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vendredi 9 décembre 2016

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Démo dessin (pour des étudiants) 7 et 8 décembre 2016 (© Sonia Marques)

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Premier dessin démo ce semestre, devant les étudiants, improvisé pour mon studio "Il pulcino nero".
Elles travaillent, elles dessinent, elles apprennent, et moi aussi, avec un peu d'avance. J'ai mis de la couleur, mais nous sommes au trait noir, les temps sont difficiles, nous n'avons plus beaucoup de moyens.
Autours de nous, il y a beaucoup de moyens, et peu d'idées. Nous continuons à chercher des idées et les développer, avec très peu de moyens, nous continuons.
C'est Noël, tous les fonctionnaires sont récompensés de leur année, de leur service effectué.
Ils ont tous bien travaillé, ils ont reçu des primes, la paye est bien arrivée, très tôt, très très tôt.
Ils font des cadeaux. Ils partent en vacances.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Des guirlandes colorées, des fils barbelés, des accordéons du savoir, désaccordés. D'accord, d'accord.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Des maladroits, des blessés, des familles entières, des plus lourds, des empereurs.Tableaux de fils.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. De ceux que l'on insulte, des estropiés, des amputés. De ceux que l'on écrase, de leurs cicatrices, des marques de pneus.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. De ceux qui se soutiennent, des familles téméraires, ils se portent, se supportent, se transportent, s'importent, s'exportent, qu'importe... Du porte à porte.

D'où viennent ces pieds ?
Des fonctionnaires obéissants qui vivent sur la banquise glacée au service des autres.
Ce sont des manchots, ils limitent les forces de frottement lorsqu'ils nagent.
34 jours de mue, très rapide. Le mois de janvier annonce un plumage nuptial, les manchots palissent.
Ils redeviendront sombres, année 2017.



Démos dessins (pour des étudiants) 7 et 8 décembre 2016 (© Sonia Marques)

Les bandits manchots se tiennent les ailes, raides et aplaties, solidaires.
Incapables de voler.

mercredi 27 juillet 2016

ᗷᓰᒪᒪᗴᔕ ᖱᙓᔕ ᙅᓰᙓᘮჯ

Nouvelles créations, sans titre © Sonia Marques (120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Nouvelles créations (gros plan) , sans titre © Sonia Marques (extrait du format 120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Nouvelles créations, sans titre © Sonia Marques (120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Nouvelles créations (gros plan) , sans titre © Sonia Marques (extrait du format 120 cm x 80 cm) - Dessin, peinture, photographie

Deux grands dessins sont apparus en réalisation depuis hier. Pas encore de titre, ils sont différents et se ressemblent, l'un est blanc, l'autre est noir. Ils représentent de loin, des nuages hérissons, mais de plus près ce sont des paysages tourbillonnants.

Ces nuages montrent du doigt le monde d'ici-bas, aériens, transparents mais rendant visible le spectre de la lumière. La réflexion et la dispersion par les gouttelettes d'eau en suspension dans l'atmosphère des radiations lumineuses qui se combinent dans la lumière blanche du soleil produisent des nuages hérissons.

Nuages atmosphériques, tâche d'huile des cieux. Regarder à travers des billes transparentes.

*

Dans le même temps, je viens de découvrir les poèmes d'Herberto Hélder, écrivain et poète portugais, en particulier son poème continu (1961 - 2008) La critique littéraire rapproche son langage poétique de l'alchimie, de la mystique. Il n'y a pas de hasard. Je me suis demandée quels poèmes pouvaient correspondre avec ces nuages et ces jours-ci.

J'ai choisi 2 poèmes : Les blancs archipels (1970) pour le dessin du nuage blanc, et Le couteau ne tranche pas le feu (2008) pour le dessin du nuage noir.

Ils sont incomplets, seule la première page de chacun se trouve photographiée.

   

Extraits des poèmes d'Herberto Hélder : Les blancs archipels (1970) et Le couteau ne tranche pas le feu 

mercredi 15 juin 2016

ℱѦℛ☾∃

dimanche 5 juin 2016

ⓅⓄⓄⓁ

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© David Hockney :  Sun On The Pool Los Angeles April 13th 1982
composite polaroid, 34 3/4 x 36 1/4 in.

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© Sonia Marques :  Mouvance (June 2th 2016)
big drawings

Suite à ma conférence, d'autres dessins de la série Mouvance...
Il pleut dans la piscine, l'eau monte en France

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© Sonia Delaunay Robes-poèmes (dessin au pochoir 1919-1928)
© Sonia Delaunay :  Prismes élecriques (1913) Peinture à l'huile (56 x 47 cm)

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© Sonia Marques :  Le voleur de cacahuètes (2016) Dessin

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© Matisse, Maquette en papiers découpés pour le journal "Verve", 1945

mardi 8 mars 2016

ℱʟ◎¢☺η﹩ ∂ε ηℯḯℊε

BB (montage Sonia Marques avec images du film de Bozzetto et photographie de l'école de Bourges)

Souvenir de ce 8 mars, journée des droits de la femme, journée de travail pour moi, à l'école d'art de Bourges.

Officialisée par les Nations Unies en 1977, la “Journée Internationale des Femmes” trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. C’est une journée de manifestations à travers le monde : l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes. Traditionnellement les groupes et associations de militantes préparent des manifestations, pour fêter les victoires et les acquis, faire entendre leurs revendications, afin d’améliorer la situation des femmes.

Première journée où je voyais des flocons de neige tomber cet hiver. Moment où je projetais un film de ma programmation des années 70 de Bozzetto, dans lequel, il y a également des flocons de neige. Une façon de célébrer les droits des femmes, car dans ce film, l'orchestre est composé de femmes âgées qui travaillent pour les hommes. Ils ont été les chercher loin, transportées dans un camion, afin qu'elles jouent chacune, costumée, d'un instrument de musique. Affamées et toujours vaillantes. Allégorie de la pauvreté masquée. Le dessinateur et la femme de ménage tombent amoureux et s'enfuient en volant, métamorphosés en animation... Fantaisie, humour, mise en scène du patriarcat, divertissement. À ce moment, un singe entre en scène et se bagarre avec le dessinateur, et les femmes applaudissent.

ecologia, consumismo, sessualità, politica...

Fiction, réalité, mise en abîme, renversement : une femme dessinatrice montre un film dans une école... Un peu comme le singe, elle arrive aux flocons de neige et tout se transforme en fantaisie et j'entends des rires de joie, je vois des sourires. Tout est prétexte à dessiner. Beaux sapins verts, belle journée de rencontre et d'apprentissages et des amusements, de sérieuses notions abordées par traits d'humour, de l'esprit, de l'esprit.

mardi 1 mars 2016

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Capture du site Internet Kiwaida.nu à la page "Mouvance" (série de dessins 2015-2014) © Sonia Marques

Mise en ligne de quelques dessins, ils n'avaient pas encore de page sur mon site...
Ils sont là tous petits mais il sont créés pour être (très) grands. Des flaques d'eau géantes...

"Ensuite la contemplation — étrange puissance de l'âme humaine capable de ressusciter ses rêveries, de recommencer ses rêves, de reconstituer, malgré les accidents de la vie sensible, sa vie imaginaire. La contemplation unit encore plus de souvenirs que de sensations. Elle est plus encore histoire que spectacle. Quand on croit contempler un spectacle prodigieux de richesse, c'est qu'on l'enrichit avec les souvenirs les plus divers. Enfin la représentation. C'est alors qu'interviennent les tâches de l'imagination des formes, avec la réflexion sur les formes reconnues, avec la mémoire, cette fois fidèle et bien définie, des formes caressées."

               G. Bachelard, L’air et les songes. Essai sur l’imagination du mouvement. (1943)

Et puis des mots clés :

mouvement émouvant mouvance souffle ciel fluide région domaine zone d'influence changement évolution

samedi 30 janvier 2016

ṽαη☤тé

"Les grands écoutants" (sculpture © Sonia Marques)

Quelques photographies de ma famille des grands écoutants, de petites sculptures lumineuses, qui gardent leur énergie la nuit.
Je n'ai plus actualisé mon site Internet depuis quelques temps, pourtant j'ai hâte de donner une visibilité sur mon site de tous mes derniers projets artistiques. Il faut du temps, celui que j'ai donné à d'autres formes de réflexions et aussi un temps pour les futurs déplacements, orientations pédagogiques.
Alors quelques photographies de personnages en terre, de peinture. Je vis avec depuis mon déménagement et parfois je les agence, je les dispose, je les installe, et, ces grands écoutants me regardent et évidemment, écoutent.

Petite définition des années 1884 :

  Les écoutants et les regardants se disent des personnes qui, trouvant sur leur passage quelque chose de curieux qu'elles ne venaient pas chercher, s'arrêtent pour l'entendre ou pour le voir pendant un temps indéfini, indéterminé. Les écoutants et les regardants sont les gens oisifs, les badauds, les flâneurs, qui se trouvent ou se promènent en un lieu sans but et sans dessein.



"Les grands écoutants" (sculpture © Sonia Marques)


En quelques jours, ce mois de janvier, je me suis mise à écrire un conte, car j'ai rencontré des spécialistes du conte, qui ont mis en valeur toute l'histoire de Cendrillon, la sculpture réalisée en carreaux de céramique et exposée dans le limousin, ainsi que Hansel, ma vidéo cartographique. Et puis, je suis confrontée à des situations très particulières et exclusives souvent négatives, que j'observe à distance. La faculté de l'art et des artistes, c'est de renverser, l'expression devient positive et dans mon parcours une marque, un élan supplémentaire aux idées, aux formes.

Et pour cette nouvelle histoire contemporaine, sociétale, j'ai réalisé un dessin, une femme sans cheveux et pour bien des raisons. Depuis que j'habite dans le Limousin, je me suis imprégnée de la région, des habitants, de diverses situations et quelque chose est arrivé dans mon travail artistique, basé sur l'exclusion, le rejet de tout ce qui vient de l'étranger, l'isolement, le silence et tout ce qui était de l'ordre du "taire", que je n'avais pas perçu aussi nettement au début. Cela à éclairé une partie de mes recherches et à l'aune de cette exploration sociale, du milieu, "les grands écoutants" sont apparus, car finalement, à force de se taire, se sont des oreilles qui ont poussé plus grandes que les autres et ce sens fut développé comme un pouvoir surdimensionné, pour de petites choses, de petites tailles. La femme sans cheveux et son conte très particulier, a finalement aussi une spécificité dans le dessin, car c'est dans ses yeux et son regard calligraphié, que se focalisent toutes les attentions. Comme l'expression, elle a un regard qui en dit long.

Et si la peur de l'étranger se manifeste dans ce que l'on voit et ce que l'on entend souvent, formant une zone d'inconfort envers ce qui vient de loin, le désir d'ailleurs est également fort, par cet attrait de l'étranger, à plusieurs facettes, de l'imagination exotique et d'une linguistique inconnue. Depuis mon arrivée, j'assiste à plusieurs départs. Le détachement est propice à la réflexion sur ses attaches. Dans un chemin inverse, l'arrivée en terre inconnue, aussi radicale, au sens même de la racine, je touche aux souches, au fondement, profond, intense, total, absolu, de ce qui fait mon départ. Ce qui devient plus distant, ce qui revient des véritables attachements, j'adviens. Dans un habitacle des plus détachés, d'un point de vue le plus étranger, en faisant table rase d'avant, je m'attaque à la racine, par révolution, innovation, aux principes des migrations, à l'essence du "partir je reste", du "retour je pars", je touche aux souches, à l'essence de ma recherche, par un retrait radical, mais aussi par la conservation, je garde l'essentiel. J'interroge le déracinement et donc, j'attaque la racine d'un mot, d'un geste, d'un regret, d'une régression... pour une évolution.

Je m'adapte au territoire dans lequel je circule, mange, vit, habite, même si j'ai des bagages différents. Toujours des notions nous réunissent finalement, que nous soyons étrangers ou intégrés, familiers, comme la vanité, par exemple.

Dans la bible, vers le nouveau testament, la vanité représente «une intelligence obscurcie» des pensées que suivent les païens par leur ignorance à l'égard de Dieu. La condamnation des «discours vides» : L'idée générale de la vanité semble être l'absence de but conscient ou l'incapacité d'en atteindre un. On retrouve le "vain discours" par "le vain parleur". Mais, dans la bible toujours, il y a une menace sévère à propos des paroles vaines, c'est-à-dire inutiles, dont il faudra rendre compte au jour du jugement.

Bref la vie continue. Rien de vide comme un être humain plein de soi.



Une partie d'un dessein (dessin © Sonia Marques)

lundi 27 avril 2015

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Café little boy (Photographie © Jean-Luc Vilmouth)

Il y avait une œuvre dont je souhaitais écrire un article, celle de l'artiste Jean-Luc Vilmouth, nommée "Café little boy". Puis cet article est resté en suspend, il y eu le drame à Paris en ce début d'année, la notion de liberté d'expression, dessiner devenait une arme.
J'ai repris quelques réflexions sur cette œuvre, car, ici, le dessin prenait une autre forme et, elle concerne la paix. Elle nous informe aussi. Les armes sont en creux, derrière un tableau d'école. Cette installation révèle la liberté d'actions et de rencontres, mais aussi d'accès à d'autres cultures et c'est un professeur et artiste enseignant qui pose un regard sur un passé terrifiant, sur les dégâts de la guerre, des armes utilisées. Il nous offre un lieu de dessins. Jean-Luc Vilmouth m'a aimablement transmis ces photographies, sans connaitre le texte en devenir, je le remercie.

"Café little boy" est une œuvre, que je trouve pacifiste et c'est pourquoi elle me parle. C'est aussi une belle idée et installation participative, libre, qui fonde ses questionnements sur des notions extrêmement graves. Dans cette installation, le dessin prend toute la place. L'installation de "Café little boy" a été présentée la première fois à Hiroshima, en 2002, berceau de l'idée, puis à Paris, au Centre George Pompidou, en 2014 (elle est encore visible au Musée), et récemment au Japon pour le festival international de culture contemporaine Parasophia à Kyoto. L'artiste a, dans son parcours artistique, plusieurs fois réalisé des cafés, des installations où l'on se rassemble autours d'une thématique, mais surtout dans des lieux, pays différents, dont les histoires (de guerre, de politique, de cultures) génèrent les qualités de l'imaginaire qu'il va associer. Le rassemblement que provoque la convivialité d'un café permet peut-être de se raconter l'histoire ou les histoires personnelles, qui découlent de la rencontre avec le lieu, sa mémoire.

Pour le "Café little boy", cette mémoire devient commune à différents étrangers, son écho avec l'actualité, ou la catastrophe au Japon encore récente de Fukushima de 2011, nous parvient et nous interroge, sur la guerre, sur nos outils, nos armes, nos industries, sur la répétition, sur la négation, sur la protection, mais toujours l'absolue nécessité d'exprimer son ressenti. Son nom vient du nom de code de la bombe A qui fut larguée sur Hiroshima au Japon le 6 août 1945 à 8 h 15 : Little Boy. Ce nom, « petit garçon », est à lui seul une défiance à l'humanité. Cette bombe a détruit toute filiation et nombre de petits garçons et de petites filles. Apposer devant le nom de la bombe, le mot de "café", dans la série des cafés de l'artiste, c'est installer une commémoration, où le nom et les évènements, sont associés, mais surtout sur la question d'être ensemble au moment présent. Il se conjugue un verbe, celui de dessiner, avec une craie à la main, et inscrire des messages. L'installation est composée de murs recouverts de peinture verte pour tableaux d'école, de tables également peintes et de tabourets, 6 photographies noir et blanc d'Hiroshima et des messages des survivants, 1 horloge murale indiquant l'heure à laquelle la bombe a explosé, cette installation évolue suivant les interventions du public invité à écrire des messages à la craie de différentes couleurs et à en effacer d'autres.

Ce grand espace vert est le début de tous les possibles et il faut les animer dans le présent mais aussi les réanimer. Combien de personnes ne sont pas sensibilisées sur le sujet des effets de l'explosion de la bombe, mais aussi du contexte, combien le sont mais ne peuvent encore en parler, écrire dessus ?
Il y a des craies de plusieurs couleurs à la disposition du public. Il y a des images d'archives qui font partie de cette installation. Elles viennent de l'école primaire de Fukoromachi de Hiroshima, où il restait un tableau et des murs en béton. Des gens qui avaient subi l'explosion, ramassaient les craies et écrivaient des messages sur ce tableau pour se signaler. Il y a une horloge, dont le temps s'est arrêté au moment de l'explosion de la bombe atomique, mais dont l'aiguille des secondes continue à tourner.

De mon point de vue, c'est une histoire mémorielle universelle qui est rejouée et se destine à des personnes et enfants de notre présent. L'expression porte là, des valeurs, non identitaires, mais auxquelles, nous pouvons tous nous identifier. Et cela a un écho, assez fort sur l'enseignement (le tableau), dans une installation artistique à dominante verte, qui se bariole de couleurs différentes et finie par faire grouiller une masse d'écritures que l'on ne distingue plus, par les superpositions et les effacements. L'histoire des graffitis est ici valorisée, tout ce qui est inscription, peinture réalisée sur des murs, monuments, objets, situés dans l'espace public, ici d'exposition. Cette histoire de griffures qui remonte à la Grèce antique, mais, de nos jours, dans beaucoup de pays dessiner sur les murs est considéré comme un acte de vandalisme, sur les propriétés privées. Le travail de Jean-Luc Vilmouth est inversé : autoriser des personnes à dessiner n'est pas évident, sensibiliser sur ce sujet devient aussi un engagement où l'on doit parler de la guerre si l'on veut parler de la paix. Les sujets qui fâchent ont-ils des potentiels de paix dont il faut extraire les formules, pour des effets des générations plus tard ?
D'instinct, Il y a ce désir que les enfants expriment, que l'on a tous connu, celui de prendre des craies, en dehors des cours et des classes, et d'écrire librement et de dessiner sur le tableau. L'expression est ici bien réanimée. Car lorsqu'on ne peut plus parler, s'exprimer, un dessin, une forme, des couleurs, deviennent des outils de libération, de gestes et d'action, qui peuvent ne plus rentrer dans une leçon : le mur devient une grande ardoise magique. Les messages que les japonais écrivaient étaient peut-être des signes de reconnaissance, se retrouver, se chercher, se contacter. J'aime le pacifisme de cette œuvre à l'échelle d'un tableau démesuré qui prend tous les murs.

C'est aussi avoir la chance de vivre, que de dessiner.

Dans une vidéo, Jean-Luc Vilmouth explique son œuvre (voir ici). Les artistes expriment des idées qu'on ne peut exprimer autrement que par les sens et parviennent à toucher directement, ils font image.

Café little boy (Photographie © Jean-Luc Vilmouth)

L'histoire.

Ce fut la première fois dans l'histoire que l'on utilisa la bombe atomique. Les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki ont eu lieu les 6 et 9 août 1945 à l'initiative des États-Unis après que les dirigeants japonais eurent rejeté les conditions de l'ultimatum de la conférence de Potsdam. Les États-Unis avaient demandé au Japon de capituler en juillet 1945, mais le Japon avait refusé. La menace de l'utilisation de la bombe atomique s'était alors installée. Après un essai d'une bombe au plutonium dans le désert américain du Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945, une bombe à l'uranium enrichi, nommée Little Boy (« petit garçon ») est larguée sur Hiroshima, le 6 août 1945 : la ville est totalement détruite. En tout, plus de 200 000 Japonais moururent en quelques secondes, puis dans les mois suivants, de leurs brûlures ou des conséquences des radiations. Beaucoup de survivants décéderont des années plus tard de maladies provoquées par deux bombes atomiques. Selon l'historien Howard Zinn, le nombre de victimes atteint 250 000, et s'ajoutent les décès apparus par la suite en raison de divers types de cancers (334 cancers et 231 leucémies sur la population suivie, moins de 2000 au total) et de pathologies. Les justifications des bombardements ont été le sujet de nombreux débats et controverses. Pour les opposants, ces bombardements, qui ont surtout tué des civils, ont été inutiles et sont des crimes de guerre, alors que pour les partisans de la décision, ils ont raccourci la guerre de plusieurs mois en provoquant la reddition du Japon et ont donc sauvé la vie de centaines de milliers de soldats américains, ainsi que de civils et de prisonniers sur le territoire de la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. Les survivants des explosions, les hibakusha, sont devenus le symbole d'une lutte contre la guerre et les armes atomiques à travers le monde. Mais au Japon, ils ne furent pas reconnus comme des victimes et ne bénéficièrent d'aucune assistance de l'État.

À l'origine de la bombe, il y a des découvertes scientifiques. La radioactivité est un phénomène physique découvert en 1896 par Henri Becquerel, à la suite de travaux sur la phosphorescence. D'autres expériences ont été ensuite mené par Pierre et Marie Curie. Les scientifiques se rendirent rapidement compte des effets néfastes de ces radiations sur la santé. Par exemple, Henri Becquerel s'aperçut qu'un tube de matière radioactive gardé à côté de lui (dans sa veste) lui provoqua un érythème de la peau. Les effets irritants pour l’œil des rayons X était connus. Marie Curie, après avoir manipuler des pierres radioactives toute sa vie, mourut d'une leucémie, étant déjà presque aveugle, épuisée, et ayant les doigts brulés.

Un extrait du témoignage du Docteur Michihiko Hachiya, présent à Hiroshima lors de l'explosion de la bombe Little Boy :

« Ombres et reflets, tout a disparu. Il n'y a plus qu'un nuage de poussière au milieu
duquel je n'aperçois qu'une colonne de bois qui supportait un angle de ma maison. Elle a pris
une inclinaison bizarre et le toit de la maison a lui-même l'air de hoqueter.
Instinctivement, je me mets à courir. Ou du moins j'essaie. Inutilement. Des poutres
jonchent déjà le sol. J'ai grand-peine à atteindre le jardin. Et là, tout à coup, je me sens
extraordinairement faible. je dois m'arrêter pour reprendre des forces. C'est là que je
m'aperçois que je suis complètement nu ! Où sont donc passés mon pantalon et mon
maillot ? Qu'est-il arrivé ? Je regarde mon côté droit : il est tout ensanglanté ; j'ai également
une blessure à la cuisse. L'éclat de bois qui l'a produite y est resté fiché. Quelque chose de
chaud coule dans ma bouche : ma joue est déchirée. »

La plupart des vêtements protégèrent les victimes éloignés de l'épicentre des brûlures sur la peau, mais nous avons pu observer que les parties sombres des vêtement absorbaient plus d'énergie que les claires, et donc des brûlures étaient plus fréquentes sur ces endroits, comme le dit le Docteur (à propos d'une victime de l'explosion) : « Ses vêtements étaient légers ce jour-là, mais elle portait des manchettes noires. Or, elle n'a été brûlée aux bras qu'à l'endroit de ces manchettes. Si ses vêtements avaient été entièrement blancs, elle n'aurait pas été brûlée du tout. »


En 1998, à Paris, se déroulait l'exposition "Making Things" du couturier japonais Issey Miyake, à la Fondation Cartier pour l'art contemporain. J'ai participé à cette exposition et je concevais des visites sur ses installations, en tant que médiatrice, je faisais des micro-conférences à des groupes différents devant les oeuvres d'Issey Miyake. Ayant bien étudié le sujet, les groupes se sont ramifiés et avaient même écrits une lettre au directeur Monsieur Hervé Chandès afin de me féliciter sur ces micro-conférences. J'avais fait une partie de mes études à l'école supérieure des arts appliqués à Duppéré, jusqu'au diplôme supérieur et travaillé dans différents secteurs de la mode (tendances, agence de style, vidéographies) et de la danse contemporaine. J'étais à ce moment, étudiante à l'école des beaux-arts de Paris, justement dans l'atelier de Jean-Luc Vilmouth, et je m'intéressais plus particulièrement au sens des œuvres et de leurs installations, celles qui intègrent l'interdisciplinarité. Il y a là, une histoire de filiation et reconnaissance de pairs, cohérente. Une édition avait été réalisée et j'avais remarqué que 2 feuillets étaient collés. Personne n'avait vu ce collage. En les décollant soigneusement, j'ai découvert des images très particulières, mais elles avaient été collées afin qu'on ne puisse pas les voir, comme une décision de dernière minute, non assumée. Elles concernaient des images faisant allusion ou issues d'Hiroshima. Mais à cette période, Issey Miyake, n'était pas prêt à parler de cela. Ses œuvres sont complètement inscrites dans une histoire et celle de la bombe est soufflée dans ses tissus. Une salle complètement en papier argenté et doré, et de vêtements, gants, chaussons, comme confectionnés avec des matériaux de survie, signifiaient cette protection et en même temps, pour les visiteurs, et surtout celles et ceux qui devaient garder la salle toute les journées, cette salle était insupportable pour les yeux, par la réflexion et sa luminosité, elle aveuglait. Cette salle était très violente, et aussi extraterrestre.
En 2009, Issey Miyake, survivant du bombardement atomique de Hiroshima, exhorte le président américain Barack Obama à venir le 6 août dans la ville martyre pour la commémoration de cet événement tragique. Il lui fit parvenir une lettre que l'on peut voir publiée au journal du New York Time ici. Cela a pu éclairer mes questions et ce que j'avais vu et ressenti :

« En avril, le Président Obama s’est engagé à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires. Il a appelé non seulement à une réduction, mais à leur élimination. Ses mots ont éveillé quelque chose d'enterré profondément en moi, quelque chose dont j'ai jusqu'à présent été réticent à discuter. Je me suis rendu compte que j'ai, peut-être maintenant plus que jamais, la responsabilité personnelle et morale de parler parce que j’ai réchappé à ce que M. Obama a appelé « le flash de lumière ».

(...)

Le 6 août 1945, la première bombe atomique a été lancée sur ma ville natale, Hiroshima. J’étais là et j’avais seulement 7 ans. Quand je ferme les yeux, je vois toujours des choses que personne ne devrait jamais éprouver : une lumière rouge vif, le nuage noir immédiatement après, et les gens courant dans tous les sens essayant désespérément de s'échapper - je me souviens de tout. Trois ans plus tard, ma mère est morte des suites des radiations. J'ai choisi de ne pas partager mes souvenirs ou réflexions concernant cette journée. J'ai essayé, bien que sans succès, de les oublier, préférant penser à créer des choses, non à les détruire, et qu'elles apportent beauté et joie. Je me suis orienté vers le domaine de l’habillement, en partie parce que c'est un format créateur qui est moderne et optimiste. J'ai essayé de ne jamais être défini en fonction de mon passé. Je n'ai pas voulu être étiqueté comme « le créateur qui a réchappé à la bombe atomique », et donc j'ai toujours évité les questions sur Hiroshima. Elles me mettaient mal à l’aise. Mais maintenant je me rends compte que c'est un sujet qui doit être discuté si nous devons débarrasser le monde des armes nucléaires.»

Nous devons débarrasser le monde des armes nucléaires.

Café little boy de l'artiste Jean-Luc Vilmouth (Photographie JD, Kiwa)

Merci à l'artiste pour les échanges ;.)
Je remercie aussi mes amis japonais pour les pâtisseries et leur invitation.
Et à très bientôt <3

samedi 7 février 2015

Lε ♭ʟυ℮﹩ ⅾü ṧαη∂ẘḯḉℌ ¢ℓʊ♭

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Le blues du sandwich club
2010, Huile sur bois © Guillaume Pinard

Une conférence de l'artiste Guillaume Pinard à la médiathèque de Limoges a eu lieu ces jours-ci. Il faisait partie d'une exposition au Frac Limousin. L'occasion d'écouter et apprécier, en peu de temps, la formulation d'un parcours, étudiant, étudié, enseignant, artiste, médiateur qui donne les clés afin d'aller plus loin dans son œuvre. C'était très rigolo que cela soit situé dans cette médiathèque, car avant que je ne commence mes cours à l'école d'art de Limoges, il y a déjà 5 années (sbigrr !) je lui avais parlé de cette médiathèque et mon idée des ailes du désir de Wim Wenders... que ce serait le meilleur endroit pour faire une conférence, je venais de terminer Cendrillon. Ne reste que des cendres.

Une médiation douce

(Pour reprendre ses mots)

Son analyse critique des différents niveaux de l'exposition, de l'artiste exposé, exposant, entre galeries commerciales et institutions, témoigne d'une souplesse dans la fabrication de ses œuvres questionnant leurs réceptions, et de sa navigation libre entre différents médiums. Une étonnante application, à l’œuvre patiente et de fulgurantes épopées qui simulent le pilotage automatique (mise en garde des endormis ;.) Cette analyse, pour permettre l'exposé, faisait une grande part au retrait : aux moments de non exposition, au questionnement de la réception des œuvres et du système qui les fait transiter. Transit, souvent, dans ses dessins animés, accidents, calme apparent, précision, maîtrise du temps et de la contemplation, du rythme… Les déplacements et ce qui serait de la recherche en art, ici questionnée, s'amorçaient, entre autres, par son activité sur son blog et sa nouvelle édition issue de ces écritures, collection d'images. Amor. Bref de l'intelligence, c'était  bien de le voir à Limoges, de longs voyages, que de drôles de vie. Drôle de communications pour les artistes, pour si peu d'audience. Mais les réceptions, si rares, d’œuvre à œuvre, sont les plus fédératrices. Étincelles.

J'ai hésité à illustrer mon article de ses œuvres... Je n'ai gardé qu'un sandwich club, car j'apprécie l'ensemble de son œuvre, mais ne souhaite pas qu'elles deviennent des illustrations vignettes de ce texte. Il fallait être là ;.)
Et puis, ce blues est bien pour unique illustration de mon post, car c'est aussi une image qui m'a accompagnée souvent, en transport. Ce fut bien l'unique sandwich dans cette journée bien remplie et sans pause du professeur iconographe... C'était très bon monsieur Pinard ;.) D'habitude je visite toutes vos expositions, mais cette fois-ci je ne pourrai voir celle à Quimper, alors je fantasme un peu. Mais qui sait... avec un billet magique. Je crois que cet espace d'art est menacé de fermer...

Mes cours très animés sur cette pluridisciplinarité, si disciplinée, en fait, avaient de quoi être nourris de futurs plans sur la comète pédagogique. Discrète apparition, disparition, petit nuage de santé. C'était bien de quitter l'effet Caliméro.

Des étudiants qui oeuvrent au dessin, avec tous les outils, me communiquent leur difficulté de faire exister leurs espaces dessinés dans l'école, comme si cet espace était exclu, rejeté. Je comprends et en même, temps, me souvenant, étudiante, j'ai toujours recréé l'espace que je jugeais manquant (discrète apparition, disparition, petit nuage de santé) Et il en sera ainsi tout le temps, n'est-ce pas ainsi que l'on questionne l'art et le métier d'artiste, s'il en est un. Des artistes questionnent les réseaux de ce métier qui a ses côtés très professionnalisant, d'autres les questionnent parce qu'ils ne se préoccupent pas, ou plus de ces réseaux réduits professionnalisant. Au-delà de ces espaces dédiés et imposés, il y a des familles, de formes et de pensées. Je me situe dans des familles bien évidemment et le plus souvent, mes amis, et plus proche, mon conjoint, nous sommes dans des familles de pensées et de formes. Que dire à ces étudiants qui sont sous pression de tuyaux imposés ? Le fossé générationnel et de l'usage des outils fait que l'on catégorise, par à priori, une distinction entre ce qui serait des artistes dessinateurs et des animateurs du dessins avec l'infographie. Ce distingo ne permet plus de faire émerger et d'accompagner les artistes créateurs, mais les divise de façon artificielle. L'émancipation de Guillaume Pinard face à sa formation (diplômé de l'école de Rennes) était assez visible dans les travaux qu'il nous a projeté, à sa sortie de l'école. Et en même temps, sa progression s'est faite directement avec l'animation du dessin. Renversement, avec humour il a bien décrit son intervention à Rouen et son projet de cathédrale au fusain, qui était aussi l'objet d'un workshop avec des étudiants en école d'art (si j'ai bien suivi), mais qui les a fait fuir littéralement. Se retrouvant à dialoguer plus avec des personnes qui se sont posées des questions à travers l'espace d'exposition et l’œuvre en train de se faire, et des passants demandant ou interrogeant la possibilité de dessiner aussi des cathédrales. Si la notion de l'amateur est ici considérée à bien, c'est qu'elle fait participer à des questionnements toutes celles et ceux qui ont encore le désir d'apprendre et de reconfigurer l'expérience du sensible et du voir, plutôt que celles et ceux qui s'appuient sur des normes données d'emblée. Peut-être que les activités de pensée des artistes se situent plus sur des déplacements, car c'est en voyageant que l'on peut mieux regarder. Transit. Peut-être, et ce n'est qu'un point de vue que me transmet cette rencontre partagée des esprits sensibles, ce soir là. Si les élégances pouvaient travailler ensemble plus librement et non pas devenir des variables d'ajustements isolées, dans ces crises de l'enseignement, des moments de bonheur seraient plus proches des uns des autres, plutôt que les attendre dans nos solitudes artistiques. Le positif, c'est que ce soir, c'est à Limoges que cela se passait et il fallait être là, faire une halte, pour celles et ceux qui aiment le dessin. En réalité, on constate que ce sont celles et ceux, dont l'imaginaire les transporte, ailleurs, à laquelle se destinent de telles conférences... Ainsi, peut-être y-a-t-il bien des destinataires à cet art ? Pas dans les tuyaux évidemment ;.) Habiter un lieu, une nouvelle ville, ce n'est jamais, être empêché de se déplacer, même dans une précarité matérielle. Le travail de l'esprit, l'humour, la férocité des idées, la douceur des formes, l'intégrité des artistes et la sincérité à exprimer leurs voyages dans le temps, même mental, c'est aussi ce qui est en formation dans des études artistiques. Ce soir, il n'était pas question d'explorer cette dimension, mentale, mais elle est très présente dans le travail de Guillaume Pinard. Pour cela il faut certainement, un climat de confiance et un temps plus long, afin d'explorer l'essence de ces jeux d'esprit. Libre à tous d'aller explorer, à présent que les clés ont été largement bien données. Merci. Et à bientôt, ailleurs.

Avec mon ami, nous prenions notre navette et nos créations étaient nourries de Tomate, Tétraphobie, Vandale. Ce soir, notre cerveau passait librement d'un tableau à un autre. Aurait-il été possible de le faire autrement qu'avec celles et ceux qui appréciaient vraiment son travail ? Il faudrait inventer un réseau de connaisseurs afin de profiter plus librement des prestations publiques et échanger plus librement sur les images. Des praticiens amoureux. Des éclairés avec un son spécial ! Mon souvenir sera celui de descendre sous terre et d'appuyer sur le bouton, pousser des cris, glisser sur des montagnes. Lorsque j'enseignais à Angers et que j'étais sans arrêt dans le train pour rejoindre la capitale, je m'imaginais être ce triangle sandwich regardant par la fenêtre, fondu. Ce soir j'avais le blues de plein d'autres histoires vécues et enseignées et presque l'envie de reprendre le train rejoindre mes amis afin de laisser fondre un peu de douce solitude. Nous le vivons, il est des jours en province où l'isolement se fait sentir, un peu loin des émulations artistiques et des intelligences douces. De nos amitiés intellectuelles.
Paris invivable, nous sommes tous dispersés sur le territoire national.
Vivement reprendre son cheval.
Décapitalisés, dépaysons-nous !

Des liens présentés :
Sur documents d'artistes Bretagne :
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard
TOMATE :
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page2
VANDALE
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page3
TETRAPHOBIE
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page4
Le retourne (durée 15,39 minutes) > super de l'avoir vue en entier
http://ddab.org/fr/oeuvres/Pinard/Page4
Le blog de Guillaume Pinard
http://unartsansdestinataire.blogspot.fr/
En ce moment son exposition au Quartier (Quimper) :
Un trou dans le décor
http://www.le-quartier.net/Guillaume-Pinard
Son site : http://anthroprophete.free.fr/
Sa galerie :
http://www.galerieannebarrault.com/

J'avais vu Tomate, mais déjà à Sémiose, plus d'éditions de dispos ! À quand la ré-édition ? En ligne ?
Le mot dérivé de "question" est en répétition. Après une journée de "questions" et "questionnements" posées par les étudiants...
Parfois les réponses arrivent en dehors de l'école, mais pas si loin que cela.

Le mot œuvre aussi... Ouvrage sera envisageable pour aller de pair avec l'amateur (celui qui aime et aime encore)

*

À écouter : Conversation enregistrée avec Guillaume Pinard dans son exposition au Quartier à Quimper (Un trou dans le décor)

lundi 2 juin 2014

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Le lapin dans la peinture alpine pour Abbott Handerson Thayer (Photographie © Sonia Marques)

Le squamate dans l'atelier du ciel pour Abbott Handerson Thayer (Photographie © Sonia Marques)

La félidée dans les nymphéales pour Abbott Handerson Thayer (Photographie © Sonia Marques)

mardi 3 avril 2012

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desseins © Sonia Marques

Workshop de Sonia Marques à l'école des beaux-arts de Toulouse (décembre 2011) nommé "ANNEAU / COMMUNAUTÉ / INVISIBILITÉ" par poussière 0
Ci-dessus, une partie du workshop nommé "DESSEINS"

desseins © Sonia Marques

J'ai été invitée à faire un workshop à l'école des beaux-arts de Toulouse pour enrichir le projet Magic Ring, en décembre 2011, qui n'avait pas encore de nom et j'ai présenté une série de visuels et de textes sur :

ANNEAU / COMMUNAUTÉ / INVISIBILITÉ par poussière 0

Une année auparavant, c'était sur la cartographie. Une autre partie du workshop était dédiée au dessin, mais au dessin à dessein. J'avais en tête le livre "Images de pensée" des chercheurs Nicole Marchand-Zanartu et Marie-Haude Caraës (Éditions de la Réunion des musées nationaux - janvier 2011) où figuraient des desseins de Jean-Christophe Averty, Kostas Axelos, Alfred Barr, Walter Benjamin, Joseph Beuys, Bernard Cache, Merce Cunningham, Charles Darwin, Philippe De Jonckheere, René Descartes, Alfred Dreyfus, Peter Fischli, Sigmund Freud, Johann Wolfgang von Goethe, Thomas Hirschhorn, Friedensreich Hundertwasser, Johannes Itten, Louis I. Kahn, William Kentridge, Paul Klee, Fritz Lang, Henri Langlois, Mark Lombardi, Jean Malaurie Filippo, Tommaso Marinetti, Dimitri Mendeleïev, Joseph Michel de Montgolfier, Vladimir Nabokov, Georges Perec, Raymond Queneau, Peter Rice, Paul Ricœur, Claude Simon, Paul Valéry, Iannis Xenakis...

"Il est des images qui semblent n’appartenir à aucune époque particulière, un univers de formes inventé de toutes pièces, qui attrape notre regard et reste à première vue fermé à notre entendement : ce sont de puissantes constructions intellectuelles saisies dans une figure unique, capable à elle seule d’incarner la genèse d’une pensée dans son effervescence secrète, au plus proche de la main qui l’a dessinée.
Elles prennent la forme de schémas, de tableaux, de trajectoires, ou de dessins… Ce sont des images de pensée.
Que sont ces images ? Créées par des philosophes, cinéastes, architectes, artistes, chimistes, musiciens… pour apprivoiser ce que le langage est impuissant à saisir, elles précèdent la rationalisation ou la mise en forme de la pensée : L’impulsion du mouvement de René Descartes, Le Schéma de la sexualité dans la mélancolie tracé en 1895 par Sigmund Freud, La figure des enseignements au Bauhaus dessinée par Paul Klee, le Cercle des couleurs de Goethe, d’autres figures celles de Charles Darwin, Paul Valéry, Walter Benjamin, Fritz Lang, Jean Malaurie, Vladimir Nabokov, Claude Simon, Raymond Queneau, Dziga Vertov ...
58 dessins sont présentés dans cet ouvrage, accompagnés chacun d’une légende émanant parfois de l’auteur même du dessin. Cette anthologie de la pensée nous livre une part inconnue de l’interrogation de ces hommes, tous expérimentateurs dans leur domaine, qui sortent de leur discipline pour tenter de dompter une pensée en devenir."


desseins © Sonia Marques

Workshop de Sonia Marques à l'école des beaux-arts de Toulouse (décembre 2011) nommé "ANNEAU / COMMUNAUTÉ / INVISIBILITÉ" par poussière 0
Ci-dessus, une partie du workshop nommé "DESSEINS"

J'avais mis en place un protocole selon 2 formats de papier, l'un de dessins personnels, l'autre de dessein afin d'imaginer l'interface du webring.
Nous avons une documentation remarquable de ce moment collectif et individuel. Les étudiants ont eu l'idée de voter pour le dessin préféré, l'effet "j'aime" des réseaux sociaux est un leitmotiv désormais des comportements, des systèmes d'appréciations. La cooptation est celle qui remporte le plus de voix. Un ami va voter pour un autre, un autre n'osera pas révéler sa singularité et votera pour un autre ami plus dominant dans le groupe. Cela dit, il y avait un dessin formidable, d'une paire de seins généreux et c'est ce dessin d'humour, clin d'oeil aux "des-seins", qui a remporté la mise, il me semble de votes majoritairement masculins. Rétrospectivement, jusqu'à l'émiétté, le plié, le caché, le masqué, il y a eu des idées, un répertoire de formes au feutre noir sur papier blanc, de représentations de systèmes, de projets,  de narrations, de questionnements, qui pourrait faire l'objet d'une collection pour un catalogue. Artistes, professeurs, nous avons participé activement à cette débauche de dessins. Cela n'a pas été dit ainsi, mais je me souvenais alors de ce qu'était une «avalanche de dessins, cette débauche de crayonnages», dans l'esprit de La Manga d'Hokusaï, publié de 1814 à 1878, vaste répertoire iconographique, réaliste ou fantastique (voir visuel en fin d'article)

Autre protocole, en ouvrant un blog invisible, nous étions tous des poussières, par ordre d'arrivée. Donc devenue une poussière 0, comme d'autres pouvaient devenir poussière 23, ou poussière 17, notre nom de code et de signature des articles. Poussières en référence à la photographie  de Man Ray, signée également par Marcel Duchamp : Élevage de poussière (1920) Étudiante assidue à l'époque du catalogue des Immatériaux (exposition initiée par le Centre de création industrielle, qui s'est déroulée au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou à Paris du 28 mars au 15 juillet 1985, dont le philosophe Jean-François Lyotard en a fait un véritable manifeste de la postmodernité et un important jalon dans l'histoire du rapport entre art et technologie) cette référence était aussi présente, et mon binôme aussi assidu l'avait bien en tête pour ce projet de recherche. Je me souviens à la bibliothèque de l'École Supérieure des Arts Appliqués Dupérré, alors en diplôme supérieur des arts appliqués (bien avant mon passage comète à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris), je remarquais ce catalogue singulier à fiches. J'ai dû l'emprunter, le lire, le relire, le déchiffrer surtout, tant les énigmes et correspondances, dessinaient un système à venir plus complexe : le réseau. À une époque où n'étaient pas encore arrivés ni le téléphone portable, ni Internet (je communiquais à distance par l'intermédiaire de cabines téléphoniques situées dans les rues, si j'avais assez de crédits sur une carte)

Concernant l'élevage de poussière, d'abord intitulé « Vue prise en aéroplane par Man Ray », c'est une photographie de l'œuvre de Marcel Duchamp. Celui-ci, l'artiste, laissa ainsi s'accumuler sur son oeuvre le grand verre, une couche de poussière suffisamment épaisse (depuis 3 ans) pour qu'il puisse peindre à l'aide d'un pinceau par élimination de couches successives. Marcel Duchamp dit à propos de son geste :

« Prendre le parti de travailler lentement, au ralenti. Se donner moins à l'oeuvre, lui refuser toute excitation,  tout affolement, toute hystérie »  

« Ma façon de travailler était lente»  

La  vitesse propre qui est celle de la vie, ici, cette lenteur, je souhaitais l'instaurer en paradoxe avec le média d'Internet. En définitive, je ne sais si certains, certaines l'ont pensé dans leur développement, mais dans cet enseignement, j'ai refusé toute excitation, tout affolement, toute hystérie. Comble de la situation ou figure de style à définir, tout s'est développé très vite, comme un cercle magique immédiat. Et tout s'est inversé dans l'instant, comme la lenteur se retourne en un geste fulgurant et qui inverse le monde donné.

desseins © Sonia Marques desseins © Sonia Marques desseins © Sonia Marques desseins © Sonia Marques

Ci-dessus, une partie du workshop nommé "DESSEINS"

Dessein ?

1. Conception par l'esprit d'un but à atteindre, d'une fin à réaliser. Synon. détermination, intention, projet.Tout effet qui porte le caractère d'un dessein suppose un dessein dans sa cause, c'est-à-dire dans une cause intelligente (Cousin, Hist. philos. mod.,t. 2, 1847, p. 75).« L'ordre vital » (...) témoigne-t-il d'un dessein, d'un plan, d'une intention? (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 176).

Grand dessein. Projet, visée qui, en raison de leur importance, sont de nature à entraîner des conséquences remarquables dans un secteur de l'activité humaine. On pourrait, en se promenant sous ces arbres, mûrir un grand dessein ou se consoler d'une grande douleur (Green, Journal,1935-39, p. 151).Je discerne que tel est le grand dessein du pape Pie XII (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 234).
SYNT. Dessein arrêté, caché, précis, prémédité; accomplir, annoncer, concevoir, exécuter, réaliser un dessein; beau, généreux, noir, vaste, dessein.

2.
Dessein de + compl.
a) [Le compl. désigne l'être, la pers. qui conçoit le dessein] Elle était prête, si tel était le dessein de Dieu, à l'aimer comme un fils (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 656).
b) [Le compl. désigne l'être, la chose régis par l'arrêt d'une volonté supérieure à laquelle ils se trouvent soumis] Jeté par un dessein de sa vie inquiète et chercheuse dans les chemins de la Norwège (Balzac, Séraphita,1835, p. 261).
c) [Le compl. désigne le but, la fin visés par l'esprit]
[Le compl. est un subst.] Le dessein d'un crime, d'une grande entreprise. Nous formons le dessein de croissances péniblement harmonisées (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 19).
[Le compl. est un verbe à l'inf.] Le dessein était formé de donner Bajazet sur la fin de la dure saison (Valéry, Pièces sur art,1931, p. 38).Vagues réminiscences où je n'ai ni le loisir ni le morbide dessein de me complaire (Arnoux, Roy. ombres,1954, p. 28).

3.
Locutions
a) Loc. adv.
À dessein. Intentionnellement, de propos délibéré. Arrangé, choisi, omis à dessein. Synon. avec préméditation, exprès.Un petit ton méprisant et dédaigneux qu'elle prit à dessein (Balzac, Modeste Mignon,1844, p. 213).L'impression qui se dégageait de cette prose comme à dessein bourbeuse (Gracq, Syrtes,1951, p. 146).
Sans dessein. Sans intention arrêtée, sans but défini. Agir sans dessein. Il ne va pas là sans dessein (Ac.1798-1932).
Emploi subst. ou adj., vx ou région. (Canada). Le plus sans dessein, le plus ignorant du village (F. Leclerc, Le Fou de l'Île,Montréal, éd. Fides, 1962, 2eéd., p. 146).
b) Loc. conj., vx. À dessein que + verbe au subj. Ce qu'il en dit, c'est à dessein que vous en fassiez votre profit (Ac.1798-1878).
c) Loc. prép. À dessein de, dans le dessein de + verbe à l'inf. Dans l'intention de. Dans le dessein de nuire, de satisfaire. Les derniers croisés, embarqués dans le dessein de reprendre Jérusalem (Chateaubr., Ét. ou Discours hist.,t. 3, 1831, p. 305).Elle le faisait à dessein de lui tarabuster beaucoup l'esprit (Sand, Pte Fad.,1849, p. 314).Je suis venu ici ce matin dans le dessein de vous servir tous (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1147).Sans dessein de + verbe à l'inf. Sans intention de. Recueils d'histoires de maladies, sans dessein d'établir aucune théorie particulière (Cabanis, Rapp. phys. mor., t. 2, 1808, p. 177).
d) Loc. verbales, vx ou littér. Avoir dessein de. Projeter délibérement d'accomplir, de réaliser une chose. Avoir dessein d'écrire. J'ai dessein de rapporter les rencontres singulières de ma vie (France, Rôtisserie,1893, p. 1).Elle n'a pas eu dessein de tromper son mari (Romains, Hommes bonne vol.,1939, p. 31).Il y a du dessein. Il y a une détermination, une intention délibérée. Il y a du dessein à cela; il y a là du dessein (Ac. 1798-1878). Échapper aux séductions d'un négligé galant, dans lequel il me semblait qu'il y avait du dessein (Vidocq, Mém.,t. 3, 1828-29, p. 335).Dans la pensée des trois amis, il y eut du dessein, et même un certain calcul (Morand, Fin de siècle,1957, p. 18).

B.−
Au plur.

1.
[Le plur. marque la multiplicité des éléments qu'implique la formation du projet ou celle des cas auxquels doivent s'appliquer les projets] Combinaisons conçues par l'esprit en vue de parvenir à l'accomplissement, à la réalisation de quelque chose. Se figuraient-ils que leurs grands desseins politiques deviendraient compatibles avec l'inertie et l'instabilité de la démocratie (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. CXII).Qui peut connaître l'esprit du roi? Qui peut pénétrer les desseins de ce souverain qui tient sa cour sur la mer inconsistante? (Claudel, Soulier,1929, 4ejournée, 2, p. 863).V. aussi décision ex. 1.

2.
[Le plur. offre un caractère rhétorique, poétique ou traduit simplement le collectif] Intentions, projets formés en esprit. Écoutez-moi, la circonstance est grave, Et j'ai de hauts desseins sur vous, Charles-Gustave (Dumas père, Christine,1830, II, 3, p. 227).Souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins (Verlaine, Œuvres compl.,t. 2, Amour, 1888, p. 8):
Elle s'interrogeait sur son mari, cherchait à le percer, à connaître ses desseins secrets. Elle eût voulu tenter un rapprochement timide. Être mêlée un peu à ses soucis, à sa vie quotidienne, lui eût été une grande joie. Elle l'interrogeait maladroitement, cherchait à prendre sa part de ses préoccupations, se risquait... Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 483.
Avoir des desseins sur qqn. Avoir, former des projets concernant une personne. Synon. usuel avoir des vues sur.J'ai des desseins sur vous. Je veux faire de vous une honnête femme (Mérimée, A. Guillot,1847, p. 103).
SYNT. Desseins de Dieu, de la Providence; desseins ambitieux, éternels, impénétrables, mystérieux; cacher ses desseins; contrarier, favoriser, ignorer, pénétrer, seconder, servir les desseins de qqn.
Rem. 1. Alors que dessein implique la détermination d'un but, d'une fin, plan ou projet impliquent l'intention et la combinaison réfléchie des moyens propres à l'exécution du dessein. Dans l'usage cour. toutefois, dessein et projet sont fréquemment synon., avec cette différence que dessein fonctionne à un niveau de langue plus élevé que le second. 2. Sur les recoupements sém. avec dessin, v. ce mot.
Prononc. et Orth. : [desε ̃]. On rencontre également [dεsε ̃] ds Land. 1834, Littré et à titre de var. ds Warn. 1968 et Dub. (qui note cette prononc. en 1erlieu); cf. des-. Le mot est admis ds Ac. 1694-1932. Homon. dessin. Dupré 1972, p. 672 rappelle : ,,dessein et dessin étaient des variantes orthographiques d'un même mot [et que] la spécialisation définitive des 2 mots date du 18esiècle``. Étymol. et Hist. [xves. desseing « projet » (Chron. des chanoines de Neufchâtel ds DG); l'attest. de ca 1265 donnée par Quem. Fichier est extraite d'une copie du xviiies. au « style rajeuni »]; 1548 desain « projet » (Marguerite de Navarre, Comédie jouée au Mont-de-Marsan, p. 17 ds IGLF); 1552 desseing (Ronsard, Amours, p. 116, ibid.). Déverbal de des(s)(e)igner, anc. forme de dessiner*, qui eut aussi au xvies. le sens de « projeter » (v. Hug.) d'apr. son étymon l'ital. disegnare qui a ce sens dep. le xves. (Bisticci ds Batt.). Fréq. abs. littér. : 2 675. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 970, b) 2 294; xxes. : a) 2 876, b) 3 322. Bbg. Goug. Mots t. 3 1975, p. 200. − Hope 1971, p. 36. − Quem. 2es. t. 4 1972. − Straka (G.). En relisant Menaud, maître-draveur. In : [Mél. Imbs (P.)]. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1973, t. 11, p. 282.



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Hokusai
L'initiation à la transmission de l'essence des choses. La Manga de Hokusai (Denshin kaishu Hokusai manga)
15 volumes, 1812-1878 - Vol. VIII, fol. 13 v°-14 r°.
Dessinateur : Katsushika Hokusai, qui signe aussi sous le nom de Katsushika Taito
Éditeurs : à Nagoya, Eirakuya Tôshirô ; à Edo, Kakumaruya Jinsuke, Hanabusaya Heikichi, Takegawa Tôbei
Livre illustré de gravures sur bois imprimées en deux teintes. 227 x 155 mm
BnF, Estampes, Rés. Dd 655

Jean-François Lyotard
Extrait du livre : Le Postmoderne expliqué aux enfants
, Galilée, Paris, 1986


" Ce qui s’esquisse ainsi comme un horizon pour ton siècle est l’accroissement de la complexité dans la plupart des domaines, y compris les “modes de vie”, la vie quotidienne. Et une tâche décisive est par là circonscrite: rendre l’humanité apte à s’adapter à des moyens de sentir, de comprendre et de faire très complexes qui excèdent ce qu’elle demande. Elle implique au minimum la résistance au simplisme, aux slogans simplificateurs, aux demandes de clarté et de facilité, aux désirs de restaurer des valeurs sûres. Il apparaît déjà que la simplification est barbare, réactive. La “classe politique” devra, elle doit déjà, compter avec cette exigence, si elle ne veut pas tomber en désuétude, ou entraîner l’humanité avec elle dans sa perte.

Un nouveau décor se met en place lentement. À grands traits: le cosmos est la retombée d’une explosion; les débris s’éparpillent encore sous la poussée inaugurale; les astres en brûlant transmutent les éléments; leur vie est comptée; celle du soleil aussi; la chance que la synthèse des premières algues ait lieu dans l’eau sur la Terre était infime; l’Humain est encore moins probable; son cortex est l’organisation matérielle la plus complexe qu’on connaisse; les machines qu’il engendre en sont une extension; le réseau qu’elles formeront sera comme un deuxième cortex, plus complexe; il aura à résoudre les problèmes d’évacuation de l’humanité ailleurs, avant la mort du soleil; le tri entre ceux qui pourront partir et ceux qui sont voués à l’implosion a commencé, sur le critère du “sous-développement”.

Ultime atteinte au narcissisme de l’humanité: elle est au service de la complexification. Ce décor est dressé dans l’inconscient des jeunes, dès maintenant. Dans le tien."

C'était il y a 26 ans.