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dimanche 6 octobre 2019

αυ ℓαяℊℯ

Image du film Atlantique, franco-belgo-sénégalais réalisé par Mati Diop, sorti en 2019

Image du film Manta Ray (en thaï : Kraben Rahu) franco-sino-thaïlandais écrit et réalisé par Phuttiphong Aroonpheng, sorti en 2018.

Atlantique et Manta ray, 2 films que j'ai particulièrement aimé récemment, d'origines différentes. Dans mon parcours, je trouve des points sensibles et poétiques, ainsi que noirs, en commun. Ils sont parsemés de petites lumières colorées, dans la nuit, aussi, tous les deux, dans des situations de précarités. Si leur paysage, à chacun, diffère, la mer les rapproche. Sensuels et spirituels, aussi, sont-ils de belles images de contemplations. Le pacifisme de Manta ray, évoque aussi le diable des mers dont la symbolique du poisson choisi pour le titre, que l'on retrouve comme fantasme à capturer par pierres précieuses, est subjuguant. L'amour se passe d'individu en individu, mal en peine, ou peines de l'âme. Nous pourrions admirer, en regardant ce film, que l'amour se passe de mot, car le héro est muet et se soumet à toutes les guérisons de l'âme. Prendre soin de l'autre, en même temps que tuer l'autre, devient un gage de survie, de gagner sa vie, n'est-ce pas la plus paradoxale de leçon de vie ? Le muet va rendre ce qu'on lui a donné, dans la mer des incertitudes, nous laissant comme cadeau, sa non violence. Beau !

Dans Atlantique, l'amour non consommé et inconsolable nous amène au pays des revenants, de la revanche zombie et sourde. Les morts-vivants, eux aussi ont une âme et se réincarnent dans les complices des crimes de l'humanité, les voleurs du sel de la vie. Et j'en connais à présent un rayon, même si je ne vis pas en Afrique, au Sénégal, je pige bien, les affres des chantiers et des mois de salaires non payés. Je pige bien autre chose, et ce n'est pas exotique, la place des femmes et leur pouvoir. Les femmes ne représentent pas le pouvoir, mais elles ont le pouvoir. Celui de maltraiter la féminité, de la violer, de la vendre, au nom de la tradition. Ici, on mesure bien l'importance des biens matérialistes qui s'échangent et se substituent aux valeurs morales et religieuses. Il en est de même, dans notre pays, finalement. On prône une virginité à tous point de vue, et une innocence, alors que les intérêts financiers sont devenus maîtres des traditions, les ont remplacées, sans même que les êtres humains ne s'en aperçoivent, rivés sur leurs téléphones portables. Reste la poésie de l'amour, lui, qui se consomme, en bien des imaginaires, même celui des amants retrouvés le temps d'une nuit. Naufragés de l'amour. Beau !

Et les bandes sonores de ces films sont magnifiques !

vendredi 15 février 2019

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C'était en juin 2006 je crois bien. Un professeur, et ami, Reynald Drouhin, m'avait invité à être membre du jury des diplômes de 5ème année à l'école supérieure d'art de Rennes où il enseignait, et enseigne toujours. Auparavant j'avais travaillé plusieurs fois avec lui, pour un workshop, et j'avais donné une conférence, dont résultait la publication : "Habiter Internet ?". J'avais publié un texte important sur la naissance de l'Île de Seuqramainos, ma découverte, ma séparation. À ce moment, plusieurs d'entre nous étions en réseau et amitié, dans ce que pouvait développer le multimédia dans les écoles d'art, intégrer, consteller, que ce soit à travers nos découvertes et réalisations artistiques en ligne, en le montrant à tous, en France et au-delà de nos frontières physiques mais aussi bien plus en dématérialisant nos apports en connaissances, avec Internet. Bref, nous communiquions, bien avant que les écoles obligent à "faire produit" et excluent les unes et les autres de ce qui serait "le numérique" institutionnel. Donc, ce mois de juin, toujours professeure à l'école supérieure d'art d'Angers, je participais activement à ce jury, durant 5 jours, il me semble. Le nombre d'étudiants était considérable, et j'ai encore quasiment toutes les réalisations des étudiants en tête. Le niveau était excellent. Ce qui m'amène à écrire sur ce sujet, ce n'est pas la création en école d'art, ni son accompagnement, puisqu'ils ont été toujours présents, et puis, car je suis à l'écart des écoles d'art à présent pour des faits de violences sur ma personne.
C'est cette rencontre avec Didier Larnac, le président du jury, de ce même jury. Il était alors professeur à l'école supérieure d'art d'Angers et s'occupait d'accompagner les étudiants de la 5 année dans l'option art. Personne ne se doutait que 2 professeurs seraient alors présents dans ce jury. Et Didier Larnac ne le savait pas, nous n'échangions pas beaucoup à ce moment, mais nous nous côtoyions chaque semaine à Angers. C'est que la hiérarchie entre professeurs, femme et homme, a toujours été très codifiée, normalisée. Il était tout à fait "normal" et attendu, que ce soit un homme qui soit président de jury, lequel était aussi attendu qu'il s'occupe des 5e année d'une école, ou qu'il soit directeur d'école d'art, tout cela est dans la norme. Donc qu'une même professeure de la même école soit membre de jury, ne faisait pas partie des mêmes réseaux, et il est arrivé que nous œuvrions là ensemble, alors que rien ne nous prédestinait à nous retrouver en jury. Cela dit, rien ne m'a jamais prédestiné à travailler en école d'art, ni poussé, ni cooptée.
Notre jury était très sérieux, nos échanges très riches. Mais il s'est passé quelque chose de pas comme d'habitude. Au bout du 3e jour, nous étions moins gelés les uns, les unes avec les autres, et nous remarquions que nous avancions bien ensemble, tout en nous respectant et en nous écoutant. Les étudiants et majoritairement les étudiantes, recevaient nos appréciations bien argumentées et nos conseils pour la suite, beaucoup de félicitations, de mentions. Je posais la question si Rennes était loin de la mer, un soir que nous dînions ensemble, sans jamais faire trop état de nos journées de travail, ce qui est rare. Nous étions plutôt à nous décontracter et à sortir des normes du ticket de défraiement pour notre dîner. Nous n'étions pas très "fonctionnaires" mais nous avions des projets différents et nous en parlions. Ce soir, Didier Larnac nous répondit que non ce n'était pas loin de la mer, en voiture. Nous avons eu cette idée folle, de programmer pour le lendemain, notre dîner à la mer, car Didier Larnac connaissait un restaurant en face de la mer. Les autres membres trouvaient cette idée dingue et craignaient d'être réprimandés si cela venait à être su par l'école. Pourtant, il n'y avait aucune faute à dîner où nous le souhaitions le soir, puisque notre travail était terminé. Mais il est vrai, que ces formules de jury, ou même ces drôles de formes d'intégration ou non, dans les écoles d'art, nous oblige presque à rester grouper, être ensemble, tout le temps et "dans les écoles", sans jamais en sortir. Ce que je nomme l'effet "secte". De mon point de vue, c'est ce côté sectaire qui est bien acquis inconsciemment par les employés, et c'est malheureusement ce qui nous donne des écoles trop fermées et non ouvertes vers l'extérieur. L'implicite est fort. Après réflexions, nous décidions donc de faire cet écart "méritant", aller dîner au bord de la mer, pour l'avant-dernière fois. Nous avions donc tout à payer à nos frais et le déplacement, aller et retour, mais nous étions certains de nous réserver un hors piste riche et salvateur. Nous nous sommes donnés RDV pour partir, je crois que c'était avec la voiture de Didier Larnac, nous allions diviser les frais d'essence et avec une carte mentale (la nôtre) nous sommes partis, sans connaître bien la route. L'une des membres du jury flippait un peu mais était excitée comme une puce, car elle redevenait un peu l'étudiante qui part sans prévenir ses parents (l'institution). Nous sommes arrivés dans ce restaurant vide, le coucher de soleil rose et orangé rayonnant sur la mer, effaçant notre tableau fonctionnaire, afin de créer une petite joie, une réjouissance modeste mais ensoleillée par la peinture, oui nous étions aimants de la peinture, quelque part, nous aimions l'art plus que tout. Chacun avec nos téléphones portables pour raconter le "devines où je suis" à la compagne, au compagnon, à la famille. Moi j'avais toujours un forfait de quelques minutes à ne pas dépasser, pour une professeure dans le multimédia, ne pas avoir le téléphone dernier cri est toujours suspect.

Mais peu importe, même si j'avais eu les outils techniques les plus chers et à la mode, on trouve toujours un moyen de vous envoyer au tribunal de votre ville comme l'accusation perverse, que vous auriez souillé un outil informatique, sans aucune preuve, et comment prouver le trop "sale" ? Sans se confondre avec les racistes ? À moins de marteler avec force et moyens administratifs que l'institution est la plus propre (dernière injonction de l'école limougeaude, nationale, de ses employés si fiers et si médiocres d'exclure les pauvres, de cibler au hasard la personne qui portera le costume général du ou de la coupable idéale) C'est l'implicite, il est interdit d'expliciter les choses. C'est sidérant, la cruauté est partout, nichée sous le vernis du dialogue social, de la diversité, en prônant l'écriture inclusive et en s'affichant contre les violences faites aux femmes, ou que sais-je, du "faire le potager ensemble" jusqu'à la popote "ensemble", ou s'afficher "aider les migrants", mais de très très loin, ou bien pire encore, en réclamant de gagner plus, tout en travaillant beaucoup moins, et en cachant ses cumuls d'emplois et son hors classe, sa légion d'honneur, et tutti quanti, la sauce "engagée", qui dégage la vérité. Vérité bien plus complexe, que la boîte à outil du parfait professeur en école d'art, prêt à la léguer, de force, aux petits étudiants qui ne savent pas quoi faire de leurs études : faites des banderoles pour nous, soyez nos communicants, effacer nos véritables traces, soyez du bon côté et pour cela, ciblez celles et ceux qui seraient du mauvais côté. Comment priver du sens et des études ? En privant les étudiants de leurs appréciations, de leur parcours différent, de leur histoire, de leur temps, en les prenant en otage de statuts qu'ils n'auront jamais et dont ils ne connaissent absolument rien et souvent de jeunes professeurs aussi, les premiers volontaires à se porter grévistes, alors qu'il n'y a jamais eu de grévistes véritablement, dans ces contrées bien huilées, et ce seront les premiers à en faire les frais réels. Pourquoi ces associations de malfaiteurs sont-elles pérennes ? C'est un système qui ne fonctionne plus et qui ne sait plus comment faire autrement, et qui ne tente même pas. C'est une aparté, celle qu'on ne peut plus communiquer aux défunts, s'ils partent c'est qu'ils savent.

Puis Didier a commandé des huitres (moi je n'aime pas les huitres, mais les voir, me donnait un goût de Noël familial, j'étais la plus jeune, alors je profitais de ce moment exceptionnel) Nous étions heureux et aucun de nous ne nous connaissions auparavant. Je dois dire qu'après cette expérience, nous n'avons pas non plus réitérer de partenariat, dans les écoles d'art ou ailleurs, en tous cas, je ne l'ai fait, ni repris contact. Je n'ai pas cette tendance, certes salvatrice, lorsque l'isolement nous gagne et que s'efface notre nom, par le gommage de l'implicite, son usure rappelle celle des sans abris. Ce fut comme un moment jalousement gardé, il devait solder notre travail commun, sachant que nous étions très mal payés pour nos emplois respectifs et nous avions la vie difficile avec tant de déplacements à nos frais, depuis des années. Nous sommes revenus par la route et nous avons certainement eu des étoiles dans les yeux, une liberté artistique, car ce rêve "voir la mer en une soirée", mine de rien, demande une organisation audacieuse et fulgurante, un moment où nous sommes tous d'accord, sans complicité aucune (ni syndicat), si ce n'est celle d'être dans ce manque de la mer. Pas d'implicite mais que de l'explicite. Les serveurs et serveuses ont été amusés de notre escapade et nous avions racontés notre emploi, nos métiers et la raison de notre volonté de vivre, notre gastronomie en coucher de soleil.
Le lendemain, Didier était devenu Didier. Je n'employais plus son nom de famille, quelque peu comique, mais son prénom, malgré la distance que nous mettions dans les formes de représentations et de vouvoiement. Il voulait que l'on dîne ensemble, et il me raconta son souhait de postuler à la direction d'Angers, mais d'avoir été exclu de la course. Il me disait être un éternel "outsider" et me parlait de la galerie qu'il avait créé, et moi du collectif Téléférique. Il était en admiration devant nos activités et surtout de ma passion du moment : le son. Cela ne se faisait pas dans les écoles d'art. Il me disait que j'étais aussi une outsider. J'ai vraiment retenu ce mot par l'incarnation qu'il en faisait, et je n'imaginais pas un seul instant qu'il y avait une course quelque part dans nos métiers. Est-ce un travers ? Le hors piste ?  J'avais été déboutée du concours à la fonction publique 2 fois (le cnfpt : je ne serai jamais titulaire des écoles territoriale, la 3e fois, le cnfpt a fait plusieurs erreurs administratives sur mon dossier puis sur le concours, je ne me suis pas présentée, in fine, les implicites n'ont pas besoin de tout ce parcours, on éloigne celles qui en savent trop et qui partagent leurs connaissances) car j'enseignais le son, entre autres et les membres de jury misogynes, ne supportaient pas qu'une femme enseigne, mais alors du son, on me disait "c'est interdit dans les écoles d'art", entre autre. J'étais aussi interdite d'enseigner le multimédia. Seuls des professeurs hommes et avec un entretien abscons également, pouvaient enseigner, ils étaient plus malins que moi, car il ne racontaient rien de leur enseignement. Et moi, j'expliquais tout et même je donnais des résultats, ce n'était pas envisageable de raconter ce que l'on fait dans une école d'art, cela ne pouvait pas avoir lieu, et si jeune, comment oser braver les conventions implicites de la sorte ? Hors j'enseignais depuis au moins 5 années toujours en CDD, en développant toute cette partie multimédia dans les écoles d'art, mais sans avoir le bénéfice d'une carrière soutenue et accompagnée, comme les autres. D'ailleurs celles et ceux qui parvenaient à être titularisés, ne trouvaient pas automatiquement de poste par la suite, voir jamais. Hors j'étais bel et bien à un poste, mais on avait décidé qu'il serait temporairement temporaire, que je devais m’efforcer de le garder ainsi, tandis que d'autres collègues étaient titularisés sur une fonction vide, sans qu'elle ne soit jamais inscrite dans une école. Le plus machiavélique c'est qu'en interrogeant les inspecteurs, le plus souvent les inspectrices accessibles sur cette situation impossible à vivre, celles-ci ne s'étonnaient guère et disaient : on ne peut rien faire, c'est ainsi, ce concours ne sert à rien, et les meilleurs enseignants ne sont jamais titularisés, on ne peut rien faire, rien changer. Des inspectrices chargées donc d'organiser et de soutenir ce genre de concours et de le valider, d'en réaliser même des rapports auprès du ministère, avec des grilles qui ne veulent rien dire.  Je redoublais de travail, j'étais convaincue de mes avancées, mais chaque année, mon salaire ne bougeait pas et je voyais mes collègues, même plus jeunes avoir une titularisation automatique et une carrière assurée. Ils étaient plus pantouflards d'ailleurs. Didier m'expliquait pourquoi il était si déçu de ne pas avoir été choisi pour la direction angevine. Je lui proposais de réitérer sa candidature pour un autre poste, il me disait qu'il y avait alors celle du Mans en lice. Je l'ai, à ce moment, vivement encouragé. Il m'a lu son projet, je l'ai conseillé. Je ne l'ai su que bien après, il a été reçu, et durant ces 12 années, je savais qu'il y était bien. Chose heureuse et inattendue, il a ouvert son projet sur le "son", et de nos échanges et des difficultés rencontrées il a compris qu'il y avait là, de nouveau, un risque à prendre, comme pour aller à la mer. Un hors piste.
Ces jours-ci j'ai appris sa disparition par Internet, derrière mon écran. Je ne savais rien de sa mise à l'écart de l'école, ni de sa maladie, son cancer. 62 ans c'est jeune je trouve. Mais lorsque je l'ai connu, il y a douze ans, il sortait déjà de cette maladie, cela doit être donc un retour. Un article non accessible indique qu'il était mis à la retraite seulement depuis 1 mois. Je pense à cela, mais aussi à toutes celles et ceux, qui n'atteignent pas la retraite dans les écoles d'art, que j'ai côtoyés, très jeunes ou moins, à la direction, à l'administration, aux professeurs, employés. Serait-ce des institutions qui ne souhaitent pas que leurs employés profitent d'une retraite méritée ? Sont-ils tous maltraités ? Comment comprendre alors qu'une poignée se bat pour la retraite et leur statut à carrière bien déroulée, une poignée qui a déjà reçu tous les bénéfices de cette carrière quand d'autres sont dans l'obligation d'arrêter par maltraitance, souffrance au travail ou à cause de plafonner à l'échelon 1 ou 2 ou 3 pendant des dizaines d'années ? Pourquoi se battre pour une fonction réservée d'office à quelques uns, unes, celles et ceux qui ont poussé les meilleurs vers la sortie, sans souvenir aucun, sans enseignement ?
Je pense à ces rencontres à ces personnes qui attendaient d'arrêter. Elles avaient des projets pour leur retraite et avaient peut-être économisé, enfin c'est rarement possible. Je pense à cela, à l'arrêt. Je suis comme figée et pétrifiée devant la violence de mon métier, devant cette impossibilité de dire et d'écrire la dureté d'un métier qui est si mal aimé et si méconnu. Le mal est dans ces écoles, hélas, ce n'est pas l'extérieur qui maltraite ces écoles d'art, ce sont, le plus souvent, les uns et les unes et les autres qui se désolidarisent implicitement, de l'explicite. Expliciter ne fait pas partie de cet enseignement qui a une tradition visuelle, du taire et de la sacralité des images. Communiquer, certes, mais ne surtout pas communiquer sur le sens de cet enseignement si particulier, ne rien écrire sur les liens qui nous unissent ni surtout sur les désolidarisations, oui nous sommes tous différents. Ces écoles montrent toujours qu'elles sont solidaires, ou que l'on vient du même milieux, de la même famille, le plus souvent celle qui fantasme mai 68, voir que le ministère nous connait si bien, hors il n'en est rien. De cet implicite autoritaire elles devront s'affranchir pour comprendre pourquoi tant d'étudiants sont abandonnés après leurs études, et perdent tout espoir de poursuivre leur création, en France. Hors, je pense que nous n'avons plus autant besoin d'images aujourd'hui, ni de slogans et ces écoles ne peuvent plus être le lieu des propagandes des syndicats en mal de communication. Et qu'il ne sert plus à grand chose d'apprendre à produire plus, ni à consommer autant de formations divergentes, avec une pensée implicite. C'est une question quasi écologique face au gâchis et à l'exclusion. Pour cela, l'explicite doit être moteur.
Quand douze années deviennent les plus précieuses, le hors piste dans la poudreuse est un champ des possibles pour les outsiders, et laisse une trace sensible et sonore. Navrée de ne pas avoir pu voir tout ce travail, certainement porteur pour celles et ceux qui en profitent encore.

De mon côté, en douze années que de changements, et je n'aurai même plus l'occasion de faire une virée à la mer pour raconter mes nouvelles avancées à Didier et lui donner un second souffle, ou bien, que je puisse à mon tour l'emmener en voiture, avec des collègues embarqués bienveillants, et que ce soit lui, qui me souffle une idée magique pour la suite. Quoique... je viens d'allumer ma lanterne. Parvient-on à le réaliser avec nos parents qui ne connaîtront jamais ce milieu si fermé ?

Didier Larnac appréciait les artistes, le plus souvent des hommes. On pourrait trouver cela étrange de ma part d'écrire à son sujet, car je n'ai aucun lien d'amitié avec lui, ni même avec les artistes dont il a réalisé l'accompagnement ou la publication. Ce serait encore là délimiter un terrain attendu. À travers cette rencontre et l'éloignement de nos activités centrées dans les sphères artistiques ou rémunérées par ce même système, je décris une tristesse, celle du grand écart entre l'étouffante proximité affichée des artistes et des acteurs de l'art, en réunion, en exposition, en mission, et l'indifférence glacée des conditions réelles de vie et du sel de la vie, qui elle, est signe d'un éloignement infini, il permet de ne pas être touché lorsque l'autre tombe à côté de vous, alors qu'il était assis là et assistait à la même conférence, la même réunion et semblait avoir les mêmes sentiments. Semblance et discrétion du réel, afin qu'il ne gâche pas la fête des apparences et des images. L'être humain peut revêtir cette lâcheté, mais c'est pour continuer sa route, sans doute, seul.

Toni Grand, la légende, dont il a publié un livre, n'est pas un moteur dans mon travail, et pourtant, comme d'autres, ce sont des hommes-racines parmi d'autres racines qui m'ont permis d'avoir un accès (intellectuel) à l'art, en côtoyant leur production, et cela, bien plus qu'ils n'auront jamais à côtoyer ce que je fais, ce que j'écris, ni même à dialoguer avec moi. Et cela, c'est aussi une norme, un attendu, que d'écrire seulement sur ses pairs. Tout m'est étranger dans le monde de l'art, ainsi tout m'est exotique, et il n'y a pas de linéarité dans mon approche, que seule ma curiosité peut expliquer l'intensité succincte du lien à une œuvre et à son auteur, au hasard d'une rêverie ou d'un souvenir, d'une information ou d'une antique histoire, d'un conte, d'un caillou trouvé sur le chemin. Et là, j'ai des cailloux plein les poches, Poucette a ramassé trop de trucs et n'avance pas vite du tout, elle devient pierre.

Peut-on se couper de ces histoires ? Refuser le père ou la mère et imposer le parent 1 et le parent 2. Les pères et les mères ne sont plus les bienvenus dans notre société, et il faut numériser le premier et le second, diviser, mais plus définir. Pourtant expliciter serait plus abordable et singulier. Je choisi d'être l'enfant zéro. L'éternel enfant de l'art, sans pairs et plein de petits repères, avec un père et une mère.

dimanche 1 octobre 2017

∃ṧ☂εηⅾʊë їᾔƒїηi℮ ⅾε łїεü


Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

L'espace de la mer, lieu de narration, lieu du rien et du vide : il n'y a rien à dire. Un espace d'absence de nouveauté, où la répétition des marées rythme cet absence. Un interlude entre deux moments, la terre et la mer. L'ordre météorologique décrit cet espace, le vent, la température, les vagues, leur taille, les poissons qui arrivent, ce que l'on voit du gouvernail (son regard, celui du bateau, du nageur, de la nageuse…)
- Le voyageur est-il authentique ?
Moins je prends de vacances, plus on m'envoie des photographies de vacances.
La mer. Mes voyages par procuration. Un peu comme un imaginaire scindé, comme si partir ailleurs était synonyme de vacances, d'évasion. On croit toucher les Indes et on rapporte des motifs exotiques, hors on ne touche que soi, soi et son regard inchangé, soi et son image dans le monde, on se trompe, on prend les Indes pour les terres d'indiens, mais ce sont des américains qui n'ont jamais vu les Indes qui habitent en Amérique. Les voyages sont fait de duperies ancestrales et de découvertes déviées, avortées, racornies aux cartes vieillies comme des feuilles automnales. On voudrait que vous ne bougiez plus, que vous soyez malade à en mourir que vous ne pouviez plus même faire vos courses à côté, mais votre imagination vagabonde et s'enivre d'images et d'imaginaires, de paysages que vous n'aviez jamais vus, et peut-être que vous ne verrez jamais de votre vivant.
Les représentations étaient confondues, les américaines, les mots ont figé cette confusion indienne. On a cru découvrir, mais ce n'était pas la bonne direction. On a maintenu la découverte, et on a assigné un nom préconçu à cette découverte pour faire bonne figure laisser une trace fidèle aux à priori dans l'histoire. Ne sommes-nous pas toujours dans ces déviations, fausses routes, afin de relire notre histoire telle que nous la souhaitions écrite ?
Sédentarité luxueuse qui regarde le nomadisme douloureux, ses déplacements, ces voyageurs incertains, dont nul retour n'est possible.
On dit, rencontrer l'autre, mais c'est aveugle que se passent ces rencontres. Entre myopes, entre côlons avec une encyclopédie à la main face à des ennemis sauvages, on souffre lorsque l'on voyage, on n'y comprend rien, on se regarde dans une flaque d'eau comme narcisse croyant voir son image.

Photographie © JD - 2017 (sélection Sonia Marques)


Compétition, on ramène ce que l'on a cru voir, des images, ce sont des souvenirs auxquels on doute au fur et à mesure : était-ce ainsi ?
Quadrillage mental de mes espaces imaginés, ramener un souvenir et augmenter un cabinet de curiosité. Je suis "le curieux" celui qui ne voyage pas, celui qui n'a d'ailes que dans ses souvenirs. Entre naturels et artificiels, ces curiosités forment mes voyages mentaux. Mon déplacement spatial est digne d'une handicapée physique aux ouvertures d'un oiseau rapace, dont l'acuité visuelle est décuplée, je vois loin.
Cette volonté de miniaturiser le monde, celui qui est dans ma main, à proximité, c'est celui qui est le plus doux, le plus indocile, je ne puis fermer ma main.
Condensés de vies humaines et inventées, ne serait-ce que voir le jour pointer son nez est un nouveau voyage, une nouvelle journée, les maussades et les belliqueuses, les maternelles, les maquerelles, rares paternalistes, car du père dans les journées point d'image. Elles sont liée à la Lune ces journées, liées à la nuit, liées à des rythmes qui n'ont aucune stabilité et pourtant peuvent être profondément ennuyeuses.
J'étais dans cette houle angoissante happée par des monstres marins dont j'ignorais la couleur, la texture, l'humeur et la force. Alors tout devenait si fantastique, que dormir me paraissait être une aventure toute inédite. Ainsi je ne pourrai la dire. Je ne savais quel outil, quel navigation allais-je opérer mais le nouveau jour arrivé, j'étais si pleine de ces épopées, qu'auprès d'un humble thé mérité, et de sa fumée silencieuse, j'avais ce sourire sage et si coquin, d'être revenue de mélopées radieuses et diaboliquement ravageuses. Je revoyais ces prairies sous-marines vertes, si riche dans cette tasse à café du même vert céladon.
L'espace, merveilleuse création de mon imaginaire oscillait si imprévisible qu'il ne pouvait se partager avec les érudits voyageurs et leurs sponsors.
Chaque nuit me séparait davantage du jour et chaque jour me ramenait à la rive des ennuis des vies des autres si besogneuses et sans éclat, si marchandes et si procédurières.
Espaces étendues infinis lieux d'histoires, visiter tant de contrées sans même sortir de sa chambre, dans ce divertissement plus sage, celui de connaître ce que le divin nous apporte, nous tous fainéants.
J'ai vu la face du despotisme est-elle noire ? est-elle blanche ?
Elle fut si blanche que sa démesure a encore cours, propice à une structure patriarcale qui a du mal à cacher sa mauvaise foi, son désir clivant, sa jalousie, sa laideur si biscornue.
Dans ces tromperies de fastueuses et barbares coutumes, elle justifie la tradition de l'esclavage. Les trousseurs de domestiques sont à présents maquillés, ce sont des femmes immondes qui disposent des clés de la maison.
Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans son usage. C'est le problème de la dissemblance, tout ce qui n'est pas d'ici, n'est pas qualifiable, insignifiant au mieux.
On fait du pâté en déclarant que c'est bien de chez nous et que toutes celles et ceux qui sont bien de chez nous doivent s'empâter et ne pas moufter de la recette. Ce sera du plaisir pour eux, du pêché pour d'autres. Pêché de tuer la bête, pêcher de manger celle que l'on a si mal nourrie et élevée au rang des cochoncetés.
Les gens sans amours serait ainsi celles et ceux qui ne savent accueillir et prétendent que leurs mets imposés seront ceux que les oies gavées les fois éclatés accepteront, sans maux dire.

Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2017 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2016 (sélection Sonia Marques)

Photographie © JD - 2017 (sélection Sonia Marques)

vendredi 23 octobre 2015

ᙡᖺᗩᒪᙓᔕ & ᖙᗝᒪᕈᖺᓮﬡᔕ

mercredi 24 décembre 2014

ḉøʊґα❡℮ ∂εṧ ◎ḯ﹩εαʊ✄ ℮η нї♥℮ґ

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Photographie © Sonia Marques