossier puis sur le concours, je ne me suis pas présentée, in fine, les implicites n'ont pas besoin de tout ce parcours, on éloigne celles qui en savent trop et qui partagent leurs connaissances) car j'enseignais le son, entre autres et les membres de jury misogynes, ne supportaient pas qu'une femme enseigne, mais alors du son, on me disait "c'est interdit dans les écoles d'art", entre autre. J'étais aussi interdite d'enseigner le multimédia. Seuls des professeurs hommes et avec un entretien abscons également, pouvaient enseigner, ils étaient plus malins que moi, car il ne racontaient rien de leur enseignement. Et moi, j'expliquais tout et même je donnais des résultats, ce n'était pas envisageable de raconter ce que l'on fait dans une école d'art, cela ne pouvait pas avoir lieu, et si jeune, comment oser braver les conventions implicites de la sorte ? Hors j'enseignais depuis au moins 5 années toujours en CDD, en développant toute cette partie multimédia dans les écoles d'art, mais sans avoir le bénéfice d'une carrière soutenue et accompagnée, comme les autres. D'ailleurs celles et ceux qui parvenaient à être titularisés, ne trouvaient pas automatiquement de poste par la suite, voir jamais. Hors j'étais bel et bien à un poste, mais on avait décidé qu'il serait temporairement temporaire, que je devais m’efforcer de le garder ainsi, tandis que d'autres collègues étaient titularisés sur une fonction vide, sans qu'elle ne soit jamais inscrite dans une école. Le plus machiavélique c'est qu'en interrogeant les inspecteurs, le plus souvent les inspectrices accessibles sur cette situation impossible à vivre, celles-ci ne s'étonnaient guère et disaient : on ne peut rien faire, c'est ainsi, ce concours ne sert à rien, et les meilleurs enseignants ne sont jamais titularisés, on ne peut rien faire, rien changer. Des inspectrices chargées donc d'organiser et de soutenir ce genre de concours et de le valider, d'en réaliser même des rapports auprès du ministère, avec des grilles qui ne veulent rien dire.  Je redoublais de travail, j'étais convaincue de mes avancées, mais chaque année, mon salaire ne bougeait pas et je voyais mes collègues, même plus jeunes avoir une titularisation automatique et une carrière assurée. Ils étaient plus pantouflards d'ailleurs. Didier m'expliquait pourquoi il était si déçu de ne pas avoir été choisi pour la direction angevine. Je lui proposais de réitérer sa candidature pour un autre poste, il me disait qu'il y avait alors celle du Mans en lice. Je l'ai, à ce moment, vivement encouragé. Il m'a lu son projet, je l'ai conseillé. Je ne l'ai su que bien après, il a été reçu, et durant ces 12 années, je savais qu'il y était bien. Chose heureuse et inattendue, il a ouvert son projet sur le "son", et de nos échanges et des difficultés rencontrées il a compris qu'il y avait là, de nouveau, un risque à prendre, comme pour aller à la mer. Un hors piste.
Ces jours-ci j'ai appris sa disparition par Internet, derrière mon écran. Je ne savais rien de sa mise à l'écart de l'école, ni de sa maladie, son cancer. 62 ans c'est jeune je trouve. Mais lorsque je l'ai connu, il y a douze ans, il sortait déjà de cette maladie, cela doit être donc un retour. Un article non accessible indique qu'il était mis à la retraite seulement depuis 1 mois. Je pense à cela, mais aussi à toutes celles et ceux, qui n'atteignent pas la retraite dans les écoles d'art, que j'ai côtoyés, très jeunes ou moins, à la direction, à l'administration, aux professeurs, employés. Serait-ce des institutions qui ne souhaitent pas que leurs employés profitent d'une retraite méritée ? Sont-ils tous maltraités ? Comment comprendre alors qu'une poignée se bat pour la retraite et leur statut à carrière bien déroulée, une poignée qui a déjà reçu tous les bénéfices de cette carrière quand d'autres sont dans l'obligation d'arrêter par maltraitance, souffrance au travail ou à cause de plafonner à l'échelon 1 ou 2 ou 3 pendant des dizaines d'années ? Pourquoi se battre pour une fonction réservée d'office à quelques uns, unes, celles et ceux qui ont poussé les meilleurs vers la sortie, sans souvenir aucun, sans enseignement ?
Je pense à ces rencontres à ces personnes qui attendaient d'arrêter. Elles avaient des projets pour leur retraite et avaient peut-être économisé, enfin c'est rarement possible. Je pense à cela, à l'arrêt. Je suis comme figée et pétrifiée devant la violence de mon métier, devant cette impossibilité de dire et d'écrire la dureté d'un métier qui est si mal aimé et si méconnu. Le mal est dans ces écoles, hélas, ce n'est pas l'extérieur qui maltraite ces écoles d'art, ce sont, le plus souvent, les uns et les unes et les autres qui se désolidarisent implicitement, de l'explicite. Expliciter ne fait pas partie de cet enseignement qui a une tradition visuelle, du taire et de la sacralité des images. Communiquer, certes, mais ne surtout pas communiquer sur le sens de cet enseignement si particulier, ne rien écrire sur les liens qui nous unissent ni surtout sur les désolidarisations, oui nous sommes tous différents. Ces écoles montrent toujours qu'elles sont solidaires, ou que l'on vient du même milieux, de la même famille, le plus souvent celle qui fantasme mai 68, voir que le ministère nous connait si bien, hors il n'en est rien. De cet implicite autoritaire elles devront s'affranchir pour comprendre pourquoi tant d'étudiants sont abandonnés après leurs études, et perdent tout espoir de poursuivre leur création, en France. Hors, je pense que nous n'avons plus autant besoin d'images aujourd'hui, ni de slogans et ces écoles ne peuvent plus être le lieu des propagandes des syndicats en mal de communication. Et qu'il ne sert plus à grand chose d'apprendre à produire plus, ni à consommer autant de formations divergentes, avec une pensée implicite. C'est une question quasi écologique face au gâchis et à l'exclusion. Pour cela, l'explicite doit être moteur.
Quand douze années deviennent les plus précieuses, le hors piste dans la poudreuse est un champ des possibles pour les outsiders, et laisse une trace sensible et sonore. Navrée de ne pas avoir pu voir tout ce travail, certainement porteur pour celles et ceux qui en profitent encore.

De mon côté, en douze années que de changements, et je n'aurai même plus l'occasion de faire une virée à la mer pour raconter mes nouvelles avancées à Didier et lui donner un second souffle, ou bien, que je puisse à mon tour l'emmener en voiture, avec des collègues embarqués bienveillants, et que ce soit lui, qui me souffle une idée magique pour la suite. Quoique... je viens d'allumer ma lanterne. Parvient-on à le réaliser avec nos parents qui ne connaîtront jamais ce milieu si fermé ?

Didier Larnac appréciait les artistes, le plus souvent des hommes. On pourrait trouver cela étrange de ma part d'écrire à son sujet, car je n'ai aucun lien d'amitié avec lui, ni même avec les artistes dont il a réalisé l'accompagnement ou la publication. Ce serait encore là délimiter un terrain attendu. À travers cette rencontre et l'éloignement de nos activités centrées dans les sphères artistiques ou rémunérées par ce même système, je décris une tristesse, celle du grand écart entre l'étouffante proximité affichée des artistes et des acteurs de l'art, en réunion, en exposition, en mission, et l'indifférence glacée des conditions réelles de vie et du sel de la vie, qui elle, est signe d'un éloignement infini, il permet de ne pas être touché lorsque l'autre tombe à côté de vous, alors qu'il était assis là et assistait à la même conférence, la même réunion et semblait avoir les mêmes sentiments. Semblance et discrétion du réel, afin qu'il ne gâche pas la fête des apparences et des images. L'être humain peut revêtir cette lâcheté, mais c'est pour continuer sa route, sans doute, seul.

Toni Grand, la légende, dont il a publié un livre, n'est pas un moteur dans mon travail, et pourtant, comme d'autres, ce sont des hommes-racines parmi d'autres racines qui m'ont permis d'avoir un accès (intellectuel) à l'art, en côtoyant leur production, et cela, bien plus qu'ils n'auront jamais à côtoyer ce que je fais, ce que j'écris, ni même à dialoguer avec moi. Et cela, c'est aussi une norme, un attendu, que d'écrire seulement sur ses pairs. Tout m'est étranger dans le monde de l'art, ainsi tout m'est exotique, et il n'y a pas de linéarité dans mon approche, que seule ma curiosité peut expliquer l'intensité succincte du lien à une œuvre et à son auteur, au hasard d'une rêverie ou d'un souvenir, d'une information ou d'une antique histoire, d'un conte, d'un caillou trouvé sur le chemin. Et là, j'ai des cailloux plein les poches, Poucette a ramassé trop de trucs et n'avance pas vite du tout, elle devient pierre.

Peut-on se couper de ces histoires ? Refuser le père ou la mère et imposer le parent 1 et le parent 2. Les pères et les mères ne sont plus les bienvenus dans notre société, et il faut numériser le premier et le second, diviser, mais plus définir. Pourtant expliciter serait plus abordable et singulier. Je choisi d'être l'enfant zéro. L'éternel enfant de l'art, sans pairs et plein de petits repères, avec un père et une mère.

Par kiwaïda at 16:33

24/11/2018

м℮мóґїα

Algumas coisa que queria aconteceu :
Quando eu era pequena a minha avó explicou-me com palavras simples…
a dificuldade de falar e escrever… mais a linda expressão de o saber chorar

Uma fotografia concebida por meu pai e enviou por minha mãe, no primeiro plano, minha avó paterna, a palhaça

Sónia sohna

Süße Gedanken an die schöne Elizabeth

As emoções não são iguais, umas são ruins, outras boas. A tristeza está caracterizada como uma emoção negativa em nossa sociedade. Um dos sinais de tristeza melhor identificados por nós é quando choramos. Porém, nem sempre o choro é acompanhado de uma emoção ruim. Muitas vezes as pessoas choram de alegria. O casamento de uma filha, o nascimento do sobrinho, do neto, uma apresentação da filha na escola podem nos despertar muita alegria e podemos chorar por isso. Algumas pessoas têm maior sensibilidade para algumas emoções e muitas delas choram por qualquer coisa. Uma expressão muito conhecida e que a pessoa se caracteriza é “sou uma manteiga derretida, choro por qualquer coisa”. Tem pessoas que tendem a chorar com mais facilidade e isso não é um defeito; ela só é mais sensível naturalmente para lidar com algumas emoções que a situação desperta. A pessoa que nunca foi de chorar à toa provavelmente está apresentando outros sintomas que podem estar sinalizando que está com depressão e não está se dando conta. Nunca quis alguém que me dissesse: “Ei, não chora... Não vale a pena chorar!” Que bom que encontrei alguém pra me dizer: “Pode chorar, eu estou aqui com você!".

"Creio no riso e nas lágrimas como antídotos contra o ódio e o terror"

(Charles Chaplin)

Par kiwaïda at 18:07

01/11/2018

ⓈⒾⓁ

Canyon du fleuve sil à Orense, Galice, Espagne

Ceux qui vivent au milieu des pierres

Le Sil est un affluent du Minho en Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne. Le Sil est long de 225 km, et est à leur jonction à Os Peares, plus important que lui tant par sa longueur que par son débit. La principale localité arrosée par le Sil est Ponferrada. Un peu de voyage, je prends le fleuve Sil, je pars dans la montagne, en Galice, en Espagne, voir mes arrières grands-parents maternels... Les premiers d'une recherche généalogique passionnante, je vais voyager, et il y a du pain sur la plancha !

<3


Il sont beaux, ce sont les parents de ma grand-mère maternelle, espagnols... Je m'arrête dans cette ville Orense :

    

Cité de l'or

Orense est un nœud de communication entre Madrid et la côte galicienne (Vigo, Pontevedra, La Corogne). Elle est une étape du chemin de Saint-Jacques, sur l'itinéraire qui vient d'Andalousie appelé Ruta da Prata. Réputée pour ses sources d'eau chaude connues depuis l'Antiquité. Baptisée par les Romains la « cité de l'or » (Auriense) à cause de l'abondance de ce métal, elle fut une importante cité de la province romaine d'Hispania jusqu'à ce que ses réserves d'or s'épuisent. Ancienne cité romaine et capitale des Suèves (VIe et VIIe siècles.), elle a été détruite par les Maures en 716. Elle a été reconstruite plus tard par Alphonse III des Asturies aux environs de 877. Les raids Vikings, ainsi que des attaques du chef de guerre arabe Al-Mansour, ont mis à mal la ville à plusieurs reprises. Ce n'est que sous Sanche II de Castille et sa sœur Elvira, dame de Toro, que la ville a été réinstallée au cours du XIe siècle. C'est au XIIe siècle qu'Ourense est devenue un important centre de services.

Les suèves :

Les Suèves (Suevi ou Suebi en latin) sont un groupe de peuples germaniques. Un fort contingent de Suèves suit le parti politique des Vandales qui franchissent le Rhin gelé en 406 pour traverser la Gaule de part en part vers les terres méditerranéennes. Les armées itinérantes sont refoulées dans la péninsule Ibérique. Elles se querellent pour la suprématie ; le parti Suève est écrasé par les Vandales à Mérida en 428-429. Les Suèves indésirables sont pourchassés et s'enfuient vers le nord-ouest de l'Espagne, trouvant des hôtes amicaux dans la forêt de Galice. Il semble que les Suèves pourtant germanisés n'aient pas perdu la langue et les rituels celtiques, facilitant leurs assimilations aux populations celtibères autochtones. Mieux, ils en deviennent indélogeables et lancent des expéditions guerrières réussies en Lusitanie et en Bétique. Le roi suève Réchiaire adopte la religion chrétienne du peuple galicien vers 448. Son royaume stable est toléré par les souverains wisigoths avant d'être annexé en 585. Il constitue le premier jalon du royaume de Vieille-Galice, à l'origine du Portugal.

Les vikings en Galice :

A presenza de viquingos en Galicia tivo lugar entre os séculos IX e XII, cando estes deviran unha potencia naval e militar, lanzando expedicións de saqueo e conquista polo océano Atlántico e subindo polo leito dos ríos até as cidades que pretendían saquear. Así chegaron até o mar Mediterráneo, e no camiño estaba Galicia.

Les Vikings sont des guerriers, navigateurs, pillards et commerçants venant de Scandinavie, qui se répandent en Europe occidentale à partir du VIIIe siècle. Ils s'implantent successivement dans différentes régions, en commençant par des raids le long des côtes et en remontant les fleuves. Ils s'installent ainsi dans ce qui devient la Normandie, un puissant duché qui leur sert de nouvelle base de départ pour continuer leur expansion. Ils sont à la fois Vikings par leur origine et Normands par ce nouvel État. Ayant comme nouvel objectif la Méditerranée, ils longent la Galice et ils y mènent de nombreux raids.

Les celtes :

A la pointe nord-ouest de l’Espagne, la Galice est une des régions les plus sauvages d’Espagne. Tandis que la côte, relativement peuplée, alterne falaises et rias bourrées de charme, le centre de la région est montagneux est désert.

Celtique, romantique, mystérieuse, la Galice est une région forte où sont nées des femmes de caractère qui ont marqué l’histoire de l’Espagne. Ici en Galice, une femme, inconnue éclaire le monde.

La Galice, région océanique du Nord-Ouest de l'Espagne est le septième pays celte. Les paysages de collines vertes, de rias profondes, de maisons dispersées aux toits d'ardoises, de croix au carrefour des chemins, ce peuple pendant longtemps marin ou paysan, conservateur et croyant rappellent bien d'autres pays celtiques.
Le caractère celtique de la Galice est fréquemment remis en cause. La grande majorité des 2 700 000 Galiciens parlent une langue latine proche du portugais. Le caractère celtique du peuplement de la Galice pendant l'Antiquité a parfois été contesté. Pourtant l'attachement des Galiciens à leurs racines celtiques ne se dément pas. Il s'appuie sur les traces celtiques dans la langue galicienne, des légendes comme celle de Bréogan suggérant des liens avec l'Irlande et la Bretagne, des traditions populaires et le souvenir d'une colonisation de certaines terres par les Bretons insulaires autour de l'évêque Maheloc. L'existence de nombreux villages nommés "bretoña", des découvertes archéologiques et jusqu'au goût des Galiciens pour la gaita, la cornemuse locale, les rapprochent des autres nations celtiques.
L'enjeu dépasse la simple affirmation d'un droit à la différence dans la Péninsule ibérique. Aujourd'hui, dans le cadre décentralisé de l'Espagne, la Galice est une région disposant de son drapeau, de son gouvernement et de son assemblée, la Xunta. Sa population n'émigre plus. Moins agricole qu'autrefois, elle se consacre davantage aux services et à la petite industrie. Les liens économiques avec les autres régions atlantiques, notamment celtiques se mettent en place. Cette volonté de renouer des liens tant économiques que culturels est bien revigorante pour l'ensemble de la communauté celtique.

Proches des bretons, de l'Écosse, de l'Irlande... (Galice : la part celte de l'Espagne)

Les Maures :

La Galice est une terre d’accueil. Elle est envahie par toutes sortes d’aliens depuis l’Antiquité. Les premiers écrits dont nous ayons connaissance font référence aux Kallaikois, un terme qui désigne quelque chose comme “ceux qui vivent au milieu des pierres”. Des Celtes s’installèrent en Galice, puis des Romains, qui baptisèrent la région Gallaecia, mais aussi des Bretons de Maeloc. A leur tour, les Suèves arrivèrent [qui y fondèrent un royaume au Ve siècle] et “ils déposèrent l’épée et s’emparèrent de la charrue”, pour reprendre la phrase de l’historien Sánchez Albornoz. Puis ils furent chassés par les Wisigoths. Il y eut aussi une succession de juifs, de musulmans, de Gitans et d’immigrés de la Maragatería [province de León, proche de la Galice]. Au XVIIIe siècle, les Catalans relancèrent la pêche et les Basques le tannage. Mais l’alien le plus célèbre reste incontestablement l’apôtre saint Jacques. La découverte de son tombeau a donné naissance au tourisme religieux : elle est à l’origine de la première grande route touristique, le chemin de Compostelle. Le tombeau fut découvert par un certain Paio, il y a plus de mille ans, et non par l’actuel président de la communauté autonome [Manuel Fraga Iribarne], comme certains le croient. Des siècles durant, la Galice fut ce que l’on appelle aujourd’hui un centre cosmopolite. Des Francs, des Génois, des Flamands et des Provençaux venaient en pèlerinage, certains s’y installaient. Le premier texte en galicien dont nous disposons est un poème d’amour composé par l’auteur provençal Rimbaud de Vaqueiras. Quand saint Jacques fut décapité par les autorités romaines, l’Espagne en fit son patron et le proclama capitaine matamoros [tueur de Maures]. Aussi étonnant que cela puisse paraître, on dit que “les Galiciens ne se reconnaissent pas dans leurs gracieux ancêtres”. Ce sont les Maures qui auraient habité les castros (villages celtes fortifiés datant de l’époque préromaine).

La Galice est morriña

Le Galicien est cyclothymique, il alterne entre états euphoriques et dépressifs, un peu comme les guerriers celtes, dont on disait qu’ils étaient à la fois enthousiastes au combat et enclins au découragement. La Galice est morriña, ou mélancolie. Tengo morriña, je suis mélancolique, nostalgique. Morriña est un terme que nous avons exporté et qui figure dans de nombreux dictionnaires, comme celui de l’Académie royale espagnole ou le Collins anglais. Ce mot, je vous l’offre pour que vous le diffusiez sur votre planète. Mais attention, employez-le à bon escient. Il évoque le regret, la nostalgie, la mélancolie. On l’utilise souvent pour parler d’une histoire douloureuse, comme la perte ou le départ d’un proche. La morriña est à la Galice ce que la morna est au Cap-Vert ou ce que la saudade est au fado portugais. Mais employez ce terme avec prudence, il a valu aux Galiciens la réputation de peuple triste. De plus, c’est un mot passe-partout, susceptible d’apparaître dans un discours politique ou d’être utilisé à propos d’un mal de dents.
Le dictateur Franco était galicien, Pablo Iglesias, le fondateur du socialisme espagnol, et Ricardo Mella, celui de l’anarchisme, aussi.
Deux autres personnages ont à tout jamais marqué l’histoire de la Galice. Tout d’abord, il y a Rosalía de Castro, qui incarne une mélancolie active et protestataire. La poétesse dénonçait “ceux qui, sans raison ni motif, nous déprécient” - le Galicien est en quelque sorte le “nègre” de l’Espagne.

(article 2004, courrier International)

Rosalía de Castro : À 19 ans elle part à Madrid, écrit la première série de Poèmes Flores, en espagnol, d'inspiration romantique. Puis elle rencontre et se marie avec le journaliste et intellectuel connu Manuel Martínez Murguía qui l'introduit dans le monde, l'encourage à écrire, à publier. Elle écrira en galicien.
Deux malheurs successifs, la mort de sa mère adorée et celle d'un enfant d'un an, la plongent dans une douleur immense. Elle écrira des poèmes déchirants.

 Negra sombra Rosalía de Castro
 
Cuando pienso que te fuiste,
negra sombra que me asombras,
a los pies de mis cabezales,
tornas haciéndome mofa.

Quand je pense que tu es partie,
ombre noire qui m'inquiètes,
à mon chevet,
tu reviens te moquer de moi.

Cuando imagino que te has ido,
en el mismo sol te me muestras,
y eres la estrella que brilla,
y eres el viento que zumba.

Quand j'imagine que tu t'en es allée,
en plein soleil tu te montres,
et tu es l'étoile qui brille,
et tu es le vent qui bruit. 

Si cantan, eres tú que cantas,
si lloran, eres tú que lloras,
y eres el murmullo del río
y eres la noche y eres la aurora.

S'ils chantent, c'est toi qui chantes,
s'ils pleurent, c'est toi qui pleures,
et tu es le murmure du ruisseau,
et tu es la nuit et l'aurore.

En todo estás y tú eres todo,
para mí y en mi misma moras,
ni me abandonarás nunca
sombra que siempre me asombras.

Tu es en tout et tu es tout,
pour moi et en moi tu vis,
jamais tu ne m'abandonneras
ombre qui toujours m'inquiètes. 

Par Luz Cazal

Carnaval :

C’est un des carnavals les plus traditionnels de Galice. Rites et personnages ancestraux relatent le passé de ces fêtes irrévérencieuses qui commencent ici plusieurs semaines avant les grands jours du carnaval, avec quatre Vendredi de « Folión » (pagaille). A Laza, le Carnaval se déroule entre la place da Picota, centre névralgique des actes du Carnaval, et les bars, assaillis par les jeunes de la ville qui créent une ambiance festive avec leurs virées autour d’un bon déjeuner, du vin, de la liqueur de café et les typiques eaux de vie galicienne. Les “peliqueiros” (personnage principaux  du carnaval), armés de zamarras (une espèce de fouet, avec un manche en bois travaillé) avec six « sonnailles » à la ceinture, sont les personnages phare du carnaval et ils attirent l’attention à cause de leur tenue à la foi particulière et impeccable qui peut peser jusqu’à quinze kilos et leurs masques démoniaques ornés d’images animalières. Ils font leur apparition le Dimanche de Carnaval, après la messe. Ils parcourent la ville en groupe en imposant leurs lois. Les gens peuvent les insulter mais en aucun cas les toucher ni tacher leurs costumes. Un des jours les plus animés est le Lundi de Carnaval ou jour “Da Borralleira”, lorsque, le matin, a lieu la “Farrapada” (bataille de torchons enduits de boue) et la “Xitanada” (une procession de couples montés à dos d’ânes) et, l’après-midi, “La Morena” descend depuis la Cimadevila, un homme recouvert  d’une couverture coiffé d’une tête d’une vache qui se consacre à lever les jupes des femmes, aidé par sa suite lançant sur la foule de la place Da Picota une pluie de Fourmies vivantes, parfois mélangées avec du vinaigre et de la farine, pour les rendre plus enragées.

Voyages à suivre...

Par kiwaïda at 16:42

07/10/2018

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Limoges (Photographie © Sonia Marques)

Les cotons blancs et grisâtres, en couches successives, les regardaient et s'étalaient pour ombrer leurs petits costumes. Épouvantails tous, puisqu'ils étaient disposés pour faire peur aux oiseaux, c'est d'ailleurs ainsi qu'ils étaient élus, parce qu'ils imitaient les épouvantes afin de protéger les champs, largement intoxiqués par toutes ces manipulations et ces marâtres si gentilles. Rien ne pouvait les culpabiliser, ils étaient tous si généreux de semer ainsi leurs graines, et si habiles à filmer leurs progénitures, afin de montrer à tous, qu'ils savaient créer. Seuls les nuages les regardaient. Tableaux mouvants sans peintre et sans aucune intention de le prouver. Un art sans trace et sans référent, divinement offert et sans atteinte à la pudeur. C'était un jour plein, aux éclaircies spectaculaires, aux savoirs illimités, tout était transparent et se présentait devant nous, passants mis à nu, les clés dans nos mains. À découvert, ils nous donnèrent la météo de demain.
Nous n'avions jamais été aussi proches des inepties philosophiques, des injonctions paradoxales, des circonvolutions du féminisme et de l’intelligence artificielle, puisque la mode trépasse, du désir fou de la délinquance au pouvoir, du jouir sans entrave et de son exposition.

- En quoi tout cela nous concerne-t-il ?
Adieux fumeurs de mots, de dates et de voyages, carriéristes décervelés, aux bonjours sournoisement avalés.
Au loin petits points noirs sur le chemin des rapetissements, en pointillé marchant sur les cendres de leur histoire.
Ce jour là. Passants sans nous voir.

Par kiwaïda at 22:49

26/08/2018

ℙℛℑℰℜ, ♏ѦℛℭĦ€ℛ, ℭѺℵ†ℰℳℙḺ€✞

Marcher, je me suis demandée pourquoi partout où j'allais, je découvrais de nouvelles chaussures, parce que, de nouvelles marches, de nouveaux sols, de nouvelles façons de penser, de travailler, de savoir-vivre et de savoir-faire. Et ici, des sandales inspirées de l’univers maritime, basé sur le tressage artisanal et utilisant des matériaux réputés pour leur résistance, leur confort et leur ergonomie. La marche fut l'une de mes préoccupations dans l'enseignement, avant qu'un mouvement politique l'utilise comme nom. J'ai revu des photographies de l'un de mes ateliers de recherche avec des collègues et étudiants, rien n'a été publié, c'était une longue marche en périphérie de la ville de Limoges, dont j'avais donné la direction : sans aucune carte, ni repère. De cette longue balade de quelques jours, tant de lieux que nous avons découvert. J'ai gardé des traces, qui me semblent, à l'aune de ce qu'il s'est passé ensuite de dramatique pour moi, assez merveilleuses. De l'ordre du miracle, lorsqu'on y pense un peu plus. C'est juste après ce moment d'introspection pour tous, et de marche, ou du moins, pendant, que l'on fomentait des stratégies pour me pousser à bout et me trouver d'ignobles fautes dans ma profession, que j'aimais et j'aime toujours : enseigner. L'être humain est capable, par lâcheté et ignorance, des pires projets, pour détruire ce qu'il construit patiemment et dans une paix, paradoxale. Dans ce monde sont détruits des activités, chaque jour, pacifistes et remarquables, pendant qu'elles sont détruites, dans le même temps. La difficulté de l'enseignement, est de comprendre que l'ignorance et le savoir, sont intimement mêlés, et démêlés dans l'apprentissage. Ce tissage entre l'apprenti et le maître, lorsque le maître est une femme, est d'autant plus admirable, car il n'y a pas d'assurance de la reconnaissance, ni de traces, ni d'effet "mousse". Pourtant cela pétille, j'ai encore le goût des bulles et les traces délicates dessinées dans ma mémoire. Rien n'a été gâté de notre long chemin d’apprentissage, ni les obstacles, ni les destructions.

Photographies © Sonia Marques (merci à JD <3)

Par kiwaïda at 10:58

11/07/2018

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Panna cotta de Makoto à Abri Soba

Le goût des retrouvailles

Fleur des princesses qui s'ignorent

Petit séquoia deviendra grand

Toutes les béquilles sont uniques et se fichent du design

Sous le saule ils pleurent de joie

Wordwide

Dieu nous voit

Bisou pastèque

Le paysage des bientôts

Plier bagage

C'est quoi le titre ?

La vie sensible

Le courage

Les vertus et l'amour

Personne ne le sait

Sauf quelques uns

Sauf une pierre précieuse

La vue des humbles libres

Pirate, ton noir est bleu

(Photographies © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 17:17

13/06/2018

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Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas (photographies © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 23:57

06/05/2018

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Chloé Fontaine et Victor Habchy, sont les deux artistes à l’origine du film "Je suis ordinaire"

Ce court-métrage a été imaginé par Chloé Fontaine. La jeune femme a été confrontée à des propos hallucinants de la part d’amies. Elle explique au Huffington Post : « Faire ce film est devenu une nécessité pour moi après avoir eu une conversation avec une amie, au sujet d’un garçon avec qui elle avait passé la nuit quelques jours auparavant. Elle m’a dit: ‘J’en avais pas envie non, mais alors pas du tout. Mais je voyais pas d’autre moyen pour qu’il me laisse tranquille alors… » Une autre amie lui fait des confidences similaires : « Et là je me suis dit qu’il y avait un problème. Réel. J’ai commencé à faire des recherches sur internet. Je suis tombée sur des témoignages poignants de jeunes (ou moins jeunes) filles qui se posaient les mêmes questions. ».

  • Chloé Fontaine résume l’enjeu de ce film avec cette phrase :

« Si rien ne vous choque, c’est que vous êtes l’un d’eux… »

 J'avais déjà écrit un petit article dans ce blog, sur ce que j'estime être le plus tabou, dans cette culture du viol : Les viols conjugaux. Bien des articles dans tous les sens sont rédigés au sujet des viols, sur la typologie des agresseurs et la typologie des victimes. De plus en plus, les articles s'orientent et la justice française les oriente, sur ce que serait "une victime parfaite". Il y aurait un canon de beauté de la victime admise comme victime et toutes celles qui ne correspondent pas à ce canon (de beauté) seraient donc exclues, ne seraient pas des victimes de viols. Le terme employé de "canon de beauté" est une caricature, empruntée des diktats de la mode, mais aussi des règles fondées par des hommes, sur le corps des femmes, que nous pouvons observer à travers l'histoire de l'art et ses œuvres exposées (celles admises), dans n'importe quel Musée ouvert au public. C'est-à-dire qu'il y aurait une "bonne tenue" à avoir, des gestes très normés pour que la justice reconnaisse une victime de viol. L'article récemment publié de Cheek MAgazine, en français, fait référence à un autre article publié sur le Harper's Bazaars, en anglais : "Sometimes You Make Your Rapist Breakfast", et résume assez bien la question. La chroniqueuse américaine Marissa Korbel, déconstruit le mythe de la victime parfaite, cette femme imaginaire qui lors d’un viol ou d’une agression sexuelle réagirait comme il le faut, sous-entendu comme la société l’exige. Avocate bénévole pour le Victim Rights Law Center, une association américaine qui aide les victimes de crimes sexuels à mener une action en justice, Marissa Korbel revient sur le concept de zone grise, les viols conjugaux, ou les agressions à domicile pour passer en revue les multiples raisons, toutes valables, qui peuvent pousser des femmes à ne pas se débattre, à céder face à un violeur, voire à lui préparer le petit déjeuner. Dans la réalité, un violeur n’est que rarement un inconnu planqué dans un parking, et une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit, même lorsqu'elle connait l'agresseur, même lorsque c'est son conjoint. Dans la grande majorité des viols, les agresseurs (majoritairement des hommes) connaissent leur victime.

"La victime parfaite est un mirage auquel sont opposées toutes les autres victimes (normales, imparfaites, humaines), et croyez-moi, nous ne sortons jamais gagnantes d’une telle comparaison. La victime parfaite dit ‘non’ distinctement et régulièrement, se bat comme une lionne contre son agresseur et, si elle ne peut pas s’échapper, elle continue de proférer son non-consentement tout au long de l’agression, idéalement en hurlant ‘non’ à tout bout de champ, tout en continuant à se débattre du mieux qu’elle peut. La victime parfaite a le courage d’une équipe de quaterbacks amateurs. La victime parfaite griffe et mord. La victime parfaite crache et pleure. La victime parfaite n’abandonne pas. La victime parfaite ne mouille pas. La victime parfaite ne prépare pas le petit déjeuner à son violeur."(extrait de Cheek MAgazine)

Bien des femmes n’osent pas s’exprimer sur le sujet. Dans une société bien trop sexualisée, refuser un rapport sexuel avec son amoureux signifie être coincée. Mais non. Il faut garder à l’esprit que tout le monde a droit de ne pas avoir envie. Et ce droit doit être respecté et non pas ignoré. 31% des auteurs de viols ou de tentatives de viols sont les conjoints des victimes. Le petit film est à destination des jeunes femmes, évidemment, nous pouvons penser que bien des femmes plus âgées, des mères, des grands-mères, ont subit des viols conjugaux et tout est resté caché dans les familles, et même, jamais les mères à leurs filles, leurs fils, n'ont pu transmettre la vérité, tant celle-ci leur est enlevée par la société patriarcale. Et mieux : jamais les pères à leurs fils, les pères à leurs filles, n'ont pu transmettre la vérité. Ce qui change, c'est notre société devenue, où le corps de la jeune femme, de la fille, du petit garçon, sont des marchandises. Toutes les publicités valorisent le corps comme un potentiel à valeurs marchandes, pour vendre n'importe quoi, sexualisent ces corps pour satisfaire des pulsions (d'achat et sexuelles) Ces personnes aux jeunes corps (qui seraient, selon notre société, désirables), se retrouvent représentées par d'autres. Et les gestes, les attitudes, les formes en image, sont d'autant plus d'injonctions à se plier à ces représentations. Le corps (jeune et désirable) doit se plier aux (vieilles) règles marchandes, il doit se vendre, en échange de tout, de l'amour, du travail, de la famille.... En ce qui concerne la zone grise des violences conjugales, un couple se confrontera très tôt, dans son adolescence (ou dès sa petite enfance), à ces formes véhiculées par la société. Un jeune homme malveillant, pense qu'il peut marchander la sexualité de la jeune femme, dans un couple hétérosexuel (exemple du clip ci-dessus). Le chantage opère dès qu'il obtient satisfaction, pour son seul plaisir sexuel, et que la femme n'a ni le choix de s'exprimer, ni la force, ni le droit, devant lui, d'ailleurs, qu'elle reste muette lui semble tout à fait normal. Dans une société où l'on impose le silence aux femmes, où elles doivent se taire, la répétition des actes, par le seul chantage psychologique, une pression peut revêtir différents aspects : regarder un film ensemble, écouter de la musique ensemble, sortir ensemble, habiter ensemble, faire un enfant ensemble, travailler ensemble, voir des amis ensemble, réaliser un projet professionnel, familial, etc. Les occasions ne manquent pas pour marchander du sexe, déguisé en devoir conjugal, ou en autre principe sociétal, et du "vivre ensemble" convivial, comme, "être" décomplexé dans la sexualité, et faire passer des viols (imposés) pour l'amour, la liberté sexuelle, et à la cadence désirée par l'homme, puisqu'il est décomplexé, lui, et ne sacralise pas trop l'amour. Le corps de la femme devient un objet. Sur plusieurs années, on observe une passivité extrême installée, chez la femme, et le culte de la toute puissance chez l'homme, très confiant, d'ailleurs, il brille en société, tandis que la femme s'est éteinte d'un coup. L'homme n'a pas l'impression d'user de la force, il n'y a aucune trace physique, pas de coups, c'est presque magique, tant et si bien, que durant des années, celui-ci aura l'âme, dans le privé, d'un violeur expérimenté dans l'art de travestir la vérité, et, publiquement, il sort vainqueur, et peut jeter son dévolu sur une autre femme, lorsque celle-ci sera usée, et, dans l'incapacité de comprendre, ce qui, durant des dizaines d'années l'a murée dans le silence et lui a enlevé toute possibilité, ne serait-ce que de jouir du bonheur d'être en vie, puisque psychiquement c'est sa mort, que ces crimes répétés, dans le lit conjugal, ont déclarés. L'homme pourra à loisir décrire la femme comme frigide, et elle de le croire, et même lui conseiller d'aller voir un médecin spécialisé, car lui, il en est sûr, c'est un homme virile. Il jouit surtout de voir la femme détruite. Il la tue, à sa façon, car il est doué de stratèges. Dans ces situations, la société se charge de le protéger. Les familles, les amis, le réseau social, le secret est partagé. On sait, mais on tait, parce qu'on tait car on sait. Et les secrets se transmettent dans les familles, ils sont parfois non vus, non connus, mais toujours là, ils empêchent de reconnaître ce que l'autre ressent, ce qui est ressenti en soi.
Au moment où cela est dit, cela se dit en soi, tous les comportements doivent changer, tous les liens sont modifiés. La séparation avec le mal peut alors s'effectuer. Rien ne sera plus jamais pareil, car oui, les choses peuvent changer et ces maux peuvent être soignés.

« But when I did mean it, I watched men, magnificent, grown men, not know the difference. Whether I meant it, or was just sort of half-protesting as flirtation, men treated both the same: they didn’t stop. Were they really more skilled at knowing what I meant than I was, or were they just overconfident ? »

(« Que je le pensais ou que je protestais à moitié c'était pareil : ils ne s'arrêtaient pas. Étaient-ils vraiment plus doués pour savoir ce que je voulais dire que j'étais, ou étaient-ils juste trop confiants ? )

"Quand il s'agissait de mon désir, les hommes savaient, ou étaient censés savoir, mieux que moi"

"Les femmes ont tendance à refroidir, à apaiser, à se lier d'amitié. J'ai réagi aux menaces, j'ai quitté mon corps. J'ai essayé de négocier, en disant oui aux gestes que je pourrais supporter. Je me suis dit que les expériences que je n'ai pas appréciées ou même techniquement acceptées n'étaient pas, en fait, des violations; que ce n'était pas si mauvais. J'ai tenté de réécrire des expériences après qu'elles se soient produites, une forme de logique inverse: aucune femme ne ferait son petit-déjeuner à un violeur. Si elle lui fait le petit déjeuner, il n'est pas un violeur. S'il n'est pas un violeur, elle n'est pas une victime. Elle n'a pas été violée. Elle va bien. Elle va bien."

Sometimes when I said no and he kept going, it was okay. I mean, I was okay. I mean, I didn’t cry or anything. It wasn’t that bad. Sometimes I said no, and he kept going, and I... left. I mean, my body stayed, but the rest of me went floating up and to the right. Dissociation sounds scary, but it doesn’t feel bad. Sometimes it feels like sliding into a warm, cozy bed. A secret, safe place where I can stay as long as I want. It’s the coming back that breaks me open. That’s when I always cry.

(Harper's Bazaars)


Dans notre société patriarcale et sa culture du viol, ces règles (de bonnes conduites) sont produites, écrites et conduites par les hommes, assistés de femmes. La perversité la plus aboutie est lorsque des femmes elles-mêmes érigent ces règles, comme des principes essentialistes. En France, au début de cette année, une femme critique d'art, qui dirige une revue mensuelle internationale de référence dans le monde de l'art contemporain, est allée même parcourir tous les médias, à l’étranger, afin de transmettre la parole (à la place des autres) de ce que serait la femme libérée : une femme qui se tait, se laisse importunée et ne se débat pas lors de viols, une femme qui ne fait pas la différence entre un viol subit et l'agression d'une personne sur le corps d'une autre personne, qui ne sait ce qui est un crime. Bref une femme non cultivée, idiote, mais une femme qui prône le féminisme, et qui, grâce à ses gestes et sa pensée (se taire, se laisser importuner, ne pas reconnaître les crimes) peut devenir une référence dans l'art contemporain, ce domaine inventé par les hommes et orienté par les hommes, car elle transmet la parole de ces hommes. Ce n'est pas sans se poser de questions sur ce domaine de l'art et comment il fonctionne, qu'est-ce qui le motive, qu'est-ce qu'il transmet, à travers quels écrits, quelles revues, quelles écoles même accueillent ces écrits, les conférences de cette femme qui s'est exposée fièrement, comme porte-parole féministe et, par ses fonctions, porte-parole du fonctionnement d'un certain milieu de l'art contemporain. Dans un domaine où majoritairement, ce sont les hommes qui invitent, exposent, jugent les artistes et les œuvres, publient, commentent, récompensent, honorent, il n'est pas étonnant que des propos qui valident les hommes dans leur toute puissance, leur domination sur les femmes, puissent être montrés et publiés comme la norme. Une façon de sceller le secret.
Ne serait-ce pas ces femmes qui disent doucement : Non, ce n'est pas encore le moment de dire, nous ne sommes pas prêtes, gardons notre secret, sinon je vais perdre mon travail, mon honneur, car je l'ai obtenu en gardant secret ces règles... Ne serait-ce pas toutes ces femmes, en France, qui empêchent que la parole soit libérée, à observer tant d'omerta dans les lieux culturels, chez les intellectuelles et les artistes ? Ne serait-ce pas toutes les femmes qui ne souhaitent pas que la société évolue, ou qui trouvent qu'elle évolue trop vite, que d'autres femmes, plus jeunes devraient se taire aussi, tout comme elles l'ont bien fait, afin de vivre sereinement et d'être exposée de temps en temps, de publier un peu, mais pas trop afin de ne pas éveiller les pulsions... Car il faut que les règles soient établies par eux, en majorité, avec notre consentement, mais pas par elles en majorité, avec l'avis des hommes.
Dans cet esprit, seule, une "typologie" de femmes, valideraient ce qui doit être acceptable comme comportement de femme (pour trouver un travail, rencontrer des amis, fonder une famille, voyager, publier, réaliser une conférence, participer de séminaires...) Mettre en valeur ces femmes et leurs donner même l'illusion qu'elles dirigent quelque chose (une revue, une école, un Musée...) c'est avoir réalisé une bonne sélection, selon notre société patriarcale, baignée dans la culture du viol. Si une critique d'art française est venue nous tirer les oreilles en ce début d'année 2018, comme une maîtresse de cérémonie sur fond de #metoo et # balancetonporc, c'est qu'elle s'inquiète alors de la réelle valeur de ses écrits, ses livres, mais aussi de sa revue sur l'art contemporain.

Les prix nobels, en littérature, les génies déclarés, l'histoire de l'art, les musiciens et toutes ces œuvres admises, dans notre société, sont arrivées à notre connaissance par les mêmes motifs, les mêmes moteurs, du privé au public, par un savant déguisement, des truchement qui cachent des crimes.
Chaque fois que l'on me montre une œuvre, si soutenue et si publiée par diverses institutions, je ne peux que douter très sérieusement de sa légitimité.

Est-ce que les œuvres entretiennent les zones grises ? Ne seraient-elles que du divertissement ? Afin de détourner l'attention ?

Les révélations explosives ces derniers temps, sur les agressions aux corps des femmes et de jeunes enfants, les traques qui n'en finissent pas sur les agresseurs présumés toujours innocents, sur les différentes justices dans différentes zones territoriales qui n'aboutissent pas ou se font oublier, les effets d'annonces du gouvernement pour faire passer la pilule, inventée par les hommes, la pilule des droits des femmes toujours bafouées, les inégalités salariales dont les syndicales manifestations sont inaudibles au quotidien (pourtant femmes et hommes continuent de travailler ensemble), reprennent le plus souvent des attributs liés aux corps et aux apparences. On le mesure dans la discrimination, le sexisme, etc.
Il y a un angle mort, de mon point de vue, qui est celui de la pensée. Ces visions gonflantes ou dégonflées des corps et de leurs gestes, empêchent de lire une pensée, d'accéder à l'intelligence des femmes, à leurs réflexions, à pouvoir même la partager, qu'elles deviennent, ces pensées, aussi multiples soient-elles, des références et des moteurs, pour tous. Ce n'est jamais par leurs idées qu'elles sont entendues, regardées, respectées, mais par leur corps, cet objet du désir qui serait, lui seul, l'objet de tous les tracas du monde. Même lorsque des femmes prennent la parole, pour donner un avis, faire un commentaire, elles ont suivi, sans réfléchir, la vague énorme de cet appel aux corps meurtris, aux cris, quand certaines au pouvoir se sont arrogés le droit de supprimer la pensée des femmes, leurs idées, pour les attaquer au corps, à ce qu'elles estimaient sale (voire d'autres articles à ce sujet) et abject, afin de les exclure de tous médias officiel, toute possibilité que leur pensée soit relayée. Il n'y a plus que ces ministères dédiés à la famille, ou pour l'égalité des droits des femmes, pour reléguer la parole des femmes, qui ne doivent s'exprimer qu'à travers leurs corps et donc, à leurs corps défendant. Ce brouhaha, ces fumées, ont de belles volutes devant elles. Nous l'avons remarqué lorsque notre président réalisait ces temps-ci, pour nous, une interview, face à deux journalistes briscards français. Quelques minutes avant la fin, près de 2 heures plus tard, quelques phrases liminaires ont été citées sur les violences faites aux femmes, tandis que notre pays fume chaque jours, de faits divers transversaux à toutes les couches sociales de notre société, comme une cocotte minute, une bombe à retardement et nous assaillent les réseaux d'horreurs, de terreurs. Cela nous terrorise. Ce sont des attentats terroristes psychologiques quotidiens, si l'on se connecte aux médias, qui provoquent de gros stress post traumatiques, rappelant les vécus des femmes et des hommes, abandonnés par la justice (et le gouvernement). Mais c'était sans compter que ces quelques phrases laminaires, seraient balayées par le final : les résultats du foot, pour lesquels, les 3 hommes, au sommet de l'état et des médias, se sont mis d'accord, rien ne serait changé et que la fumée embaume nos esprits ! Voilà ce à quoi ressemblent les avancées féminines dans notre pays, à rien. En tous cas, elles ne sont pas relayées, elles existent évidemment, mais sont rendues inaudibles, invisibles, ou remplacées par des épouvantails. Et au gouvernement, ces épouvantails-femmes épouvantent tant, qu'elles sont les premières à être décriées, puis remplacées. Le bal à la culture est devenu une danse macabre. Aucun artiste français, aucune artiste française ne s'en est jamais offusqué, et contrairement à ce que disent les artistes officiels, non les artistes ne sont pas morts, ni en danger, vous ne les entendez tout simplement plus, ni ne les voyez. Dans ces atteintes aux corps, notre gouvernement n'a qu'une petite voilure. Aucun oiseau libre n'accepterait cette voilure. Aucun artiste. Et ce n'est pas la vente de gros avions qui fera avancer les choses, car les oiseaux continuent de disparaître, sans raison disent les experts...

Pour revenir à ce petit clip, il a le mérite de proposer une fiction adaptée aux gestes de l'amour, aujourd'hui désacralisés, tels que nous le montre notre société (une partie majoritaire liée à la société de consommation, d'ailleurs il y a un "DVD", objet à consommer dans ce film) Il nous montre plus une scène, où tout est imbriqué et va très très vite, et où la jeune femme n'a pas le temps de réfléchir, et souhaite prendre ce temps, le temps de ressentir. Hors le jeune homme sait exactement ce qu'il veut obtenir et prend de court cette jeune femme. L'espace exigu du lit, où tout se replie (la couverture enferme la scène taboue) devient un espace de négociation rapide et d'arguments pauvres, dans lesquels l'amour n'a plus de place, et n'est pas partagé. La perte de sens est assez bien formulée dans cette fiction, en faisant d'eux, de jeunes personnes ordinaires. La scène est ordinaire, le temps de ne rien voir, ni comprendre, juste le temps d'être violé.e., et de maquiller le viol en une scène d'amour, alors que le malaise a supprimé la voix de la victime et a faussé celle d'un homme en agresseur. Ces gestes et cette voix très en confiance de cet homme, d'autres hommes ne peuvent s'y reconnaître, mais aussi, ne peuvent nier que cela existe au quotidien, car ils sont invités, sollicités sans arrêt, par notre société à de tels comportements. Tout comme les femmes, elles ne peuvent nier l'existence de tels comportements, ou juger ces femmes de soumises, au seul prétexte que cela ne leurs est jamais arrivé, ou qu'elles sont parvenues à sortir de telles situations ou se sont insurgées contre et ont fait justice (elles-mêmes ou accompagnées) Les mères et les pères, souvent épargnés par de tels clips pédagogiques, puisqu'ils sont destinés aux jeunes, oublient que se sont leurs enfants à l’œuvre, ou que ces enfants deviendront père et mère, oncle et tante... Pour ces parents, ce sont toujours les enfants des autres, mais pas les leurs. Celles et ceux qui sont au pouvoir d'écrire des lois, de légiférer, sont aussi assez habiles pour fermer les yeux sur ces gestes de notre société, et les tenir à distance de leur foyer. Car si cette réflexion était bien là, dans le privé, notre société et ses lois décidées démocratiquement, avanceraient en faveur des victimes et non des agresseurs. Hâtivement, je pourrai conclure que la démocratie est faite pour les uns mais pas pour tous. Mais, comme dans ce clip, il appartient à toutes et à tous de reconnaître ses propres gestes, passifs et actifs, dans le feu de l'action, puisqu'en dépend notre action commune et à venir.

Ces masturbations solitaires dans le corps des femmes ne pourraient se résumer à "une misère sociale", mais bien à des comportements tolérés dans notre société contemporaine, c'est-à-dire, à l'usure, des fémicides organisés, des crimes. Dans l'exemple de ce film, la responsabilité de l'homme et de la femme sont questionnés, du laisser faire au taire, du passage en force au viol, surtout lorsque cette scène, dans la réalité, se répète, durant toute la "conjugaison" du couple, et sous différentes manières de faire et de taire.

Les solitaires ne peuvent prétendre à faire œuvre commune.

Par kiwaïda at 12:17

14/03/2018

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BEAUX ARTS L'ÉCOLE ABRITE LE RACISME : Affiche réalisée par les étudiants de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (mars 2018)

« Les noirs ne sont pas propres »

« Vous faites reculer la France en faisant trop d’enfants »

« Est-ce que ta femme est propre, comment elle a préparé ça ? »

« Elle ne nous serre pas la main parce qu’on “pue”, elle ne touche pas la anse de la bouilloire après nous, quand on ramène des baguettes pour le petit déjeuner, elle coupe la partie qu’on a touchée. »

« Vous êtes des animaux, vous ne devriez pas être en France. »

« Il ne me reste plus qu’une seule personne dont je dois me débarrasser, c’est la vieille. » 

« Les Sri Lankais c’est des connards, vous êtes sales. Ta bouche pue car tu bois de l’alcool. »

« Les noirs sont tellement feignants, sont tellement connards, sont tellement des bons à rien. »


« Est-ce que tu te sens toi-même ? Tu sens quoi ? Tu sens le noir. Va travailler ! »

«Tout est propre à part la couleur de ta peau »

Cela se passe aujourd'hui dans une école nationale des beaux-arts à Paris

Bon nombre des étudiants, indignés, attendent aussi une réponse ferme de leur école. Le soir du vernissage de l’exposition « Images de mai 68 », en février, ils ont ainsi distribué 3.500 tracts pour alerter. Un collectif s’est monté, qui veut interpeller la ministre de la Culture. (Article du 12 mars 2018)

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Affiches des étudiants de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (mars 2018)

Cela me rappelle mon histoire :

J'ai été harcelée moralement par la direction de l'école nationale d'art de Limoges et envoyée au tribunal pour avoir rendu un ordinateur portable dans "une saleté remarquable", avec des "déchets", de la "terre", selon la directrice, ce qui justifiait que je ne "prenais pas soin des équipements de l'école"... Des étudiantes de l'école d'origine étrangère n'obtenaient pas leurs crédits comme les autres étudiants, car elles présentaient leurs installations sur le sol "sale" de l'école. Hors, le sol est le même pour tous, dans cette école, ce que j'ai toujours défendu. La symbolique du sol est celle de notre démocratie. Elle se trouve salie selon certain.es et il faut désigner des coupables : les pauvres. Ce qui est une richesse pour notre pays, des étudiants d'horizon divers et cultivés, comme des professeurs, des employés, se transforme en souillure pour les racistes (et à tous niveau de poste) . Silence du ministère : la directrice serait une débutante, il faut la laisser continuer insulter qui elle veut. Les sociétés de nettoyages sont insultées, renvoyées, sous pression, rien n'est jamais trop propre pour valoriser une architecture (l'école) que même Catherine Millet est venue saluer lors d'une conférence publique, une référence que l'on ne nomme plus, rejointe dans ses propos récents en début d'année par des politiciens des extrêmes droite de notre pays. Ces écoles forment à l'exclusion par ces modèles institués, et hissent le déchet social comme norme, pendant qu'elles font nettoyer par d'autres toutes traces de leurs sévices. Honte !
Je soutiens ces employés dévalorisés dans leurs fonctions, à l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (où j'ai étudié également), moi professeure artiste ayant subis des discriminations, humiliations, racisme et sexisme dans une autre école nationale du même réseau, dans ma ville, sur les mêmes thématiques de la saleté. J'ai réalisé des cours artistiques et philosophiques afin d'enseigner sur ces problèmes de racisme dans les écoles d'art, j'ai été exclue, mise à l'écart et actuellement l'école a mis mon poste en vacances. Silence du ministère, des collègues, "tout le monde savait", "tout le monde se tait"
Ces méthodes racistes sont légions et il est bien plus à la mode de faire des affiches pour les droits des femmes dans une école supérieure d'art le 8 mars afin d’effacer que ces droits sont bafoués dans l'enceinte de l'école, tout comme réaliser, dans une autre, une exposition sur mai 68 dans le même temps où ces pratiques quotidiennes du racisme qui semblent d'un autre temps sont impunies. Des expositions contreproductives et aveugles, dans la bienséante ambiance nostalgique du communisme quand des professeurs s'inventent révolutionnaires en lisant l’insurrection qui vient et en embrigadant les jeunes filles en fleurs, sélectionnées pour leur aptitudes à faire la cuisine et la bonne communication pour graisser les tuyaux, une école où souffle un vent de liberté... et de poésie proprette mais surtout pas sale ! Et comble de la bonne décoration : obligation d'utiliser l'écriture inclusive, au cas où "les autres" pourraient s'apercevoir que l'exclusion sert à l'affichage d'une sélection réussie, entre-soi.

Ce qui est visible demeure "invisible" pour certains, certaines. Honte !

Il est bien plus à la mode de réaliser des pétitions pour des personnalités artistiques de renommées internationales licenciées, signées par un name dropping de noms de personnalités, afin de se montrer "sur le marché" du capitalisme, que de soutenir des employés aux basses tâches. Je suis professeure et j'ai été associée à ces employés de ménage bien souvent dans les écoles d'art. J'ai dédiée une œuvre d'art (Cendrillon) à une employée à l'école de Limoges, la seule qui me disait bonjour le matin, la femme de ménage. Nous travaillions dans les cendres, avec des couleurs et les nuances brunes pour la peau et le biscuit en céramique, afin de révéler les véritables icônes à l’œuvre.

Et puis le salaire, va avec la saleté, il faut le saisir et le supprimer pour les sales pauvres (ce qui m'est arrivé) Étonnant non, je n'ai jamais eu le droit aux tickets restaurants contrairement aux autres employés administratifs, cela me faisait penser aux femmes de ménage de l'Assemblée, dont Ruffin a communiqué leurs conditions de travail le 8 mars dernier. Cette communication m'a mise mal à l'aise, car (pas encartée "France insoumise", ni d'un autre partis politique) cet exemple est un peu "facile", et nombre d'intellectuels que je connais ont relayé cette vidéo, du haut de leurs principes de familles socialistes (et non de leur éthique), et pour vite passer à autre chose, c'est-à-dire, se taire lors d'injustices sociales véritables entre collègues de la même profession. Cet exemple rentre bien dans la case. Chacun son groupe, pas de mélange de genre. Non ce qui est plus difficile à dénoncer, ce sont ces situations de services, dans lesquels, aujourd'hui, les exclusions et discriminations ne se font pas seulement avec les employés de ménage, mais aussi, avec les professeur.es, avec toute personne qui ferait un peu trop d'effort pour être intégré et qui, malgré les injustices, aurait réussi à s'intégrer, si bien, que cela est devenu, pour de petits chefs, des cheftaines, des directions, insoutenable, pour toutes ces personnes qui n'ont aucune qualité pour diriger les autres et leurs donner des directives, des directions. Non, ce n'est pas la bonne direction que notre pays doit prendre, mais c'est celle-ci que des directions s'arrogent le droit de prendre par force, par abus de pouvoir et sans aucune sanction, avec la complicité des exécutifs. C'est moche. Il n'y a plus d'art, mais je ne vois que des politiques de l'extrême se fondre dans les écoles. Cela m'a inquiété, beaucoup, des nuits d'insomnies. Aujourd'hui, je ne suis plus étonnée, car il n'y a plus de justice. Il y a la moitié de la France qui votait extrême droite, tous éparpillés, et dans nos écoles à des postes divers. Employés, directions, professeurs, théoriciens, artistes, oui, la pensée raciste s'est immiscée partout, dans une conversation, un mail, untel n'est pas de "chez nous", "ils viennent d'ailleurs", "ils sont toujours ensemble car ils ont les mêmes origines, ils s'isolent, ils complotent, il faut les exclure", "untel n'est pas artiste, cet écrivain est mauvais, ses références sont mauvaises, elles sont étrangères", "on se comprend", "ils ne sont pas compréhensibles", "il faut supprimer leurs références de leur mémoire, diplôme", "il y a des vols de livres, c'est eux", "le sol est sale, ils doivent le nettoyer pour tous", "on leur enlève la caution", "on ne leurs donne pas leur bourse", "il ne faut pas aller dans cette ville étrangère, elle pue", "il ne doit pas mettre de tongs à l'école", "il doit changer de tenue pour sa soutenance", "note-le, moi je ne perds pas de temps à corriger les étrangers", "ils vous donnent des cadeaux, ils sont tellement soumis", "son travail artistique vient des îles, des prostituées", "c'est comme ça chez eux, il ne sont pas cultivés", "elle vient d'un milieu pauvre, elle n'a aucune ressource, une année de plus, elle mérite un redoublement", "regardez comme ce dessin est sale", "comme elle écrit mal, venez voir", "ils n'ont pas d'expositions majeures dans leurs pays", "ils viennent étudier ici pour nous piquer nos références et puis s'en aller dans leurs pays avec", "ils ont appris à dessiner sous la dictature, ils n'ont aucune sensibilité", "ils ne sont pas aussi libres que chez nous", "ils ne s'expriment pas, on ne comprend rien", "il est insoumis, il a répondu, il a critiqué, il mérite le redoublement", "elle est prostrée quand je vais la voir, elle doit avoir un problème psychiatrique, il faut la renvoyer dans son pays", "c'est une menace pour nous, on a prévenu l'ambulance", "il est parano et croit que nous sommes racistes parce qu'il est noir", "il est agressif, il veut plus nous voir, cela tombe bien", etc. etc. Toutes ces phrases quotidiennes finissent par vous sculpter un cerveau qui acquiesce à tout, c'est un lavage. Nombre de collègues commencent à être d'accord, c'est facile, ce sont les autres désignés, puis après ils s'y mettent chacun à leur tour, et les administratifs aiment à faire un peu de zèle. La délation, les procès, les rumeurs, les accusations, les fautes, les avertissements, les menaces, puis les exclusions, la fin de la carrière, et parfois de la vie. Au fur et à mesure s'installe sur plusieurs années une vraie collaboration à la pensée raciste qui a trouvé un terreau fertile dans notre pays, dans ces terres où plus rien ne se passe, et les idées ont disparues. Les belles idées, les inventions, la sensibilité, la solidarité...

Les intégrations réussies et irréprochables sont, pour certains, certaines et tant de racistes qui s'ignorent, impensables, elles ne doivent plus exister et doivent être rendues invisibles, il faut les masquer, les dénier, les dévaloriser, les raturer, les supprimer, par tous les moyens. Cela se nomme le tri collectif et individuel, d'où l'importance des déchets et de la qualification de ce qui est une saleté remarquable. Il faut inventer des motifs pour rendre incompétents les compétents, il faut leur supprimer leurs outils de travail, leur lieu, leurs liens professionnels, leurs attachements affectifs, leurs lieux de vie, leurs résidences. Il faut les désunir, surtout quand ils unissent trop facilement, il faut saboter, saboter lâchement, par derrière, toujours à l'insu et par surprise. Il faut terroriser. Le mot est lâcher : le modèle terrorisant. Il faut les désigner "fous", les enfermer, les envoyer chez les psychiatres, ceux de chez nous, sous nos valeurs. Quand la pensée a totalement disparu des écoles au niveau supérieur, il faut se rassurer quotidiennement, et entre-soi, des critères de sélections et d'exclusions, par rumeurs, humiliations, harcèlements. Afin que le tri s'opère de façon tacite collective, sans laisser aucune trace visible. Il faut punir celles et ceux qui alertent encore et les mettre en prison, ou soustraire les esprits critiques, supprimer les analyses et les bonnes actions. Ne pas révéler tout ce qui serait sain, salvateur, les soignés, soignants, soigneux. Comment poursuivre son œuvre, son travail, son engagement dans de telles situations malsaines ? Comment continuer à étudier, se concentrer ? Trop de temps passé à éviter les mines, les bombes, les insultes, enlève du temps au sel de la vie, comme le décrivait Françoise Héritier.
- Sommes nous dans l'obligation de militariser nos vies ?
- Oui
, avait répondu le gouvernement antérieur, nous sommes en guerre.

Non, réponds-je, artiste et pacifiste.

Pour info, mes articles sur la saleté :



À méditer :

« Vous êtes des animaux,
vous ne devriez pas être en France. »

Par kiwaïda at 00:36

01/03/2018

Il Barone rampante

Photographie © Sonia Marques

Il est un moment où le silence de la campagne se forme, au creux de l'oreille, d'une menue poussière de bruits: un croassement, un glapissement, un froissement furtif dans les herbes, un clapotis dans l'eau, un piétinement entre terre et cailloux, et, dominant tout autre son, le crissement des cigales... Les bruits se mêlent l'un à l'autre, l'ouïe parvient toujours à en discerner de nouveaux, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore. Les grenouilles ne cessent de coasser et cette basse continue ne trouble pas plus le fourmillement sonore que la continuelle palpitation des étoiles ne change la lumière de la nuit. Mais que s'élève ou passe le vent, tous les bruits aussitôt se transforment et se renouvellent. Seul reste, au plus profond de l'oreille, l'ombre d'un mugissement ou d'un murmure - celui qui vient de la mer.

Le Baron perché (titre original en italien : Il Barone rampante) est un roman d'Italo Calvino publié en 1957

Séquoia

Dans ma ville, Limoges, un homme est monté dans l'arbre devant la mairie le 14 février dernier. Perché en haut du Séquoia, il est resté la nuit, le jour. Il voulait dire quelque chose au maire. Le maire, psychiatre retraité est venu le prendre en nacelle avec une psychologue, mais au lieu de l'entendre, ils l'ont envoyé à l'asile des fous. Ce baron perché est grimpeur-élagueur de profession. Il a 47 ans et vit à cieux. Quel nom de ville prédestiné ! (lire l'article de presse locale)
Ce qu'il souhaitait exprimer : une injustice. Convoqué au tribunal, car il n'avait pas payé une amende lorsqu'il a été arrêté pour avoir fumé un joint, se soignant ainsi d'une sciatique chronique, il a attendu 3 heures au tribunal et a été condamné sans avoir été auditionné alors qu'il était bien présent. En colère, il s'est senti abusé, que l'on se soit moqué de lui et a souhaité aussi se moquer des injustes en se perchant dans le plus grand arbre, la fierté de la mairie, souvent décoré à Noël : un Séquoia.
Depuis il est enfermé dans un asile.
Non seulement, il n'a pas été entendu au tribunal, mais pas non plus après sa rencontre avec le maire.

Installation des écoutants (terre, peinture, tissage) © Sonia Marques


Profession professeure

Cette histoire m'a interpellée car il m'est arrivé la même chose dans ma ville. En septembre 2016, la veille de ma rentrée scolaire, j'ai été convoquée à ce tribunal, à côté de la prison de Limoges. Le lendemain, je devais me rendre à l'école d'art de Bourges pour une réunion pédagogique. J'avais alors 43 ans et 16 années d'expérience dans ma profession d'artiste professeure en multimédia. Le motif : selon la directrice de l'école d'art de Limoges, j'aurai rendu un ordinateur portable dans un état de "saleté remarquable", avec des "déchets", "de la terre", ce qui prouvait que je ne "prenais pas soin des outils de l'école". Sans aucune preuve et l'ordinateur rendu 2 années auparavant fonctionnait très bien. Sur cette convocation, ma profession n'était pas inscrite et mon lieu de travail non plus. À la place était inscrit mon lieu de naissance, c'est-à-dire en banlieue de Paris, dans le 93.
J'étais donc accusée d'avoir détérioré un ordinateur portable d'une école d'art nationale (sous la tutelle du ministère de la culture), moi, une femme de la banlieue du 93, sans profession, qui souille volontairement les équipements de l'école.
Somme réclamée : 134 euros et quelques.
Le tableau impressionniste : Touche après touche, humilier une professeure, dans le cadre de ses fonctions, en modifiant son statut, c'est-à-dire, en déniant sa profession et son lieu de travail, afin que les juges ne puissent juger à bien. L'interprétation première lorsque l'on a ni le temps de lire, ni le temps d'enquêter, lorsqu'un tribunal est bondé et que plusieurs erreurs sont déjà dans le décor c'est :  une femme qui vient de sa banlieue 93, doit être jugée pour avoir été sale et souiller les équipements de l'école. Et pourquoi ferait-elle cela ? Parce qu'elle est bête, n'a pas fait d'étude; une sauvageonne qui mérite la prison et vole le travail des autres...
En attendant dans ce tribunal, une vingtaine d'affaires, des avocats partout, des affaires de viols, j'étais parmi les violeurs. Un homme est même tombé à terre évanoui, les pompiers sont arrivés, il y avait tellement d'attente, 2 ou 3 heures de retard, les inscriptions sur les salles d'audiences étaient erronées, chacun rentrait dans une salle d'audience comme s'il rentrait dans sa boulangerie chercher son pain, alors qu'une autre affaire était en cours et se faisait insulter pour refermer la porte aussitôt. Ce décor de film à la Tati, dans ce tribunal tout neuf et glacial, provoquait quelques pas de danse mécanique et en rétropédalage.

Comme le baron perché, j'ai attendu que l'on m'appelle et l'affaire fut jugée sans moi. Il se trouve que la directrice avait envoyé une comptable de l'école nouvellement recrutée, donc ni elle ni moi ne nous connaissions, n'avions jamais été présentées. L'employée déléguée ne devait même pas connaître l'affaire, ni ma profession. Et un autre nom que le mien a été appelé, puisque mon nom a été écorché. Le temps passant très long, l'ouïe parvenait toujours à en discerner de nouveaux sons, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore, je me suis adressée à l’accueil pour savoir quand est-ce que je devais passer, car cela faisait 2 heures que j'attendais. Quelques pas de danses mécaniques et rétropédalages plus loin, on m'apprenait que l'affaire venait d'être passée, sans moi et que tout était déjà jugé, sans ma présence avec seulement la partie adverse. En me présentant et décrivant mon identité devant la juge, elle me dit ceci : "Si vous étiez vraiment professeure, vous seriez plus concentrée" car rien n'indiquait que j'étais professeure. Le président qui s'occupe du tribunal a vu la scène, tous les avocats présents avaient bien remarqué ma présence également et se plaignaient de la désorganisation ce jour là, mais cela semblait être comme cela tous les jours. Ce président m'a épaulé afin que l'audience soit reconduite et m'a dit que ma convocation c'était n'importe quoi.
En recevant ma nouvelle convocation, je suis devenue un homme sur les papiers et ma profession ne fut toujours pas inscrite, malgré ma demande. Puis un report plus tard, la comptable ne s'est jamais présentée, ni au 2e, et la somme m'a été enlevée de mon salaire, sans aucune information, sans que je ne sois convoquée de nouveau. D'autres procédés de harcèlement se sont succédés, par cette direction, jusqu'à ce jour, mon poste est en vacances, afin que je sois remplacée.

Ce baron perché me rappelait vraiment mon histoire, j'ai été assez traumatisée de la désorganisation du tribunal qui juge sans que l'on soit présent. Ma convocation était fausse, l'identité et le motif. J'en ai conclu, malgré mes courriers, sans réponses, que l'on pouvait être accusé à tort et que l'on pouvait avoir une saisie sur le salaire sans avoir été jugé, sans avoir même pu être entendu ou pire, sans être vu (tout en étant présent)

Serions-nous devenus des hommes et des femmes perchés sur un arbre :

"Pour bien voir la terre, il faut la regarder d'un peu plus loin." Ecrivait Italo Calvino.


On imagine ainsi le nombre d'affaires réglées par la justice lorsque des directions ne vous apprécient pas, parce que vous êtes trop pauvre, trop brillante, trop belle ou trop moche, trop sale, selon l'appréciation, trop incompétente ou pas assez, qui sait, …selon l'humeur du jour.
Et ainsi on fini par vous enlever votre poste, et votre carrière s'arrête.

Comment dénier l'être femme, l'être professeure.
En sélectionnant la bêtise, qui ne sait ni lire ni écrire, pour vous juger.
Apprenons que dans la bêtise, une société entière se cache, la plus contemporaine, celle de maintenant.

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Les écoutants (sculpture, terre, peinture) © Sonia Marques

Il est un moment où le silence de la campagne se forme, au creux de l'oreille, d'une menue poussière de bruits: un croassement, un glapissement, un froissement furtif dans les herbes, un clapotis dans l'eau, un piétinement entre terre et cailloux, et, dominant tout autre son, le crissement des cigales... Les bruits se mêlent l'un à l'autre, l'ouïe parvient toujours à en discerner de nouveaux, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore. Les grenouilles ne cessent de coasser et cette basse continue ne trouble pas plus le fourmillement sonore que la continuelle palpitation des étoiles ne change la lumière de la nuit. Mais que s'élève ou passe le vent, tous les bruits aussitôt se transforment et se renouvellent. Seul reste, au plus profond de l'oreille, l'ombre d'un mugissement ou d'un murmure - celui qui vient de la mer.

À ce moment, mes œuvres étaient prédestinées en écho à ces actes malveillants obstinés. J'ai réalisé une série de sculptures en terre, nommée "Les écoutants", car, à force de se taire, ces habitants ont eu les oreilles plus grandes, elles ont poussé, car ces habitants écoutaient tout en se taisant. Il veillent la nuit car ils transforment leur peinture en lumière, une fois le soleil couché. J'ai bénéficié d'une aide à la création de la DRAC du Limousin, pour laquelle, en toute indépendance, j'ai réalisé des tissages différents. Ce long travail de recherche m'a mené à une conférence à l'école d'art de Bourges où j'ai décrit toutes ces réalisations. Dans les photos ci-dessus, on peut voir également une sculpture nommée "La main de Bouddha". C'est une réalisation au nom du pacifisme qui m'a animé durant le harcèlement moral subit. Je reste une artiste soigneuse, de l'écrit aux images et tissages, de la sculpture aux photographies, à ce blog, au multimédia, qui s'est bien intégrée dans son nouvel environnement, le Limousin et a célébré, de façon singulière, la discrétion de son regard sur ce monde touffu, tout fou.

Par kiwaïda at 05:10

30/01/2018

☾εґḟεʊ☤ł тʊ♭éяεü✖

Le cerfeuil tubéreux est un délicieux légume racine de culture, ancien et oublié dit-on. Une petite carotte conique, terreuse. Elle possède une chaire excellente, sucrée et fondante entre châtaigne et pomme de terre. Je le cuisine cuit puis revenu dans du beurre à la poêle, c'est exquis. Tout d'abord je les lave les tubéreux, vite fait hein ! Puis je les dispose dans une casserole qui accueillera de l'eau bouillante : 15 minutes d'ébullition, je rajoute une pincée de bicarbonate de soude, histoire de conserver plein de bonnes choses. Puis je les épluche (non, nous les épluchons, c'est plus sympa à deux) et je les coupe en deux. je les dispose dans une grande poêle, j'aime quand il y a de l'espace, comme pour tout finalement ! Avec une bonne dose de beurre (non salé), un beurre Échiré, le beurre AOP Charente Poitou, par exemple, puis je fais délicatement revenir (pas le feu à fond évidemment) Puis je saupoudre d'une pincée de fleur de sel de Guérande et nous dégustons la préparation, à deux c'est plus sympa. C'est doux, c'est délicieux, c'est fondant et d'un goût très rare, un peu artichaut aussi. Avec un bon vin blanc. Même si ce soir c'était du rouge, un Big Red Beast, avec une étiquette digne de Shoboshobo (s'il m'entendait ;.) Vin du Languedoc, millésime 2016, ouh c'est quoi ce truc !

Satori fait ses premiers pas de découverte, sans cage. Et c'est plein de "binkies" qui s'offrent au regard. Tandis que Cafuné m'avait habituée à de superbes flops. Il est devenu un bonze, un gros bouddha. Satori, son éveil, c'est surtout l'éveil de sa libido. Il ressemble à un yéti blanc de neige, très curieux et très câlin, avec une rayure couleur café sur son pyjama nuage. Elle, à une petite malicieuse satinée, très délicate, mordorée rosée, pas si facile à cerner. Méthodique et reconnaissante, ne donne pas sa confiance à n'importe qui : il faut montrer patte blanche, ce que Cafuné s'évertue à réaliser assez maladroitement pour l'instant. Il est foufou, bien dans ses pattes, et il toise, les yeux bleus en amande, d'un air supérieur, mais pas condescendant. Il ressemble à une sculpture animiste, impassible, roi en son temps, en sa langue, quand ce n'est pas à un adolescent qui cherche comment circuler hors passage piétons, avec ses nouvelles grosses baskets blanches. Il est intrépide mais pas belliqueux. Elle est rapide et très prudente, elle demande la permission, puis s'en passe largement : parle à mon pompon ! Ces petits hôtes japonais mangent principalement du foin de Grau, aussi des granulés, puis en ce moment c'est découverte des plantes aromatiques fraîches, menthe, thym, persil, cerfeuil, romarin, coriandre, fleurs de soucis...

Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 23:08

19/12/2017

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La vérité

© Sonia Marques (2013-2016)

Par kiwaïda at 23:32

17/12/2017

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Photographies © Sonia Marques

Notre-Dame-la-Grande l'église romane de Poitiers, peinte, avec des polychromies byzantines, inspirées par les croisades. J'avais déjà visité celle-ci en 2015. Le concert alors de Koudlam au Confort Moderne était bienvenu. Depuis, cet espace fut fermé pour travaux et sa réouverture ce week end, au public, avec une exposition collective d'artistes et une pelleté de concerts gratuits. Il y a 2 ans déjà, le temps passe vite. Trop de monde pour cette réouverture, d'un inconfort certain, l'humain n'est pas pensé dans l'architecture, pas de sièges, froideur générale, tout en vrac, le froid, le monde, la fumée et l'alcool des gens des mêmes, pas de métissage, manger debout, personne ne se parle vraiment, des groupes, des niches. J'ai trouvé le nouvel espace peu convivial et la thématique de l'exposition "d'art contemporain" creuse, le texte du commissaire est pathétique. L'accès reste aussi impensé, tant d'argent dans cet espace mais quelles démarches pour le public ? L'open space et le style brut hangars s'est banalisé, c'est triste. Mais quelques pièces m'ont semblé intéressantes dans le lot exposé, quoique mal installées. Il y avait des priorités, artistes cachés derrière avec manque de recul, ou artistes sur une scène et sans plasticité... La mode, les vestes partout, les textiles qui pendent, combien encore en a-t-on vu ces temps-ci ? Ils sont durs les temps de l'art pour artistes perdus et maltraités. Aucune critique n'est souhaitée, la communication marche à plein turbines, il faut faire des annonces partout, plus de critique d'art, l'entre-soi fait sa loi, c'est pour nous, pas pour vous, cela n'est ni engagé, ni surprenant, ni bien fabriqué, c'est juste la tendance, un seul mot d'ordre : se taire. Pourquoi tant de vrac, pour quel public ? Les jeunes gens seraient si creux entre eux, sans idées pour faire quelque chose ensemble ? Fumer et boire et parler Youtube et Facebook. Déceptives ces expositions. Déjà au centre de Vassivière, j'y avais vu aussi d'anciens amis exposants, mais ce fut si mal installé et là des médiatrices fatiguées des mêmes remarques, un lieu si grand avec si peu de générosité, venir de loin sur une île pour de si pauvres expositions sans sens, ni complétude, ce n'est pas dit, mais le public est déçu, toujours déçu, inaccessibilités. Alors se taire, ne rien dire, la communication fait le reste : il y avait du monde, il y a des photos de la foule sur Instagram. Ces preuves irréfutables des réseaux sociaux, on photographie une foule et c'est bon. On comptabilise les entrées, d'espace on passe à centre d'art, et là c'est le jackpot, pas pour les artistes évidemment. On se demande si exposer a encore un sens dans ces compétitions fatiguées, assez déconnectées de ce que nous vivons, le désenchantement est oppressant. Je peine à voir de la singularité et des savoir faire. Le petit texte de l'exposition qui ne décrit aucun artiste ni œuvre est consternant. Une exposition sans médiateurs : débrouille toi le public, pour venir, pour trouver, pour partir, car nous, on a déjà fait le point presse, et invité tout le ministère, les élus et les journalistes avant, c'est blindé, et toi, public, démer* toi ! Après le punk dans tout cela... Si c'est paupériser les artistes, oui c'est déjà le cas : rester dehors et comme les sdf, pas de sièges, assis-toi à terre par zéro degré l'hiver et regarde-nous à travers la vitre : nous travaillons chauffés. Vu aucun concert, trop full, trop de prétention. Et puis les artistes doivent circuler dans les mêmes réseaux, les mêmes se refilent leurs petits, et de petits en petits, on voit les mêmes exposés, les petits des petits commissaires, avec un gros égo. On ne voit que cela la petitesse d'esprit et des écharpes qui ne nous réchauffent plus.

Mais c'est Noël et les églises sont froides mais accessibles et y méditer est encore possible. La fumée qui sort de nos bouches, c'est la flamme fragile qui côtoie le silence des morts. Ils veillent. Il n'y a pas d'alcool, ni de cigarette pour te donner une contenance, ni de diktats rassemblement post-Johnny, vroum-vroum président. Dans cet inconfort pas moderne du tout, il y avait des reliques de blousons noirs, cela rappelle cette débauche d'argent pour le défunt interprète ami du président, lui qui a été accusé de viols sur mineures, célébrer sa mort juste après le discours interminable du président soufflé au théâtre pour la journée des violences contre les femmes... On y croit. Prières.

Si tu n'es pas Johnny, pas Charlie, pas Cantat, pas... la liste est longue, tu n'es pas français. On ne veille pas sur toi, on te surveille. Tu ne dois rien dire, tu peux à présent dénoncer afin que l'on t'inscrive sur une liste administrative à désintégrer. Tu perds ton emploi, on t'enverra à l'hôpital psychiatrique avant même que l'on ne sache qui es-tu. Si tu parles, tu deviens un danger pour les institutions, de l'argent est en jeu, beaucoup d'argent.
Les Marie c'est pour la pénitence, elles ne doivent pas survivre dans ce pays, prendre des coups et savoir qu'on les aime fort, quand elles se taisent, et plus quand elles se taisent pour toujours. Prières.

Mais comme l'écrit le commissaire de l'exposition, la mode est à la prédation et l'égo, et un paquet de femmes artistes fait bien l'affaire pour illustrer les trophées choisis. Sauvez-vous les filles !

Il fait trop froid pour guérir dans ces contrées de l'art à la cible trop jeune, trop cool, trop sexy, trop uberisé, trop crevards. Merci au confort moderne de nous avoir tendu la perche, nous avions besoin de réconfort, après les cadavres, les sacrés réchauffés dans leurs tanières.

Nicole Wermers, The violet Revs, 2016
Chaises en plastique, vestes en cuir

We are the painters, 2015-2017 (Gardienne, La muse de l'eau, La muse de la montagne, La muse du musée, La fée, Brune aux reflets bleus, La fermière, Gardienne)
Tissus, peintures, cheveux synthétiques

Lise Hailer Baggesen, Refuseniks (2017, textiles trouvés.
Dommage qu'il n'y avait pas la pancarte Refuse Abuse

Celia Hempton 2017

*

C'est une photographie d'un parking, cela me faisait penser aux architectures dédiées à l'art contemporain dont les architectes sont portés aux nues. Et des écoles d'art aussi... Mais nous ne sommes pas des bagnoles !

Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 22:41

17/11/2017

#ßαℓαηç℮taTяʊiℯ

Culs noirs - d'après un échange entre un père et sa fille (Peinture © Sonia Marques - novembre 2017)

CULS NOIRS

Dans l'histoire du porc limousin et d'après l’ouvrage publié en 1868 de Lefour inspecteur en agriculture,  le porc « Cul Noir » fait partie des 6 races anciennes locales répertoriées en France. Les animaux présentent une robe bicolore claire et noire. La tête, la croupe et les membres postérieurs présentent des parties noires. Son origine suit la Vallée de la Gartempe, rivière qui prend sa source en Creuse puis passe par la Haute-Vienne, l’Indre et l’Indre et Loire. Le « Cul Noir » a la noblesse de son ancienneté et de sa rusticité comme le cochon basque ou le noir de Bigorre, le corse à condition que toutes ces races anciennes soient élevées en plein air sur des grands espaces herbeux et boisés sans surnombre avec une nourriture naturelle. Sous l’appellation « Cul Noir » il existe deux types : le limousin et le périgourdin. Ce sont deux génétiques différentes mais très « cousines ». Le « Cul noir » est une race non génétiquement modifiée, résistante, et, particularité : race à croissance lente.

- Le limousin est un porc non gras (5 cm de lard pour 130 kg à 20 mois);
La tête est longue, conique, à chanfrein droit, à oreilles moyennes ou petites baissées mais non pendantes. La tête et l’ arrière sont à peau noire avec soies noires de 7 cm environ et corps blanc avec truitures (minuscules taches noires) avec soies blanches de 7 cm. Le corps est haut et long avec ossature fine. Il n’excède pas 180 kg adulte et il reste élégant.

- Le périgourdin est plus trapu et plus gras que le limousin. Il possède plus de taches noires sur le corps et peu de soies voire pas du tout. S’il n’a pas suffisamment d’espaces et d’herbe et suivant la nourriture c’est un porc qui fera du lard (dans mon élevage les périgourdins n’excèdent pas les 6 cm de lard pour 130 kg à 20 mois).

La reproduction des truies

Les porcs sont des animaux qui présentent un cycle de reproduction court, c'est-à-dire que la maturité sexuelle des porcs est atteinte dès l'âge de 6 mois. Les animaux reproducteurs pèsent autour de 100 kilogrammes. La truie n'a pas de cycle de reproduction saisonnier. En effet, elle peut se reproduire tout au long de l'année, contrairement à des espèces comme la brebis qui elle fait ses petits au printemps. De ce fait, la truie peut mettre bas (avoir des petits porcelets) plusieurs fois dans l'année (généralement deux fois par an). Après fécondation, la durée de gestation de la truie est de trois mois, trois semaines et trois jours soit 115 jours en moyenne. Lors de la mise bas, la truie donne naissance à une douzaine de porcelets qui pèse chacun à peu près 1,5 à 2 kilogrammes. Dans les premières heures de la naissance, les porcelets doivent téter le premier lait de la mère qui s'appelle le colostrum. Ce premier lait est important pour que les porcelets naissant acquièrent une immunité microbienne pour la suite de leur existence.

La truie reconnaît ses petits grâce à leur odeur. Elle s'allonge pour que les porcelets puissent téter chacun une mamelle.

Dans la littérature et dans le langage familier, on (qui ? > les porcs) a donné le nom de truie aux femmes. C'est une femme grosse et malpropre, une femme de mauvaise réputation. (Synonyme : souillon) C'est une femme sale qui souille ce qu'elle touche.
Mais c'est le premier, ou la première, qui dit qui est ;.)

Ha les belles souillons ! Les marâtres et matrones les adorent, jusqu'à les harceler.

#balancetonporc


En 2017, dans la période de l'automne, un vent de délation a soufflé sur les routes des réseaux sociaux. Les hachtag #balancetonporc , #MoiAussi au Canada francophone, ou #MeToo ont été largement diffusés pour dénoncer l'agression sexuelle et le harcèlement, à la suite d'accusations de cette nature portées contre le producteur américain Harvey Weinstein. C'est la version francophone de la campagne Me too, utilisée depuis 2007 en ce sens par l'activiste Tarana Burke et relancée en octobre 2017 sous forme du hashtag #MeToo par l'actrice Alyssa Milano, qui a encouragé les femmes à partager sur Twitter leurs expériences. Les messages portant l'un des mots-dièses de la campagne font état de « violences sexuelles de tous types, allant de l’interpellation salace au harcèlement, à l’agression ou au viol ». Les victimes évoquent des faits survenus au travail, dans le cadre familial et à l'école. Elles indiquent parfois leur âge au moment des faits, montrant la jeunesse des victimes de ces pratiques. Les milieux professionnels décrits comptent aussi bien le monde du divertissement que la politique, la finance, le sport et les nouvelles technologies.

La culture du viol :

La notion de culture du viol est un concept sociologique forgé aux États-Unis, et utilisé pour qualifier le lien entre les rapports sexuels non consentis et le tissu culturel d'une société. L'utilisation du terme viol pour y décrire une culture suggère l'existence d'un schéma comportemental appris qui a été créé, organisé et transmis d'une génération à l'autre comme faisant partie des attentes associées au fait d'être un homme ou d'être une femme. De plus, la culture du viol ne serait pas un phénomène du type optionnel en tout ou rien mais s'imposerait à différents degrés, allant de l'institutionnalisation du viol jusqu'à sa punition, considérée comme seulement de façade. Dans sa forme la plus véhémente, la culture du viol se manifesterait par le fait que les femmes sont la propriété des hommes qui leur refusent tout respect ainsi que le droit de contrôle et de maîtrise de leur propre corps. La culture du viol relie ainsi un concept établissant des liens entre le viol et la culture de la société où ces faits ont lieu dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol, à un processus global de domination. En France, si les études sur les causes culturelles du viol existent, la communauté universitaire ne s'est pas encore saisie de la notion...

Origine du terme:
L’expression « culture du viol » est une traduction littérale de l’expression anglaise rape culture, introduite par des féministes américaines dans les années 1970. Le terme fut employé par la première fois dans l’ouvrage « Rape: The First Sourcebook for Women » publié aux Etats-Unis en 1974 par le groupe des New York Radical Feminists. En 1975, le documentaire américain Rape Culture popularise le terme.
Définition: La culture du viol, telle que définie par la théorie féministe, est la manière dont le viol est perçu/ représenté dans l’imaginaire collectif, dans une société donnée et à une époque donnée. C’est un concept qui établit que la représentation du viol dans une société dépend d’un ensemble de croyances et d’attitudes. La littérature existante sur le sujet montre que la culture du viol découle de «mythes» qui faussent la réalité du viol telle qu’elle est perçue par les chiffres. Selon la théorie féministe, ces mythes témoignent de la persistance des stéréotypes de genre. On peut entretenir la culture du viol sans pour autant être un violeur soi-même ou soutenir le viol de manière publique. La culture du viol découle de croyances et d’attitudes profondément ancrées dans nos sociétés et souvent relayées de manière inconsciente. Elle suppose que les individus entretiennent un certain nombre d’idées reçues concernant la notion de consentement à l’acte sexuel, le profil des victimes de viol et celui des agresseurs. S’il est communément admis que personne, dans la société, n’encourage le viol de manière publique, la recherche montre que les individus ont souvent du mal à « reconnaitre » le viol tel que défini par la loi. Ceci explique par exemple, que des chercheurs qui demandent à des individus s’ils ont déjà commis un viol puissent obtenir des résultats très différents que lorsqu’ils demandent à ce même groupe d’individus s’ils ont déjà forcé une personne à avoir des relations sexuelles (Edwards Sarah R., Bradshaw Kathryn A., and Hinsz Verlin B., 2014). De la même façon, dire que la culture du viol existe dans un pays ne signifie pas forcément que le viol n’est pas reconnu et puni par la législation de ce pays. En revanche, cela signifie qu’un certain nombre de stéréotypes existants sont susceptibles de biaiser les jugements rendus par les tribunaux et que dans les faits, un grand nombre de violeurs ne sont pas condamnés.

♡ méditations

Les porcs naissent des truies, les truies naissent des truies.
Balancer un porc c'est balancer la truie.

Ce sont des animaux, les humains les tuent pour les manger. Ils sont roses mais pas toujours, ils sont adorables, ils sont vivants, ils ont des émotions, une histoire. Ils ont joué un rôle très important dans l'agriculture. Ils sont interdits dans certaines religions, on ne peut les manger, dans d'autres ils sont sacrés. C'est une sous-espèce du sanglier sauvage, un mammifère domestique omnivore de la famille des porcins, ou suidés. Appelé porc (du latin porcus) ou cochon ou encore cochon domestique.
Le cochon : Le terme désigne aussi la viande fournie par cet animal qui est la viande la plus consommée dans le monde alors même que le porc fait l'objet d'un interdit alimentaire dans certaines religions (dans le judaïsme et l'islam notamment).
La production se concentre dans trois zones : l’Europe (y compris la Russie), l’Asie (notamment la Chine) et l’Amérique du Nord (le Canada - l'un des plus grands producteurs, avec notamment le Québec - et les États-Unis). La Chine avec 46 millions de tonnes (2003) produit presque la moitié du total mondial.

"Cochon" est une insulte remontant au Moyen-Âge. Un cochon "serait", par nature, un animal sale et répugnant vivant dans la crasse. On soulignera plus loin, que c'est faux. C'est au XIIIe siècle que cette expression apparaît : celui qui ne respecte pas ses engagements ne vaut pas mieux qu'un porc, un cochon. Souvent le terme est classé X, dans la pornographie, dans l'obscène. Un cochon est un débauché, dégoûtant, dépravé, égrillard, érotique, goret, grivois, grossier, inconvenant, leste, licencieux, malpropre, marcassin, nauséabond, obscène, ordure, ordurier, paillard, pécari, pervers, polisson, porc, porcelet, porno, pornographique, pourceau, raide, répugnant, sagouin, sale, salé, sordide, verrat, vicieux...
Et la cochonne, dans le style péjoratif et vulgaire est une baiseuse, salope, sauteuse, lubrique... 

Le cri des porcs et des truies : ils et elles grognent ! Avec ce grand débarras social, il y a de quoi !
Les cochons ont un comportement social très différent de la plupart des espèces domestiques. Ils ont une vie sociale très hiérarchisée, et ce dès leur naissance : ils vont s’affronter pour se répartir les différentes mamelles de leur mère. Ils naissent avec des dents très aiguisées pour pouvoir se battre entre eux !
Une fois qu’ils se sont répartis les différentes mamelles entre eux (ils tètent toujours la même mamelle), ils se battront à chaque fois qu’un de leurs frères ou sœurs essayera de la leur voler ! A priori, le fait d’établir cet ordre aide à prévenir le besoin de toute autre agression concernant l’allaitement en assurant à chacun assez de lait. En général, le plus gros de la portée gagne la mamelle la plus productive. Du coup, il grandit et grossit plus vite que les autres et garde ainsi son statut de dominant jusqu’au sevrage. L’agressivité commençant dès les premières heures de la naissance joue un rôle très important dans la vie des cochons.
Et pour tordre les préjugés : Les cochons et cochonnes sont des animaux très propres malgré leur réputation. Ils apprennent à faire leurs besoins loin de leur nourriture et de leur couchage dès le premier jour de leur naissance et retournent toujours à ce même endroit tant qu’il n’est pas trop sale. Une fois que cet endroit est trop souillé à leurs yeux, ils vont faire à un autre endroit jusqu’à ce que ce nouveau coin toilette devienne sale à son tour. (S’ils ont le choix bien évidement. Dans une étable sale, ils feront où ils peuvent)
La propreté est apprise aux petits par leur mère. Les cochons font leurs besoins là où leur odeur d’urine se trouve. La première fois, ils feront là où la mère a déjà fait. Puis, ils y retourneront car l’odeur de leurs propres excréments s’y trouve. Les cochons sevrés trop tôt (moins de 6 semaines) peuvent avoir des problèmes quant à la propreté.
Les cochons se roulent dans la boue…  C’est vrai car c’est le seul moyen pour eux de réguler leur température corporelle lorsqu’il fait trop chaud, comme anti-parasitaire et crème solaire !

L'insulte marque une profonde inculture. Comme toute insulte, pour fonctionner elle doit être très "bête". Les bêtes, ces animaux le savent bien.

♡ PORCELAINE

Revenons dans le Limousin... et ce début de l'article qui aborde le cul noir, ce cochon si particulier, qui a les fesses noires mais aussi la tête ! Quel cochon !

Au XVe siècle, les premiers vases en provenance de la Chine arrivèrent à Venise, et l'on se demandait de quoi était faite cette céramique translucide comme l'albâtre, sonore comme le cristal. Les Italiens appelèrent la matière "porcellana" et tout l'occident adopta le vocable sans se poser de questions quant à l' origine du mot. Pendant plus de 2 siècles, une véritable fièvre parcourt toute l'Europe. Chaque Prince veut trouver et détenir le secret de cette porcelaine considérée comme aussi précieuse que l'or. Et c'est en effet un alchimiste qui trouve - ou croit avoir trouvé - la formule magique tant convoitée. Il s'appelle Böttger et travaille pour la manufacture de Meissen en Saxe. Aussitôt, les ateliers français, notamment ceux de Sèvres, s'empressent d'imiter cette "porcelaine de Saxe". Mais il faut attendre encore un demi siècle avant que des géologues trouvent dans la région de Limoges le précieux Kaolin, matière de base de la porcelaine de Chine...

Ainsi le mot "porcelaine" cette histoire commence par le "porcus" latin, "le porc".
"Porcella" fut d'abord le terme italien pour la "truie". Puis "porcella" devint un mot vulgaire pour désigner la vulve, le sexe féminin. Changement de nouveau du vocable : on appela "porcella" un coquillage univalve et fendu - que les Français connaissent d'ailleurs sous le nom de "porcelaine". Et lorsque les premières céramiques de Chine furent déchargées à Venise, les marchands vénitiens supposèrent - à tort comme on voit - que ces objets fabuleux étaient faits de coquillages broyés et ils appelèrent la matière "porcellana" : " porcelaine ".


Dans l’édition de 1832, du Nouveau dictionnaire de la langue française rédigé par messieurs Noël (inspecteur général de l’Université, chevalier de la Légion d’honneur) et Chapsal (professeur de grammaire générale), on trouvait cette unique définition, méconnue de nos jours (et peut-être de ces jours anciens), du mot “pucelage” : Dans un dictionnaire de 1832... Balades en bord de mer ? Ou aventures dans le Dictionnaire raisonné et universel des animaux, ou dans le règne animal, paru à Paris en 1759, est détaillé l’aspect de ce pucelage ? “La porcelaine & le pucelage", chez M. d’Argenville, ne font qu’un genre. C’est une coquille univalve, ainsi nommée à cause de la longue fente, avec une bouche garnie de dents des deux côtés, de forme ronde, oblongue, quelquefois bossue, quelquefois terminée par des mamelons.

Mais ce n'est pas fini !
Porcellana est un genre de crabes de la famille des Porcellanidae. Ils sont souvent appelés « crabes porcelaine », même si ce sont en réalité des galathées.
Tout comme Kiwaïda, le nom de mon pseudonyme, mais aussi du nom de domaine choisi pour mon site Internet, et tant de poésies, vient de La Galathée yéti (Kiwa hirsuta) ou crabe yéti. C'est un crustacé décapode habitant dans les profondeurs abyssales de l'océan Pacifique sud. Elle mesure 15 centimètres de long. Ses yeux très atrophiés et sans pigmentation laissent supposer qu'elle est aveugle. Elle est reconnaissable aux soies abondantes qui couvrent ses pattes, à l'origine de la deuxième partie de son nom. Ces soies semblent abriter des bactéries. Vivant auprès des sources hydrothermales à 2 500 mètres de profondeur, ce crustacé des grandes profondeurs est probablement carnivore et nécrophage. Le premier spécimen a été découvert en avril 2005 à 1 500 km au sud de l'île de Pâques, à l’occasion d’une mission organisée par Robert Vrijenhoek, du centre de recherche de l’Aquarium de Monterey Bay, en Californie, et par Michel Segonzac, biologiste de l'Ifremer. Il est le premier représentant d'une nouvelle famille, les Kiwaidae (de Kiwa, divinité des nacres et crustacés, dans la mythologie polynésienne). De nouveaux spécimens ont été observés dans les profondeurs de l'Océan Antarctique en 2010.
Et c'est bien avant que mon Yéti Crabe fut adopté, car Kiwaïda, reine des nacres et crustacés en a fait son principe même, habitante des profondeurs abyssales, aveugle et aux soies abondantes qui couvrent ses pattes...

little_yeti_crab_kiwaida.gifDessin de mon Crabe Yéti

Par kiwaïda at 01:01

17/09/2017

﹩αʟαü∂﹩ ∂ℯ ℘@ʊ♥ґε﹩



La Traversée de Paris est un film franco-italien, réalisé par Claude Autant-Lara, sorti en 1956. Le scénario s'est inspiré de la nouvelle de Marcel Aymé, Traversée de Paris, parue en 1947 dans le recueil Le Vin de Paris. Le thème du film se base sur le marché noir qui s'organisa durant l'occupation de la France par l'armée allemande entre 1940 et 1944. Le film a connu un certain succès à sa sortie et plusieurs répliques du film furent considérées très vite comme des répliques cultes, dont la célèbre expression « Salauds de pauvres ! », proférée par l'acteur Jean Gabin à l'adresse d'un couple de cafetiers et reprise par Coluche, dans les années 1980.
Pendant l’Occupation, Marcel Martin (Bourvil), un chauffeur de taxi au chômage, survit grâce au marché noir. Il trafique avec l’épicier Jambier (Louis De Funès), qui lui confie la livraison d’un cochon. Privé de son complice habituel, il propose à un inconnu, un certain Grandgil (Jean Gabin), de l’aider à transporter les valises qui contiennent la précieuse viande. Seulement, son acolyte d’un soir est un curieux personnage au caractère bien trempé, qui lui réserve quelques surprises… Dans cette scène, les deux compères se cachent dans un bar pour échapper à la police. Comme les patrons et la clientèle menacent de les « jeter aux flics », Grandgil laisse éclater sa colère dans une tirade d’anthologie

Aujourd’hui, personne ne peut dire que les pauvres sont plus sales que les riches. En revanche, une chose est sûre, les riches ont le pouvoir de rendre invisibles leurs déchets par toutes sortes de moyens.

"...ceux qui consomment des produits de luxe sont aussi bien moins nombreux que les autres — les riches sont bien moins nombreux que les pauvres. Aujourd’hui, personne ne peut dire que les pauvres sont plus sales que les riches. En revanche, une chose est sûre, les riches ont le pouvoir de rendre invisibles leurs déchets par toutes sortes de moyens. Par exemple, en faisant pression sur les pouvoirs locaux pour que leurs rues soient mieux nettoyées et en employant des pauvres pour traiter leur déchets. Il faut aussi prendre en compte le fait que les communes riches (c’est-à-dire celles où vivent des riches qui payent des taxes foncières élevées) ont bien plus de moyens pour embaucher des nettoyeurs ou pour payer les services d’une entreprise spécialisée."

Denis Blot est sociologue spécialiste des déchets et maître de conférences à l’université de Picardie - Jules Verne. Entretien a été réalisé par des lycéens de Saint-Denis (93), dans le cadre du projet Climat et quartiers populaires.

Les riches ont le pouvoir de rendre invisibles leurs déchets par toutes sortes de moyens, en accusant les pauvres de saleté et en les envoyant au tribunal pour avoir sali leurs propres outils de travail. Les outils de travail supprimés aux pauvres, ils demeurent sans emplois et remplaçables par de plus pauvres. Les riches sont ainsi lavés de tous soupçons et s'enrichissent encore plus, soutenus par l'état qui leur offre une évaluation sur l'invisibilité de leurs déchets.

Par kiwaïda at 15:09

18/04/2017

α♭ṧℯη☂ї☺ᾔ

2017 (Photographie © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 13:00

11/12/2016

☺⑂℮ü✄ ηøëʟ


Carte de Noël à vendre, prix libre, me contacter, message personnalisé...

La mère Noël est passée par derrière plus tôt que prévu, vidant les poches de l'État, afin de participer à la mort des écoles d'art. Le sabotage dans le système, en choisissant les victimes. Culture des abattoirs municipaux, abominables méthodes. Étourdissements ratés et répétés à maintes reprises. Nous sommes terrorisés. Nous sommes les animaux. C'est à Limoges que cela se passe, capitale des spécialités bouchères, servies sur des assiettes de porcelaine blanche. Les mains propres. Ce sont les autres qui sont sales, des animaux qu'il faut tuer. L'État valide, l'état exécute, et verse de l'argent, d'ailleurs ils vous l'écrivent : vous ne vous êtes pas exécuté, assez vite, nous le ferons. Les clampins ont cru au sapin doré des vernissages, en attendant, attention vos fesses les petits croyants, la culture hissée en haut des cannes à pêche, c'est pour vous les idiots maternés. Par surprise votre tour viendra, l'État copie les méthodes terroristes. Les ogresses ne savent rien de la culture, ainsi se font-elles juges des savoir faire. Faisons semblant de prier, car nos poches sont déjà vides, mais notre mémoire pleine. Les gras déjà trop gras sont tous malades, ils cachent leur pathologie et tuent leurs petits. C'est une boucherie. Ça sent le sapin partout dans ce modèle de société qui objétise le vivant. La lâcheté des décideurs politiques se visibilise prêts à tout au nom de l’emploi. Nous sommes épiés, traqués, surveillés, punis, infantilisés. Dans quel état sommes-nous ?

Ils perdront tous leurs multiples emplois.

Je vous salue, Marie pleine de grâce ;
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus,
le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen.

Par kiwaïda at 12:28

09/12/2016

ßαᾔⅾḯт ღαηḉн☺⊥

Démo dessin (pour des étudiants) 7 et 8 décembre 2016 (© Sonia Marques)

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Premier dessin démo ce semestre, devant les étudiants, improvisé pour mon studio "Il pulcino nero".
Elles travaillent, elles dessinent, elles apprennent, et moi aussi, avec un peu d'avance. J'ai mis de la couleur, mais nous sommes au trait noir, les temps sont difficiles, nous n'avons plus beaucoup de moyens.
Autours de nous, il y a beaucoup de moyens, et peu d'idées. Nous continuons à chercher des idées et les développer, avec très peu de moyens, nous continuons.
C'est Noël, tous les fonctionnaires sont récompensés de leur année, de leur service effectué.
Ils ont tous bien travaillé, ils ont reçu des primes, la paye est bien arrivée, très tôt, très très tôt.
Ils font des cadeaux. Ils partent en vacances.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Des guirlandes colorées, des fils barbelés, des accordéons du savoir, désaccordés. D'accord, d'accord.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Des maladroits, des blessés, des familles entières, des plus lourds, des empereurs.Tableaux de fils.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. De ceux que l'on insulte, des estropiés, des amputés. De ceux que l'on écrase, de leurs cicatrices, des marques de pneus.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. De ceux qui se soutiennent, des familles téméraires, ils se portent, se supportent, se transportent, s'importent, s'exportent, qu'importe... Du porte à porte.

D'où viennent ces pieds ?
Des fonctionnaires obéissants qui vivent sur la banquise glacée au service des autres.
Ce sont des manchots, ils limitent les forces de frottement lorsqu'ils nagent.
34 jours de mue, très rapide. Le mois de janvier annonce un plumage nuptial, les manchots palissent.
Ils redeviendront sombres, année 2017.



Démos dessins (pour des étudiants) 7 et 8 décembre 2016 (© Sonia Marques)

Les bandits manchots se tiennent les ailes, raides et aplaties, solidaires.
Incapables de voler.

Par kiwaïda at 12:14

15/10/2016

яüღ℮üя

Réalisation : Nathalie Magnan (8 juin 1996) Émission l’œil du cyclone ("Il n'y a pas de fumée sans feu")

Théoricienne des médias, réalisatrice, (h)activiste et cyberféministe

Une longue bataille pour Nathalie dont beaucoup pensions qu'elle vaincrait cette maladie, le cancer du sein.
Elle s'était rapprochée de la mer et Marseille et avait quitté Paris, dans cette optique d'être proche des éléments marins.
Je l'ai connue en 1996 à l'Ensba de Paris, elle était invitée alors par Monique Bonaldi, responsable du pôle vidéo et avait réalisé un workshop. Étudiante, je faisais de la vidéo entre autre et Monique nous avait parlé de son intervention et son engagement féministe, qu'elle venait des États-Unis. Cela avait fait fuir plusieurs étudiants. À ce moment, elle ne devait pas mettre ce mot, féministe, dans son CV, on lui disait que cela pouvait arrêter sa carrière en France. Ses cours étaient clairvoyants, engagés et joyeux, on pouvait lui parler de tout. Lorsqu'elle nous présentait la multitude de féminismes, malgré les interdictions pour sa carrière, les étudiants, nous découvrions en même temps de nouvelles techniques, tactiques et artistes et groupes (télévision, vidéo, art, performances, littérature…)  Nous nous sommes retrouvés un petit groupe, jeunes femmes et jeunes hommes face à une passionnée du montage, du sens des images, de leurs manipulations, avec des références singulières comme Sadie Benning, qui était de notre génération et avait toute jeune fait ses premiers films avec une caméra Ficher Price, qu'elle nous a montré. Monique nous avait transmis une cassette, à l'époque c'était des Hi8, ou sur une VHS d'un journal télévisé du 20H00 et nous devions réaliser un montage, en cut, le numérique à côté demandait des formations nouvelles pour l'équipe technique et elle commençait à installer les premiers ordinateurs équipés de logiciel. Nathalie nous a informé sur les images télévisées de la Guerre du Golf, nous les avions passées au crible. Ces deux professeures et techniciennes nous ont à chacune, chacun, filé une caméra et nous avons réalisé nos premiers essais et montages dans la foulée. Il y avait cet aspect technique et pratique très rapide, pris dans l'évolution des technologies des médias, mais aussi cette ouverture sur les genres et les identités, aussi rapide et de savoirs accessibles, dans nos formations où ces sujets n'étaient jamais abordés. Elle nous a donné des textes de différentes langues et s'attachait à nous les traduire en français. J'ai eu cette impression que j'avais appris quelque chose qui avait échappé à plusieurs de mes camarades et de mes professeurs, chefs d'atelier. Une distance critique sur nos états de gouvernance et la liberté de pouvoir inventer des formes nouvelles, toujours par les outils, mais surtout de les partager. Ce territoire n'a cessé de s'enrichir ensuite.

Plus tard nous nous sommes revues, elle s'intéressait de près au collectif que j'avais co-fondé sur Internet et nos mobilités. Elle était déjà passée à l'Internet et ses codes, en autoformation coopérative toujours et attachée à la transmission, professeure dans différentes écoles, mais aussi à organiser des formations et rencontres pour fabriquer son propre serveur, pour les femmes et les hommes qui parvenaient à se dire "femme" le temps de la formation, c'était ludique. Dans ces nouveaux domaines techniques, nous avons gardé contact mais bien plus pour des soutiens mutuels, des espoirs lumineux et pacifistes. Sororité et bienveillance, elle a aidé, et accompagné différentes générations, parfois en retrait, traductrice, technicienne, elle aimait l'écriture, les théories, s'interrogeait sur les mouvements féministes, les regroupements, les alliances passagères, parfois en était même rejetée, comme son expérience chez les CDG (Chienne de garde) qui étaient abolitionnistes (de la prostitution), ce que n'était pas Nathalie. Elle avait cet art de moderniser les groupes en leur donnant accès à des outils (forums, sites Internet, machines...) mais surtout en donnant la parole, écoute, respect des différences, positionnement, et modularité, acceptation des changements. Débats, combats, elle a participé aux changements et ceux à venir. Elle m'avait conviée à une mailing list américaine (FACES) très active lorsque je participais d'une autre, (du CEDAR), qu'elle co-modérait, sur les écoles d'art en réseau. Et curieusement, nos derniers échanges cet été, étaient portés sur les éléments naturels, et à la mer, ces derniers temps salutaires, bien loin de toute théorie.

Elle n'avait que de bons souvenirs de l'école de Bourges, l'école où elle enseignait dernièrement, et des milieux artistiques autours, cela a été important dans son parcours d'enseigner dans cette école. Elle me disait qu'elle ne voyait que cette école parmi toutes, en France, pour son enseignement.

Nous rigolions que j'emprunte son casier à l'école, sans cadenas pour mettre mes affaires. J'avais demandé récemment si son prénom noté "Bathalie" dans l'organigramme du site Internet pouvait être changé en "Nathalie" sur l'organigramme ;.) Elle avait cet humour et ce regard ouvert sur les mouvements de l'identité que traversent les êtres et j'imagine que celle qui n'aimait que les minuscules et aucune majuscule, aurait supprimé toutes les majuscules de tous les textes, juste pour jouer. Elle signait : xx

Elle était bien entourée ces temps-ci et il y a eu une pluie de reconnaissance et de souvenirs ce WE, exceptionnels et cela va continuer.

Je garde nos derniers échanges, celle d'une belle personne, femme forte, énergique, empathique, et apaisée, son sourire, sa voix.

Nous avons redécouvert les émissions de l’œil du cyclone, truchées d'humour (voir celle sur le 1% artistique, ou sur le poil) années 90 où j'ai rencontré ce cyclone magique, nat.

Mon ami me le dit justement, à la fin de son émission sur la rumeur, de 1996, après tous les crédits, une phrase est écrite, était-elle d'elle ?

On ne peut pas allez plus vite que le temps qu'il nous reste.

Lire l'article d'Élisabeth Lebovici sur son blog, Le beau vice : Nathalie Magnan (1956-2016)
Et celui sur le site de l'École nationale supérieure d'art de Bourges

Par kiwaïda at 23:46

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