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Tag - oiseau

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jeudi 11 mai 2017

ṧẘℯℯт

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Photographie © Sonia Marques

lundi 11 janvier 2016

ᕼᗩᖇℱᗩﬡᘐ ᖙᗴᔕ ﬡᗴᓰᘐᙓᔕ



Dans l'ouest de l'Île de Montréal, le 3 janvier 2016, au matin, sur les caméras de surveillance du réseau routier de l'autoroute 40, à la hauteur du boulevard des Sources : un harfang des neiges.

jeudi 20 août 2015

☺ʊїṧεαʊ ḓε ℘αґ@ⅾї﹩

http://www.birdsofparadiseproject.org/

mardi 12 mai 2015

ᑭᓮᖘ〇ᖇᘉᓰ♈ᕼ〇ᒪ〇ᘐᓮᕮ



La session de Christophe Chassol "Pipornithology"

Avec Big Sun, son rayonnant quatrième album, Christophe Chassol clôt sa trilogie d'ultrascores (la méthode d'harmonisation du réel qu'il a développée) commencée à la Nouvelle-Orléans créole (Nola Chérie, 2011) et poursuivie en Inde (Indiamore, 2013). En mars 2014, il part pour la Martinique, d'où sa famille est originaire, ces Indes de l’ouest au cœur de ce qu'il souhaite exprimer de plus personnel et de plus universel. Avec la chef opératrice Marie-France Barrier et l'ingénieur du son Johann Levasseur, ils filment et enregistrent des rencontres, des scènes de la vie quotidienne, le carnaval: un documentaire impressionniste qui constitue la matrice de Big Sun.

Au retour, il compose, monte, assemble, répète et crée les 27 plages d'une odyssée de l'espace antillais en 70 minutes. Big Sun allie le sifflement d'un oiseau et celui de Pipo Gertrude, la poésie de Joby Bernabé, la conversation d'une habitante de la montagne, le rap de Sissido et Samak, la flûte de Mario Masse, le carnaval de Fort-de-France, les conques, le son de la mer ou le chahut d'une partie de dominos. Et de somptueuses pièces comme La Route de la Trace ou Reich & Darwin, qui surgissent au détour d'un virage et nous éblouissent....


Et superbe Odissi (Indiamore)

mercredi 4 décembre 2013

ᗰᗩᖇ♈ᓰﬡ ᖘêᙅᖺᙓ⋒ᖇ

Photographie d'un martin pêcheur, prise sans aucun doute par un photographe ayant un appareil photographique donné par un bon père noël.
Mais retouchée ensuite par un autre photographe qui ne croit pas au père noël.


La seule chose qu'on vous reproche, ce n'est pas que vous vous adaptez facilement à l'environnement que vous parcourez, ni que vous puissiez voler de vos propres ailes, ni même que vous deveniez indispensable à l'environnement, c'est que vous soyez venus librement, comme un migrateur, de tant de régions lointaines, que vous en sachiez plus.

Au mieux, vous devenez une espèce exotique, dont on regarde de loin, avec des longues-vue, les couleurs étincelantes de votre espèce qui provient des reflets prismatiques de la lumière sur vos plumes.

Au pire, vous serez pourchassés comme un intrus qui déstabiliserait la flore et la faune, l'équilibre, pour peu que vous ayez eu l'idée d'informer vos comparses et que vous soyez venus ici à plusieurs.

On vous tuera, on vous dépècera.

Vous aurez droit à une petite image de votre exotisme dans un inventaire numéroté avec l'étymologie latine ou grecque, qu'on inventera pour vous redonner le droit d'être dans une histoire, somme toute, jamais la vôtre.

Des visites seront organisées, parfois en votre honneur et l'on distribuera de quoi sensibiliser les autochtones de votre disparition.

Mais il faudra trouver d'autres responsables, car des bouleversements écologiques arrivent, les changements climatiques confirment la destruction de notre environnement.

On sera tués, on sera dépecés.

Il faudra partir, devenir étranger.

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Mésange bleue (Photographie © Sonia Marques)
Il fait très beau en ce moment. J'ai bénéficié d'une sensibilisation ornithologique par un matin d'hiver extrêmement froid, avec des coéquipiers bien outillés (jumelles, longue-vue, appareil photographique, gants, bonnets, chaussures de marche...) À présent je souhaite m'équiper un peu mieux, habituée à repérer les perles rares et autre trésors culturels, j'ai pu observer les oiseaux dans leur environnement, c'est-à-dire mieux observer leur environnement. Le contexte d'observation est morne, le paysage peut être très difficile, dans les tons gris, marron, sans aucun rayon de soleil, mais dans un silence appréciable et tout d'un coup, nous sommes surpris de voir nous frôler (en rêve) des oiseaux migrateurs, ou de découvrir deux tâches bleues électriques frétillantes frôler (vraiment) l'eau, les martins pêcheurs. Devenir sensible au cri, au chant de certains oiseaux, pouvoir les distinguer, et puis se trouver à observer l'environnement d'où ils émergent, surgissent, se cachent, virevoltent. C'est découvrir l'environnement, le nôtre, que nous ne connaissons pas. Ce que l'on nomme nature.
Les professionnels décryptent et parlent de couleurs, de tâches "fluo", étincelantes, de moucheté, de cravate, comme des peintres le feraient, c'est très appréciable d'entendre leur langage, parfois il me semble ne plus l'entendre dans les écoles d'art même. Il faut donc aller le chercher ailleurs. Et ce langage est très répertorié, mais il y a une vraie lumière dans le regard lorsque la traque longue, dans le froid, s'arrête sur un spectacle fugace, des oiseaux minuscules apparaissent dans un paysage, tant de grâce que ne soupçonnaient pas les ignorants. Et c'est bien la récompense d'une attente, peut-être des jours, des semaines, des mois, sans voir un rapace, un faucon pèlerin qui aime les cathédrales comme si elles étaient leurs collines, leurs falaises. Les hommes savaient-ils qu'ils construisaient durant des siècles des édifices religieux et hautement sacrés, dédiés à leur propre spiritualité, qui allaient devenir de véritables perchoirs et socles inaccessibles des hommes mêmes, lieux idéaux et points de vues divins sur les petits territoires des guerriers qui se chamaillent la terre et l'exploitent ? Seules les choses divines et minuscules, ou invisibles aux yeux des hommes, pouvaient ordonner ce travail, ce long labeur. Et quels édifices, quels nids !
Périples nombreux, ballades, chaque lieux, chaque environnement, un vivier pour la faune et la flore, des études et découvertes qui ouvrent sur un monde, riche. Découvrir des martins pêcheurs fut assez magique. S'il est un bon indicateur naturel de la qualité d'un milieu aquatique, je n'imaginais pas que son plumage serait aussi éblouissant. S'il est de dos, de loin, on perçoit le turquoise, mais dès qu'il se met de profil, c'est un orangé que l'on distingue. Le Martin-pêcheur d'Europe bénéficie d'une protection totale sur le territoire français relatif aux oiseaux protégés (depuis 1981). Il est interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.


Ballade ornithologique (Photographie © Sonia Marques)
De mon côté, artiste, ma recherche est exactement la même. Lorsque je déniche une perle rare, un ou une artiste, une oeuvre, un film, souvent figure de résistance, j'étudie l'environnement, l'histoire et les histoires. Mais j'essaye de m'éloigner des médias, de la masse, des rumeurs, du journal et de leurs formats, leurs protocoles et leurs directions, leur comportement ombilical, de ceux qui n'ont pas voyagé, n'ont pas de distance, je tente de faire l'expérience par moi-même, de trouver les sources des auteurs, l'histoire politique ou intime, philosophique, artistique, tout ce qui peut me permettre de me faire un point de vue, d'élaguer tous les à priori et affirmer une pensée déjà bien achalandée par monts et par vaux... Bref l'environnement et l'étude ornithologique permet exactement de faire ce travail, en territoire naturel. Regarder les arbres, le ciel, les rivières, la terre, le rythme des saisons, c'est aussi percevoir de profonds changements, dans les migrations, les températures, les climats. Je peux ainsi comparer des climats différents, nous pouvons observer ce que protéger veut dire, tuer, chasser, ignorer, contempler, respecter, trouver, écouter, capter, laisser, sauver, soigner, nourrir, sentir, introspecter...
Il faut se faire confiance, rassembler ses histoires et ses migrations, nous sommes des perles rares, nous changeons un environnement lorsque nous y atterrissons. Et puis, nous repartons, à la recherche d'un autre environnement, meilleur.


Gingko (Photographie © Sonia Marques)

L'arbre magnifique, intitulé "jaune" que j'ai pris en photo pour l'article sur le musicien Rabih Abou Khalil, a perdu toutes ses feuilles d'or. C'est en fait un Ginkgo biloba, un arbre du changement, entre les conifères et ceux qui perdent leurs feuilles. Arbre aux 40 écus, la plus ancienne famille des arbres, bien avant les  dinosaures. Utilisé en médecine traditionnelle chinoise aussi. Cet arbre est magnifique. Nous avons vu des boules à terre, comme des fruits, mais ce sont des ovules (à l'origine de l'odeur de beurre rance ou de vomissure qu'elles dégagent à l'automne lorsque l'arbre commence à se rider)



Collage (Photographie © Sonia Marques)


samedi 6 juillet 2013

ᒪᙓ ᖇᗢᓮ ᙓ♈ ᒪ'ᗢᓰᔕᙓᗩᘮ

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LE PORTRAIT DU ROI RÉALISÉ PAR UN PEINTRE : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau
Le Roi et l'Oiseau est un dessin animé écrit par Jacques Prévert et Paul Grimault et réalisé par Paul Grimault. L’histoire est une adaptation du conte La Bergère et le Ramoneur, de Hans Christian Andersen. Il est sorti au cinéma le 19 mars 1980. Des extraits du film furent également publiés aux éditions Gallimard quelques mois plus tard.  J'ai été voir ce film d'animation, en reprise restaurée le 3 juillet 2013. Les dessins sont superbes et l'histoire très actuelle. La caricature d'un personnage despote est pleine d'humour, un roi pathétique isolé dans son château et ses hautes sphères secrètes, ses appartements particuliers situés au 1999ème étage, éminemment seul, tyran pour son entourage servile, qui se mire sans cesse, narcissique à souhait, faisant réaliser toute oeuvre artistique et populaire (sculpture, jardin, feux d'artifice, tableaux...) à son effigie.


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Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Synopsis :

Le roi Charles V + III = VIII + VIII = XVI (lire « Charles Cinq et Trois font Huit et Huit font Seize ») règne en despote sur le royaume de Takicardie. Il caresse l'espoir d'épouser une charmante bergère, mais la jeune fille est éprise d'un petit ramoneur « de rien du tout » (ces deux personnages sont sortis de tableaux présents dans les appartements royaux, tout comme le portrait du roi qui prend la place de celui-ci après que la police a pris en chasse la bergère et le ramoneur). Grâce à l'aide de l'oiseau qui a l'habitude de narguer le roi, les deux amants parviennent à s'enfuir ; mais leur entreprise est mise à mal par les projets du roi et les déboires de la police. Grâce à son gigantesque automate, le roi finit par capturer la bergère et envoie le ramoneur et l'oiseau à l'usine. Ils sont ensuite jetés aux lions pour crime de lèse-majesté mais parviennent à s'en faire des alliés et vont empêcher le mariage. Le roi s'enfuit avec la bergère sur l'automate mais l'oiseau ramène le ramoneur et prend le contrôle de l'automate, il démolit alors le palais maladroitement puis de plus en plus méthodiquement jusqu'à en faire un tas de ruines. 

LE PEINTRE RÉALISANT LE PORTRAIT DU ROI : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

L'une des premières scènes est géniale. Un peintre est en train de réaliser le portrait du roi. Le roi de Takicardie contrôle tout et le peintre et le tableau, avec l'aide de son policier. Toute erreur, c'est-à-dire, "peindre la réalité" (le roi louche) est passible de punition et le peintre en tremble au moment de la dernière touche : les yeux. Après avoir réussi à poser les deux dernières touches des deux yeux qui louchent, le peintre se fait expulser, une fois le tableau acquis, par un geste sur l'échiquier du roi, qui actionne une trappe, par laquelle disparaît le peintre. Tous les collaborateurs proches du roi, après s'être soumis aux ordres, disparaîtront chacun par les trappes, d'un seul geste similaire : actionner les pièces d'un échiquier. La vie des autres n'a aucune importance pour le roi de Takicardie. Il les envoies aux oubliettes. Cette première scène de l'histoire, résume le narcissisme du roi et son immaturité. Son image est partout et rien d'autre n'existe que sa petite personne. Aucune distance critique n'est permise et donc aucune évolution : le roi ne grandira jamais. C'est comme si, le roi, faisait lui-même son portrait, mais ne sachant pas peindre, il oblige un peintre à exécuter un portrait fidèle à l'image démesurée qu'il a de lui-même, basée sur l'apparence. En vérité le roi est disgracieux et ne voit pas très bien. Le roi ne sait pas faire grand chose. Tous ses employés et spécialistes sont obligés de s'activer pour réaliser tout ce qu'il ne sait pas faire, et la tâche est grande, à l'échelle d'un royaume.

LE ROI ADMIRANT SON PROPRE PORTRAIT PEINT : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Une autre scène de l'histoire géniale, montre la soumission de ses collaborateurs. Le roi de Takicardie s'entraîne au tir, à l'arme à feu. Et la cible est un petit oiseau. Sa passion semble être la chasse à l'oiseau. Mais il ne sait pas tirer. Sa vision est floue, il louche.

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LE ROI QUI S'ENTRAINE SUR UNE CIBLE : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Il tire, puis un serviteur va assez rapidement faire des trous, pile à l'endroit du centre de la cible, sur le signe de l'oiseau. Puis le serviteur montre le résultat au roi, qui se félicite d'avoir touché l'oiseau en plein dans le mille, bref, d'être le meilleur.

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LE SIGNE D'UN OISEAU, LA CIBLE DU ROI : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Dans chaque scène du film, ses collaborateurs, la police, vont se mettre à disposition du roi et de ses caprices, de ses ordres, jusqu'à participer à le tromper sans cesse, tromper la réalité, afin de pouvoir exaucer ses voeux. Afin que l'image surdimensionnée soit fidèle à la petite vision du roi, chaque collaborateur va embellir le portrait du roi et supporter ses vives colères, son hystérie, sa tyrannie. Il y a même une usine avec des ouvriers, souvent des prisonniers, qui fabriquent des moules à l'effigie du roi. Insensible, dénué de tout esprit, il conduit son royaume comme il respect son chien : à la baguette. Toute incorrection engendre une punition. Dans un tel contexte, la « popularité » du monarque ne peut être qu’artificielle. Les insurgés, dans le film, sont des amoureux et un oiseau.

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FABRICATION DE PORTRAIT EN SÉRIE DU ROI : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Le roi Charles V + III = VIII + VIII = XVI est tombé amoureux de la Bergère, préoccupé par sa descendance, il rêve de l'épouser, et pour réaliser ce caprice ultime, il la force, alors qu'elle est aimée et aime le ramoneur. Le despote se transforme en tyran. Mais sa tyrannie se retourne contre lui, car il est inculte et non éclairé. Un oiseau va changer la donne, interprète, il va aider les deux amoureux, la bergère et le ramoneur, à s'échapper des cadres du roi, en leur faisant découvrir le monde. En premier lieu les étoiles du ciel la nuit. C'est tout un peuple contraint à l'obscurité et à la famine, qui va s'ouvrir et sortir de sa condition d'aveugles. L'oiseau parviendra à faire passer des fauves pour des oiseaux, car les ignorants n'ont jamais vu, ni des oiseaux (le roi les chassent et les emprisonnent) ni des fauves (le roi les maintient dans des fosses emprisonnés) et à libérer les animaux. L’Oiseau connaît le « langage lion » et convainc les féroces animaux de les épargner (car l'Oiseau et le ramoneur furent prisonniers du roi, pendant le mariage de la bergère et du roi) et de le suivre au palais royal où se déroule la cérémonie nuptiale. Le Roi enlevant la Bergère se réfugie dans le grand robot piloté par un servile fonctionnaire qui actionne le géant. L’Oiseau s’empare des commandes du robot. La Bergère et le Ramoneur sont sauvés. Le robot détruit Takicardie. Au bord de la mer un nouveau village s’est élevé : la Bergère et le Ramoneur vivent heureux au milieu d’un peuple libéré de l’étreinte d’un tyran.


LA BERGÈRE ET LE RAMONEUR DÉCOUVRANT LE MONDE : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Au début, la Bergère et le Ramoneur prisonniers dans leur cadre étroit s’animent et fuient la chambre du Roi par la cheminée, pendant que le Roi de Takicardie dort. C'est le portrait du peintre qui s'anime et va poursuivre et remplacer le roi. Son image surdimensionnée, narcisse va prendre corps et pour commencer va virer la sculpture d'un vieux sage sur son cheval de marbre, afin de prendre sa place et partir dans un tableau, plonger dans l'eau. Mais le Roi ne peut usurper un sage très longtemps, son immaturité revient au galop.

LE ROI ET SON CHIEN : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Le Roi lance sa meute de policiers à la poursuite de « la Bergère et d’un petit ramoneur de rien du tout », selon ses mots diffusés depuis des hauts parleurs, sur les toits, les canaux, dans le palais, dans la ville basse. On peut imaginer, aujourd'hui, le contrôle des radios et des médias de diffusion selon les caprices d'un despote, les phrases émises, fausses et incohérentes, la chasse aux sorcières, etc.

FUITE DES AMOUREUX AIDÉS PAR L'OISEAU : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau





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Le despotisme :
Le despotisme est une forme de gouvernement où l'autorité est exercée par un individu qui règne avec un pouvoir politique absolu, et de manière abusive au regard des lois. Dans sa forme classique, un despotisme est un état où un homme unique, appelé un despote, retient tout le pouvoir, et toute autre personne est considérée non pas comme son esclave mais comme un membre de sa famille. Le terme despotisme désigne à l'origine le pouvoir qu'exerce un père sur ses enfants. Le despote œuvre pour le bien de sa famille. Le pouvoir despotique donne une marche de conduite à suivre, tel que le ferait un père envers ses enfants. Cette forme de despotisme est la première forme connue d'État et de civilisation. Le despotisme est différent de la tyrannie qui est un régime où seul l'intérêt du tyran compte. Le tyran se sert des sujets de façon abusive afin de satisfaire son propre intérêt, et non pour le bien commun.

Étymologiquement, il y a une différence entre « tyrannie » et « despotisme » : dans la Grèce antique, un tyran était un homme qui disposait d’un pouvoir acquis de manière illégitime : un esclave qui prenait le pouvoir, un dictateur arrivé au pouvoir après un coup d'État, ou l'un de ses héritiers. Selon Platon d'ailleurs, le tyran est une des quatre catégories d'hommes coupables.

On peut imaginer dans notre société, que plus l'asservissement du peuple, des employés est grande, plus le despote a de pouvoir. Et plus il contrôle les médias (presse, Internet, radio, toute image, et l'art...) ce que la masse reçoit (ou ne reçoit pas si le tyran coupe toute communication) plus les plus faibles et pauvres seront asservis et jusqu'à idolâtrer de mauvaises images, propager de mauvais messages. Et la passivité ne fait qu'affirmer la solitude d'un règne, voir la naissance d'une dictature. Le passage du despote au tyran est glissant, mais tout ne dépend-t-il pas de l'asservissement de l'entourage ? Du manque de distance critique, de l'ignorance, de la faiblesse psychique, ou de l'état de terreur dans laquelle sont retenus les prisonniers ?

Dans le film, à aucun moment, le roi ne se remet en question. Il a maintes possibilités pour changer son destin, mais il le ruine, en conservant une image erronée. Le roi est montré comme un petit garçon qui ne souhaite pas grandir et auquel chacun materne ses artifices et faiblesses, sans jamais l'offenser. Le roi ne connait aucune entrave, aucune confrontation avec la réalité, il est coupé de tout contact. Il est prisonnier d'un grand mensonge : son royaume n'existe pas pour personne, sauf pour son image. La candeur des amoureux est peut-être la plus stéréotypée dans le film, mais elle n'est pas le sujet du film. Car tout est dans le titre : Le roi et l'Oiseau. Un drôle d'Oiseau. Le ramoneur parvient à faire quelques tâches sur les portraits du Roi, pendant son emprisonnement à l'usine. Et c'est un moment iconoclaste très intéressant, le début de l'art.

L'ascenseur

L'ascenseur, dans ce film, est représenté par une sorte de petite fusée qui ressemble à un oiseau (dans le sens, qu'elle a le pouvoir de "faire monter", voler) avec une petite couronne. Cet objet futuriste est très intéressant, sorte de monade, qui traverse des étages vides, espaces vacants, fastueux, espace sidéral, un étage se compose d'un petit zoo. Cet ascenseur social ne mène qu'aux appartements secrets du Roi de Takicardie, dans un écrin de solitude. Le texte qui décrit tous les étages ressemble à des ministères vides de sens. La poésie du système administratif nous emmène vers des cieux que l'on connaît tous : la capacité de l'être humain à déléguer des délégations de choses pour des choses inexistantes, des représentations de la folie de la logique. Et ici, tout illogisme devient poétique. L'absurde construit ce château, et ce château est dirigé par un mécréant au plus haut niveau de sa mégalomanie, qui le conduira à sa propre ruine. L'inventaire des étages desservis est vertigineux et sublime. L'énumération des différents services du palais lors de la montée en ascenseur est une référence au poème Inventaire de Jacques Prévert. Un cabinet de curiosité contagieux qui inspire nombre d'artistes et poètes. Dans les pires situations d'oppression, nous savons poètes, écrire des inventaires, afin de ridiculiser l'oppression, se moquer des urgences et des organisations vides. Vive la poésie, vive les mots et l'humour savant !

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L'ascenseur : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

Premier étage, affaires courantes, contentieux, trésorerie, orfèvrerie, trésor public, impôts et taxes, liquidation (Le Roi fait non de la tête), solde de tout compte, famille royale (l'ascenseur reprend sa montée). Prison d'état, prison d'été, prison d'hiver, prison d'automne et de printemps, bagne pour petits et grands (l'ascenseur traverse un étage immense, murs gris, pont-levis, plusieurs étages de prisons), équipement militaire, ministère de la guerre et des hostilités, sous-secrétariat d'état à la paix, panoplies en tout genre (étage supérieur : extérieur) bonneterie, feux d'artifices, dernière cartouche, fourrure, chapeaux, képis, trompettes, brosses à reluire et tambours, gendarmerie, lavatories, manu-militari, grandes imprimeries royales (vue de l'intérieur de l'ascenseur : le Roi droit, immobile, le regard fixe), lettres de cachet, taxes et impôts, contrainte par corps (ascenseur : extérieur), oubliettes et catacombes, passementerie et casse-tête, ombrelles et parapluies, casino, tir au pigeon, musée de l'armée, jardin des plantes (L'ascenseur ralentit devant le zoo ; singes.), galerie des ancêtres, grands ateliers du roi, asile de nuit du roi, gibier de potence du roi, salon de coiffure du roi (l'ascenseur monte toujours à l'extérieur du palais, porté par une tige), pédicure du roi, bains de vapeur du roi, grandes eaux lumineuses du roi (l'oiseau s'approche du hublot de l'ascenseur et se moque du Roi), musique de chambre du roi, trompettes de la garde du roi.


L'ascenseur : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

L'art :

La scène de l’usine, montre l’asservissement de l’art en donnant à voir les rouages de la production artistique du royaume de Takicardie. Les œuvres d’art sont des propagandes et l’organisation du travail sert au fonctionnement du despotisme. La révolte finale du ramoneur et de l’oiseau, est une libération politique et une apologie de la liberté artistique défendue par Grimault et Prévert. Le roi de Takicardie a un seul sujet pour l'art : sa figure. Toute la production artistique du royaume se concentre autour de cette figure, inlassablement reprise par tous les arts (peinture, sculpture), sous diverses poses (bustes, portraits en pied, à cheval...) et selon différentes échelles. Le caractère obsessionnel de cette production artistique de masse, à l'usine, répond à l’impératif d’omniprésence de la figure du despote. Un despote pour assurer sa propre subsistance, celui-ci doit surveiller ses sujets sans relâche et donc être ici et partout. Aujourd'hui, nous pourrions imaginer, en plus de cette usine, le système des médias et le contrôle absolu du despote sur les journalistes et photographes, d'Internet. Les reproductions du roi sortent donc de l’usine à la chaîne et parsèment la ville. Et l’on peut rapprocher cette omniprésence symbolique du roi dans la cité de celle, réelle, des policiers dans la ville : dans les deux cas, il s’agit de rappeler partout la présence et la force du pouvoir étatique. Il n’y a que dans l’appartement du roi que d’autres œuvres d’art se donnent à voir, mais cet appartement est secret, et ces œuvres ne sont visibles que par lui. Le fait que le roi soit l’unique modèle des arts suggère encore les idées suivantes : le despote incarne l’État à lui tout seul et le caractère absolu de son pouvoir l’amène à s’isoler de tous. De fait, la ville haute semble étrangement déserte, privée d’habitants en dehors du roi et de ses sbires. La production artistique est fondamentalement propagandiste : les reproductions sont mensongères, comme le montre la séquence où le peintre artiste est châtié parce qu’il peint le strabisme du roi, et exaltent toujours la figure royale.


L'USINE, LA FABRIQUE DE L'ART : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

(dés)Obéissance :

L’obéissance des sujets du royaume est figurée par le mode de travail, mécanique et aliénant. La présence policière dans l’usine (homme en armes, policier) renforce l’idée de l’organisation du travail et la société (oisiveté du policier, qui mange nonchalamment et suractivité des travailleurs) Les accents martiaux et militaires de la musique, ainsi que la forme des moules des sculptures du roi qui ressemblent à des obus, renforcent le rappel de la toute-puissance royale. Le travail se fait à la chaîne et en fonction de critères de rentabilité. Les ouvriers sont esclaves de la machine, pressés, surveillés, et le travail est parcellisé : chacun accomplit un geste unique, répétitif et absurde. Les soumis font la révérence d’acquiescement et de renoncement. Leur rire de lèse-majesté est grossier.

Critique :

Le réel et l’apparent, le haut et le bas, ainsi que l’endroit et l’envers structurent en effet la critique orchestrée par Grimault. Les moulages des statues sont montrés à l’envers et à l’endroit : à l’endroit, ils exaltent la figure royale ; à l’envers, on s’aperçoit que ces moulages sont totalement creux et que l’autorité royale ne repose sur rien. Le film met en abyme l’obstination de Grimault et son refus des images standardisées et bien-pensantes. Refusant de délocaliser la production de son film, Grimault s’est résolu à prendre son temps, à rester indépendant et à ne jamais verser dans les idées toutes faites sur ce que les enfants peuvent ou ne peuvent pas entendre et voir dans un dessin animé.


Les oiseaux :


Dans le film, les oiseaux sont les proies. L'Oiseau parleur, l'interprète, celui qui a beaucoup voyagé, est veuf. Sa femme a été tuée par accident lors d'une chasse (à oiseaux et sans doute par le Roi) Mais ils sont les sauveurs, les éclaireurs. Ils ont le pouvoir ultime de voler, de se libérer des chaînes. Aussi, l'oisillon est la figure de la fragilité, l'imprudence, la curiosité, l'innocence, la naïveté, tandis que l'Oiseau veuf, de toutes les couleurs est un hybride d'oiseaux. Il parle le toucan, le perroquet et même le lion. Il est le seul critique, intelligent, sage et protecteur.


LES OISILLONS : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

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LE PETIT OISEAU IMPRUDENT : Image du dessin animé français créé par Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau

LES FAUX ET LA RÉALITÉ :

Le Journaliste : Le Roi, debout avec la Bergère sous l'immense dais de velours rouge au-dessus du trône, savoure silencieusement son triomphe. Près de lui, son chien, fier comme Artaban, poudré de frais, portant perruque à la mode des petits pages du dix-huitième siècle, fait le beau. C'est l'instant solennel où le Maire du palais, s'agenouillant respectueusement devant son souverain bien-aimé, lui pose, avec un sourire d'une rare obséquiosité, la question rituelle.)

Le Maire du palais : Acceptez-vous, Sire, de prendre cette modeste bergère pour épouse ?

Le Roi (avec le sourire d'un gosse à qui on donne une friandise) : Oui !

Le Maire du palais : Acceptez-vous, modeste bergère, l'immense honneur que vous fait Sa Majesté en vous prenant pour épouse ?

(Silence)

Le Maire du palais : Acceptez-vous, modeste bergère ?

Le chef de la police, dissimulé derrière la Bergère : Oui, bien entendu, en voilà une question !

Le Maire du palais : Ils sont unis !

Le Journaliste : Ils sont unis ! Le visage de la petite reine resplendit de bonheur.

(La Bergère fond en larmes et se cache le visage dans son voile. Des vivats éclatent.)

Ecoutez la voix de l'assistance au comble de l'enthousiasme, criant "longue vie à Leurs Majestés !".

L'assistance : Longue vie à Leurs Majestés !

(L'écho des vivats se répercute dans tout le palais. On tire un feu d'artifice extraordinaire.)

Le chef de la police : Bonheur ! Santé ! Prospérité ! Et longue vie à leurs futurs petits princes

Le Roi : Merci. Vous m'avez rendu un immense service. Mais qu'il reste entre nous.

(Il tire un cordon ; le chef de la police disparaît dans une trappe.)

Le Roi et l'Oiseau (1980) est le film-culte de tous les passionnés de cinéma d'animation à travers le monde, en particulier les cinéastes japonais Miyazaki, (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro) et Takahata (Le Tombeau de lucioles) qui tiennent Grimault pour leur maître. Une première version du film, La Bergère et le Ramoneur dont le scénario était adapté du conte d'Andersen par Jacques Prévert, sortit en 1953, mutilée par la production pour des raisons économiques, et, pour cela, désavouée par ses auteurs. C'est au terme d'une épopée de vingt-six ans que P. Grimault et J. Prévert pourront enfin réaliser leur oeuvre telle qu'ils l'avaient rêvée : Le Roi et l'Oiseau.

mardi 12 mars 2013

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Études  (photographie © Sonia Marques)

Les perroquets sont des animaux grégaires et surtout des animaux proies. De par leur statut grégaire, le groupe a préséance sur l’individu et, si un perroquet est blessé ou malade, les instincts de proie et grégaire prennent le dessus. Conséquemment, le groupe chassera l’infortuné perroquet pour éviter d’attirer un prédateur potentiel. L’oiseau ainsi banni, renié par le cocon protecteur qu'est le groupe, n’est ni plus ni moins qu’un animal condamné à mort. Le perroquet cherchera par toutes les ruses et tous les moyens à camoufler le plus longtemps possible aux membres de son groupe social les signes de détresse ou de maladie qui pourraient être apparents. Il puisera dans toutes ses réserves d’énergie pour avoir une apparence normale, des attitudes et agissements normaux de façon à masquer tout signe de détresse allant même jusqu'à vocaliser pour camoufler son piètre état. Il n'est pas toujours facile de décoder les perroquets. L'art de camoufler les choses ou les rendre subtiles cause bien des soucis aux propriétaires d'oiseaux de compagnie ainsi qu'aux vétérinaires traitants.
Le deuil d'un inséparable est aussi mystérieux. Il peut chanter et redoubler de gaité, jouer avec des brindilles. Pourtant il se retrouve seul, sans l'habitude quotidienne de se lover au creux de son compagnon ou d'accueillir celui-ci tout près de son coeur. Dans un espace grandiose conçu comme une villa au bord de la mer, avec des objets de couple et des lieux de travail, de repos, de fringale et d'escalade, de bain et de boules, il ne peut ni avertir ses parents, ni promener ses enfants, s'il n'a ni les uns, ni les autres. Lire le journal n'est pas non plus une activité qui le réconfortera car personne ne parle de son amour perdu, ni même de lui. Il n'a ni été prévenu, ni préparé au manque. Une volatilisation d'être aimé et d'aimer. Son organisation reste la même, son calendrier dans sa tête, sauf qu'il prend ses aises sur le cerceau, au milieu, plutôt que de le partager. Il piaille plus fort lorsqu'il fait sa sieste comme pour entendre son écho et pas celui de l'absence. Il visite tous les lieux et regarde bien dans les noix de coco, au cas où, il saute de la baignoire aux perchoirs, fait mine de dormir, se réveille en sursaut et revérifie bien les noix de coco, au cas où, la figure de son compagnon serait là, dans ses lieux fétiches, dans la baignoire, il regarde à travers la fenêtre. Il commence une activité qu'il n'avait pas avec son amoureux, ou qu'il ne s'autorisait pas à faire, ou bien, à laquelle il n'avait jamais pensé. Il grignote méticuleusement la frange colorée du cerceau conjugal, jusqu'à mâchouiller les filaments un par un. Et cela dès qu'il se retrouve seul. C'est-à-dire, tout le temps, mais il ne s'en aperçoit pas. Une obsession, un hobby, une fantaisie... Une folie ! Le rythme régulier est important, la place des choses, l'heure du coucher sera toujours plus tôt qu'avant et le réveil, un peu interrogatif. Où est l'autre, dans ce jour nouveau perçant ? Au début il est guilleret car il pense qu'il va revenir et s'excite de joie dans tous les sens, se cogne la tête sur son perchoir, il est complètement gaga, gogo, de cette nouvelle journée, de cet espoir du rayon de soleil. Puis les jours se ressemblant, les uns après les autres, il reste perché en haut du cerceau et le matin y reste les yeux ouverts, comme circonspect. Il prend son petit déjeuner seul, grignote, il a un appétit d'oiseau. Puis il remonte en haut du cerceau circonspect.
Reste à savoir, aux propriétaires d'oiseaux de compagnie, s'il fait une dépression, et se laisse mourir en paraissant joyeux, ou s'il apprécie sa nouvelle vie de célibataire, est soulagé, ou s'il attend un ami, une amie, lui apprendre des nouveaux tours. La gestion du deuil n'est pas évidente, mais chacun son rythme.
D'un seul coup, le propriétaire de l'oiseau esseulé devient le compagnon dont le retour, les faits et gestes, les attentions prennent une importance jusque là anodine, lorsque le couple solidaire formait l'amour, la protection, le repos et les jeux ou le grand nettoyage.
Alterner le chant, la musique et le silence pour un sommeil réparateur devient une façon d'accompagner un deuil. Quelques visites ou sorties avec de nouvelles bêtes divertissantes. N'est-ce pas là ce que les êtres humains s'octroient comme semblable régime ?

Les subtiles états d'âmes des ailés nous rapprochent un peu plus des cieux. Rien n'est brusque et la poésie, fut-elle triste, la fin ou les questionnements, sont toujours légers et parfois disparaissent sans appesantir l'autre, les autres, leurs laissant la sensation d'une caresse, sans trace.

samedi 17 mars 2012

Ḡн◎ṧ☂ ♭łüε ḯη∂☤@ᾔ ґḯᾔ❡η℮ḉк & мαℊї¢ ßℓα¢к нα⊥

Ghost blue indian ringneck & magic black hat © Sonia Marques
Capture écran du film Ghost blue indian ringneck & magic black hat de Kiwaïda - 2012

"Je souhaitais concevoir un film comme un petit bijou sur une page Internet. C'est une vidéo aux 'rayons X", qui oscille entre statue, objet mort (la porcelaine de l'oiseau) et être vivant ou revenant (l'oiseau qui vole en sens inverse) La dresseuse pose aussi en statue quand ce n'est pas l'oiseau qui la cherche sous le chapeau. L'essai étant toujours de passer la bague au doigt, le coeur comme attachement et détachement, sans qu'il reste, car l'animal est rebelle, la perruche bleue à collier, rouspète. Je souhaitais que les taquineries ne soient pas univoques mais provoquées par l'humain ou l'animal, dans les interactions de jeux démos pour passer l'ennui et créer du hasard sonore et visuel. Le déguisement est le chapeau noir, le "black hat", le méchant pirate, qui, en fait, est un chapeau blanc, un "white hat", un héro. Les deux 'hackers' sont des chevaliers du Web. Dans le film, tel le hacker, la magicienne est un bidouilleur. On ne sait pas ce qu'il (elle) trafique, juste qu'il y a de l'amusement et de la surprise. L'image fantôme restitue des jeux rapides dont les sons deviennent aussi des artefacts."

Vidéo de l'artiste Kiwaïda conçue dans le cadre du projet "Magic Ring", un ensemble de sites Internet d'artistes liés les uns aux autres sous la forme d'un anneau, exposé dans l'espace virtuel du Musée du Jeu de Paume à Paris (commissariat de l'exposition "form@ts" par Christophe Bruno), du 16 mars au 18 septembre 2012. "Magic Ring" est mené par les artistes français professeurs Sonia Marques & Étienne Cliquet, avec les étudiants d'écoles d'art et des artistes internationaux invités.


Crédits / Autoproduction : © Sonia Marques - 2012
Ghost blue indian ringneck & magic black hat : http://www.ringneck.kiwaida.nu
Magic Ring : http://www.magic-ring.net
Kiwaïda : http://www.kiwaida.nu

vendredi 16 septembre 2011

L'oiseau loisir

Sonia Marques : L'oiseau loisir

© Sonia Marques, L'oiseau loisir - 2011
"Je m'enferme dans ma chambre et, comme une divinité dans son nuage, je m'enveloppe dans la fumée de ma pipe. J'ai un ami intime qui fait mes délices et que tu aimerais à la folie. C'est un sansonnet familier que Pagello a tiré un matin de sa poche et qu'il a mis sur mon épaule. Figure-toi l'être le plus insolent, le plus poltron, le plus espiègle, le plus gourmand, le plus extravagant. Je crois que l'âme de Jean Kreyssler est passé dans le corps de cet animal, il boit de l'encre, il mange le tabac de ma pipe toute allumée, la fumée le réjouit beaucoup et tout le temps que je fume il est perché sur le bâton et se penche amoureusement vers la capsule fumante. Il est sur mon genou ou sur mon pied quand je travaille, il m'arrache des mains tout ce que je mange, il foire sur le bel vestito de Pagello. Enfin c'est un animal charmant. Bientôt il parlera, il commence à essayer le nom de George."
(George Sand, dans une lettre à Alfred de Musset, Venise, 15 avril et 18 avril 1834)

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Dans le menu Incognitos de mon site Internet Kiwaïda où je présente mon nouveau catalogue de dessins réalisé en août 2011, j'ai rajouté un petit texte à propos des oiseaux :

Ce qui n'est pas écrit dans le texte dédié aux Incognitos, c'est la part belle aux oiseaux. En réalisant ce catalogue de dessins, en couleur, il devenait évident que les êtres ailés soient en couverture. Ils m'accompagnent, m'inspirent, j'en élève et les vois grandir. Ils font à leur manière la même chose. Ils me regardent, témoins quotidiens et nous conversons. Un de mes albums musicaux en a été la dédicace (Pépino) Dans mes lectures de George Sand, hasard, je me suis aperçue que cet écrivain avait cette même admiration. Alors je cherchais ses mots en vain. Voici ce que je trouvais :

"L'oiseau, je le soutiens, est l'être supérieur dans la création. Son organisation est admirable. Son vol le place matériellement au-dessus de l'homme, et lui crée une puissance vitale que notre génie n'a pas pu encore nous faire acquérir. Son bec et ses pattes possèdent une adresse inouïe. Il a des instincts d'amour conjugal, de prévision et d'industrie domestique; son nid est un chef d'oeuvre d'habileté, de sollicitude et de luxe délicat. C'est la principale espèce où le mâle aide la femelle dans les devoirs de la famille, et où le père s'occupe, comme l'homme, de construire l'habitation, de préserver et de nourrir les enfants. L'oiseau est chanteur, il est beau, il a la grâce, la souplesse, la vivacité, l'attachement, la morale, et c'est bien à tort qu'on en a fait souvent le type de l'inconstance. En tant que l'instinct de fidélité est départi à la bête, il est le plus fidèle des animaux. Dans la race canine si vantée, la femelle seule a l'amour de sa progéniture, ce qui la rend supérieure au mâle; chez l'oiseau, les deux sexes, doués d'égales vertus, offrent l'exemple de l'idéal dans l'hyménée. Qu'on ne parle donc pas légèrement des oiseaux. Il s'en faut de fort peu qu'ils ne nous valent; et, comme musiciens et poètes, ils sont naturellement mieux doués que nous. L'homme-oiseau, c'est l'artiste." 
(George Sand, Histoire de ma vie, 1847)

De mon côté, l'accès à la contemplation est peut-être ce que m'ont appris les êtres ailés. Ils symbolisent l'imaginaire, l'intelligence et la beauté et sont des miroirs de nos fragilités, dans ce que nous avons acquis de prédation, ne serait-ce que dans l'invention des cages, de la capture, dans ce qu'il y a en tension avec l'envol et la liberté : le pouvoir magique de voler. L'éthologie et les découvertes outre-atlantique sur la vie domestique avec des oiseaux ont été, (au-delà des à prioris sur la fantaisie de ce hobby, qui n'en est pas un, pour ma part) un loisir alors vital. Loisir pour l'oiseau me semble être plus honnête afin de le rapprocher de l'humain et ses passe-temps favoris : Le mot, dérivé du verbe latin licere (être permis), signifie, au début du XIIe s., la " liberté", l'"oisiveté". Puis, à partir du XVIIIe s., il évolue vers le sens de"distraction". Également, je distrais les oiseaux, étant convenu entre nous, que nous sommes en cages respectives (nos habitats), et que, d'êtres captifs, d'égal à égal, nous passons le temps à siffler, barvarder en perruches, si ce n'est dessiner et déchiqueter du papier. Et dans notre monde contemporain : enlever les touches du clavier d'un ordinateur est un jeu d'adresse et de vive désobéissance assez jouissif. 

Cela dit, boire de l'encre et respirer un nuage de fumée de pipe au quotidien, n'importe quel oiseau, même écrivain rejoindrait le paradis un peu plus tôt... sans avoir eu le temps d'écrire ses propres maux.