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blog m kiwaïda

21/05/2020

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Création des masques © Sonia Marques

Et bien, il fallait bien que Kiwaïda se penche sur la création de masques homologués et qui laissent passer la respiration, lavables plein de fois, aux normes ! Pour la partie technique, pour la création artistique et le design, ils proviennent de mes recherches antérieures, de Domino, des mes tissages et satinages. J'ai donc créé 4 masques différents, nommés donc les DOMINOS.

Photographie © Sonia Marques

La ville de Limoges a déposé des masques dans chaque boîte aux lettre... En principe... 10 jours après le dé-confinement, de mon côté, je n'ai pas reçu de masque de la ville de Limoges, destiné à tous les habitants. Fortuitement, j'ai pu en récolter un, mon ami, lui, l'a bien reçu, avec un descriptif de la ville. Il me l'a donc donné. Je le trouve pas trop mal, celui de la ville, car son tissu est justement bien épais, et sa couleur, un bleu ciel très doux est aussi intéressante, la finition, est, certes, pas très fine, mais peut-être est-il solide ? Dommage, je n'aurai pas le mien, avec la notice de la ville. Je n'ai encore vu personne avec ce masque, dans la ville. Le pliage est intéressant, il a d'ailleurs quelque chose de très féminin... C'est un pliage très simple et reproduisible. Bienheureusement, je suis une créatrice, la ville n'a pas pensé faire appel à mes services, mais les connait-elle ?

Photographie © Sonia Marques

Par kiwaïda at 18:26

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Par kiwaïda at 00:38

17/05/2020

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Après descendre, on ne peut que remonter.

DES CENDRES

Photographies © Sonia Marques

Parmi tous les anniversaires, ces jours-ci, je fête les 10 ans de l’œuvre d'art : Cendrillon. Le vernissage fut ouvert au public un 10 mai 2010, début de la découverte, à l'école nationale supérieure de Limoges-Aubusson. Conçue, fabriquée et produite, par mes soins, au sein de l'école, je venais de prendre mes nouvelles fonctions d'artiste professeure, depuis le 1er janvier. Je faisais déjà des gâteaux, je faisais déjà 37 ans.

"C'est du gâteau"

L'expression est une extension de celle du XVIIIe siècle, c'est du nanan, qui désigne la réussite gustative d'une friandise. Les gâteaux étant simples à faire, quand quelque chose est facile, c'est du gâteau.

Pourtant, on entend assez souvent, c'est pas du gâteau, avant de réaliser une tâche qui semble très difficile à faire, dans tous les domaines... Lorsque j'ai conçu l’œuvre Cendrillon, je me suis lancée un défi, quasi mathématique, mais aussi celui d'un savoir faire, que je mettais à l'épreuve économique et écologique : réaliser une œuvre avec, comme matière première, les rébus destinés aux déchets, aux poubelles de l'école. Mais, en sublimer la représentation, puisqu'il s'agit bien de "représentation" comme se préparer pour aller à un bal, un vernissage, où l'on met ses plus beaux souliers et costumes, on laisse ses haillons derrière, après avoir durement travaillé. Pour ma part, lors du vernissage, le 10 mai, je suis restée dans la cuisine, ou plus exactement, dans les cendres, au sous-sol, et je n'ai pas été invitée au restaurant des élus. Quelques biscuits (de céramique) sortaient encore du four, mais les élus avaient vraisemblablement très faim. Dans ma conception, le destin du processus, n'était pas réalisé pour les élus, mais pour partager un savoir faire, pour tous. On dira plus prosaïquement, j'y ai laissé ma pantoufle de vair, véritable chaussure d’intérieur confortable, ouverte à l’arrière comme les mules, et non une pantoufle de verre ou cristal... C'est à la "maison de la pantoufle moderne", historique, à Limoges que je trouvais mes souliers de bal, en fourrure d'écureuil, en vair. Dans la version du conte de Perrault, la fin est la plus cruelle : les sœurs se mutilent jusqu'au sang pour faire entrer leurs pieds dans la pantoufle, et les pigeons, amis de Cendrillon, leur crèvent les yeux. Pourtant, la solidarité entre femmes doit permettre de surmonter la jalousie, une rivalité, sournoisement entretenue par les hommes.

Je devais donc quitter les haillons du travail, parfois, pour vernir quelques biscuits...
  • guenille, hardes, loque, nippes, oripeaux, lambeau, chiffon, défroque. ...
  • chiffon, guenille, serpillière, loque, oripeau-eaux, charpie, harde...
  • loque, lambeau-eaux, chiffe, épave, serpillière.
J'aime beaucoup qualifier les bouts de tissus, ils ont tous une histoire. C'est la connaissance de l'histoire qui révèle un patrimoine, ou matrimoine pour les plus "à cheval" sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Récemment, une localité se plaignait qu'elle avait fait fabriquer des masques pour les habitants, et les protéger du virus, qui ressemblaient à des morceaux de serpillère. Les habitants d'une ville au décor idyllique des eaux thermales, se sentaient méprisés. Pourtant, le tissu de la serpillère est utilisé pour plusieurs réalisations de modes et de design. À l'origine, la serpillière était une toile épaisse et claire servant aux marchands à emballer leurs marchandises. De coût moindre que la toile classique, elle servait aussi de tablier, de pare-soleil, de tapis de selle ou même de linceul. La serpillière usée servait alors de torchon. Plus tard, cette toile fut dévolue au nettoyage du sol, pour des raisons d'économie, puis pour des raisons de meilleure hygiène, elle remplaça le balai.

On peut penser que je m'éloigne du sujet de ma réalisation en céramique, mais non, c'est pour insuffler un point de vue historique dans les arts de faire, 10 ans plus tard, la ménagère de moins de 50 ans, a des choses à écrire. Si nous fêtons son anniversaire (son jeune âge, 10 ans), c'est qu'elle est très riche, de sens, un modèle, qui ne doit rien au hasard, ou presque, avec sa part merveilleuse, mais pensée et librement inspirée de la terre d'où elle vient, d'où vient l'auteure. N'oublions pas que Cendrillon est un conte de fée. C'est avec mes chaussures fourrées, qui me vont comme un gant, que je retrouvais mes créations, le soir, et que je dessinais à la tombée de la nuit.

Je ne me suis, depuis, jamais déchaussée, ni n'ai abandonné mes pantoufles, ni n'ai été épousée, mon histoire personnelle n'est pas du tout associée à l'histoire de l'héroïne de Cendrillon, ni même un autoportrait. J'ai aussi réalisé une autre œuvre vidéographique dédiée au conte d'Hansel et Gretel, très noire et cartographique. Artiste, il m'intéressait, dans cette autonomie totale de création, que je me suis donnée, de symboliser l'indépendance féminine et déchoir l'idée qu'une femme doit attendre un homme, un patron, une promotion, pour vivre, et / ou créer. Plusieurs années plus tard, c'est à l'Opéra de Limoges, que je rencontrais, Élisabeth Lemirre, chercheure, pour son livre qui venait de paraître : "Sous la cendre. Figures de cendrillon" (en collaboration avec Nicole Belmont) Cette anthologie m'a fait comprendre, en échangeant avec elle, spécialisée dans les contes, et sur son ouvrage de céramique, que je lui ai montré, que les contes africains, pouvaient être plus proches, de mon œuvre. Car Cendrillon, me dit-elle n'est pas une fille, mais une garce, un garçon manqué et, elle est noire. Il n'y avait là rien à voir avec ce que les Disney ont réalisé, côté occidental, en liftant les origines de ce conte noir. La couronne de fleurs sur les cheveux blonds de cette icône de pixels bronzée, à la fois douce et forte, presque dessinée au marqueur noir, pouvait aussi faire penser à un dessin-diadème sorti du "street art", de l'art de la rue. Cette figure peut aussi ressembler à une surfeuse des temps modernes, aux sourcils noirs et épais, broussailleux, stylisés à un motif de rayures sur carreaux, et ses yeux translucides blancs et bleus, comme allumés, emplis de lumière. Ce qui m’intéressait, c'est qu'avec 2 ou 3 carreaux, comment pouvais-je dessiner une bouche, des yeux, des sourcils, des fleurs ? Ce que je laissais aussi ouvert, c'est que peut-être, cette reine, ou princesse, était aveugle, ses yeux reflétaient le bleu du ciel. Si elle ne pouvait voir, elle ne pouvait savoir qu'elle était regardée, seul le ciel pouvait la reconnaître. La représentation, l’exposition, n'étaient pas les rites les plus importants, toute cette extériorité éclatante, mais plutôt l'intériorité retrouvée, par la réflexion qu'elle parsemait chaque jour. Dix années de réflexions, un nombre important, une étape couronnée de sagesse et d'audace.
De ces passionnants échanges et conférences à Limoges, je me suis dit que ce choix inconscient du nom de Cendrillon, continuait de révéler des questionnements féconds et très actuels, sur une histoire de masques, de cendres. Quelque chose qui semble très cadré, encadré, carrelé, ordonné, mais aussi, insaisissable, et pas encastrable quelque part, très désordonné, dans son approche, sauvage.


Cendrillon est bien avant tout, comme le rappelle l'anthropologue Nicole Belmont, une « affaire de femmes » et plus précisément même, une affaire de mère et de fille. Éclairant subtilement le motif de « la jeune fille affamée » par la marâtre et nourrie par la mère disparue (ou par ses substituts), présent dans les versions les plus « archaïques », celui du « feu sous la cendre », célèbre motif de la symbolique des corvées « discriminantes » (filer, trier, tamiser, etc.) que Cendrillon est la seule à réussir (au contraire de ses sœurs ou demi-sœurs), l’ethnologue revient dans sa riche synthèse sur l’ambivalence de la figure maternelle. Mères, marraines et autres marâtres dessinent une partition fondamentale dans le récit « entre une mère absente et aimante et une mère malveillante et présente ». La première fait vivre et gagner en autonomie (c’est elle qui donne aussi les parures somptueuses qui feront de la fillette une femme accomplie, capable de trouver son prince) ; la seconde, répressive, la maltraite et l’enferme dans la maison paternelle, la condamnant de fait au célibat. Ce que le conte dit ici, au fond, c’est la dure loi qui gouverne la condition des filles dans les sociétés patriarcales, qui doivent « se garder » tout en trouvant un mari. Comme il dit aussi que dans ce passage de la filiation à l’alliance, dont les préalables sont bien la mort de la mère et son deuil, « l’identité et la féminité s’acquièrent ainsi : grâce à la mère et contre elle, tout à la fois. »

Les tâches ménagères ont une place importante dans les différentes versions du conte. La Cendrillon de Perrault s’occupe du ménage et de la vaisselle, celle des Grimm plutôt du feu, de la cuisine et de la lessive. Le feu, voici que cela nous intéresse, dans ces arts du feu, qui me concernent, ici Dans le conte des Grimm, la belle-mère de Cendrillon verse à deux reprises un plat de lentilles dans les cendres et demande à Cendrillon de les trier. Bien qu’il s’agisse à première vue d’une tâche servant à séparer le bon grain du mauvais, « les bonnes graines dans le petit pot/les mauvaises dans votre jabot », il ne s’agit pas d’une tâche ordinaire. Elle sert d’obstacle pour empêcher Cendrillon d’aller au bal. Nicole Belmont voit l’opération de triage que fait Cendrillon comme un exercice servant à séparer ce qui est vivant (les grains) de ce qui est mort (les cendres de la mère). Le triage dans Cendrillon, illustre un passage initiatique dans lequel l’héroïne doit accomplir des tâches afin de s’initier à la différenciation sexuelle. Cette pratique de séparation introduirait chez l’héroïne un apprentissage de la distinction entre « bon et mauvais, entre consommable et non consommable, entre consommable et consumé » Une tâche ordonnée du rite de passage.

La cendre qui barbouille le visage et les vêtements de Cendrillon agit en quelque sorte comme un masque qui camoufle sa véritable identité et la retient dans l’espace domestique. Par exemple, dans la version des Grimm, la jeune fille reste prisonnière de son statut de servante jusqu’au moment où elle décide de laver les cendres qui la couvrent : « Alors, Cendrillon se lava d’abord les mains et la figure et s’inclina devant le fils du roi, qui lui tendit la pantoufle d’or. » (Grimm) Par le lavage, elle se libère de son ancienne identité et, surtout, se défait métaphoriquement des emprises qui la retiennent pour mieux se reconfigurer d’une autre façon : elle quitte ainsi sa robe de cendres pour en revêtir une nouvelle.

Ainsi, la cendre préfigure la première étape du rite de passage de Cendrillon, situant de ce fait la jeune fille comme apprenant le nécessaire, à la réussite de son passage initiatique vers l’âge adulte.


Si pour certains, certaines, c'est du gâteau, pour d'autres, ce n'est pas du gâteau, selon !
J'ai réalisé 400 carreaux de céramique à la main, pétris, étalés, découpés, calibrés, cuits, émaillés, peints, re-cuits... Pourtant, c'était dans mon studio de création que tout a été pensé et que la première chose à laquelle j'ai pensé, c'était la couleur. J'ai passé 2 mois à faire des recherches de couleurs.

La figure de Cendrillon provenait des écrans, au moment où leur définition était aussi économe, et se définissait en très peu de pixels. Encore une question d'économie. Dans mes travaux, que je pourrai nommer, des formes d'exercices et des défis, que je me lance, sinon, quel ennui cette vie de formulaire !,  j'essaye toujours de voir des limites, qui sont celles de mon économie, je ne fais pas d'excès, et pour ma survie mais aussi pour les autres, l'impact dans la société. Il est vrai que certains, certaines, le regrettent et voudraient avoir des preuves avec un impact énorme pour la société, comme beaucoup d'artistes, plus ils sont vus et ils font du mal, plus cela est visible et pour beaucoup, c'est ce qui est vu de loin, qui a eu énormément de presse, donc ce qui est validé, comme ayant un fort impact. De mon côté, je n'ai aucun impact sur la société, et même, sur mon proche entourage. Je suis discrète, bien que je corresponde à la ménagère de moins de 50 ans, je n'en suis pas moins, pas plus, surtout et principalement, une artiste de moins de 50 ans, qui ne rentre dans aucun formulaire (hormis la ménagère) Donc, de tout ce que j'ai produit et réalisé, j'ai minimisé l'impact, j'ai réduit l'effet de serres (c'est quoi déjà ? c'est comme la ménagère de moins de 50 ans, c'est ce que l'on entend le plus souvent) Je n'alimente aucune machine à gaz, de l'art, ce qui m'a fait disparaître même de mes fonctions pour lesquelles j'ai beaucoup œuvré, l'enseignement. J'ai mis ma vie, jusqu'ici, au service des autres, et des plus jeunes, des plus défavorisés. On en revient à la serpillère, les tissus ont tous une histoire, pas plus ingrate que d'autres, il faut juste la reconnaître.

La palette, les tâches, le barbouillage, mais un dessin extrêmement précis, exécuté, sur une grille réalisée à la mine bleue, millimétrée. La gouache a été mon médium favori pour faire mes mélanges. Cela me fait penser que dans un de mes albums sonores, réalisé avec un musicien autrichien, enfin cap-verdien, habitant à Vienne, Rico, avec ma voix et mes poèmes (Cocoriste) l'une des plage sonore, se nomme "Papier millimétré" et parle d'un dessin où je circule, un de mes poèmes. Il y a toujours cette question de ne pas dépasser les limites, tout en s'en affranchissement. Il faut pour cela, aimer les contraintes et dessiner des formes dans un labyrinthe de création, jusqu'à ce que l'on ne puisse plus voir les contraintes, mais un ingénieux maillage de circonstances, croisées, de rencontres. La maille est un tissu bien armé et solide.

Je travaillais quasiment nuits et jours. Je donnais des cours à tous les niveaux du cursus en début de semaine, durant 2 journées bien remplies, sans vraiment faire de pause. On ne me voyait pas à la machine à café, le temps de préparation était aussi conséquent, pas d'assistant technicien ou technicienne pour l'infographie, et le soir je m'activais à ma table, entre mon minuscule ordinateur de poche, qui datait de mes cours angevin, acheté à crédit, et mes dessins et calculs mathématiques et croquis. Et dès mes cours terminés, des premiers jours, destinés aux années 1, 2, 3, 4 et 5 niveau Master (tout était découpé pour que je donne des cours à tous les étudiants de l'école sur les ordinateurs de l'école pétants neufs, je n'en avais pas à ma disposition, quand j'y repense c'était assez dingue), je retournais dans les cendres, voir comment cuire mes pâtes et biscuits et les teindre, les colorer. Histoire de coller au conte de fée, j'ai eu, des années plus tard, avec surprises, des pénalités, qui faisaient de moi, la plus crasseuse des professeures : celle qui ne méritait que la prison, car elle souillait ses outils ! C'est un peu le sort de toutes les Cendrillons, leurs matrones sont jalouses. Heureusement, elles font vœux de métamorphoses et, des cendres, elles renaissent. Les lendemains, je finissais la semaine dans les ateliers situés au sous-sol, mi-rez-de-chaussée, mi sous-sol, ils donnaient sur le jardin, ceux dédiés à la céramique, les cendres donc. Je terminais ma semaine, et le week-end je travaillais de nouveau à la conception de Cendrillon. Je découvrais la ville de Limoges, je faisais, seule, des visites, selon les conseils des habitants. Durant les premiers mois, je n'ai quasiment vu aucun professeur, dans cette école, sauf les techniciens de céramique, hommes taciturnes et hommes bavards, au choix. Les autres venaient de Paris ou d'ailleurs et logeaient dans l'école ou les grands chalets en bois, plutôt, en fin de semaine. C'était une ambiance très particulière, car d'une part, je voyais et suivais "tous" les étudiants de l'école et d'autres part, je ne voyais aucun professeurs. Plus tard, ils s'exclameront : "On ne la voit pas". Mais être assidue et présente ne peut être vue des fantômes, c'est le secret des artisans du savoir être. Et trier le bon grain de l'ivraie, prenait tout son temps, auprès du feu. Je n'étais conviée à aucun bilan de ces professeurs, pourtant j'étais bien une professeure au même statut que les autres, c'est ce qui était écrit sur le décret officiel. Ainsi l’œuvre Cendrillon est née sans avoir été vue, lors de sa confection. L'enseignement que je prodiguais alors, n'avait pas de crédit. Les étudiants m’apprirent, que mon enseignement n'était pas validé lors des bilans. Tout cela était finalement assez évident, car j'enseignais dans une discipline qui n'avait alors aucune reconnaissance de l'État, dans les écoles d'art, le reste, ne suivait donc pas. Mais cela, je le savais, car j'avais déjà 10 années d'expérience d'enseignement dans une autre école, et à chaque fois, il faut quasiment repartir de zéro. Pour une femme artiste professeure, il n'y a aucune antériorité ni suivi d'effectué. Nous sommes vouées à disparaître peu à peu des organigrammes et de l'histoire. Au mieux on peut figurer comme un chiffre dans des statistiques de rapports nombreux, destinés à alerter sur la situation française. Mais c'est tout : un chiffre. Autant faire des mathématiques et créer des chiffres et jouer avec, ce que la conception de Cendrillon, avec persévérance, produisait, et si faire figure de figurante était la tradition, autant créer sa figure, autant imaginer une représentation fidèle à ce moment magique. J'étais déjà très heureuse d'être là et d'enseigner, car mon enseignement était constant et n'a jamais failli, ni n'a fait de différence entre les classes et les milieux sociaux des étudiants, tous avaient accès à mon enseignement, de qualité et d’exigence. Mais très peu, voir prou, ne savait que j'étais artiste et que je réalisais, à côté de cet enseignement des formes de pensées qui animaient ma vie depuis longtemps. La situation des bienheureux et bienheureuses et celle-ci : ne pas être mise sur un piédestal c'est déjà pouvoir enseigner et travailler, se mettre à l’œuvre, car l'ouvrage n'est pas encore réalisé, le chemin est long.
Chez moi, il y avait des rideaux, des voiles de couleurs qui laissaient passer la lumière, c'était une fenêtre sur un arc-en-ciel, que j'avais fabriqué à partir de voiles différents de couleurs. Je visitais la cathédrale St-Étienne, et j'étais assez contemplative de ses vitraux et les lumières qui se diffusaient sur la pierre. Lorsque je retournais à l'atelier en faisant mes couleurs, en recherchant les pigments, toutes mes visites et rencontres m'inspiraient et ces raies de lumières colorées. J'étais allée visiter l'ancienne école, très belle, qui était un Musée et l'est toujours : Le Musée Adrien-Dubouché, un musée national français portant sur la porcelaine de Limoges et l'histoire de la céramique. Fondé en 1845 et situé à Limoges, il fait partie de l'établissement public Cité de la céramique - Sèvres & Limoges.  J'aimais beaucoup remarquer, que sur les grilles, étaient inscrites des mentions dont une : École et Musée. Ce Musée est juste en face de la prison de Limoges. Plus tard, une nouvelle cité judiciaire fut construite à côté, ouverte en 2016, qui regroupe le tribunal de grande instance, le tribunal d'instance et le tribunal de commerce, mais la construction ne vieillit pas forcément bien, selon nombre d'usagers. Il se trouve que je ne savais pas, en réalisant ma pièce et en enseignant et visitant l'ancienne école-Musée, en regardant cette prison en face, de l'un de ses balcons, que j'allais être convoquée par l'école, dans ce nouveau tribunal, certainement pour que je puisse en évaluer le traitement ainsi fait des professeurs. Mes recherches m'ont menées aussi au cimetière de Louyat. Un des techniciens m'avait recommandé de m'y rendre pour y voir des rébus d'assiettes de céramique sur les tombes, m'informant que c'était le plus grand cimetière du monde. Je n'avais pas de moyens de locomotion, je m'y suis rendue à pieds. Une heure après, je découvrais, effectivement un vaste cimetière, quelle drôle de ballade, me suis-je dis. Mais cela n'avait pas beaucoup à voir avec ce qui m'intéressait dans mon travail. Puis ce technicien m'a avoué qu'il n'y avait jamais mis les pieds. Mais finalement, c'était très intéressant, car mon histoire des cendres commençait à prendre conscience, de ce que descendre signifiait.
La poudre des pigments pouvaient être toxique, tout pouvait être toxique, il me fallait interroger tous les usages et les métaux, le plomb, d'usage. Les produits qui étaient utilisés étaient tous toxiques, le masque était obligatoire, car les ventilation de l'atelier, défaillantes. La poussière était partout. Déjà trouver des pigments sans plomb. Tout mon parcours, à la recherche de matériaux était un parcours de chercheure, mais je ne pouvais pas vraiment m'opposer aux us et coutumes, il y avait une tradition, il me fallait trouver un juste milieu. C'est comme les artistes professeures dans les écoles d'art, elles ne sont pas historiquement installées et ne bénéficient d'aucune transmission dans l'histoire qui leurs permettent d'être légitimes, ou soutenues. Rien, le mythe de Sisyphe, reste à bien étudier, pour monter et descendre.
Le logo de la ville de Limoges symbolise les "arts du feu". On m'avait posé cette question à mon oral, mon concours, si je connaissais, ce que signifiait ce logotype, les arts du feu. J'ai répondu en étayant mes connaissances sur l'Azulejaria, mais personne à la table ne semblait en connaître l'histoire. Ainsi j'ai appris ce que le feu voulait vraiment dire, car cela n'était pas qu'un logo pour une ville. Il y avait là, quelque chose de la pré-histoire, car le feu, il faut le maîtriser. Je me suis donc transformée en artisane du feu, pour aller vers la lumière.

Cette œuvre m'a accompagnée et m'a aidée à m'inscrire dans cette ville, Limoges, avec mes connaissances et mon histoire personnelle et familiale. L'Azulejaria étant un art qui s'ancre au plus profond de mes souvenirs heureux et familiaux et le carrelage aussi, comme la cuisine, faire des gâteaux, j'apportais un regard singulier, mais secret. Les lusitaniens et lusitaniennes forment un peule indo-européen qui a connu beaucoup d'histoires de voyages. Le brun de la peau de ma figurine, que je calculais, je dessinais, divisée en multiples carreaux, devenait de plus en plus important. Je recherchais une teinte chaude comme celle, que je devais inventer de toute pièce, mais proche de la "terracota". Terracotta, comme la terre cuite, dont nombre de couleur empruntent son nom. En 2020, 10 ans après ma création, cette couleur est devenue très tendance, mais avant, en 2010, elle n'était pas bienvenue, ni bien traitée. Dans les ateliers où je travaillais, elle était même méprisée, et quand la peau de Cendrllon si brune fut révélée au grand public, aux agents administratifs même de l'école : cela a choqué. Je ne pensais même pas que ce serait un sujet tabou. La terracota est pourtant un nom en usage dans la décoration et la mode ainsi que parfois en description botanique, pour désigner des teintes brunes, d'après celle des céramiques brutes (« terre cuite », terracotta en italien et en anglais) Dans les beaux-arts, le terme est aussi très remarqué, à cause de la variété de terres, de coloration plus précise, qu'on y emploie (terra rosa, terre blanche, terre de Sienne, terre d'ombre, terre de Cassel ou de Cologne, terre de Sienne, terre verte ou de Belgique ou de Hesse ou de Vérone) Donc, pour ma pièce, j'ai inventé le nom de la couleur, le brun majoritairement peint sur les biscuits confectionnés, se nomme : la couleur Cendrillon. Je suis assez fière de l'avoir inventée, en 2010. Et ce 10 mai, on pouvait apercevoir la couleur Cendrillon, sur les biscuits (il en manquait, donc, la pièce était encore en téléchargement (des cuisines, des cendres, du sous-sol, au vernissage) Ce jour avait aussi son importance, car Le président de la République française, Jacques Chirac, avait décidé de faire du 10 mai la Journée commémorative de l'abolition de l'esclavage en métropole.
La date du 10 mai correspond à l'adoption par le Parlement, le 10 mai 2001, de la loi Taubira "reconnaissant la traite négrière transatlantique et l'esclavage". Cela semblait un détail, que personne n'a remarqué, mais ma recherche de couleur et le métissage de l'histoire ce cette œuvre, venait apporter sa couleur et une histoire des voyages à l'heure des pixels. La question de l'esclavage, de l'exclusion et des rébus étaient inscrits dans la conception et la fabrication de cette œuvre. Hormis cette date qui interférait dans l'histoire (aussi le jour de mon anniversaire, mais ça, personne ne le savait, je crois) du vernissage, je suis retournée dans ma petite habitation, souffler les bougies dans mes rêves et me reposer, car j'avais, dès les lendemains, des cours à réaliser. Du feu donc, de petites flammes, et du tissage.

Ma principale histoire et mes souvenirs ravivés proviennent de l'Azulejaria portugaise. Une histoire de tuile.

Mais en France, la tuile c'est aussi un accident (de l'expression. C'est la tuile ! : Sur un toit, avec le temps, les tuiles peuvent casser sous l'effet de la grêle, du gel, d'une visite de la toiture, ou encore glisser. Il arrive qu'un morceau de tuile tombe sur un passant, d'où l'expression « c'est une tuile », suggérant un malheur accidentel et inattendu)

Oui, il y a quelque chose de l'accident, pour trouver ce chemin de recherche sur la couleur Cendrillon.

Alors, de mon côté, c'est plutôt de l'art que me sont venus des souvenirs de nombre de mes visites et photographies d'Azulejos et musées, et façades populaires dans l'espace public. Le nom "Azulejo" vient de l'arabe et a acquis une tradition dans les pays portugais. La tuile a 500 ans de production nationale et est un cas unique en tant qu'élément décoratif et architectural. Elle a couvert des églises, des palais et a changé le paysage urbain. L'art des carreaux prendrait racine dans la péninsule ibérique sous l'influence des Arabes, qui ont amené les mosaïques sur les terres conquises pour décorer les murs de leurs palais, leur donnant éclat et ostentation, à travers un jeu géométrique complexe. Le style a fasciné les Espagnols et les Portugais. Les artisans ont pris la technique mauresque, qui a pris beaucoup de temps, l'ont simplifiée et ont adapté les motifs au goût occidental. Les premiers spécimens utilisés au Portugal viennent des Maures hispaniques, venus à la fin du XVe siècle de Séville et ont servi à tapisser les murs des palais et des églises. Après environ soixante-dix ans, en 1560, des ateliers de poterie ont commencé à apparaître à Lisbonne qui produisent des tuiles en utilisant la technique de la faïence, importées d'Italie. L'originalité de l'utilisation des tuiles portugaises et le dialogue qu'il établit avec les autres arts, feront de lui un cas unique au monde. Au Musée National de Lisbonne consacré à l'Azulejo et au carreau de céramique que j'ai visité, des panneaux témoignent de l'évolution et de la monumentalité de cette pièce en céramique décorative qui s'adapte aux besoins et suit les styles de différentes époques. Le retable de Nossa Senhora da Vida de la fin du XVIe siècle, composé de 1384 tuiles qui ont survécu au grand tremblement de terre, est pour l'historienne de l'art, Alexandra Curvelo, un exemple de l'importance des tuiles au Portugal. La nouvelle industrie des tuiles est en plein essor avec les commandes de la noblesse et du clergé. De grands panneaux sont faits sur mesure pour remplir les murs des églises, couvents, palais, manoirs et jardins. L'inspiration vient des arts décoratifs, des textiles, des bijoux, des gravures et des voyages des Portugais en Orient. De grandes compositions scénographiques apparaissent, caractéristique frappante du baroque, avec des thèmes géométriques, figuratifs et végétaux de la faune et de la flore exotiques. Ce sont les classes dominantes qui cultivent le goût du carrelage en premier, en choisissant le thème le plus approprié pour la décoration des bâtiments; des campagnes militaires, des épisodes historiques, aux scènes de tous les jours, religieuses, mythologiques et même certaines satires. Les potiers étaient chargés de satisfaire les demandes, de copier les modèles, d'adapter les modes et les styles. À la fin du XVIIe siècle, la qualité de production et d'exécution est plus élevée, il y a des familles entières impliquées dans cet art de fabriquer des carreaux, et certains peintres commencent à s'affirmer en tant qu'artistes, et signent leurs œuvres, débutant ainsi le cycle des maîtres. Dans les carreaux portugais, des scènes insolites apparaissent, surprenantes à la fois par leur originalité et par l'audace de l'artisan, de substituer les êtres humains aux singes, jaguars et poules, par exemple, construisant ainsi des histoires fantaisistes et ironiques qui suscitent le rire. Le souci d'apporter de nouveaux thèmes aux arts décoratifs, est souvent basé sur une certaine improvisation associée à cette façon unique de vouloir faire autrement. La polychromie des jaunes, des verts, des bruns violacés fera place au bleu sur fond blanc, deux couleurs héritées de l'influence hollandaise et de la porcelaine orientale. Après le tremblement de terre de 1755, la reconstruction de Lisbonne imposera un autre rythme dans la production de tuiles standards, aujourd'hui appelées pombaline, utilisées pour décorer les nouveaux bâtiments. Les carreaux sont fabriqués en série, combinant des techniques industrielles et artisanales. A la fin du XVIIIe siècle, la tuile n'est plus exclusive à la noblesse et au clergé, la bourgeoisie riche passe les premières commandes de leurs fermes et de leurs palais, les panneaux racontent parfois l'histoire de la famille et même de leur ascension sociale. A partir du 19ème siècle, la tuile gagne en visibilité, laisse les palais et les églises aux façades des bâtiments, en étroite relation avec l'architecture. Le paysage urbain est éclairé par la lumière réfléchie sur les surfaces vitrées. La production de tuiles est intense, de nouvelles usines sont créées à Lisbonne, Porto et Aveiro. Plus tard, déjà au milieu du XXe siècle, la tuile entre dans les gares et les métros, certains décors sont signés par des artistes de renom. La tradition est devenue encore plus populaire, se présentant comme une solution décorative pour les cuisines et les salles de bain, dans un test de résistance, d'innovation et de rénovation de cette petite pièce en céramique.

Une façon unique de vouloir faire autrement... J'ai aimé improviser.

Mes parents sont originaires de Pombal, et m'ont très tôt fait côtoyer la cité pombaline. Mon père, carreleur de formation, a été l'un de mes premiers inspirateurs, bien avant de découvrir l'histoire de l'art, lorsque je le regardais réaliser nombre d'espace carrelés, et les nôtres. Lorsque j'ai commencé à réaliser Cendrillon, c'est sans la présence physique, de tous ces pairs. En effet, je me suis affranchie de bien des traditions, car j'ai réalisé tous les carreaux à la main et de façon peu orthodoxe, pas vraiment mécanique, ou presque, et le sujet ne respectait aucun modèle jusque là entrevu, si ce n'est sur les écrans, avec une figurine sortie des jeux de pixels et d'art ASCII. J'aimais beaucoup les arts des codes ASCII des créations de l'art informatique qui dataient des années 60. Je m'intéressais à la phénoménologie et les arts de la perceptions, et j'avais déjà, à mon actif, une expérience reconnue dans ces arts diffusés avec un collectif que j'avais co-fondé et également un enseignement et un catalogue très prisé (Iconorama, sur les icône et les GUI, les interface,le design des interfaces, du bureau) Il faut dire que faute de pouvoir réaliser des fresques, j'ai principalement travaillé avec des artistes, qui codaient et nous avions réalisé nombre de fresques animées sur écrans et projetées au grand public un peu partout en France. Ce jardinage écranique, était bien réel.
Cendrillon est comme un tapis, aussi, car située au sol, elle est tissée de carrelages juxtaposés et travaillés chacun individuellement à la main. La polychromie de mon ouvrage : des jaunes, verts, bleus indigos et turquoises, de noirs et blancs, sortes de damiers, des roses magentas et fushias, mauves et violets, le vert émeraude si rare, ou le gris souris, et évidement cette terracota inédite : la couleur Cendrillon.


Ce qui est admirable, c'est que je ne n'ai jamais eu besoin de me servir de "moules" pour reproduire. Car, dans les ateliers de l'Ensa de Limoges, ils passent tous par des "moules". Ici, pour ma recherche et création, chaque motif, chaque carreaux est fait "à la main", aucune projection de "mécanisation" et de paresse, puis-je écrire, fortuitement, n'est venu, simplifier le travail. Chaque parcelle est une création en soi, unique et façonnée à la main. Il n'y a eu aucune duplication. C'est un détail technique, très important, qui confère à cet ensemble de pièces uniques, un attachement très tendre et exigeant en la confiance en "la main", aux doigts de fée. S'il y a eu très peu d'erreur, c'est tout simplement, que ma pensée, accompagnée des habilités des mains, ont guidé ces tâches, chacune, ingrates, pour moi si belles, que l'ensemble, comme un orchestre synchronisé n'avait plus qu'à jouer la partition imaginée, par une stakhanoviste, mais qui s'assume néophyte. L'aspect manufacturé est remarquable, alors qu'il ne semble pas l'être, tant j'ai épousé les qualités infographiques et mon histoire liée à l'informatique et ses interfaces dédiées aux utilisateurs-trices. J'ai finalement emprunté un chemin tombé en désuétude, avec l'industrialisation et la mécanisation, de la manufacture, qui a comblé mes souvenirs du charme des multiples facéties de l'art de la fabrique à la main des carreaux de faïences, des beautés imprégnées, à jamais dans ma mémoire affectives, visuelles, et familiales, mais aussi, olfactive (l'odeur de la terre crue, puis cuite, puis la fraîcheur du carrelage en plein été brûlant, qui fait tant de bien lorsque les pieds se déposent dessus, lorsque l'on marche ou lorsque l'on s'allonge sur un carrelage, les nuits d'été) Bref, je pense que ce fut un moment magique de création, où "je devais le faire", j'ai eu cette volonté déterminée à la tâche, parce qu'il fallait que cela soit ainsi.


La matrice, ma gamme colorée de biscuits et motifs, beaucoup de dièses musicaux, pour les connaisseurs et -sseuses, ou de "hashtag" : #, avant l'heure (utilisé par les réseaux sociaux plus tard, notamment par "twitter" que nous ne connaissions pas encore bien) Ce motif anticipait donc la vague de ces signes incongrus, aujourd'hui utilisés partout (et des #metoo)  Chaque carreaux de 10 centimètres environ, chacun unique, sur une surface de 4m2, cela faisait au minimum 400 carreaux de céramique émaillés. Je me suis transformée en robot, ou, du moins en machine à produire des petits biscuits, pour la confection d'un très grand gâteau. Je n'ai d'ailleurs jamais réussi à prendre en photo l'entièreté de cette œuvre. Et étrangement, comme à son processus : spectaculaire et presque inédite, elle fut aussi, peu visible, paradoxalement, car on l'a protégée de la presse. Je crois n'avoir eu aucun article sur son sujet, et fort heureusement. Non pas, parce que je ne l'ai pas souhaité, mais parce que cela gênait beaucoup. Je ne faisais pas partie des classes dominantes et pourtant, je signais là une œuvre originale, réalisée avec peu de moyen, quasiment traitée comme une clandestine, et cela correspondait à l'idée que l'on se faisait (et encore de nos jours) des artistes femmes. Et pourtant Cendrillon ne cesse de me surprendre à la fois par son originalité et par l'audace de l'artisane que je suis. La scène et le théâtre qu'elle fait apparaître, quasiment sous son manteau, brillent par la juxtaposition des couleurs et leurs vibrations réfléchies par la lumière. Le caractère ostentatoire conféré uniquement par celles et ceux qui l'on aperçue en 2010, m'a vraiment plu et j'assume cette chaleur et générosité, brûlante, un feu de Dieu, une flamboyante idée, dans le cadre où je l'ai fait naître, plutôt austère, grisâtre et sombre, sans aucune couleur, et parfois triste, opaque, mortuaire, cendres d'une autre école (disparition de l'école liée d'Aubusson, à la tapisserie, à la couleur même et aux teintures) mais infiniment modeste, là fut mon processus : modeste, retenu, réservé, pudique, alors qu'en fait, il cache d'infini combinaison fantaisistes de créations artistiques libres et magiques. Cela peut choquer, et s'entrechoquent des couleurs peu communes, la différence est une force de créativité. Je la considère comme un jeu de carte, un grand puzzle, dont je ne cesse de reconsidérer les combinaisons possibles qu'elle me laisse. Très inspirée, évidemment le conte en est une trame possible et manifestement un conte fabuleux de terre cuite, venant des cendres et qui ne fait que renaître, ad vitam æternam. Ainsi renaissait la couleur, et quelque part une forme de tissage, de tapisserie de céramique.

Renaître de ses cendres

Se manifester de nouveau après la destruction, apprendre de ses échecs pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
Cette expression française puiserait ses origines dans la mythologie grecque et plus particulièrement dans le mythe du Phénix. Il serait un oiseau ressemblant beaucoup au héron et serait le symbole de l’immortalité et de la résurrection puisque supposé mort et ressuscité dans les flammes. Cet oiseau fabuleux quittait tous les cinq cents ans l’Arabie à destination de l’Egypte pour s’y régénérer. Il y construisait un nid et s’y installait jusqu’à être brûlé par le soleil d’Egypte. Il renaissait de ses cendres pour redémarrer une nouvelle vie.

Le pouvoir de la résilience, pouvoir guérisseur, préfigure dans plusieurs de mes réalisations artistiques. Dans un livre de Carl Gustav Jung " Métamorphoses de l’âme et ses symboles", l’être humain et le Phoenix présentent de nombreuses similitudes. Cette créature de feu emblématique capable de renaître majestueusement de ses cendres symbolise aussi le pouvoir de la résilience, cette capacité inégalable nous permettant de nous renouveler pour devenir des êtres bien plus forts, bien plus courageux et bien plus lumineux. On dit de lui que ses larmes avaient un pouvoir guérisseur, qu’il présentait une grande résistance physique, qu’il maîtrisait le feu et qu’il se caractérisait par une sagesse infinie. C’était, en essence, un des architectes les plus puissants pour Jung, car dans son feu se trouvait aussi bien la création que la destruction, la vie et la mort… « L’homme qui se relève est encore plus fort que celui qui n’est pas tombé. »
Quand on traverse un moment traumatique, nous « mourrons tou-te-s un peu », nous laissons aller une part de nous-mêmes qui ne reviendra jamais qui ne sera plus jamais pareille. De fait, Carl Gustav Jung établit notre similitude avec le Phoenix car cette créature fantastique meurt elle aussi, elle favorise les conditions nécessaires pour mourir car elle sait que de ses propres restes émergera une version d’elle-même bien plus puissante. Ainsi, et parmi tous les mythes autour de cette figure, c’est le mythe égyptien qui nous offre, comme nous vous le disons, ces points clés sur lesquels nous devrions nous arrêter pour mieux comprendre la relation du Phoenix avec la résilience.

Faire autrement




*

Ce qui est fabuleux, c'est que plusieurs versions existent, puisqu'elle est un puzzle, l'image obtenue, ici, une figure, peut être toute autre, se métamorphoser, comme un sablier, devenir une représentation plus abstraite. Les boules d'or et motifs sont disséminés dans un carré, mais peuvent être autrement dispersés. C'est une œuvre qui propose d'infinie combinaisons, celles que je choisies. Une artiste s'amuse aussi et dispose de son œuvre, comme bon lui semble. Cendrillon un jour, lapin le lendemain, carrosse ou citrouille, gamme musicale, partition d'un nouveau genre, fresque mauresque, retable d'église...
À 10 ans, tout se reconfigure.

Par kiwaïda at 12:21

08/05/2020

ґ℮тїṧṧ℮я

Tisser des liens
Retisser des souvenirs
Confitures et déconfitures
Reconfigurations
Goût et toucher
Recoudre en découdre
Rafistoler
Rassurer
Soigner
Protéger
Confiner
Réchauffer
Teindre tendresse
Solidité tenacité
Indémodable
Créer

Aimer

Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 00:34

01/05/2020

ᒪᓰᒪᎩ OF ☂ᖺᗴ ⅤᗩᒪᒪᙓᎩ

























Peintures © Sonia Marques

Par kiwaïda at 12:10

23/04/2020

Ð℮яяїèґ℮ μεṧ ρ@υ℘ḯèяεṧ


Dessin © Sonia Marques (série Les incognitos - 2003)


Derrière mes paupières

 

La flâneuse s’est approchée à pas de velours sur mon ventre ensommeillé, puis elle a grimpé sur mes seins, feignant d’aller toujours plus haut, mais retardée par les buttes, son corps s’affaissait sur l’une des collines. Son œil noir était devenu bleu profond, puis bleu ciel, je discernais, pour la première fois, son vrai regard, clairvoyant. De son frêle cou, une force miraculeuse tirait son crâne vers mon sein. Elle léchait l’âpre satin, avec vivacité, tout en continuant de grimper à pas de velours. Parvenue au creux de mon cou, lovée comme une boule gorgée de bonté, elle lapait ma peau salée. Mouillée, jusqu’au cou, je percevais derrière mes paupières, l’antre de l’espace qu’elle avait dessiné. Un croissant de lune, un cil blanc posé sur une nappe de pétrole. Trempée, je nageais à la surface. Tu sais que les robinets étaient fermés et que nous n’avions plus de lumière pour nous éclairer la nuit. Les accès aux labels distingués nous étaient interdits, le jour. Derrière mes paupières, le paysage était inouï, mais interdits aux munsters, qui n’ont guère de vision intérieure. Leur croûte, pourtant bien lavée, a une odeur assez développée, qui rebute les narines sensibles. Les munsters sont trop loin des mystères de la vie pour en humer les parfums et explorer pleinement la création. La sécheresse jaune aspirait toutes leurs ressources. Pour ne pas y penser, ils comptaient les morts. Les jours ressemblaient à une danse macabre et les nuits aux respirations diverses et variées, insoupçonnées, la vie battait son plein, derrière mes paupières. La flâneuse reconnaissante me baignait de son énergie soyeuse et brossait mes rêves dans le sens du poil. Nous regardions sans fard les diurnes limités aux erreurs de calculs. Nous fermions les yeux sur ce désamour des chiffres et des beaux mathématiques, sans masque, nous faisions défiler des arpèges de billets doux. Plats et pleutres, comme ils se présentaient chaque jour, nous pouvions être attristés par l’immaturité prônée comme modèle infaillible, la maîtrise et le contrôle continu des bonnets d'ânes, que l'on hisse sans conviction au-dessus des beignets frits et trop sucrés. Le silence imposé nous donnait l’opportunité d’accueillir, ce qu’il se passait derrière les paupières du monde, éclairés par la nouvelle Lune, dans cet axe frondeur et tumultueux, propice aux changements de directions, le Soleil ne regardait plus la Lune vainqueur, mais admiratif de l'aurore boréale fugace, les yeux fermés. Devenue une légende controversée, princesse des beaux bizarres ténèbres, la flâneuse guidait son monde par le bout du nez. De son petit gabarit, elle avait soumis les plus lâches et prétentieux et avait passé outre les subalternes, trop ternes et pas assez invisibles pour mener la quête de l’amour au bord du précipice du désir. Tous les indésirables éclairés par des projecteurs violents, surlignés à l’encre magique, vidés de leurs substances cinglée, se retrouvaient dans une corbeille, enfin réunis, sous la même enseigne, un paradis fiscal aussi minuscule qu’un ongle coupé, trop gênant pour les contagieuses velléités. Bienvenu dans les mystères de la vie, tu es un nouveau membre, la nuit porte fortune, et le bout du bout, s’enfonce dans tes opportunes sagacités. Ni l’intégration, ni la désintégration n’existent, ni l’égalité, ni la diversité, aucun de ces maux ne traverse l’esprit des voyageurs intranquilles, car la poésie n’a pas cette volonté d’écraser qui que ce soit, ni limiter les véhicules de ta traversée onirique. Bien, venue, et nue. Mange-moi. Bois-moi. Sans maudire. Mouillée jusqu'au cou, la flâneuse s'approche à pas de velours sur ton ventre ensommeillé, derrière mes paupières.

Par kiwaïda at 23:25

19/04/2020

ÐÅℵϟ Ḻ❝☮ℳℬℛ∃ Ḏ€ ℒ∀ ℕÜi†

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© Sonia Marques (peinture - 2019)


Dans l’ombre de la nuit

 

Le Soleil s’est définitivement couché. L’obscurité réduisait notre pouvoir, nous attendions le lever du jour comme promesse d’une lumière de l’action et de l’espoir. Mais le jour ne se lèvera plus. Il ne nous regardera plus de haut. Il ne désignera plus le compte du temps humain. La Lune a pris l’avantage, elle ne sera plus la soustraction de nos nuitées sur nos journées. Elle est notre seul espoir. Tu le sais, mon amour, la Lune a éclairé nos rapprochements, dans l’intimité cachée du jour après jour. Nous nous sommes abrités, lapins lunaires, désignés par la Lune, lorsqu’elle tombait sur les préjugés du jour. Nous avons inventé une ombre dans le nocturne, afin que la Lune devienne notre lumière. Le scintillement des étoiles parsemait nos draps insomniaques puis, notre imaginaire impétueux courrait dans les champs noctambules des délices chavirés à chaque métamorphose. Entrer dans la nuit et ne plus en voir la fin, s’éterniser en elle et tâter le paysage à l’aveugle. Sombrer sans pouvoir plus rien retenir et être transpercé par la Lune sans pouvoir percer le jour, sans plus aucun pouvoir. Consacrer notre amour au voyage des astres, dessiner des liens d’étoiles en planète, d’une galaxie à l’autre, sans plus aucun point d’émission, ni de limite entre l’être et le paraître. L’amour a confondu les hiérarchies, nous a fondu, nos sens crépusculaires interpénétrés. Tu le sais, l’extinction du Soleil a troublé nos représentations. Les rêves ont envahi notre réalité, anéantissant tous les calculs visibles à l’œil nu. Encore plus nus et invisibles aux autres, dénudés et sans arrêt frôlés par les rêves débordés par le divin, il y a toujours plus à voir que d’ordinaire. Nous avons trouvé, dans l’ombre de la nuit, de quoi toucher l’essentiel, un amour dont la clarté des horizons s’est évanoui et respire profondément dans le sublime, ce drap nocturne éternel, propice aux enlacements et caresses. Fermer les yeux en pleine nuit, se retrouver à l’ombre, en phase avec sa seule conscience. Nos paupières ainsi fermées rejoignaient toutes celles des autres. Les solitaires, les pouvoirs de faire disparaître, ils se dérobent à la possession. Les couleurs apparaissent dans la nuit avec un effort discret de variation. L’obscurité impose le contraste et les demi-teintes et les fantaisies espèrent naître avec exubérance de cette opacité silencieuse. Nous n’avions rien vu venir, nous sommes devenus cette pénombre, après une inertie et une fatigue lente, le jour avait pris nos forces, sans écouter nos sensibilités. Le rideau est tombé, la nuit nous a emporté, et nos angoisses avec, bercées, et chaleureusement bénies, le sommeil n’est pas notre ennemi. Pour récupérer des forces, il est même notre fidèle ami. L’amitié du sommeil a trompé les dépressions du jour, afin d’échapper à ses devoirs de paraître, le seul calendrier de l’être humain, basé sur les jours et non, les nuits. En fermant les yeux sur tous les mots d’ordre, solidaires, nous nous en sommes sortis, nous sommes nés de l’obscur, en accompagnant le vertige du monde. Désespérément improductifs pour les traces diurnes et les rois de la distinction, notre destinée s’abîmait, pour eux, dans l’indistinct et l’inquiétude. Notre décalage avec la norme, nous rapprochait des solitudes trop en mouvement, incontrôlables, sans obligation de reproduire le visible. Artistes amoureux, dans nos théâtres d’apparitions, dans l’ombre de la nuit, nous avions mis à distance le réel, pour mieux nous en souvenir et tracer dans notre mémoire sensible, les dessins rédempteurs, des phénomènes de l’amour. C’est dans cette promiscuité profonde et lunaire que la surface s’était engloutie et nous avait enveloppé ensuite, pour nous habiller de son invisibilité.
Tu ne me vois plus. Je ne te vois plus. Nous nous sommes perdus de vue.
Là, dans l’indicible, une seule certitude : je t’aime.

Par kiwaïda at 15:06

16/04/2020

❞Ð☺ яεмεμ♭ℯя ☂ℌℯ¥ ¢αη❝☂ ¢@ηḉ℮ł ⊥♄ℯ ṧ℘яїᾔ❡❞


Do remember they can't cancel the spring © David Hockney (2020, iPad drawing)


"Souvenez-vous qu’ils ne peuvent annuler le printemps"


Lettre du peintre David Hockney (16 avril 2020)

«Chère Ruth,

Nous sommes actuellement en Normandie, où nous avons séjourné pour la première fois l’année dernière. J’ai toujours eu en tête de m’organiser pour vivre ici l’arrivée du printemps. Je suis confiné avec Jean-Pierre et Jonathan, et jusqu’ici tout va bien pour nous. .Je dessine sur mon iPad, un medium plus rapide que la peinture. J’y avais déjà eu recours voilà 10 ans, dans l’East Yorkshire, quand cette tablette était sortie. Avant cela, j’utilisais sur mon iPhone une application, Brushes, que je trouvais d’excellente qualité. Mais les prétendues améliorations apportées en 2015 la rendirent trop sophistiquée, et donc tout simplement inutilisable! Depuis, un mathématicien de Leeds, en Angleterre, en a développé une sur mesure pour moi, plus pratique et grâce à laquelle j’arrive à peindre assez rapidement. Pour un dessinateur, la rapidité est clé, même si certains dessins peuvent me prendre quatre à cinq heures de travail.

Dès notre découverte de la Normandie, nous en sommes tombés amoureux, et l’envie m’est venue de peindre et dessiner l’arrivée du printemps ici. On y trouve des poiriers, des pommiers, des cerisiers et des pruniers en fleur. Et aussi des aubépines et des prunelliers. Dans l’East Yorkshire, nous n’avions qu’aubépines et prunelliers. Nous sommes tombés sur cette maison au grand jardin - moins chère que tout ce que nous aurions pu trouver dans le Sussex - comme une rencontre attendue et espérée depuis longtemps.

J’ai immédiatement commencé à dessiner dans un carnet japonais tout ce qui entourait notre maison, puis la maison elle-même. Ces créations furent exposées à New York, en septembre 2019. Mais étant fumeur, je n’ai pas d’attirance pour New York et n’y ai jamais mis les pieds.

Nous sommes revenus en Normandie le 2 mars dernier et j’ai commencé à dessiner ces arbres décharnés sur mon iPad. J’y suis en ce moment, avec Jonathan et Jean-Pierre. Depuis que le virus a frappé, nous sommes confinés. Cela ne m’impacte que peu, mais Jean-Pierre (Gonçalves de Lima, son bras droit, NDLR) et Jonathan, dont la famille est à Harrogate, sont plus affectés.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes là pour un bout de temps. J’ai continué à dessiner ces arbres, desquels jaillissent désormais chaque jour un peu plus bourgeons et fleurs. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

Je ne cesse de partager ces dessins avec mes amis, qui en sont tous ravis, et cela me fait plaisir. Pendant ce temps, le virus, devenu fou et incontrôlable, se propage. Beaucoup me disent que ces dessins leur offrent un répit dans cette épreuve.

Pourquoi mes dessins sont-ils ressentis comme un répit dans ce tourbillon de nouvelles effrayantes? Ils témoignent du cycle de la vie qui recommence ici avec le début du printemps. Je vais m’attacher à poursuivre ce travail maintenant que j’en ai mesuré l’importance. Ma vie me va, j’ai quelque chose à faire: peindre.

Comme des idiots, nous avons perdu notre lien avec la nature alors même que nous en faisons pleinement partie. Tout cela se terminera un jour. Alors, quelles leçons saurons-nous en tirer? J’ai 83 ans, je vais mourir. On meurt parce qu’on naît. Les seules choses qui importent dans la vie, ce sont la nourriture et l’amour, dans cet ordre, et aussi notre petit chien Ruby. J’y crois sincèrement, et pour moi, la source de l’art se trouve dans l’amour. J’aime la vie.

Amitiés, David Hockney»

*

Ruth Mackenzie est une proche de David Hockney depuis sa mission en tant que directrice du London 2012 Festival , le programme culturel officiel des Jeux olympiques de Londres 2012 pour lesquels elle a été nommée CBE (l’ordre de l’Empire britannique). Confinée à Londres auprès de sa mère, elle raconte, en exclusivité pour Le Figaro, comment est née cette collaboration au long cours.

*

«Comme j’étais à Londres, j’ai vu les images qu’il a confiées à The Art Newspaper. Je lui ai écrit, le sachant en Normandie. Je lui ai dit que le confinement était beaucoup plus dur en France qu’en Angleterre et que ce serait une vraie belle idée de s’adresser à tous les Parisiens, à tous les Français privés de nature. Nous avions fait la même chose pour les JO de 2012. David Hockney nous avait donné une oeuvre - une vue de sa fenêtre, derrière une tasse de thé bleue, avec le profil d’un arbre en hiver sous la neige - pour soutenir ce programme culturel exceptionnel. Bouquet et premier grand évènement de ce festival, «David Hockney: A Bigger Picture», son exposition incroyable début 2012 à la Royal Academy of Arts de Londres avec ses paysages, ses arbres, ses tableaux énormes peints dans les bois et les collines de l’East Yorkshire. Je l’ai adorée. C’est donc la deuxième fois que je le sollicite. C’est un un peu impertinent, mais pour une bonne cause!

David Hockney est une personnalité extraordinaire. Il est extrêmement intelligent et d’une grande humanité. Il est aussi complètement nature, se comporte comme n’importe quel homme dans la rue. Il n’a pas de prétention, il dit ce qu’il pense, comme il le pense. Il m’a montré comment l’application Brushes de l’iPad marchait, comment il regardait un arbre et peignait directement, l’oeil fixé sur l’arbre, sans regarder son iPad avant d’appuyer sur la touche Replay et de voir la succession des coups de pinceau apparaître par magie. Pour nous deux, c’était un miracle! Nous étions saisis par ce que nous voyions, comme deux enfants pétrifiés dans la Cour d’honneur de la Royal Academy. Les artistes ont cette faculté de créer cette joie. Alors que tout le processus du London 2012 Festival a été difficile, tout avec David a été joyeux.

Est-il très anglais? Il vient de l’Ouest du Yorkshire, de la ville de Bradford, une ville industrielle, sinistrée et marquée par le chômage. Son frère a été maire de Bradford. Il a un humour très anglais. Il est très drôle. Mais c’est aussi un intellectuel, ce qui est mal vu en Angleterre. «Arty» en Angleterre est souvent une insulte, comme l’exprime la formule «arty farty» qui veut dire prétentieux, poseur, sans sagesse, sans pragmatisme, sans esprit pratique, avec une connotation homophobe. David n’a pas peur d’être un artiste, se soucie profondément de l’art, de ce qu’il se passe et des enjeux de la nature. Cette crise du COVID-19 implique de changer tout dans la marche du monde. C’est donc son moment».



"La source de l’art se trouve dans l’amour.

J’aime la vie."


Par kiwaïda at 19:17

15/04/2020

ⒸⒽⓄⒸⓄⒸⓄ















Parfois, il faut entrer dans le vif du sujet !

Photographies et gâteau © Sonia Marques

Par kiwaïda at 18:59

14/04/2020

И☮ F☮Ü✝Üℝ


Ready for the meeting (2020) © Sonia Marques

Un nouveau Ready for the meeting pour 2020, après 7 années de confinement.

Mais celui-ci est un peu celui des fantômes, ils hantent et scandent : NO FOUTUR !

*

Et puis, un texte (Sonia Marques > Kiwaïda) de Julien Ducourthial (juin 2018), sur ce que je fais, qui mentionne ces personnages...

Par kiwaïda at 14:48

11/04/2020

נʊ∂⑂ ℃hḯ¢aℊ☺



©Judy Chicago, Earth Birth, Birth Project, 1983
Versatex pulvérisée et fil DMC, couture de Jacquelyn Moore Alexander



 ©Judy Chicago, Birth Power, 1984,
Broderie sur dessin sur soie, 20 x 20 pouces
Couture par Sandie Abel




© Judy Chicago Guided by the Goddess,
from the suite Five images from the Birth Project 1985



© Judy Chicago The Crowning, 1983.
Needlepoint over painting on mesh canvas,
Hand painting assistance by Lynda Healy; needlepoint by Kathryn Haas Alexander





© Judy Chicago : Birth Project: The Crowning Needlepoint 3
1982 Reverse applique and quilting over drawing on fabric




© Judy Chicago : Ruth and Arlene (drawing from Compressed women who yearned to be butterflies )
1973 Support : color pencil and ink on paper

© Judy Chicago : Return of the Butterfly
Lithographie - 2012

The relationship between Chicago's vibrating color and form to that of fellow New Mexico women artists such as Agnes Pelton and Georgia O'Keeffe can be felt in this image.




Womanhouse
(30 janvier - 28 février 1972)1 est un espace d'installations et performances artistique féministe créé par Judy Chicago et Miriam Schapiro, cofondatrices du Feminist Art Program du California Institute of the Arts. Judy Chicago, Miriam Schapiro, leurs étudiantes et des artistes femmes locales ont participé à cette installation. Judy Chicago et Miriam Schapiro encouragent leurs étudiantes à s'approprier les techniques de sensibilisation afin de générer le contenu de l'exposition. Seules les femmes furent autorisées à visiter l'exposition le premier jour. Par la suite l'exposition fut ouverte à tout le monde. L'exposition a accueilli environ 10 000 visiteurs.


En 1974 un documentaire est réalisé "Womanhouse", par la réalisatrice, écrivaine et productrice Johanna Demetrakas. Le documentaire retrace cet événement féministe historique aux Etats-Unis, initié dans le cadre du Feminist Art Project mis en place au California Institute of the Arts de Los Angeles. Pour leur exposition, Miriam Shapiro et Judy Chicago ont réquisitionné une maison dans la banlieue de Los Angeles. Elles ont invité 24 artistes femmes à vivre et travailler ensemble durant plusieurs semaines, afin de proposer expositions et performances dans cet espace. Une manière de donner à ces artistes une visibilité, mais aussi de montrer que la maison et les préoccupations des femmes ne sont pas dénuées d'intérêt et que cela peut servir à faire de l'art. L'espace domestique comme lieu d'exposition Le projet collaboratif transdisciplinaire "Womanhouse" a mis en lumière des objets considérés comme triviaux, comme les produits de beauté, les bonnets de douche ou les tampons. Tous ces éléments se retrouvent au cœur d’œuvres d'art ou de performances proposées par les 24 artistes invitées. Cet événement a marqué un tournant aux Etats-Unis, permettant au pays de découvrir ce qu'est l'art féministe.

Par kiwaïda at 17:15

08/04/2020

αℓ◎ηε



SEUL



À DEUX



À PLUSIEURS



DANS TES RÊVES

Graphismes © Sonia Marques

La dernière est d'après une sculpture de Francesco Jerace, (Era di maggio, avant1920, Naples) la plus confinée.
Ses sculptures sont très belles, d'un grand équilibre, sensuelles et élégantes. Ce temps figé m'inspire ces figures de La Calabre, au sud-ouest de l'Italie, à la pointe de la "botte", dans cette région baignée par le soleil. Elle présente des montagnes escarpées, de vieux villages typiques et un littoral spectaculaire, avec de nombreuses plages très prisées.
En regardant ses sculptures, en avril 2020, nous sommes dans ce moment d'une épidémie mondiale, et l'Italie, plus durement touchée, vient de mieux connaître son
« patient zéro » et son parcours, plus de mystère. Il s’agit d’un homme de 69 ans, Calabrais d’origine et résident depuis des années de Casalpusterlengo, dans la province de Lodi, en Lombardie, qui est redescendu dans sa petite ville de Cetraro (province de Cosenza) début février, à près de 1 000 km au sud, alors que l’épidémie de Covid-19 n’était encore, pour les Italiens, qu’une réalité lointaine et exotique. En réalité, la maladie, comme l’assurent maintenant de nombreuses études scientifiques, avait déjà commencé à se répandre dans les plaines lombardes. Mais comment cet homme aurait-il pu soupçonner un seul instant qu’il emportait le virus avec lui ? Le premier cas attesté de coronavirus en Calabre.

Jerace, calabrais, né à Polistena (1853 et mort à Naples en 1937) s'est exprimé dans l'art sacré et dans l'art allégorique, il a commencé comme sculpteur avec des monuments de l'art funéraire. La figure féminine est le sujet prédominant, presque obsessionnel: enfantin, sensuel, sauvage, gai, fou, mystique, lascif, angélique...

«Patisco d'amor patrio, soffro di sentimentalità per il glorioso nostro passato, mi cruccio dell'abbandono in cui siamo caduti e tenuti… e specialmente cerco di far apparire nobile, grande e bella la nostra Calabria, anche quando è giustamente accusata.»

(Francesco Jerace, 1909)

"Je souffre de l'amour du pays, je souffre de sentimentalité pour notre passé glorieux, je m'inquiète de l'abandon dans lequel nous sommes tombés et gardés ... et surtout j'essaie de faire paraître notre Calabre noble, grande et belle, même lorsqu'elle est à juste titre accusée."

Par kiwaïda at 23:59

05/04/2020

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Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 13:28

02/04/2020

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Extrait des dessins Incognitos (© Sonia Marques) 2003

Les dessins que j'avais réalisés dans les années 2000, prennent beaucoup d'importance aujourd'hui. Un catalogue avait été publié. Réalisés à l'encre de Chine, beaucoup se référaient aux masques, je pense aussi à ces dessins avec des infirmières avec un cœur qui soignent les êtres vivants, je pense à ceux qui figuraient la cage thoracique, je pense à beaucoup d'autres. Je lisais les épidémies amérindiennes et une encyclopédie canadienne décrivait bien par exemple, certaines maladies, venues des colons (et non des côlons, quoique). Elles ont décimé des civilisations, les indiens. Certaines maladies ne sont pas éradiquées, loin de là. Je livre ici les extraits de l'encyclopédie canadienne :

Historique

L’application des principes d’hygiène au cours des décennies récentes a pratiquement éliminé les éclosions d’épidémies des maladies contagieuses les plus mortelles. Historiquement, cependant, les maladies épidémiques en Amérique du Nord se transmettent d’abord des explorateurs européens aux peuples autochtones. Plus tard, les conditions malsaines dans les navires qui lient les Amériques à l’Europe favorisent le développement des maladies contagieuses comme la variole, le typhus, le choléra et la grippe chez leurs passagers. Une ignorance de la cause de ces maladies et de leur mode de transmission contribue à les propager dans les villes portuaires. L’explosion d’une épidémie coïncide presque toujours avec l’arrivée d’un navire rempli de passagers malades.

Contact entre Européens et peuples autochtones

Lorsque les Européens commencent à débarquer sur les côtes des Amériques, les maladies épidémiques qu’ils apportent occasionnent une des plus grandes dépopulations dans l’histoire de l’humanité. Avant leur arrivée, les maladies comme la variole, la rougeole et la fièvre jaune n’existent pas dans cette région du monde. N’ayant jamais été exposés à ces maladies, les peuples autochtones n’ont pas les anticorps nécessaires pour combattre l’infection. Pendant les 400 ans qui suivent l'arrivée de Christophe Colomb aux Amériques en 1492, les populations autochtones sont réduites de façon radicale par les maladies épidémiques, au fur et à mesure que les Européens continuent à explorer le nouveau territoire et entrent en contact avec les différentes communautés.

De toutes les maladies qui affligent les peuples autochtones, la variole est souvent la pire. Bien qu’il soit impossible de cataloguer chaque cas de maladie européenne chez chaque tribu, deux occurrences offrent des exemples frappants. Le premier concerne Jacques Cartier, alors qu’il navigue sur le fleuve Saint-Laurent. Il rencontre des communautés très peuplées à Stadacona, un village iroquoien situé à l’emplacement actuel de Québec. Peu après son arrivée, au cours de l’hiver 1535, il remarque que les Iroquoiens meurent d’une maladie contre laquelle lui et ses hommes semblent être immunisés. Plus tard, les historiens confirment qu’il s’agit de la variole. Environ 70 ans plus tard, en 1603, Samuel de Champlain explore le même territoire. Stadacona n’est alors qu’une ville fantôme.

Un autre incident est révélateur sur la propagation délibérée de maladies. En 1763, alors que le chef odawa Obwandiyaq (Pontiac) commence sa campagne d’opposition contre l'autorité britannique, sir Jeffery Amherst, dirigeant de l’armée britannique, conseille au colonel Henry Bouquet d’exposer les Autochtones qui leur livrent la guerre à la variole par le biais de couvertures infectées. Il écrit : « Vous ferez bien d’essayer d’inoculer les Indiens par le biais de couvertures, en plus de tenter toute autre méthode qui pourrait servir à supprimer cette race facilement manipulable. » Plusieurs historiens font remarquer qu’il n’existe aucune preuve que Bouquet ou ses hommes ont commis cet acte. Par contre, la même année, William Trent, un commerçant au Fort Pitt (situé à l’emplacement actuel de Pittsburgh, en Pennsylvanie), écrit au sujet d’une rencontre avec deux membres de la nation Delaware : « nous leur avons donné deux couvertures et un mouchoir provenant de l’Hôpital de la variole. J’espère bien qu’ils apporteront l’effet désiré. »

Les estimations du nombre d'Autochtones dans l’hémisphère occidental à l’époque de l’arrivée de Christophe Colomb varient grandement. Pour cette raison, il est difficile de dire exactement quel pourcentage est mort des maladies introduites par les Européens. Cependant, certains érudits estiment que, vers 1900, les populations autochtones ont diminué de plus que 93 %. Bien que d’autres facteurs contribuent à leur dépopulation (p. ex., la guerre, la dépossession), les maladies épidémiques sont certainement l’agent le plus dévastateur.

Variole

Vers la fin du XVIIIe siècle, l’inoculation contre la variole devient une méthode préventive populaire en Europe. L’inoculation contre la variole comprend l'introduction de pus variolique sous la peau du patient. Peu après, le vaccin, plus efficace et moins dangereux, fait son apparition en Amérique du Nord. Pourtant, les épidémies de variole continuent à affliger la population. Montréal est très durement touchée; l’épidémie de 1885 est singulièrement dramatique. Son étendue persuade les autorités municipales de rendre le vaccin obligatoire, mais l’opinion médicale se divise en deux camps opposés, pour ou contre le vaccin. Ceux qui sont contre accusent ceux qui sont pour de propager la maladie. La population, terrifiée, refuse de se faire vacciner. Le 18 septembre 1885, une émeute éclate dans la ville. Les gens arrachent les affiches qui incitent à se faire vacciner et saccagent l’hôtel de ville, les pharmacies, le domicile du responsable officiel des vaccins et ceux des magistrats municipaux. L’étendue de l’épidémie (qui prend 3 164 vies, dont 2 117 enfants) convainc finalement les Montréalais d’obéir aux autorités sanitaires et au clergé.

Typhus

Le typhus arrive au Canada pour la première fois en 1659, mais l’éclosion de 1746 est à noter en cause de sa sévérité. Cette année-là, la France envoie une grande flottille de navires de guerre au Canada pour reprendre Port-Royal en Acadie. Des 3 150 soldats à bord, 1 270 périssent en mer et 1 130 meurent au bassin Bedford, où ils avaient rendez-vous avec une armée provenant de Québec. La maladie frappe les Mi'kmaqs de la région, provoquant la mort de plus du tiers de ceux-ci.

En 1847, des immigrants arrivant des îles Britanniques (surtout ceux de descendance irlandaise), 9 293 meurent pendant la traversée atlantique. Cette année est désormais connue comme « l’année du typhus ». Dix mille trente-sept individus encore meurent à Grosse-île  (la station de quarantaine sur le fleuve-Saint-Laurent en aval de Québec) ou dans les hôpitaux de Québec, de Montréal, de Kingston et de Toronto. Des monuments sont érigés au cap des Rosiers sur la côte gaspésienne pour commémorer ceux qui ont péri en mer.

Choléra

Le gouvernement canadien craint l’introduction du choléra par les immigrants européens, surtout en 1831, quand le choléra asiatique dévaste l’Europe. Une nouvelle réglementation interdit à la population locale de se rendre à bord des vaisseaux dans le port. Un comité sanitaire est établi au début de 1832, la législation quarantenaire est renforcée, et Grosse-île est placée sous commandement militaire. Cependant, un navire est autorisé à quitter la station de quarantaine, ce qui résulte en une épidémie cholérique en 1832. Quelque 6 000 personnes en meurent. À peine deux ans plus tard, la maladie frappe de nouveau et des éclosions sporadiques surviennent au cours du siècle.

Grippe (Influenza)

Bien que le taux de mortalité liée à la grippe soit généralement bas au Canada, certaines épidémies surviennent pendant des éclosions de typhus et d’autres maladies. Depuis l’éclosion de grippe espagnole d’après la Première Guerre Mondiale, les découvertes scientifiques ont rendu les maladies infectieuses moins mortelles. De récentes épidémies de grippe, par exemple, ont causé beaucoup de maladies, mais peu de décès. Selon Santé Canada, la mesure la plus efficace pour réduire les complications dues à la grippe est de vacciner, avant chaque saison de grippe, les personnes présentant un risque élevé, comme les personnes âgées et les tout-petits.

Fièvre jaune

En 1710, le germe d’une maladie encore inconnue au Canada appelée « la maladie siamoise », connue aujourd’hui comme la fièvre jaune, arrive au port de Québec depuis les Antilles. L’insecte vecteur est le Stegomya fasciata. Ce moustique trouve la chaleur et l’humidité à bord des vaisseaux idéales pour se reproduire. Il infecte les passagers vulnérables avec le virus dangereux. Les matelots malades sont emmenés à l’Hôtel-Dieu  de Québec, où ils meurent, tout comme six infirmières et douze prêtres. L’épidémie fait certainement de nombreuses victimes, mais le nombre précis n’est pas connu. Une fois que l’hiver arrive, l’insecte et la maladie qu’il porte disparaissent tous les deux. Il ne semble pas y avoir d’autres épidémies de fièvre jaune au Canada, même si quelques cas sporadiques surviennent dans les villes portuaires du pays. À l’occasion, le gouvernement canadien déclare une quarantaine sur des ports étatsuniens où la maladie fait des ravages.

Maladie de la Baie-Saint-Paul

En 1773, une contagion mystérieuse apparaît dans la région de Baie-Saint-Paul, se répand dans les paroisses avoisinantes et atteint enfin la région de Montréal. Les symptômes incluent des ulcères buccaux, de la douleur dans les extrémités et, enfin, la destruction du palais, des gencives et des os du nez, et l’apparence d’enflures sur la tête, sur les clavicules et sur les os des extrémités. Hommes, femmes et enfants sont tous affligés. Après quelque hésitation et un peu de discussion, l’opinion médicale déclare que la maladie, connue sous le nom de « maladie de la Baie-Saint-Paul », est une forme de syphilis.

La tuberculose, connue et redoutée depuis l'époque d'Hippocrate (460-377 avant notre ère), est une maladie infectieuse qui atteint principalement les poumons, mais qui peut aussi se répandre dans tout l'organisme.

Tuberculose

La tuberculose, connue et redoutée depuis l'époque d'Hippocrate (460-377 avant notre ère), est une maladie infectieuse qui atteint principalement les poumons, mais qui peut aussi se répandre dans tout l'organisme. Autrefois appelée « consomption », elle a fait de nombreuses victimes chez des personnes célèbres, notamment les sœurs Brontë, Robert Louis Stevenson et Vivian Leigh. Au XIXe siècle, une fois la variole contrôlée grâce à la vaccination, l'infection provoquée par le bacille de la tuberculose est devenue le fléau le plus redoutable des pays asiatiques et européens.

Au Moyen Âge et à la Renaissance, des facteurs socio-économiques expliquent la prévalence de la maladie dans les milieux insalubres. Il est permis de croire que la tuberculose est apparue en Amérique du Sud plusieurs siècles avant l'arrivée des Européens. Toutefois, sa présence en Amérique du Nord semble plutôt attribuable aux explorateurs et aux colons européens. À la suite des vagues successives d'immigrants, la maladie apparaît dans le Haut et le Bas-Canada au XVIIe siècle et, dans l'Ouest, vers le milieu du XIXe siècle. La population autochtone du Canada est inévitablement vulnérable en raison de ses contacts avec des trappeurs et des colons européens souvent démunis. Les Européens ont probablement développé une certaine immunité à la maladie, plusieurs générations successives y ayant été exposées. Les Premières Nations et les Inuits, par contre, y sont exposés pour la première fois, de sorte que, une fois infectés, ils y présentent une faible résistance.

Une fois la nature infectieuse de la maladie reconnue en Europe, il est devenu possible d'entreprendre des initiatives pour améliorer les mesures d'hygiène dans les milieux urbains surpeuplés où les pauvres ne disposent pas des ressources nécessaires à une alimentation substantielle et s'entassent dans des taudis. Le taux de mortalité commence donc à diminuer rapidement au début du XXe siècle. Bien avant les interventions chirurgicales pratiquées dans les années 1930 (la collapsothérapie, qui vise à mettre au repos le poumon touché) et l'avènement de médicaments antituberculeux véritablement efficaces dans les années 1950, une amélioration générale des conditions de vie a déjà entraîné un déclin remarquable de l'incidence de la maladie et du taux de mortalité.

Taux de mortalité au Canada

Au Canada, le taux de mortalité causée par la tuberculose a chuté de façon impressionnante, passant de 180 pour 100 000, au début du XXe siècle, à 1 pour 100 000, au milieu des années 1980. Le taux d'incidence a aussi chuté substantiellement pendant la même période. Avant la Seconde Guerre mondiale, on rapportait plus de 14 000 nouveaux cas de tuberculose chaque année. Au-delà de 17 000 patients se sont retrouvés dans des sanatoriums, dont le dernier a fermé ses portes dans les années 1970. Une médication et un traitement améliorés ont entraîné un déclin important du nombre de cas signalés au Canada et ailleurs après la Seconde Guerre mondiale. Bien que le Canada présente un des taux d'incidence de tuberculose les moins élevés du monde, le nombre de cas signalés a brusquement cessé de diminuer en 1987 et demeure constant depuis.

En 2006, l'année la plus récente pour laquelle des statistiques sont disponibles, on rapporte 1621 cas (5 pour 100 000) - nouveaux et de récidive. Les provinces les plus peuplées - Colombie-Britannique, Ontario et Québec - représentant 76 p. cent de la population comptent alors pour 73 p. cent du total de cas signalés. Le Nunavut connaît le taux de cas le plus élevé, soit 155,9 pour 100 000 et la tuberculose est la cause du décès de 23 p. cent des personnes de ce groupe. Dans environ 40 p. cent des cas, la tuberculose contribue au décès, mais n'en est pas la cause.

Groupes à risque

À l'échelle mondiale, l'incidence de la tuberculose a augmenté de façon considérable depuis le milieu des années 1980. La propagation de la tuberculose, au cours des dernières années, a incité l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclarer la maladie « urgence mondiale » en 1993. En raison d'un changement des tendances, le Canada a entrepris une réévaluation intensive de la situation en matière de tuberculose. En 2007, l'OMS rapporte que l'épidémie s'est stabilisée après avoir atteint un sommet en 2004 et être demeurée stationnaire en 2005.

Les groupes à haut risque comprennent les personnes qui ont habité dans des régions du monde où la prévalence de la maladie est élevée, les peuples autochtones, les personnes âgées, les sans-abri des quartiers défavorisés et toute personne vivant dans des logements surpeuplés et dans de piètres conditions de vie. Les personnes infectées par le VIH sont aussi considérées comme personnes à risque élevé. Les professionnels de la santé et les travailleurs sociaux en contact avec les personnes à haut risque ont accès à des programmes de sécurité pour éviter de contracter la tuberculose.

Au début du XXe siècle, des épidémies de tuberculose dans les réserves des Premières Nations font des ravages et sont fatales dans bien des cas. La malnutrition, l'absence de soins médicaux et les logements surpeuplés sont des facteurs qui contribuent à ces épidémies. Les infections actuelles de tuberculose dans plusieurs communautés autochtones sont causées par de piètres conditions socio-économiques, telles que le logement inadéquat, l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Les taux de tuberculose infectieuse sont plus élevés en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba ainsi que dans le nord de l'Ontario. Chez les Premières Nations, les taux de tuberculose demeurent huit à dix fois plus élevés que la norme canadienne.

L'effet de l'immigration sur l'épidémiologie de la tuberculose au Canada reflète la situation de la tuberculose dans les pays d'origine des immigrants. En 1996, pendant l'épidémie mondiale de tuberculose signalée par l'OMS, les personnes nées à l'étranger représentaient 92 p. cent des cas de tuberculose à Toronto, une ville où le taux d'immigration est élevé. En 2003, les résidants et visiteurs nés dans des pays à hauts taux de tuberculose comptaient pour plus des deux tiers des cas de tuberculose signalés au Canada. En raison du risque pour la sécurité du public, les autorités canadiennes de l'immigration mènent des tests de dépistage de la tuberculose chez les requérants se trouvant au Canada et les demandeurs du statut de réfugié.

Symptômes

La tuberculose est causée par la bactérie du groupe Mycobacterium, lequel se divise en 54 sous-espèces. Au Canada, le Mycobacterium tuberculosis est habituellement à l'origine de la maladie. Elle se contracte à la suite d'un contact avec une personne atteinte de tuberculose contagieuse (active) qui, lorsqu'elle tousse, libère des organismes de la tuberculose dans l'air. Tous ceux qui respirent ces organismes pourraient contracter la maladie. Toutefois, elle ne se développe généralement que s'il y a une exposition fréquente à une personne infectée, que l'on estime, dans le cas d'un adulte en santé, à plusieurs heures par jour pendant de nombreux mois. Il arrive parfois que la tuberculose se transmette en moins de temps.

Une exposition à la bactérie de la tuberculose n'entraîne pas nécessairement la maladie. En fait, la plupart des personnes qui respirent la bactérie ne contractent pas une tuberculose infectieuse. Elles ne deviennent pas malades et ne transmettent pas la bactérie à d'autres. Seulement 10 p. 100 des personnes exposées contractent une tuberculose active.

Entre autres symptômes, on remarque une sensation générale de malaise et de fatigue, une perte de poids, une toux de plus de quatre semaines et, dans les cas plus avancés, des crachats de sang. Le test de Mantoux révèle si une personne a été exposée à la maladie. Des radiographies et des tests en laboratoire sont cependant nécessaires pour confirmer un diagnostic de tuberculose active. Une personne est susceptible de transmettre la maladie tant qu'elle n'a pas reçu de traitement. La plupart des gens atteints de tuberculose active contracteront des infections pulmonaires (tuberculose pulmonaire). Dans de rares cas, la maladie touche le cerveau (méningite), les reins, la peau, les os, les articulations ou les ganglions lymphatiques. Cela se produit souvent dans des régions à risque élevé.

Traitement

Les personnes exposées à la tuberculose active et dont l'état est confirmé par un test de Mantoux positive devraient suivre un traitement préventif de six mois à un an pour réduire le risque de contracter la maladie. Un traitement complet de deux et, souvent, trois ou quatre médicaments doit être administré à tous les tuberculeux. La tuberculose se traite par l'isoniazide (INH), la rifampine, l'éthambutol, l'éthionamide, la capréomycine et les combinaisons suivantes : rifampine-éthambutol, INH-rifampine et INH-rifampine-streptomycine. Il est primordial de suivre le traitement au complet et à la lettre. Cinquante pour cent des personnes infectées qui ne sont pas traitées mourront dans les cinq ans après le diagnostic. De plus, le fait de ne pas suivre de traitement est la cause la plus courante de la manifestation d'une tuberculose pharmacorésistante.

Tuberculose pharmacorésistante

Au Canada, on a signalé des cas de tuberculose pharmacorésistante pendant des décennies. Habituellement, la maladie résiste à un médicament, mais il arrive parfois qu'elle devienne résistante à plusieurs médicaments (MDR). Depuis 1987, les États-Unis connaissent de nombreuses épidémies de tuberculose résistante à plusieurs médicaments chez les personnes atteintes du VIH et du sida. Quelques cas de résistance à plusieurs médicaments ont été signalés au Canada. Pour remédier à cette situation, il faut cibler rapidement le cas, bien traiter la tuberculose active et administrer un traitement préventif aux personnes exposées. Des types de tuberculose résistante aux médicaments surgissent dans tous les pays du monde, y compris le Canada.

Tuberculose Pharmacorésistante Multiple

La fréquence signalée de la tuberculose pharmacorésistante est devenue encore plus sérieuse depuis l'apparition de la tuberculose pharmacorésistante multiple (XDR). Des études récentes menées par l'OMS et les US Centers for Disease Control indiquent que la tuberculose XDR a été identifiée partout dans le monde, y compris au Canada, mais qu'elle est plus courante en Asie et dans les pays de l'ancienne Union soviétique. La différence entre la tuberculose MDR et la tuberculose XDR est la capacité différentielle de résistance des bactéries. Tandis que la tuberculose MDR est résistante aux médicaments de première ligne, la tuberculose XDR est résistante à ces médicaments ainsi qu'à trois classes et plus de médicaments mineurs utilisés pour traiter la maladie. Le traitement de la tuberculose XDR peut nécessiter plusieurs essais pour trouver les médicaments efficaces et, par conséquent, il est plus coûteux.

La Tuberculose et le VIH

L'épidémie de VIH a accéléré la réapparition globale de la tuberculose. Les deux maladies touchent plus souvent les habitants défavorisés qui vivent dans des conditions insalubres ou qui s'adonnent au travail du sexe ou à la drogue. Dans le monde entier, on estime que 13 millions des 33 millions de personnes atteintes du VIH sont à risque de contracter la tuberculose. La plupart d'entre elles vivent en Afrique subsaharienne, où jusqu'à 80 p. cent des adultes souffrant de tuberculose sont aussi atteints du VIH. L'OMS estime qu'environ 12 p. cent des morts du VIH à l'échelle mondiale sont causées par la tuberculose; ce pourcentage monte jusqu'à 50 p. cent dans certains endroits. La combinaison de la tuberculose et du VIH est mortelle parce que la tuberculose est plus susceptible de devenir active chez les gens dont le système immunitaire est affaibli. Environ 58 000 Canadiens sont atteints du VIH et environ 23 p. cent d'entre eux ont aussi la tuberculose.

Plus il y a de cas de tuberculose active, plus il y a de risques que la maladie se propage aux populations saines. Au Canada, il est essentiel d'implanter soigneusement des programmes efficaces de dépistage, de prévention et de traitement dans les groupes de population à haut risque afin de vaincre la maladie. Des programmes d'éducation et de surveillance sont essentiels pour réduire la fréquence de l'infection et mettre au point un traitement efficace de la tuberculose pharmacorésistante multiple.

Des recherches sur la tuberculose sont en cours dans les universités canadiennes. Ces recherches comprennent l'étude du contrôle de la tuberculose, de l'épidémiologie moléculaire de la tuberculose et les problèmes culturels et socio-économiques qui touchent le traitement et la prévention de la maladie.

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"Hold Your Breath" peinture réalisée par l'artiste russe Paulina Siniatkina, contre la tuberculose.
«Retenez votre souffle» présente l'histoire de la lutte de l'artiste russe Paulina Siniatkina contre la tuberculose (TB).  En 2015, Paulina Siniatkina, a passé 6 mois et 17 jours dans une clinique TB à Moscou. Elle a traversé la peur, les malentendus, la colère, le désespoir, la solitude, le silence, l'amour, l'amitié et l'espoir, et a quitté l'hôpital avec une série d'œuvres d'art qui racontent les histoires de personnes qui ont partagé son destin. Elle a créé ces œuvres d'art pour lutter contre la stigmatisation liée à la tuberculose. L'exposition «Retenez votre souffle» parcourt le monde depuis lors, luttant contre la stigmatisation et exhortant les gens à ne pas avoir peur de parler de la tuberculose. Le 24 mars 2017, à l'occasion de la Journée mondiale de la tuberculose, une série de tirages de "Retenez votre souffle" a été exposée au siège de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Les peintures ont été exposées lors de la première Conférence ministérielle mondiale de l'OMS sur l'élimination de la tuberculose à Moscou les 16 et 17 novembre 2017.

"Quand j'ai entendu mon diagnostic pour la première fois, je n'avais pas peur car je n'avais jamais vraiment entendu parler de la tuberculose (TB) auparavant. Pendant mon séjour à l'hôpital, j'ai appris beaucoup de choses. J'ai appris que la tuberculose est une maladie très dangereuse; J'ai appris que des millions de personnes meurent à cause de cela et j'ai appris que cette maladie est stigmatisée. Les personnes non infectées réagissent de manière agressive; ils blâment ou évitent les communications avec les personnes atteintes de tuberculose. En conséquence, les patients tuberculeux ont peur de s'exprimer et ils se cachent ou mentent sur ce qui leur arrive réellement. D'après mon expérience, mon médecin m'a conseillé de ne parler à personne de ma tuberculose, sinon je serais marqué à vie. Je crois que c'est la principale raison pour laquelle l'humanité ne peut toujours pas vaincre la tuberculose. Tant que les gens ont peur d'en parler, cette maladie continuera de se propager. J'ai réalisé que je voulais lutter contre la tuberculose et la seule arme que je puisse utiliser est l'art."


❥ Caillou

Je n'ai pas de particulières raisons pour ovationner des équipes médicales que je ne connais pas et dans le vide. En revanche, tous, celles et ceux qui j'ai bien connu, et m'ont tant appris, ont reçu tout mon respect. Comme tout être humain, j'ai aussi connu des personnes qui œuvrent de façon discriminante et s'imaginent médecins, même à des postes de directions, qui jugent ou dirigent des équipes, qui espionnent et punissent selon leur propre psychologie et pathologies défaillantes. Sous le masque de la propreté, les pires sévices les plus sales, sont encore, en 2020 valorisés. Et pour se laver du mal que ces gens font, ils attaquent les plus pauvres et les désintègrent de la société. De toutes les guerres, les épidémies, ces gens parviennent à tirer leur épingle du jeu, s'ils sont encore en vie, ils n'hésiteront pas à arborer le masque des héros et héroïnes, sans s'être mouillés jamais, dans un quelconque sauvetage. Souvent, on les retrouve décorés, après une bataille. Sur le dos des plus modestes, ils se hissent toujours au-dessus des invisibles. Mais que croient-ils-elles ? Nous n'avons plus le même regard sur ce qui est trop visible, trop manifestant, trop invincibles. Nous sommes tous des fragilités, isolées, avec la capacité d'évoluer, de réfléchir à bien. Et c'est déjà incroyable. La question du collectif ne peut venir que de la possible élévation solitaire, vers un tout, toujours meilleur. Et quand tout va à vau-l'eau, tel un caillou, nous suivons le cours de l'eau...


Par kiwaïda at 19:05

01/04/2020

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Images © Sonia Marques (Blue Moon)

Par kiwaïda at 15:30

30/03/2020

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Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 22:47

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Photographie © Sonia Marques

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Amuser le tapis


C'est un bruit qui court, la bijoutière dépose le bilan et liquide son entreprise.
Une affiche se trouve collée sur sa vitrine :

LIQUIDATION TOTALE, TOUT DOIT DISPARAÎTRE

Nous sommes en novembre et bientôt ce sera les fêtes de fin d'année. Plusieurs évènements individuels se sont accumulés en cette fin d'année, mais personne n'en connait l'envergure, ni l'intensité ressentie en chacun de nous. Chacun dépose ses armes auprès de son tapis… Mais personne ne le sait. Les habitants se promènent et lèchent les vitrines, c'est ainsi que l'on dit. Puis, ils entrent dans chaque boutique qui dépose le bilan. Il y en a beaucoup dans la ville. Ce n'est pas une petite ville de province, c'est même une capitale de région, les commerces ferment un à un. Chacun dépose ses armes auprès de son tapis… Mais personne ne le sait. Sousoume défie les Dieux, sous son voile blanc, elle est un oasis. Sa science de l'amour a embrasé les Tsars. Ils ont, naguère, délaissés leur foyer, pour ses voiles sublimes et transparents en lin, bordé de pièces brillantes. Ils n'étaient pas éduqués et demeuraient captifs des caprices des femmes. Sousoume n'accueillait pas facilement leurs hommages, il s'entretuaient, motivés par une farouche volonté de prendre le pouvoir. Elle refusait les marques intéressées, peu vénale, elle prétendait trouver, dans le commerce, les agréments nécessaire à ses besoins personnels, grâce à ses recherches assidues. Dans les rues de la ville, nombre de vieux caciques faisaient leurs affaires avec irrespect des femmes. Ils étaient attirés par des courtisanes, toutes présentes dans les assemblées municipales. La vie publique semblait plonger le quotidien dans un désarroi profond, de sorte que plus personne n'allait voter. Les courtisanes autours des vieux caciques alpaguaient d'autres jeunes femmes pour leur montrer la voix, faire commerce de leurs charmes. Dans les foyers, les mères commençaient très tôt leur ménage et les devoirs des enfants. Les pères, toujours en sortie, jouaient aux cartes et faisaient des paris sur les futures élections. Chaque jour de nouveaux conflits, parmi la population masculine, étaient relayés par les courtisanes. Les mères jalousaient les courtisanes et ordonnaient à leurs filles, de ne jamais suivre le chemin des jeux et des affaires. Leurs fils rêvaient d'approcher le pouvoir et faire autorité, ils souhaitaient, plus que tout, se battre et entrer en guerre pour prendre parti pour telle ou telle communauté, en commençant par piller quelques billes, puis des filles, puis des boutiques, puis des mairies, puis, des régions. Sousoume, femme d'esprit savait un peu de ces ignares et de l'illusion du pouvoir. Les Dieux, à sa naissance, prirent la décision de la doter de certaines facultés, peu visibles, afin de conserver son oasis. Tout d'abord : L'astuce. Peut-être cela lui permettrait, d'une manière habile et singulière, de parvenir à ses fins et se tirer de difficultés, mais c'était plutôt pour l'accoutumer à l'ingéniosité, qu'elle apprenne au fur et à mesure, à affiner son esprit, à l'affûter. Les qualités d'invention sont très peu visibles. Les caciques pensent que l'agilité est liée à l'agitation, peu l'associe à l'agilité d'esprit, à la souplesse et la légèreté, une facilité à se mouvoir. Cela peut être aussi rapide, si rapide qu'on ne peut rien voir. Ainsi la virtuosité et l'aisance sont pratiquement invisible. Cela demande beaucoup de vivacité et de dextérité. Chaque réflexion peut être rusée, les actions en deviennent habiles jusque dans la plaisanterie, un certain trait d'esprit, peu accessible. Les Dieux avaient d'autres idées pour Sousoume, mais l'astuce serait première, celle qui, d'années en années, lui donnerait d'autres facultés, dans ces terres où rien ne pouvait se réaliser sans détours ni trouvailles, combines et subtilité, pour évoluer. Sa vie avait déjà parcouru plusieurs villes à dos d'âne, mais sans caravane. Lorsqu'elle passa devant la bijoutière voutée et sa boutique en liquidation, celle-ci lui fit un signe d'entrer. Sousoume passa la porte, comme si ce moment serait celui d'un nouveau siècle. Une chienne qui puait, très vieille, était lovée sur le tapis, grise, on ne voyait plus ses yeux. Elle se leva brusquement et se dressa comme un petit ourson sur les jambes de Sousoume. Il y avait dans cette boutique, beaucoup de curieux et curieuses. Ils passaient tous la même porte, ils marchaient tous sur le tapis. C'est un grand tapis, il a l'odeur imprégné de la vieille chienne tendre, elle bave un peu. Quelle a été sa vie ? Sa vie de chienne ? Des poils volent dans l'espace, éclairés par un rayon de soleil, des milliers de poussières. Elles viennent s'agripper aux vêtements des curieux et curieuses. Ici s'échangent les nouvelles de la vie, du temps, des maladies des uns, des unes, des familles, des retrouvailles, qui s'annoncent pour les fêtes, des anniversaires mêlés, des épuisements, et les bijoux se touchent et se passent de mains en mains. Les unes les essayent et les montrent à toutes, un mari ne comprend pas trop ce cheminement entre les paroles et les essayages d'oreilles en oreilles, de poignets en poignets, jusqu'aux doigts, jusqu'aux chapeaux et aux cous plissés. Et cette oursonne toute excitée, qui passe de genoux en genoux, tentant d'attraper ici, un sac de provision et d'en grignoter un bout de pain. Il y a une atmosphère enchanteresse, dans un fatras d'objets inutiles, futiles de mots idiots, de bêtises et de mièvreries qui se répètent à l'infini, comme pour confirmer les rumeurs et tisser un tapis, et confectionner des paraboles dignes des orfèvreries les plus artisanales et organiques, bref, des œuvres éphémères qui s'impriment dans des mémoires aproximatives. Les curieuses copient Sousoume, elle essaye un bracelet en argent, qui illumine son gracile poignet. Un petit anneau glisse le long de ce jonc. Une curieuse veut le même. La bijoutière est heureuse, elle sent que Sousoume va être celle qui portera ses bijoux un à un et pourra, rien que par sa présence d'esprit, vendre ses bijoux. Car, toutes veulent aussi avoir les mêmes choses que porte Sousoume. Elle n'a rien, mais tout ce qu'elle met, enfile, d'un coup, toutes le veulent, l'objet du désir, celui par lequel, peut-être, la vivacité d'esprit frôlera le leur. Puis, Sousoume pose un regard bienveillant sur la chienne dont personne ne voit l'entier dévouement, serait-ce la fidèle maman de la bijoutière ? On ne sait si les poils du tapis sont ceux de la chienne ou si la chienne est formée uniquement des poils du tapis. La bijoutière s'entretient avec chacun et chacune sur le tapis, en détail, en bien ou en mal, elle arrose généreusement son auditoire improvisé et dépareillé, avec des touches impressionnistes de son expérience chamanique. Les caravanes sont arrêtées, elles ne passent plus. Ce sont des caciques qui décidèrent de cet arrêt brutal pour que les habitants payent un peu plus cher ces seuls moyens de déplacement, dont ils sont propriétaires. La colère gronde, car les habitants ne peuvent plus retourner voir leur famille, et craignent pour les fêtes. C'est un des bruits qui court et met le monde sur le tapis. Puis la bijoutière parle de l'anniversaire de sa sœur dont elle ne doit pas oublier la date, sinon c'est une tempête d'une année qui s'abat sur ses épaules, trop petites, si finement dessinées comme des poignées de portes en porcelaine, elles tiennent dans la paume des mains. Ses os, que l'on devine sous sa peau opaline, ne pourraient soutenir une tempête sertie de frustrations, même celle d'une âme dont la rancune ne dure qu'un printemps. La bijoutière mettait un point d'honneur à être présente lorsque les bourgeons des premières fleurs apparaîtront. Elle sait que ce moment est trop court pour le rater et être divertie par les sautes d'humeurs de sa fratrie lunatique. La sororité en dent de scie peut résoudre des problèmes, et, parfois les envenimer, pour un rien. Elle décrit sa sœur comme capricieuse, une courtisane qui affectionne les miroirs et donc celles et ceux qui s'y reflètent. Pas un seul anniversaire ne doit ressembler à sa solitude. Sa famille est dans l'obligation de se réunir autours d'elle, coûte que coûte, les paralysés, les aveugles, les sourds, aucun, fanfaron, farfouilleur, fainéant, fauché, fébrile, fétichiste, féroce, filou, foireux, fou furieux, franc tireur, frimeur, flippant, frondeur, froussard, furibard ; ni aucune, petite, grande, grosse, fourbe, fière, fantaisiste, fayotte, favorisée, figurante, flétrie, flouée, futée, fortunée, fragile, fracassante, frivole, froide, fausse, frustre, fumeuse, furieuse, ne doit être amnésique : Aux oubliettes ! De sa sœur, dont elle parle en son absence, aux curieuses qui portent ses bracelets, Dieu sait comme en secret elle est sur le tapis. Si une cliente interrompt son histoire familiale, la bijoutière n'hésite pas à la faire revenir sur le tapis. Puis lorsqu'une cliente arrive pour discuter prix, au tapis vert elles comptabilisent les offres. Mais, si le sujet des caravanes ou des élections sommées d'empêcher les réjouissances, reviennent sur le tapis, ou si, une simulatrice se met à aternoyer, en s'apitoyant sur son sort, et, une autre, fagoté comme l'as de pique, montre ses parures, et la prétentieuse, qui se vante de parvenir à rejoindre sa famille sans difficulté, tout cela pour donner des jalousies, et parsemer d'incertitude les projets mirifiques, la bijoutière veut amuser le tapis. Sousoume sait que les petites affaires ne sont pas à négliger, les velues, les lisses, les veloutées les nouées, les éméchées, chacune est à prendre et à examiner, il fallait distinguer cet ameublement de paroles et tous les motifs exposés, comme autant de personnages d'un théâtre humain paradoxalement philistin. La bijoutière de plus en plus tassée, arrivait quasiment au niveau de sa petite chienne qui se levait sur ses deux pattes, comme pour tendre l'oreille à sa vieille mère : Et celle-ci, elle dit vrai ? Et celle-là qu'en pense-tu ? En s'abaissant à hauteur d'une bête, elle observait la sveltesse d'une cliente, le galbe élégant de ses jambes et le feu de ses yeux qui tirait tout l'édifice vers des hauteurs matérielles, tous ses bijoux, devenus par cette liquidation, si accessibles. Elle disait à sa chienne : Regarde l'avidité de cette femme, elle termine une opération stratégique, capturer le bijou qu'aucune autre ne pourra se payer et l'attacher à sa main comme son avarice à son corps défendant. Avec cette liquidation, j'attire des prisonnières, des esclaves, et elles seront miennes une fois la boutique fermée. Sousoume avait entendu ce langage. Elle dit à la bijoutière : Il est magnifique votre tapis ! Elle lui répondit très vite : Il est à vendre si vous le désirez. Tous les curieux et les curieuses ouvrirent grand leurs yeux, car leurs oreilles étaient prises. Quelle horreur ! Le tapis qui pue ! Mais tous les yeux vitreux commencèrent à mieux regarder le tapis, où siégeait fièrement le cul de la petite chienne. Sous sa coupe, une scène de chasse figurait sur l'étendue de zibeline. Un véritable tableau, les laines nuancées produisaient, par la juxtaposition des couleurs, tout les effets et la complexité d'une grande peinture. Le bon goût des dessins animait les chevaux et les lapins, les oiseaux et les instruments de musique, comme une vérité perçante. Le nuage de rumeur se dissipait sous l'apparition crue de ce sol poilu où étaient collées toutes les chaussures des clients. Fallait-il vraiment considérer ce vieux morceaux comme le joyaux du siècle ou remettre sur le tapis les sorcelleries ? La bijoutière souhaitant s'en débarrasser au plus vite lui dit : Je vous le fais à 10 pièces. Les clients radins commencèrent à regretter de ne l'avoir pas vu, il était moins coûteux qu'un bijou et semblait au seul coup d’œil de Sousoume, flamber comme un trésor inaccessible. Affaire conclue, dit Sousoume. La bijoutière lui dit : Mais revenez le chercher bien plus tard, après ma liquidation, je me souviendrais de vous, entre les 2 fêtes, si les caravanes passent. Sousoume, parée d'un bracelet avec un anneau en argent, quitta la grotte confinée, où toutes les affaires sont sur le tapis. La chienne se roula sur le vieux morceau comme si elle disparaissait dans ses poils et rejoignait la chasse, les lapins, les oiseaux et les canons à poudre, dans une poussière aérosol. La porte se ferma. Les fêtes de fin d'année se déroulèrent comme à l'accoutumé. Malgré l'arrêt des caravanes, les retrouvailles, plus modestes, anticipaient une nouvelle année frugale, mais riche de transformations. Sousoume était revenue, avant la toute fin de l'année, chercher son tapis. La boutique était fermée. La bijoutière lui avait laissé un mot : Venez plutôt après demain, afin que je prépare votre tapis, il mérite d'être un peu nettoyé. Sousoume arriva au jour choisi par la bijoutière. Celle-ci lui montra le tapis enroulé. Vous savez, un nombre considérable de personnes ont foulé ce tapis, lui dit la bijoutière, aussi n'est-il pas de la première fraîcheur, j'ai fait ce que j'ai pu. Sousoume chercha des yeux la vieille chienne, mais elle ne la trouva pas. Très lourd, le rouleau ne pouvait être transporté par une seule personne. Son ami, Doudour était venu lui porter main forte. Ils déambulèrent dans la ville en plein hiver, sous des flocons invisibles, puisque ce pays n'avait jamais vu la neige. Pieds nus, Sousoume sous son voile blanc, Doudour sous son voile bleu, le corps d'un vieux tapis sur leurs épaules, chargés de toutes les vies des passants, ils étaient glorieux comme revenant d'une longue guerre, celle de la reconnaissance. Les louanges sur leurs épaules, flattés par leur patience, ils commencèrent à unir leurs forces pour affronter la nouvelle année. Car, de l'année passée, et des épreuves, ils en avaient plein le dos. Le commerce tombait, dans un noir marasme. Mauvaises récoltes, caravanes arrêtées, voyages impossibles, déplacement réduits, les vulgarités en modèles, des pachas partout élus avec très peu de voix, entourées de courtisanes qui se copiaient les unes les autres, répétant tout ce qu'elles entendaient, sans distinction, des mauvais traitements dans les foyers, des mères soumises aux autorités des pachas, des enfants indisciplinés, voleurs, agressifs, devenus les commandants de ces mères épuisées, esclaves de leurs enfants. L'eau naguère claire saturée de mauvaises gestions charriait des bactéries très toxiques. L'air, étouffant, manquait de souffle. La terre, asséchée, manquait d'eau claire. Les plantes n'osaient plus sortir et les abeilles avaient disparu, très certainement confinées autours du corps défunt de leur reine. Sousoume étalait une pâte d'herbes aromatiques et délicates dont elle avait le secret, sur le tapis déroulé, dont l'odeur était âpre et acide, une vraie infection. Les émanations pestilentielles tapissées dans l'ombre des beaux discours, et incrustées dans les entrelacs des fibres ancestrales, provoquaient le dégoût. Elle retournait le tapis, comme un corps, elle le soignait comme un mort. Il faisait un bruit d'outre-tombe, comme la gueule d'un mérou géant, à chaque retournement, et il sortait du jus brunâtre méphitique. Elle pressait ce corps, et l'enroulait de nouveau le laissant reposer toute une nuit. Au petit matin, elle alla le voir, il était si fatigué, lourd de conséquences, sa vie entière avait été un supplice. Il lui demandait tout doucement de le laisser mourir en paix. Sousoume s'activait et étalait de nouveau un onguent, dont seule elle avait le secret. Exquise fragrance, douce et calmante, son exhalaison allégeait tous les mauvais maux et distillait un air d'allégresse orné d'un nimbe. Ce silencieux monde flottant, insaisissable, éclatait dans chaque myriade microscopique de bulles de baisers. De minuscules souvenirs, les plus infimes, tous ces précieux élixirs mémoriels, ravivés. Elle roulait, déroulait, le fil de sa vie, il se polissait, et vomissait les horreurs de tous ces passants sans foi ni loi. Elle commençait à prier en même temps qu'elle déroulait tous les malheurs de ce vieux corps poilu. Puis elle brossa son pelage, il ronchonnait, mais restait tendre comme la vielle chienne. Ses couleurs pétillaient, son corps se tordait de bonheur. Elle le laissa se reposer une nuit de plus. Le vieux corps se leva et ondula comme enivré par le baume du cœur absorbé par ses poils, l'odeur du miracle. Toute la nuit, il dansa. Des semaines passèrent et la vie dehors n'existait plus. La vie dedans prenait un tout autre sens. Le tapis était sec, Sousoume allait pouvoir enfin s'allonger dessus, sur le lit de sa vie. Et l'oasis aussi.

Par kiwaïda at 12:42

23/03/2020

ℬṲḎ∀Ï

Budai 布袋 en chinois
Hotei 布袋 en japonais
Bố Đại en vietnamien :

« Bouddha rieur »


Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 19:31

19/03/2020

℘øяḉ℮ℓαiᾔℯ




Dessin © Sonia Marques

Par kiwaïda at 18:23

17/03/2020

∀ṲẌ ☾ϴℵ℉Їℕ$

Aux confins (© Sonia Marques) 16/03/2020

3 petites parties d'un grand tout : un dessin d'1 mètre

C'est l'histoire d'une image qui date de quelques années, que j'avais intitulée "Tout va bien", c'est ce qui est inscrit en grand. Mais en fait, tout ne va pas bien dans cet attroupement. Ce sont des personnages fantomatiques confinés, pieds et mains liés, au sens figuré, ils trahissent une gène, et les sourires sont obligatoires. Une table très molle parcoure l'image et divise la scène. On distingue en dessous, les jambes croisées et retenues, comme si ce groupe ne formait qu'un seul monstre à 20 pattes, limité dans une boîte, sans pouvoir bouger. Ils pourraient être tous à la selle, ce serait du même effet, mais seuls les regardants peuvent apercevoir leur constipation. Ce sont des non-sachants ou des demis experts, comme l'expression nouvelle d'un président venait de nous l'annoncer : il ne faut pas les écouter, de trop. C'est l'invention parfaite d'une confinerie imaginaire, constellée de croix, de lignes plus ou moins abrégées dans leur tracé, laissant évaporer toute possibilité figurative, comme si la suggestion et le subjectif devenaient des rêves auxquels aucune autorité n'avait de prise.

Aux confins est un dessin initiatique qui ouvre la voix aux bras de Morphée. C'est une sensation délicieuse, car le trait est délicat, d'une finesse d'acuité, mais la poudre, ou la poussière déposée, parsème le doute sur ce que l'on a vu, ce que l'on a perçu. Ne reste que la trace d'un mouvement dont on pressent qu'il peut s'évanouir si on souhaite trop fort le capturer. La phénoménologie est si abstraite et si commune au numérique, qu'elle nous distrait de nos artifices convenus, car elle s'anime soudain, alors qu'elle est figée, comme s'il avait fallu saisir le moment même, la dixième de seconde où l'on est sur le point de s'endormir, tel un relâchement d'une pression incommensurable, chaotique, paradoxale et dramatique. Cette relâche apporte tout le réconfort et la sécurité qu'une page blanche est toujours envisagée, même si des visages fantômes, de croix christiques ou mortuaires, décorations sommaires et graphiques, pétillent comme les dernières étoiles d'un grésillement d'électricité.

Retenir Aux confins du monde, avant qu'il ne tombe...

Et si l'humour était délicat, il serait cryptique, afin de ne pas froisser les âmes aux diamants bruts, ainsi, et pour tout dire, seuls les non-percevants, seraient exclus de cette kinesthésie radieuse, au bord du précipice de l'art. En plus clair : on y verrait que du feu !

Aucun subterfuge, que des connaissances libérées, non transmises, gravées dans les cortex insulaires.

Par kiwaïda at 00:58

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