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jeudi 23 avril 2020

Ð℮яяїèґ℮ μεṧ ρ@υ℘ḯèяεṧ


Dessin © Sonia Marques (série Les incognitos - 2003)


Derrière mes paupières

 

La flâneuse s’est approchée à pas de velours sur mon ventre ensommeillé, puis elle a grimpé sur mes seins, feignant d’aller toujours plus haut, mais retardée par les buttes, son corps s’affaissait sur l’une des collines. Son œil noir était devenu bleu profond, puis bleu ciel, je discernais, pour la première fois, son vrai regard, clairvoyant. De son frêle cou, une force miraculeuse tirait son crâne vers mon sein. Elle léchait l’âpre satin, avec vivacité, tout en continuant de grimper à pas de velours. Parvenue au creux de mon cou, lovée comme une boule gorgée de bonté, elle lapait ma peau salée. Mouillée, jusqu’au cou, je percevais derrière mes paupières, l’antre de l’espace qu’elle avait dessiné. Un croissant de lune, un cil blanc posé sur une nappe de pétrole. Trempée, je nageais à la surface. Tu sais que les robinets étaient fermés et que nous n’avions plus de lumière pour nous éclairer la nuit. Les accès aux labels distingués nous étaient interdits, le jour. Derrière mes paupières, le paysage était inouï, mais interdits aux munsters, qui n’ont guère de vision intérieure. Leur croûte, pourtant bien lavée, a une odeur assez développée, qui rebute les narines sensibles. Les munsters sont trop loin des mystères de la vie pour en humer les parfums et explorer pleinement la création. La sécheresse jaune aspirait toutes leurs ressources. Pour ne pas y penser, ils comptaient les morts. Les jours ressemblaient à une danse macabre et les nuits aux respirations diverses et variées, insoupçonnées, la vie battait son plein, derrière mes paupières. La flâneuse reconnaissante me baignait de son énergie soyeuse et brossait mes rêves dans le sens du poil. Nous regardions sans fard les diurnes limités aux erreurs de calculs. Nous fermions les yeux sur ce désamour des chiffres et des beaux mathématiques, sans masque, nous faisions défiler des arpèges de billets doux. Plats et pleutres, comme ils se présentaient chaque jour, nous pouvions être attristés par l’immaturité prônée comme modèle infaillible, la maîtrise et le contrôle continu des bonnets d'ânes, que l'on hisse sans conviction au-dessus des beignets frits et trop sucrés. Le silence imposé nous donnait l’opportunité d’accueillir, ce qu’il se passait derrière les paupières du monde, éclairés par la nouvelle Lune, dans cet axe frondeur et tumultueux, propice aux changements de directions, le Soleil ne regardait plus la Lune vainqueur, mais admiratif de l'aurore boréale fugace, les yeux fermés. Devenue une légende controversée, princesse des beaux bizarres ténèbres, la flâneuse guidait son monde par le bout du nez. De son petit gabarit, elle avait soumis les plus lâches et prétentieux et avait passé outre les subalternes, trop ternes et pas assez invisibles pour mener la quête de l’amour au bord du précipice du désir. Tous les indésirables éclairés par des projecteurs violents, surlignés à l’encre magique, vidés de leurs substances cinglée, se retrouvaient dans une corbeille, enfin réunis, sous la même enseigne, un paradis fiscal aussi minuscule qu’un ongle coupé, trop gênant pour les contagieuses velléités. Bienvenu dans les mystères de la vie, tu es un nouveau membre, la nuit porte fortune, et le bout du bout, s’enfonce dans tes opportunes sagacités. Ni l’intégration, ni la désintégration n’existent, ni l’égalité, ni la diversité, aucun de ces maux ne traverse l’esprit des voyageurs intranquilles, car la poésie n’a pas cette volonté d’écraser qui que ce soit, ni limiter les véhicules de ta traversée onirique. Bien, venue, et nue. Mange-moi. Bois-moi. Sans maudire. Mouillée jusqu'au cou, la flâneuse s'approche à pas de velours sur ton ventre ensommeillé, derrière mes paupières.

dimanche 19 avril 2020

ÐÅℵϟ Ḻ❝☮ℳℬℛ∃ Ḏ€ ℒ∀ ℕÜi†

nuit1.jpg

© Sonia Marques (peinture - 2019)


Dans l’ombre de la nuit

 

Le Soleil s’est définitivement couché. L’obscurité réduisait notre pouvoir, nous attendions le lever du jour comme promesse d’une lumière de l’action et de l’espoir. Mais le jour ne se lèvera plus. Il ne nous regardera plus de haut. Il ne désignera plus le compte du temps humain. La Lune a pris l’avantage, elle ne sera plus la soustraction de nos nuitées sur nos journées. Elle est notre seul espoir. Tu le sais, mon amour, la Lune a éclairé nos rapprochements, dans l’intimité cachée du jour après jour. Nous nous sommes abrités, lapins lunaires, désignés par la Lune, lorsqu’elle tombait sur les préjugés du jour. Nous avons inventé une ombre dans le nocturne, afin que la Lune devienne notre lumière. Le scintillement des étoiles parsemait nos draps insomniaques puis, notre imaginaire impétueux courrait dans les champs noctambules des délices chavirés à chaque métamorphose. Entrer dans la nuit et ne plus en voir la fin, s’éterniser en elle et tâter le paysage à l’aveugle. Sombrer sans pouvoir plus rien retenir et être transpercé par la Lune sans pouvoir percer le jour, sans plus aucun pouvoir. Consacrer notre amour au voyage des astres, dessiner des liens d’étoiles en planète, d’une galaxie à l’autre, sans plus aucun point d’émission, ni de limite entre l’être et le paraître. L’amour a confondu les hiérarchies, nous a fondu, nos sens crépusculaires interpénétrés. Tu le sais, l’extinction du Soleil a troublé nos représentations. Les rêves ont envahi notre réalité, anéantissant tous les calculs visibles à l’œil nu. Encore plus nus et invisibles aux autres, dénudés et sans arrêt frôlés par les rêves débordés par le divin, il y a toujours plus à voir que d’ordinaire. Nous avons trouvé, dans l’ombre de la nuit, de quoi toucher l’essentiel, un amour dont la clarté des horizons s’est évanoui et respire profondément dans le sublime, ce drap nocturne éternel, propice aux enlacements et caresses. Fermer les yeux en pleine nuit, se retrouver à l’ombre, en phase avec sa seule conscience. Nos paupières ainsi fermées rejoignaient toutes celles des autres. Les solitaires, les pouvoirs de faire disparaître, ils se dérobent à la possession. Les couleurs apparaissent dans la nuit avec un effort discret de variation. L’obscurité impose le contraste et les demi-teintes et les fantaisies espèrent naître avec exubérance de cette opacité silencieuse. Nous n’avions rien vu venir, nous sommes devenus cette pénombre, après une inertie et une fatigue lente, le jour avait pris nos forces, sans écouter nos sensibilités. Le rideau est tombé, la nuit nous a emporté, et nos angoisses avec, bercées, et chaleureusement bénies, le sommeil n’est pas notre ennemi. Pour récupérer des forces, il est même notre fidèle ami. L’amitié du sommeil a trompé les dépressions du jour, afin d’échapper à ses devoirs de paraître, le seul calendrier de l’être humain, basé sur les jours et non, les nuits. En fermant les yeux sur tous les mots d’ordre, solidaires, nous nous en sommes sortis, nous sommes nés de l’obscur, en accompagnant le vertige du monde. Désespérément improductifs pour les traces diurnes et les rois de la distinction, notre destinée s’abîmait, pour eux, dans l’indistinct et l’inquiétude. Notre décalage avec la norme, nous rapprochait des solitudes trop en mouvement, incontrôlables, sans obligation de reproduire le visible. Artistes amoureux, dans nos théâtres d’apparitions, dans l’ombre de la nuit, nous avions mis à distance le réel, pour mieux nous en souvenir et tracer dans notre mémoire sensible, les dessins rédempteurs, des phénomènes de l’amour. C’est dans cette promiscuité profonde et lunaire que la surface s’était engloutie et nous avait enveloppé ensuite, pour nous habiller de son invisibilité.
Tu ne me vois plus. Je ne te vois plus. Nous nous sommes perdus de vue.
Là, dans l’indicible, une seule certitude : je t’aime.

mercredi 1 avril 2020

ÐÉ☾ѺИℱЇ✝Ṳℝ∃

^
Photographie © Sonia Marques

Déconfit, il daignait se retourner : n'en faites pas tout un foin !
Elle n'était pas seule, il ne voulait jamais la quitter. Il se trouvait maintenant sur son lit de muguets à ses côtés. Elle avait fini par l'accepter, bien qu'il fût un peu petit et qu'elle n'aimât pas beaucoup son mordant et son humour pince-sans-rire, ni ses griffes trop saillantes. Mais elle aimait son courage à vivre, qu'il partageait avec les humains de ce monde. Elle aimait aussi son air déconfit quand son râtelier restait vide, quand ce genre d'évènement, ou sa maîtresse, trompaient son attente. Il hésitait entre l'exil et le royaume, en méditant sur la pensée camusienne. Toujours pas de carottes ? C'est la déconfiture ! S'il est ainsi que tous les Lapins sont égaux : Parle à mon pompon, mes oreilles sont malades !

Sans rancune, espèce de confiné à la noix !
Les terriers sont à la mode, dans le monde entier.
Il y a des années-lumière !

Ils se doraient la pilule, voici qu'ils sont blancs comme des cachets d'aspirine !

Comme moi <3

En telle compagnie intellectuelle, elle n'en finissait pas de tomber sur le cul...







vendredi 7 février 2020

Ḻℯ ¢ḯᾔéM@

dimanche 22 décembre 2019

Ḻℯ ƒυ⊥ʊґ @ʊ ℘α﹩ṧé

Ces enfants français, aujourd'hui en 2020, sont retraités. En 1962, ils donnaient des réponses aux questions posées par le journaliste : Comment sera l'an 2000 ? Quel régime ? La paix ? Les pauvres ? Les idées ? Les guerres ? Les inventions ?

Ce futur, aujourd'hui dépassé, figure toujours parmi les rêves devenus illusions. Il y aurait toujours des pauvres et des riches, et vous en l'an 2000, que deviendrez-vous ? Pauvre.

Même dans la possibilité d'imaginer le futur, certains, certaines, ont cette confiance en soi, de leur éducation, ils et elles peuvent projeter un futur pour un collectif, d'autres n'imaginent même pas, sortir de leur condition, elle est définitive. Ils n'auront guère la possibilité de s'émanciper de leur caste sociale. Qui a réalisé ses rêves, qui était réaliste, aujourd'hui en 2020, 58 années plus tard ? Si Rêver est un leurre, pourquoi supprimer celui-ci de nos formes éducatives ? Pourquoi supprimer la psyché ? Ce qui nous gouverne se coupe de nos rêves.

En 2020, notre éducation collective ne nous incite-t-elle pas, sans cesse à penser que notre avenir est inexistant ? L'imaginaire aurait aussi disparu de nos pensées et de nos savoirs ?

Imaginer ? Qu-est-ce que c'est ? Notre éducation française depuis l'an 2000, n'a-t-elle pas pris le sens "commun" de choisir un monde fini, éteint, limité, et parce que périssable et sans soins de la terre, le choix de la culpabilisation et du suicide comme seule ouverture ?

Imaginer ? Qu'est-ce que c'est ? Notre éducation française depuis l'an 2000, a-t-elle oublié le rêve ? Pour choisir l'autoflagellation et de qui va payer l'addition ?

Notre éducation française est-elle restée assise à la table des grands, en craignant plus que tout au monde, de payer l'addition, après s'être régalée d'une viande, d'un homard congelé, avec 2 bougies pour fêter le souvenir d'une religion oubliée ?

En craignant, les fesses serrées, les gouttes de sueur, à regarder autours de la table, celui ou celle qui allait payer pour tous ?

En trouvant un nom, au hasard des incivilités, bloqués par tant d'inerties et de grève de penser, notre éducation française depuis l'an 2000 n'a-t-elle pas oublié son enfance ? En choisissant de l'achever définitivement ?

Ces enfants de cirque qui deviennent de petits soldats de la morale, manipulés par de grands enfants du spectacle, sans aucune imagination, ne savent pas qu'ils sont regardés comme des marionnettes dans un boudoir.

Depuis 1962, ces enfants ont fait notre société, sans déterminer une direction définie, sans influencer les puissants.
C'était des enfants.

samedi 30 novembre 2019

ѦИÅ✞♓Èℳℰ

Journée de Black Friday, journée de méditations sur l'anathème.


Ways of Worldmaking

Je garde un brin d'humour, je viens d'apprendre que c'est la journée du "Black Friday".
Aux États-Unis et au Canada, le Black Friday (littéralement le "Vendredi noir", parfois traduit par "Vendredi fou")
est un évènement commercial qui se déroule le lendemain de la fête de Thanksgiving,
le quatrième jeudi du mois de novembre. Ce jour marque traditionnellement le coup d’envoi de la période des achats de fin d’année.
Plusieurs commerçants profitent de ce moment pour proposer des remises importantes.

867


C'est arrivé en France. Et moi ce jour, un vendredi noir, devient un anathème.
Je vais méditer sur cette situation, avec ce silence, déconcertant, mais instructif.
Il m'impose de rester en retrait, je le prends comme bienfaiteur.
Non pas que je sois une fonctionnaire de l'État subitement soldée,
car je n'associe pas une mode américaine à notre belle francophonie,
mais peut-être une invendue, sincère dans ma démarche,
je reste très cohérente, discrète et loyale.

Meilleurs horizons, de toutes les manières et manières de faire des mondes (Ways of Worldmaking),
pour reprendre, le titre d'un célèbre livre, côté art, du philosophe américain Nelson Goodman, paru en 1978,
et pour réaliser cette boucle avec le Black Friday américain, mais plutôt, du côté de mon appréhension de l'art et de la philosophie,
et Nelson Goodman était également collectionneur d'art.

« Si, en outre, les mondes sont autant faits que trouvés,
alors connaître c’est autant refaire que rendre compte…
Découvrir des lois implique de les rédiger. »

Je pense à nos nombreux sujets qui nous préoccupent, dans notre culture, ce que nos avons de plus diversifié,
et de plus inattendu, en France, et tous ces talents, auxquels nous devons être attentifs, ensemble.

Je reprends ma place de poète.










Dessin > Sonia Marques © (Les incognitos - 2003)



Victor Hugo : Les travailleurs de la mer (1866) :

« Ne pas se faire montrer au doigt », voilà encore une loi terrible. Être montré au doigt, c'est le diminutif de l'anathème. Les petites villes, marais de commères, excellent dans cette malignité isolante, qui est la malédiction vue par le petit bout de la lorgnette. Les plus vaillants redoutent ce raca. On affronte la mitraille, on affronte l'ouragan, on recule devant Mme Pimbêche"



Les Travailleurs de la mer est un roman de Victor Hugo écrit à Hauteville House durant l'exil du poète dans l'île anglo-normande de Guernesey et publié en 1866. Dans l'édition de 1883, Victor Hugo adjoint une présentation de 80 pages à son roman, une « ode à la mer » intitulée « L'Archipel de la Manche ».

lundi 4 novembre 2019

ⓒⓗⓐⓟⓔⓐⓤⓣⓔⓡ

Photographies © Sonia Marques

Faits mains par Christine de l'association S.O.S. Mistigri (Merci Julien !)

TROIS PTITS CHATS

Trois p'tits chats

Trois p'tits chats

Trois p'tits chats chats chat

Chapeau de paille

Chapeau de paille

Chapeau de paille paille paille paille

Paillasson

Paillasson

Paillasson son son son

Somnambule

Somnambule

Somnambule bull bull bull

Bulletin

Bulletin

Bulletin tin tin tin

Tintamarre

Tintamarre

Tintamarre marre marre

Marabout

Marabout

Marabout bout bout bout

Bout d'ficelle

Bout d'ficelle

Bout d'ficelle celle celle celle

Selle de ch'val

Selle de ch'val

Selle de ch'val val val val

Ch'val de course


Ch'val de course


Ch'val de course
course
course

Course à pied

Course à pied

Course à pied
pied
pied

Pied-à-terre

Pied-à-terre

Pied-à-terre
terre
terre

Terre de Feu

Terre de Feu

Terre de Feu
Feu
Feu

Feu follet

Feu follet

Feu follet
let let
Lait de vache
Lait de vache
Lait de vache vache vache

Vache d'ferme


Vache d'ferme


Vache d'ferme
ferme
ferme

Ferme la boîte
Ferme la boîte
Ferme la boîte boîte boîte
Boîte aux lettres

Boîte aux lettres

Boîte aux lettres
lettres
lettres

Lettre d'amour
Lettre d'amour
Lettre d'amour mour mour

Mourre-à-trois


Mourre-à-trois


Mourre-à-trois
trois
trois

Trois p'tits chats


CHAPEAUTER

> Coiffer d'un chapeau. Synonyme : coiffer
> (Sens figuré) Contrôler, avoir la responsabilité d'un groupe de personnes ou d'un organisme.


Raymond Queneau

 > Exercices de style. 1947

Philosophique :

«Les grandes villes seules peuvent présenter à la spiritualité phénoménologique les essentialités des coïncidences temporelles et improbabilistes. Le philosophe qui monte parfois dans l’inexistentialité futile et outilitaire d’un autobus S y peut apercevoir avec la lucidité de son œil pinéal les apparences fugitives et décolorées d’une conscience profane affligée du long cou de la vanité et de la tresse chapeautière de l’ignorance. Cette matière sans entéléchie véritable se lance parfois dans l’impératif catégorique de son élan vital et récriminatoire contre l’irréalité néoberkeleyienne d’un mécanisme corporel inalourdi de conscience. Cette attitude morale entraîne alors le plus inconscient des deux vers une spatialité vide où il se décompose en ses éléments premiers et crochus. La recherche philosophique se poursuit normalement par la rencontre fortuite mais anagogique du même être accompagné de sa réplique inessentielle et couturière, laquelle lui conseille nouménalement de transposer sur le plan de l’entendement le concept de bouton de pardessus situé sociologiquement trop bas.»

mercredi 9 octobre 2019

ʟǟ ֆɨȶʊǟȶɨօռ éȶǟռȶ ʍǟɨռȶɛռǟռȶ ɖéֆɛֆքéʀéɛ, ȶօʊȶ ɛֆȶ քօֆֆɨɮʟɛ

Autoretrato / Photographie, gravure, sérigraphie © Sonia Marques

dimanche 6 octobre 2019

αυ ℓαяℊℯ

Image du film Atlantique, franco-belgo-sénégalais réalisé par Mati Diop, sorti en 2019

Image du film Manta Ray (en thaï : Kraben Rahu) franco-sino-thaïlandais écrit et réalisé par Phuttiphong Aroonpheng, sorti en 2018.

Atlantique et Manta ray, 2 films que j'ai particulièrement aimé récemment, d'origines différentes. Dans mon parcours, je trouve des points sensibles et poétiques, ainsi que noirs, en commun. Ils sont parsemés de petites lumières colorées, dans la nuit, aussi, tous les deux, dans des situations de précarités. Si leur paysage, à chacun, diffère, la mer les rapproche. Sensuels et spirituels, aussi, sont-ils de belles images de contemplations. Le pacifisme de Manta ray, évoque aussi le diable des mers dont la symbolique du poisson choisi pour le titre, que l'on retrouve comme fantasme à capturer par pierres précieuses, est subjuguant. L'amour se passe d'individu en individu, mal en peine, ou peines de l'âme. Nous pourrions admirer, en regardant ce film, que l'amour se passe de mot, car le héro est muet et se soumet à toutes les guérisons de l'âme. Prendre soin de l'autre, en même temps que tuer l'autre, devient un gage de survie, de gagner sa vie, n'est-ce pas la plus paradoxale de leçon de vie ? Le muet va rendre ce qu'on lui a donné, dans la mer des incertitudes, nous laissant comme cadeau, sa non violence. Beau !

Dans Atlantique, l'amour non consommé et inconsolable nous amène au pays des revenants, de la revanche zombie et sourde. Les morts-vivants, eux aussi ont une âme et se réincarnent dans les complices des crimes de l'humanité, les voleurs du sel de la vie. Et j'en connais à présent un rayon, même si je ne vis pas en Afrique, au Sénégal, je pige bien, les affres des chantiers et des mois de salaires non payés. Je pige bien autre chose, et ce n'est pas exotique, la place des femmes et leur pouvoir. Les femmes ne représentent pas le pouvoir, mais elles ont le pouvoir. Celui de maltraiter la féminité, de la violer, de la vendre, au nom de la tradition. Ici, on mesure bien l'importance des biens matérialistes qui s'échangent et se substituent aux valeurs morales et religieuses. Il en est de même, dans notre pays, finalement. On prône une virginité à tous point de vue, et une innocence, alors que les intérêts financiers sont devenus maîtres des traditions, les ont remplacées, sans même que les êtres humains ne s'en aperçoivent, rivés sur leurs téléphones portables. Reste la poésie de l'amour, lui, qui se consomme, en bien des imaginaires, même celui des amants retrouvés le temps d'une nuit. Naufragés de l'amour. Beau !

Et les bandes sonores de ces films sont magnifiques !

dimanche 22 septembre 2019

ℜÜ♏ЇℵѦ✝ℑϴℕϟ

Plus près d'ici, je revisite les peintures d'Eugène Alluaud et les poésies de son ami Maurice Rollinat


Eugène Alluaud (Gilbert-Eugène de son vrai nom) naît à Ribagnac, sur la commune de Saint-Martin-Terressus, dans une famille de porcelainiers et d’amateurs d’art. Son arrière-grand-père dirige la Manufacture royale de porcelaine de Limoges avant de fonder sa propre manufacture et son grand-père, François Alluaud, fonde, en 1816, la fabrique des Casseaux avec ses fils, Victor et Amédée.En 1897, Eugène Alluaud achète une manufacture à Limoges et y produit des pièces monumentales et architecturales qui lui valent de remporter la médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1900. Après la faillite de sa manufacture en 1903, il intègre la fabrique de Charles Haviland en tant que chef d’atelier décorateur. En 1919, il met en place une petite manufacture, d’abord à Solignac puis à Limoges, où il produit des pots de luxe destinés à la parfumerie.Mais Eugène Alluaud est un peintre avant tout, entouré dès son plus jeune âge des amitiés de son père, Amédée : Corot, que ce dernier reçoit à plusieurs reprises dans sa demeure de Ribagnac, le collectionneur Adrien Dubouché, les peintres de Crozant, Charles Donzel qui participe à la formation d’Eugène.Eugène Alluaud étudie à l’Académie Julian, notamment dans l’atelier de Bouguereau – le maître de l’académisme et l’organisateur des Salons officiels des années 1880-1890 – avant de parcourir l’Europe et l’Afrique du Nord.Eugène Alluaud découvre Crozant en 1887 et y retourne longuement en 1891. Il y fait construire, face au Puy-Barriou, sa maison, « La Roca », où il s’installe avec sa femme chaque été à partir de 1905 et y accueille de nombreux artistes : Paul Madeline, Léon Detroy, et surtout Armand Guillaumin et le poète Maurice Rollinat.Eugène Alluaud décède le 27 juillet 1947 à Crozant.










C’est à Châteauroux, le 29 décembre 1846, qu’est né Maurice Rollinat. Son père, François Rollinat est avocat, ancien député de l’Indre et ami de George Sand. Marqué par le décès de celui-ci en 1867 et le suicide de son frère, Maurice Rollinat se rend à Paris et commence à écrire et publier des poèmes. Le premier recueil, Les Brandes paru en 1877, décrit l’aspect paisible de la nature berrichonne. C’est à Fresselines, plus précisément à La Pouge, que Maurice Rollinat vient se réfugier après la publication de ses Névroses qui font scandale (1883). L’observation de la nature, la pêche et les longues promenades redonnent au poète un peu de sérénité et d’inspiration, malgré un naturel mélancolique qui ne s’estompe pas. Sa retraite creusoise ne l’empêche pas de rester en contact avec le monde de l’art : c’est à La Pouge, en compagnie de l’actrice Cécile Pouettre, dite de Gournay, qu’il recevra tous ses amis artistes, parisiens comme limousins, faisant de Fresselines un lieu et une étape incontournable de tout séjour creusois. Maurice Rollinat devient vite un personnage incontournable et des plus appréciés de cette vallée de la Creuse, et bien des gens se seront longtemps rappelés de lui, à l’image de l’aquarelliste Joseph Jeannot. Suite au décès de sa compagne, Maurice Rollinat tente à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours, mais Eugène Alluaud, en grand ami, veille sur lui. Le poète décède en 1903 à Ivry, atteint de maladie.

Extraits du poème :

Les rumination, prose d'un solitaire (1904)

A l’insu d’eux-mêmes, les vrais artistes, ces grands effarouchés insociables, ont une telle pudeur dans le travail qu’il leur faut la pleine solitude pour s’y mettre et s’y absorber. Ils sont tellement tout à la fois les fatals, les volontaires et les raisonneurs de leur instinct, qu’ils ne peuvent pas subir d’autres impulsions et influences que celles de leur propre esprit qui, furtivement, et comme en cachette, cherche le sujet, guette l’impression qu’une fois trouvés et couvés, ils étreignent, creusent et brassent avec la même dissimulation, les sentant presque déflorés par le hasard d’une allusion volontaire, et voyant redoubler leur doute angoisseux pour peu qu’on les questionne sur l’actualité de leur labeur : surombrageuses et extrasauvages personnalités, d’une si inexplicable et décevante contradiction, que, plantureux d’imagination quand ils tirent tout d’eux-mêmes, ils seraient incapables d’une collaboration quelconque, et que le fait de leur imposer un sujet suffirait pour aussitôt tarir leur verve et stériliser leur pensée.

On peut avoir beaucoup de sens imaginatifs et intellectuels, voire même le sens commun, mais être totalement dépourvu de sens moral : cela explique pourquoi tant de gens qui, le plus souvent auraient tout intérêt à se taire, attaquent si férocement la vie privée des autres. C’est l’éternelle histoire du bossu qui dit du mal du chameau, du chaudron qui se moque de la poêle. Au fond, il faut toujours plaindre ces produits de la méchante et bête vanité sociale, qui, bilieux indiscrets, médisants impulsifs, si fins voyeurs des tares du prochain et si aveugles à leurs propres misères, sont assurément, pour leur excuse, des abâtardis du cœur et des dégénères de la conscience.

Les gens vulgaires qui sont coutumiers des propos graveleux, les lâchent instinctivement devant n’importe qui, avec une bonne jovialité brutale et sans jamais guetter sur les visages l’impression de leurs paroles. Au contraire, les profonds scélérats de la luxure, intentionnellement toujours, pour tâter et préparer le terrain, ne débitent chatouilleusement leurs savantes obscénités que devant des femmes, de préférence devant des fillettes et des jeunes filles, épiant les rougeurs sur les physionomies, les malaises du regard, les gènes du maintien, et, les savourant, dès qu’ils se produisent, en dégustateurs raffinés de la pudeur confuse ; comme aussi, horriblement désappointés et crevant de dépit, quand, malgré tout leur effort de charme, au lieu d’éveiller la moindre surprise, ils ont reçu, dans un seul coup d’œil, le tranquille désaveu de l’ignorance virginale, ou tout le hautain glacial d’une âme de femme indifférente.

Quand, parmi des personnes de votre connaissance auxquelles vous avez la conscience de n’avoir jamais fait que des politesses, il s’en trouve qui, vous rencontrant, prennent la rue latérale, le sentier d’à côté, se retournent en se mettant à considérer un arbre ou une affiche, celle-ci fût-elle même si décolorément vieille, déchiquetée, râpée, qu’il n’y a plus rien à y lire… tenez-vous le pour dit une bonne fois : si ces gens-là ne sont pas vos débiteurs, vous pouvez être sûr qu’ils sont vos pires envieux, vos plus venimeux ennemis.

A côté du génie cultivé, extra-raffiné, supercivilisé de par tout le savoir et l’acquis de la société que son œuvre reflète et dont elle porte l’estampille, il y a le génie sauvage, resté le fruste volontaire, affranchi délibérément de tout principe et de toute règle, ne s’en rapportant qu’à la profondeur de ses écoutements et questionnements des choses, qu’à la seule bonne foi de ses regards et de ses pensées visionnaires, qu’au cri médité de son instinct encore plus que de son esprit, pour l’évocation du rêve et de la vérité.

    Ce génie-là ne mesure sa puissance que par le degré d’impression qu’il produit sur lui-même, sachant d’ailleurs que sa propre émotion lui vaudra, bon gré mal gré, l’empoignement de tous les autres. Aussi clairvoyant qu’il est doué, aussi conscient qu’il est naturel, il invente et crée de toutes pièces, et tous les sincères sensitifs s’en impressionnent et deviennent ses possédés, s’abandonnant avec des enthousiasmes et des effusions de reconnaissance à une sorte de besoin d’aimer et d’admirer son œuvre, sans se demander pourquoi ni comment ils sont saisis et hantés par elle.

    Il n’est haï, condamné, desservi que par les médiocres, les faiseurs, les appreneurs, par tous les manquants d’originalité naturelle qui savent trop ne pas compenser leur impuissance par la stricte application des seules règles et des seuls procédés de convention.

Vous sachant désintéressé, sentant que vous seriez prodigue pour les autres, la seule chose au monde qui puisse vraiment le plus vous humilier devant vous-même, c’est que les vœux de votre nature et les besoins de votre cœur soient perpétuellement rembarrés et bafoués par l’insuffisance de votre bourse.

Le plus honteux châtiment pour des parents coupables, c’est de se sentir jugés tels par le respectueux silence de leurs enfants.

Le chat, quoi qu’on en dise, est très aimant, mais, comme il est réservé, fier, indépendant et soupçonneux de sa nature, il faut, pour ainsi dire, sortir de lui ses bonnes dispositions à votre égard, les aider, les gagner peu à peu, provoquer l’éveil, la venue de sa sympathie, l’attirer, lui donner le goût, la confiance de vous la retémoigner davantage. Et cela, vous l’obtiendrez par beaucoup de prévenances d’amitié, surtout par une invariable égalité dans les compliments, les caresses, les attentions et les soins. Alors ainsi, vous aurez captivé son humeur, charmé sa suspicion, ensorcelé son naturel. Il aura l’abandon avec vous, il sera content de hanter votre présence ; à sa manière, il vous exprimera ses sentiments à lui, en y mettant aussi bien que tout le velours de ses griffes, tout l’affectueux râpement de sa langue rosette, tout l’exhalé de son cœur, dardé, si bénin, par la claire fixité de ses prunelles magnétiques – si fascinantes quand elles sont vertes ! – par toute la grâce et l’onduleuse douceur de son être discret, vous offrant sa petite âme de jolie bête élastique et mystérieuse.

    Au contraire, il fuira toujours ceux qui lui auront fait un accueil louche, en n’ayant pas l’air de tenir à lui.

    A cet égard, il y a un peu du chat, beaucoup même, chez le concentré timide, à la fois aimant et libre, tendre et ombrageux : jamais le cœur de celui-là ne recommencera son élancement vers vous, non pas même parce que vous l’aurez repoussé par votre abord hautain, sévère, dur ou glacial, mais seulement parce qu’il aura cru voir que vous paraissiez lui rester indifférent ou que vous aviez vaguement l’air de le subir.

L’amour s’aiguise et s’ennoblit, s’exalte et se transfigure par toutes les choses de haute et fine cérébralité, par le mystique et le religieux, la musique, la poésie, la littérature, par l’art sous toutes ses formes, mais, à la condition – dans les délais que les tempéraments lui assignent – d’aboutir à sa loi naturelle qui est, en même temps que l’union des cœurs et des esprits, le plein accomplissement du désir de ces deux corps avides l’un de l’autre, qui se cherchent pour se mêler et se fondre dans le crispé de leurs caresses et l’épanouissement de leurs étreintes ; sinon l’amour se ronge sur place, en dépit de ses pâmoisons d’idéal et de ses transports d’intellectualité. A s’être tellement refusé d’être humain, à jamais il se pleure dans la tristesse ou se maudit dans la démence.


jeudi 20 juin 2019

∂εμмℯя∂εẕ➸√◎üṧ ❣

femme.gif

2019 !

Car avant, les hommes nous ont dit :

« La femme est l'avenir de l'homme », en commençant par Aragon, le poète en 1963 (Le Fou d'Elsa) qui écrivait : « L'avenir de l'homme est la femme ».
Jean Ferrat, le chanteur, inversa l'ordre des mots et en a fait le titre de son album en 1975 : « La femme est l'avenir de l'homme »
Et le cinéaste franco-coréen de Hong Sang-soo a titré son film en 2004 « La femme est l'avenir de l'homme »
En 2015, le chanteur Julien Doré en remet une couche, en hommage à Aragon avec son interprétation de « La femme est l'avenir de l'homme »

Pourtant, en 2019, des femmes écrivent sur une pancarte :
« Dorénavant, la femme n''est plus l'avenir de l'homme, qu'il se démmerde ! »

Et même pour corriger les fautes d'orthographe...

DÉMERDER (un seul M, mais deux MM c'est vrai que c'est plus fort)

Vers 1900, Se démerder, c’est littéralement enlever soi-même les salissures provoquées par la merde
(du latin "merda" : excréments)

Aragon, démerde-toi !
Plus vite : démmerde-toi !

Avis à ceux qui nous traitent de saletés et nous demandent de faire le grand ménage à leur place !

mardi 24 avril 2018

Ṽℰℜ✝

il saute et glisse entre ses mains satins
la sagacité noire et veloutée des plumes poils
et le soir tout enivré de figuiers et de lilas
il tombe à la renverse comme pâmé
les yeux doux de la vie des soucieux perspicaces

tête levée et port haut elle a les yeux mi-clos
face lune de miel en bouddha jaune gâteau
elle tient d'une main le chafoin négus roi
l'enfance la regarde et le soleil aux deux bras écartés
miroitent les souvenirs des pins verts ornés de bonté

quand la mer s'écumait au loin de ses espoirs orangés
les surfeurs aux cheveux enflammés par les rêves
dans leurs lit désargentés et vert sauvage
dans leurs maisons abandonnées aux draps rouge de bleu
ils nageaient aux cœurs brisés de peine

sans peur ni haine
(les poètes)

Photographies © Sonia Marques & JD

dimanche 30 octobre 2016

À тøʊṧ ʟℯṧ ᔕαḯη⊥ṧ

L'air était sans preuve du contraire, l'air était celui que l'on attendait. Poussés par son évidence, nous ne rebroussions chemin. Feuilles jaunes parsemées posées délicatement sur la surface de l'eau en mouvement, chacune offrant leur face lumineuse au ciel. Nous faisions mine de ne rien voir, afin de ne pas troubler le silence de ces apparitions merveilleuses. Espiègles voyants derrière nos lunettes d'ignorants, nous avancions, sans preuve du contraire, dans les traces des autres, poussés par l'évidence.
(SM)

Photographies © Sonia Marques

mercredi 27 juillet 2016

ᗷᓰᒪᒪᗴᔕ ᖱᙓᔕ ᙅᓰᙓᘮჯ

Nouvelles créations, sans titre © Sonia Marques (120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Nouvelles créations (gros plan) , sans titre © Sonia Marques (extrait du format 120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Nouvelles créations, sans titre © Sonia Marques (120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Nouvelles créations (gros plan) , sans titre © Sonia Marques (extrait du format 120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Deux grands dessins sont apparus en réalisation depuis hier. Pas encore de titre, ils sont différents et se ressemblent, l'un est blanc, l'autre est noir. Ils représentent de loin, des nuages hérissons, mais de plus près ce sont des paysages tourbillonnants.

Ces nuages montrent du doigt le monde d'ici-bas, aériens, transparents mais rendant visible le spectre de la lumière. La réflexion et la dispersion par les gouttelettes d'eau en suspension dans l'atmosphère des radiations lumineuses qui se combinent dans la lumière blanche du soleil produisent des nuages hérissons.

Nuages atmosphériques, tâche d'huile des cieux. Regarder à travers des billes transparentes.

*

Dans le même temps, je viens de découvrir les poèmes d'Herberto Hélder, écrivain et poète portugais, en particulier son poème continu (1961 - 2008) La critique littéraire rapproche son langage poétique de l'alchimie, de la mystique. Il n'y a pas de hasard. Je me suis demandée quels poèmes pouvaient correspondre avec ces nuages et ces jours-ci.

J'ai choisi 2 poèmes : Les blancs archipels (1970) pour le dessin du nuage blanc, et Le couteau ne tranche pas le feu (2008) pour le dessin du nuage noir.

Ils sont incomplets, seule la première page de chacun se trouve photographiée.

   

Extraits des poèmes d'Herberto Hélder : Les blancs archipels (1970) et Le couteau ne tranche pas le feu 

dimanche 15 mai 2016

777

Printemps


Et puis, c’est oublié.
Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ?
Bon soleil, te voilà
Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier.

Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau — voilà tout.

Je m’étire, j’étends mes bras au bon soleil
Pour qu’il les dore comme avant, qu’ils soient pareils
Aux premiers abricots dans les feuilles de juin.

L’herbe ondule au fil du chemin
Sous le galop du vent qui rit.
Les pâquerettes ont fleuri.

Je viens, je viens ! Mes pieds dansent tout seuls
Comme les pieds du vent rieur,
Comme ceux des moineaux sur les doigts du tilleul.

(Tant de gris au-dehors, de gris intérieur,
De pluie et de brouillard, était-ce donc hier ?)

Ne me rappelez rien. Le ciel est si léger !
Vous ne saurez jamais tout le bonheur que j’ai
À sentir la fraîcheur légère de cet air.

Un rameau vert aux dents comme le « Passeur d’eau »,
J’ai sans doute ramé bien des nuits, bien des jours...
Ne me rappelez rien. C’est oublié. Je cours
Sur le rivage neuf où pointent les roseaux.

Rameau vert du Passeur ou branche qu’apporta
La colombe de l’Arche, ah ! la verte saveur
Du buisson que tondra la chèvre aux yeux rêveurs !

Être chèvre sans corde, éblouie à ce tas
De bourgeons lumineux qui mettent un halo
Sur la campagne verte — aller droit devant soi
Dans le bruit de grelots
Du ruisseau vagabond — suivre n’importe quoi,
Sauter absurdement, pour sauter — rire au vent
Pour l’unique raison de rire... Comme Avant !

C’est l’oubli, je vous dis, l’oubli miraculeux.
Votre visage même à qui j’en ai voulu
De trop guetter le mien, je ne m’en souviens plus,
C’est un autre visage — et mes deux chats frileux,
Mon grand Dikette-chien sont d’autres compagnons
Faits pour gens bien portant, nouveaux, ressuscités.

Bon soleil, bon soleil, voici que nous baignons
Dans cette clarté chaude où va blondir l’été.

Hier n’existe plus. Qui donc parlait d’hier ?
Il fait doux, il fait gai sur les bourgeons ouverts...



Recueil "Douleur je vous déteste" Les poèmes de Sabine Sicaud


Une rencontre aux remparts des souvenirs

Angoulême (Photographies © Sonia Marques)

lundi 13 avril 2015

Ṕяїṧ∀

Plan anagrammatique de PRISA par Gilles Esposito-Farèse

(Chercheur en physique théorique au Centre National de la Recherche Scientifique, Institut d'Astrophysique de Paris)

Ah ce fluor ! J'y ai étudié plusieurs années, les dents brossées. Aussi à M.pet, plein d'années qui sentent bon les tendances. Les beaux-arts Aux garnements à dissiper, des années folles et des nuages fluos. J'ai habité aux Rênes en chocolat tant d'années déjà, de gâteaux et de pères Noëls. J'y ai fondé un collectif d'artistes, Fête relique, aimer beaucoup, prier surtout. J'ai un peu habité à Truc no-go, pas mal de temps et la question Que publier ? pour connaître à fond tout le quartier à pied. Je suis souvent allée à Piéton perdant, au Thé lacté, à Mon étranger passa (tant de trajets), Les gaz du traître, des trajets, mais Ô dur danger !, toute mon adolescence, à Le sot répondra, à l'Aine, et tant d'années à la Disparition des trépanés et à Big radial, parfois à Ponte des vers, à Not any, à Let lying, plusieurs fois à Mon atour sicilien, à Bureau mat. Hormis les nouvelles stations, je pense avoir tout visité.
Par exemple je connais Mon slip, les Ségrégations, le Sacré nom d'espoir saint, le Cul albinos, les Grues, je me souviens de Ton moteur vendu, le Vélo à serpillère, Cet urinoir à con, D'or jauni, Un con rose et ce Triste flan sadomaso, qui me servait du Vin connoté, avec du Sucre collé. Nous terminions la Nuit à inviter des seins, dans ce Frais bordel virtuel lorsq'Un fâché dessina ta layette. Lors de La Réunion postdatée, les Gros bandits instaurés nous distribuèrent un Plan d'égout incorrect, sur Ce sol humilié.
Une Clé d'hypocrite
tomba pour une Loge à lyncheurs : Protège ta blonde !
Découpons le bandit glouton ! Ce tordu désopilant et ses Vulgaires chevaleries. Bon, rions ! J'ai un Joli gouvernail à fusil, un Dos arlésien, des Mains de révoltés. Me voilà, trolls affriolants ! Brûlons-y le canon. Montre moi ton Nu spatial, Ce condor, avec son Satin noué. As-tu le Soleil adulé téléchargé ? Le troc adoré Du pixel ?
Un art me chavira, Aussi pur amour de la voyelle, J'acquis santé avec toi, l'Iris à médailles, Dirigé au métronome, sur des Sillons légers.

Prisa ! Me voilà ! Lopette vétillarde, Pépé Troll !

Ton Idole sympa.

samedi 21 juin 2014

ᔕ〇ᘮᕼᗩᓰt

Miel, jaune acide, vert cerdagne, amande, blanc, pétale, rose choc, rouge (Photographie © Sonia Marques)

IF
If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all women doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all women count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Woman, my daughter !

samedi 4 février 2012

ℱѦℕ✝Ѧ$♏Ѧϟ


FANTASMAS : dessins © Sonia Marques

Fantasmas (dessins) © Sonia Marques (2011)

♪ ♫ ♩ ♬ ♭ ♮

Hangover (BaBaBa) - Buraka Som Sistema

notes empilées les unes sur les autres...à dépiler ¶ notes piled / notas empilhadas © sonia marques

11/09/2006

rap attrape

ecran total
punk animal
sentimental
superouge
plus rien ne bouge
rap attrape
superorange
l’heure des anges
rap attrape
superbleu
paupières de feu
rap attrape
superjaune
la nuit d’un faune
rap attrape
superose
le jour en prose
rap attrape
surpervert
à découvert
rap attrape
supergris
la fin des radis
rap attrape
supernoir
aucun échappatoire
*
rap attrape
ecran total
punk animal
sentimental
ça fait mal
rap attrape
ecran total
punk animal
sentimental
rien d’anormal
* * * * * * * *

notes empilées les unes sur les autres...à dépiler ¶ notes piled / notas empilhadas © sonia marques



Film projet © Sonia Marques

Film work in progress © Sonia Marques (2012)

04/02/2012

f o n d r e

rentrer dans l'air et lui du temps des gardiens du paradis fantôme
respirer la libre portée des notes de musique en épées jazz
humecter ses lèvres en fermant ses yeux d'avance merci
les mains les mots le temps rayon x
rentrer dans l'air et lui
enfiler les notes de musique et les épées blanches
entrecroiser les doigts chauds la chance de voir la fumée sur fond de neige
rentrer dans l'air inversé et lui attiré

f o n d r e
un sucre dans l'eau
une larme dans le bain
d'il et d'elle nulle différence
les glaces aux parfums lents fendus épousés
l'élixir menthe des mages aimants
les masques s'effondrent
d'île et d'aile exhumés
matins bleus
magiques

♪ ♫ ♩ ♬ ♭ ♮

La ballade de Jim - Paradis
Cha - Opprefish

I love your music - Tobbiah
Crainte - The hacker & Gesaffelstein
Love theme - Vangelis (Blade Runner)
Navigator - Rico Z

Blaue sonne - Siriusmo
Frisbee Chaos - Michael Una
Bikini - Frank Ricotti
Le petit chevalier - Nico