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jeudi 27 janvier 2022

Ḡℝ∃€ℭℰ















FONDUE DE SUCRE GLACE
Dessins, peintures © Sonia Marques

La cachette des amants

« Douce en un chaud midi une boisson de neige,
Doux au printemps les vents légers, les flots cléments,
Lorsque l’hiver enfin a levé son long siège.
Mais plus doux le manteau qui couvre deux amants,
Couchés sur le sol tiède, également épris,
Et se donnant l’un l’autre en offrande à Cypris. »

 Anthologie Palatine.
Traduction Marguerite Yourcenar (La couronne et la lyre)

mardi 18 janvier 2022

ṽ@ʟłø⊥☺η

 


 


 


 
 


   


 


   
Peintures de Félix Vallotton (1865-1925)

J'ai déjà publié sur Valloton, avec mes quelques vignettes de ses peintures, je trouve des points en commun avec mes photographies, dessins, un siècle plus tard, et avec de nouveaux outils ou manières de voir le monde. Dans ces vignettes figurent une douceur du regard et des facultés de coloriste indéniables. Il y a quelque chose de frais et d'enfantin, celui d'envisager les arbres, étendues d'eau, couchers de soleil, comme des éléments de couleurs. Ils s'agencent dans l'espace comme des objets en relation intime les uns avec les autres, liés par un sentiment paisible, qui masque bien des tourments. Il était écrit à son sujet, indépendant, secret, passionné, réfléchi et sensuel, misanthrope, dessinateur prolifique, il s’est essayé à la sculpture et aux arts appliqués, il a écrit dès son plus jeune âge (des critiques d’art et des essais, des pièces de théâtre et trois romans) Des capacités hors normes pour échelonner ses expressions sur différents médiums, médias...  Ses œuvres m’apparaissent comme des évidences, non parce qu'elles sont décrites comme "simples", mais parce qu'elles résument, elles sont la synthèse de ces sentiments sereins, après le chaos, d'un retour au calme et aux aspects savants de la méditation intérieure, du repos, d'un art complexe de saisir le moment opportun de la lumière ; d'un point de vue de découvreur, sur une vallée, ou celui d'un photographe ou d'un graveur, qui regarde d'en haut ; les petits hommes et les petites femmes, le sable depuis une falaise, des sortes de vues grand angle, ou télescopiques. Ses gravures en noir et blanc sont charmantes et esquissent cet art de poser le yin et le yan, de savoir déceler une émotion entre deux, et entre deux personnages, deux amoureux, une foule, la délectation d'une paresse, d'un chat noir qui s'étend comme un chemin d'abandon. 

L'abandon de soi, sublimé. 

Lorsque l'on est passionné, il nous reste encore de quoi partager, à d'autres passionnés de l'art. L'imagination libère d'autres temps pour les artistes et les doux rêveurs, rêveuses.

samedi 18 décembre 2021

ℬ☮Ѧϟ ℉∃$†Åϟ

Cette carte de vœux est toujours d'actualité. Je l'ai créée pour les fêtes de fin d'année en 2017 ou 2018, cela n'a pas d'importance, puisqu'elle fut intégrée à la page d’accueil de mon site Internet. Celui-ci, visionnaire, préfigurait une notion de confinement. Les bonnes fêtes étaient ainsi souhaitées à toutes celles et ceux avec qui j'ai travaillé, mes amis également, mes proches et très proches, et les amis très distants, celles et ceux, dont la distance kilométrique, de pays à traverser, ne permet, ces temps-ci, que d'être en relation, par écran interposés, bien plus que par la voix (le téléphone) Nous pouvons le regretter, notre société, n'a pas trouvé mieux que ces modes de communication qui font très mal aux yeux, et même, dans les milieux professionnels, il est recommandé de télétravailler. Imprimée et envoyée à plusieurs, cette carte fut aussi une (grande) carte de coordonnées. Chanceux et chanceuses à celles et ceux de l'avoir reçue, avec tendresse.

Au-delà de cette notion festive, chère à mon cœur, elle annonçait ma nouvelle compagnie. Je n'ai de cesse de m’intéresser au monde animal. Une nouvelle naissance, l'éthologue rencontrait le quotidien de l'artiste, quasi convalescente, après avoir donné tout son temps au service des autres humains, les animaux aussi se trouvaient rassemblés dans une arche providentielle.

La page d’accueil de mon site Internet n'a pas changé, elle exprime une certaine permanence, dans un monde en perpétuel changement.



La page de ma biographie à feuilleter, provient aussi d'une création, hors ligne, devenu textile, issue d'un dessin de grande taille (plus grand que ma taille humaine) d'un personnage, un magicien, en train de peindre avec des cymbales ("Domino") liée à la dominoterie et aux corps flottants, présents dans mon travail artistique, qui m'a accompagné dans la durée. Un merveilleux programme de recherche, qui m'habite. Comme des dominos, ce jeu étonnant d'adresse et d'imprévus, (autre terme utilisé pour des jeux spectaculaires de petits dominos) mes œuvres artistiques forment des réactions en chaîne. Souvent, un élément qui semble mineur, pour d'autres, provoque un changement de proximité à d'autres créations en chantier, qui provoque d'autres changements similaire, et ainsi de suite. Cet effet Domino, suite d'événements liés entre eux, est une métaphore intéressante, dans ma méthode de travail et d'expression artistique, car elle prévient du risque systémique, tout en exposant la faille d'un système. Mais il ne peut être décodé que par des sachants. L'expertise de l'image et des arts graphiques, de la communication, est un art de l'histoire des images et de leurs capacités à générer du lien et de traverser des frontières. C'est dans "le toucher", associé à une certaine acuité visuelle, que mon art tente d'ouvrir un champ d'émotions : c'est plus par les poils et les plumes, que j'ai le mieux réussi, à traverser la complexité des relations sociales, en explorant des langages, qui m'étaient totalement inconnus, et dont, je n'avais reçue aucune formation, si ce n'est, d'avoir été très jeune, confrontée à des animaux différents. Et ce, certainement dès ma naissance. Une de mes cousines plus âgée que moi m'avait raconté, qu'elle était restée très impressionnée par des portraits photographiques en noir et blanc agrandis et affichés chez mes parents (les auteurs), de moi, petite, sur un âne qui semblait immense, dans un chemin de terre. Est-ce que je semblais être à cheval (d'un âne), avant de savoir marcher, les mains dans les poils ? L'âne est déjà un animal très particulier, qui n'en fait qu'à sa tête.

N'en faire qu'à sa tête...

Extrait du dessin Domino.

Œuvres multimédias © Sonia Marques

*

Il y a toujours plus grand que soi. Le pouvoir des assujettis, dans le monde animal, et aussi, je l'éprouve, chez les êtres humains, est dominant. N'en déplaisent à celles et ceux qui continuent de penser, que seuls les dominants déclarés, décident de qui est dominé. Mon observation de certaines espèces animales et leur potentiel à communiquer sans aucune voix, et par leurs sensibilités, chatoyantes, m'ont beaucoup appris de langages dont nous nous trouvons assujettis, sans en avoir une once de contrôle, ni de domination. Cela confère aussi, au lien avec le paysage qui se transforme et le climat, sur terre.

*

J'écrivais ceci sur Domino, et ses couleurs flottantes (2013-2015) :

Domino est le nom que je livre à cette œuvre. Elle représente un magicien qui fait de la peinture. Je ne dirai pas un peintre, car avec ses outils, ses cymbales, cet instrument de musique percutant, il fait de la peinture, il ne la pratique pas, il la fait apparaître par hasard. Ses cymbales trempées dans la couleur sont les pinceaux qui mélangent les couleurs. Son costume et le fond sont la palette et le décor. On peut distinguer parfois des tracés qui s’effacent progressivement dans un ton uni et puis des contours qui cernent d’autres tons, jusqu’à former des motifs de camouflages. Cette création est issue de plusieurs études historiques. Je laisse flotter des notions lorsque je peins dans ma tête, des histoires qui n'ont pas de couleur, pas d'images, ni de représentation. Je leurs dédie un dessin, je leurs attribue des gammes et des nuances de couleurs. Pour ne pas perdre le rythme de cette pensée dansante, j’ai imaginé des couleurs qui seraient non miscibles entre elles, qui se repoussent et s'épousent, dont j'observais leur sensualité se dessiner avec Domino et ses instruments de musique jetés ensemble, comme des percussions synesthésiques. D'ailleurs, le mot Cymbales vient du grec, kumbalon, signifiant jetés ensemble, de la même origine que le mot Symbole. Si les cymbales sont utilisées dans la musique populaire, des fanfares folkloriques aux marches militaires, et au jazz, elles sont apparues pour la première fois dans l’ancienne Assyrie (le nord de l’actuel Irak), en Egypte et en Judée. On se servait également de petits instruments similaires en Occident. Ce n’est pourtant qu’au XVIIIe siècle que les grandes cymbales originaires de Turquie sont arrivées en Europe. Je voyage à travers la création. Et je stationne un moment dans une œuvre avant de repartir. La réalisation est une clôture, mais pas une finitude. Domino me laisse une fenêtre ouverte sur la peinture. Il me semble que la peinture maquille un drame, quelque chose de grave, afin de se sentir vivant. Ce personnage symbolise une cartographie, un paysage, des plaines et des surfaces agricoles vues de près, vues d'en haut, abstraites et parcellisées.


Au crépuscule ce jour, me viennent ces pensées...
Sommes-nous sensibles ? Seulement, si nous savons préserver nos qualités sensibles, l'ignorance balaie de son renoncement, l'accès sensuel à ces qualités intrinsèques à la vie et donc, à la condition de la meurtrissure. L'insensibilité est un paravent. Il suffit d'une rencontre pour ôter ce préjugé et parvenir à l'humilité. Défaillir d'amour, comme le jour se pâme au crépuscule.

vendredi 19 novembre 2021

ℙϴℒÅℜ & ѦÜℝ☮ℜÅ




Polar / Série des Contemplations / © Sonia Marques Peinture infographique / 70 x 60 cm / 2012




Aurora / Série des Contemplations / © Sonia Marques Peinture infographique / 70 x 60 cm / 2012


*


J'aime beaucoup ces deux peintures réalisées en 2012, le temps passe vite. Je me souviens du contexte de réalisations, de mes recherches, toujours d'actualité. J'écoutais de longues compositions minimalistes des années 70 de Terry Riley, je faisais de la méditation à travers la peinture. Elles étaient comme des pépites de joie, des bulles intenses d’éloquence. Les retrouver et se repositionner dans cette aventure est un bouleversement cosmique. Les pastels et les couleurs vives enfin réunies. Artiste, je peux avoir des dilemmes que personne ne connait, et qui ne touche personne d'autre que moi. Tandis que de grands problèmes, parfois collectifs, ne se représentent pas comme des dilemmes, de mon point de vue, car je peux trouver très vite la résolution du problème, il m'est très simple d'en résoudre certains, qui paraissent complexes et voués à se systématiser (ou se systémiser) Heureusement, je ne suis pas sollicitée pour cela, encore mieux depuis que je suis blonde et que je m'occupe des billes transparentes, ces idioties ne sont pas à la hauteur des enjeux où ils ont été établis, collectivement. Les nacs, ces nouveaux petits animaux de compagnies, ne leurs ai pas demandé de cogiter sur l'énergie nucléaire... Ils risqueraient d'émettre d'autres problématiques ignorées, impensées...
Là, il était question de couleurs et de blottissement de celles-ci, comme des pétales de fleurs, ou de lave volcanique sur une route, la nuit, lorsque l'on conduit et que le ciel nous guide. Contrastes éblouissants et simplicité des formes gonflées. Mon travail menait ces formes à la limite du chaos, disloquées, mais sans jamais faillir. Les transformations subies résultaient d'une aventure créative, de l'invention. Si mes gestes étaient dirigés, par un esprit concentré, tant il est minutieux d'en élaborer les tâches, il est resté ouvert, comme extasié par la découverte, sans jamais les empêcher d'advenir. Dans l'atmosphère, on peut prêter attention aux phénomènes colorés des gaz, l'azote et l'oxygène qui donnent des couleurs rouges et bleues et des teintes vertes. Ces cieux de feu sont comme des rêves où les formes s'entrechoquent. Toute chose se réjouit et se réjouit d'elle-même disait Plotin. Et elle se réjouit parce qu'elle contemple l'autre. Ainsi avais-je nommé ces peintures dans ma série : Les contemplations.

Ces chimies savonneuses, de mon esprit, se sont trouvées matérialisées, dans des peintures vitrées (ce que l'on ne peut voir à l'écran) La beauté de la création, réside, lorsqu'elle marque l'esprit, dans le pouvoir de s'y replonger à tout moment, même si cette création est datée à un instant précis, il y a des années. C'est-à-dire, que la recherche, lorsqu'elle est éprouvée, l'est toujours, dans l'esprit du créateur, de la créatrice. Et ici, je n'ai point besoin de cacher le pouvoir de la création, il provoque un bonheur, et trouve en l'imaginaire, la possibilité de s'extraire de l'ennui, des choses qui se répètent, comme un disque rayé. Telle une écoute qui s'use à force d'entendre la même chose, les mêmes émissions, l'esprit devient aliéné, s'enroule sur lui-même, lorsqu'il n'invente plus. La poussière atténue la qualité d'écoute comme des pneus abîmés par les chemins de campagne jonchés de cailloux. Se retrouver sur le sillon des inventions est la plus belle source d'émerveillement. C'est le binky du lapin.

samedi 30 octobre 2021

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Photographies © Sonia Marques

Sentinelle du désert, petit suricate, la délicate. L'eau a éteint le feu, la baleine translucide devinait, son coucher de soleil une nuit étoilée, nous faisait parvenir ses pétales de papiers métallisés, pliés, reposés. Autant d'écus d'or sous nos pieds, les années ont passé, sans s'éterniser. Le minuscule éléphant n'en était pas un, il tournait le dos et regardait son ombre, très à l'écoute, son fessier éclairé, dans une marre émeraude, quelle merveilleuse tapisserie, elle-même assise, miroir de lignes turquoises, au flanc fléché. Esthète pierrot, merci les bons jours, adieux les subterfuges. Artistes, les ardeurs redoublent de mérites, des années de fabrications, de couleurs et d'inventions, imprévisibles et audacieuses, des intentions dédiées aux âmes fidèles. La baleine de cristal nous faisait parvenir ses pétales de paillettes, observés par les lapins du pays des merveilles.
Qu'il est doux d'être arrivé aussi loin, aussi haut, as-tu déjà vu un terrier qui vole ?

dimanche 24 octobre 2021

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Le jour avant le bonheur


Nous sommes allés visiter l'exposition, qui porte bien son nom, Le jour avant le bonheur, au musée des Beaux-Arts de Limoges, de Louttre.B.

Marc-Antoine Bissière, dit Louttre.B (1926-2012) est imprégné par un milieu artistique parisien effervescent dès son plus jeune âge ; il côtoie notamment par l’intermédiaire de son père, le peintre Roger Bissière (1886-1964), des artistes tels que Georges Braque ou Louis Latapie. À partir de 1938, la famille part s’installer dans la maison familiale de Boissierette (Lot), où le tout jeune homme commence à peindre aux côtés de son père. Louttre.B développe rapidement une recherche abstraite qui lui permet d’étudier les rapports colorés et trouve son identité artistique dès les années 1960 en créant un vocabulaire pictural propre, continuellement renouvelé ; il expérimente sans cesse à travers une forme de figuration que l’on retrouve dans nombre de ses œuvres. Proche de la terre, il construit une approche artistique sensible et empathique, teintée d’humour. Il diversifie ses pratiques et multiplie les expériences, créant des sculptures monumentales, des gravures, des livres d’artistes ou encore une série de pièces en porcelaine pour la manufacture de Sèvres.

Ces toiles nous ont offert un écho éblouissant dans ce Musée au cœur du jardin de l’Évêché, en plein soleil, un écrin où la nature déployait, ce jour, de somptueuses parades colorées, sous des arbres exotiques, des pétales jonchaient le sol, des feuilles séchées qui se retournaient et nous révélaient l'envers du décor. Ravissantes peintures que celles de cette nature, mais encore plus charmantes, les peintures de Louttre B., qui résonnaient avec cet été, ou cet Automne, ou cet hiver qui grimpe sur les branches secouer ce qui doit partir. Ce qui n'est plus essentiel, n'est-ce pas, doit nous quitter, afin de faire une table rase pour préparer la nouvelle année. Alors en regardant chacune de ces peintures, je savais déjà, que j'allais garder celles-ci pour les années à venir, et balayer toutes les perfides manifestations, sans aucune commune mesure, avec cette ouverture proposée, honnête, dans cette jubilation des tons et des sablés : merveilleuses destinées, que celle de la peinture sauvegardée, et très peu connue.

Si les jaunes, dans cette nature étaient les favoris, parsemés de rouges et dans la disparition progressives de verts, dans les peintures très bien encadrées, je distinguais des mauves et des roses si doux, côtoyant les bleus francs et les coups de pinceaux rythmés, sur du sable chaud, des empreintes, des griffures. De petites maisons, des collines ou châteaux, des fleurs énormes, voici que j'étais presque dans mes photographies. Mon compagnon me disait que ces peintures ressemblaient aux miennes, oui, il y avait un air frais, et cela fait plaisir, une connivence quelque part, parmi les isolements. Alors on joue aussi, on rigole des tons et des mats, que c'est mat ! C'est fort et c'est graphique, terriblement enfantin, et sauvage, superbement maîtrisé et sans aucun complexe de la couleur. Tout se propose, sans jamais être frustré, tout nous expose à de nouvelles dimensions de nuances, des poésies frontales et de petites fenêtres sur des rêves ou des souvenirs, autant de portes ouvertes qui ne souhaitent jamais fermer notre regard. Que c'est beau de ne pas fermer sa porte, c'est assez rare, au pays où tant de portes se ferment, suppriment des couleurs non désirées, parce que différentes, exquises, singulières, vives, des prénoms divins, des noms marqueurs d'histoire, de lune et de ciel étoilé : pour tous. Rien n'est de trop, rien n'est à enlever. Matisse était tout proche, des motifs, des ciels rois et des traits noirs épais, des découpages poudrés, gouachés. Luxuriance et profondeur des verts dans des pluies de jaunes sablés lumineux. Les gestes saccadés, de surimpressions, couches et sous-couches, reliefs, collines surlignées, palmiers noirs, maisons blanches de craies, nuages jetés, épris de vitesse, un paysage penché parfois, comme si, par la vitre d'un véhicule qui roule très vite, et même doucement, ou d'un train, on apercevait le rayon du soleil repasser les arbres et les fleurs et les toits des maisons, juste avant que tout coule. Pfff !

Photographies © Sonia Marques






























































Alors, nous n'avions plus qu'à sortir du Musée, et entrer dans les peintures...







































































































































Photographies © Sonia Marques



En retard...

C'est les vacances !


samedi 9 octobre 2021

ℓ@ ℘αяαḓℯ ∂εṧ ¢ℌα☂ṧ

 








 



Œuvres Leonor Fini... et photographie chez elle avec ses chats...


J'avais publié un bel autoportrait en peinture d'elle, je redécouvre certains pans de ses réalisations, très fines, et ses mises en scène, son art du déguisement et des masques et son affection pour la vie des chats, en sa compagnie. Fille d’un Argentin et d’une Italienne, Leonor Fini (1907-1996) passe son enfance à Trieste, dans la famille maternelle. Autodidacte, Fini apprend en copiant les quelques maîtres qu’elle admire avant de se lancer dans la peinture. Installée à Paris depuis 1937, elle rencontre fréquemment les surréalistes, mais n’adhère pas au mouvement afin de préserver sa liberté (André Breton la garda à l’écart, goûtant peu ses contacts avec la société mondaine et avec le monde de la mode, qu’il jugeait trop futiles). Elle réalise également des costumes de théâtre et écrit. Femme indépendante, surprenante, dont on ne fini pas (!) de découvrir une œuvre immense : peintures, dessins, costumes de théâtre, conception de décors… Elle a touché à tout, talentueuse, avec son monde fantastique, elle privilégie les figures féminines. Elle a évolué au sein du mouvement surréaliste, mais s'en détache sans jamais appartenir à un groupe, ni signer aucun manifeste. Elle tient à sa liberté aucune étiquette, ni celle de féministe. Leonor Fini ne veut pas être considérée comme une femme artiste, mais comme une une peintre. Elle refuse de s’enfermer dans une case en participant à des expositions réservées aux femmes. Pour elle, c’est accepté d’être marginalisée. « Je suis un peintre » affirmait-elle. Aux références antiques, méduses et mythologies grecques, androgynie, chevelures et drapés transparents, vaporeux, mises en scène de femmes s'observant, en duel, en couple, en miroir, jeunes filles secrètes, intrigantes, animales, malines, félidés... Sœurs fâchées, petites filles joueuses, un monde de jeu onirique, d'ailleurs certaines peintures sont des portraits de joueurs de dames ou de balançoire, de quilles, de théâtre. Il y a quelque chose d'envoûtant, et en même temps, qui ne se laisse pas capturer. Qui est le chat qui est la souris ?
Elle a accueilli jusqu’à dix-sept chats dans son atelier. Chats de compagnie, sauvages, chats humains, déguisés,  érotiques… Ses personnages ont des traits félins, se caressent, se lovent, les poils, les plumes, la sensualité de ses tableaux est tout aussi mystique. Il y a une vraie délicatesse et magie, un goût pour la mode, les costumes et les illusions, les apparences. Ce que je trouve remarquable c'est son art de se mettre en scène de façon déterminée. Elle se teignait souvent les cheveux de toutes les couleurs, aimait faire son entrée dans les soirées mondaines habillée en homme, avec ses grandes bottes blanches, iconique. Une habitude prise dès l’enfance puisque sa mère, s’étant enfuie de Buenos Aires à Trieste pour échapper à son mari, l’habillait en garçon afin de dissimuler la petite fille à son père, qui voulait la récupérer.

En 1941, elle fait la connaissance de Stanislao Lepri (1905-1980), alors consul d’Italie à Monaco. Ils entament une liaison, puis elle le pousse à abandonner sa carrière de diplomate pour vivre pleinement sa passion de la peinture. Il appartenait à une famille aristocratique conservatrice faisant partie du cercle hermétique de la “noblesse noire” de Rome, qui avait juré fidélité au pape. Stanislao pour sa part s’était très tôt distancé des contraintes sociales de son rang ; il s’engagea dans une relation à trois avec Leonor Fini et l’homme de lettres Constantin Jelenski à Paris et opta ainsi pour la vie de peintre maudit en se libérant totalement de toutes conventions restrictives. Ils s’installent à Paris où elle lui apprend tout sur la technique.
Bien qu’il soit devenu l'élève de Leonor Fini, Stanislao Lepri réussit à créer un univers onirique qui lui est propre, bien qu'ils aiment tous deux peindre les petits démons. Ils se vouent une admiration mutuelle. Lui est fasciné par l’autrice du Portrait romantique, dont il fit l’acquisition à leur première rencontre, un jour de 1941, il entrevit Leonor Fini, pour la première fois, dans un cinéma. Dès le lendemain, il se rendait à son atelier : Stanislao Lepri était fasciné par la femme, et par l’artiste. À leur première rencontre, il acheta Portrait romantique qu’elle venait d’achever. Elle trouve ses dessins « vifs, bizarres, spirituels ». Stanislao Lepri s'installa définitivement avec Leonor Fini en 1950 à Paris, la métropole qui resta le centre international et le meltingpot de la vie artistique longtemps après la guerre. Stanislao Lepri était cependant beaucoup plus que son élève. Les amants resteront ensemble jusqu’à la mort de Stanislao Lepri, en 1980. Stanislao Lepri est encore l’un des grands inconnus de l’histoire de l’art récent.
Une photo d'elle...

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jeudi 7 octobre 2021

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Photographie © Sonia Marques

Soleil /


Je pensais à "La fille du soleil"... Cette chanson que j'avais écrite et chantée pour l'album "Cocotriste", dont la musique est composée par Rico Zerone, elle venait d'un de mes poèmes. Il habite à Vienne en Autriche.
Vienne et Haute-Vienne...
> Vienne, est la capitale de l'Autriche, située à l'est du Danube. Son héritage artistique et intellectuel d'après les encyclopédies : Mozart, Beethoven et Sigmund Freud. Réputée pour ses palais impériaux, dans ses Musées, sont exposés des œuvres d'Egon Schiele, de Gustav Klimt et d'autres artistes...
Et moi, je suis dans la Haute-Vienne.
> En France, la Haute-Vienne est un département français, situé dans la région Nouvelle-Aquitaine. Cela vient de la rivière Vienne (Vient-Vienne...), qui le traverse d'est en ouest. Sa préfecture et principale ville est Limoges. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 87...
Et voici que les arts décoratifs ne sont pas très loin, pour une artiste, tout est si proche !
Comme un mouvement, le va-et-vient, tout cela sonne déjà comme une musique !

Être la fille du soleil est un tout un programme, l'astre le plus important, tout tourne autours du soleil...
Très belle période que la création de cet album et des autres. J'avais fait écouter, le morceaux de Cocotriste, il y a quelques années, lors d'une conférence sur un ensemble de mes œuvres artistiques récentes, qui comprenait une pièce de théâtre pour enfant, des poèmes, des sculptures, des tapisseries, des dessins numériques et des compositions sonores, ainsi que tout un travail sur mon enseignement et les réalisations d'étudiants et l'on m'avait dit : Alors, quand est-ce que Coco n'est plus triste ? En souriant. C'était inattendu comme interprétation, plutôt littérale. La période était-elle triste ou gaie ? Et est-ce qu'il était question des cocos ? Rien de tout cela. Nous l'avions créée de façon très sérieuse et limpide. Cocotriste est une sorte de crocodile, les premières paroles sont : "Il vivait dans un fleuve, ses larmes l'avait formé..." C'est un animal exotique qui pleure, et sa sensibilité nous rappelle à quel point, les larmes sont des armes. J'avais d'ailleurs dessiné un très grand dessin de deux armées de crocodiles qui s'affrontaient à la ligne noire extrêmement fine et délicate, je pense me souvenir qu'il faisait deux mètres de long. Aujourd'hui ce coco, infiniment sensible et martial, je pense à lui. Plusieurs cycles de vies sont passées depuis. Il était quelque part un annonciateur, un animal majestueux et généreux, incapable de violence, contrairement aux crocodiles, pourtant il vient de cette famille. Sa défense en cas d'attaque, est en revanche, implacable, rien ne lui résiste, par sa gentillesse et son courage.

Ces beaux jours, artiste limougeaude, je réalisais des photographies ensoleillées, elles me faisaient penser à un peintre, né à Limoges, Paul-Élie Ranson (1861_1909) car ses œuvres ont un sens du décor, ce qui annonce l'Art nouveau, il appartenait aussi aux nabis. Je pensais aussi aux vitraux réalisés par le maître verrier américain Louis Comfort Tiffany. Lorsque l'on crée, on pense à beaucoup de choses, c'est une sorte de culture personnelle, on apprend où l'on vit, d'où l'on vient, où l'on rêve d'aller. J'écoute Claude Chalhoub, puis Bachar Mar-Khalifé, tous deux libanais. Bachar, j'ai eu l'occasion de le voir jouer à Poitiers, c'était magique. Récemment je découvrais ses interprétations des Gnossiennes d'Érik Satie, que j'ai pu jouer au piano, ou bien sa danse électro pour Musique de fête, très sympa et effectivement : on danse...


Donc être la fille... du soleil : tout un programme, chantant et dansant <3
Être photographe, écrivain, dessinatrice, danseuse... tout un programme, composer des musiques... et travailler avec des amis... ou enseigner... tout un programme, sans jamais se prendre au sérieux... Paul-Élie Berthet, était aussi un curieux de tout, il s'intéressait à la théosophie, au spiritisme, à la magie, à l'occultisme, ce qui le distinguait des autres nabis (Nabi est le nom que se sont donné les jeunes peintres qui se regroupent autour de Paul Sérusier, vers 1888. Le terme nabi, en arabe, ou nevi'im, נביאים en hébreu, signifie dans un sens actif « orateur » ou « annonciateur », ou, dans un sens passif, « celui qui est ravi dans une extase » ou « appelé par l'esprit ». En Occident, nabi a été traduit par « prophète », « illuminé », ou encore « celui qui reçoit les paroles de l'au-delà », « l'inspiré de Dieu ») Il avait donc plusieurs activités et les arts décoratifs furent aussi des voix explorées dans des matériaux et arts appliqués variés : panneaux décoratifs, papiers peints, tapisseries, vitraux, décors de théâtre...







Des peintures de Paul-Élie Berthet

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Ravi dans une extase /



La fille du soleil
Photographie © Sonia Marques (octobre 2021)

mercredi 8 septembre 2021

Ḱїƒf℮ Ḱїƒf℮ Ḱїƒf℮ Ḱїƒf℮

Une orchidée (1941) peinture de Georgia O'Keefe

En septembre 2016, j'écrivais un petit article sur Georgia O'Keefe (Ḱїƒf℮) il y a 5 ans. En parcourant ma librairie de plumes je distingue un catalogue imposant de cette peintre, elle m'a accompagnée plus jeune, bien plus jeune, avant que je n'étudie dans les écoles d'arts parisiennes, les arts appliqués et les beaux-arts. Plus tard, lorsque je suis partie étudier au Canada, j'ai saisi ses paysages et ses étendues. Je découvre ainsi en parcourant ce nouveau catalogue qu'une exposition, une monographie va se dérouler au Centre Pompidou, dans quelques jours ! Du 8 septembre au 6 décembre. C'est toujours par hasard que je découvre les dates des expositions, le catalogue est déjà prêt, même en province ! Et quel plus beau hasard, quelques jours auparavant je photographiais mon orchidée caméléon...


samedi 14 août 2021

ℙ@﹩ε◎ α øяїłℓ@ṧ ḓℯℓ μαґ


Paseo a orillas del mar (promenade au bord de la mer) 1909, huile sur toile, 205 × 200 cm


La couture de la voile, huile sur toile, 1896, 220x302 cm


La Sieste, huile sur toile, 1911, 200x 200 cm

Joaquín Sorolla Bastida (Valencia 1863 – Cercedilla 1923), peintre espagnol de la lumière...

jeudi 12 août 2021

♭ℓℯü αṧ﹩℮


Peinture de l'artiste Geneviève Asse, Impressions gris et bleue (2007)

Que voit-on ? La mer, le bleu, l'écume, une abstraction, une peinture, c'est une œuvre de la peintre bretonne Geneviève Asse, cette artiste s'est éteinte à 98 ans le mercredi 11 août 2021, à l’Ehpad des Invalides, à Paris.
Entre 2003 et 2013, elle avait pris part au chantier de restauration des vitraux de la collégiale Notre-Dame-de-Grande-Puissance, à Lamballe. Retenue dans le cadre d’un marché public, Geneviève Asse avait alors collaboré avec le vitrailliste Olivier Debré.



« J'aime la solitude. » disait-elle, c'est une philosophie de vie. Dans sa maison de l'Île-aux-Moines, lovée dans le golfe du Morbihan, elle y trouvait une respiration et une inspiration. Née en 1923 à Vannes, Geneviève Asse est élevée par sa grand-mère au manoir de Bonervo, dans la presqu'île de Rhuys. Ce n'est qu'à 10 ans que Geneviève et son frère jumeau rejoignent leur mère à Paris.

Le bleu, c'est son secret



Alors que les jeunes de son âge jouent dans la cour de récré, Geneviève s'échine à faire et refaire ses peintures. « Sans jamais prendre de cour... Je tenais à rester seule. ». Face à l'horreur de la guerre de la seconde guerre mondiale, la Vannetaise trouve dans l'art un refuge apaisant. On a nommé ainsi « le bleu Asse ». Un bleu unique dont personne ne sait vraiment d'où il vient. À chaque fois qu'on lui demande, elle répond que c'est son secret, reconnaît Florence Camarroque, réalisatrice du film Geneviève Asse, entre ciel et mer : "Une ligne d'horizon entre le ciel et la mer, c'est son univers"




Elle fut d'abord attirée par la nature morte puis s'est éloignée du figuratif au profit de l'espace, de l'étendue. Ses recherches vont de l'opacité à la transparence. Cette couleur tant vécue de l'intérieur, d'une rare intensité dans sa longévité, et son engagement, sa foi, s'est emparée d'elle, comme elle, qui vivait dans cette couleur, celle du ciel et de la mer de la Bretagne. Élément sacré, cette couleur, la sienne, est à mon sens, bien plus "éternisée"que le bleu de Klein, dont on a fait un pataquès pas possible (surtout dans les écoles d'art) Le bleu Asse parcourt de multiples bleus. J'ai la chance de vivre aussi dans ce bleu, celui de mes fenêtres, comme elle, j'ai repeint tous les murs en blanc, comme elle, je ne peux rien accrocher au mur, ni même ne trouvera-t-on de miroir, ni une seule de mes œuvres, ou presque, pourtant j'ai fait des efforts, j'ai installé un miroir derrière une porte ;.) Un temps j'avais effectué des recherches pour les étudiants sur la fabrication de la couleur bleue, les pastels des teinturiers, les bleus de guède, le bleu Indigo... C'est passionnant, parfois ce que l'on recherche ne peut se transmettre, n'est pas accueilli, le climat n'est ni propice ni ouvert, ni serein. Alors la solitude, le retrait, le silence, rechercher en silence, c'est l'intériorité qui nous pousse à travailler, non plus pour être mis à mal et ostracisé sans cesse, mais pour soi, et pour nos proches, pour l'infime partie du monde qui nous a vu naître et continue de nous accompagner, notre famille, nos racines, toujours pour l'espoir d'un meilleur avenir.

Je partage l'idée que rien ne peut parasiter la pensée, lorsqu'elle se définit par l'alliance entre la main et l'esprit. Aussi, je pense que la vie d'artiste est emplie de solitude, de retranchement, peu le comprennent, surtout dans nos jours, où tout doit se faire en groupe, en collectif, il faut suivre toute rumeur, tout complot. Pourtant, il existe des artistes, dont on surprend comprendre, hélas tardivement, qu'ils et elles étaient aussi bénis par la lumière et la conviction d'être en retrait des roulements des vagues perpétuelles, et contemplatifs de l'écume qui s’efface chaque minute de la vie.

Son œuvre est un signe de sérénité, de sobriété aussi, mais tout de même, d'une grande générosité : donner sa vie au bleu, et jouer une partition singulière, accueillant parfois des points rouges ou des lignes blanches, ou bien couper la toile en deux pour laisser passer la lumière, comme on peut le voir dans ses vitraux bleus qui laissent passer des raies de lumières. J'aime beaucoup entendre que dans cette invitation au silence, se cache un tas de saletés remarquables, ses tubes, ses palettes, ses pinceaux, ce désordre bien réel, qui est celui de la vie d'artiste, d'où jailli une forme de perfection visible et à la fois impassible face à toutes les haines et les mauvaises ondes.

Il y a des artistes qui réalisent des œuvres bien différentes les unes des autres, qu'elles soient minimales ou baroques, somptueuses, ou silencieuses et parcimonieuses, multiples ou rares et précieuses ; parfois s'arrêter, ne rien produire, ne rien faire de beau, ni d'art, une année, deux années, et contempler, être présent au monde, c'est aussi cela, être artiste. De mon point de vue, je vis dans une économie de moyen quasi absolue et sans aucune attente, ni obéissance à quiconque. Je n'ai pas le sentiment de devoir, sauf le respect d'autrui et de soi. Je n'ai pas le sentiment de droit imposé par des communautés qui pensent dominer un territoire, en écrasant les plus vulnérables, par lâcheté, et les plus silencieux, les plus discrets, ou qui donnent des leçons de comment un, une artiste doit penser et vivre et produire et mériterait de recevoir des prix, d'avoir des droits à une culture d'entre-soi. Il existe des gens, dans nos contrées, qui vivent sans brandir de pancarte, car travailler chaque jour au meilleur, ne laisse pas de temps pour se plaindre, d'autres crient plus fort, sans entendre. Ceux-ci, celles-ci n'ont aucun article de presse, aucun média pour les accompagner, car ils et elles sont déjà des médiateurs, des médiatrices, dans leur vie de tous les jours, et avec, toutes les personnes rencontrées sur leur chemin de traverse. Parfois, les éléments naturels, le paysage, aussi urbain, donnent des leçons de catastrophes, que l'on ne peut éviter, et l'art ne peut rien, ni l'histoire que les hommes construisent, car parfois, pour une poignée, la volonté de liberté se remplace par la volonté de domination. Comme l'écrivait Camus, "les valeurs humaines ont été remplacées par les valeurs du mépris et de l’efficacité, on n'a plus raison parce qu’on a la justice et la générosité avec soi. On a raison parce qu’on réussit. Et plus on réussit, plus on a raison."  (Albert Camus, Franchise No 3, novembre – décembre 1946)  Des années et des années plus tard, pas tout à fait un siècle, mais presque, dans une société riche, qui se retrouve excessive et tente de faire des économies et de mieux distribuer à égalité sa production, on peut trouver une confusion des priorités, si ce n'est, une confusion de la pensée, se croire tout permis, entraîner les plus pauvres en justice, à la police, des artistes, des érudits, par ignorance toujours, en les insignant, sans même qu'ils n'aient les moyens d'être défendus ou d'avoir la parole une seule fois, parce que l'on croit avoir réussi, on croit avoir le pouvoir sur l'autre, (l'altérité), dont on pense qu'il ou elle n'est rien parce qu'il ou elle n'a rien, on pense alors avoir la justice et la police avec soi, en omettant toutes les étapes du droit, et bien avant, du dialogue, on pense avoir un accès direct à la loi pour soi seulement, mais pas pour les autres, on se croit légitime par l'accumulation de biens, on passe en force, et en agissant ainsi, on sème la terreur (et le texte inédit de Camus analyse cette notion à l'aune de l'inertie) ; on perd ce qui faisait de nous des êtres humains. Il faut rester vigilant, aux uns, unes et aux autres qui s'égarent sur ces chemins (de réussite) si tentants, fussent-ils pour une communauté, un groupe, une idée, qui s'avèrent, avec le temps, et par répétition, de petites armes destructrices contre toutes les parties invisibles de notre humble condition humaine, si tendre.

Parfois le bleu s'éternise. Et le silence demeure.


dimanche 8 août 2021

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J'écrivais un article le 23 octobre 2020, nommé, Grâce, (❡ґâ¢℮), sur le peintre et sculpteur britannique de l'époque victorienne Frederic baron Leighton, (1830 -1896) Et c'est grâce à sa June flamboyante (Flaming June) réalisée en 1895, que j'avais effectué quelques recherches... Elle fut peinte à l'huile sur une toile carrée de 120× 120 cm, et est considérée comme le chef-d’œuvre de Leighton. La femme représentée est certainement une nymphe endormie, une naïade. Le tissu transparent orangé de la femme nonchalante, offerte au regard, montre le réalisme de la figure, et le coucher de soleil éclatant et blanc en arrière-plan, brille, comme de l'or blanc ou du sable irisé. C'est l'été et un tableau de bois sculpté de feuilles et de fruits ou fleurs s'offre également  à mon regard, où se trouve la petite June reproduite. Le soleil vient juste de se cacher à cet instant et laisse quelques gouttes d'un nuage gris bleuté saupoudrer le tableau. La brocanteuse se dépêche de tout emballer et m'offre quasiment le tableau, le bois est bien travaillé me dit-elle, c'est juste pour cela... Elle ne connaissait donc pas, ni le peintre, ni cette peinture reproduite. Mais ne serait-elle pas La belle au bois dormant ? Serait-ce Carabosse l'ayant plongée dans un sommeil profond sur les pavés aux pieds de la cathédrale Saint-Étienne ? Je la porta délicatement et le soleil poussa gentiment les nuages, avant de laisser tomber une franche averse, nous chassant sous les arbres admirer ce paysage incroyable et lumineux de l'éclaircie. Sous mon bras, June bien encadrée, j'imaginais laisser le prince venir la réveiller à son retour. Quel bel hasard, pour un bel été ! Peindre n'est parfois plus nécessaire, lorsque l'on chine avec une robe vintage postimpressionniste... J'ai trouvé un oiseau à 50 centimes, une enfant me dit que je peux donner même ce que je veux, je trouve 1 euros, c'est tout ce que j'ai. Qu'il était étrange ce faucon de bois orné de laiton et de nacre, une antiquité. Mais il y avait une peinture turquoise sur le bois, j'ai remarqué tout de suite que quelque chose clochait. J'ai demandé où avait-elle trouvé cet oiseau ? Elle m'a dit : Oh ! Dans un château ! L'air de ne pas y penser, que cela n'était guère intéressant. Un petit nettoyage magique, tel l'Aladin dans le conte des Mille et Une Nuits et sa lampe merveilleuse... Et voici que mon petit faucon de bois devient un bijou. Il faut un peu de temps, un travail consciencieux. D'autres oiseaux, sans bois mais à plumes, se demandaient si je n'allais pas réussir à le faire voler. Puis, il s'est mis à me dire quelque chose...  Avec les bijoux du Sahara, j'écrivais une nouvelle partition d'un recueil anonyme de contes populaires d'origine persane, indienne et arabe, les Mille et Une Nuits, sont autant de nuits où je pense à toi.



Photographies © Sonia Marques

mardi 18 mai 2021

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Si la peinture m'était contée ?

Elle se trouverait au détour d'une cabane, en dessous d'une feuille de l'arbre vert, sur les plumes du mâle ou de la femelle d'un oiseau exotique, sur l'eau diluée d'un portrait comme une aquarelle du mois de mai, sur le bleu cyan d'un regard qui en dit long... Elle serait la symbiose d'une mémoire sensorielle, elle serait mes souvenirs avec les êtres chers, la ballade avec le soleil et l'amoureux, l'inquiétude de l'orage, le bonheur qu'il éclate, les gouttes de pluie et l'averse sur nos pieds nus, en connexion sans le Wifi ni le Bluetooth, en télépathie avec l'abeille, le miel de notre cœur...










Photographies et peinture © Sonia Marques

Si la peinture m'était contée ?

Il n'y aurait plus de tableau, plus de Musée, plus de muse, plus de pinceau, juste l'éclat du trait de génie, la trace de son passage au gré du vent et de sa bise discrète... Et les yeux fermés, contempler la peinture ainsi faite.

dimanche 16 mai 2021

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Illustrations © Sonia Marques

lundi 26 avril 2021

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Super Lune Rose (mardi 27 avril 2021 - 3h31)
Peinture © Sonia Marques

jeudi 18 février 2021

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Gabriel Cornelius Ritter von Maxest un peintre austrichien (1840 – 1915).  Ces thèmes picturaux sont l’anthropologie, la parapsychologie et le mysticisme. Il fait partie de l’école de Munich. Darwiniste convaincu, il observe régulièrement des singes qu’il garde chez lui et qui lui servent aussi de modèle.

samedi 6 février 2021

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Leonor Fini, est une artiste née à Buenos Aires (Argentine) (1908-1996) peintre surréaliste, graveuse, lithographe, décoratrice de théâtre et écrivaine française d'origine italienne. La page Wikipédia qui lui est dédiée, est assez complète




André Pieyre de Mandiargues garda de sa relation avec Leonor Fini le souvenir d’une femme passionnée et d’une artiste entière : «Une de ces rares femmes extraordinaires dont la rencontre me paraît essentielle, sinon déterminante, pour tout homme». L’écrivain savait de quoi il parlait. Il rencontra Leonor Fini en janvier 1931 à Paris ; ils s’installèrent ensemble au printemps de l’année suivante, et s’ils se quittèrent un temps en 1937, ils se sont bien vite retrouvés. Une amitié amoureuse les tiendra très proches jusqu’à la brouille définitive de 1951, suite au mariage d’André Pieyre. Les deux artistes côtoyaient le même monde intellectuel, notamment le cercle surréaliste avec Max Ernst, Giorgio De Chirico, Paul Éluard, Victor Brauner, Max Jacob ou encore l’Italien Filippo De Pisis, qui avait aidé sa compatriote lors de son arrivée à Paris, à 23 ans, en l’introduisant dans les salons de Robert de Montesquiou et d’Anna de Noailles. Mais Leonor Fini, indépendante de caractère, ne fit jamais partie du groupe des surréalistes. André Breton la garda à l’écart, goûtant peu ses contacts avec la société mondaine et avec le monde de la mode, qu’il jugeait trop futiles. Cela n’empêcha pas Leonor de connaître une riche carrière faite de peintures, de livres illustrés, de décors et costumes de théâtre. Celle-ci débute en décembre 1932 avec une première exposition à la galerie parisienne Bonjean, dirigée par Christian Dior. Son marchand, Julien Levy, lui permet en 1936 de traverser l’Atlantique avec à la clé une exposition à New York partagée avec Max Ernst. La peintre est désormais célèbre en France comme à l’étranger, grâce à ses portraits, mais aussi à ses toiles oniriques mettant en scène des femmes déguisées, travesties, se battant ou rêvant dans un univers où l’érotisme n’est jamais absent. Des œuvres qui font écho à sa vie et au personnage qu’elle s’est créé. Très théâtrale, elle se teignait souvent les cheveux de toutes les couleurs possibles, aimait faire son entrée dans les soirées mondaines habillée en homme, avec ses grandes bottes blanches. Une habitude prise dès l’enfance puisque sa mère, s’étant enfuie de Buenos Aires à Trieste pour échapper à son mari, l’habillait en garçon afin de dissimuler la petite fille à son père, qui voulait la récupérer. Certaines de ses œuvres ont à l’époque scandalisé les critiques artistiques du Daily Mail, qui voyaient dans ces œuvres des gifles au visage de la décence…

(extrait de La gazette Drouot)








Superbes !

*


Autre artiste surréaliste, une magicienne :


Ithell Colquhoun, photographiée par Man Ray (1932)


Ithell Colquhoun
, née le 9 octobre 1906 à Shillong, au Meghalaya (Inde) et décédée le 11 avril 1988 en Angleterre, est une peintre et femme de lettres surréaliste britannique. Des années 1930 à sa mort, son œuvre a été largement exposée en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Ses illustrations de cartes de taro, sont très belles.

http://www.ithellcolquhoun.co.uk/

Colquhoun_taro_cards.jpg


Ithell Colquhoun voit le dessein divin de la nature infusé à travers tous les êtres vivants. Les formations rocheuses, les souches d'arbres et les légumes se transforment pour devenir des membres humains et des parties du corps. L'artiste a toujours eu un amour pour l'eau et un intérêt pour les profondeurs de sens trouvées sur le site des espaces liminaux. Au début de sa carrière, elle a inclus des portes, des fenêtres et des escaliers dans ses peintures et a parfois représenté la figure humaine. Plus tard, lorsque l'œuvre de Colquhoun atteignit sa maturité, elle se tourna entièrement vers la nature; elle a rejeté la figuration et répété des sujets terreux tels que les volcans, les grottes et les bassins rocheux. Elle a paradoxalement exploré les thèmes de l'ambiguïté, de l'instabilité et de l'union. Avec de fortes tendances alchimiques, Colquhoun a cherché à combiner la terre et la mer, la matière fluide et solide, et le mâle et la femelle. Elle a été particulièrement influencée parLes «présences fantasmatiques» de Salvador Dalí et ses images agrandies de la flore suscitent des comparaisons intéressantes avec celles de Georgia O'Keeffe . Presque entièrement autodidacte, l'artiste a passé des années à travailler à Londres où elle s'est associée aux surréalistes, mais par qui elle a également été qualifiée de dissidente en raison de sa forte croyance en l'occulte. Colquhoun s'est installée dans les Cornouailles isolées où elle pouvait trouver une inspiration appropriée dans la nature et s'éloigner des gens.

jeudi 4 février 2021

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Peinture © Sonia Marques

À la veille de ne jamais partir



Na véspera de não partir nunca

Ao menos não há que arrumar malas

Nem que fazer planos em papel,

Com acompanhamento involuntário de esquecimentos,

Para o partir ainda livre do dia seguinte.

Não há que fazer nada

Na véspera de não partir nunca.

Grande sossego de já não haver sequer de que ter sossego!

Grande tranqüilidade a que nem sabe encolher ombros

Por isto tudo, ter pensado o tudo

É o ter chegado deliberadamente a nada.

Grande alegria de não ter precisão de ser alegre,

Como uma oportunidade virada do avesso.

Há quantas vezes vivo

A vida vegetativa do pensamento!

Todos os dias sine linea

Sossego, sim, sossego...

Grande tranqüilidade...

Que repouso, depois de tantas viagens, físicas e psíquicas!

Que prazer olhar para as malas fítando como para nada!

Dormita, alma, dormita!

Aproveita, dormita!

Dormita!

É pouco o tempo que tens! Dormita!

É a véspera de não partir nunca!

 

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Poesias de Álvaro de Campos.  

Ática, Lisboa, 1944


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À la veille de ne jamais partir

du moins n’est-il besoin de faire sa valise

ou de jeter des plans sur le papier,

avec tout le cortège involontaire des oublis

pour le départ encore disponible du lendemain.

Le seul travail, c’est de ne rien faire

à la veille de ne jamais partir.

Quel grand repos de n’avoir même pas de quoi avoir à se reposer !

Grande tranquillité, pour qui ne sait même pas hausser les épaules

devant tout cela, d’avoir pensé le tout

et d’avoir de propos délibéré atteint le rien.

Grande joie de n’avoir pas besoin d’être joyeux,

ainsi qu’une occasion retournée à l’envers.

Que de fois il m’advient de vivre

de la vie végétative de la pensée !

Tous les jours, sine linea,

Repos, oui, repos...

Grande tranquillité...

Quelle paix, après tant de voyages, physiques et psychiques !

Quel plaisir de regarder les bagages comme si l’on fixait le néant !

Sommeil, âme, sommeille !

Profite, sommeille !

Sommeille !

Il est court, le temps qui te reste ! Sommeille !

C’est la veille de ne jamais partir !


+

mercredi 3 février 2021

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Échantillon de paysage © Sonia Marques

dimanche 24 janvier 2021

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Echo et Narcisse
du peintre John William Waterhouse (1903) Huile sur Toile > 109.2 x 189.2 cm

Ce tableau de 1903 de John William Waterhouse (1849- 1917) s'appuie sur le poème « Echo et Narcisse » d’Ovide que l’on retrouve dans ses célèbres Métamorphoses.

Je pensais à Écho, ce soir, et la nymphe Écho... En fait je pensais au syndrome d'Echo, tout s’échafaude et je me dis à l'instant que je vais faire l'effort de cristalliser ma pensée. Elle est mouvante donc elle ne sera plus qu'un écho demain. Et là, elle est émouvante. Je voyais mon pays comme pris dans un syndrome d'Écho... Plusieurs éléments, je ne saurai les décrire, des faits divers, des lois votées, des ratés, des voix oubliées, inaudibles, des échos sur l'eau, qui disparaissent. Demain le consentement de la sexualité a été voté au Sénat à 13 ans, sans même la voix des enfants, mais cela a été voté, et on leurs dit surtout : taisez-vous, ne dites rien. Un enfant, qui ne dit rien consent aux lois des adultes, c'est le vote d'une permission au viol, autant le dire, car que sait un enfant de la sexualité à 13 ans ? Ni même après. Rien. Aimer oui, mais aimer tout entier. Et ne reste que l'écho, cela se répète à l'infini. L'âge est répété comme une limite, à partir de laquelle, l'enfant ne serait plus protégé par la loi des hommes. Pourquoi la sexualité entre en jeu à cet âge, et qui a décidé de cette limite ? Les adultes, seulement les adultes, selon leur fantasme. Un enfant de 12 ans, peut ignorer la sexualité, ne pas la côtoyer, mais dès qu'il a 13 ans, la loi, dans mon pays lui impose la pression des adultes, l'enfant doit y consentir, sans que jamais, ces adultes ne l'entende, ni ne puisse le croire, à 13 ans, il ne sera plus cru, et d'ailleurs, il sera voué au silence.

Alors comme un enfant, je lisais l'histoire de la nymphe Écho, un récit dédié pour les enfants, dans une encyclopédie plus simplifiée, qui résume l'histoire :

Dans la mythologie grecque, Écho est le nom d’une nymphe. Elle est l'héroïne de plusieurs mythes différents.Zeus lui demande de détourner l'attention de sa femme Héra, en lui parlant sans cesse. Pendant ce temps Zeus peut se livrer à des « aventures amoureuses ». Héra, jalouse, comprend la tromperie et lance une malédiction sur Écho. Désormais, celle-ci ne peut plus parler la première, mais doit se contenter de répéter ce que les autres ont dit avant elle. Dans un autre mythe, Écho rencontre Narcisse et en tombe amoureuse ; mais Narcisse, qui n’aime que son reflet, ne répond pas à son amour. De chagrin, la nymphe se retire dans une grotte. Comme elle ne se nourrit plus, elle finit par s’évaporer ; il ne reste d’elle que sa voix qui, toujours soumise à la malédiction d'Héra, répète sans cesse les dernières syllabes que l'on prononce. Dans un autre mythe, Écho, reste indifférente à l'amour que lui porte le dieu Pan. Celui-ci furieux la fait mettre en pièces par des bergers. Il ne reste d'Écho que sa voix.


Dans le tableau du peintre britannique, John WIiliam Waterhouse, (un Préraphaélite) il représente la nymphe Echo regardant amoureusement Narcisse. Cette dernière se laisse dépérir suite au refus de Narcisse de s’abandonner à ses désirs. Elle est assise dans un tronc d’arbre et tourne la tête pour regarder le jeune homme. Narcisse est plongé dans l’observation de son propre reflet, passionné et incapable de détourner les yeux tellement il est épris de son image. Ce dernier désespéré de ne pas pouvoir s’embrasser et se toucher se laissera mourir. Et sur les bords de l’eau où il est décédé, poussa une Narcisse (la fleur).

Cette thématique est souvent représentée dans l'histoire de l'art. Ce que je trouve représentatif de notre moment, et les rois mages nous ont apporté beaucoup de cadeaux, il faut les développer tous, et j'avoue que ce n'est pas évident, il y a des indésirables, mais il faut mieux les considérer, c'est pour notre évolution. Nous avons reçu des images de croque-mitaines, et puis notre pays s'est empressé de voter une loi, pour sauver ses ogres et ogresses, en défaveur des victimes, dont, notre pays, pensait, qu'elles n'avaient pas droit à la parole, parce qu'elles ne pensaient pas, ou qu'elle n'avaient aucun ressenti. Alors il fallait écrire par-dessus, les mots qui décrivaient l'insoutenable tabou, de l'inceste aux viols sur enfants et adolescents. Dans ce tableau, je vois  deux générations qui ne se rencontrent pas. Il y a celles et ceux qui ont un miroir en face et tout le monde peut le voir aussi, c'est une sorte de presse quotidienne, de micro tendu... aux Narcisses. De l'autre il y a la génération vouée à répéter, et à n'entendre que son écho. Elle souhaiterait s'adresser à la première génération, mais celle-ci a voué son empire sur l'image qu'elle projette, et elle doit être belle, magnifiée. Ce qu'elle est. L'image est fascinante. Écho est une sorte de sœur, de frère, de voisin, de collègue, d'un parent éloigné, il ou elle est dans la confidence, de celui ou celle qui agit, qui peut agir et qui a le pouvoir. C'est une sorte de témoin, il voit tout, mais ne dit rien, pire, il ne peut rien dire. Pendant que celles et ceux qui ont le pouvoir, les grands Zeus, font leurs affaires, en cachette, Echo devient un ustensile afin de détourner le regard d'autrui des manigances des grands Zeus, des gens de pouvoir. Pour cela, elle a reçu l'ordre de faire du "buzzz", de générer des rumeurs, de détourner l'attention, en monopolisant l'audience, toute personne qui pourrait voir ce qui dérange. Les grands Zeus sont tranquilles quand Echo répète, et brouille les esprits. Puis elle tombe amoureuse de ces Narcisses qui se mirent sans cesse, ils ne la voient pas, et ne voient que leur image, autant dire : ils en font des caisses. Si Écho disparaît, sa voix reste, son écho, elle répète, et cela gène énormément. Entendre toujours la même rengaine, c'est comme si une génération répétait sans cesse les viols qu'elle subissait et que l'autre génération ne pouvait comprendre le sens, trop occupée à se regarder sans cesse, et même très agacée par cette génération et ses voix sans cesse qui répètent la même chose.

Et je reliais ceci au syndrome d'Écho, cette disproportion parfois pathologique où la confiance en soi est brisée, à tel point, que des personnes atteintes de ce syndrome sont influencées par une figure narcissique dans leur entourage et elles ne prennent plus soin d'elles. Elles utilisent leur énergie pour nourrir émotionnellement les autres. Ce syndrome arrive à point pour le moment que j'observe, dans lequel, notre pays s'embrouille, c'est une fracture de l'estime de soi. Echo répète tout ce qu'elle entend, toutes les conversations, tous les faits divers, elle connaît l'actualité par cœur. Elle est connectée sur ce que racontent, comme récits, les médias. Echo symbolise cette lutte et cet épuisement, quotidien, pour résister et faire entendre sa voix, dans un monde qui ne l'entend pas. Elle lutte pour être visibilisée, mais dans son entourage, une personne, un groupe, ont une présence narcissique, on parle aussi d'échoïsme... Une partie de la population se sent oppressée, et conditionnée par une figure narcissique. On retrouve chez ces personnes un caractère sensible et affectueux, des émotions fortes si elles se trouvent au centre de l'attention, un grand malaise, car elles craignent d’exprimer leurs besoins et font passer en priorité ceux des autres. Je pense à une génération qui s'est sans arrêt soumise à une autre à son pouvoir (pouvoir économique, emploi, vie amoureuse, affective, partenaires multiples et excès, addictions...) Cette génération passive, en raison des pressions de l'autre, habitée par le narcissisme, pourrait se résumer au désir de parler d'elle, de soi, à des personnes égoïstes habituées, voir conditionnées à ne parler que d'elles. Une société entière a fabriqué des outils de médiations pour des narcisses, alors que cette société a enfanté des Échos qui ne parviennent à exprimer leur besoin, et aussi leur limite.

Ainsi, leur impose-t-on des limites d'âges, sans même leur demander leur avis, ce qu'ils et elles ressentent. Et puis, ils et elles n'ont de voix que leur échos.

Dans le mythe de la nymphe Écho, celle-ci s'enfonce dans une profonde tristesse. Elle est rejetée, et c'est d'autant plus douloureux, qu'elle perd sa voix. Dans le syndrome d'Écho, rencontrer une personne narcissique, un temps, annule sa propre voix, l'écrase totalement, et on peut se trouver retourner dans une caverne, se réfugier quelque part, ce peut être sur un Mont, en hauteur, où dans un terrier, sous terre, ou, tout simplement, entre quatre murs, confinés. C'est un peu comme devenir un animal, se nourrir comme un animal, se vêtir à peine et toujours de même et dormir avec ses peaux de bêtes. Sentir comme un animal qui bouge sans cesse sa truffe, incapable de parole, mais qui sent tout. Une pure sensibilité, à fleur de peau. Ce moment est paradoxalement un moment où l'écoute et l'empathie sont à leur paroxysme. Mais il est impossible de pouvoir exprimer ses propres besoins aux autres. Dans ces moments, le manque d'initiative est très flagrant, afin de ne pas gêner celles et ceux, au devant de la scène. Ce qui encoure, c'est de décliner tout projet, et d'être laissé de côté, voir d'être nié. C'est aussi, comme Écho, une forme de disparition, mais en toute conscience. L'effet conflictuel le plus saisissant est l'abdication face à cette pression égocentrique, surdimensionnée :
Si ces Échos, veulent être sûr d'elles et recevoir un minimum d'affection, elle s'imposent de demander le moins possible d'attention, et, de donner tout ce qu'elles peuvent. L'apprentissage d'Écho, de ces personnes, que j'imagine être une génération entière, c'est l'habilité à vivre dans le silence, elles apprennent à ne plus avoir de voix, d'ailleurs elles ne votent plus, elles apprennent à ne pas gêner dès leurs plus jeune âge. Et on peut observer qu'on leur donne des limites pour la sexualité, on légifère sur leurs corps même, et elles doivent obtempérer, autant dire : elles n'ont pas le choix. Les narcisses, avec l'autre génération, au pouvoir, ont alors, tous les moyens pour déployer des ruses à l'infini, contourner même les lois qu'ils définissent, et travestir la vérité, s'il y en a une. Il n'y en a plus. Disons que la véracité des propos d'une génération entière vouée à répondre aux besoins d'une autre au pouvoir, est, elle-même, décrite comme une affabulation, ou un écho, qui ne fait pas autorité.

Est-ce qu'il y a une fenêtre ou que des miroirs ? Oui. La fenêtre entre-ouverte de cette tension entre deux générations qui ne s'écoutent plus, est l'apprentissage que l'échoïsme voué à répétition, ne doit pas répéter tout ce qu'on lui dit, ni les comportements mirés dans l'eau, le miroir. Il est question là, de dignité, d'arriver à exprimer ses besoins, regagner une confiance en soi, sans copier ces grands verbeux ni avoir besoin de son reflet pour comprendre sa propre valeur. Il ne faut pas oublier que les narcisses ont une sanction inéluctable : ils et elles se noient dans leur reflet.

Quand je regarde un peu le bruit (parce qu'un bruit peut aussi se voir, mais pas s'entendre), et que je me retrouve anéantie par celui-ci, en reprenant mes rituels matériels et sans reflet aucun, je vois de loin que ce bruit se noie. Et j'oublie, j'oublie le bruit d'hier, même s'il était bien plus fort que celui de la semaine passée, et qu'il fallait rentrer dans son petit ermitage, dépoussiérer sa propre grotte, afin de voyager plus léger, comme dans Le Loup des steppes du roman de Hermann Hesse. De toutes façons, rien ne sert de courir, il faut partir à point, de cette morale ouvrant la fable, Le lièvre et la tortue, de La Fontaine.
Bref, partagés entre se couper de tout et restés connectés, lire qu'aucune guerre n'est déclarée, et qu'un virus a pris le pouvoir, sans qu'on puisse rien y faire, et pourtant le voir faire reste un supplice, reléguant tout accessoire au placard et introspectant l'essentiel en priorité, dans une inertie nouvelle, et des empilements procrastinés. Faire bonne figure ne dure qu'un temps, même si les narcisses, on les aime sur l'eau, flottant comme des bouddhas silencieux qui cachent une profondeur crasseuse et peut-être dégoutante.

Nous vivons ceci : hâtez-vous lentement. Et c'est très fatiguant de ne rien faire. Et quelle torture de ne pouvoir gagner en vitesse, mais quel bonheur retrouvé de savoir n'avoir rien précipité, pour rien. Je fais partie de cette génération, dont on a confiné la parole, et dont on pense qu'elle a disparu dans une grotte.

Les parois de la grotte sont tapissées de dessins et de mots, indéchiffrables pour les Narcisses. Point de miroirs sur les murs, c'est à la bougie que l'on dîne et au rayon de soleil que l'on hume. L'humeur est changeante, et c'est la fuite des idées que l'on voit défiler, sans pouvoir, jamais en attraper une. Parfois un éclat, celui du miroir brisé, dont on a oublié les effets.

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