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blog m kiwaïda

18/08/2019

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Dessins © Sonia Marques


Amore peniculus

Par kiwaïda at 23:46

25/07/2019

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Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 21:39

04/07/2019

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Ange (dessin © Sonia Marques)

Par kiwaïda at 23:52

30/06/2019

ßαℓαη¢℮


Photographie (© Sonia Marques)

Fêtes des ponts à Limoges !

J'aime beaucoup les fêtes populaires, et celle-ci rameute toute la ville, la mairie estampillée à droite n'est jamais très heureuse que cette tradition perdure. Il fut un temps où la mairie de Limoges a souhaité raser tout ce quartier, les habitants se sont battus pour sauver leurs habitations, leurs coutumes.

Cette fête a débuté durant l'été 1906 , organisée dans le but d’animer ce quartier très populaire de la ville de Limoges.
Fondée par les habitants du quartier appelés familièrement les Ponticauds.
Après une interruption pendant la guerre, la Fête a été relancée dans les années 50. A l'époque l’association support s’appellait les Marins du Clos. Après la dissolution de cette association, une nouvelle a été créée en 1976 pour reprendre le flambeau : les Amis des Ponts.
En 1986, le comité des fêtes du Pont St Etienne, regroupant toutes les associations du quartier, a voulu recréer cet événement qui depuis n’a pas connu d’interruption.
Cette fête de quartier est devenue un événement incontournable de la vie Limougeaude et sa notoriété a largement dépassé les frontières de ce quartier et même de la ville de Limoges. Les habitants des ponts sont très attachés à cette manifestation qui célèbre un esprit particulier de la ville.
Cette fête rassemble plus de 30 000 personnes durant les trois jours avec un pic d’affluence le samedi.

La Fête des Ponts se déroule sur 3 jours.


Pendant cette canicule, 45 degrés ressentis sur Limoges, pour les personnes qui n'ont pas la clim... Les nuits seules sont viables.


Photographie (© Sonia Marques)

Moment de grâce, une licorne, et cette femme avec son petit, heureuse qui me souriait.


Photographie (© Les ponticauds)

Et là des ponticauds qui nous ont pris en photo, sur notre siège coquille, reine et roi d'un soir dans leur ville <3

Historiquement, et jusqu'aux années 1970, le quartier s'étalait également sur la rive droite de la rivière, en amont du pont Saint-Étienne, dans une zone qui s'appelait Port du Naveix et dont les habitations anciennes furent rasées1 pour accueillir de nouveaux équipements municipaux (notamment la patinoire olympique). Le petit quartier de l'Abbessaille est le seul témoignage persistant de cet habitat sur la rive droite.
Le quartier des Ponts est l'une des plus anciennes zones habitées de Limoges et possédait un mode de vie, une activité et une économie tournés vers la rivière, avec notamment la réception du bois flottant descendu des forêts en amont pour l'alimentation des fours à porcelaine, mais aussi le dragage du sable dans le lit de la Vienne, ainsi que la pêche et autres activités nautiques diverses et variées.
Le quartier était également au centre d'une véritable « pépinière » d'entreprises qui utilisaient alors l'eau de la rivière pour leurs activités (fabriques de porcelaine, brasseries, salaisons, usines électriques, usines de chaussures etc.)2.
Le quartier possédait donc, jusqu'aux années 1950, une sociologie particulière : très majoritairement ouvrier, on y votait très à gauche et on y a parlé l'occitan limousin jusque très tard, avec un accent reconnaissable entre tous, « l'accent des Ponts » que tout Limougeaud sait reconnaître3.
La dénomination de quartier des Ponts revêt donc dans le plan urbain, l'histoire de la ville et l'esprit des Limougeauds, une dimension sociale particulière, très liée à la culture occitane et ouvrière de la ville. Louis Goujaud, personnalité socialiste locale, candidat à la mairie en 1908, opposé au maire socialiste Léon Betoulle en 1912, est un des Ponticauds symboliques du début du XXe siècle.


Malgré notre télévision, notre frigo, notre salle de bain, sommes nous plus heureux aujourd'hui ?

(http://ponticauds.com/les-ponticauds.htm)

Moi limougeaude sur ma coquille telle une lavandière d'Antan !



Balance ton quoi !


Alors ce tube que je viens de découvrir, qui passe dans les boutiques (climatisées !)
J'aime beaucoup ! Une guimauve, très populaire !

Mais oui que serait une vie matriarcale ? Des employés hommes soumis comme de petits enfants qui doivent porter des seins et répondre bien au questionnaire des institutions pour lutter contre le sexisme (des hommes envers les femmes, parce que l'inverse est un impensé total !)
C'est déjà le cas, mais on n'en parle pas. Une femme sexiste à une direction, c'est le licenciement des femmes employées, par tous les moyens et l'embauche d'hommes soumis prêts à être maltraités, et petits jouets de la matrone ;.)
Car, le sexisme cela n'existe pas envers les hommes hein... (Jacky au royaume des filles de Satouf, un film où qui met en scène la frustration de femmes sexistes au pouvoir, et leurs rivalités)
C'est quoi un homme qui dit non ? 

Ha la divers-citée ! Qu'est-ce qu'on est loin tout de même dans nos représentants élus et dirigeants de la diversité slogan ! Ils s'ennuient et deviennent pervers.
"Tu fais quoi de tes journées ? Comment tu vis, sans voir les expositions que les institutions nous demandent d'aller voir, les leurs avec leurs crédits ? Et dont il faut parler seulement et dire que c'est cela être cultivé"

Vivre, tout un programme, la culture, cela ne s'impose pas, tout est là, rien n'est caché.

On ne sait toujours pas comment vivent les gens, sans voiture, sans propriété, sans frigo... sans électricité, sans eau !

Ils vivaient, ils vivent, ils sont artistes et cultivés, ils s'aiment, ils font des enfants, ils font la fête, ils travaillent, ils ont plein de métier, ils connaissent un tas de choses, ils cultivent la terre, ils transmettent, ils vendent, ils ouvrent des épiceries, des magasins, ils font du textile, brodent des mouchoirs fabriquent des bijoux pour leurs enfants, fabriquent leurs outils, construisent leur maison, leurs meubles, fabriquent des pixels, arrosent leurs plantes, enseignent partout, ils sont partout, ils soignent, cicatrisent, guérissent, accompagnent leurs ainés, ils voyagent au péril de leurs vie pour retrouver leurs racines, ils savent d'où ils viennent, seuls les cultivés les voient. Pour les autres, ils n'existent pas, ne méritent même aucune attention, aucun salaire. Tant pis pour eux. Et oui, ils viennent de tous pays, depuis des générations, avec leurs cultures, en épousant d'autres cultures. Il y a quelque chose de semblable, dans ces cultures populaires, ce goût de la fête. Et pour comprendre la fête, ce moment solidaire et joyeux, il faut reconnaître les efforts pour y parvenir, dans chacun de nos travaux, nos savoirs faire, nos apprentissages. c'est cela le goût de la fête et des réjouissances

Mais aujourd'hui, les femmes ne lavent plus les mouchoirs de leurs maris paysans, c'est tout de même une évolution !

Ces gens vivent leurs malheurs et brisent leurs chaînes chaque jour. C'est nous ! Nous récoltons parfois les fruits de nos méditations positives.

Par kiwaïda at 11:45

24/06/2019

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Dessins préparatoires © Sonia Marques - juin 2019

Voici mon nouveau projet artistique, il se nomme "faire des vagues".
Il est destiné à un 1% artistique pour lutter contre les discriminations.

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FAIRE DES VAGUES

Dessins préparatoires © Sonia Marques - juin 2019

Son inspiration provient de faits réels, on ne peut jamais tout expliquer, mais il m'est arrivé ces temps-ci de ne plus pouvoir payer mon loyer. Cela m'est déjà arrivé, et ici, c'est que mon salaire (qui a été impacté plusieurs fois par la direction de l'école nationale de Limoges, par abus de pouvoir) a été de nouveau impacté, par surprise. L'institution qui gère ce salaire, c'est le ministère de la culture. Comme à chaque fois, en essayant de joindre les ressources humaines, point de réponse. Mais, dans le même temps, un fait divers passé totalement inaperçu m'apprenait que les ressources humaines étaient elles-mêmes très impactées en ce moment, et ce, depuis des années, aucune fuite pourtant. Alors j'ai commencé à faire des vagues, des petites, des vaguelettes, à dessiner des vagues. Je suis artiste, pas autre chose, donc je dessine et je pense. Le sel de la vie, le salaire est quelque chose que j'étudie depuis un certain temps, puisqu'il est constamment utilisé, le mien, à mes dépends, par d'autres. Il est retenu parfois, sans que je ne le sache. On s'amuse peut-être, on retient puis on relâche, c'est toute une organisation. On le saisi (cela se nomme ainsi) au gré des envies. On enlève une petite partie, afin que cela se voit moins, et puis une plus énorme, afin que j'ai tout de même des difficultés dans mon quotidien. Il faut bien s'amuser. Parfois je trouve le temps de créer malgré ces soubresauts institutionnels. Alors je trouve que ma vague est intéressante, de ce point de vue. Non pas qu'elle résiste mais elle témoigne d'un mouvement. Elle témoigne des agissements, elle exprime une forme, une ligne, elle aspire à mieux ! Elle s'adapte mais peut devenir l'origine d'un tsunami. Il faut faire très attention, ce qui déferle n'est pas sans cause. Et comme il n'y a aucun 1% artistique de vraiment engagé, qui décrit des situations complexes de nos organisations sociales et artistiques devenues, elle témoigne d'un soutien indéfectible à toutes les femmes et les hommes exclus du monde du travail, par discriminations.

RETENIR

En effet, si les déferlantes vidéos et autres affichages du gouvernement sur ces inégalités de traitement, avec la belle parole qu'ils illustrent la priorité première du président pour son quinquennat, n'ont aucun impact dans notre quotidien, c'est qu'il y a un sadisme bien prononcé à en faire une priorité.
Ces communications ne parlent jamais des problèmes, donc cela ne résout rien. La distance c'est ne pas traiter les sujets. Lorsqu'un problème survient, la règle c'est : regarder le problème, de loin. Prendre sa bouée de sauvetage en cas de turbulences.
La première priorité c'est : se retenir.
Le résultat c'est : déferler, ou se soulager, après s'être trop retenu.

Les agents du ministère ont l'obligation de SE RETENIR. Lorsque se présentent des situations de discriminations et qu'elles ne font aucun débat, que c'est une évidence, le mot d'ordre reste le même : SE RETENIR
Les femmes, en particulier, engagées expressément dans ces questions de prévention ou d'actions (de lutte contre les inégalités de traitement) ont d'autant plus de mal à SE RETENIR.
Et ce sont des hommes qui les regardent faire. Ils ont donné pour mission à des femmes de lutter contre les discriminations. Sadisme.
Lorsqu'elles en viennent à décrire, raconter ce qu'il se passe, c'est souvent en déferlant, en se soulageant. Les observateurs et observatrices, complices de ce mode pervers bureaucrate, se délectent de tels encombrements. Plus ils retiennent les victimes, plus ils et elles leurs injectent du poison, pour voir les effets dévastateurs.
Le poison : leur demander de se soulager n'importe où et devant n'importe qui, pourvu que ces hommes puissent regarder, être en copie de toutes ces histoires sordides dans leurs institutions. L'emploi est le premier touché.

Une femme qui déferle est une femme que l'on retient encore plus. In fine, c'est une femme dont on bloque la carrière. C'est une femme qui ne sait pas. C'est une femme non initiée, non complice, maltraitée.

Lorsque l'on évoque le fait que les femmes ont une carrière en dents de scie, ou qu'elles gagnent moins que les hommes aux mêmes postes, aussitôt la question de la maternité arrive comme la cause sine qua none de ces inégalités de carrière.
D'où la phrase pittoresque "Mais qui va garder les gosses à la maison" lorsque Ségolène Royale se présentait à la présidence, par un homme se son parti politique socialiste. Mais lorsqu'une autre femme d'extrême droite arrive au pouvoir et gagne les élections européennes pour représenter la France, il y a quelques semaines, elle ne sera jamais retenue davantage.
C'est que l'une ne savait pas et fut retenue, l'autre savait et ne se retenait pas.

Savez-vous vous retenir, et combien de temps ?

C'est une question fondamentale pour l'obtention d'un poste au ministère de la culture.
Un responsable haut fonctionnaire, avec complicité (tout le monde savait) recevait les candidates en les empoisonnant. Il leurs proposait un café où était mixé un diurétique si puissant, qu'elles étaient dans l'obligation de SE RETENIR. Mais certaines ne le pouvaient. Ce pervers bien placé et dont l'intégration fut pérenne, il a certainement donné des leçons de morale et bien plus autours de lui, le premier a se décerner son propre salaire (ressources humaines) et à mesurer le mérite dans ses fonctions, avait tout le temps pour travailler son sujet. Il notait les candidates selon leur physique et leur capacité à SE RETENIR ou bien SE SOULAGER. Il y a dans ce modèle institué un principe sadique qui trouve son plein emploi. En effet, s'il faut 10 années pour révoquer un haut fonctionnaire, dont la fonction première est celle d'évaluer des candidates à l'emploi, combien faudra-t-il pour révoquer tous les complices ? Femmes et hommes ? Combien de temps faudra-t-il pour s'apercevoir que ce détail présenté dans de petites lignes de journaux, comme une belle plaisanterie ou un divertissement pour grand public, est loin d'être un détail. Aucune femme employée dans des hautes fonctions pour lutter contre les fléaux des discriminations ne s'est prononcée sur ce fait, classé, fait divers, en été.
C'est qu'elles se retiennent. Des centaines de victimes. Dans ces mêmes sphères, on peut supprimer des outils de travail, un ordinateur à des femmes, ou les envoyer aux tribunaux parce qu'elles auraient souillé ceux-ci et se délecter des exclusions opérées par d'autres femmes. Et on peut aussi utiliser les outils à bon escient, afin de mesurer la rétention des femmes candidates. Les déferlantes, dehors. Pas de vagues.
Les femmes aux missions de prévention de lutte contre les discriminations sont d'autant plus destinées à SE RETENIR. Au risque de perdre leur emploi.
Ou bien destinées à être complices et demander à d'autres femmes "de modérer leurs propos" si il leurs venait l'idée de dénoncer des pratiques de harcèlement, de toutes formes.
Et l'inventivité, lorsque l'on s'ennuie et qu'il n'y a plus de sens à son travail, est là déployée.

Si la folie gouverne, qu'attend-t-on des gouvernés ? Faisons des dessins à dessein.

Comment dévier la trajectoire d'une carrière ? De déviations en déviances sexuelles, aux pratiques sues et tues, au point Godwin de l'emploi et des inégalités salariales...

Mon projet "faire des vagues" consiste à l'expression de signes bleus, des vagues dessinées, elles peuvent siéger devant une institution pour les droits des femmes et des hommes, en volume, sur un rond point.
Tourner autours de ces vagues c'est réfléchir sur ce sujet de la RETENTION et du DEFERLEMENT.
Ces vagues, petites, sont des mouvements favorables à une évolution des mœurs, mais aussi à la fierté de l'expression des situations d'oppression. Je travaille le juste milieu, la voix la plus juste pour mon expression artistique, selon des phénomènes observés, parfois éprouvés, c'est scientifique.

C'est mon projet, il s'inscrit dans toute une recherche et une lutte, de ma part, artiste engagée pacifiste, pour de meilleures conditions de travail dans notre pays. On est loin d'un logo de force ouvrière, parce que je suis une surfeuse, mais je questionne les signes qui nous entourent. Il y a des formules complexes, créer ou inventer, c'est pour moi comme faire des mathématiques, cela passe par l'abstraction, une vision cartographique, phénoménologique, mais aussi de sensations internes, d'ondes.
C'est ce matin que c'est arrivé, une fulgurance. Avec retenue et maîtrise de mon sujet et de mes outils de création, j'ai déployé mes ailes (mes nageoires)
Pourquoi devrait-on le plus souvent rendre admissible qu'un seul mode de pensée, et d'expression artistique ?
Il faut bien que je me serve de mes nageoires quelques fois.
Ce n'est pas comme tout le monde, c'est un mouvement différent, une façon de voir le monde différemment, et de l'exprimer singulièrement, avec humour.
Je fais souvent des gammes, je m'entraine, faire des croquis c'est aussi me perfectionner dans une langue graphique que j'invente. Le goût de la ligne claire, celui de délier des nœuds, comme les marins ou de relier des notions très différentes comme un philosophe. Confinée dans de petits espaces, en attendant le grand soir, réaliser une tarte aux courgettes zéphyr, car cette sublime œuvre fera 2 repas, pour 2 et un peu pour les animaux, la canicule au plus haut niveau, cette petite chienne Canicula, rechercher la beauté dans tous les terriers, le lotus tendu si fier, ouvert le jour et se ferme en soirée. Il n'y a pas un jour de vacances pour nos fringales. Il ne faut pas devenir indigent ou misérable, ni méprisant envers les excès. On ne peut savoir à l'avance ce que le temps joue, alors je dois méditer chaque jour pour vivre ce temps pleinement. Ne jamais se retenir d'aimer la vie.


Le déferlement des vagues est la déformation rapide du profil de l'onde, associé à la production de turbulence. L'onde qui déferle perd ainsi son énergie. On parle ainsi de déferlement pour des ondes de gravité de surface, comme les vagues, mais aussi pour les ondes internes.

Par kiwaïda at 15:47

10/06/2019

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Dessin © Sonia Marques

Par kiwaïda at 19:23

07/06/2019

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Rêve limpide (© Sonia Marques)

Par kiwaïda at 18:20

05/06/2019

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Dessin © Sonia Marques

Par kiwaïda at 02:22

02/06/2019

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La place


Il y a quelque chose de très important qu'il faut que je place, ce sera ici, dans mon blog, puisque c'est une place.
Il est 4H28, les premiers oiseaux chantent.
Mon nom est utilisé, je peux ne pas être informée, une histoire et des engagements artistiques peuvent ici ou là se raconter,
à ma place.
Parce que l'on ne me donne pas la place, parce que l'on prend ma place.
Reprendre sa place parfois n'est pas possible parce qu'elle est perdue.
Physiquement, elle peut être perdue, mais spirituellement jamais.

1999-2019 : Il y a vingt ans.

  

Photographies © Sonia Marques (tirages en noir et blanc)
J'avais une vingtaine d'année, je dansais et réalisais des photographies en studio, je les tirais dans mon labo que je m'étais acheté et dont j'avais appris seule à réaliser des tirages à la lampe rouge à la cave. Je développais un travail artistique avec des objets (des ressorts, des éponges et une pomme de terre, que j'ai fait pourrir, suspendue à un élastique et avec laquelle je dansais.
Oiseau phénix.


C'est un long cheminement. Lorsque j'ai travaillé en groupe et que j'avais ce souhait d'inviter des personnes à travailler avec moi, des années 80 à 90, les noms, les choses, les idées ne sont pas apparues d'un coup, il n'y a eu aucune immédiateté, et aucune stratégie, de ma part. Le groupe que nous avions nommé Téléférique, avec mon conjoint Étienne Cliquet, en 1999, était issu de l'expérimentation des écoles d'art en France, mais aussi, de notre capacité à être solidaire. C'était tout de même un moment où nous n'avions pas d'argent, et où nous n'en réclamions pas tant que cela, mais où les échanges créatifs, à Paris, étaient féconds. Peut-être est-ce dû à notre jeunesse et des jeunes de vingt ans, aujourd'hui pourraient relater aussi d'une vigoureuse motivation, ce désir fougueux de la création, à deux, à plusieurs. Peut-être. Tous deux nous avions successivement été diplômés des mêmes écoles d'arts appliqués et des beaux-arts, et nous nous sommes rencontrés exactement lorsque je finissais mon diplôme supérieur des arts appliqués de Duperré, plusieurs piques-niques favorisaient les échanges et La Villette avait cette programmation d'un festival en plein air (déjà des grands écrans) . Étienne était déjà diplômé depuis 1 an et ne travaillait pas. L'été, j'ai aussitôt été sélectionnée dans un atelier en banlieue, pour travailler dans le design, pour la maison d'Inès de la Fressange sous la direction artistique d'Alexis De La Falaise. C'est cet été à cette période qu'Étienne m'a proposé plusieurs moments festivaliers, le soir, en plein air, après mes différentes péripéties de femme active. Cette année, j'ai successivement travaillé dans différents lieux et avec différentes personnes, déjà. J'ai pris des cours de danse contemporaine à la Maison du Théâtre et de la danse à Épinay-sur-Seine, avec Ingrid Keusemann, alors chorégraphe allemande. Je fus l'une de ses danseuses, mais surtout sa vidéaste, je capturais ses projets, ses solos, dans différents lieux à Paris, début des années 90. Puis, je suis devenue sa scénographe, pour un spectacle où elle dansait avec 2 autres danseurs. Je fus sculpteure, sa pièce se nommait "Uneben" (qui exprimait un sol pas égal) et, dans le jardin de mes parents, j'ai sculpté du plâtre, des nuages, des socles à l'aide poubelles énormes que je moulais puis que je taillais. Mon père m'apprenait à y mélanger des billes de polystyrène afin que ce soit léger. Je réalisais des casques, des cailloux, blancs et gris. J'étais très productive, dehors en hiver, il faisait très froid. C'était un long travail, puis la MTD m'a prêté un lieu afin que je termine mes pièces. Je n'étais pas payée. Pour la maison d'Inès de la Fressange pour laquelle j'ai dessiné une bonne partie des meubles, durant 3 mois d'été, je n'étais pas payée non plus. Je faisais partie de 7 ou 8 designers, choisis dans les écoles d'art de design parisiennes, les meilleurs de cette année. Pas mal de choses à relater. C'est très important. On est obligé d'arrêter lorsque l'on ne peut pas payer un loyer, moi j'habitais chez mes parents et empruntais leur voiture, mais je ne pouvais pas continuer non plus ainsi. Le projet a coulé, chaque designer, toutes de jeunes femmes douées, nous sommes reparties ailleurs, chacune. Le seul avantage c'est que nous travaillions dans un atelier immense et nous avions carte blanche. J'ai gardé de bons souvenirs de nous toutes, avec nos têtes pensantes, si jeunes et pleines de talents. Alexis était un bon gardien, avec une expérience dans les métiers de la mode, il était architecte, décorateur, il ne racontait pas trop son passé. Il nous apprenait aussi son métier. J'aimais déjà travailler en groupe.
Puis le spectacle de danse d'Ingrid a été sélectionné pour les plates-formes de Seine-Saint-Denis (un beau prix)
Je sortais avec Étienne et je travaillais tout le temps, les journées, à y penser, mon rythme était assez dingue. Lui, il ne travaillait pas, dessinait chez lui, était aidé par ses parents et il a eu ce projet de concourir à l'école des beaux-arts de Paris. Je donnais des cours aussi, chaque semaine à des enfants, dans un atelier d'arts plastiques à Eaubonne (et ce durant 5 années) Je réalisais des expositions de mes cours, un documentaire, des livrets, des éditions, toutes sortes de découpages et pliages, et aussi des projections, des diaporamas, de grands dessins dont les enfants étaient les auteurs. Je les emmenais à Paris, visiter des expositions très actuelles. J'avais un beau succès auprès des parents et de l'atelier. Je faisais beaucoup de trajet.
J'étais plutôt heureuse. Étienne habitait à Paris dans un petit studio très modeste et quasi nu, du 10e arrondissement. Moi j'habitais chez mes parents dans le 93, dans une maison traversée par des voyages et des images, des photographies, un tas de trucs. Je circulais beaucoup, entre le Nord, la capitale, c'était épuisant. Nous arpentions tout le quartier du 10e, 11e, 20e à pieds, tant de dialogues et d'idées partagées. Les attentats du Bataclan, m'ont littéralement secoués, c'était tous ces lieux que je connaissais, j'ai été bloquée de mon dos durant 1 semaine. Puis il réussi le concours de l'école des beaux-arts. Et une nouvelle partie, ou un nouveau ralentissement avant une vie active s'est installée très lentement. De nouveau étudiant.
Je n'ai jamais pu avoir un logement, c'était déjà trop coûteux, même à cette époque. J'ai visité des tas d'espaces, à Saint-Denis, mais, je ne gagnais pas assez pour me loger, avec mon maigre salaire de mes cours d'arts plastiques pour enfants, puisque de toutes mes participations aux entreprises, je n'étais guère rémunérée, tout en développant de véritables travaux d'envergure et reconnus, pour les entreprises. Et puis, je souhaitais encore sculpter mais je n'avais pas d'atelier. Rien n'était fait pour qu'une personne de ma banlieue après un bac+4 en art puisse avoir un atelier pour continuer sa pratique. Durant 1 année, j'allais parfois voir Étienne dans sa nouvelle école, elle m'apparaissait comme un bateau abandonné, une ruine, mais c'était beau. Et puis j'ai décidé de passer le concours, je l'ai eu, et j'ai intégré l'école, dans un atelier que j'ai choisi. J'avais enfin un lieu. Mais cela n'a pas été aussi simple, je me suis fait piquer tout mon matériel, donc je n'ai plus trop travaillé à l'école, et puis j'ai misé sur la dématérialisation, moi qui était entrée dans cette école pour peindre, avec des cartons à dessins plein de nus et d'expériences de danse, je ne mettrais plus jamais les pieds dans un seul atelier de peinture. Les professeurs, des hommes étaient méprisants, misogynes, et violents, je voyais des jeunes femmes pleurer et redescendre des marches des greniers, comme si elles étaient redevenues des petites filles. C'était comme un autre espace-temps, une autre époque, pour moi. Je venais de la banlieue Nord, et j'avais déjà fait mille choses incroyables, je n'étais plus une petite fille.
Bref, nous étions réunis dans une école, nous avions repris nos études, et nous avions déjà tout deux un passé chacun d'études supérieures. Mes parents m'avaient dit : nous ne t'aiderons pas pour tes études. Mon père n'avait vraiment pas compris pourquoi je reprenais des études, car il estimait que je pouvais enfin travailler, après tant d'études. Oui et non, enfin j'ai poursuivi les études, c'était comme une nouvelle chance, souffler un peu. Nous n'étions donc pas des débutants, et nous avions un rapport plus simple avec les professeurs et artistes de cette école. Mais nous nous posions beaucoup de questions sur ces formations. Moi qui était déjà enseignante, je voyais bien que cela clochait. J'ai engagé Étienne à apprendre à se servir d'un ordinateur, il rechignait. Je lui ai proposé de participer aux cours d'informatique. Grâce à son ami, il s'y est mis. Pour ma part, je savais déjà me servir d'un ordinateur, ma mère en avait acquis un, familial, et c'était très rare. Je réalisais pas mal de choses et en dehors des CV et autres lettres, je réalisais des œuvres artistiques avec cet ordinateur. Internet n'existait pas, en France.
Étienne est devenu complètement accroc à ces nouveaux outils qu'il avait vivement critiqué, famille de gauche et comme pas mal de profs à l'école, et d'artistes, chefs d'atelier, personne n'y voyait un intérêt artistique, il fallait plutôt se battre pour démontrer que c'était un outil comme un autre pour créer. Et donc la question de la démonstration a pris tout son sens dans cet effort pédagogique et magistral. Ce qui était considéré comme invisible allait, avec nous devenir hypervisible, plus grand que soi.
Je dis tout cela car c'est important pour la suite. J'étais plutôt moteur, mais de l'extérieur, j'étais prise pour une femme, donc pas un moteur. Les jeunes femmes, mêmes aux beaux-arts n'avaient pas vraiment de place, ni d'idées, sauf celles des hommes, des profs, des référents, des artistes hommes. C'était des poulettes, je les voyais comme des poules, séduire, séduisantes, détruites.
Nous échangions beaucoup, je partageais toutes mes idées, c'est une époque où je ne me posais pas de question de genre, j'étais comme un homme parmi les hommes, et j'avais un tas d'idée que je partageais, et j'avais un tas d'amis. Je ne voyais aucune différence, ni désagrément à être une femme. Il faut dire que j'avais tout un parcours en banlieue Nord et nous étions, les enfants, les filles, les femmes, des bonhommes. Nous avions été élevées comme des garçons, d'abord pour survivre, mais aussi, car la banlieue est un espace social très émancipateur, enfin, à cette époque, métissé et sans codes culturels dominants, enfin, à cette époque. Le voile n'existait pas.
Entre temps nous sommes partis faire des études à Vancouver, au Canada. Là encore dans chacun une école différente. Étienne était l'élève des conceptuels, et moi pas du tout, j'avais ma petite idée, ma résistance bien à moi. À Vancouver, j'ai beaucoup appris de cette liberté et j'ai vu, de loin, le tout petit, petit milieu parisien, étriqué. C'est là où j'ai découvert des femmes artistes professeures, dans tous les domaines. Il n'y avait pas ce côté, si tu enseignes tu dois afficher que tu es contre les hommes et que tu es féministe, ce qui était assez insupportable à Paris. Elles étaient complètement libérées d'un gros poids, elles réalisaient tant de choses et n'étaient pas jalouses des jeunes étudiantes, cela changeait tout, on pouvait vraiment bosser ensemble et les hommes n'avaient pas peur de travailler avec elles. Nous avions réalisé un belle exposition de groupe en photographie. J'étais expérimentale et en même temps, déjà, la technique m'intéressait fortement (vidéo, ordinateur, son, installation) mais aussi la danse et la musique, puis le son, bref, on peut dire que la pluridisciplinarité, entre science et art me poussait à ne jamais m'inscrire dans un champ. Pourtant, cela n'était pas du mixage. Si je devais apprendre à composer le son, je le faisais très sérieusement et durant des années, de même pour la danse, de même pour le dessin, et l'écriture.
Je pensais que les œuvres qui m'intéressaient le plus n'étaient jamais sélectionnées par les artistes professeurs ou n'étaient jamais remarquées. C'est que un certain art dominant prenait tout l'espace et créait des exclusions. Je décidais donc de méditer sur ces aspects là et j'imaginais que je pouvais, moi, avoir un regard critique sur ce sujet.
Étienne a passé son diplôme, sans le savoir, il débutait des expérimentations sur le papier, et ses pliages, plus tard, je l'engagerai à poursuivre ce chemin du papier plié. Il avait déjà ce sens du tout petit, et souffrait de ne pas pouvoir faire aussi grand que les autres. Pourtant l'art peut être minuscule, il le comprendra grâce à la programmation ou les micro-pliages sur l'eau. Évidemment j'avais déjà un regard et j'accompagnais mon conjoint et mes amis, je les poussais plus loin. Puis, nous commencions à vouloir faire quelque chose ensemble, mais organiser des évènements, car nous n'avions pas d'espace pour présenter nos travaux et nous remarquions que c'était le principal obstacle, à Paris. Étienne s'enfermait dans son petit studio et ne quittait plus son ordinateur lui-même qui s'enfermait dans un placard. Il avait copié l'idée de ma mère et s'était acheté un placard où l'on pouvait mettre un ordinateur. Mais dans son studio c'était un monolithe qui prenait toute la place.

Nous avions déjà expérimenté des réalisations communes : EDF-SDF > une performance sur les quais de Seine et Optic Valentine, tout un programme multimédia. À Vancouver, nous avions exposé ensemble, et c'était notre première exposition d'importance. Étienne était toujours dans le petit et l'outil (les K7 audio) et moi déjà dans l'image multipliée, la photographie, avec l'exposition insolite d'un couple au travail et à la maison, un mandala organisé par couleur qui prenait déjà tout l'espace. Des amis rencontrés là-bas et des liens d'amitié poursuivis, pour ma part, ont fait naître de nouvelles formes d'amitié et d'art, qui ont été profitables pour Étienne ensuite. Il n'avait pas gardé d'amitié, les conceptuels, c'est pas toujours évident.

La place.

Puis il a trouvé, en partageant ses apprentissages avec des informaticiens que nous avions rencontrés, le mode FTP, File Transfert Prtotocol, ce qui était très différent du HTTP. Cela me donnait l'idée de transfert et de téléchargement d’œuvres comme un Téléférique et ses cabines. C'est ainsi qu'est venu le principe même du téléchargement d’œuvre d'art. Et nous avions fait un séjour à la montagne, c'est là que le nom de Téléférique était apparu. Un mélange technique, à mettre en place sur un serveur, nous avions utilisé un espace dédié encore vacant, avec l'informaticien de l'école des beaux-arts de Paris, avec lequel, Étienne avait un bon contact. Tout s'est développé à partir de cet espace. Plus tard nous avons tout migré lors de notre construction d'un serveur. Je dis "notre", mais c'est la rencontre avec Makoto Yoshihara qui a accéléré les choses, vers plus de mystère, et d'exotisme, dans le sens que nous avons beaucoup appris, tous ensemble, des mystères de ce qu'il se passe derrière l'écran.

J'ai rencontré Makoto à l'espace Gentilly, celui de l'artiste Hosoki Yoshinori, il faisait chez lui des rencontres franco-japonaises et Makoto, que nous connaissions car il était diplômé de l'école des beaux-arts de Paris, était également formateur en son. Il apprenait aux étudiants, assistant Olivier Michon, à se servir d'ordinateurs. Moi aussi j'ai été formée dans cette école à la composition sonore, pas par Makoto d'ailleurs, mais par Katya Bonnenfant. On était une bande de découvreurs et les professeurs et artistes, chefs d'atelier, nous prenaient comme défricheurs et formateurs pour les autres étudiants. Il y avait Aki Ikemura, la compagne de Makoto, dont j'appréciais les réalisations également. En fait nous étions tous initiés par le numérique, et nous étions tous devenus des passionnés. Moi j'étais déjà vidéaste, c'était rare dans cette école, une femme, et je réalisais des projections de mes vidéos. Nous avions connu l'analogique et le passage au numérique. Nous avions été formés par du "très chaud" avec la bande magnétique, le film, le grain et nous allions être formés par ce que tous les techniciens craignaient : le froid, métallique, sans âme, ce qui allait faire perdre le grain, le sensible. Tout cela ne fut pas aussi destructeur, mais quand même, l'intelligence artificielle, nous y étions déjà. J'exposais déjà dans une galerie à Paris dans le Marais, suite à ma rencontre avec Francis Fichot, le conjoint de Matali Crasset, la designer (pas encore) très connue. Ils avaient découvert mon travail lors de leur venue à l'école des beaux-arts de Paris, et j'étais l'une des seules à m'être investie. Rien n'était jamais organisé pour les portes ouvertes (cela a bien changé) les artistes n'étaient jamais présents dans l'école, l'école était abandonnée et personne ne venait la visiter, ni même les étudiants, au final. Matali avait adoré mon travail et avait dit que tout était si glauque dans cette école, et n'avait vu que mon travail d'intéressant de vraiment très actuel. J'avais du mal à y croire, mais elle avait plus de distance que moi sur ce sujet. Je présentais des brassard sportifs avec de grosses icônes informatiques dessinées et cela se nommait "la salle informatique". Une grande photographie avait remplacé les ordinateurs lors d'un déménagement, et s'étaient installés des amis, avec chacun un brassard différent. L'un avait la souris, l'autre le papier, une autre une imprimante, un autre une disquette et tous formaient, par liens (spirituels) un système informatique. Quelque part, le groupe Téléférique était là. Et moi, déjà, je montrais que l'humain était plus important que le système informatique et les liens qu'il pouvait opérer, de non visible. J'ai travaillé pour Matali sur différents projets. Elle m'a invité à plusieurs reprises. Je découvrais, en même temps, la vie privée d'un couple qui s'engageait complètement dans cet avènement qu'est devenu le design et qui a pris une importance assez... trop. Matali et Francis ayant appris plus tard que je concourrais pour enseigner en école d'art, ne trouvaient pas cela très bien, étant données mes capacités, et aussi, ils estimaient que ces écoles étaient perdues, que c'était un trop grand sacrifice d'y enseigner, de devenir fonctionnaire, dans ce pays. Je n'avais pas assez de distance, un peu comme mon père qui me disait, non vaut mieux pas, j'ai continué ma route. j'avais tout simplement quelque chose à réaliser, je faisais de la recherche pédagogique et j'aimais cela.

De toutes mes réalisations, je n'étais jamais jamais payée, sauf dans l'enseignement. Ce que je croyais au début, mais à la longue, non je n'étais pas vraiment payée. C'était comme si c'était normal, les artistes n'étaient jamais payés pour ce qu'ils montraient, exposaient pour d'autres, et les enseignants en art, devaient aussi se taire sur leur condition de travail. Car, la culture était principalement bourgeoise, et les étudiants en art étaient fils et filles de bourgeois, avait un peu d'argent pour vivre de leur passion, c'était un peu parfois les fous de la famille qui allaient aux beaux-arts passer parfois 7 à 8 années d'études à glander, pour éviter la psychiatrie, ou bien les jeunes filles pour lesquelles il fallait apprendre à décorer la baraque, bref je n'étais pas du tout dans cette culture là, mais je m'en apercevrais bien plus tard. Dès que mes études se terminaient, je travaillais, j'étais active, et même en étudiant. J'appris bien plus tard, par une amie, que toutes les femmes me voyaient comme quelqu'un de bizarre qui travaille de suite après ses études, alors qu'aucune ne le faisait. Elles passaient au moins 10 années "libres" à faire ce qu'elles voulaient. C'est ce que j'ai appris avec étonnement, d'être vu comme un bolide qui voulait absolument travailler. Et bien, c'est que je n'avais ni les moyens d'attendre qu'un prince charmant me paye mes robes de soirée, ni mes parents n'avaient eu ce souhait de m'offrir un petit confort de fainéante (que j'aurai volontiers accepté en revanche) C'était plutôt moi, le prince charmant, ou chevalier. J'aimais apprendre. C'est bien plus tard que j'ai appris à ne rien faire.

"libres" à faire ce qu'elles voulaient... mais entretenues. Aujourd'hui, de ces femmes, aucune n'est artiste, mais très certainement, libre de faire ce qu'elles veulent. Car, c'est le temps qui nous l'apprend, un, une artiste, n'est pas libre de son temps, ni libre dans l'absolu. Quand on a pas l'art en tête, je pense que l'on est bien plus libre. Les artistes sont très peureux de ne pas faire d'art, ou de faire autre chose, sans aucun arrière plan artistique. Je trouve cela de plus en plus merveilleux, de ne pas faire de l'art "tout le temps", "toute sa vie". D'apprendre à se libérer des diktats institutionnels et de cette vision patrimonialo-patriarcalo-conceptualo-mégalo-lo, pas très respirable.

Makoto, à Gentilly présentait une exposition solo, avec plusieurs installations sonores que j'ai trouvées magiques. J'ai beaucoup apprécié son travail. Nous étions, avec Étienne en train de penser à Téléférique et avions déjà une programmation, des amis qui se lançaient avec nous dans cette aventure… folle. J'ai convaincu Étienne de demander à Makoto s'il voulait faire partie du projet. Non seulement il a bien voulu, mais surtout, il s'est investi, en tant qu'artiste, auteur, programmeur, et tant d'autres qualités. Pour moi, un autre pays s'ouvrait : le Japon. Mais c'était aussi une appréhension des outils très différents. Les japonais étaient bien plus en avance que nous et ne bavardaient pas sans cesse comme les français le font, ils ont un avis sur tout, et ont l'art du commentaire, inutile, de la paraphrase.
Il avait créé des programmes sonores, et il avait disposé plein d'instruments de musique coloré, afin que chacun puisse s'en saisir et faire un son, qui se trouvait transformé en direct. Au sous-sol, juste une ampoule allumée, la nuit, le noir, et aussi un son angoissant. Je voyais que Makoto avait quelque chose de profondément enfoui, et que se révélait au-dessus quelque chose de très joyeux et enfantin. Je pourrai décrire aussi plusieurs autres projets, ceux de Robin, d'Étienne, de Guillaume, chacun très spécifique. Il est vrai, que ces jeunes hommes avaient quelques difficultés dans l'analyse de leur production, je posais quelques mots, je questionnais les formes et couleurs, mais je n'allais pas jusqu'aux référents, et pourtant, dans l'histoire de l'art, il y en avait. Pas du tout les références qui étaient sans arrêt énoncées, hélas.

Ce serait très long à raconter, mais nous avons au fur et à mesure rencontrer nos invités ainsi. En fait j'aimais ce que nous faisions, et chacune des singularités, parce qu'elles m'étaient totalement étrangères. Pour moi, c'était un saut, chaque jour, dans la rencontre avec l'autre, et donc, j'ai peaufiné cette capacité à préciser mon regard et à ne pas me satisfaire des attendus. Je ne trouvais pourtant là, rien de spectaculaire ou de génial à nos investigations, j'étais juste bien à ma place. Mais j'ai été déplacée, c'est le rôle social qui m'a déplacé, je ne pensais pas avoir un rôle social aussi déterminé que celui de la négation.
Ce qui arriva, c'est que sans le prévoir ni comprendre l'impact que cela allait avoir, je devenais la seule femme du groupe.

De plus en plus, la place du chef est venu parasiter notre compagnonnage si subtil, et bienveillant. Étienne a souhaité avoir cette place du chef, et c'était contraire à ce qu'il prétendait à chaque fois montrer du collectif. Il y avait une contradiction très forte qui s'est installée, pour ne pas dire, qui préfigurait la future dissolution du groupe.
Étienne était entré en rivalité avec moi, et pour un tas de choses, d'affaires privées et publiques, matérielles même. De mon point de vue, les oppositions étaient clairement artistiques et intellectuelles. Cela divergeait, mais je ne pouvais jamais mettre les justes mots sur quelque chose qui dépassait les mots. Mon regard visionnait le groupe.

Plus tard, j'ai créé une île en cachette, plus tard je me suis émancipée, mais sans moi, le groupe n'a pas tenu. Cette île a été, pour moi, le plus beau projet (conceptuel) radical et inédit.
Le groupe devenait un peu comme la fausse démocratie, et j'étais dans l'obligation de devenir séparatiste, pour préserver l'écologie, la bioéthique, enfin, la sève même, spirituelle, qui faisait la force des apparitions.

Les médias interrogeaient Étienne et tous, nous passions au second plan, et il tenait à poser conceptuellement ses idées, au nom de tous, ce qui nous mettait dans l'embarras, mais arrangeait bien ceux qui était plus du côté de l'informatique, car la culture artistique était alors déniée. D'ailleurs Étienne mettait un point d'honneur à supprimer toute idée d'auteur, en laissant présager que le collectif, le commun passait avant l'individu, tout en distillant l'idée qu'il en était le chef. Je découvrais là ce qu'était un parti communiste, je n'y connaissais rien. C'est à ce moment que j'ai compris l'importance de la place de l'auteur, et ici l'auteure. La signature est très importante.
Qui parle ? D'où l'on parle ? L'histoire devenait très importante et je voyais comment on pouvait écraser l'histoire pour éliminer la place des femmes. Je ne pouvais jamais avoir mon nom en bas des participations, je devais lutter pour dire que j'étais là, alors que c'était une évidence, mais mon nom était systématiquement évincé. Celui des techniciens bien en valeur, même pour des travaux auxquels ils n'avaient jamais participé ni jamais eu de compétence. C'était très surprenant. Je découvrais comment se construisent les histoires. Puis, je remarquais, qu'au fur et à mesure, Étienne effaçait volontairement tout ce qui aurait pu signifier que c'était un couple en dialogue qui avait pensé un projet, que c'était un projet commun. Je devenais "un collaborateur" parmi les autres collaborateurs. La collaboration était un mot affreux pour moi, avec un sens lourd, un passé français avec de graves conséquences. De mes origines, je n'ai jamais connu la collaboration, ni l'on ne m'a transmis ce qu'il s'y est passé. Hormis ma voisine résistante, qui était un peu notre grand-mère française. Et puis, vis-à-vis du groupe, il a été dans l'obligation de laisser mon nom, sans arrêt dans l'histoire de la fondation du collectif, en ajoutant souvent qu'il avait "animé" avec moi le collectif. Je me transformais d'un coup en speakerine d'une série télévisée, j'animais. Bref, mon vrai rôle n'était jamais détaillé, il ne fallait pas.

Je suis devenue professeure en école d'art, plus tard Étienne a souhaité faire comme moi, mais il s'est imposé et a été accueilli si facilement (par défaut) qu'il était déjà à un meilleur échelon que moi, sans en avoir ni l'ancienneté, ni le goût. Je ne savais pas que cela compterait autant plus tard. Cela donne un aval, un sentiment de supériorité. Les femmes arrivaient dans le corps des professeurs avec un échelon 0, les hommes commençaient à un échelon 4 directement, c'était ainsi, les directeurs bossaient pour ces jeunes hommes, pas pour les femmes. Je voyais ainsi comment se traitaient, dans ces milieux, les personnes, uniquement selon leur genre, et jamais pour leur expérience ou compétence.  À l'école d'art angevine où j'ai débuté mon enseignement pour un niveau supérieur, tous les professeurs hommes débutaient à un échelon 4, directement. Les femmes, même après 3 années de CDD, nous n'étions pas encore passées à l'échelon 2.  Malgré plusieurs réunions et promesses, rien ne bougeait, et les hommes n'avaient aucune solidarité sur ce sujet, ils ne souhaitaient pas perdre leur échelon supérieur en raison de l'égalité entre hommes et femmes. Il y avait donc une atmosphère d'injustice. Une designer ne s'était jamais présentée, après avoir été sélectionnée, à cause de ces conditions et ce manque de respect.  Les coordinateurs, tous des hommes et le directeur avaient été choqué et médisait sur cette talentueuse designer, qui n'était pas venue faire sa rentrée. Il fallait faire cela, ne jamais accepter de telles conditions. À distance, je voyais comment tout s'imbriquait parfaitement bien, comme si, déjà, tout avait été pensé pour les hommes et par les hommes, sans qu'aucune femme ne soit légitime dans ce qu'elle raconte, vit, travaille, recherche. Enseigner et avoir cette conscience m'a amené à bien changer ces règles tacites, pour les autres. Dès que j'étais dans des configurations de responsabilité, c'est tout le groupe qui devait changer ses habitus et pratiques. J'ai aussitôt enseigné pour les jeunes femmes et les jeunes hommes et avec des professeurs différents. Il y avait, à mes cours une parité, ce qui n'était pas le cas au début, où seulement des jeunes hommes s'inscrivaient aux cours de multimédia. Cela a été important et il fallait travailler en ce sens. Mes efforts n'étaient pas compris, ni même des femmes enseignantes et lorsque j'étais amenée à partir d'une école, les choses reprenaient leurs habitudes : les jeunes hommes étudiants s'inscrivaient aux cours des hommes professeurs, dans le multimédia, et l'école régressait. Pourtant, dès mon arrivée, je recevais déjà des photos pornographiques, par mail, à mon domicile, de la part d'un collègue (certainement de lui, c'était très moche) alors que je travaillais avec les membres de Téléférique et je me souviens que la photo, très mal optimisée (le peintre ne savait pas se servir des logiciels de création d'image, et l'image avait mis un temps très long pour s'afficher, par niveaux, sur mon écran). Le niveau, dans les écoles d'art était assez bas, cela n'a pas changé en fait. Plus tard, je recadrais ce peintre, toujours en poste, et il m'en a voulu, que je ne veuille plus recevoir ce genre de truc, un harcèlement sexuel (ce mot n'était pas encore dans les mentalités) Nous ne nous sommes pas parlés durant des années. Et j'avais pu en parler à une collègue peintre, mais au lieu d'être solidaire, elle fut très jalouse que cela ne lui était pas arrivé. Malaise. Au final, ce n'était pas si grave (aujourd'hui, je pense que ces comportements sont plus pernicieux).  J'avais tout de même interrogé cet homme, artiste, pour comprendre comment pensait-il, que je pouvais être réceptive à cette image si laide. Il me dit que "toutes les femmes rêvaient de se faire violer", et qu'il me voyait avec des hommes dans mon collectif et que je devais avoir une pensée plus libre que les autres femmes, mais qu'en fait, je n'étais pas aussi libre, vu ma réaction "réac". Voilà le genre d'argument entendu. Il ne lui était pas du tout venu à l'esprit, que je ne souhaitais pas parler avec lui, ni travailler avec lui. Il fallait faire avec ces types. Une étudiante qui subissait ses regards insistants m'avait demandé : Mais comment faites vous, enseignante pour travailler avec ces professeurs ? Je lui répondit ; je ne fais pas, tout simplement. Ces écoles invitaient Catherine Millet, justement cette femme éditrice du magazine Art Press qui s'étalait dans les médias et disant qu'elle regrettait ne pas avoir été violée et avait écrit ces dernières années, en guise de nouvelle année, avec l'actrice Catherine Deneuve, entre autres, son souhait d'êre, encore séduites par des hommes, en réaction avec la vague des "meetoo". Il y a quelques années, plus récemment, je la retrouvais invitée, juste avant son manifeste mémérisant en manque, par la directrice de l'école d'art de Limoges, en grandes pompes (sa caution art contemporain) Cette école revenait bien en arrière et oubliait tout des préoccupations des jeunes étudiants, lassés de ces simagrées et inintéressants commentaires sur l'art et la manière d'être artiste aujourd'hui. Les écoles d'art n'ont vraiment rien compris de l'évolution des artistes. À Angers, cet incident très bref, fut vite oublié. C'est à Limoges où tout devenait pressurisant, mais du côté raciste, avec des commentaires très médiocres des professeurs et directions que j'ai connues. On se demande comment aujourd'hui, de telles manière de s'exprimer à de jeunes gens, ou professeurs collègues, se pérennisent. Il y a bien, pour cela, une complicité, une autre manière de se taire et de laisser passer tant d'humiliations et d'injustices, que le plus important demeure la vitrine et l'accumulation d'évènements, sans aucun sens, pourvu que l'on oublie l'essentiel : penser.
Il est certain qu'avec notre époque "meetoo", je ne sais si les choses ont changé, car je me suis toujours débrouillée pour recadrer ce genre d'intrusion et en parler, mais pour de plus jeunes étudiants, hommes ou femmes, cela ne doit pas être évident d'en parler. Ainsi je trouve tout à fait heureux, que cela choque les habitudes des professeurs femmes et hommes et que les responsabilités soient aussi intégrées par tous, afin d'arrêter ces formes abrutissantes de domination. Le niveau d'une école peut être très médiocre, mais on peut ne pas savoir pourquoi. Lorsqu'il n'y a pas de communication, plus de paroles et d'écoute, on se rend complice du pire dans ces lieux sectaires.
Dans mon collectif, dans le même moment, années 2000 dépassées, je voyais qu'Étienne s’appropriait un peu tout. Une de ses animations se nommait "propriétaire", cela anticipait ce qu'il ne pouvait alors exprimer. Il ne s'en rendait absolument pas compte. C'était normal. Au sein du collectif, j'avais l'interdiction d'écrire ce que je pensais. C'était des scènes entières, que je n'avais pas à dire ceci ou cela. Auparavant, il n'y avait jamais eu de problème, c'est à partir du moment où le collectif a été un peu connu et reconnu. C'était comme si Étienne jouait sa réputation auprès de ses parents, ou ses pairs, je ne sais pas, tout devait être contrôlé, plus rien de spontané. Nous avons, à un moment été contactés par les institutions et le ministère de la culture qui s'intéressait à tout ce que l'on trafiquait, tout en ayant assez peur de nous. Ils nous ont demandé de participer à une organisation (moche) "la fête de l'Internet". Le pire est arrivé. Tout a été remanié, relifté, par les équipes, des bras cassés, des secrétaires habillés en tenue de soirée dos nus, plongeant, s'activant dans les sous-sol à la machine à photocopier. Elles ne connaissaient ni Internet, ni n'avaient de mail, mais elles servaient un peu de... je ne sais pas c'est délicat. Je suis tombée de haut. Et tout était manigancé pour l'élection de Jospin (qui a raté) sans que nous soyons prévenus. Une bonne claque : bienvenue dans la culture (la politique) Évidemment, nous n'étions pas payés, et si nous avions le malheur de le dire, on recevait des insultes par les hauts fonctionnaires. Les règles n'ont pas changé, année 99 ou 2019, c'est pareil. Les élections sont toujours ratées et les secrétaires ont toujours des décolletés ou dos nus et servent les petits fours aux gros monsieurs importants. Quand on apprenait qu'elles avaient fait de longues études, parfois au Louvre... La culture, nous l'apprenions. J'étais très dépréciée par les hauts fonctionnaires, ils ne s'en souviennent pas aujourd'hui, je ressemblais à un garçon aux cheveux longs, avec mes baskets et mon habilité à manier les outils. Tout cela est amusant rétrospectivement, qu'est-ce qu'ils étaient idiots.

L'idée des démos, et c'est très amusant de l'entendre dire devant un si petit public, d'hommes, en 2017 ou 18 ?, n'est pas venue à Nice. Non. Nous réalisions des projets, que je percevais "froids" et "distants", chacun dans nos home-studios et nous nous les présentions à Charenton, chez moi, chez nous (qui préparait des gâteaux pour tous ?) C'était aussi des échanges intenses de codage. Les 3 garçons faisaient bien plus de démonstrations techniques que moi, mais ma discrétion était juste une apparence, j'allais déjà plus vite, dans ma tête, et il ne fallait pas trop le montrer. Je recherchais un moyen de rendre nos recherches visibles et pédagogiques, une façon de s'intéresser vivement à ce que l'on nomme, la recherche. Étienne a eu cette phrase à la suite de toutes nos aventures et notre pratique éprouvée : perish or publish, Demo or die, mais elle était empruntée déjà. Cela nous a poursuivi.

Je me suis aperçue, des années plus tard, que je restais la seule a vraiment publier mes recherches. Finalement, je suis toujours dans cette démo.

Je me débrouillais pour que ce que je voyais, devienne grand et lumineux, à partager. J'avais été diplômée avec un savoir faire technique de l'image et du son. Je réalisais déjà de grandes projections et j'avais fais des expositions en ce sens. j'ai pris en main cette partie, afin que nos rencontres soient plus "chaude" et partageables à un plus grand nombre, que cet entre-soi. Très vite les dates de nos programmations, et nous allions à la rencontre de lieux, se sont accumulées et moi je me réservais la place d'organiser la démonstration de projeter tout cela. Je compilais chacune des productions, si petit dans les écrans, j'imprimais des capture et je les affichais sur mon mur de l'appartement pour visualiser déjà une partition. J'étais comme une chef d'orchestre. Puis je me suis organisée pour réserver tous les médias, projecteurs, etc. ce dont j'avais l'habitude. Je réalisais aussi toute la communication du groupe car j'avais un savoir faire aussi, celui du graphisme. Ce n'était pas du tout le cas des autres membres, et le graphisme, côté art, était perçu comme un art mineur (pas ce qu'il est devenu aujourd'hui). Ils n'y connaissaient rien, et me faisaient une totale confiance. Le groupe est devenu connu, uniquement grâce aux flyers et mailings que je réalisais, comme de précieuses attentions, des bijoux.

Très important, j'étais la seule à avoir le permis de conduire, et à cette époque, il fallait transporter des gros disques durs. J'empruntais la voiture de mon père et je passais dans chacun des appartements des garçons pour transporter leurs disques durs où étaient situés les œuvres miniatures (des programmes, des chiffres, des calculs)  fabriquées. De même pour les miennes. C'était très fastidieux, la logistique fut une de mes préoccupations, durant des années, non pas parce que j'aimais cela, mais parce qu'il n'y avait aucune compétence dans ce domaine. Je trimbalais les garçons, qui souvent n'avaient pas besoin de gagner leur vie, tandis qu'à côté, je travaillais également dans des entreprises pour pouvoir payer mon loyer. C'était complètement inégalitaire, j'étais totalement exploitée par des hommes, des ados, par la société même, mais je le savais. Il faut l'expérimenter pour bien comprendre. C'était aussi un bel avantage, car j'avais cette impression d'avoir une bande, d'être en bande, aussi la bienveillance fait que nous étions un peu comme un groupe de musique, dont j'aurai pu être la chanteuse, mais pas vraiment. Nous étions forts ensemble, mais aussi débutants dans bien des domaines. J'ai de la sympathie pour ce groupe, mais je ne sais toujours pas pourquoi on en a fait tout un plat ! Nous n'étions que de petits jeunes, et nous nous amusions, nous découvrions des choses, nous étions des petits génies en herbe. Je n'aime pas trop, ce que les médias en on fait, ou ce que l'on a tenté de garder en mémoire comme un truc sacré. C'était rien en fait. Je ne comprends pas pourquoi des universitaires nous ont piqué nos idées, pour en faire des thèses imbuvables, théoriciennes et laides, pour passer des doctorats, jusqu'à prendre nos intitulés (sans m'inviter) et en faire des séminaires, ou conférences avec des crédits à la recherches, bref, payés par l'État. C'est devenu lourd, pompeux et prétentieux, jamais animé, un truc mortuaire. Nous qui étions si légers.

De loin, je voyais comment, certains s'attachaient à faire histoire de quelque chose qu'ils ne vivaient, des tonnes de papier, de compilations de noms, de dates, de trucs. Pas facile l'université, ici. J'étais dans la création. Pourtant, je m'en apercevrais aussi bien plus tard, j'écrivais, bien plus que les universitaires pouvaient écrire au sujet de ces moments. Mon île était un réceptacle d'écritures poétiques. Aucun universitaire ne pouvait les lire. J'étais comme cette Ada de Lovelace, cela me plaisait, j'avais l'impression d'inventer vraiment les choses, il n'y avait personne devant moi.

J'étais moteur, d'un engin que j'ignorais.

Ces démos en publique que l'on a nommé ainsi par ces projections publiques et qui résultaient des démonstrations trop petites et entre-soi des garçons, furent assez gigantesques et attiraient beaucoup de monde. Bref, c'était un cadre complètement immersif, son et luminosité et couleur très saturée, devenaient la marque de nos projets. Pour moi, la couleur et le son étaient mesurés comme une sorte de synesthésie spatiale et j'en faisais toute une orchestration symphonique, spécifique à chaque démo. Cela dépassait nos tailles humaines, c'était proche de concerts, ce que j'adorais. C'était monstrueux aussi. Et évidemment, c'était théâtral. Nous présentions des tableaux, des scènes, nous improvisions, chacun sa partie. Mon ami qui a assisté à une démo, me disait, que j'étais celle qui dispersait la parole aux uns et aux autres, je temporisais les séances, j'orchestrais avec brio l'évènement, assez singulier. On n'avait jamais vu cela. Ma voix était claire et limpide, je donnais accès au sens, c'était une organisation tirée au cordeau. Chacun des membres, avec sa personnalité présentait sa propre partition, ou invitait l'autre à jouer dedans. Nous nous amusions, nous nous surprenions, c'était des jeux d'esprit, des formes de sagacité, et pourtant, que de fugacité.

Sur ces temps très intenses, il m'intéressait d'y projeter ce que je voyais de pictural. Pour moi, nous faisions de la peinture avec des programmes informatiques et la figuration avait une part très importante. Des graffitis, ai-je pu le voir écrit, c'était pas mal. Nous utilisions des icônes, des objets, mêmes les sons avaient quelques chose de figuré. Les logiciels étaient comme des jeux, des figures que chacun pouvait interpréter. D'ailleurs, il y a un beau lapsus, Étienne dit "Sonia Marques et moi avons fondé le logiciel", au lieu de dire, le collectif.

C'est très important. Ces 5 années de ma vie ont été très formatrices. J'ai su ce que je ne voulais plus faire, et j'ai su que j'avais encore des choses à apprendre, en solo.

Là étaient nos divergences. Étienne se battait comme un boxeur avec ses idées apprises de l'art conceptuel et voulait à tous prix que Téléférique rentre dans la case de cet art conceptuel appris à l'école. Pour moi, nous avions inventé quelque chose qui n'avait aucun modèle dans l'art conceptuel mais était plus proche parfois des impressionnistes des peintres ou des artificiers. En tous cas nous avions créé de l'animation, c'est-à-dire que tout était "animé" et incarné. Pas de l'animatrice de télévision, hein. Nous manipulions des outils. C'est comme de la magie, car les spectateurs ne savaient pas comment nous avions conçu ces œuvres, tout était mystérieux. Diables ou dieux, nous étions des enfants qui rivalisaient avec les rêves et cauchemars, et en plus, nous étions savants dans ces nouvelles techniques, experts. Novices, dans ce que peut être une œuvre d'art, ce qui l'anime vraiment et ce qu'elle traverse dans le temps. Pour moi, aucune œuvre présentée n'était destinée à durer dans le temps. Nous faisions de la fumée, et tout disparaissait, les ordinateurs éteins. Téléférique, c'était la fée électricité !

Il y avait quelque chose de très naïf et brut, pourtant nous étions dans cette période de l'art numérique. Il y avait une innocence, je dirais, qui n'était pas stratégique comme Étienne peut l'exprimer dans ses conférences, mais peut-être que de son point de vue, oui. Nous ne mettions pas un pied dans la porte pour passer en force. Je dirai même, pour ma part, que j'étais dans un mode contemplatif et méditatif, proche de l'extase, comme l'un de mes programmes était nommé. Ce qu'il se passait mettait en transe parfois et rendait extatique la perception du temps. Nous rentrions dans un monde parallèle, sans drogue aucune, mais ce que nous avions créé ensemble, produisait une énergie surnaturelle qui nous donnait des ailes et ainsi nous tenions des heures, la nuit, et des jours suivants. Et c'était pour cela que nous avions des échanges contrastés. Aussi cette dynamique, entraînait une tension, jusqu'à l'épuisement des sens. Powerhouse.

J’acceptais les différences, la diversité, c'était parfois incompatible et étrange, mais superbement novateur. Étienne était plus intolérant et était dans le contrôle, avec un art de la dissimulation, il fallait sélectionner et élaguer, effacer le processus. Je pensais processus, énergie et force, rien ne pouvait être éliminé. Il en était agacé, et pensait qu'il fallait y mettre un peu d'ordre. J'admirais son sens de la synthèse, mais nous en perdions notre force. Il voulait tout décrire, tout commenter, tout expliciter, trouver comment cela fonctionnait. C'était tuer la magie à petit feu et nous empêcher de fabriquer notre chimie, sensuelle, nous étions avant tous, des sensuels. Il faut dire que l'art dominant était de cet ordre : le contrôle, le concept avant tout, et surtout pas de couleur. Nous avions trouvé des accords communs qui faisait de nos idées une compatibilité, fragile, mais par pansements successifs. Des rustines étaient disposées, nous réparions souvent nos machines et nos désaccords autours de repas ou balades sympathiques.

Plus tard, j'ai pensé, que c'était 2 esthétiques qui s'affrontaient, alors que lorsque nous avons développé ce projet, ce fut en toute symbiose, sans nous poser la question de la propriété.

Ce sont les journalistes d'ailleurs qui ont joué ce rôle de passer le micro, le plus souvent à Étienne. Et il a pris goût, avec difficulté aussi. Le bègue, je dirai que c'était plutôt lui. Puis, il a pris tout le contrôle, être l'unique invité, et puis, il nous a complètement oublié. Il a été invité souvent pour parler de ce que nous avions créé ensemble.

Puis il a souvent cité nos noms, et des anecdotes que nous pouvions voir qu'à travers nos écrans.

De mon côté, j'ai beaucoup appris du rôle des médias, en France et de son retard. Tout était misogyne, même les femmes journalistes n’interrogeaient que les hommes. Ce qui me fait sourire, c'est qu'une journaliste à Libération Marie Lechner, dont j'ai été la première à contacter et remettre des visuels sur place, a privilégié Étienne, parmi les membres du groupe. Plus tard, ils ont réalisé des interview sans que nous soyons informés.

J'ai trouvé par hasard une série de vidéos, filmé chez moi, sans que je ne le sache. La journaliste est assise à ma place et interview Étienne, dans notre appartement. Elle est à ma place, exactement à ma place devant mon ordinateur et le cadre montre même un drapeau portugais derrière, une intimité, la mienne, mes photos. C'est à cette place où je travaillais chaque jour, là où elle s'est filmée en train de parler à Étienne en posant des questions assez bêtes et lui, en répondant assez fièrement, mais toujours avec difficulté.
Je n'étais pas informée.

Ma place.

Cette journaliste a organisé un programme, ces jours-ci à la Gaité Lyrique ( Computer Grrrls, le truc à la mode sur le genre) dans laquelle elle décrit que la place des femmes na pas été reconnue, dans le numérique. Cela me fait bien sourire évidemment. Bref, ce n'est pas en prenant la place des artistes femmes que l'on peut après déclarer qu'il n'y en pas eu. Souvent, ce sont des femmes qui éliminent d'autres femmes, parce qu'elles sont des créatrices et celles qui ne le sont pas, rêvent de prendre leur place.

Et puis, je me suis dit que j'avais un blog, une place, et je ne vois pas pourquoi toute cette histoire, la mienne donc, devait être ré-écrite, sans mon accord ou en déniant ma place, mes idées.

Car je crois que l'art conceptuel n'est plus, tout simplement.

Lorsque j'observe les fleurs, Téléférique c'était cela, des fleurs, il y avait une forme botanique dans ces arts génératifs de pixels, entre apparitions et disparitions. Car ces œuvres diverses venaient du noir, de la nuit pour nous éclairer, et repartaient dans le noir, disparaissaient dans la nuit.

Pour moi c'était de la magie, un groupe très spirituel, il se passait une énergie entre nous très positive, que je faisais circuler.

C'est ainsi, on ne peut pas contrôler vraiment les magiciens.

Et puis, ils ne donnent pas leurs tours de magie.

Il est 7h, le jour s'est levé, je prends une place dans ce jour nouveau, légèrement, avec les oiseaux, les chiffres et les calculs.

La création de collectif est un moment nécessaire pour comprendre la place d'une artiste dans la société.

Être à sa place, tout le temps, dans son esprit, dans son temps.

Lorsque je retrouve Makoto et Aki, nous ne parlons pas de Téléférique. Parfois nous apprenons qu'Étienne a réalisé un projet avec un des membres, mais considéré comme l'informaticien du projet de l'artiste, très certainement payé, souvent cela vient de l'argent de l'État. Je respecte cela, je trouve même cela très bien, en total contradiction avec le groupe, mais le groupe n'est plus.

Il y a vingt années, je me retrouve professeure en école d'art maltraitée par une direction complètement ignorante et avec aucune solidarité du milieu des professeurs, du ministère de la culture, qui ont connu cette épopée et y ont participé. Grâce au collectif, des artistes ont pu réaliser des choses et ont trouvé un travail, parfois dans l'enseignement Rien aujourd'hui n'a cette saveur solidaire, il n'y a pas plus individualiste que le milieu des professeurs en art, avec un oubli de l'histoire, des histoires et de l'histoire de l'art. C'est pour cela que je mesure ce temps, il va avec la montée des extrémismes sur notre territoire. Il y a un oubli, des oublis, de notre histoire, des peurs et des lâchetés. C'est dangereux. Je trouve que l'on vit un moment dangereux, pour la suite.

Sinon, je trouve cela très bien l'indépendance que chacun a pris, souvent en fait, c'est par la relation amoureuse, de chacun, justement, que les trajectoires ont pris toute leur autonomie. Je suis persuadée, au moins si nous n'étions pas artistes, que nous faisions école. Nous avons fondé notre propre école, au moment où nous observions que les écoles dysfonctionnaient grave et où elles n'enseignaient plus ou ne formaient pas. Nous avions trouvé un mode pédagogique et nous en avions réalisé des démos dans les écoles et universités, des sortes de conférences-concert, toujours en montrant comment nous manipulions les outils, parfois en montrant ce qui était caché. Ce n'était pas tant l'écran, ce qui apparaissait qui nous intéressait, même si ces moments narcissiques, nous en profitions, avec humour, c'était comment nous faisions apparaître. Cette petite école qui se déplaçait, Téléférique, dans laquelle, les places étaient elles-mêmes déplacées, et les genres troubles, orient et occident, me rend heureuse aujourd'hui. Il faisait si froid, nous avions si faim, nous passions notre temps à coder. Je regrettais ne pas passer plus de temps dans les paysages que nous avons traversé. J'ai pris ce chemin là, ensuite, la contemplation, pleine. Je pense que nos écoles d'art, en crise, sont encore très loin d'avoir trouver de tels modèles, efficaces, rapides, autonomes, économes, libres et transmissibles. Quel dynamisme et quelles solidarités à toutes épreuves ! Nous avions beaucoup moins de moyens qu'aujourd'hui. L'excès provoque un état morbide, comme une obésité, qui ne permet plus de penser, d'inventer. Je suis dans le manque, donc je peux être frustrée et continuer à inventer. C'est une chance, il faut la célébrer. Je regarde avec sympathie cette danseuse de 20 ans, la place radieuse qu'elle prenait et laissait ensuite aux autres.

Je crois que j'étais un garçon parmi les garçons et que je suis devenue une femme après Téléférique. Je n'étais pas un homme non plus, mais un garçon. On a tous le droit de changer, d'aimer qui l'on veut. On a tous le droit de devenir une femme.

Pour cela, je suis évidemment fière, d'avoir pu confronter mes idées et mes savoirs avec d'autres, dont j'ai appris, parfois comme un jeu compétitif, mais qui n'avait et n'a toujours, de mon point de vue, aucun pouvoir, ni mérite, seul celui de l'émulation et de l'intelligence des petites joies, encore naïves, et des petites batailles asexuées. Et le plus merveilleux, c'est que nous n'avons pas de traces des ces feux d'artifice lancés dans la nuit.

1999-2019

Par kiwaïda at 06:11

31/05/2019

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PP - Petite Peinyure (© Sonia Marques - mai 2019)

Elle est arrivée comme par magie, elle vient de naître et très maladroitement son nom fut mal orthographié lors de sa saisie au clavier d'un ordinateur. Ainsi ce petit tableau bleu fut nommé : Petite Peinyure (ou PP)

C'est que les erreurs administratives sont des prétextes à la coupure de nourriture par surprise.
800 pièces d'étain pour vivre sur 2 mois par erreur, ressemble à une bévue, toute une culture signée d'un zélé, brouillon.
De pénurie en pénurie, c'est la peinyure qui réchauffe nos peines délicatement en chuchotant l'amour au dessus de tout.
C'est une erreur de frappe, c'est tout et c'est l'art d'une petite frappe décorée. Un ou une bête ? Immondice est son nom.
Mon salon des refusés est le plus honnête, pas le plus beau, pas assez prétentieux, mais le plus admirable et téméraire.

C'est que ce pépé cache la grande peinyure... Un pépé devient un nouveau né dans l'histoire toute récente, de la peinyure.

Seule Kiwaïda est en mesure de relater la découverte de ces spécimens, des œuvres approximatives.

L'inspiration est toute particulière, il y avait une lapine japonaise qui faisait un boucan d'enfer la nuit, tout était balancé par dessus bord de sa cage, les bouts de bois déplacés sans arrêt, ce trafic impressionnant posait des questions, elle grignotait son tapis férocement et bazardait tout son foin avec énergie, comme un petit personnage debout. Qu'est-ce que cela signifiait ? Auparavant elle avait réalisé des sauts de crabes dans son enclos, comme un cabri. Le mâle japonais était circonspect et écoutait avec attention ce remue-ménage, les pattes de devant sur le bord de sa litière, de sorte qu'il ressemblait à un Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène visant le large... Et puis, il y avait un sentiment qui planait, celui de l'attachement, ou la peur du détachement, ou bien une excitation. Les désordres amoureux de Cafuné et Satori illustraient bien d'autres désordres : l'envie d'être attaché et la peur de se sentir abandonné, et la ferme volonté de réclamer de l'attention, des caresses, de soumettre son éconduit. Ces étranges bêtes, bien que stérilisées, avaient des sentiments amoureux de toutes sortes et aussi de la colère envers le, comment peut-on dire, conjoint, ou l'humain, ou le lapin ? Ils n'étaient qu'échos des sentiments amoureux des êtres humains. Êtres sensibles.

Je les avais prévenus : nous allons devoir faire des économies de foin, la moitié des pièces d'étain était déjà dépensée pour le toit (Heu non, la totalité en fait) Nous vivrons comme des bêtes, près de vous. Je m'en vais recycler vos petites pépites de chocolat.

Pourtant, lorsque cette peinture se créait, pas toute seule évidemment, Satori faisait du bruit, mais je ressentais juste des sensations étranges en moi depuis des échanges amoureux secoués de réflexions de solitudes séparées. Satori et Cafuné, séparés dans chacun leur petit théâtre de foin, répétaient la scène à leur manière. Et moi je faisais de la peinture, pardon, une petite peinyure. La nuit pourtant ce sont les êtres humains qui font le plus de bruit, de jeunes gens ivres racontent des histoires sans queue ni tête et chantent des refrains parasités par l'engouement de nouvelles connaissances hybrides. Ils sont bêtes et bien plus bêtes que les bêtes. Et puis, coup de théâtre : c'est Cafuné qui tape du pied et cela retentit comme une fin de non recevoir, puis un autre coup, puis un autre ! Cafuné brigadier veut du silence, c'est lui le maître de la nuit, il régule la circulation et remet de l'ordre dans son environnement. Le calme est revenu, la petite peinyure est arrivée. C'est un joli PP.

Le sexe n'est pas encore déterminé. Il ou elle, a tout de notre attachement, de nos couleurs de cet instant, fugace.
L'amour en un éclair.

Par kiwaïda at 01:01

29/05/2019

ᔕᑌᗷᙢᗩᖇᓰᘉᕮ ᖇᕮᔕᙅᑌᕮ


SUBMARINE

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RESCUE



Dessin & son (© Sonia Marques)


Par kiwaïda at 00:41

27/05/2019

ℙѺℒℒ∃ℵ

Tasse et mouche à la découverte du cul blanc, ce bourdon terrestre, et ce papillon, ou ces scarabées luisants bien accrochés, et tous ces bébés : bébés pommes, bébés poires, bébés raisins, bébé figuier, bébé ginkgo biloba… Bourgeons et iris, roses en tous genres, coquelicots, pavots, pensées multiples. Mais tout est là… Et j'ignore avoir perdu du secret… Oui tout est là… Rien n'est caché, comme le chantait si bien Alain Bashung, revenu des arcanes, du parolier Armand Méliès. L'illustration de son album post-mortem est un coquelicot, visuel de Jérôme Witz, graphiste et designer déjà présent pour l'album "Bleu Pétrole". Repos quiétude ou consolation, ce coquelicot que Claude Monet a peint à foison. Le peintre impressionniste a 33 ans et habite Argenteuil, dans le Val-d'Oise, lorsqu'il peint le célèbre tableau de 1873, des coquelicots. Une commune très peuplée avec une eau potable de bonne qualité bactériologique, contenant peu de nitrates, étant peu fluorée et devenue relativement peu calcaire. De l'eau, des fleurs. L'impressionnisme était là, au Nord de Paris, photographes d'antan. Sur les bord des rails, je vois ces tâches rouges vibrantes et fragiles, en écoutant les chansons immortelles. Pavots aux grandes fleurs solitaires et aux pétales satinés, légèrement froissés, pavots somnifères, pavots à opium... Au jardin maternel, je suis l'apprentie impressionniste, le cul blanc, le terrestre bourdon qui plonge au cœur des fleurs, tel un lapin nain bélier qui découvre une ouverture, le début d'un terrier, d'un tunnel, d'un accès, il s'engouffre laissant visible sa croupe charnue blanche, mon Cafuné. Il faut du temps pour voir, observer, du temps pour prendre des photographies, une éclaircie, un silence apprécié, une solitude retrouvée. Il faut savoir ce que l'on veut voir, savoir ce que l'on apprend, savoir ce que l'on ne sait pas pour apprendre de nouveau et découvrir. Il faut sélectionner, définir les quantités de teintes et calculer les formats, optimiser et alléger chaque poids. Elles doivent être légères ces photos de fleurs, veloutées ou de veines et d'audaces, flétries, elles séduisent et charment, si fragiles. Il faut comprendre que dans un jardin, il n'y a pas seulement la plante, mais les insectes infiniment petits qui s'accrochent aux tiges. Ils prennent les pétales pour des plages, sur lesquelles faire un brin de toilette, nettoyer les pattes ou copuler, se chamailler le rose ou le bleu, au dessus des verts... Cela grouille de partout, tout est bien agencé, mêlé, imbriqué, échevelé...  Comment cette fleur va tomber et qui va lui succéder ? Comment elle attire tant de bestioles, chacune avec ses piquants et ses fluides, ses peignes, ses ailes, ses carapaces, ses pattes et sa bave. Les maladies, les tâches blanchâtres, les cocons, les toiles, chenilles et larves, le terrain est habité, un lilas est soutenu par un bâton peinturluré, tel un vieillard encore heureux. Mais il faut pour faire son jardin, patience, et connaissance, hasard et ignorance, expérience et expérimentations, études et laboratoires de saisons. Il faut tenter et il faut recommencer, ne pas baisser les bras, partager les graines, semences miraculeuses, vestiges de ce qui est resté d'un accident, d'un Hiroshima, d'un Tsunami. Que reste-t-il comme plantes ? Mais il faut pour admirer un jardin, savoir regarder et tout cela prend du temps, du soleil et de la pluie, nous donnant cette place de l'infiniment petit, de cet humain spirituel et terrestre. Expositions à qui sait voir, pas besoin de cartels ni de panneaux fléchés, ni de critique d'art, ni d'urbaniste ou architecte pompeux valorisé par les institutions aveugles, pas d'indication donc : autonomie, débrouille, vadrouille. Guidé par les nervures et cartographies des feuilles, tout peut être irrigué, par les fluides, gouttes et pluies, chaque jour ça pousse. Poussez-vous je passe. On peut ne pas aimer les fêtes commerciales, celle de mères et pères, rien ne peut rivaliser aux jardins des mères et pères. Alors regarder, garder encore, qu'est-ce que c'est ? Je n'ai pas vu les bébés, j'ai vu les boudons blancs affairés, malicieux du matin au soir, l'opium leur favori festin. Restaurer l'art de l'observation, puisque la nature fut première à copier, dessiner, peindre, photographier, modeler, imprimer, visualiser, les odeurs sont imprenables ou presque, les parfums viennent aussi des plantes, nectars, extractions subtiles. La couleur venait ainsi des jardins, des pigments, des sébums et chimies miraculeuses, tous ces savoirs faire que l'on peine à transmettre. La couleur disparaît comme toutes les photographies passées trop exposées, on ne sait plus faire ni découvrir. La couleur pourtant est l'un des beaux-arts. Maquillages et pâtes à tartiner, confitures, baumes de guérisons, masques d'argiles, huiles précieuses. L'art était avant-tout une façon d'observer et traduire, une façon de transmettre une connaissance. La sensibilité c'est tenter de se disposer à la place de la plante, le pétale transparent, la tige vaillante, ou velue, elle va faner la fleur et se recroqueviller, perdre de ses couleurs vives. Elle meurt doucement ou brusquement. Les bourgeons inconnus gardent un peu de mystère sur l'apparition de leurs beautés à venir... Écrins fermés aux milles feuilles délicates, spirales, enroulées, poivrées ou sucrées, peaux sur peaux de soies, perlées de rosée. On ne peut pas illustrer, peindre ou faire œuvre, tisser, que sais-je, sans observation et interprétation. L'imaginaire, l'esprit intérieur donnent la force de l'expression, singulière, aucune copie ne peut rester copie, comme chaque fleur, elle a sa partie, unique et si fugace. J'ai voté pour ce jardin, aucun sommet crétin ne peut comprendre l'infiniment petit. Les araignées sont tigrées, les vers de terre généreux et semi-transparents. Enfant je les déterrais, j'accompagnais leurs lombrics de la terre à la surface, j'observais leur rôle dans la biologie de notre terre, et je ne savais rien, trop petite, et je savais tout, sans le langage, des mains à la terre de vers, d'ici bas arriveraient les plantes et notre nourriture. Je voyais des bestioles nager dans la soupe aux choux, moucherons flottants noirs, c'était ma soupe à la grimace. Je les disposais soigneusement sur le bord de l'assiette, car je ne voulais pas manger les insectes. Mon expression artistique a souvent été l'élan vital du souvenir d'un jardin perdu, retrouvé dans chacune de mes observations et revitalisé par différents médiums. La mémoire peut être titanesque lorsqu'elle est travaillée par la sensibilité. Chaque pelure recèle un trésor, que lorsque les richesses disparaissent, la mémoire fait remonter en surface des formes de connaissances imparfaites mais précieuses, dans la pénurie. Des formes de reconnaissances. Chaque pelure peut faire renaître un cœur. Le sentiment d'avoir été aimé, la capacité de pouvoir encore aimer, avec peu.

Je ne te l'ai jamais dit, mais nous sommes immortels...
As-tu senti parfois

Que rien ne finissait?
Et qu'on soit là ou pas
Quand même on y serait

Les baisers reçus
Savais-tu qu’ils duraient?
Qu'en se mordant la bouche
Le goût en revenait


Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 13:55

12/05/2019

ʟ❝øuï℮

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La dame à l'orgue est l'une des 6 tapisseries de la Dame à la Licorne, découverte en 1841 par Prosper Mérimée dans le château de Boussac.


À la fin du Moyen Âge, les tapisseries sont des éléments importants dans la décoration des riches demeures. Elles sont utiles pour isoler les murs, mais elles participent aussi de la manière dont un propriétaire peut faire étalage de sa fortune. Leur confection est en effet fort coûteuse et nécessite l’intervention de plusieurs maîtres : le peintre qui en dessine les cartons, le licier qui les tisse, tous deux ne résidant pas nécessairement ni dans la même ville, ni dans le même État. Les cartons de la Dame à la licorne ont été réalisés à Paris par un artiste majeur de la fin du XVe siècle dont l’identité demeure incertaine, tandis que le tissage a été réalisé dans les Flandres où se trouvaient alors les meilleurs ateliers de lice de toute l’Europe. Plus encore que le dessin, la couleur rouge du fond fait de cette tenture un objet de luxe. Le fait que ce rouge ait conservé sa vivacité indique en effet que la laine a été teintée avec un pigment à base de garance de très haute qualité. Un univers merveilleux Ces tapisseries nous entraînent dans l’imaginaire des classes aisées de la fin du Moyen Âge. Le fond de mille fleurs crée un espace à la fois familier et merveilleux. Familier parce que les fleurs représentées avec réalisme sont celles des jardins du temps (œillet, menthe, muguet) et les animaux qui gambadent semblent tout droit sortis d’une forêt ou d’un château (des oiseaux, des lapins, des chiens, des singes…). Merveilleux car les fleurs symbolisent un printemps éternel d’où le froid, la maladie et la vieillesse sont bannis, tandis que les animaux cohabitent en paix. Dans l’esprit de l’homme médiéval, une telle harmonie n’est possible qu’en un seul lieu, l’Éden, le jardin du Paradis, décrit dans la Genèse comme une création de Dieu.

Mais c’est surtout dans la licorne que réside le merveilleux, car c’est une créature fabuleuse au corps de cheval, à la tête et aux pattes de chèvre, et à la dent de narval en guise de corne. Sa présence témoigne de la place qu’elle occupe dans l’imaginaire médiéval. Les bestiaires médiévaux dans lesquels elle est décrite sont inspirés des légendes véhiculées durant l’Antiquité. On y raconte que cette bête sauvage ne peut être domptée que par une vierge.
En dépit de son caractère fabuleux, la licorne est souvent représentée au Moyen Âge dans un environnement quotidien. Elle est montrée comme un animal réel au même titre que le lion ou le faucon, comme c’est le cas ici. Persiste alors, quant à son existence, un doute que viennent renforcer les récits de certains voyageurs qui s’aventurent en Orient et sont convaincus d’en apercevoir. Marco Polo, le plus célèbre d’entre eux, la décrit dans son Livre des merveilles. Tenace est alors la croyance que les régions orientales lointaines et fascinantes sont peuplées de lions, singes, éléphants, licornes, griffons, tous aussi réels les uns que les autres. Plus qu’une dame, une allégorie La dame de la tenture, au teint de lys, aux lèvres vermeilles et aux cheveux dorés, est d’une beauté dont la littérature courtoise chante les louanges depuis le XIIe siècle. Elle n’est pas le portrait d’une femme qui vécut dans l’entourage des Le Viste, mais l’incarnation de la femme idéale selon les critères médiévaux. Pour comprendre la tenture et ce qu’elle représente, il faut la regarder comme un ensemble. Il apparaît ainsi clairement que c’est une allégorie des cinq sens. Sur chaque tapisserie, le geste de la dame désigne le sens concerné : elle nourrit un oiseau pour le goût  ; elle joue de l’orgue pour l’ouïe  ; elle charme la licorne avec un miroir pour la vue ; elle tresse une couronne de fleurs pour l’odorat ; ses mains se posent sur l’étendard et sur la corne pour le toucher . Les sens sont un thème fréquent à cette époque, et pas seulement pour les artistes. Ils sont en effet au cœur des préoccupations de certains érudits qui les classent dans un ordre précis. Pour les théologiens, ils permettent à l’homme de comprendre la création de Dieu et d’élever son âme. La vue, au sommet de la hiérarchie, rappelle l’importance de la lumière et des couleurs en lien avec Dieu. « À mon seul désir » La sixième tenture, où la dame apparaît devant une tente entrouverte sur laquelle est inscrite la devise À mon seul désir, est plus la complexe d’interprétation.



L’Ouïe : Ici la composition se resserre dans un espace encore plus étroit, les bannières sont placées devant les arbres et les cachent en partie. Le lion et la licorne de part et d’autre de la dame et la demoiselle tiennent les hampes des bannières. La dame et la demoiselle sont de part d’autre d’une table, couverte d’un tapis aux motifs décoratifs de types orientaux, où est posé un orgue portatif (que l’on appel un « positif ») dessiné en perspective. Les deux montants du positif sont ornés de pierreries et à leur sommet sont sculpté un lion et une licorne. La dame porte une robe bleu, pardessus la quelle se trouve un surcot or, richement brodé et orné de perles et pierreries. La dame porte un diadème, sur le front à la naissance des cheveux, un large bandeau brodé de roses tombe sur ses épaules, ses cheveux ramenés de part d’autre attachés d’un ruban bleu, sont ramenés sur le dessus de sa tête en toupet. Elle porte toujours colliers et bracelets. La demoiselle porte également un diadème, elle a les cheveux dissimulés par un voile transparent. La dame joue du positif, pendant que la demoiselle actionne les soufflets. Sur la terrasse fleurie, se retrouvent les animaux, lapins, renard, levrette, lionceau. Le fond aux mille fleurs, et aussi parsemé d’animaux, agneau, faucon, renard, lapins, et un oiseau a bec de canard aux longues pattes non palmées.



 



Anniversaire
(Photographies © Sonia Marques)

Jean Pierre Jourdan, et Alain Jaubert, nous rappellent comment un courant de pensée qui s’est développé à la fin du moyen âge, issus d’un commentaire de Marsile Ficin du Banquet de Platon commandé par Laurent de Médicis, et traduit en Français par Symphorien Champier dans le livre du vrai amour publié à Lyon en 1503. Marsile Ficin évoque les six moyens dont dispose l’homme pour atteindre le Beau : les cinq sens, mais aussi l’entendement. Ce sixième sens peut être dit l’intelligence. C’est une théologie de l’amour, qui eu une grande influence à la cour de France dans la morale, la pensée religieuse et l’art. cet amour doit orienté vers Dieu. Toute une lecture des cinq sens est opérée : le toucher, le gout et l’odorat, sont de sens qui rapproche de la matière, alors que l’ouïe et la vue, rapproche de l’esprit, quand à la beauté de l’âme elle ne se connaît que par l’entendement.

Jean-Patrice Boudet, fait quand à lui référence à l’œuvre de jean Gerson (1363_1429) qui dans « la moralité du cœur et des cinq sens », évoque un sixième sens « en dedans » qui est le cœur, qui gouverne les cinq sens . Ces textes étaient diffusés à la fin du XVème siècle, et place ainsi la tenture de « la Dame à la licorne » dans cette tradition littéraire. Mais ce cœur peut à la fois être source du libre arbitre et siège de la passion. En effet on peut aussi lire cette tenture sous le prisme de l’amour courtois, de nombreux symboles présents dans la tenture, végétaux ou animaux s’y réfèrent. Les roses et les œillets, sont fleurs présentent dans le « jardin d’amour ». En effet le « Champfleury »est le « paradis d’amour, lieu d’un éternel printemps. Cette dimension courtoise permet aussi de donner une autre signification à la licorne, qui n’est pas simple porteuse d’armoirie, mais qui est un symbole ambivalent à la fois de chasteté et d’amour charnel. Ce double langage à la fois issu de la morale chrétienne et inspiré de l’amour courtois, est courant à cette époque.

Animaux et fleurs

Les fleurs représentées dans la tenture le sont avec tellement de détails que l’on peut en déterminer une quarantaine d’espèces différentes. Ces espèces de fleurs, recensées constituent la flore habituelle du moyen âge. On y retrouve aussi bien des fleurs sauvages communes, tel que la pâquerette, la pervenche, la jacinthe, la violette, le muguet ou la pensées sauvage, que des fleurs cultivées, jasmin, œillet, rose. La plus part de ses fleurs qui fleurissent entre le moi de mai et le moi de juin évoquent le printemps.

Saison des fêtes de Mai : ce printemps éternel du « jardin d’amour »

Cette végétation fleurit est ainsi souvent présente dans les textes d’amours courtois.
Comme dans la plus part des fonds « mille fleur » retrouvés dans les manuscrits ou tapisseries, ceux ci sont peuplé d’un bestiaire varié.

On y trouve quelques animaux domestiques commun, tel que l’agneau ou la chèvre, sinon la plus part des autres animaux sont lié à la chasse, activité principal de l’aristocratie au moyen âge chien, lapin, renard, perdrix, faucon, héron. On peu de plus voir des animaux exotiques, singes, perruche, lionceaux, genette, panthère et guépard qui pour certain portent des colliers, et rappelles les animaux exotiques que pouvaient posséder les princes dans leurs ménageries.


Description de Rainer Maria Rilke les cahiers de Malte Laurids Brigge :


"il y a six tapisseries ; viens passons lentement devant elles ;Mais d’abords fais un pas en arrière et regarde les, toutes à la fois. Comme elles sont tranquilles n’est ce pas ? Il y a peu de variété en elles. Voici toujours cette île bleu ovale flottant sur le fond discrètement rouge, qui est fleuri et habité par de petites bêtes toutes occupées d’elles mêmes. Là seulement , dans le premier tapis l’île monte un peu, comme si elle était devenue plus légère Elle porte toujours une forme , une femme, en vêtements différents, mais toujours la même. Parfois il y a à coté d’elle une figure plus petite, une suivante, et il y a toujours des animaux héraldiques : grands, qui sont sur l’ile, qui font partie de l’action. A gauche un lion et à droite , en clair, la licorne ; ils portent les même bannières qui montent haut au dessus d’eux : de gueules à bande d’azur aux trois lunes d’argent."

*

Aux lendemains anniversaires, après des tresses fratries par la sœur indienne aux boucles d'oreille étincelantes, une fitness de plusieurs heures, les vêtements trempés, des framboises et étoiles, des jardins japonais, des lapins qui gambadent et des oiseaux joueurs et amusés, un chevalier musicien échevelé son album doué terminé, des parfums enchanteurs et roses, des paillettes abandonnées dans le sillage des souvenirs partagés, une tapisserie s'offre au regard sur un camion sans prétention, c'est elle, la Licorne. Le rouge et le bleu de l'île au pied des lunes, je regarderai encore, cet amour invincible et courtois, mes jours et mes nuits à venir. Une licorne tombée du ciel <3

Par kiwaïda at 23:23

08/05/2019

ℜεḉøґ∂@çã☺

Recordação Bispo do Rosário © Sonia Marques
Série d’actions, habitation, survie (2015)
Tapisserie 134 x 187 cm

Par kiwaïda at 16:36

18/04/2019

ⓕ➑Ⓛⓘⓒⓘⓣ➑








Par kiwaïda at 00:36

31/03/2019

Agnès Varda (article bmk de 2014) et Cléo de 5 à 7 ces jours-ci... Belle artiste ❣

Par kiwaïda at 14:59

24/03/2019

✞нε ṧ℮¢ґ℮т ρ♄ø⊥☺❡я@℘нεґ

I’ll tell you a secret: I’m a photographer, for a very, very long time, before I came into the world, I was a photographer. I looked at life in detail, your hair, your feathers, your buttons, the grain of your skin, your shadows and your lights, your black hair became blonde, your clouds became smoky, your sweat beads became rain and storm, the beauty of the world streamed, everything was so beautiful and so funereal, everything was so calm and so frightening, everything was so diaphane and trouble, everything was so limpid and inconspicuous. I hate photographers who call themselves photographers, so I found strategists not to appear as a photographer. I chose poetry, the invisible, the slow down, the resign,  the disappearance. Before the world was the world and moving, I lived beneath the earth, I was this photographer of the night, the one who lived beneath your days and that one day sparkled like a star before dying under your ignorant eyes.

Je vais te dire un secret : je suis une photographe, depuis très très longtemps, avant même de venir au monde, j'étais une photographe. Je regardais la vie en détail, tes poils, tes plumes, tes boutons, le grain de ta peau, tes ombres et tes lumières, tes cheveux noirs devenaient blonds, tes nuages devenaient fumées, tes perles de sueurs devenaient la pluie et l'orage, la beauté du monde ruisselait, tout était si beau et si funèbre, tout était si calme et si angoissant, tout était si diaphane et trouble, tout était si limpide et si imperceptible. Je déteste les photographes qui se disent photographes, alors j'ai trouvé des stratèges pour ne pas apparaître photographe. J'ai choisi la poésie, l'invisible, le ralentit, le retrait, la disparition. Avant que le monde soit le monde et se déplace, je vivais sous la terre, mais je voyais tout, j'étais cette photographe de la nuit, celle qui vivait sous tes jours et qu'un jour étincelait comme une étoile avant de mourir sous tes yeux ignorants.

PHOTOGRAPHIES © SONIA MARQUES

Par kiwaïda at 19:33

18/03/2019

¢εґiṧiεґ﹩ ε☂ ℘ê¢нℯґ﹩

Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 22:42

28/02/2019

ℙÅϴℕ

L’œil du paon représente le troisième Œil, celui qui détruit l'illusion et apporte une compréhension de la vérité universelle.


Mon tableau préféré et une vue de plus près...


J'écrivais un article récemment située dans le décor de la gare Montparnasse avec les fresques de l'artiste Vasarely, sans savoir qu'une exposition monographique allait se dérouler au centre Pompidou quelques mois plus tard. Elle est très belle. Je n'avais jamais vu de réalisations en nombre de cet artiste visionnaire. Je découvre comment de nos démos de Téléférique, jusqu'à tant de réalisations programmées de tant d'artistes, graphistes, musiciens, informaticiens, de produits dérivés, de publicités, nous sommes imbibés de son art. QR code, mire télévisuelle, écrans de veille, signalétique urbaine, affiches, couvertures de livres philosophiques, assiettes, robes, tissus, motifs à répétition, il y a quelque chose d'obsessionnel et qui donne le vertige dans cette exposition. En sortant j'ai vu du Vasarely partout, dans l'architecture et les vitraux de métro, dans les grillages, et ne parlons même pas des logiciels et tous leurs effets visuels, dans l'architecture du centre Pompidou ses tubes et ses croisements, bref, on devient dingo complet. Un demomaker avant l'heure, un zèbre. Alors comment cet artiste est-il tombé en désuétude après avoir eu une renommée folle dans les années 60-70 avec ce début publicitaire où le graphisme et la mode vendaient tant de produits et le pixel télévisuel aussi, nous a tous fait tourner la tête. À la fois l'exposition fait renaître une nostalgie de ces formes géométriques connues, défier l'illusion et l'optique mais surtout elle nous donne une vision plus précise de ces aplats colorés et collages, dont on a oublié que c'étaient avant tout, de la peinture. Une espèce d'artisanat sensible de la programmation, avec un plaisir de la couleur non dissimulé, mais mieux : partagé. On ne peut comparer des Vasarely à l'écran ou imprimés sur catalogue avec la physicalité de ses peintures et la fragilité des assemblages. Voir les tableaux et se tenir en face, est une action de l’œil à l'esprit, une appréhension physique et kinesthésique, une rencontre avec la chromie, et les nuanciers divins des étalonnages fins et subtils qui font chavirer nos perceptions.
Vertige complet.
D'ailleurs, je me demande à quoi sert-il de le reproduire à ce point ? Même si l'on ne peut se poser la question, à quoi sert-il de reproduire autant de tableaux, une question Vasarelienne qui rejoint celle que j'ai entendue devant un très beau tableau composé de 3 cercles blanc cassé, noir et brun : Un enfant pourrait en faire autant. L'éternel commentaire iditot. Non, un enfant ne pourrait pas en faire autant, ni si peu, ni de façon aussi affirmée et décisive pour un long parcours artistique. Non Madame. Non, je me pose plutôt la question : à quoi sert-il de le reproduire à ce point ? Ou plutôt, il est incroyable qu'il ait autant été copié, aussi avidement que ses propositions ont été divulguées, vulgarisées, et partagées au Public. C'est peut-être plus un problème de discrimination, lorsque les institutions étatiques qui frisent avec la publicité et la communication, diffusent à outrance un artiste (masculin) durant une dizaine d'années en discriminant celles et ceux qui sont moins vendeurs, et adhèrent moins aux politiques et à la mode. J'ai eu du mal à faire une sélection de photographies et peut-être une seule suffisait. La multiplication nous fait rentrer dans la matrice de la folie. Je pensais à ces personnes qui ont la phobie des boutons, la fibulanophobie. Si leur plus grande phobie serait de tomber dans une piscine remplie de boutons, je pense que les tableaux de Vasarely ont cet effet vampiriques et angoissant. Ou bien aussi, ils sont méditatifs et par leur monotonie, peuvent faire planer l'habitué des rêves cosmiques, le contemplatif (ou la) en accédant au spirituel. Kandisky nous avait averti, il existe du spirituel dans l'art.
Tous ces chemins de l'abstraction, en passant par le cubisme, nous mènent à ce "dérèglement" esthétique et phénoménologique. On peut nommer cela le numérique, mais j'ai toujours trouvé ce terme inapproprié. Je pense que l'avènement du "programmable" de tout ce que l'on pense comme une liste de chose à faire, est de cet ordre et a transformé certaines représentations artistiques vers un art emprunt de chiffres et de nombres et de calculs savants. L'art de la programmation, pour y avoir laissé quelques plumes, dans mon modeste parcours artistique, est un art réalisé par les plus grands paresseux. On dit souvent que la souris, cet objet informatique, a été inventé par des paresseux, surtout pour la molette qui permet de circuler plus vite de haut en bas de la page de l'écran. Ces raccourcis, pour aller plus vite, sont aussi ceux de la pensée lorsqu'elle programme. Les tableaux de Vasarely me font penser à ces effroyables productions de paresses de la pensée, ce petit empire chiffré de carrés, ronds, couleurs et géométries multipliés. En circulant dans ces galeries de nombres peints, telle une synesthète, je voyais une ode morbide. On peut s'ennuyer ferme en circulant dans cet univers, comme lorsque l'on est face aux œuvres dites "numériques", on peut s'ennuyer ferme, je confirme. Et même, je dirai, en échangeant durant des années avec des informaticiens, et leur programmation du monde (car ce n'est pas une idée, des idées, mais des programmations), on s'ennuie fermement, on peut même mourir d'ennui s'ils prennent le contrôle. Ainsi, pour reprendre un autre article (Les clés de St Pierre) on donne souvent les clés des salles informatiques à de grands paresseux, dont on imagine qu'ils sont les seuls à savoir programmer, mais surtout, ils peuvent se sentir puissants avec ces clés, imaginant nous contrôler à distance plus facilement. Rassurons nous, ces grands paresseux ont une faille immense, elle est béante lorsque l'on regarde ces tableaux monomaniaques, c'est que la qualité du lien a disparu face à une efficacité redoutable et grandiose. Ne cherchez pas là l'inattendu et la complexité des relations humaines, non cherchons là, à nous rassurer, à nous divertir un peu, car ces tableaux apparaissent animés, tandis qu'ils sont inanimés, figés et déterminés. Ils se présentent face à nous tel le paon, cet oiseau qui fait la roue pour nous séduire. Avec tous ses yeux surgissant devant nous, nous sommes subjugués comme une femelle devant cette parade nuptiale. Cette efficacité comble une peur du vide. Ce monomaniaque peintre est tout de même singulier, sa production démentielle. Je ne sais si ces tableaux exposés ont été créés spécifiquement pour cette exposition, tant les peintures ont conservé quelque chose de très contemporain, comme si elles étaient peintes la veille. Les couleurs ne sont pas passées, et les découpages toujours impeccablement bien collés. Peut-être est-ce pour réparer la fondation Vasarely ? Bref, c'est une véritable histoire de l'art et de la programmation qui défile sous nos yeux, avec cette exposition, et de nos outils inventés pixelisés, écraniques et toutes ces animations captivantes, qui nous ont hypnotisées durant des années, en occident. Nous avons colonisé le monde avec ces myriades de formes et d'informations cathodiques et catholiques. Mais il est certain, que nous sommes passés à une autre époque. Nous ne pouvions plus nous mirer indéfiniment tandis que ce même monde s'écroulait sous nos pieds. De moins en moins de personnes, de public, peuvent regarder ces exploits, se divertir et faire perdurer l'illusion que ces miroirs tendus sont bien les nôtres. Tendus trop loins, trop distants, trop spirituels, trop intelligents. Dans notre ère matérialiste à souhait et du consommable, l'essence de la voiture et l'alimentation très près, sont devenus les seules ressources auxquelles la majorité croit, avec une confiance aveugle aux plus médiocres pour nous diriger. Je suis restée du côté du spirituel, même en me rapprochant de plus près de ma source de nourriture, c'est mon paradoxe humain.
À nos zébritudes à jamais incomprises.



Nous étions dans un abîme miroir  : celui de prendre en photo le tableau.



Nous étions nous même vêtus des tableaux. Les tableaux épousaient nos corps.





Ce jeu me faisait penser au dessin généalogique que je suis en train de faire et qui est resté... en attente.



C'est un extrait d'un dessin, un collage de sa période du tout début, première salle d'exposition. Il me faisait grandement penser à ce dessin décidément spirituel de ma généalogie et qui attend toujours d'être repris par le guide.



Zèbres toujours, zèbres figure des différents, des intelligents et des sensibles...



Charmant tableau premier (peut-être années 1932 !) Et dire que l'on protestait lorsque j'enseignais la ligne noire et j'apprenais à maîtriser les logiciels de création permettant de réaliser de grands dessins en noir et blanc. Nombre d'étudiantes que j'accompagnais ont réalisé de très beaux dessins, et les plus âgés craignaient de perdre leur pouvoir de supervision, n'ayant pas reçu ces enseignements.



C'est gonflé tout de même. Des tutoriels sur Photoshop sont dédiés à la réalisation de tels effets. Sacrés et sacrilèges, privilèges et démocratie.



C'est beau cet équilibre... C'est un peu comme si je pouvais tomber en regardant ce tableau, mais tout en ne tombant pas.



Et bien voilà, il fallait bien illustrer l'intelligence, et pas des livres romancés à l'eau de rose pour jeunes filles ou femmes à la maison. Pourtant, Monsieur Vasarely, votre défi futur est celui-ci, ne pas répéter, car la redondance c'est ronronnant. Il faudra prendre le risque de s'adresser à un public versatile et non rigide, non obsessionnel, mais complètement inculte... Attention à la littéralité ;.)

Par kiwaïda at 17:05

27/02/2019

ᴉʇʇnzɹǝɅ ɐʞᴉɹƎ








Dans le cadre de la troisième édition de « Mutations / Créations », le Centre Pompidou vous propose de découvrir pour la première fois en France une riche exposition consacrée à l’artiste brésilienne Erika Verzutti reconnue internationalement pour son œuvre autour du vivant. Principalement composé de sculptures, le travail de l'artiste, non dénué d’humour, est caractérisé par la sensualité de ses formes, la tactilité des matériaux et l'inclusion de détails inattendus. Réalité et fiction, naturel et artificiel sont autant de relations de dualité qui sous-tendent ses recherches. Une scénographie inédite a été imaginée en étroite collaboration avec l’artiste pour cette exposition. S’articulant autour d’une sculpture qui fait office de socle pour les autres œuvres, telle une arche de Noé, elle revient sur dix-huit années de création foisonnante.



Un peu par hasard, en passant devant la verrière transparente du centre Pompidou, sous un soleil éclatant traversant la salle d'exposition, je vois une installation étonnante. Je décide donc de privilégier une visite de cette salle d'exposition. C'est la brésilienne Érika Verzutti qui expose. J'ai beaucoup apprécié cette découverte. La lumière était limpide et donnait aux éléments exposés une animation toute particulière, ceux-ci déjà, habitant le lieu, et les visiteurs, aussi traversant que les rayons de soleil, invités à circuler entre les "choses", les bêtes, l'espèce de gros piano préhistorique (c'est mon interprétation) avec ses planètes à demi-sphériques posées dessus, ou ces morceaux de rues urbaines et ces colonnes infinies malicieuses. Entre ces pierres précieuses de roches ou ces familles ludiques, je voyais là une liberté assez joueuse de l'histoire de l'art qui la précède, sans en faire un plat, ni respecter bien des principes conceptuels. La couleur se pose partout même dans le mur d'exposition par des touches vives picturales intenses. Parfois je trouvais ses objets comme sortis d'une grotte, réalisés avec les matériaux récoltés sur le passage, à même la roche, ou dans les interstices des murs, tout de bronze et si jamais elle trouve des bananes, une papaye, ou des pavés, elle se raconte des histoires, dans lesquelles, oui, nous pouvons circuler. Le catalogue du centre n'est pas très bien réalisé (comme beaucoup de catalogues de Pompidou, hélas, format inadéquat, mise en page bâclée et iconographie pas bien prise en photo, bref, à ne pas acheter), ni l'article de la commissaire d'exposition très intéressant (Celle qui avait tant médis sur les femmes artistes, en compagnie de Bustamante et de Xavier Veilhan... s'est-elle repentie depuis ?) alors j'ai pris des photos et j'ai préféré lire les articles portugais.
















Extrait de "Um bicho de sete cabeças" (2016) de José Augusto Ribeiro

Para além de representar, as esculturas de Erika Verzutti dão forma
a sensações e fantasias – querem ser e fazer delícias e horrores...
Evocar um bicho, um monstro, aparentar-se com um objeto utilitário,
lúdico, ritualístico, incorporar à própria constituição física a moldagem
de frutas e legumes em bronze e concreto. Mas, ao fazê-lo, querem
revolver, combinar essas e outras coisas e matérias na construção de
unidades ativas, irresolúveis, que não se deixam apreender por uma
única identidade ou um significado só. Cada figura é uma e contém
diversas: num tripé de galhos de árvore, um avestruz; numa jaca, um
sólido com um desenho geométrico fatiado; e numa estrutura formada
por dois cocos e um cacho de bananas fundidos em metal, há uma
silhueta feminina e uma máscara africana. Ora, de início espanta
que a partir de poucas operações com elementos triviais essas peças
adquiram força sugestiva capaz de articular o que categorias, reinos
e classes separam nos domínios da arte, da natureza e da vida social.
Depois, são as experiências com pesos, consistências, texturas,
contornos, cores, brilhos e temperaturas que contribuem para a
indução de estímulos contraditórios e solicitam do observador um olhar
tátil, se possível gustativo, numa percepção quase sinestésica. O que
se desprende daí é tão composto quanto a própria obra: envolve humor,
beleza, erotismo, estranhamento e violência, a uma só vez. Para falar
de outra maneira, o trabalho é suculento e ácido e doce e amargo e
azedo, em vários sentidos.
Como realizações da libido, essas esculturas parecem também
cheias de vontades, e não é por acaso que assumem conformações
heterogêneas. Talvez nem seja exagero dizer que são dotadas de
comportamento, a julgar pela maleabilidade, movimentação e animação
interna que sugerem. Meio cambaleantes, meio desengonçadas,
adaptam chifres,
focinho, orelhas e pescoço compridos, forjam penas,
pelos, pintas, rabo, patas e genitália, casca, polpa, talo e caroço.
 Obtêm um caráter orgânico impetuoso e, numa estranha existência biológica,
insinuam estrelar um filme pornô, ser atração de parque temático,
dão pistas do ânimo para repousar na prateleira de uma estante, na
mesa de centro da sala, numa cozinha, ao ar livre, no museu. Usam as
ferramentas da educação artística, os pincéis, as tintas, a massa de
modelar, a espátula. Algumas têm pedestais próprios, outras refazem
um Pablo Picasso (1881-1973), uma Tarsila do Amaral (1886-1973), um
Constantin Brancusi (1876-1957), um Sergio Camargo (1930-1990)...
Umas vestem saia, outras maquiam-se, descansam, beijam e morrem.
Com a condição de que possam manter ainda, depois de tudo, as formas
frescas, tentativas e para sempre provisórias.
Esse vitalismo da produção de Erika Verzutti só podia surgir
mesmo de um desembaraço, uma desenvoltura que é por natureza
liberatória, tanto na lida com os materiais como nos modos de aparecer
em público. O trabalho não aspira a nenhum tipo de perfeição, e
o que nele parece primário não tem inocência, senão um tanto de
malícia. Fora as etapas de preparação do bronze e do concreto,
os procedimentos de formação das esculturas são elementares,
dispensam habilidades específicas. Consistem em justapor e empilhar
elementos, modelar formas simples, espichar as magricelas, tornear as
bojudas, espetar objetos ou imprimi-los em pedaços de argila. Tarefas
que requerem, se muito, a destreza de um aprendiz, um principiante.
Realizadas, porém, para tomar licenças, romper protocolos e
desautorizar as chamadas normas cultas; para abrir caminho à
coloquialidade e insolência de uma obra cuja linguagem opera em
desalinho com o suposto caráter edificante da cultura – seja aquela
de expressão sisuda e impostada, seja aquela atividade subsidiária
de benfeitorias, seja aquele passatempo mensageiro, do tipo que traz
ensinamentos “produtivos”.
Além de ambíguas, essas figuras são tortas, irregulares e
instáveis, aparentemente sujeitas a uma inversão. Seriam apenas
desajeitadas, não fossem a graciosidade e o garbo de suas posturas
Avestruz (2008), Henry (2008), Painted lady (2011) e Romana (2011)
são exemplos disso. A maioria dos trabalhos tem origem na montagem
precária de seus componentes, com equilíbrios frágeis e apoios
incômodos, em que prevalece o aspecto de uma solução temporária
ou variável. Outros, de fato, se arranjam com a simples disposição
de integrantes independentes, soltos no espaço, em relação um com
o outro. E preferem restar assim, vacilantes, disponíveis, a adotar
esquemas que possam cristalizar afirmações categóricas, posições
bem assentadas e, por consequência, um conforto. Não, nada disso.
Os acabamentos são rápidos e lambuzados, em especial nos processos
manuais com argila e tinta, a informar da urgência dos gestos, da
arbitrariedade em “chutes” e apostas e das deliberações para resolver
impasses. Resoluções que deixam evidentes as marcas de feitura, os
amassados, as dedadas, as contingências com a matéria pastosa, a
despeito de virtuosismos, de condicionamentos, da possibilidade de um
controle absoluto e da eficiência.
Os mesmos flagrantes se encontram na pintura das superfícies,
com o preenchimento parcial – a rigor, inacabado – para a subdivisão
das partes, em aplicações pontuais de cor; ora na produção de
manchas e efeitos, ora em retoques e detalhes; às vezes, em ações
largas e enérgicas, noutras, cheias de capricho. Um labor mas também
uma aventura prazerosa, entre a irresponsabilidade e a dedicação, sem
esconder hesitações, erros, acidentes (alguns ardilosamente previstos),
nem o enleio com motivos decorativos e outras extravagâncias. O
trabalho não acredita na pura espontaneidade, antes, está preocupado
em conquistar as condições de ser espontâneo. Para que componentes
sujos, grosseiros e ásperos se mostrem também planejados e
meticulosos, para que motivos delicados, afeitos à ornamentação,
guardem lá o seu tônus improvisado e intuitivo.  O fato é que as
arestas, as rebarbas, essa aparência de algo por terminar, concorrem
para a manutenção das formas em aberto e febris. Um pouco como se
o material viesse à tona ainda úmido, em secagem, com o processo
latente, vicejante, e as decisões expostas em palpitação. Até segunda
ordem, nada se calcifica, nada é definitivo nem está, assim como se
encontra, finalizado. O trabalho se recusa a considerar-se pronto.













Par kiwaïda at 22:01

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