bmk

blog m kiwaïda

Tag - bleu

Fil des billets

vendredi 6 juillet 2018

ṧ◎¢ḯéтé ℘﹩¥ḉнøTiⓠʊ℮

P.jpg

Image du film français réalisé par Quentin Dupieux : Au poste ! , sorti en 2018.
Synopsis : Le commissaire Buron est chargé d'enquêter sur le meurtre d'un homme retrouvé gisant dans son sang par Fugain. Celui-ci est logiquement considéré comme le principal suspect, s'en suit alors un interrogatoire qui va durer toute la nuit.

Au-delà du référencement ou du côté absurde souvent décrit pour ce film, Au poste ! révèle une société psychotique. De situations administrativement considérées comme normales, le sens a perdu la tête, ou la tête a perdu le sens. Nous sommes témoins d'une situation normée, et notre expérience en société, nous a prouvé combien celle-ci, même dans des dialogues ou échanges presque banals, pouvait devenir psychotique. Le comique intellectuel de la scène, de cet entretien, émaillé de petites incursions surréalistes (parfois avec des effets spéciaux, comme l'absence d'un œil, joyaux de notre réalité virtuelle et si manifeste) se joue dans le pire de notre réalité : l'ennui. Cet art de l'ennui (j'avais publié un écrit philosophique sur l'art de bailler sa vie) s'écoule dans des vies ordinaires et le commissaire Buron le dira souvent : quel ennui que votre vie, en s'adressant à l'homme qui décrit ses journées, car c'est tout ce qu'il y a de plus normal, il ne se passe rien, rien d'excitant. Sauf, que dans tout ce qui semble normal, la psychose s'installe progressivement et l'homme interrogé, Monsieur Fugain, tente de rester lucide et clairvoyant, et même innocent. Cette innocence sera mise en abîme dans une scène théâtrale finale, et cette mise en boîte, désignera cet innocent, comme le con, du dîner de con. Ce parfait homme normal (comme notre ancien président avait tenté de jouer ce rôle), se transforme peu à peu en manipulé et idiot, juste un acteur auquel "on" a désigné un rôle à jouer, dans une pièce de théâtre qu'il ignore, et non pas dans un commissariat de police, convoqué pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Cet acteur de la pièce de théâtre qui s'ignore n'a jamais répété son texte et ne le connait pas. C'est le bleu en quelque sorte, bien que ce film soit volontairement de couleur beige, mais ne nous égarons pas.

> Un bleu est une personne nouvellement arrivée dans une organisation (armée, police...). Elle garde souvent ce titre jusqu'à sa complète intégration. Un bleu, est une expression française dont les origines remontent au début du XIXème siècle qui viendrait du milieu de l’armée et des militaires où le bleu serait une jeune recrue sans expérience et ce vu sa tenue de circonstance qui serait de cette couleur.

Ce que j'ai trouvé d'évident, dans ce film, c'est l'expression d'une société psychotique. La psychose est une défaillance dans la mise en place de l'altérité, présente chez l'humain mais aussi dans la société, dans des systèmes, des structures. La psychanalyse tente de prendre soin des humains entraînés dans le vacillement mortifère de la défaillance et de l'altérité. Mais lorsqu'une société est psychotique, on peut difficilement discerner le réel de la fiction. Et ce film est exactement dans cette lisière là, car elle rivalise avec le documentaire, tout en restant une fiction. Dans des sociétés de dictature ou des structures tyranniques, chez les théocrates, les formes politiques produites promeuvent la domination en visant l'abolition du sujet. Ainsi la psychanalyse représente un danger pour ces systèmes. On peut espérer que les structures psychotiques collectives peuvent être combattues par la démocratie et la lutte des idées, mais aujourd'hui, dans notre situation démocratique, où la corruption s'est hissée au pouvoir, comment lutter ?

Monsieur Fugain représente chacun de nous. Il joue dans une pièce de théâtre mais il ne le sait pas. On lui a attribué un rôle, mais il ignore tout. Il est accusé d'office et est convoqué. Toute son existence ne tient qu'à démontrer, d'une part, qu'il existe vraiment (mais dans une pièce de théâtre déjà organisée, pas facile), donc que c'est un sujet, et d'autre part, qu'il est innocent pour le crime dont il est accusé. Il devient donc un objet, et perd sa qualité de sujet. Le film ingénieux nous disposera, en transfert, dans ce personnage, le bleu, qui passe son temps à décrire le fil de sa vie, sans aucune analyse ni pathos, avec des faits très plausibles, et d'une platitude remarquable (fermer ou ouvrir une porte, aller acheter des chips, regarder un documentaire très intéressant-ennuyant sur les chevaux...), sans jamais analyser ces faits. Sans aucune psychanalyse donc. Ainsi, dans notre siège de bleu, nous arrivons au final, à notre siège de spectateur d'un théâtre, notre siège au cinéma. Ce Monsieur Fugain symbolise le monsieur Tout le monde vivant dans une société psychotique :  il vit une existence suspendue, comparable à un état de pétrification, d’hibernation à l’intérieur d’une carapace autistique. Il ne peut expliquer ce qu'il voit, ce qu'il vit, ce qu'il se passe, car il se passe des choses surréalistes (un inspecteur de police se tue lui-même, et est disposé dans un placard) à double sens, car pas si surréalistes, mais bien réelles (dans le film) Cette scène symbolise le réel (un inspecteur "placardisé", mis à l'écart dont on a ôté progressivement ses prérogatives et responsabilités) On pourrait même étirer l'illustration, en imaginant, que tout administratif, serait placardisé, de nos jours, dans une incapacité totale d'exercer sa fonction, ses missions et même de l'exprimer. Un grand blank organisé, dont les actions doivent volontairement effacer tout indice suspect, pouvant révéler cette impuissance.

Dans ce film, les victimes se tuent toutes seules. Qu'est-ce que cela veut dire ? Mais de façon différentes : le cadavre s'avère, non pas avoir été tué, mais il est mort par une "explosion interne" décrite par les 2 policiers dans un moment absurde d'interprétation médicale, assez cocasse. L'un des policiers va lui-même se tuer par accident, aussi cocasse, mais tout aussi plausible, tant la dextérité au préalable de ce policier à manier une équerre nous alerte de sa maladresse angoissante, tout comme sa débilité est sidérante et ses raisonnements crédibles de folie. Le fils du commissaire, dans une banale conversation de quelques mots, apprend à son père, sa volonté de se tuer, mettre fin à ses jours. Ce passage est symptomatique de la surdité des autorités (ici un parent) face à la souffrance des plus jeunes, mais surtout de la banalisation de la violence, du mal. Tous ces phénomènes, ces personnes meurent seules mais cette société tente encore de trouver des coupables ou, avec de faibles moyens (techniques et humains, intelligence médiocre), elle tente de se déculpabiliser et de déplacer la cause, faute de pouvoir l'analyser.

Cette société décrite par le truchement d'un seul face à face, d'un interrogatoire, remet en perspective le nombre d'interrogatoires que l'on subit, de nos jours, sans être dans un commissariat de police. Dans toute administration, ou même une famille, ou tout lieu public ou privé, une école, la rue, que sais-je, nous subissons des interrogatoires absurdes, des formes de suspicions, qui n'ont d'autres objectifs que de nous transformer en paranoïaque du quotidien, pris en otage et tiraillés entre un état d'urgence et l'exclusion de tout étranger, ou étrangeté (fermer la porte) d'un côté, - se taire, se terrer -, et de l'autre, avec ce devoir devenu de l'expression pour la liberté obligatoire (ouvrir la porte), - dénoncer, dire - afin de cliver le sujet, et qu'il ne trouve que cette position de pétrification décrite, de sidération, d'hibernation (au choix !) La confiance pourrait définitivement disparaître et les expressions humaines, nous transformer en inspecteurs, telles celles du commissaire Buron, celui qui est là pour douter constamment, se méfier, mais en réalité, il n'aspire qu'à rentrer chez lui, comme tous, et vivre sa vie banale.

L’interprétation du policier placardisé est magistrale et inattendue. C'est une incursion au pays de Magritte, du Ceci n'est pas une pipe. Car, dans ce film : Ceci n'est pas un œil. Après avoir côtoyé quelques minutes, ce personnage, nous, en le regardant dans les yeux, ce policier qui "doit garder un œil sur l'accusé, nous ne parvenons pas à nous accoutumer de cette absence surnaturelle, de cet œil. Même dans ce détail, nous devrions, comme l'accusé, garder l’innocence de notre croyance en notre monde réel, nos habitudes rétiniennes... mais nous ne réussissons pas à déterminer la gêne occasionnée par la vision de ce cyclope, de cet handicapé (mental ? physique ?) C'est que l'absence de l’œil est un simple effacement par effet spécial cinématographique. Cela ressemble aux débuts des arts numériques où n'importe quel gugusse qui savait une seule fonction du logiciel Photoshop, pouvait se réclamer artiste contemporain, car personne ne savait encore cliquer, période du Président Chirac.

Petite aparté explicative historique :

Pendant l’hiver 1996, Jacques Chirac visite l’espace de recherche grand public de la Bibliothèque nationale de France (BnF). La perplexité du président de la République pendant la démonstration qui lui est faite, sur un ordinateur, des usages permis par Internet n’échappe pas aux journalistes présents sur place. À un moment, Jacques Chirac interrompt l’explication technique d’un spécialiste pour demander : «  La souris ? Qu’est-ce qu’on appelle la souris ? » La séquence, diffusée au journal télévisé de France 2, sera vite reprise par les Guignols de l’info, qui immortaliseront la formule du « mulot » pour moquer l’ignorance totale du président de la République en matière d’informatique.

Et cet effacement devient symptomatique de notre effort à "bien voir" ce personnage, car on ne peut que "mal" le voir. Dans notre réel, nous connaissons ce type de personnage, d’ailleurs tous les types, ne sont que des stéréotypes de notre société. Celui-ci, c'est l'handicapé qui n'a pas eu besoin de concours pour rentrer dans la fonction d'état, car son père (dans la police) a falsifié les résultats de son concours raté. Sa petite amie est aussi dans la police, on peut penser là, que toute la famille, s'est invitée dans la police. Ces rouages administratifs sont là bien décrits, et nous les côtoyons, dans notre société où l'emploi est une priorité nationale, mais où il est impossible de trouver du travail, avec ces rouages bien connus. Ce personnage est aussi handicapé, mais le respect des handicapés impose aux collègues, de donner des tâches subalternes à ces employés particuliers. Le risque, dans notre société, c'est que ces employés, ont souvent des responsabilités importantes, et d'encadrement, ce qui entraîne des dérives non négligeables, et le film raconte une dérive incroyable. Le policier est tenu de garder un œil sur un accusé pour meurtre, le temps que le commissaire puisse partager un bref moment (de non communication totale) avec son fils (suicidaire), de pause sandwich, ce temps se transforme en démonstration de la folie. Cette responsabilité de surveillance sera mise à mal lorsqu'il perdra la vue, par un malencontreux accident, dû à son égo, représenté par le badge de la police (son insigne, la preuve qu'il est bien intégré, par son père) L'équerre est aussi l'arme ridicule, celle de l'écolier, de cet homme qui n'a pas grandi, dressée contre lui, contre tous. Nous avons là la démonstration du zèle d'une administration à la pointe de la technologie. Il y a des petits tours qui s'apprennent entre initiés, et non plus les bleus. Comme celui de brûler ses empreintes à l'aide d'un briquet. Tout innocent arrive à employer ces tactiques dans une société psychotique, tant la pathologie des accusateurs est impossible à qualifier (puisque sans psychanalyse)

Le Monsieur normal, comme le Président, efface ses traces, ses empruntes, pour éviter toute accusation. L'administration entière est employée à effacer les traces ou les transformer afin de trouver un coupable "idéal". Si la pression de l'opinion est trop forte, à l'aide de fausses rumeurs, de délits et d'abus de pouvoirs divers, des syndicats, chacun trouvera le coupable pour sauver sa peau et garder en poste ses copains, ses proches, sa famille.

Il est à noter la formidable interprétation des employés, tous des cas sociaux avec de grandes responsabilités, celui à la jambe qui boîte, et ce commissaire installé sur son siège bien au fond, les chaussures sur la table, comme bien assis sur son statut, sa fonction, intouchable, qui méprise Monsieur Fugain, lui si humain, car il n'est concentré que sur son ventre, son deuxième cerveau, il a faim, et tout semble s'opposer à ce besoin vital. C'est un motif, un "pattern", que l'on peut reconnaître, dans tout interlocuteur (à mettre au féminin également, en zappant l'écriture inclusive) que l'on rencontre dans une administration (école, police, hôpitaux...) exerçant un pouvoir par le siège. Le siège devient tout un symbole du pouvoir administratif.

Aujourd'hui, ne pas avoir de siège, est peut-être la chance la plus viable ? C'est aussi élever l'imagination au pouvoir, que de se retrouver à la place du "e", de La disparition (Roman de George Perec) Et quel défi ! Mais que terrifiante est cette analyse, que tous ces "e", ces lettres les plus utilisées, disparaissent, sans même que l'on puisse le voir, le comprendre, car le sens est celui d'une autre histoire que celle de la dispartion, d'un roman. Toutes ces personnes normales qui disparaissent dans une société psychotique qui s'administre plus qu'elle ne se pense, ne posent aucune question. La société répète l'extermination, sans le savoir, avec une forme d'innocence participative (Paris c'est la fête) et une inconscience déculpabilisante, pourvu que le siège soit encore confortable, et que l'on défende, de ce siège, la cause des migrants en réalisant des œuvres d'art exposées dans les vitrines capitalistes des hontes du siècle. Des indignités disparues.

On soumet aux penseurs l’hibernation, en ces temps de réchauffement climatique, car on oublie que chacun de nous pense. Nous pensons et pas seulement les penseurs dont on a attribué le rôle de penser médiatiquement notre monde et nos paysages. Pour finir cet article, je pense fondamentalement, que penser ne peut-être une action pleinement dévolue, que lorsque le retrait, un minimum de retrait, du flux des actions et pressions médiatiques et politiques, se réalise. Sa réalisation, n'est efficiente que si l'action de penser le monde, devient prioritaire, et de la manière, comme la manière de faire des mondes, la plus singulière qu'il soit, celle encore de l'être et de son ontologie, sa capacité d'être au monde.

Pour ma part, parfois ma pensée s'accroche à un film, une exposition, une situation, du réel, ou de la fiction, afin de développer ce qu'elle travaille. Je suis créatrice, donc, parfois encore, c'est dans l'acte de créer, par mes réalisations artistiques, que je devine ma pensée, à postériori, mais jamais par à priori. Ainsi, elle se diffuse aussi, par constellation, se rencontre-t-elle par hasard, et n'est nullement destinée aux penseurs. Il n'y a là aucun égarement mais une volonté de ne pas ignorer l'autre. J'ai l'intime conviction, que l'acte de penser appartient à chacun, et, dans ma vie quotidienne, je partage cet acte, sans en faire un sacre. En fait, sans badge de police aucun, juste en cheminant, de façon distraite.

mercredi 16 septembre 2015

ℯ✄☺☂їṧмℯ


Tianzhuo Chen au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)
Sous un ciel ensoleillé, visite des expositions finissantes du Palais de Tokyo, la nuit. Nous voici entre Pékin et Bangkok, plus précisément entre Londres et New-York... à Paris, in a dark. Jour de néons, de club, avec l'artiste chinois Tianzhuo Chen et ses installations psychédéliques transgenres, hallucinantes. L'installation de la performance qui a eu lieu au vernissage de l'exposition est filmée (une performance avec l'artiste et danseur Beio et le collectif parisien House of Drama), sur place, restaient les vestiges de quelque chose.



Ce sont les vidéos que je trouve les plus fascinantes (PICNIC, le trailer 19.53)




"19:53" Trailer, work by Tianzhuo Chen feat. Yico, Beio
Music by Yico, Written by Beio and Tianzhuo
Starring: Yico, Beio, Ylva Falk, RockDaniRoll, Nader, Han Yu, Danny Xin, Lynn Zidan, Nan Wang, Dope Girls.
Au début je me suis dis que c'était un remake du groupe de rap-rave sud-africain Die Antwoord, qui utilise 'le zef', un style de musique crash, un style post-gabber (gabber : musique électronique, sous techno hardcore, début des années 1990…) Mais sa culture graphique est bien plus riche, et peut-être que ce groupe fait partie de ses influences (?). Entre mode, graphisme et vidéo, performance, Tianzhuo Chen, pas encore trente ans, mêle activement des spectacles pour la mode et a passé quelques années à Londres pour ses études. Il dessine, est sous influence de la culture rave et aussi du hip-hop (Mykki Blanco, Zebra Katz …) Le côté gangster et sexy est assez présent avec celui du bizarre et complètement fou du spirituel, des idées religieuses remixées au tube d'effets spéciaux, mais un peu comme les début du vidéo-clip. Un régal.




Tianzhuo Chen au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)
Ses shows peuvent être controversés ou dégoutants. Tianzhuo Chen est bouddhiste. Sa vision du pique-nique est celle de l'illusion, de la méditation, de la religion, de la cérémonie, du culte, de la secte… Il parvient à rassembler autours de ses évènements fictions, parfois 500 fanatiques. S'il craint l'art conceptuel, ennuyeux, abstrait, c'est que la connexion avec le public est le plus important. Il cherche la sensation, l'émotion (que les personnes détestent ou adorent) Il dépoussière les stéréotypes de l'art chinois admissibles ici, dans une histoire mesurée (comme exposée au Musée Guimet, que j'aime beaucoup aussi, de l'autre côté du trottoir du 16e arrondissement de Paris) Il fait partie d'une scène underground en Chine. Sa formation en design graphisme et aux arts appliqués apporte cette transversalité. Ma première émotion ressemblait à celle de ma découverte des premiers films de l'artiste Matthew Barney, éprouvés en avant première lors d'une soirée nomade à la Fondation Cartier pour l'art contemporain (les Cremaster en 1994, nom du muscle qui contracte les testicules sous l’effet du froid ou de la peur et protège les spermatozoïdes des variations de température) Innovants dans le domaine artistique (corps, performance, clip) Il rivalisait avec le cinéma, avec des moyens de productions différents. Cela arrivait en même temps que la grande galette, le disque numérique où était gravé le film. Je me souviens, à Vancouver, en 1997, Rodney Graham, dans une minuscule galerie, nous montrait (nous devions être cinq personnes) aussi une galette dorée fièrement comme un objet précieux... numérique. C'était son film "Vexation Island" qu'il nous présentait avec tous les détails sur sa réalisation (avec hélicoptère...) À présent, c'est sur YouTube qu'un grand nombre a accès à cette œuvre filmique. Adieux la galette. Cela dit, je préfère nettement ce rendez-vous exceptionnel avec l'artiste et sa galette, même si démodée quelques années plus tard. Cela m'a permis de montrer son film, de transmettre ses intentions, plus finement.


Tianzhuo Chen au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)

Le Palais de Tokyo présente la première exposition personnelle en France de Tianzhuo Chen (né en 1985, à Beijing, il vit à Pékin en Chine), l’un des artistes les plus prometteurs de sa génération.
À travers une imagerie colorée, grotesque et kitsch, dominée par les références visuelles directes à la drogue, à la vague hip-hop queer, à la culture de la rave londonienne, au butoh japonais, au voguing new-yorkais et à l’univers de la mode, les œuvres de Tianzhuo Chen sont intimement liées au constat d’un effondrement des représentations morales et des croyances. Si les personnages mis en scène par Tianzhuo Chen revêtent un caractère d’étrange familiarité, c’est qu’ils reflètent, en l’exagérant, le ridicule de notre quotidien envahi par les images des célébrités de notre temps. Leurs faits et gestes composent une nouvelle mythologie, s’érigent en de nouveaux systèmes de croyances, dont les adeptes évoluent parfois en adorateurs aveugles. Pour son exposition au Palais de Tokyo, Tianzhuo Chen conçoit un ensemble d’œuvres inédites, dont une performance avec l’artiste et danseur Beio et le collectif parisien House of Drama. Mêlant peinture, dessin, installation, vidéo et performance, elles intègrent différentes symboliques religieuses à des éléments iconographiques empruntés à plusieurs subcultures urbaines communes à une jeunesse mondialisée.

Commissaire : Khairuddin Hori, directeur adjoint de la programmation artistique du Palais de Tokyo





SANKUANZ FALL/ WINTER 2014 COLLECTION is a collaboration of artist Tianzhuo Chen and fashion designer Zhe Shangguan.

Plus loin, une autre exposition au Palais de Tokyo, d'un artiste de la même génération, le plasticien thaïlandais Korakrit Arunanondchai, qui a grandi à Bangkok et vit aujourd’hui à New York. On écrit ici, qu'il a les cheveux longs teints en blond. La question des cheveux et de la couleur est liée à la peinture.


Korakrit Arunanondchai au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)
Son exposition «Painting With History in a Room Filled With People With Funny Names 3», est une salle immersive où je rentre baignée de couleurs parmi des personnages et des scènes de peinture du sol aux murs. Totale perdition, en quelle année sommes-nous ? Je me suis souvenue d'un ami designer styliste à L'École supérieure des arts appliqués Duperré, à Paris, étudiant qui composait ce genre de peinture, inspiré d'un Jackson Pollock, sur des jeans et des personnes différentes, métisses. Il avait conçu un défilé de mode avec une autre styliste allemande, qui ne parlait pas un mot de français. Un couple sensationnel, jouant avec la couleur de peau noire et le blond et associant leurs savoir-faire, avec lesquels, j'avais eu la chance de faire mes études et d'accompagner leur intégration dans la classe. Depuis l'animisme numérique s'est démocratisé et les inspirations exotiques de Korakrit Arunanondchai convoquent des avatars. Cette exposition me faisait penser à la représentation de la peinture depuis le Post-internet. Confondre les mannequins de peinture et les visiteurs, devenir soi-même un mannequin de peinture aux couleurs transformées par la lumière et les murs, nos cheveux, nos habits, la peau, tout change de couleur, se fondre dans une lumière rouge allongés sur d'immenses coussins tachetés afin de visionner une vidéo, visible sur le net, devenir cette série d'endives à lunettes avant d'être repeint par une trompe d'éléphant... Cave fantôme touristique.


Korakrit Arunanondchai au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)

«Je vis à New York depuis quelques années, et je me sens entouré par l’idée que nous sommes dans une ère post-humaine. On fonctionne comme des réseaux, plein de gens rêvent de devenir des machines. Quelle est la spiritualité des téléphones portables, des iPads, des objets technologiques qui peuplent notre quotidien ? C’est aussi ce genre de questions que je me pose.»


Korakrit Arunanondchai au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)
Apichatpong Weerasethakul, le réalisateur thaïlandais est une référence majeure pour l'artiste plasticien Korakrit Arunanondchai. (Au sol un morceau du poster du film Oncle Boonmee) Harry Bornstein est le musicien avec qui il travaille.
"2557" (Painting with history in a room filled with men with funny names 2)



Korakrit Arunanondchai au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)

« Painting with history in a room filled with people with funny names 3 » est l’épilogue d’une série d’œuvres élaborées au cours de ces quatre dernières années autour de l’apprentissage d’un peintre. À l’heure où le réel et la fiction fusionnent pour former la réalité, Korakrit Arunanondchai crée un personnage de peintre thaïlandais sur toile denim. Son autobiographie, la représentation construite de sa vie d’artiste, les réalités sociales de la Thaïlande et les phénomènes de globalisation sont ici mêlés pour former ce que l’artiste désigne comme un « palais de la mémoire ».
L’installation s’articule en deux parties. « Le Corps » est composé d’un grand body painting sur toile denim. Seule une vision en surplomb permettrait d’en voir l’ensemble. Il fonctionne comme un paysage et une scène pour le public. « L’Esprit » présente une vidéo comprenant l’échange entre l’artiste et Chantri - personnage principal invisible de la trilogie, qui incarne à la fois les spectateurs et la conscience de l’artiste et dont la voix est interprétée par Chutatip Arunanondchai.
Korakrit Arunanondchai s’intéresse au bouddhisme et à l’animisme thaïlandais, autant qu’à la culture populaire, la géopolitique et la technologie, afin d’interroger ce que signifie être un artiste aujourd’hui. Ce faisant, son travail célèbre la connectivité numérique, la fusion entre l’art et la vie, l’imagination et la réalité, la science et l’incorporel.
« Chantri, je crois que j’achève ma dernière peinture, viendras-tu la voir ? »

Ce texte a été écrit à partir d’une interview avec l’artiste.




Korakrit Arunanondchai au Palais de Tokyo (Photo : Sonia Marques)
Il y avait exposé l'artiste Jesper Just dont j'apprécie les vidéos (découverte il y a 2 ans à la galerie Perrotin, article ici sur mon blog) Un danois qui réalise des images d'une belle qualité. Ainsi, l'installation au Palais, méga complexe, nom de l'exposition "Servitude", ne servait pas cette rare qualité de l'image, de mon point de vue. Même si les mises en abîmes (avec l'ascenseur) pouvaient illustrer la science fiction des images (échafaudages et appareils handicapants), j'ai regretté de ne pas pouvoir contempler les films dans leur intégrité, en dehors de toute installation, dans le noir avec un sol très "uneben" pour reprendre un terme allemand, cher à une chorégraphe avec laquelle j'ai travaillé. Pourtant dans ce que j'ai aperçu, il y avait une ambiance à la Blade Runner (film américain de science-fiction réalisé par Ridley Scott en 1982) Mais la juxtaposition avec les différents artistes, Korakrit Arunanondchaiet Tianzhuo Chen, nous a entraîné dans une prison de grilles, un labyrinthe inaccessible. À suivre...