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blog m kiwaïda

09/06/2017

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Artist's book

Resign by Sonia Marques © 2017

& new website : kiwaida.nu


Art Par kiwaïda at 18:55

11/05/2017

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Photographie © Sonia Marques

Animal Par kiwaïda at 12:03

01/05/2017

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Photographies © Sonia Marques

apprentissages

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Photographie © Sonia Marques

Paysage Par kiwaïda at 17:07

18/04/2017

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2017 (Photographie © Sonia Marques)

Enseignement Par kiwaïda at 13:00

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Paesonia (Photographie © Sonia Marques)
Les pivoines, {genre Paeonia du grec ancien >propre à guérir, salutaire) - païônía : pivoine, plante médicinale} sont des plantes à racines tubéreuses, originaires de diverses régions de l’Europe à l’Extrême-Orient, notamment de Chine, où elles sont associées à la ville de Luoyang, ainsi que de l’ouest des États-Unis.
Péon (Παιὠν - Paiôn) était un des plus anciens dieux guérisseurs des Grecs.
Les anciens Grecs dénommaient aussi la pivoine paiônia.
Les astrologues grecs affirmaient qu'il existait une parfaite unité du cosmos, se traduisant par une interdépendance entre les éléments qui le composent. Ils décrivaient ainsi des "chaînes" verticales, reliant entre eux divinités, astres, pierres, animaux, plantes, parties du corps. La plupart des textes astrologiques de l'Antiquité reliaient la pivoine à la Lune : la pivoine croissait et diminuait selon les phases lunaires. Elle avait la vertu de soigner les fièvres cycliques, les éruptions cutanées, et de hâter la cicatrisation des plaies. La pivoine était aussi une plante magique, dont la cueillette était entourée de pratiques rituelles, déconcertantes pour l'homme moderne.

« Cette plante, que l'on appelle aussi γλυκυσίδη / glukusidê, doit être arrachée la nuit ; si on l'arrache de jour, et que l'on est vu par un pivert en train de cueillir le fruit, on risque de perdre les yeux, et si on coupe la racine, on risque la procidence de l'anus » (Histoire des plantes, IX, 8, 6.)

Hokusai-Peonies.jpg
 Tree peony and butterfly (Katsushika Hokusai / 1760-1849)

Philosophie Par kiwaïda at 12:29

27/02/2017

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Les voiles blanches (Photographie © Sonia Marques - janvier 2014)



NON
fermer
retirer
retrait
censure
plier bagage
plier boutique
pluie battante
empiler les chaises
cesser son activité
tirer un trait
faire faillite
plier la vie
démissionner
se démettre
renoncer
oublier
rompre
rayer
migrer
migrant
migration
redéployer
découvrir
déplier
écrire
ouvrir
OUI



Art Par kiwaïda at 19:46

09/02/2017

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Speak low if you speak love, photographie (Sonia Marques) du spectacle de Wim Vandekeybus, MCB Bourges

Speak low if you speak love, photographie (Sonia Marques) du spectacle de Wim Vandekeybus, MCB Bourges

 « Speak low if you speak love ».
(Parlez doucement quand vous parlez d’amour).
William Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien

Dans cette dernière création, le chorégraphe Wim Vandekeybus part à la quête de l'amour, insaisissable, exacerbant les passions. Mêlant classique, contemporain et rock expérimental, la chorégraphie insuffle avec énergie désir et violence. En trente années d’existence, le chorégraphe et sa compagnie Ultima Vez ont inventé leur propre langage du mouvement, fait de tensions, conflits, risques et impulsions tout en accordant une place prépondérante à la musique. Après le succès de leur collaboration sur nieuwZwart en 2009, Wim Vandekeybus travaille de nouveau avec Mauro Pawlowski et son groupe de rock dEUS. Sur scène, ils sont accompagnés de la charismatique chanteuse sud‑africaine Tutu Puoane, déesse à la silhouette sculpturale. De sa voix envoûtante, elle passe d’un registre vocal à l’autre et irradie le plateau de sa présence mystérieuse. La communauté de danseurs, contemporains et classiques, expérimente les relations au sein du groupe suscitant le jeu, la tentation, la provocation, l’abandon. Vandekeybus envisage la relation à l’autre dans un rapport de force. Les corps défient la pesanteur, se télescopent, sont projetés dans les airs ou à terre pour ressurgir avec toujours plus d’énergie.
Intense !

Mise en scène, chorégraphie, scénographie Wim Vandekeybus
Créé avec & interprété par Jamil Attar Livia Balazova Chloé Beillevaire David Ledger Tomislav English Nuhacet Guerra Segura Sandra Geco Mercky Maria Kolegova

Musique originale (live) Mauro Pawlowski Elko Blijweert Jeroen Stevens Tutu Puoane
Assistante artistique & dramaturge Greet Van Poeck
Assistants mouvement Iñaki Azpillaga Máté Mészáros Styling Isabelle Lhoas assistée par Isabelle De Cannière
Création lumière Davy Deschepper Wim Vandekeybus
Création son Bram Moriau Antoine Delagoutte
Régie plateau Tom de With
Conseil scénographie Isabelle Lhoas Davy Deschepper
Atelier costumes Lieve Meeussen
Coordination technique Davy Deschepper


Voici l'annonce sur la Maison de la Culture de Bourges, ce lieu des années 60 "qui résulte de la conjonction d'heureuses coïncidences et de rencontres humaines décisives sur un terreau culturel fertile. Tous les ingrédients sont réunis pour donner le coup d'envoi à la première Maison de la Culture de France dans un lieu spécialement dédié aux arts."
Là c'était à l'auditorium, un peu plus loin que la MCB, actuellement fermée (cf. 1964, les maisons de la culture > INA)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un spectacle de Wim Vandekeybus: Époustouflant !
Comme la dernière fois, il y a 20 ans : la claque !

J'avais vu "What the Body Does Not Remember", c'était fin des années 80, Paris. J'étais danseuse de danse contemporaine, quelques spectacles, une scénographie même, pour la chorégraphe que je suivais, une sélection aux Plateformes de Seine-Saint-Denis, puis ce choix draconien, je postule pour l'école beaux-arts de Paris, je fus sélectionnée, je ne danse plus. J'avais ces souvenirs des corps meurtris, des échanges entre danseurs de l'apparence, des corps toujours, de son exposition, du désir d'être vu, en scène, nu. Les pieds, les bleus, matériaux de souffrance, esclaves de chorégraphes, des jours et des nuits de labeur, des filages, et tout pour un soir.

Une belle expérience, le sentiment très tôt, que certaines carrières ne peuvent aller au-delà de la vingtaine. J'ai tout appris aussi de la musique, des accompagnements, des musiques du monde, j'avais entrainé des amis, ma famille, j'avais réalisé des nuages en pierre de plâtre, j'étais sculpteur, un sculpteur très particulier, j'avais constellé le sol, les danseurs sautaient dessus, les grosses pierres et les cailloux. Alors, dans le même temps, je me cultivais, et j'ai découvert Wim Vandekeybus. Quelle ne fut pas ma surprise, un spectacle pluridisciplinaire avant l'heure, moi qui allait découvrir le grand retard des écoles d'art en rentrant y étudier, et dans la meilleure de France, où pas une fois ce mot pluridisciplinaire n'était compris, pire, il fallait être monolithe, monochrome et chromophobe, et mono-médium. Mais, dans mes bagages, des gestes, entropiques, légers, puissants, dynamiques, un corps svelte et très musclé, un esprit saillant. De la pommade ce soir, donc.

C'était dingue, découvrir, en 1987, le fascinant début de Wim Vandekeybus, le belge, et sa compagnie "Ultima Vez" (un nom portugais de "dernière fois", qui me disait, avec saudade "première fois") un bouleversement dans cette solitude d'une jeune artiste confrontée brutalement à la danse belliqueuse, aux jeux d'attractions et répulsions et tous ces danseurs qui ne cessent de courir partout, avec une énergie salvatrice, nous arrachant aux turpitudes des réactionnaires. C'était transportant, inoubliable. Une maîtrise qui m'avait parue angélique et diabolique, dévastatrice, dans le sens, où l'excellence artistique était manifestement d'un autre pays que celui où je vivais. Et je suis partie tout de même sillonner des contrées périlleuses, faire des tranchées dans la terre, creuser des souterrains et des galeries, en rencontrant d'autres taupes qui savaient aussi. C'était sans aucun doute le début de son parcours. Le défi de la gravité, chacun son périple périlleux, son idée du défi. La grande histoire du mouvement.

Hier soir, après une journée bien remplie de cours et de projets avec les étudiants, « Speak low if you speak love », m'a donné une impulsion, le genre qui vous fait décoller du sol pour longtemps, le courage. Spectacle magnétique, sensuel, onirique, envoûtant, toujours dans le non-contrôle contrôlé, cru, cri. J'ai la chaleur d'un vêtement trempé de sueur de danseurs envoyé sur moi, au premier rang, et les fulgurances de leurs gestes et cris, et tensions.

Les Amants : tableau surréaliste de René Magritte, qu'il a peint en 1928

Premier tableau et je vois ces couples avec un voile qui voile leurs visages. Je pense à Magritte, à ce baiser des amants qui se cachent pour vivre leur amour. Ils s'aiment sans se voir / ils se connaissent déjà et n'ont donc pas besoin de se voir pour s'aimer / Se voir n'est pas important pour s'aimer / Pour vivre heureux il faut vivre caché. Le corps de la mère de Magritte, qui s'est suicidée dans les eaux de la Sambre alors qu'il était adolescent, fut retrouvé le visage couvert d'un tel tissu... René Magritte (1898 – 1967) Peintre belge et surréaliste. Belge comme Wim Vandekeybus.
Je venais de quitter de grands dessins, celui d'une étudiante avec un grand voile, comme une cascade d'eau, que nous avons acheminé avec l'assistante en photographie de l'école d'art de Bourges. Tous cultivés, ils ont cette chance d'avoir vu tant de spectacles de Win Vandekeybus, et de savoir les distinguer tous, repérer les évolutions, équipe administrative aguerrie, voici de quoi échanger sur l'art et les manière et les audaces. De même, avec une précision et une radicalité qui font tordre les mauvaises langues, j'enseigne à leurs côtés, avec leur aide et l'on pousse les plus jeunes, dans chacun de leurs gestes et réflexion, un peu plus loin. La contrainte impose un respect, là où le grand n'importe quoi a dévasté les cours et écraser les études plus approfondies. La rigueur apparaît comme une menace dans ces animations culturelles imposées pour faire de l'audience, pour séduire ce que l'on nomme "le populaire". Alors je précise, nous apprenons, nous prenons du temps, là où l'on nous impose de zapper, de répondre à mille demande à la fois, d'être partout et nul part, d'être ici et ailleurs, de ne plus être, de ne plus savoir qui est qui faire quoi ou ça. Alors j'aime beaucoup cette méthode rigoureuse et impartiale comme un art martial, poser petit à petit les bases, faire croire que cela n'est pas libre, resserrer les possibles, se servir de juste un seul outil, en tirer toutes les vertus, puis, au fur et à mesure, progresser et trouver son propre geste, jusqu'à ce qu'il dépasse tous les stéréotypes, les rumeurs, les influences de passage, les tendances toujours dépassées dès qu'elles signent l'alarme de ce qu'il faut faire, et puis, la liberté apparaît, inébranlable (pas cette de la Fillonnade du moment) et là, seulement là, les possibles. Il faut sauver les Théo du système policier, des thèmes homophobes des représentants de l'autorité, des délégations des signatures des ministères. À mort la matraque !

Extrême que ce spectacle spirituel, charismatique la chanteuse sud-africaine Tutu Puoan, vertiges de la musique de Mauro Palowski. Chacun à la batterie, des pieds, des mains, de l'archer sur les cordes d'une guitare. Les danseurs et les danseuses, l'élite, cela fait même très peur, cette élite, il sont bons, ils s'affirment tous, avec un caractère supérieur, autonome, déglingué complet, siphonné quoi ! Des solos d'une grande générosité. Cet amour recherché et traduit par les tensions, la séduction, les sexes, sans associations faciles, tout est difficile, il n'y a que de la difficulté, à se rencontrer, se toucher, s'insulter, se pétrir, se porter, se lancer, se défier sans cesse, du regard aux poils, aux tatouages (maintenant c'est quelque chose de commun) aux parties génitales comme parties de la scène. Punk, dévastés, endiablés, en transe, possédés, aliénés, chacun, chacune, dévoués à ce culte de l'amour, des passions dévorantes et dragueuses, rageuses, incompréhensibles, mais tout de même, rien de répugnant, de la pudeur dans l'impudique, du voile et du nu, de la provocation, celle d'être dans le public, de lui lancer des cordes, d'amarrer un peu plus dans la scène, lâchement, de le narguer, ce public soumis, assis et si silencieux : attention danger, nous crie-t-on, réveillez-vous, nom de Dieu ! Qui veut aller dans le cercueil ? Ces jeunes gens y passent et trépassent, s'enferment et chantent, démontent la mort, remontent l'amour. Je pense toujours à Iggy Pop quand je vois les danseurs de Vandekeybus. Celui qui crie, à la barbe blonde, à la verge claire, entre homme des bois et enfant jaloux qui interpelle la justice invisible, les lumières. Et puis cette scénographie envoûtante de ces voiles, hautes tentures suspendues, véritables œuvres contemporaines plus légères et transparentes que l'air lourd des corps chargée d'eau de sueur. Les couleurs parmes et bleues et roses et rougissantes, à peine, qui laisse transparaître les musiciens, le monsieur avec le haut-de-forme. L'aspect chamanique est soulevé, extatique dans des solos de fièvre. Il dévoile la passion, puis la voile d'un air négligé. Les corps à corps se désaccordent et s'étripent, se jettent du sang : prendre de la peinture rouge dans sa culotte et la maculer sur le visage d'un homme. Des invitations sorcières. Des portées, des jetées passionnels d'une dramaturgie discontinue, déluges d'élans, avec d'infimes frôlements en guise de douceur, de bien piètres réconciliations, car ici, tout est séduction et détachement. Les attachements et attaches sont fugaces comme la soie qui effleure les musiciens. Et puis il y a ces espèces de plantes vertes, qui bougent toutes seules, ou animées grossièrement, cachettes trucages. Un arc, une seule flèche tirée par une femme intrépide et attrapée par la main d'un homme non cupide. Il y a ce radeau tiré, ou cette cordée, ce naufrage des chenapans élitistes, chacun nous toise, nous les petits, fêtant leurs quelques années encore de gloire, car le corps a son temps, mais l'esprit, plus vaillant, est la figure de prou d'une communauté de la danse. Alternance de duos sensuels et moments de groupe et d'humour, les robes rouges, les folklore revisités, de petites folies drôlatiques, une histoire de Pina Bauch, d'Anne Theresa De Keersmaeker, dans la course à l'amour. Les spectacles de Wim Vandekeybus sont viscéraux et élégants, somptueux dans la précarité des accessoires et de l'espace comme ventilé et suspendu, en attendant les attaques des oscillations amoureuses. L'amour est insaisissable, il se détourne, se sublime, se maudit, se fait attendre et n'est que surprise, emprise, rêve, charisme. Jazz impro, l'amour, cela fait du bien.

Le goût du risque


Wim Vandekeybus :

« Mauro est un maître du rythme, de la soul et de la virtuosité. Lui et sa musique intriguent, ils osent, ils sont sans peur. Sa musique vous atteint en plein ventre et bouleverse votre conscience. »

 

 


Art Par kiwaïda at 01:42

06/02/2017

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Ten Meter Tower (16’) / 2016

Swedish title Hopptornet
Co-directed with Axel Danielson.

A ten meter diving tower. People who have never been up there before have to choose whether to jump or climb down. The situation itself highlights a dilemma: to weigh the instinctive fear of taking the step out against the humiliation of having to climb down. Ten Meter Tower is an entertaining study of the human in a vulnerable position.

Maximilien Van Aertryck est né à Paris en 1989. Formé à la réalisation en Suède, il est membre de Plattform Produktion à Göteborg depuis 2013. Axel Danielson est né en 1976 à Vittskövle, en Suède. Il a d’abord été pompier professionnel à Kristianstad avant d’étudier le cinéma à  Göteborg. Il est lui aussi membre de Plattform Produktion depuis 2013.
Credits
Director, cinematographer, editor: Maximilien Van Aertryck, Axel Danielson
Producer: Axel Danielson, Erik Hemmendorff
Sound & mix: Gustaf Berger, Lars Wignell / Auditory
Creative advisers: Cecilia Björk, Kalle Boman, Ruben Östlund
Grading: Nikolai Waldman
Graphic design: Lukas Möllersten
Produced by Plattform Produktion.




Art Par kiwaïda at 10:27

03/02/2017

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SAL


Salaire, du latin salarium (“solde”), partie de la solde des troupes romaines, versé en sal “sel”.
Le salaire est donc une rémunération pour un travail. L'emploi de salaires bien ou mal distribués, contribue beaucoup à la prospérité ou à la dégradation d'un système, d’un pays, d’un royaume, à la régularité ou au dérèglement des mœurs d'une Nation, et à l'accroissement ou à la diminution de la population. Si le mot « salaire », au sens propre, peut se comprendre comme la récompense d’un service, car toute peine mérite salaire, au sens figuré, c’est une punition, un châtiment qui mérite une mauvaise action, comme avoir le salaire de ses crimes. Le salaire se transforme en punition, lorsqu’un.e employeur.e estime qu’un.e employé.e ne mérite pas son salaire. Il peut être saisi, diminué ou supprimé. L’employé.e peut avoir des dettes, s’endetter. L’employeur.e doit toujours motiver une saisie sur le salaire et l'employé.e doit être averti et passer devant un juge au tribunal. Dans les cas de harcèlements et de discriminations, ces étapes sont rapidement évitées. Les stratégies de l’évitement des « indésirables » sont multiples et ont pour but de diminuer le sel de la vie. Selon certain.es employeurs, il y a des vies qui ne valent pas la peine d'être sauvegardées, protégées et considérées. Il y a des vies jugées faibles et non dignes d'être pleurées.
Ainsi, on peut l'observer, l’emploi de salaires mal distribués contribuent à la dégradation d’un système, d’un pays, au dérèglement des mœurs d’une nation. Dans le déclassement d'un pays, son déclin, on observe un rapport au travail qui entretient des inégalités de salaires, de l'esclavage, une corruption au niveau les plus hauts des gouvernances. Les inégalités continuent de croître, tandis que le pays décline, et les conflits sociaux prennent la forme du racisme, du sexisme, de la xénophobie, de l’homophobie, mais sont habilement moins visibles et donc, difficiles à dénoncer.
Les gouvernances d’un pays corrompu salissent les salariés et leurs attribuent leurs saletés. Elles leurs font payer leur ingérence.
Le masque du racisme s’effectue par des motifs administratifs, qui illustrent La banalité du mal, dont Hannah Arendt (politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine), en 1963 en a conceptualisé une philosophie (dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal) Ce concept a été l’objet de controverses, d’opinions hostiles à l’égard d’Arendt, par de nombreuses incompréhensions. Elle évoque les mécanismes, ou les logiques, qui sont à l’origine de la destruction des populations civiles et qui caractérisent le comportement d’une grande quantité d’exécutants bureaucrates. Arendt parle de crime administratif, appuyant sa nature bureaucratique, et largement accompli par ce qu’elle nomme des criminels de bureaux. Dès les premières observations d’Eichmann, Arendt fut surprise de découvrir qu’il ne portait pas les traits d’une brute, ou d’un monstre, comme le laissait présager l’imaginaire populaire, alors convaincu que seuls ceux-ci étaient capables de tels crimes. Certains pensaient que cette notion revenait à déresponsabiliser les responsables nazis de leurs crimes, de les innocenter, ce qui n’était pas l’intention de la philosophe. La chaîne des agissements malveillants d'apparence neutre sont toujours exercés dans les administrations.

Samuel Tanner, « Réflexion autour de la banalité du mal inspirée d’une conversation avec Jean-Paul Brodeur »,  2012, Extraits :
École de criminologie et Centre International de Criminologie Comparée - Université de Montréal (Canada).

"En effet, Eichmann – comme tout bureaucrate – effectuait des tâches dans un horizon restreint impliquant un travail segmenté, dépersonnalisé, bref de routine. Certes, dans son cas, la bureaucratie nazie tout entière poursuivait une entreprise criminelle qui n’apparaissait pas, ou n’était jamais présentée comme telle. Les victimes n’étaient jamais évoquées pour ce qu’elles étaient, c’est-à-dire des êtres humains, mais plutôt identifiées comme des colis dont il fallait organiser le flux. Ainsi, l’attention des bureaucrates et fonctionnaires nazis, Eichmann compris, bien qu’eux-mêmes impliqués dans le convoyage et la déportation des Juifs vers les camps de la mort, était toute mobilisée et concentrée à établir des listes, dresser des horaires de transport, bref à réaliser un ensemble de tâches techniques en vue de coordonner ces flux. En conséquence, l’action s’évaluait en termes de rendement et d’efficacité plutôt qu’en vertu de ses conséquences humaines – et de facto morales – ultimes. La banalité du mal évoque la civilisation industrielle sous sa forme pervertie et sa version criminelle paroxystique. Elle implique une rupture radicale entre gestes techniques bureaucratiques quotidiens et conséquences – aussi extrêmes soient-elles – en bout de chaîne. C’est parce qu’Eichmann était mû par un zèle tout particulier dans l’application des directives technico-juridiques que requiert la bureaucratie, sans qu’il eût jamais été en contact avec l’horreur des conséquences de ses gestes, qu’il était particulièrement redoutable dans le processus de destruction des Juifs. Le crime administratif, ou moderne, qui évoque un fonctionnement bureaucratique, implique une distance entre le producteur et le consommateur, entre l’agent et la victime. Poussée à son comble, la thèse de la banalité du mal évoque l’Iliade et renvoie au crime de Personne, puisqu’il n’aurait jamais été possible sans les centaines de milliers de fonctionnaires agissant sur le même mode qu’Eichmann au sein d’une bureaucratie qui déresponsabilise et rend les actions anonymes.
Ce qui choque dans cette thèse tient au fait qu’Eichmann ne soit pas le monstre auquel on s’attend dès lors qu’il entre dans le box des accusés. Plutôt, il est le produit du fonctionnement bureaucratique, et ce, à deux égards. Premièrement, il s’agit d’un être qui ne pense pas, c’est-à-dire qu’il ne considère pas la nature de l’action, ou l’entreprise, à laquelle il participe, ni les conséquences inhumaines qu’elle implique. De fait, il agit en l’absence de tout jugement moral. Eichmann n’a envisagé cette entreprise – pourtant criminelle – que sous un angle technique, administratif et bureaucratique plutôt qu’en vertu de cette disposition à vivre avec soi et être engagé dans un dialogue silencieux entre « moi et moi-même », action précisément qualifiée de penser par Arendt. Cette mobilisation par la nature technique des tâches prévient, in fine, l’individu de répondre à la question suivante : « serais-je capable, une fois les événements terminés, de vivre avec le tueur en moi » ? Pourtant, met en garde la philosophe, il serait faux de croire qu’Eichmann ne faisait qu’obéir aux ordres. En réalité, affirme-t-elle, il consentait aux ordres.
Ce consentement est caractéristique de toute bureaucratie moderne, indépendamment de la tâche dans laquelle celle-ci est déployée. C’est une dimension importante de la banalité du mal : Eichmann, tout comme l’ensemble des fonctionnaires, s’est approprié l’esprit du contexte situationnel – tant social que politique – et l’organisation dans laquelle il évoluait. Il a soutenu l’entreprise, bien plus qu’il n’a obéi à ses supérieurs, et son dévouement s’explique en grande partie par un objectif carriériste.
Chaque initiative, qu’elle provienne de la base ou du sommet de la bureaucratie nazie, était appuyée en haut lieu dès lors qu’elle cadrait avec les objectifs absolutistes d’Hitler, définis pour la plupart du temps en termes généraux, s’inscrivant dans l’idéologie nationale-socialiste et à forte saveur émotionnelle. L’initiative est à la base même des dynamiques de radicalisation conduisant à l’extermination des Juifs. Pour autant qu’elle fasse la promotion directe des objectifs du Führer, elle permettait une promotion de carrière immédiate. Compte tenu de la rivalité qui existait entre les différentes instances de la bureaucratie nazie en vue de s’attirer les faveurs du Führer, la « bonne » initiative, celle qui cadrait avec les vues d’Hitler et qui s’intégrait pleinement dans le système bureaucratique nazi, constituait un avantage certain dans la promotion de carrières des fonctionnaires nazis, Eichmann compris. Dès lors, la banalité du mal évoque ce fonctionnement technico-bureaucratique de soutien du système d’avancement de carrière et des rôles attendus par ses représentants."



Notes de l'Unité de recherche migrations et société CNRS Paris 7 et 8 (racisme et discrimination dans le travail) :

L’inégalité de rémunération, l’accès à la promotion, à la formation professionnelle, entre étrangers et français est lisible. L’existence est attestée dans ce que certains auteurs américains nomment « racisme institutionnel », phénomène totalement ignoré en France. Le bénéfice de divers droits dérivés de la qualité de salarié est souvent difficile à obtenir pour les « immigrés » (étrangers, Français d’origine étrangère, Français de « couleur »). Particulièrement pour l’obtention d’un logement. Aux confins des discriminations légales et illégales se situent les différences instaurées par l’administration publique au regard des buts de service ou d’intérêt publics tels qu’ils sont fixés par la loi. Le pouvoir discrétionnaire, c’est-à-dire de libre appréciation, dont dispose de fait l’administration, est le plus souvent conforté par les tribunaux qui statuent sur l’absence de détournement de pouvoir, plus que sur le principe d’égalité. Les actions en justices et les jugements des tribunaux ne constituent pas une source de renseignement. Car il est aisé de laisser entendre que ce sont les « prétendues victimes » qui mésinterprètent ou exagèrent les faits. Les discours sur le monde du travail les excluent presque toujours. Tout ce passe comme s’il n’existait que des cas isolés, condamnables et parfois condamnés, résultant d’actes ramenés à des comportements individuels qualifiés de maladroits, imbéciles et rabaissés au rang d’anecdotes. Les employés sont accusés de ne pas être soigneux, de porter préjudice à l’établissement par leur attitude inadmissible, de salir les équipements, que ce soit de façon volontaire ou non, d’avoir des dettes ou d’être en retard, absents des réunions où ils sont exclus. Tout cela forme des motifs suffisants pour manipuler les salaires, et compromettre l’avenir professionnel des employés. La non prise en compte des actes racistes produite par la culture nationale bloque toute évolution du travail. Les contournements de la loi du travail et de l’égalité des droits deviennent des stratégies de l’évitement des « indésirables ».

UNE VIE BONNE

"Ce qui est ici en jeu, c'est un type d'enquête consistant à se demander quelles vies sont déjà considérées comme n'étant pas des vies, ou considérées comme des vies ne vivant que partiellement, ou comme des vies déjà mortes et envolées, et ce avant toute destruction ou abandon explicites. Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d'être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d'être sauvegardée, protégée et considérée. Il s'agit de quelqu'un qui comprend qu'il ne sera pas pleuré s'il perd la vie, et donc de quelqu'un pour qui l'affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. S'il s'avère qu'aucun réseau social, aucune institution ne me prendrait en charge en cas d'effondrement, alors j'en arrive à relever de la catégorie du "qui-n'est-pas-digne-d'être-pleuré. Cela ne signifie pas qu'il n'y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n'est pas digne d'être pleuré n'a pas de manières d'en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. Alors, oui, celui qui n'est pas digne d'être pleuré participe parfois à des insurrections publiques de grande tristesse, raison pour laquelle il est difficile dans tant de pays de distinguer la procession funéraire de la manifestation. "


Extraits de : Qu'est-ce qu'une vie bonne ? | Judith Butler, philosophe américaine /
> En 2012, au moment de recevoir le Prix Adorno, Judith Butler se demande s’il est possible de vivre une bonne vie dans une mauvaise vie. Que peut donc signifier mener une vie bonne, une vie vraie quand la plupart sont exposés dans leur chair à la vulnérabilité d’une mauvaise vie ? Comment penser la résistance de la vraie vie à la fausse ? Cette ancienne question de la philosophie morale prend un sens neuf si on la pose dans les conditions concrètes de nos existences.

"La raison pour laquelle quelqu'un ne sera pas pleuré, ou a déjà été jugé comme n'ayant pas à être pleuré réside dans l'inexistence d'une structure d'appui susceptible de soutenir à l'avenir cette vie, ce qui implique qu'elle est dévaluée, qu'elle ne mérite pas d'être soutenue et protégée en tant que vie par les systèmes de valeur dominants. L'avenir même de ma vie dépend de cette condition de soutien. Si donc je ne suis pas soutenu, alors ma vie est jugée faible, précaire, et en ce sens indigne d'être protégée de la blessure ou de la perte, et est donc une vie qui n'est pas digne d'être pleurée. Si seule une vie digne d'être pleurée peut être considérée, et considérée à travers le temps, alors seule une vie digne d'être pleurée pourra bénéficier d'un soutien social et économique, d'un logement, de soins médicaux, d'un emploi, de la liberté d'expression politique, de formes de reconnaissance sociale, et d'une capacité de participation active à la vie publique. On doit, pour ainsi dire, être digne d'être pleuré avant d'être perdu, avant que se pose la question d'être négligé ou abandonné et on doit être capable de vivre une vie en sachant que la perte de cette vie que je suis serait déplorée, et donc que toute mesure sera prise afin de prévenir cette perte."


I AM A MAN


I AM A MAN > Memphis Sanitation Workers Strike (1968)

Martin Luther King a été assassiné le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee. Le chef de file du mouvement en faveur des droits civiques était venu manifester sa solidarité avec les 1300 éboueurs en grève, principalement des Afro-Américains, qui protestaient contre leurs pénibles conditions de travail, leur salaire de misère et le refus de la ville de reconnaître leur syndicat. Même si les États et les municipalités ne pouvaient plus invoquer les lois « Jim Crow », en 1968, pour imposer la ségrégation raciale, comme ils l'avaient fait pendant des dizaines et des dizaines d'années, les Noirs dans le sud du pays éprouvaient encore les plus grandes difficultés à trouver de bons emplois.
À Memphis, le ramassage des ordures était souvent leur seule option. Les conditions de travail étaient pénibles et souvent dangereuses. Les éboueurs s'étaient mis en grève en février 1968, suite au décès de deux de leurs collègues qui étaient morts écrasés par le compacteur d'ordures défectueux de leur camion alors qu'ils cherchaient à se protéger contre la pluie.
«Le règlement de la ville interdisait aux employés noirs de se mettre à l'abri des éléments ailleurs que dans le bac arrière de leur camion, avec les ordures», explique l'historien Taylor Branch.
Martin Luther King était à la tête d'une manifestation à Memphis, en mars, qui avait prit une mauvaise tournure lorsqu'un petit nombre de manifestants avaient cassé des vitrines et que la police avait répondu par la force. Lorsqu'il revint dans la ville en avril, il était déterminé à ce que la nouvelle manifestation se déroule dans le calme.
« Nous devons redescendre dans la rue, dit-il, et forcer tout le monde à voir qu'il y a ici 1.300 enfants de Dieu qui souffrent, qui ne mangent pas toujours à leur faim, qui passent les nuits à se morfondre en se demandant comment va finir cette affaire. » (Pendant la grève, les éboueurs n'étaient pas payés.)
Le lendemain, le 4 avril, Martin Luther King fut abattu par un tireur isolé. Les éboueurs et des milliers d'autres personnes défilèrent ensuite dans les rues, dans le calme, en mémoire du pasteur et pour soutenir la grève. Le président Lyndon Johnson dépêcha un responsable du ministère du travail chargé de faciliter les négociations entre les grévistes et la municipalité, et la grève prit fin vers la mi-avril lorsque la ville de Memphis accepta d'augmenter le salaire des éboueurs et de reconnaître leur syndicat.
« Ce groupe d'ouvriers américains ordinaires s'engagèrent de manière extraordinaire en faveur de la justice sur le lieu de travail », déclara l'actuelle ministre du travail, Mme Hilda Solis, en avril 2011, en inscrivant les éboueurs au « Hall d'honneur » du monde du travail.
« Ils s'engagèrent en faveur de la dignité humaine par quatre mots simples : I AM A MAN », le slogan qui figurait sur les pancartes brandies par bien des grévistes.



I AM A MAN > Memphis Sanitation Workers Strike (1968)

FAIRE DU SALE

Nouvelle expression issue de la jeunesse des banlieues et de la musique hip-hop. Là où les codes sont inversés.
Dans un tel univers, « faire du sale » s’apparente à quelque chose de positif. « It’s a good shit » comme disent les américains pour signaler un morceau de qualité. Il en va de même du « Smell that shit » pour proposer l’écoute d’un morceau qui nous a plu.
« Faire du sale » ou « salir autrui », c’est quelque chose dont on peut se réjouir et qui est approuvé par son groupe, sa bande, son crew. Il y a quelque chose de jouissif à faire des choses « interdites » avec légèreté et insouciance. C’est comme imposer indirectement sa domination aux autres.
L’expression « faire du sale » a deux visages, l’un exprime la réussite au sens propre :
Farid a eu 15 au contrôle de d'arts plastiques, Pedro s’exclame : « Whaou, il a fait du sale !  »
La classe répond : « Graaaaaaave l’enculé  »
Et l’autre dans un sens moins propre :
Martin-Emmanuel revient de sa skin party, Pierre-Antoine lui demande : « Alors la soirée ? »
Martin-Emmanuel répond : « J’ai fait du sale l’ami, je suis carbooo  »

"On va commencer par faire du sale" est une phrase du groupe Marin Monster feat. Maître Gims - Pour commencer, dont les paroles ainsi :

Meugiwarano, du nine, je n'ai pas changé depuis
Je n'ai juste plus le time, de m'poser oui la j'en pâli
Et à l'heure où j'te parle, j'suis pt'être dans un autre pays
J'vais vous raconter ma life, en commençant par faire du sale (la-la-la-laaa)

[Maître Gims]
La la la la la, Meugiwarano, Yanslo du Ni-Ni-Niiiine , on va commencer par faire du sale

...


Dans les inversions et les codes à décrypter des bancs de la société, Booba : 92i Veyron (Clip Officiel) de son album "Nero Nemesis"

On trinque à nos balafres, à nos crochets tous les soirs
Noir c'est noir ont-ils dit, y'a donc vraiment plus d'espoir
Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire
Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire
Personne dans le monde ne marche du même pas
Leurs règles ont toutes une tombe
C'est ça qu'ils ne comprennent pas
Des allers-retour en prison certains n'en reviennent pas

...

NERO

Cette réponse, qui s'exprime souvent dans le domaine artistique (musique, clip, peinture, performance, écriture...) dans le langage populaire, est celle donnée, en miroir ou copie, aux mauvais agissements effectués par des dominants ou en position de pouvoir agir sur le sel de la vie, qui font du sale pour asseoir leur domination sur autrui.
« Faire du sale » ou « salir autrui », c’est quelque chose dont les dominants se réjouissent et qui peut être approuvé par un groupe, une société. Il y a quelque chose de jouissif à faire des choses « interdites » lorsqu'elles passent inaperçues et ne sont jamais dénoncées, surtout lorsqu'elles s'effectuent avec légèreté et dont les actes paraissent anodins.
C’est imposer indirectement sa domination aux autres, son pouvoir, en discriminant les plus faibles, les précaires, tout en ayant l’adhésion d'un plus grand nombre pour le faire (un groupe, un système) Lorsqu'un système se dérègle, entre en crise, il peut se passer un demi-siècle, des siècles avant de rendre justice aux opprimés ou reconnaître les génocides, les dégâts collatéraux des colonisations, des exterminations des peuples. Mais aussi, il peut se passer que la reconnaissance n'arrive jamais.
Les réponses artistiques peuvent choquer ou provoquer, bien qu'elles représentent un miroir déformant ou caricatural, ou poétique, fantaisiste, de fiction ou de science-fiction... de ces agissements, surtout lorsque les modèles érigés en gouvernance de pays, de nations, de pouvoirs, de dominations sur les opprimés, sont parsemés d'actes répréhensibles jamais jugés, jamais arrêtés, ni pénalisées (emplois fictifs, détournements de fond, viols, harcèlements, esclavages, tortures, exploitations de populations, etc...). Ce sont ces gouvernances qui sont les plus répressives envers l'humour ou les réalisations artistiques, toute expression, tous lieux culturels, médias, journaux, canaux de diffusion artistiques..., toute pédagogie ou médiation qui revisite l'Histoire et ses civilisations, et communique sur les guerres et les massacres, rencontre des obstacles, et ses négations, car le miroir doit refléter de bonnes images surtout lors de dictatures, et faire taire ses agissements. Ce que ne peut réaliser un gouvernement, la guerre dans son pays, il le réalise dans d'autres pays, afin de décharger chez d'autres, les pulsions de destruction, et non chez "les siens" (problématique des colonisations, des guerres et conflits de politique extérieure...)

Lors d'une conférence publique en mai 2016, à La Fondation Calouste Gulbenkian (institution portugaise privée) à Paris, organisée par le Collège d'Études Mondiales, de la Fondation des maison des sciences de l'homme, et pour la chaire Global South(s) (qui aborde les Sud(s) comme des espaces et des temporalités qui se croisent et interagissent)
Françoise Vergès (titulaire de la Chaire, politologue et féministe) échange avec Achille Mbembe, enseignant universitaire et philosophe, théoricien du post-colonialisme, sur son ouvrage "Politique de l'inimitié".

Achille Mbembe dit de l'impur :

Il n'y a d'humain que dans notre disposition et notre volonté de vivre exposé les uns aux autres.
Pour rendre la terre habitable il faut vivre avec des personnes que l'on n'aime pas.
Il faut partager avec toutes les figures du vivant au delà d'un rapport anthropocentré.
Accepter l'impureté.
Au fond nous sommes tellement impurs.
Les recherches récentes nous informent que notre corps, une grosse partie de qui nous sommes c'est de l'eau.
Un énorme pourcentage de nous c'est un tissu de microbes.
Nous sommes composés de microbes, nous sommes biologiquement impurs.
Nous voulons nier de façon radicale notre étant impur et nous pensons que nous pouvons penser avec notre état de pureté en coupant tout lien avec autrui qui constituait une menace.
Il faut inventer un mode de relation à nous-même qui passe par Autrui.
C'est autrui qui nous confère à nous notre identité.

Le fantasme : tuer l'autre, le disséquer.
Il n'y a pas d'autre en dehors de cette phénoménologie.
Quel type de fantasme hante notre époque ?
La vie fantasmatique de notre époque menace l'idée du politique, l'idée de la relation.

La force de ce fantasme, ce qui nourrit ce fantasme c'est en partie qu'il nous dispense de réflexion critique.
Beaucoup d'entre nous ne veulent pas réfléchir de façon critique.
Une responsabilité, il n'y a pas de démocratie là où il y a capitulation de l'exercice critique.
Tout nous pousse à ne plus penser, à ne plus réfléchir.
C'est un refus de la pensée complexe.
Penser est remplacer par la foi, la religion.
Un enthousiasme par les idées toutes faites, typique de l'ère néo-libérale.
Les discours politiques dans le monde, les nouveaux entrepreneurs politiques se sont les gens qui diviseront le plus. Ils vous diront l'immigration est un danger existentiel.
Ils diront, j'ai une solution, je vais construire un mur entre les États-Unis et le Mexique.
Il y a une foule de gens qui croient à cette idée.
Il y a une ferveur aux idées simples.
Cela se passe maintenant aux États-Unis (Mois de mai 2016, date de la conférence)

La force du fantasme vient du renoncement à la faculté critique.
La pulsion autoritaire se trouve partout y compris dans l'Europe, le désir de fascisation.

Dans 50 ans, la grande majorité des gens viendrons de l'Asie et l'Afrique.
Les jeunes porteurs du futur seront des africains.
Point de vue démographique, le futur de la planète se joue ailleurs que dans l'Europe.

Alors que l'Europe ferme ses portes, l'Afrique doit faire exactement l'inverse.
Il n'y a aucune raison pour que les africains se noient en mer.

L'éthique du passant.
L'histoire des humains est très courte, une parenthèse dans la géologie.
Le monde a commencé avant nous et le monde se poursuivra longtemps après nous.
Nous sommes fondamentalement des passants.
Notre destinée est de passer.
L'éthique du passant : à partir du détachement qui implique le lien avec ce qui est essentiel, on peut imaginer d'autres formes du politique qui vont au-delà du cercle dans lequel l'état nation nous a enfermer.
Relativiser les concept de nation, d'état, de citoyens.

Crise de la phallocratie

Ce n'est pas uniquement une affaire d'hommes, ça l'est mais, il y a des femmes phallocrates aussi.

La phallocratie c'est l'adhésion à un modèle d'existence qui repose sur le virilisme entendu comme vertu.
Le virilisme impliquant en grande partie la capacité à s'imposer.
Le projet de suprématie sur tout ce qu'il n'est pas soi.
Exercice qui consiste à bombarder des gens.
Économie phallocratique et nihiliste qui caractérisent les conflits contemporains.

L'objet perturbateur (dans The society of Enmity / Radical Philosophy, décembre 2016, par Achile Mbembe)

Le terme «mouvement» implique nécessairement la mise en mouvement d'une pulsion qui, même impure, est composée d'une énergie fondamentale. Cette énergie est enrôlée, consciemment ou non, dans la poursuite d'un désir, idéalement un désir-maître. Ce désir-maître - comprenant à la fois un champ d'immanence et une force composée de multiplicités - est invariablement dirigé vers un ou plusieurs objets. «Nègre» et «Juif» étaient autrefois les noms favorisés pour de tels objets. Aujourd'hui, les Noirs et les Juifs sont connus sous d'autres noms: l'Islam, le Musulman, l'Arabe, l'étranger, l'immigré, le réfugié, l'intrus, pour n'en citer que quelques-uns. 

Le désir (maître ou autre) est aussi ce mouvement par lequel le sujet - enveloppé de tous côtés par un fantasme spécifique (qu'il s'agisse de toute puissance, d'ablation, de destruction ou de persécution, peu importe) - cherche à se retourner sur lui-même L'espoir de se protéger du péril extérieur, tandis que d'autres fois il atteint en dehors de lui-même pour faire face aux moulins à vent de l'imagination qui l'assiègent. Une fois déracinée de sa structure, le désir se propose alors de capturer l'objet perturbateur. Mais puisque, en réalité, cet objet n'a jamais existé - n'existe pas et n'existera jamais - le désir doit l'inventer continuellement. Un objet inventé, cependant, n'est toujours pas un objet réel. Il marque un espace vide et enchanteur, une zone hallucinatoire, à la fois enchantée et maléfique, une demeure vide hantée par l'objet comme par un charme.

Le désir d'un ennemi, le désir d'apartheid, de séparation et de clôture, le fantasme de l'extermination, aujourd'hui hantent l'espace de cette zone enchantée. Dans un certain nombre de cas, un mur suffit à l'exprimer. Il existe plusieurs types de mur, mais ils ne remplissent pas les mêmes fonctions. On dit qu'un mur de séparation résout un problème de nombre excessif, un surplus de présence que certains considèrent comme la raison principale des conditions de souffrance insupportable. Restaurer l'expérience de son existence exige en ce sens une rupture avec l'existence de ceux dont l'absence (ou disparition complète) est à peine vécue comme une perte du tout - ou alors on voudrait croire. Cela implique également de reconnaître qu'entre eux et nous, il ne peut y avoir rien qui soit partagé en commun. L'angoisse de l'anéantissement est donc au cœur des projets contemporains de séparation.

Partout, la construction de murs et de clôtures en béton et d'autres «barrières de sécurité» est en plein essor. Outre les murs, d'autres structures de sécurité apparaissent: des postes de contrôle, des enclos, des tours de guet, des tranchées, toutes sortes de démarcations qui, dans de nombreux cas, n'ont d'autre fonction que d'intensifier le zonage de communautés entières sans jamais réussir à écarter celles considérées comme menace.


Dans un article, ​The age of humanism is ending, daté de décembre 2016, il écrit ceci /


La position anti-humaniste croissante qui va de pair avec un mépris général pour la démocratie. Appeler cette phase de notre histoire fasciste pourrait être trompeur à moins que par fascisme nous entendons la normalisation d'un état social de guerre.

Un tel état serait en soi un paradoxe parce que, si quelque chose, la guerre conduit à la dissolution du social. Et pourtant, dans les conditions du capitalisme néolibéral, la politique deviendra une guerre à peine sublimée. Ce sera une guerre de classe qui nie sa nature même - une guerre contre les pauvres, une guerre de race contre les minorités, une guerre de genre contre les femmes, une guerre religieuse contre les musulmans, une guerre contre les handicapés.
Le capitalisme néolibéral a laissé dans son sillage une multitude de sujets détruits, dont beaucoup sont profondément convaincus que leur avenir immédiat sera celui de l'exposition continue à la violence et à la menace existentielle.

Ils aspirent sincèrement à un retour à un sentiment de certitude, le sacré, la hiérarchie, la religion et la tradition. Ils croient que les nations sont devenues semblables aux marécages qui doivent être drainés et le monde tel qu'il est doit être mis fin à. Pour que cela se produise, tout doit être nettoyé. Ils sont convaincus qu'ils ne peuvent être sauvés que dans une lutte violente pour restaurer leur masculinité, la perte qu'ils attribuent aux plus faibles parmi eux, les faibles qu'ils ne veulent pas devenir.

Dans ce contexte, les entrepreneurs politiques les plus réussis seront ceux qui parlent de manière convaincante aux perdants, aux hommes et aux femmes détruits de la mondialisation et à leurs identités ruinées.

Dans un monde qui vise à objectiver tout le monde et tous les êtres vivants au nom du profit, l'effacement du politique par le capital est la véritable menace. La transformation du politique en entreprise soulève le risque de l'élimination de la possibilité même de la politique.

La question de savoir si la civilisation peut donner naissance à toute forme de vie politique est le problème du XXIe siècle.


Et pour finir en beauté :

Charles - Vicomte (clip officiel)

Columbine, collectif d'artistes composé de 8 membres (Yro, Foda C, ChamanBeats, Sacha, Lujipeka, 3W., Larry Garcia et Chaps)

"Les pauvres ne savent pas.
Je veux bien lâcher un billet mais qu'ils ne réclament pas.
On est des vicomtes, on roule sur l'or et en Vespa."



Philosophie Par kiwaïda at 03:14

29/01/2017

ᔕᗩᒪᕮ♈É

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Affiche de la pièce de théâtre "Saleté", sur la grille du théâtre La Passerelle, à Limoges le 29 janvier 2017 © Photographie Sonia Marques

SALETÉ de Robert Schneider
Avec Yann Karaquillo et Laurent Rousseau
Mise en scène : Michel Bruzat
Lumières Franck Roncière
Costumes : Dolores Alvez Bruzat

Nous sommes allés voir la pièce de théâtre qui mettait en scène le texte de l'autrichien Robert Schneider : SALETÉ
C'était à Limoges, et c'était la dernière, un jour où la primaire de la gauche en France allait décerner son représentant.
Première année de ma vie citoyenne, où je ne voterai pas, décision mûrement réfléchie, de plusieurs mois.
Il s'est passé tant de choses, tant de choses. Je m'engage auprès des artistes et des penseurs, des paroles libres.
Petit théâtre, de poche, le plus minuscule, dans une majuscule du jour.
Serrés, tous ensemble, on ne se connaît pas, mais on sait pourquoi nous allons voir cette pièce.
Nous allons entendre des mots, nous allons voir des hommes, nous allons entendre leur interprétation, d'un texte, de mots tabous, ici.

Le racisme, les étrangers, la saleté.
Touchée de plein fouet dans mes fonctions par ce racisme.
Il n'y a aucune protection, ni sécurité face à ce racisme. Il faut résister, résister au suicide, résister et se battre. Parfois, comme Sad, être torturé, même sans rien dire savoir que le boomerang de la vie reviendra à ceux qui pensaient détenir le pouvoir de la violence. Je suis fière d'avoir entendue, d'avoir vu, d'avoir choisi mon parti, celui des artistes qui parlent qui exposent, qui imposent, qui murmurent et ne se laissent pas faire. Celui aussi, de celles et ceux qui choisissent de ne pas exposer, de continuer à murmurer, à parler à tous, aux ennemis, aux aveugles du pouvoir, aux prétendants à l'extermination du sensible. Celles et ceux qui nous amènent à une sensibilité, à ce trouble, qui n'est ni sécuritaire, ni un emploi garanti, car les artistes doivent l'inventer à chaque fois, chaque minute et défendre ce qui est tu.
Tu, et tu deviens ce que tu es.
Belle interprétation, mise en scène, à l'os.

OS
comme un SOS

Radicale, minimaliste, une voix en donne plusieurs, de ce qu'elle cache, de ce qu'elle ressent, de ce qu'elle ment.
C'est la vérité crue, c'est celle qui n'est pas dans les discours politisés, celle qui n'attire pas le plus grand nombre, celle qui ne pourra jamais rassembler.
Un homme, un manteau, une honte, une culpabilité, un inversement.
Devenir sale, la merde, l'étranger insulte, l'extrême coup de poignard, la barre de fer, le couteau, les pieds écartelés, la torture. L'étranger, celui qui est nommé comme celui qui pue, conspue, contamine, salie les bancs publics, les outils, les toilettes des autres, et prive l'emploi des autres. Le texte est renversement, les mots sont l'ombre de nos ombres, de nos obscurs racismes. Les mots dans le texte de La saleté de Robert Schneider, sont ceux des autres, de ce façonnage pervers qu'est le racisme, le rejet. La philosophie et l'amour de la langue, ici allemande est une intime liaison de l'étranger dans le pays qu'il habite, dans le pays dont il aimerait être intégré. Les études et la filiation, avoir un enfant, ne suffisent pas à être intégré, mais au contraire, perpétuent l'idée d'un écart de plus en plus grand. Il y a les stéréotypes physiques et il y a l'odeur, l'urine, le siège qui ne sera jamais le siège de l'étranger mais toujours celui volé par l'étranger. Se mettre à la place de l'autre, tel est le leitmotiv, des étrangers, considérés clandestins. La discrétion, se taire, devenir muet, ou sourd, la soumission effective jusqu'à trahir ses amis, voilà ce qui est attendu des étrangers, de la part des racistes. Sad n'est pas triste, puis est triste est Sadam, a 25 ans, A 30 ans, A 40 ans.
Sad est arabe, Sad c'est un autre, Sad c'est nous.
La honte doit changer de camp.

Les acteurs Yann Karaquillo et Laurent Rousseau dans la pièce de théâtre "Salteté", au théâtre La Passerelle, à Limoges le 29 janvier 2017 © Photographie Sonia Marques

"Je m’appelle Sad. J’ai trente ans. En Anglais, Sad veut dire triste. Je ne suis pas triste. Sad, et ensuite ? Sad vend des roses dans les restaurants . Il est Irakien. Un Arabe. Un sémite. Non, un clandestin parmi tant d’autres, qui, après la première guerre du Golfe, a bouclé ses valises pour un ailleurs meilleur. Bassorah. Les marécages. Téhéran. Ankara. Varsovie. Stockholm. Et, enfin, une ville propre, où de jolis bancs publics aux pieds en fonte attendent les hommes de quarante ans. 

Définitions : racisme - Dictionnaire de français Larousse

■ Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie.
■ Attitude d’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes : Racisme antijeunes.

Le racisme, c’est quoi?

■ Le racisme est un schéma de pensées (conscient ou inconscient), une manière spécifique de concevoir le monde et les êtres humains les uns par rapport aux autres, et qui se traduit par des actes, des paroles, des attitudes ou des comportements.
■ Le racisme au sens strict du terme désigne une idéologie, c’est-à-dire un ensemble d’idées, de croyances et de doctrines propres à une époque, à une société ou à une classe. Le racisme est un système d’idées qui impose une vision hiérarchique du monde et de l’humain, qui se fonde sur des différences biologiques, réelles ou supposées, ou encore sur la base d’une appartenance ethnique, nationale ou religieuse.
■ Un acte est raciste s’il remplit les trois critères suivants:
1. Catégoriser des humains en groupes et généraliser à l’ensemble du groupe et à chaque individu le jugement que l’on porte sur l’un des membres du groupe.
2. Hiérarchiser : attribuer à ces groupes des caractéristiques spécifiques, évaluées positivement pour les personnes racistes et négativement à l’encontre des victimes.
3. Discriminer : séparer un groupe social des autres en le traitant plus mal, à son détriment, utiliser cette hiérarchie pour traiter de manière inégale les personnes appartenant au groupe défini.
■ La combinaison de ces trois critères permet aux personnes racistes de justifier le fait de rabaisser, maltraiter et violenter, ou même d’exterminer lors de génocides (un génocide est l’extermination intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ethnique, linguistique, national, religieux) n’importe quelle personne appartenant à un des groupes jugés inférieurs.
■ Ainsi le racisme se situe au niveau d’une idéologie qui affirme, directement ou indirectement, qu’un groupe est, de façon inhérente, supérieur à un autre. Le racisme a une portée plus large que la discrimination raciale.
■ Le racisme classe les personnes sur la base de caractéristiques biologiques, génétiques, présumées ou réelles, en races. Ce mécanisme est lié au mythe (un mythe est un récit qui n’existe pas, une construction de l’esprit) d’une race supérieure et pure qui doit être protégée contre les influences et/ou le brassage avec d’autres ‘races’ qui seraient inférieures.
■ Le racisme viole le droit fondamental d’égalité des êtres humains et doit être combattu car tout être humain a droit au respect quelles que soient son apparence physique, sa religion, sa culture ou son ethnie.

«Je m'appelle Sad. J'ai trente ans. En anglais, Sad veut dire triste. Je ne suis pas triste.»

«J'aime bien parler. Je raconte. Je mens, dit-il, moi, j'ai ça dans le sang.» 

«N'aie pas peur, sale petit Arabe! Sad aux lèvres épaisses. Sad aux gros pores. Allez, allez, allez. N'aie pas peur. C'est eux qui ont peur de toi! Tu deviens cynique. Sale chien ! Le sale étranger devient cynique. Voilà où on en est.»

La xénophobie livrés en paquet de linge sale et bouquet de roses.

«Une rose pour vous monsieur, pour vous madame»

Presse affichée dehors au théâtre de La Passerelle

ROBERT SCHNEIDER

Auteur

◗ Né le 6 juin 1961 à Bregenz (en Autriche), Robert Schneider est adopté, à l’âge de deux ans, par un couple d’agriculteurs auprès duquel il grandira dans un village des Alpes. Isolé du monde, il a alors peu de contact avec la culture, si ce n’est à l’église où, le dimanche, il va écouter un organiste amateur, qui massacre les partitions ! Mais il n’en faut pas plus pour éveiller en lui une passion, la musique, qu’il pratiquera à son tour comme organiste. Ne découvrant la littérature et les arts que bien plus tard - il n’y a pas de livre chez lui -, il trouve refuge dans la musique, discipline qui lui permet d’exprimer toute la gamme des émotions, mieux, dit-il, qu’à travers les mots. Il faut dire qu’il n’en a pas entendu beaucoup dans son enfance : on parle peu dans ce milieu de paysans montagnards.
◗ Cet amour pour la musique le conduit à Vienne, à l’âge de vingt ans, où il étudie, de 1981 à 1986, la composition, mais aussi l’histoire de l’art et l’art dramatique. Pour vivre, il travaille en tant que guide et organiste.
◗ Très vite, il écrit pour le théâtre : Der falsche Prinz en 1983, Die Strandgeher en 1988, Hitler mein. Eine Liebesrede en 1989, Dreck (Saleté) en 1991, Traum und Trauer des jungen H. en 1993, Alle Tage en 1994, Komödie vom deutschen Heimweh en 1999...
◗ Salué par la critique et par plusieurs prix, il est élu, en 1993, meilleur jeune espoir dramatique de l’année par la revue Theater Heute (Théâtre aujourd’hui). La même année, son monologue Dreck (Saleté), monté pour la première fois au Thalia Theater à Hamburg, reçoit le prix de l’auteur dramatique au festival de Postdam et est sélectionné par le jury comme meilleur travail théâtral contemporain.
◗ Également auteur de fictions pour la télévision, Robert Schneider s’impose, cependant, comme romancier. Racontant l’histoire d’un homme doué d’un talent exceptionnel pour la musique, mais vivant, inconnu de tous, dans un village reculé des Alpes, son premier roman Schlafes Bruder (Frère sommeil) connaît, dès sa parution en 1992, un énorme succès international. Traduit en vingt-quatre langues, il reçoit plusieurs récompenses, dont le Premio Grinzane Cavour en Italie (un des prix littéraires les plus importants) et le prix Médicis en France.
Schlafes Bruder sera également porté au cinéma, en 1995, par Joseph Vilsmaier.
◗ Aujourd’hui, Robert Schneider est retourné vivre dans le village des Alpes qui l’a vu grandir.

Resté longtemps inédit en France, Dreck (littéralement « saleté ») est un texte féroce et subtil, qui reste d’actualité dans un monde où l’être humain est trop souvent considéré comme un déchet.

Ce mauvais pauvre, lors d'un consortium (Érudit) interuniversitaire, de l'Université de Montréal et l'Université Laval et l'Université du Québec, Anne Élaine Cliche, écrivaine québécoise, fait une présentation sur l'immonde :
L’immonde. Ceci n’est pas un thème.

Notre littérature n'est-elle pas marquée par une défiguration insistante... celle du déchet, de l'immondice, de la déjection; celle aussi de la langue et de l'histoire en proie à la déperdition? Un corps-chose, dirait- on, revient obstinément formuler dans la matière textuelle ce qui n'aurait ni voix, ni mot pour se dire et pourtant se décline dans les signes qui occupent bien souvent toute la page: glaire, cadavre, bave, merde, boue, ordure, plaie, pus, sang.

Elle défini ainsi l'immonde :

Immonde /

La part in-figurable, in-montrable, cachée, secrète.
Est immonde ce qui nous anéantit, nous réduit à cette condition de "sac de papier gonflé d'air", d'imposteur, de trou, de rat…
Est immonde ce qui nous arrache à l'espèce et vous regarde comme une chose expulsée.
Est immonde ce qui nous met hors du monde.
Humiliation, de-subjectivation.
L'immonde est dans le regard de la haine.
L'immonde est ailleurs, dans le regard de la haine, parce qu'il traverse l'image du corps, dénie l'apparence humaine encombrante et décide de la matière abjecte.
Un regard démiurgique et cadré qui permet au nazi d'aimer ses enfants, sa femme sans cesser d'accomplir sa besogne d'extermination (miroir brisé)
L'immonde est la part destituée de l'image, part rompue du semblable.
Une matière sans nom.
Le Nazi n'est pas "méchant", il n'est pas psychiquement déterminé au meurtre.
Il est immonde d'avoir fait de sa division une césure, une frontière, un mur.
C'est un homme, une femme, qui a traversé le miroir à cause de sa peur, enfin déclarée et travestie en "raison", du regard qui de là lui revenait, et qu'il a cru pouvoir aveugler ; ce Regard qui dans toute image vous attend, vous saisit, vous fissure parce que justement, il vous regarde.
Que le Juif ait pu incarner dans l'Histoire cet Autre du miroir - lui qui s'est fait la mémoire vive de la dette et de la Loi - n'est pas un hasard ; et donne à la destruction des Juifs d'Europe un sens qui n'a pas d'équivalent.
Le camp d'extermination n'extermine pas des hommes, il fait disparaître des êtres sans nom prononçable et sans identité.
La fonction du regard et ses pouvoirs déstructurants dont nous sommes tous tributaires, incarnés en elle.
Regard comme  vecteur de la honte, facteur d'évanouissement qui interdit le témoignage et frappe celui qui veut parler, d'imposture, d'artifice, de pauvreté, pouvoirs d'inversion, de retournement du monde.
La honte est le signal d'une  rencontre frontale avec l'immonde dont l'écriture serait à la fois le paiement et la restitution.
Qu'est-ce que la honte, sinon l'effet d'une mise à nu de quelque "chose", irregardable à la place où je suis, et qui m'ordonne le désaveu de ma parole. Que certains romanciers choisissent précisément de parler depuis cette place intenable, travaillant à s'enfoncer au plus loin de cette négation pour la transfigurer en splendeur ou en vérité, tout simplement en mots, langue, parole, révèle que l'horreur dévoilée est l'invisible en tant que tel.

À relire le Journal (1927) de Saint-Denys Garneau (1912-1943), on est en tout cas brusquement confronté à cette faille insistante, à cette déchirure de l'écran qui n'est pas sans rappeler la brutalité d'un désêtre sinon programmé du moins «engrammé» dans le sujet :

C'est un pauvre et c'est un étranger, c'est-à-dire qu'il n'a rien, rien à échanger: un étranger. Mais il ne joue pas franc jeu, il veut prendre part. Prendre part à votre vie, joie ou douleur. C'est un imposteur. [...] Il suffit de le regarder, il perd contenance, sa forme de toutes parts cède comme un sac de papier gonflé d'air, il devient tout flasque et son regard épouvanté cherche dans tous les coins de la chambre un trou de rat par où se glisser et fuir à toutes jambes jusqu'à dormir d'épuisement. Ça se comprend, il est pris en flagrant délit de pauvreté dans un habit volé en guise de cuirasse pour tenir debout. [...]

Par exemple, il fait un beau jour de printemps ; on croit croire à cette beauté du printemps [...] et une certaine joie modèle votre face. [...] Mais quelqu'un vous rencontre, peut-être seulement un passant sur la rue, et vous regarde d'un air entendu, d'un air de ne pas y croire, à votre joie (et il a raison). Sans doute une certaine inquiétude restait accrochée à vos yeux malgré tout le déploiement d'illumination que vous aviez répandu sur votre figure. Alors votre sourire se fige, tremble, un muscle de votre joue s'agite, tressaille, se crispe, et votre face n'est plus qu'une grimace horrible, un lambeau immonde que vous voudriez arracher et jeter rageusement dans une ornière .

Ce qui m'a marqué dans cette pièce de théâtre, ce sont les premiers mots sur le nom de famille : 

« Je m’appelle Sad. J’ai trente ans. En anglais, Sad ça veut dire triste. Je ne suis pas triste. Sad, et ensuite ? Mais là, je suis déjà parti en courant. Un nom de famille, c’est un mot de trop. »

Et lorsque "fuir" devient une action de survie, s'échapper, une injonction d'être mobile. Dans ces premiers mots, du texte de "Saleté", le nom de famille est dissout, il n'existe pas, c'est qu'il ne faut pas le prononcer.
Il devient une injure, ou il est défiguré.

L'année dernière j'ai été convoquée au tribunal de Limoges, par ma hiérarchie, sur le motif de la saleté, et mon nom de famille fut écorché vif, nié, dénié, puis attribué à un groupe d'étrangers. Mon emploi était en danger, ma fonction même, j'étais interdite de dire et me défendre, et l'affaire fut jugée sur un autre nom, sans moi, sans mon véritable nom de famille. Il y avait des témoins, notamment un président du tribunal, donc l'affaire fut reportée. Mais elle est devenue une caisse de résonance avec le motif de la convocation. J'ai dû fuir mon emploi, mon nom, ma saleté, avec la dette d'une mauvaise pauvre.
Ce n'est pas moi, alors j'ai pris distance, j'ai pris la fuite, et je regarde avec sagacité toutes ces saletés attribuées, à l'Autre, dont je fus, de passage, le réceptacle. L'écriture est une qualité féroce, l'art de savoir lire aussi. L'écriture est une arme redoutable.
J'apprends à lire et à écrire aux autres. J'enseigne.

Aujourd'hui, pour le tribunal, je suis devenu(e) un homme. Pas même un (e) entre parenthèse, comme le féminin caché derrière le masculin, non je suis vraiment devenu un homme, un Monsieur. Plus de féminin, plus de cachette. J'ai changé de sexe en une phrase c'est moins difficile qu'une opération chirurgicale, je n'ai rien senti. Ces troubles de l'identité qu'on peut lire sur les courriers administratifs sont attribués à l'étranger, il n'a pas de sexe, puisque ses organes ont été enlevés par la torture, il n'a pas de nom, puisque les étrangers n'ont pas de nom, de parcours, il est sans emploi toujours et on l'accepte uniquement en banlieue, dans le 93, c'est aux bancs de la société qu'il travaille pour la société.

Je porte les Marques de noblesse du parcours qui blesse de mes aïeux, de mon nom de famille, que je défendrai chaque jour et si je dois partir, quitter mon emploi, démissionner de mes fonctions, je ne quitterai pas mon nom.

Sonia Marques



Art Par kiwaïda at 21:23

23/01/2017

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Film "Gaz de France", comédie française réalisée par Benoît Forgeard, sortie janvier 2016.

Déclaration du président de la république

"Françaises, français, mes chers compatriotes,
je vous demande pardon, si par mon attitude, j'ai pu quelque fois vous croquer,
et non seulement vous croquer mais aussi vous choquer.
Sachez-le, derrière le président il n'y a pas qu'un Bird, il y a un homme.
Un homme avec des yeux, les siens, sa bouche, un homme avec un cœur qui bat,
un homme qui a parfois eu le tort d'être trop humain, vulnérable aux passions,
aux feux de joies que la vie embrasse sur le chemin.
Oh bien sûr, il m'aurait été facile d'être l'un des alligators fraîchement moulu des écoles,
j'aurai pu toute ma vie durant demeurer cette âme solitaire et sourde, imperméable aux sentiments,
et vous auriez fini par détester votre président sans saveur et sans coup de sang.
Vous aviez voté pour le pinson et vous auriez détesté le vieux coucou, qui, faisant coucou,
n'apparût plus que pour sonner les heures et renvoie l'image délétère d'un vautour dépourvu de passion
qui vient inexorablement rappeler à son peuple qu'il s'avance vers une mort certaine..."

"Je vous présente Pithiviers.
P, pour "political",  T, pour "Terrific"
et j'ai rajouté Viers pour faire bien.
Pithiviers peut résoudre n'importe quelle crise…"

"Je dois vous prévenir, si je lance Pithiviers,
je ne réponds plus de rien.
Son intelligence est telle,
qu'il finira par tous nous gouverner"

"Attendez, attendez, nous n'avons pas dit oui, quel est son bord politique au juste ?"

"Et c'est parti…"

"Je veux une égalité parfaite entre hommes et femmes,
c'est pourquoi je vais tous vous débaptiser, désormais vous porterez des noms de gâteaux, comme moi.
Françoise sera Millefeuilles,
Dizier Paris-Brest,
Ann Holignal s'appellera Forêt Noire,
vous (la petite fille) Clafoutis,
Michel devient Baba au rhum,
Samira Tiramisu,
Chris Flan
et Pierre Macaron…"

Un film qui tombe très bien, en ces périodes législatives, un an après sa diffusion : Gaz de France.

Benoît Forgeard, le réalisateur, interrogé dans l'AutreJT, au sujet du nom de ce film dit que c'était une idée un peu poétique. Gaz de France était une grande société française d'état, elle avait déjà changé de nom pour "Dolce vita", qui était le titre d'un film, et il s'est dit que finalement si les entreprises peuvent porter le nom d'un film, son film peut porter le nom d'une entreprise. Le film pastiche les modes de gouvernances et de leurs communications, dans une fine autodérision, avec une petite équipe, qui sera celle qui joue les spin doctors. En effet le "storytelling" (ou conte de faits, mise en récit) signifie "action de raconter une histoire". C'est une méthode de communication fondée sur une structure narrative du discours qui s'apparente à celle des contes, des récits. En communication politique, ses conseillers en communication, désignés sous le terme de spin doctors, sont ici représentés, dans le film sous la coupe du conseiller de l'ombre du président (le président est nommé "Bird", oiseau, et joué par Philippe Katerine, le chanteur). Ce panel regroupe, entre autres têtes pensantes, un chercheur, l'intelligent et le remake de sa créature Frankenstein, passager clandestin, sous les traits du réalisateur lui-même, apte à gouverner. Je me suis demandée si ce n'était pas une mise en abîme de l'action de réaliser (du réalisateur) avec son équipe d'acteurs et comment sont envisagés les scénarios. Avec la faculté de travailler en 3D, de manière plus froide, et l'exécution qui peut être parfois un copier coller de la première maquette, l'équipe, composée aussi de techniciens, amène une autre façon de manipuler ce que le réalisateur envisage, s'il se prend au jeu, à l'esprit du tournage et montage... Et dans le tournage n'y a-t-il pas souvent un passager clandestin, l'homme de l'ombre, qui plus tard deviendra un réalisateur (de même pour les femmes)

En ces temps moroses de prétentions aux gouvernances en unique genre en France complètement figés, ce film apporte une distance bien cynique, mais aussi futuriste, de ce que "le vouloir être gouverné" (on l'oublie souvent) anticipe des plus sombres désirs du peuple d'un totalitarisme robotisé. Fini l'humain, place au zéro faille, zéro conflit, zéro crise... ou presque. Le téléchargement du programme est un peu long, les guerres humaines et la première (rechercher des victuailles pour manger) auront le temps de se passer. Toutes les tares, dures ou molles, sont réunies pour être le président de la république, ou le rester, dans l'opinion publique. Le modèle occidental est un gros gâteau, une pièce montée (ne reste qu'à visionner le bal des blancs, ces derniers jours, de l'investiture du nouveau président américain, producteur des téléréalités)
Le mythe de la jeune fille en France et la "love affair" plane toujours, non seulement dans les faits divers mais aussi hissé au rayon des idées et manigances politiques et d'images, cinémas ou photographies (les DSK, Polansky, Hamilton, Tron, Baupin...) : faire chanter les hommes au pouvoir et révéler leurs pires faiblesses. Dans les écoles, les universités, il n'est plus difficile de trouver le violeur, le type au milieu des jeunes femmes et jeunes hommes, couvert par les gouvernements, ministères, directions, de toutes les éducations (et les églises) quand ce n'est pas le groupe de types, et de furies complices, a la blague sexiste toujours en place, pendant que l'on diminue le salaire des autres qui ne perpétuent pas ces traditions. Si les langues se délient sur les réseaux, côté storytelling, plus c'est gros, plus ça passe, comme dit l'un des acteurs du film du réalisateur Benoît Forgeard.
Le salaud reste l'élu. Comme le filmait si bien la cinéaste Claire Denis (de son film, "Les salauds"en 2013) s'attirant l'antipathie des journalistes, la traitant de ne rien faire pour se faire aimer, tout est dit. Il ne faut pas exprimer l'âpre et l'étouffant que nous vivons, sans risquer de déplaire, tandis que les extrémistes peuvent continuer à nous étouffer. Ne serait-ce que côté des femmes, le peuple français n'est prêt à élire que celles aux idées d'extrême droite. De même pour toutes gouvernances, les employés ne mouftent pas lorsque des directrices s'emploient aux gestes les moins artistiques, les plus radicaux, les plus proches d'une période que l'on croyait révolue. C'est que l'état n'a toujours pas d'idée pour combattre le fléau des extrémismes, ni l'intention de comprendre que le pouvoir lorsqu'il est attribué aux femmes et aux hommes, et est détourné, devrait être traité avec la même impartialité, par égalité aussi. Nous n'en serions pas arrivés à de telles audiences, de tels actes répressifs, de tels détournements de pouvoir dans les régions, de toutes ces fragilisations artistiques et de libertés d'expressions déniées, au nom de la seule bienséance admise. Et la rose rouge au poing, devint bleue, tige plate et sans épines, juste par un effet de communication, éteignant la flamme qui nous disait encore : Attention, ou, Brûle ! Seule une voix de robot nous répète laconiquement : "Attentif ensemble", pendant que l'alcool ronge, la pollution brouille, et les mêmes, sur leur pupitre télévisuel en campagne, appuient sur le buzzer pour faire changer le décor en bleu, en rose, en rouge, devant de gros mots : terrorisme, sécurité, emploi.
Pour le mythe de la jeune fille il y a beaucoup à écrire, et culturellement, en France, il y a quelque chose à voir avec le thème de "la jeune fille et la mort" qui puise ses origines dans la mythologie gréco-latine, et qui devint, dès le XVI° siècle jusqu'au monde contemporain, une source d'inspiration pour les poètes et les écrivains, les peintres et sculpteurs. Cette opposition entre la vie (la jeune fille, ou tout objectivation du sujet) et la mort (le politique d'un âge avancé ou tout autre position sociale dominante) interroge la survie de l'espèce. La culture européenne, ne serait-ce que dans son histoire de l'art est traversée par cette lutte entre la vie et la mort. Les séductions de la mort et de l'abandon de la jeune fille dans ses bras, sont des images toutes construites de l'imaginaire des hommes qui les fabrique, à partir de leur perception et leur fantasme ayant la femme pour objet. C'est un truc qui ne fait plus illusion, même si nombre de femmes rêvent encore de s'abandonner dans les bras d'un président milliardaire, nombre d'autres font des marches dans les villes en disant bien que cela ne marche plus, en France aussi.

Et dans ce film, la possibilité de trouver une "love affair" pour rattraper les mauvais sondages du président montre l'usage malheureux de la politique à la française, hyper chiant et hyper dépassé, analysé avec froideur et machiavélisme. Le brio de ce film est là, très référencé dans ce que l'on a pu garder comme image de l'art contemporain de ces années de gouvernances aussi fatiguées de notre pays, quelques pièces bien connues, le rectangle au plafond qui laisse entrevoir le ciel et son climat (voir l'artiste californien James Turell et ses Skyspace des années 70) dans un bunker où l'on perçoit les glitchs d'un coucher de soleil flamboyant, entre le post Internet aussi californien et les impressionnistes de France, patchwork numérique, minimal, comme dans un musée, mais ici, c'est un film. Aussi les saucisses aux touches de ketchup rouge, dont l’association d'images simulent la main et le vernis à ongle rouge, photographies dignes des magazines cannibales de l'art contemporain éditées par Maurizio Cattelan, entre mode et fast-food culture américaine. Bref, c'est assez plaisant et ravive le cinéma, avec un peu plus d'arts visuels qui incorporent subtilement les scènes, tout en mixant le grivois du politique attendu, tandis que le président ne pense qu'à chanter et aussi souhaiterait que l'on envisage plutôt sa mort, afin de disparaître de tout ce "cinema" qu'est devenu la politique.
Le réalisateur a fait les écoles des beaux-arts, pas étonnant donc de retrouver aussi dans ses parages de fines équipes (comme la réalisatrice Sophie Letourneur, aussi issue de l'école des arts décos, avec ses films de filles libérées, festives, rohmérienne) J'aime les films d'Antonin Peretjatko ("La fille du 14 juillet" et plus récemment "La loi de la jungle" dont j'ai écrit un article sur ce blog) Il s'avère que le producteur français Emmanuel Chaumet est derrière tous ces films, porteur d'un nouveau cinéma (il a créé Ecce) Les films d'Alain Guiraudie ont été aussi de belles découvertes ces dernières années. Le problème c'est que tous ces films sont écrasés et ne passent pas pour le grand public dans les salles, ou même le public connaisseur qui ne le trouve pas, ou ne le voit pas passer, écrasés par tout le cinéma canonisé (à la cannoise). Lorsqu'on enseigne ce n'est déjà pas facile de parler de films cultes ou particuliers, alors des films que personne ne voit, ou alors dans un cercle si réduit, que seuls les réalisateurs et réalisatrices sont au courant... Comment amener le public à ces films ?

Nous avons revu l'acteur Olivier Rabourdin (qui joue le rôle de Michel Battement, dans Gaz de France) il jouait le rôle principal dans le film français Eastern Boys, réalisé par Robin Campillo (réalisateur de "Vers le sud", de 2005), que nous avions vu à sa sortie au cinéma en 2014, très beau film, choc, sur des garçons de l'est, une éthique dans un chemin immoral. Bref, oui il y a des choses à voir en France, mais il faut beaucoup chercher, un peu comme dans tous les domaines, ne pas se satisfaire de ce qui est avancé au-dessus de la mêlée.

Dans le film, le rôle du scientifique, dans un fauteuil roulant, me faisait penser à un chercheur émérite, sa voix, son engouement pour l'intelligence artificielle, qui a beaucoup défendu la recherche en art dans les universités parisiennes, il y a longtemps, assez fidèle à cette notion de supériorité assez déphasée et absconse que l'on trouve dans chaque séminaire associé ou en relation avec la recherche, glacée comme un texte récité tiré de films de sciences fictions et très révérencieux sur la machine, tous robots, seuls capables de lui être reconnaissants. Le gourou et ses adeptes, éducation toujours ne nous émancipe pas beaucoup. Juste un smile et les chercheurs éprouvent un plaisir, une infra-mince idée d'une possible soumission étendue et multipliée à souhait ("jouer à Dieu"). L'histoire enfantine des gâteaux, la transformation de l'égalité entre hommes et femmes tant décriée dans les programmes politiques des hommes et jamais atteinte, en nom de pâtisseries françaises, est succulente. Pithiviers, créature de ce chercheur, comme un appât sucré, est ce gâteau qui remonte à une tradition romaine, même si elle s'apparente à la galette des rois, c'est sa crème d'amande dans la pâte feuilletée, arrivée en même temps (XVIIe siècle) qui lui confère cette saveur particulière. Grâce à ce robot, Pithiviers, dans le film, tous seront nommés tels de bons appâts sucrés, ainsi, le chercheur créateur pris à son propre piège d'addiction, son point de faiblesse, n'aura-t-il le choix que d'éteindre sa créature, avant que s'étale au grand jour son penchant sucré, comme à d'autres sont les jeunes filles.

Ne vous laissez pas faire, serait la morale de ce film, mais chanter encore, telle La rigueur en chantant.

Benoît Forgeard et son équipe se sont installés dans le Loiret pour tourner, intégralement en studio, le long métrage "Gaz de France" produit par Ecce films. "Gaz de France" a été soutenu à la production par Ciclic-Région Centre en partenariat avec le CNC.
10 techniciens régionaux ont travaillé sur ce tournage.
Synopsis :
Afin de remonter la cote en chute libre du président de la République Française, son conseiller de l'ombre, Michel Battement, réunit en catastrophe une poignée d'esprits éclairés dans le sous-sol de l’Élysée.

Bio :
Benoit Forgeard étudie aux Beaux arts de Rouen, puis au Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains où il réalise Steve André (2002), une fiction tournée et diffusée en directes ainsi que les deux premiers épisodes de la série Laïkapark (2005). En 2006, il incarne Vincent dans les six premiers épisodes du Bureau, mise en scène par Nicolas & Bruno. Le succès de La Course nue (2006) lui offre l'opportunité d'une carte blanche sur France 2. L'année suivante, le cinéaste réalise Belle-île en-Mer, puis L'Antivirus (2009). Ces trois films constituent le récit de Réussir sa vie (2012), dans lequel Un réalisateur, modérément underground, a toutes les peines du monde à finir son film.

Coloscopia
, semble être une grosse farce, érotique... à voir.

Dernier sous-sol...



Fraisier : improvisation clavier et VJ devant un public averti (photo © JD)

Film Par kiwaïda at 12:57

18/01/2017

スヤスヤ, すやすや

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SUYA SUYA


Dialogue entre Shizuko et Yoshihiro

Je me suis longtemps demandé comment fallait-il l'écrire ? Déjà en parler.

Comment pouvait-on croire à d'intentionnelles nuisances quotidiennes, pendant que la vie continue, pendant que l’on aime ce que l’on fait, que l’on aime son métier et ses proches.

Je me suis longtemps demandé comment pendant la guerre invisible, nombre de personnes devaient choisir leur camp, dire, ne pas dire, faire semblant, se taire, ou bien dire et se faire tuer, déplacer.

Et puis, comme j'ai dû fuir, j'ai dû partir, j'ai été menacé, il fallait me taire, ou bien, il fallait endurer sans dire, ou devenir celui à qui l'on n'adresse plus la parole car il est ciblé, on change de place, on ne dit plus bonjour, on n'a plus de place, et dans le même temps on vous surveille plus que d'autres, on vous suit, on vous écrit souvent, très très souvent, on vous cible, on vous commente, on vous juge, on vous nomme très mal, on commence à supprimer votre nom, ou à le démanteler, le fracturer, le changer, on change votre sexe, votre adresse, puis on vous copie, on recopie, on prend votre place, on supprime vos outils, on supprime les accès, il y a des mots de passe, ils changent, puis il y a le mépris, on vous nomme par les majuscules de votre prénom et de votre nom, on vous oblige d'être là à telle heure, dans une heure, le lendemain, on vous accuse de ne pas être venu, de ne pas avoir lu, de ne pas avoir dit, d'avoir dit, d'avoir pris une pause, de ne pas avoir pris de café, d'être arrivé en avance, en retard, on vous accuse de ne pas être là alors qu'on ne vous attendait plus, on vous montre du doigt le dos tourné, on ne vous convie plus, on parle sur vous, sur ce que vous n'êtes pas, sur ce que vous devriez être, dans un coin, on vous demande de vous excuser, de vous expliquer, de vous justifier de vivre, de respirer, de travailler, de lire, de penser, de réfléchir, de ne rien dire, d'être en congé, d'être malade, on vous reproche de guérir trop vite, de prendre le bus et de sourire, d'aller aux toilettes, de vous lever, de regarder par la fenêtre, de ne pas répondre, on vous reproche de travailler trop tard, trop peu, trop vite, on vous reproche de trop bien travailler, de mal travailler, de ne pas dire bonjour quand on vous ne dit pas bonjour, on vous accuse d'avoir peur de venir, d'avoir peur de plaisanter, d'avoir peur d'être bien, de faire comme tous les autres, de mentir, de prendre un café, toute la journée, il faut prendre des cafés et discuter avec tout le monde, faire semblant de comprendre le mal de tous.

Il y a ça et il y a le bonheur. Il faut trouver le temps, se concentrer, emmener loin les autres, évoluer, comprendre, attendre, analyser, penser, apporter, traduire, entreprendre, apprécier, sourire, encourager, discerner, surpasser, exceller, le bel hiver, l'automne, la perfection, la bonté, la bénédiction, l'espoir véritable, l'enfant de la danse, la renaissance, la permission, l'approbation, la beauté éternelle, la neige légère, la petite vague, l'enfant du poney, le petit caillou, l'étoile étincelante, le garçon en or, l'épée du cœur, la défense de l'harmonie, le doux rêve, la fermeté, la fille luciole, l'intelligence, l'écho, la fleur du printemps...

C'est si peu, par rapport à tout le reste.

Un jour, on trouve la force de dire, plutôt de l'écrire, d'envoyer à tous ceux qui feignent.
Sans aucune réponse, on trouve la force de partir, d'aller ailleurs.
De recommencer.

Il faut trouver le temps, se concentrer, emmener loin les autres, évoluer, comprendre, attendre, analyser, penser, apporter, traduire, entreprendre, apprécier, sourire, encourager, discerner, l'enfant de la feuille d'arbre, l'enfant de la plage, l'ambition, la lettre de la lune, le message parfumé,  l'invulnérabilité, le vaisseau,  la tempête de neige, la beauté bénie, le divin sourire, le joyau éternel, le beau récit, la gloire, la chance durable, les milles générations, les cigognes, le splendide, le magnifique, le rouge écarlate, le lotus blanc, la soie tissée, la beauté du matin, le coucher du soleil, l'ange, la nuit de pluie, la confiance brillante...

Et puis cela recommence :

Il faut se taire, ou bien, il faut endurer sans dire, ou devenir celui à qui l'on adresse plus la parole car il est ciblé, on change de place, on ne dit plus bonjour, on n'a plus de place, et dans le même temps on vous surveille plus que d'autres, on vous suit, on vous écrit souvent, très très souvent, on vous cible, on vous commente, on vous juge, on vous nomme très mal, on commence à supprimer votre nom, ou à le démanteler, le fracturer, le changer, on change votre sexe, votre adresse, puis on vous copie, on recopie, on prend votre place, on supprime vos outils, on supprime les accès, il y a des mots de passe, ils changent, puis il y a le mépris, on vous nomme par les majuscules de votre prénom et de votre nom, on vous oblige d'être là à telle heure, dans une heure, le lendemain, on vous accuse de ne pas être venu, de ne pas avoir lu, de ne pas avoir dit, d'avoir dit, d'avoir pris une pause, de ne pas avoir pris de café, d'être arrivé en avance, en retard, on vous accuse de ne pas être là alors qu'on ne vous attendait plus, on vous montre du doigt le dos tourné, on ne vous convie plus, on parle sur vous, sur ce que vous n'êtes pas, sur ce que vous devriez être, dans un coin, on vous demande de vous excuser, de vous expliquer, de vous justifier de vivre, de respirer, de travailler, de lire, de penser, de réfléchir, de ne rien dire, d'être en congé, d'être malade, on vous reproche de guérir trop vite, de prendre le bus et de sourire, d'aller aux toilettes, de vous lever, de regarder par la fenêtre, de ne pas répondre, on vous reproche de travailler trop tard, trop peu, trop vite, on vous reproche de trop bien travailler, de mal travailler, de ne pas dire bonjour quand on vous ne dit pas bonjour, on vous accuse d'avoir peur de venir, d'avoir peur de plaisanter, d'avoir peur d'être bien, de faire comme tous les autres, de mentir, de prendre un café, toute la journée, il faut prendre des cafés et discuter avec tout le monde, faire semblant de comprendre le mal de tous.

Que fait-on le mieux pour empêcher l'autre de vivre ?

On le tue.

Il y a différents moyens de le tuer.

Vivre c'est se nourrir.

Travailler c'est se nourrir.

 

On l'empêche de travailler.

On lui coupe les vivres.

On lui diminue le salaire, l'emploi.

On lui supprime les outils.

On l'envoie au tribunal pour être jugé.

On l'emprisonne, on l'empoisonne.

On le disqualifie, on le liquéfie.

On le vole, on le viole.

On le fait faire par d'autres, par plein d'autres.

Le nombre cela fait plus mal, un nombre incertain, vers d'incertitudes accusations.

Toutes en mêmes temps, pour décerveler.

 

La torture.

 

Je me suis demandé comment les résistants avaient résisté.

Comment pouvait-on savoir qui des collaborateurs, des dénonciateurs, des imposteurs, de celles et ceux qui tamponnent très loin sur un bureau, de celles et ceux qui mettent un timbre, de celles et ceux qui envoient un courrier avec un accusé, de celles et ceux qui signent et aujourd'hui qui relayent les mails, sans écrire leur point de vue, celles et ceux qui signent votre arrêt de mort en signant, mes cordiales salutations.

Je me suis demandé combien de grandes institutions avec de vénérables publicités, une presse qui collabore, un service de plusieurs personnes, pouvaient ne pas répondre aux suicides et aux morts annoncées, aux tortures et aux crimes, aux alertes, comment, elles pouvaient continuer à afficher leur bonne conduite.

Je me suis demandé, avant, comment les gens pouvaient voter et croire au gouvernement, tandis que la vie d'autres personnes étaient en danger.

Quand il fait froid, quand il n'y a plus à manger, quand on est suspecté toute la journée, quand faire les poubelles est le pire des crimes, s'asseoir par terre aussi, dormir aussi, dehors comment était-ce possible ? Quand les uns et les autres ne vous aident plus, quand tout s'arrête, quand on n'a pas un sous pour un bout de pain mais qu'on ne demande rien, on ne demande plus rien car on n'a jamais rien demandé.

La raison de l'amour, la charité, le bénéfice, le gain, l'enfant de la longévité...

À présent je sais, je sais comment tout cela advient.

Je sais que la torture n'est pas visible, je sais que mourir est indicible, je sais que rire n'est pas une respiration, mais un cil bien rangé parmi les autres lorsque la paupière se ferme et que l'on entend le suya suya d'un petit enfant.


  • .凧抱たなりですやすや寝たりけり

  • tako daita nari de suya-suya netari keri


スヤスヤ, すやすや
SUYA SUYA : Onomatopée japonaise  qui exprime le sommeil du juste

Shizuko 静子 : enfant du calme

Yoshihiro 義啓  : révèle la justice / éclairé par la chance


Philosophie Par kiwaïda at 00:20

15/01/2017

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Vains vœux valeureux : Photographies © Sonia Marques







Philosophie Par kiwaïda at 15:29

28/12/2016

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© Album cover : Julien Ducourthial  / Artificial presence by Rico Zerone / 2017

Rico Zerone is back with another beautiful music album, called Artificial presence, it's due out jan.1, for the new year 2017. It is more philosophic than the other albums, sometimes grave, meditative, lively, exotic, cinematic, inquiring, with deep harmonies and cinematic innovation. The result is the very best of Rico. Visuals and animation was made by The jazzist, wonderful graphic designer, Julien Ducourthial, here : http://artificialpresence.thejazzist.nu/

© Visuals and animation by The jazzist, for the music album : Artificial presence by Rico Zerone  http://artificialpresence.thejazzist.nu/

When everything falls, the sparkling and joyful creation appears.
Congratulations ! Sensual synchronized shapes, round, square, trophies, accordions, orgasmic circles, sights and snipers, minimal, pop, smart, sexy, kinetics arts waves and rhythms, multidimensional and virtual movement, with pink and coffee, chocolate and apricot, in philosophical music of mirages of harmony and a phenomenological perspective, sinusoidal, depth, hypnosis, monument, horror of the vacuum, the strange foreigners of the science fiction, estrangement, desirous synaesthesia, representation of visual, auditory, haptic sensations, left and right, painting, serious, comic trip, sweet and calm.
An electronic colored machine that might facilitate the creation of a sonic standing wave.
We are convinced that we can see something in an image even though, at the same time, we are certain, that this something is not really, but only artificially, present.
The album the most elaborate by Rico Zerone and gifted animations by Julien Ducourthial joined together, combined. Some ideas of meetings, and they found in a fabulous, serious, vampiric cosmic vessel.
Unity, Fragmentation, Cellular Automaton 1, Cellular Automaton 2, Cellular Automaton 3, Second Nature, Estrangement, Horror Vacui, Monuments (Artificial Presence - Rico Zerone)
I am filled with emotion. What a beautiful end of the year, apotheosis, pink !
In highlight, hypnotic !

Happy new year 2017 !

Mil abraços e beijinhos ❤

© Visuals and animation by The jazzist, for the music album : Artificial presence by Rico Zerone  http://artificialpresence.thejazzist.nu/

Interviews of crossed keys : Rico Zerone & The Jazzist / by Kiwaïda

RICO ZERONE

K : - Can you describe the process of creation of your music ?
The main theme of this project are several variations on Technoromanticism, or in other words the re-enchantment of a rationalized world through the means of technology. This is a very ambivalent program: on one hand it is very nostalgic about a lost past of ancient unity, a place in time when paradise was real and humankind was united with it, on the other hand it lives from the projection of the said ideal state in the future transcending the present fragmentation of modern life. So it goes in both directions: back to the past and into the future,  both transcend the present. The polarity between nature and civilization provides the point of departure for these kinds of narratives. I will try to illustrate it by reference to the tracks of "Artificial Presence".

K : - How did you narrating, all the title ? Like Horror Vacui, Second Nature, Monuments ?

If we take Unity it has a very idealistic, absolute, omnitude demanding character. I leave it up for the listener to affirm it or not because the same glorious, harmonizing atmosphere can be perceived as compulsion and unfreedom. 

Fragmentation is the fall from this state of perfection and at the same time it represents the act of liberation. Stillistically it breaks with harmonic, tonal conventions and such. Also there is a beat something material, non-spiritual but concrete, terrestrial so to speak. It is possible to contrast Unity and Fragmentation with the ancient dualisms of light and darkness, spirit and matter, etc. but I wouldn't give any of the two a preference over the other.

Horror Vacui or the fear of vastness is a sublime motive. In this particular case it represents the abscence of clear form: infinity. Something truly fearful but at the same time fascinating is happening. I had a particular quote of the French mathematician and philosopher Blaise Pascal in my mind as I began to write this track. It is from "Pensées sur la religion et sur quelques autres sujets". I came across it through reading an essay by Hans Jonas who describes this quote as Pascals characterisation of the solitude of man in the physical universe of modern age cosmology: 


Je vois ces effroyables espaces de l'univers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à ce point plutôt qu'à un autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m'enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour.

Monuments is directly linked to the fear of vastness. Memorials, landmarks are collective strategies to dam back contingency, established for eternity. But there was also a quote by Schiller which inspired me to write this track. It is in particular the root of the theory of the unconscious. He writes that in consciousness the I only finds monuments and memorials of a path, but not the path itself (unconscious) - it is up to transcendental Idealism as science to bring to mind (anamnesis) what is buried in a region beyond consciousness. Again we operate with dualisms this time between the realms of conscious and unconscious, which is the foundation of psychoanalysis. 

Second Nature is the very general term for the area which was created by man and is supposed to be similar to (first) nature. 

Estrangement is directly linked to it - also a marxist key term but has its historico-cultural roots in the theological discourse. For the track itself: it is more lighthearted, think about the first half of Charlie Chaplins "Modern Times" :)

Cellular Automata (1-3) are dynamic systems who seem to visualize organic lifeforms within a determined set of rules. This is also linked to Second Nature, but in a more playful way. I'd like to add that Cellular Automaton 2 is the most Kraftwerkesque track I ever made. I think in their early period they also were pretty technoromantic - simple sequences, almost naive melodies and a hypnotic motorik beat. This is something I tried to incorporate in that particular track. Complexity through iterations, emergence - btw this was also the main theme of "Morphic Resonance" a track on my previous album "Passenger". Alex Bond made a fantastic video piece with feedback:  it could represent self awareness of determined systems (thematically this is also the ground for many science-fiction movies and novels) or just be a trippy experience overall. Musically it is a droney meditation on cosmic nihilism - it culminates and ends in a big implosion as the camera zooms out of the screen. I can truly recommend this video, as it is directly linked to the creation process of "Artificial Presence". 

K : - What's the origin idea of this philosophical artificial presence ?
The title "Artificial Presence" derives from phenomenological image theory. My intention differs - I want to expand it to a wider category than only images. Music itself is produced - it has a presence, in a sense  it is artificially manufactured- (even instruments like an acoustic guitar require craft and tech to build). Same goes for the computer, or any object of utility. But also art - all these have in common that they aren't generated in a natural way (a house doesn't give birth to a house), they are constructs made by humans. I am also thinking of the common root of arts and technology in the aristotelian téchne. Another connotation is again - a true (techno-)romantic topos : the entanglement of organic life and mechanical machines. 


K : - What studies did you make?

Movies i liked and which delve in the same area: Silent Running, Amphibian Man, Solaris, 2001- a space odyssey.

Concluding I want to ask you: Is there a better way to reflect on the process of rationalization in the postmetaphysical age than writing songs in a tracker ?

K :
- Yes maybe, there are lots of way to reflect, it takes time and a great distance, a wisdom, but I think that even by walking, we can think in a postmetaphysical way ;.)

K : - What kind of music you listen to while you read ?
I can't read and listen to music simultaneously, I get distracted either by the music or the text. So I have to say I am not a multitasking person :)

K : - What are your future projects ?
My next project will focus on a more carefree attempt of writing good old module disco tracks. Therefore Orchestral Disco Instrumentals of maestros like Barry White are my primary source of inspiration. There is still much to discover.

K :  - Something to add ? Some wishes for 2017 ?

I came across Juliens artwork through the online label/community micromusic.net- in an instant his graphics fascinated me. He has a very distinctive style which I profoundly admire.

Wishes for 2017: to keep on with writing music :) And best wishes to you two in 2017 !

THE JAZZIST

K : - How did you imagine the shapes and colors animated to illustrate the sounds of this musical album ?
I wanted something minimal & ambient to fit the music of Rico Zerone, that morph to the mood & atmosphere of the album. I started from circle shape and deployed loops around this idea. For the colours used, I have a swatch of 34 colors that I use in general, here they are working by cycling.

K :  - Your animation is very enthusiastic and joyful, what makes you so happy ?
I don't know, maybe the joy of building animations around shapes & colors, and trying to make it nice. That's been quite a while I didn't do animated visuals so maybe this spontaneity can appear as enthusiastic.

K :  - What kind of visual artists do you like today ?
I like swiss & japanese graphic design in general with a focus on experimentations.

K :  - How do you met Rico Zerone ?
I met him on Micromusic I think, after a release called Microdisco Bleepy Ballads if I remember but Rico Zerone has to confirm !

K :  - You live in France, where the best place to dream ?
I like Bretagne a lot. Not much to do but good for riding a bike along the coast there and clear my mind.

K :  - What are your future projects ?
I'm thinking about them, I didn't decide yet !

K :  - Something to add ? Some wishes for 2017 ?
Best wishes to you and Rico & people who will appreciate this project !


Musique Par kiwaïda at 12:50

20/12/2016

ᔕᙓᓰ ᗩ ᐯᗴᖇᕍᗩᖙᙓ ᙓ ᔕOᘎ Fᗴᒪᓮz

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Page du site kiwaida.nu (© Sonia Marques)

Sou guardador de rebanhos
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos são todos sensações.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as mãos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar uma flor é vê-la e cheira-la
E Comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de goza-lo tanto.
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado no realidade
Sei a verdade e sou feliz.

(O Guardador de Rebanhos, de Alberto Caeiro - heterônimo de Fernando Pessoa)

Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes des sensations.
Je pense avec les yeux et les oreilles
Et avec les mains et avec les pieds
Et avec le nez et avec la bouche.
 
Penser une fleur c’est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en savoir le sens.
 
C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et couche de tout mon long dans l’herbe,
Et ferme mes yeux brûlants,
Je sens tout mon corps couché dans la réalité,
Je sais la vérité et je suis heureux.

O Guardador de Rebanhos é um poema constituído por 49 textos escritos pelo heterônimo Fernando Pessoa, Alberto Caeiro em 1914 e Fernando Pessoa atribuiu sua gêneses a uma única noite de insônia de Caeiro. Foram publicados em 1925 nas 4ª e 5ª edições da revista Athena, com exceção do 8º poema do conjunto que só viria a ser publicado em 1931, na revista Presença. A obra contêm poemas "em que a personagem surge sob iluminações imprevistas, revelando aspectos que contradizem o seu ideal de Si-Mesmo e lhe conferem verossimilhança ficcional". Os poemas mostram a forma simples e natural de sentir e dizer de seu autor, voltado para a natureza e as coisas puras.


Internet Par kiwaïda at 02:27

19/12/2016

ШЇℒÐ

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Max et les Maximonstres de l'illustrateur Maurice Sendak (Where the Wild Things Are, 1963)

À force de faire bêtise sur bêtise dans son terrible costume de loup, Max s’est retrouvé puni et enfermé dans sa chambre. Mais pas seulement. Voilà qu’il se retrouve aussi roi d’une armée de bêtes immondes, les Maximonstres. Max le maudit les a domptés. Ils sont griffus, dentus, poilus, vivent sur une île et ne savent rien faire que des sarabandes, des fêtes horribles où il n’y a rien à manger. Max a la nostalgie de son chez-lui, des bonnes odeurs de cuisine et de l’amour de sa mère. Que faut- il faire pour rentrer ? Peut-être commencer par le désirer…

Originaire d'une famille d'émigrants juifs polonais, Maurice Sendak est né à New York dans le quartier de Brooklyn en 1928. Son enfance, ses racines seront déclinées sous différentes formes dans ses histoires. Il est considéré comme l'un des plus grands auteurs illustrateurs de la deuxième partie du XXe siècle. Ses livres pour enfants sont connus dans le monde entier, notamment Max et les Maximonstres et ont marqué de façon tout à fait originale le monde des livres pour enfants. En 1970, il a reçu le "Prix Hans Christian Andersen", suprème récompense pour l'ensemble de son œuvre. Maurice Sendak a quitté New York il y a quelques années pour vivre au calme dans sa maison du Connecticut. Il s'est éteint le 8 mai 2012 à l'âge de 83 ans.

Un long-métrage d'après Where the Wild Things Are est sorti en 2009, réalisation de Spike Jonze

Quand Papa était loin (Outside over there) de Maurice Sendak (1981)


Voir son père s’en aller sur son navire et disparaître par-delà les mers est un vrai cauchemar pour Ida, qui en oublie de s’occuper de sa petite sœur. Heureusement, papa veille… C’est un conte qui fait mentir le dicton «Loin des yeux, loin du cœur ». Une comptine qui rime avec la pensée magique des enfants. Une histoire onirique riche en symboles et en références picturales, mais accessible aux tout-petits par sa puissance d’évocation des terreurs enfantines. Un album de légende.

The Frog King, or Iron Henry (illustration : Maurice Sendak, The Juniper Tree: And Other Tales from Grimm, 2003)

Le Roi Grenouille ou Henri de Fer (Les frères Grimm)

La fille d'un roi aime par dessus tout jouer avec une balle d'or au bord d'une fontaine. Un jour, à son grand désarroi, la balle tombe au fond de l'eau. Apparaît alors une grenouille qui lui propose de l'aider à condition que la princesse la laisse partager sa vie. La jeune fille accepte, pensant que l'animal ne se risquera pas à quitter la fontaine, et la grenouille plonge et lui rapporte la balle. Une fois qu'elle a récupéré son jouet, la princesse tourne les talons, sans plus se soucier de la grenouille. La grenouille, cependant, la suit jusqu'au château. La princesse refuse de la laisser entrer et raconte toute l'histoire à son père le roi, lequel la sermonne et lui ordonne de tenir sa promesse. De mauvaise grâce, elle accepte d'abord que la grenouille monte sur sa chaise, puis sur la table, où la grenouille mange dans la même assiette que la jeune fille, mais, plus tard, au moment où la grenouille veut la rejoindre dans son lit, la princesse, dégoûtée, se saisit de l'animal et le lance violemment contre le mur. Alors, la grenouille se transforme en beau prince. Le prince explique qu'une sorcière lui avait jeté un sort. Il décide d'emmener la princesse dans son royaume, à bord d'un carrosse attelé de huit chevaux blancs. Henri, le fidèle serviteur du prince, les accompagne. Désespéré au moment où son maître avait été envoûté, celui-ci s'était fait ceindre le cœur de trois cercles de fer de façon son cœur n'éclate pas sous l'effet de la douleur. Au cours du voyage en carrosse, les trois cercles de fer se brisent, libérant ainsi le cœur d'Henri.

À la fin, la grenouille dit : "J'ai mangé à satiété; maintenant, je suis fatiguée. Conduis-moi dans ta chambrette et prépare ton lit de soie; nous allons dormir." La fille du roi se mit à pleurer; elle avait peur du contact glacé de la grenouille et n'osait pas la toucher. Et maintenant, elle allait dormir dans son joli lit bien propre ! Mais le roi se fâcha et dit: "Tu n'as pas le droit de mépriser celle qui t'a aidée quand tu étais dans le chagrin." La princesse saisit la grenouille entre deux doigts, la monta dans sa chambre et la déposa dans un coin. Quand elle fut couchée, la grenouille sauta près du lit et dit : "Prends-moi, sinon je le dirai à ton père." La princesse se mit en colère, saisit la grenouille et la projeta de toutes ses forces contre le mur: "Comme ça tu dormiras, affreuse grenouille !"

Dans le conte intitulé Le Roi Grenouille, la grenouille dit à la princesse : « Mach dein Bettlein zurecht, da wollen wir uns hineinlegen », littéralement : « fais ton lit pour que nous puissions nous y coucher». La princesse, réalisant précisément ce qui l'attend, « s'effraie ». Dans la version de 1837, qui aujourd'hui reste la plus lue, on peut lire : « Mach dein seiden Bettlein zurecht, da wollen wir uns schlafen legen ». L'allusion à l'acte sexuel est occultée dans l'expression « schlafen legen », littéralement « aller au lit pour dormir ». Dans cette nouvelle version, c'est à cause des salissures des draps que la fille du roi se met à pleurer. Plus la grenouille s’approche physiquement de la jeune fille, plus celle-ci est dégoûtée et angoissée, surtout quand elle doit toucher la grenouille. L’éveil sexuel ne se fait pas sans dégoût, sans angoisse, ni même sans colère. L’angoisse se transforme en colère et en haine quand la princesse jette l’animal sur le mur. Dans ce conte, comme dans de nombreuses histoires du même cycle, c’est le père qui rapproche sa fille de son futur mari. Considérer la sexualité comme étant de nature animale a des conséquences très nocives, à tel point que certains individus ne parviennent jamais à débarrasser leurs expériences sexuelles, et celles des autres, de ce rapprochement. Conte pour enfant : lui faire savoir que les choses du sexe peuvent d’abord apparaître comme repoussantes mais qu’elles deviennent belles quand on a découvert la façon convenable de les aborder.

Littérature Par kiwaïda at 18:27

17/12/2016

ℓℯ м☠ʊґøїя

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Tropical JD / © Sonia Marques / 100 cm x 75 cm - Mars 2012


  • Le mouroir


Il s'est passé tant de choses depuis son arrivée dans la ville des abattoirs. Ils avaient écrit son nom Pigeon, mais il se nommait Fourmi. Il était nommé ainsi, car dans son pays d’origine, il était un peu plus noir que les autres.
Il se souvient qu’il ne connaissait pas cette ville avant d'y emménager, sept années déjà. C’est une date anniversaire, Fourmi peut écrire une histoire pour Noël. Devancé, il n’a même pas pu faire ses vœux ni écrire sa liste de cadeaux. Ses poches ont été vidées pendant qu’il priait devant le sapin de Noël de la mairie, monté très haut au niveau du balcon supérieur. La supériorité, il n’y croit pas.
Mère supérieure ? Fourmi ne fait pas partie de ses enfants. Il a le point de vue privilégié des assujettis, comme les insectes.
En une semaine il recherchait un appartement et il l’a loué puis déménageait en décembre. De la neige, Fourmi se croyait à New York en bas de la ville à regarder les flocons tomber du haut de grands appartements, les rues désertes. Il a bien aimé cette ambiance feutrée. L’image d’un calendrier, avant il n’aimait pas Noël, ici il a appris à mieux comprendre la nécessité, de considérer cette période, de revisiter l’année passée, de s’asseoir dans un siège, près d’un feu et de savoir ce que l’on met dans ce feu, ce que l’on brûle. Il faut brûler les mauvaisetés, préparer la nouvelle année, se recueillir, penser à celles et ceux que l’on a vu mourir.
Fourmi a bien aimé cette ambiance feutrée. Il allait découvrir jusqu’où le feutre tapissait les sons. Il ne tomberait pas que des flocons.
De façon distraite, il a visionné un documentaire municipal sur la ville et la première chose vantée, c'était l'absolue sécurité dans cette ville, la moins violente du pays avec le moins d'incivilités, tout était décrit comme la perle du calme, au vert. Avec des statistiques cela fait plus vrai. Toujours louche les grands effets d'annonce, cela cache souvent le contraire. Fourmi pourrait décrire précisément toute la séquence, cela reste juste dans un coin de sa mémoire. C’était inintéressant et très niais.
Noël c’est cela, c’est niais, mais c’est génial.
Décembre, il se souvient qu’il y a sept années, à cette même période il emménageait en plein centre ville, en hypercentre. Fourmi se disait c'est comme hypertexte, tout sera lié.
Pouf ! Un de ses chats, jaune indien, est mort ce mois-ci, agonisant, le déménagement n'a pas aidé. Fourmi pense à lui aujourd'hui et se dit, Kami avait eu raison. Il fallait mieux partir vite, comme un papier plié glissé sous la porte du paradis. Parce que tous les autres papiers pliés allaient arriver très vite.
En sept années, Fourmi a déjà déménagé et a assisté à un suicide. Un jeune homme s'est jeté par la fenêtre du haut de l'immeuble, et il a entendu un bruit d'éclats de verre, c'était la nuit. De sa fenêtre, il a vu le haut d'un abri bus éventré, il était au sol, seul à plat ventre. Les pompiers sont arrivés. Il n’a vu aucun autre habitant près de lui, solitude infinie. Ici, les êtres se suicident en silence, dans un éclat de verre feutré.
En l'espace de quelques semaines, Fourmi a rencontré ses voisins, tous ses voisins. Le jeune homme passé par l’abri bus vivait avec deux autres amis dans l'appartement d'en dessous. Il est monté tout en haut de l'immeuble pour se suicider, une affaire de passion amoureuse, dont il ne fallait pas parler, l'homosexualité était très taboue, dans cette ville. Le suicidé (sauvé, mais tout cassé, grâce à la vitre de verre de l'abri bus) travaillait dans un restaurant huppé, mais il ne fallait pas ébruiter cette affaire. Si les employeurs savaient qu'il était homosexuel, il aurait été licencié. Le plafond de verre, il l’a testé dans l’autre sens, et même traversé, voir du point de vue supérieur. Aveuglé, il est tombé. Ainsi, dans cette ville, on pouvait mourir d’aimer à force de cacher son homosexualité. Tous ses voisins ont déménagé l’année suivante.
Il s'est passé plein d'autres choses, d'autres jeunes hommes faisaient la fête tous les soirs, d'un autre étage. Ils organisaient des soirées poker, de l'argent était en jeu. Ils étaient si jeunes, il y avait des filles qui montaient en talons aiguilles les marches de l’escalier avec prudence, si hauts qu’elles ne pouvaient redescendre, à moins d’enlever leurs pantoufles de vairs, les tenir à la main, surtout éméchées. Cela faisait des bruits de feux d’artifice, comme avait dit son père, qui s’était réveillé malgré tout d’un sommeil si lourd, un soir lorsqu’il était passé le voir. Ces jeunes voisins travaillaient dans des chantiers de la ville, les parents étaient connus pour échafauder tous les immeubles de la mairie, un peu mal fait, vite fait. Les enfants gagnaient bien leur vie et le soir ils buvaient bien aussi… De la drogue était en jeu. Un soir, un de ces jeunes hommes a dormi sur le paillasson de Fourmi. Il l’entendait ronfler derrière la porte. Fourmi avait ouvert, il le trouva pieds nus, il était replié comme un bébé, un nouveau né. Un autre jour, ce jeune voisin a frappé à se faire saigner les mains sur la porte d'une autre voisine, pensant que c'était son appartement. Il s’élançait sur le palier et venait cogner tout son corps sur la porte, plusieurs fois de suite. Elle a ouvert et il s'est jeté contre elle, la tapant dans tous les sens. Son ami présent a appelé la police. Les policiers sont intervenus il a été emmené avec des menottes liées dans le dos, dans un fourgon, il était drogué et a fait une crise, les policiers ne pouvaient le raisonner, il avait une force décuplée. Il a été relâché aussitôt le lendemain. Ses parents ont payé une somme pour le libérer de sa garde à vue et éviter tout le reste. Ce jeune homme a commencé à ne plus payer son loyer, il avait de grandes dettes de ses soirées de poker. L’agence immobilière n’a pas pu le mettre à la porte, car c'était grâce à ses parents qu'il avait pu louer l'appartement. Ils connaissaient la petite agence familiale, pas besoin de garanties. Cela a duré plusieurs années. Puis, il est parti, il a déménagé du jour au lendemain. Ses parents ont refusé de payer pour lui, ses mois de dettes et de loyer. Fourmi en passant dans une rue plus loin et en entendant des bruits de feux d’artifice et des voisins qui se plaignaient aux fenêtres, retrouva la même situation, les mêmes jeunes gens et leurs soirées de poker.
Entre temps, l'agence immobilière qui sonnait la banqueroute, a fait payer à Fourmi toutes les charges des locataires absents de l’immeuble. Une falsification des charges. Fourmis demeurait le seul présent dans l’immeuble. Les autres jeunes, il fallait qu'ils partent pour diverses raisons d'impayés. Fourmi devait payer toutes les charges pour tout l'immeuble. Fourmi devait partir, encore, partir trouver un autre lieu de vie.
Il marche dans la nuit, il traverse les rues désertes, pas un chat, il pense à Kami. Il entend des cris et des pleurs, comme une petite fille. Il voit un couple passer sans s'arrêter. Devant un grand magasin, et ses mannequins en vitrine, des femmes dénudées aux lingeries fines, des publicités de lèvres ourlées, des seins pigeonnants, de la dentelle rose, noire, blanche, un string sur des paires de fesses métisses, un jeune homme seul brame au loin, il agonise lentement, sanglote, se retient, tremble. Dans les montagnes silencieuses de ces décors publicitaires, c'est une marmotte qui pousse des petits cris aigus. Fourmi s'approche et découvre un jeune étranger, la bouche en sang, apeuré comme un animal, dans une flaque rouge, il tient à la main ses dents. Le jeune homme parle une autre langue, Fourmi ne comprend rien. Il tend sa main pleine de ses dents, il vient de se faire tabasser à mort. Il a un petit sac avec des paillettes, des sequins, il a des baskets, il est si mince, des yeux noirs, des cheveux crépus et denses, il pleure, il gémit. Fourmi le rassure comme il peut, c'est un dialogue de sourds, il a perdu l'ouïe aussi, il met l'autre main ensanglantée sur son oreille. Son corps de feuille tremble de petites secousses. Fourmi appelle les secours. Oscillation, vacillation. Une voiture débarque, quatre hommes, qui parlent la même langue lui crient dessus. Ils n'ont pas de paillettes, ils ont de longues barbes. Ils préviennent Fourmi, il ne faut pas qu'il reste ici, cela arrive souvent, entre hommes ici, des règlements de compte. Les pompiers arrivent, la police arrive. Ils ne s'intéressent pas à la marmotte qui pleure, ils décident de le laisser. Les quatre hommes embarquent le frêle animal dans leur voiture, aux yeux gonflés, la mâchoire défoncée. Fourmi reste seul devant cette flaque rouge, quelques sequins confettis flottant à la surface. Scintillation. Les mannequins immenses, photographies de filles des mères supérieures maquerelles sur les papiers glacés qui dominent les vitrines éclairées, n'ont pas bronché. Elles pigeonnent, elles dépouillent.
Il y a quelques mois, il rencontre une nouvelle voisine, très jeune, apprêtée comme une prostituée. Elle a un problème, quelqu'un vient lui couper l'eau, avec un autre voisin ils sont allés voir cela. Quelqu'un a accès au panneau de l'eau. La voisine raconte qu'elle travaille à la police de cette ville et un de ses amants est devenu très jaloux, il est policier. Plus tard, elle en est au même constat, cette fois il a accès au panneau de tous les courriers des habitants de l'immeuble, et il lui pique ses lettres, ses salaires. Elle ne reçoit plus ses courriers. Le policier jaloux a accès à toutes les lettres de tous les habitants, les cartes d'anniversaires, les factures, les avis de passages, les colis, les déclarations des impôts, les publicités, les mots d'amour, les mots des marabouts, les invitations aux évènements, fêtes et mariages, vernissages et obsèques, les bons de réductions, les convocations, les cartes à gratter, les journaux, tous les courriers des familles éloignées et ceux des administrations rapprochées, les trésors publics et privés, les erreurs de passages, les injures. Il dérobe les courriers de son ancienne amante, ceux des autres par épisode et curiosité. La voisine disait qu'elle ne pouvait faire une main courante parce qu'il était policier. Il y a peu de temps, la voisine déménage en une après midi très rapidement, sa mère et ses frères sont venus l'aider à prendre la poudre d’escampette. C'est bien connu, en grande quantité la poudre permet de s’enfuir et de s’évaporer dans la nature.
Fourmi est employé dans un abattoir de la ville depuis plusieurs années, on le nomme Le mouroir. Mais il a dû travailler dans celui d’une autre ville également, car les conditions de travail au mouroir étaient devenues trop difficiles. Il était employé pour permettre le contrôle sur la qualité des viandes, pour prévenir des dangers de l'abattage des animaux et de garantir la salubrité publique par la concentration en un même lieu des mesures de surveillance et de propreté. Au mouroir, il y avait des cris singuliers, des intonations d'une détresse profonde qui semblaient dire des mots qu'on aurait presque pu comprendre. Fourmi commençait à penser l'idée d'une ville terrible, de toutes ces villes épouvantables et démesurées, comme serait une Babylone ou une Babel de cannibales où il y aurait des abattoirs d’êtres vivants. Il commençait à chercher à retrouver quelque chose des agonies humaines dans ces égorgements qui bramaient et sanglotaient.
Tandis qu'il travaillait dans une autre ville, Fourmi apprend par hasard, que la direction du mouroir a saisi son salaire, d'une somme de mille euros. En regardant son compte en ligne, son salaire fut réduit, il ne restait plus que quelques euros. Une saisie pour une direction de la taille de cet abattoir, qui engrange des millions, ce n'est rien, si elle se fie à son propre salaire, mais sur un employé que l’on surnomme Pigeon, et qui ne fait pas partie de sa famille politique, c'est l'abattre. Seuls les amis politiciens de la direction étaient considérés comme des employés et ne touchaient pas aux bêtes. La politique du mouroir était devenue extrémiste et corrompue. Elle s'organisait à afficher des niaiseries.
En interrogeant sa hiérarchie, distante, ils lui ont répondu que c'était cette direction du mouroir, prénommée La cigale qui avait réalisé cette saisie sur salaire. Il avait été prévenu par courrier avec des accusés de réception l'informant qu'elle saisissait son salaire, car il s’était absenté  du mouroir deux fois, alors que tous les employés souhaitent mourir, plutôt deux fois qu'une. Les signataires aux soins palliatifs tirent leur dernière révérence.  À ce moment il travaillait dans un autre abattoir, La cigale le savait bien, mais elle ne voulait pas de concurrence. Fourmi était un bon employé, besogneux, un peu trop lucide et quasiment invisible. Il n'avait jamais été remarqué, jamais reçu de promotion, sa hiérarchie ne l'avait jamais rencontré, il faisait partie des fourmis noires. Il devait retourner travailler au mouroir, là où la mort, invisible, bourdonnait aux oreilles des hommes affolés, essoufflés, inutiles dans cette lutte affreusement inégale, là où les condamnés à mort ne savent plus lire ni écrire, ni les bourreaux pour mieux abattre.
La cigale avait été choisie pour son inconsistance et pour s'amuser avec ses amis, l’arrosoir et les arrosés, le temps que les politiques fassent le ménage et lui ordonne de vider les lettrés inutiles, garder les illettrés, c'est plus rentable. À mort les précieux, pas d'états d'âmes, que des bourreaux. L'objectif était d'abattre et faire le plus d'argent possible, tout était permis pour gratter dans les petits coins, les marges, revendre des outils reçus gratuits, piquer la caution des bêtes, accuser les insectes, les moins que rien, supprimer leurs salaires, leurs postes, les remplacer par des demi-postes, des amateurs, déclasser, abrutir, assujettir, vider l'âme de ces lieux et exposer aux crochets les bêtes abattues, les meilleures pièces.
Servir, se servir, asservir. Les politiciens visitaient les expositions et apposaient leur signature en toutes les langues afin que rayonnent à l'étranger leur puissance, leur autorité, une radicalité, une verticalité. En ces temps de famine horizontale, c'était signer leur impuissance et le rayonnement aveuglant, depuis des lustres avait perdu de son éclat. Les étrangers avaient commencé à trouver tout ce cirque ridicule et s'attachaient à faire des inspections dans ces abattoirs plus poussées en infiltrant d'ignobles bouchers, les meilleurs espions.
Depuis un an, il avait été déporté dans une autre ville afin d’échapper au mouroir et à sa direction supérieure. Elle partait souvent en voyage avec ses sous-chefs, souvent absente de l'abattoir. Elle revenait pour juger les bêtes qui seraient abattues et la procédure à établir, puis repartait. Elle avait prévenu ses employés « Je suis pénarde, je fais ce que je veux, il ne peut rien m'arriver », en tournant sur son nouveau siège, « Je vais supprimer des ateliers et vos noms, je vais renommer les salles froides ». Plusieurs employés finissaient leur vie au mouroir, depuis des années et abattaient les bêtes de façon illégales, de plus en plus sans prévenir des dangers. C'était à la chaîne, question de rentabilité, de chiffres, de masse à abattre.
Fourmi n’avait pas reçu les courriers de la direction, se demandait à quoi correspondait ces deux fois où il n’était pas présent au mouroir, mais travaillait dans une autre ville. Il n'avait pas été convié. Que s’était-il passé là-bas ? Sa hiérarchie, une administration située dans un autre pays, car Le mouroir était délocalisé, n’avait aucun moyen de contrôle, ni n’effectuait plus d’inspection depuis des décennies dans cet établissement. Elle lisait juste les effectifs et les chiffres et faisait réaliser des statistiques par une agence de son pays, qui ne parlait pas la même langue.
La cigale avait opéré une saisie, par derrière. L'homosexualité était taboue dans cette ville. Il fallait l'abattre. Aucun de ses collègues au mouroir ne l’avait prévenu, ou bien étaient-ils déjà tous morts ? Fourmi n'avait plus aucun contact avec eux, cela remonte à longtemps déjà, ils ne l'avaient pas convié aux réunions. Tout a été validé sans aucune vérification. La hiérarchie n'a jamais contacté Fourmi, l’intéressé, avant la saisie, ni après. Être amputé devenait la norme, il fallait juste ne pas le savoir, ni chercher à le savoir. Fourmi a tout de même demandé pourquoi La cigale ayant chanté tout l’été est venue lui prendre son salaire. Si on lui avait demandé son avis, Fourmi n'aurait pas été d’accord. Si La cigale chantait, il en était fort aise, mais qu’elle danse à présent !
L’été dernier, déjà, La cigale le convoquait au tribunal correctionnel dans la prison pour une autre saisie sur salaire. La cigale avait faim, le petit salaire de Fourmi l’intéressait. Cette saisie était pour une somme de 13 euros et 18 centimes. Ce n'était rien disait La cigale devenue frugale. C'était l'apéritif, car après était programmé la grosse saisie sur salaire. La procédure était préméditée. La cigale avait accusé Fourmi d’avoir rendu un crochet dans une saleté remarquable avec des déchets et des traces d’aliments, de la terre. Il y a 2 ans déjà. L’affaire devait être jugée 3 mois plus tard, en automne. Il avait été prévenu par courrier, des frais pouvait s’ajouter en plus, pouvant aller jusqu’à son salaire entier supprimé. Il allait souffrir, mais il était prévenu. Les méthodes de l'abattoir étaient les mêmes. La raison pour laquelle il y avait des saisies par surprise, c'est pour abattre, par étourdissement répété.
En l’espace d’un instant, en train de travailler dans une autre ville, Fourmi devenait l’homme le plus recherché, délinquant, l’employé le plus néfaste, qui comparaissait pour un délit terrifiant. Il méritait la prison. Il y avait des saletés sur un crochet qui était déjà vieux de plusieurs années et La cigale souhaitait le revendre à des vendeurs à la sauvette, sous les ponts. C’était dans le but de lui supprimer ses outils de travail, au fur et à mesure. La cigale voulait le poste de Fourmi. Le rêve des supérieurs : obtenir le point de vue privilégié des assujettis, prendre la place, écraser les insectes.
Saleté le mot était écrit, puis réécrit, au cas où Pigeon n'avait pas bien compris. Dans les courriers, il était surnommé ainsi, Pigeon, ils sont écrits pour les imbéciles, pour ceux que l'on peut facilement tromper, voler. Dans un cercle de jeu, on immole les pigeons, on appelle cela, l'abattoir. C'est un jeu de dupes. Il faut des coupables, il faut plumer, dépouiller. C'est un poker qui coûte très cher. Seuls les plus aisés peuvent y jouer.  Ceux qui ne touchent pas aux bêtes.
La cigale avait envoyé un de ses secrétaires interrompre les séances de travail de Fourmi, dans la salle froide, afin qu’il lui donne une enveloppe en mains propres, dans laquelle, un courrier reprenait les mêmes mots, c'était sale, il y avait de la saleté sur le crochet, et c'était Pigeon qui devait payer. Il devait plus exactement s'exécuter, dans les vingt-quatre heures. Fourmi ne savait pas si c'était avec un flingue ou pendu à une corde, mais il a préféré ne pas le faire, ne pas s’exécuter. Il pensait que s'exécuter aussi rapidement, sans qu’il puisse prévenir ses proches, ses collègues n'était pas normal. Au moins il espérait une cérémonie, des fleurs, une couronne, quelque chose. Lorsque Fourmi en a parlé à ses collègues, personne n'a voulu être touché par la saleté. Il est devenu un paria. Ils voulaient tous avoir les mains propres. Ils avaient bien compris le message de la direction : ne plus jamais lui adresser la parole, ni lui écrire, ni lui téléphoner. Fourmi ne le savait pas encore, il ne savait pas que la saleté se projetait aussi facilement. Il pensait que ses collègues seraient bien plus engagés, dans cet art de la boucherie, le vrai art, comme des artistes, capables de maculer des toiles de peintures entières, tâchés jusqu’aux mains. De vrais petits sales artistes qui n’avaient pas honte de leurs saletés !
À cette période, avant de travailler dans une autre ville, d'être sollicité pour ses compétences ailleurs, au mouroir, il a commencé à ne plus avoir de lieu, ni de temps dédié pour réaliser ses tâches. Lorsqu’il allait dans ce grand mouroir tout propre, il voyait qu'on se pinçait le nez sur son passage. Ses collègues ont commencé à avoir peur, s’il était sale, il ne fallait pas le toucher et jamais lui prêter d'outils, sait-on jamais, s’il faisait caca dessus.
Un jour, Fourmi va au cinéma de la ville, voir un film réalisé par un homosexuel sur un homme qui aime se vêtir en femme. Ce film n'a pas froid aux yeux. Et il voit le secrétaire de La cigale avec un autre homme s’asseoir devant. Il est si gêné de reconnaître Fourmi, qu’il s’engouffre dans son fauteuil devant lui, comme s’il devenait un petit enfant. Son ami n’arrête pas de lui parler, il ne connaît pas Fourmi. Le secrétaire fut bloqué toute la séance. Secret taire. Fourmi pensait à la mère supérieure, peut-être que le secrétaire imaginait que tout le monde était une mère supérieure et qu’il serait puni d’aller au cinéma avec un autre homme. Il devait craindre d’être mangé à son tour par La cigale.
Fourmi pensait à son voisin qui s’était suicidé, mais s’était raté au final. Tout cela à force d’avoir caché son homosexualité, il était capable de choses extrêmes, même d’attenter à sa vie, peut-être à celle des autres, afin qu’ils ne disent jamais rien. C’était un bon film. Fourmi a complètement oublié le reste.
En attendant, il était envoyé au tribunal pour de la saleté. Le secrétaire et sa mère supérieure, avaient décidé cela ensemble. Encore un truc sexuel refoulé, signifier le dégoût de l'autre et en tirer plaisir, punir. Cela ne devait pas tourner rond dans leurs têtes, mais Fourmi n'était pas médecin, il n'avait pas le temps de s'occuper des pathologies des autres, de leurs névroses insecticides. Mais le nettoyage ethnique faut faire gaffe, Fourmi en a vu de belles dans son pays, le zèle de l'administration conduit aux génocides. Il y a toujours des raisons logiques quand on déporte, c'est à cause de la saleté. Le déchet social valorise les élites, sans lui, pas de prestige, il faut trouver l'écrin du bijou toc. Troubles obsessionnels compulsifs. 
Un jour, Fourmi va travailler au mouroir, il y a très peu de bêtes à traiter et les autres collègues plus du triple, dans la case d’à côté. Et Fourmi voit écrit tagué au dessus de son sobriquet Pigeon  : « Fuyez tant qu’il en est encore temps ! »
Il s’est rendu au tribunal en automne, une ambiance mortifère, dans la prison, des affaires graves de violences, une vingtaine. Un forcené tatoué, un marin chiffonne sa convocation et hurle, il ne trouve pas sa salle. Les avocats sont paumés, individualistes, payés à l'heure, ils profitent de l'incurie, l'heure tourne, trois heures de retard, ils observent la jungle, ils ne pipent mots, camouflage manchots. Cachots. Les prisonniers leurs lancent des boulettes de shit à travers les barreaux de leur fenêtre. Un jeune homme accusé de viol ronge ses lèvres et retient un peu sa liberté assis entre deux femmes, chacune avec une poussette remplie, des courses, des enfants, on ne sait plus. Un autre vient de tomber dans les pommes, le tribunal n'a pas de pompiers, trois personnes sont à terre et tentent de le ranimer. Des greffières courent inutilement, les papiers sur les salles sont erronés, les prévenus rentrent dans n'importe quelle audience comme chercher son pain dans une boulangerie. Les juges sont exaspérés, ce sont des femmes, elles transpirent. Burn out supérieur.
Tension, extension. Ils ont fait une erreur sur son nom, ils l’ont appelé Pigeon, mais il se nomme Fourmi. Cela a été reporté. Récolte, la main au panier : des pommes et des avocats.
En cette fin d'année, Noël prenait une allure de folie dans cette ville. Fourmi avait porté le scandale du mouroir aux médias, les monstruosités faites aux animaux. On pensait avoir vu toutes sortes de sévices et de maltraitances animales perpétrés dans des abattoirs. Cette fois, l’horreur était à son comble. Si la pratique est légale et régulière, bien que méconnue du grand public, elle reste controversée, au point que plusieurs pays cherchent à l’interdire ou à la limiter. C’est la première fois qu’un lanceur d’alerte témoignait à visage découvert dans le monde occulte des abattoirs. Une fourmi noire en plus. Alors qu’il travaille depuis sept ans dans l’établissement le plus grand du pays, Le mouroir, Fourmi dit ne « plus y arriver », « Je sais que je vais perdre mon travail. Je veux que le peuple soit au courant. » Terrorisés plusieurs fois avant d’être abattus, les bêtes comme les êtres humains, sont torturées avant de mourir. La raison est motivée : c’est un abattoir, c’est fait pour abattre.
Fourmi aurait souhaité qu’on le prévienne avant de travailler dans ce mouroir, il était venu de loin pour travailler, de son pays. Pour combien de temps en avait-il encore avant d’être abattus lui-même par la maladie, par épuisement. Cela n’avait pas encore été motivé, il fallait qu’il attende, qu’il continue à réaliser ses tâches, qu’il vienne parcourir les couloirs de ce grand abattoir gris, prendre connaissance avec les murs qui chuchotent « Nous sommes tous morts ici »
Pour la saisie sur salaire la seule raison évoquée et validée est que la direction a bien envoyé des courriers avec accusés réception. Cela suffit à réaliser une saisie, d'ailleurs toutes les directions des abattoirs peuvent en faire autant. Envoyer des courriers pour prévenir d'une saisie arbitraire, et la preuve est là, c'est validé, même si personne ne reçoit les courriers. Sens unique. Du ciel ne tombe pas que des flocons. Fourmi pensait au policier qui piquait les courriers de tous les habitants de son immeuble, et harcelait son ancienne compagne. Il pensait à cette voisine qui avait déménagé, à son voisin qui s’était suicidé, à son salaire qui avait disparu, à ce Noël où il décida de ne plus manger de viande, ou il pensa trouver un autre travail, très différent, peut-être dessinateur ?
Fourmi n’avait pas encore vu tout cela, arrive Noël et tout s’éclaire. Le sapin est joli finalement. Il manquait des guirlandes, il fallait relier tout cela, car quelle dispersion !
Fourmi pensait au policier, il ne sera pas dans le tribunal, La cigale non plus, ils sont partis en voyage de noce, au pays du dédain. Les étoiles scintillent dans le ciel, Fourmi a une pensée pour eux.
Il pensait à ce jeune homme qui s'était suicidé, tombé du ciel, il pensait au feutre, il a découvert jusqu’où le feutre tapissait les sons. Il pensait aux avocats et aux pommes, aux plumes, à toutes ces décorations de Noël.
Les supérieurs du pays lui ont dit qu'il suffisait de motiver ses intentions pour qu'un salaire soit supprimé, les supérieurs de la ville lui ont dit à la justice qu'il suffisait que quelqu'un remplisse un formulaire automatique pour saisir des choses, n'importe qui peut le faire et peut dire n'importe quoi, la justice est obligée d'acter. Il n'y a plus que des femmes à ces postes, au bord du burn out. Elles ne savent pas trop pourquoi elles travaillent, pour qui, ni la finalité de tout cela. La solution finale c'était cela aussi. Les secrétaires des nazis, furent excusées et toujours bien replacées, et ont vécu très longtemps. Car elles ne savaient pas qu'elles écrivaient des courriers avec accusés réceptions pour envoyer des êtres vivants dans des trains pour être déportés, elles ne savaient pas.
Il y a trop d'êtres vivants, il faut déporter, afin que ne restent que des élus, médiocres évidemment. Mais il faut aussi d'autres êtres pour choisir qui déporter, il faut motiver ses décisions. Tout l'art consiste à émettre des preuves, mêmes tronquées, car personne ne lit plus. Il faut choisir des êtres qui ne savent pas trop ce qu'ils font, afin qu'ils puissent prendre de si graves décisions d'amputation.
Mais tous, aujourd'hui sont d'accord, ils sont motivés à supprimer tous les salaires, tous les emplois. Le travail n'a plus de valeur. Plus personne ne doit plus travailler. Et les êtres vivants ? Morts, ils rapportent plus d'argent, il faut les plumer tous.
Il faut couper les arbres vite : Paf ! Sans que l’arbre ne s’en rende compte : Slachhh ! Et on entend sa petite voix des racines, « Je ne peux plus parler au dessus de la terre, je n’ai plus de branches, je n’ai plus de tronc, les êtres vivants ne me voient plus » et des voix de répondre : « Mais si t’inquiètes, nous sommes les racines, viens avec nous, nous sommes très nombreux sous terre ». Enterrés.
Personne n'a plus le temps de lire, d'ailleurs Fourmi a rencontré beaucoup d'analphabètes, hauts placés, il faut toujours inverser (ils sont en fait déplacés, ils passent leur temps à se couvrir). Ce n'est pas très grave, il y a trop de monde, les copains d'abord, même les plus abrutis, on leurs trouvera bien des places. Les enfants crapules dont on ne sait que faire. Les étrangers sont intelligents, il faut se soutenir, entre crapules, bétonner les rues des villes, cimenter les salaires, dehors les fourmis noires. Dehors c'est la rue, dehors ça coupe vraiment. Les jeunes tombent du ciel, dans un silence feutré. Et les sans domiciles fixes font des dessins à même le sol, à la craie blanche. Fourmi porte un masque noir parce que dans le noir on voit mieux les étoiles.
Pour avoir la possibilité que l'on vous écoute ou que l'on vous lise, il faut payer très cher, et même en le faisant, personne ne saura lire, personne ne saura plus jamais vous entendre, vous comprendre. Le savoir, cela ne s’invente pas.
Nous sommes des animaux.
Le silence feutré.
Craies blanches, masques noirs.
Les passants pourront marcher de nouveau dessus, écraser toutes les saletés, les fourmis, et l’eau de la pluie effacer naturellement ces desseins du savoir. Le hasard n'en fini pas de se faire remarquer.

Sonia Marques - décembre 2016

Note de l'auteure :
Les personnages et les situations de cette nouvelle étant réels, toute ressemblance avec des individus et lieux imaginaires, serait fortuite. Pardonnons la réalité. Aux personnes qui croient se reconnaître, les insectes apporteront la preuve de leur inexistence.


Art Par kiwaïda at 19:23

11/12/2016

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Carte de Noël à vendre, prix libre, me contacter, message personnalisé...

La mère Noël est passée par derrière plus tôt que prévu, vidant les poches de l'État, afin de participer à la mort des écoles d'art. Le sabotage dans le système, en choisissant les victimes. Culture des abattoirs municipaux, abominables méthodes. Étourdissements ratés et répétés à maintes reprises. Nous sommes terrorisés. Nous sommes les animaux. C'est à Limoges que cela se passe, capitale des spécialités bouchères, servies sur des assiettes de porcelaine blanche. Les mains propres. Ce sont les autres qui sont sales, des animaux qu'il faut tuer. L'État valide, l'état exécute, et verse de l'argent, d'ailleurs ils vous l'écrivent : vous ne vous êtes pas exécuté, assez vite, nous le ferons. Les clampins ont cru au sapin doré des vernissages, en attendant, attention vos fesses les petits croyants, la culture hissée en haut des cannes à pêche, c'est pour vous les idiots maternés. Par surprise votre tour viendra, l'État copie les méthodes terroristes. Les ogresses ne savent rien de la culture, ainsi se font-elles juges des savoir faire. Faisons semblant de prier, car nos poches sont déjà vides, mais notre mémoire pleine. Les gras déjà trop gras sont tous malades, ils cachent leur pathologie et tuent leurs petits. C'est une boucherie. Ça sent le sapin partout dans ce modèle de société qui objétise le vivant. La lâcheté des décideurs politiques se visibilise prêts à tout au nom de l’emploi. Nous sommes épiés, traqués, surveillés, punis, infantilisés. Dans quel état sommes-nous ?

Ils perdront tous leurs multiples emplois.

Je vous salue, Marie pleine de grâce ;
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus,
le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen.


Enseignement Par kiwaïda at 12:28

09/12/2016

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Démo dessin (pour des étudiants) 7 et 8 décembre 2016 (© Sonia Marques)

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Premier dessin démo ce semestre, devant les étudiants, improvisé pour mon studio "Il pulcino nero".
Elles travaillent, elles dessinent, elles apprennent, et moi aussi, avec un peu d'avance. J'ai mis de la couleur, mais nous sommes au trait noir, les temps sont difficiles, nous n'avons plus beaucoup de moyens.
Autours de nous, il y a beaucoup de moyens, et peu d'idées. Nous continuons à chercher des idées et les développer, avec très peu de moyens, nous continuons.
C'est Noël, tous les fonctionnaires sont récompensés de leur année, de leur service effectué.
Ils ont tous bien travaillé, ils ont reçu des primes, la paye est bien arrivée, très tôt, très très tôt.
Ils font des cadeaux. Ils partent en vacances.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Des guirlandes colorées, des fils barbelés, des accordéons du savoir, désaccordés. D'accord, d'accord.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. Des maladroits, des blessés, des familles entières, des plus lourds, des empereurs.Tableaux de fils.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. De ceux que l'on insulte, des estropiés, des amputés. De ceux que l'on écrase, de leurs cicatrices, des marques de pneus.

D'où viennent ces pieds ?
Des manchots. De ceux qui se soutiennent, des familles téméraires, ils se portent, se supportent, se transportent, s'importent, s'exportent, qu'importe... Du porte à porte.

D'où viennent ces pieds ?
Des fonctionnaires obéissants qui vivent sur la banquise glacée au service des autres.
Ce sont des manchots, ils limitent les forces de frottement lorsqu'ils nagent.
34 jours de mue, très rapide. Le mois de janvier annonce un plumage nuptial, les manchots palissent.
Ils redeviendront sombres, année 2017.



Démos dessins (pour des étudiants) 7 et 8 décembre 2016 (© Sonia Marques)

Les bandits manchots se tiennent les ailes, raides et aplaties, solidaires.
Incapables de voler.


Enseignement Par kiwaïda at 12:14

25/11/2016

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Maria Helena Vieira da Silva et Arpad Szénes

Eu ensino na escola nacional superior de artes de Bourges, desde janeiro 2016, à jovens estudantes. Então um curso específico e muito preciso, eu as ensino a desenhar unicamente à linha preta (mas eu também faço outros cursos diferentes artísticos e com outros colegas). Aquilo faz uma quinzena de anos que ensino em diferentes escolas superiores de arte na França com intervenções no estrangeiro (em Suíça, na Bélgica, em Portugal) Em Bourges, (na sua forma portuguesa Burges), a antiga capital da região do Berry, praticamente no centro geográfico da França, parece que a vida é mais sossegada do que a agitação permanente de Paris, mas conservando sempre todas as características e vantagens de uma cidade com 100 000 habitantes. Acho que Bourges têm um óptimo ambiente para se viver ao dia à dia. Nada de buzinas, nada de pessoas cheias de pressa em toda à parte, nada de turistas chatos : é um sossego.
Com essas estudantes, ensino a trabalhar por meio de software de desenhos para aumentar as realizações, escalar as imagens, desenhar edições de conteúdos visuais em formato vetorial, conceber grandes formatos e imaginar impressões muitos grandes, nas paredes, em volume (estudos em arte multimédia). As mudanças culturais e tecnológicas registadas, no decurso das últimas duas décadas, têm vindo a alterar os modos de representação e de produção gráfica e deram origem ao aparecimento de novas formas de ensino-aprendizagem e de aplicação prática do desenho. A expressão gráfica como domínio específico da realização artística não representa, hoje, a totalidade das funções do desenho, tendo em conta a importância do desenvolvimento da informática e da informação elaborada por computador e transmitida de forma gráfica. Neste contexto, a função cognitivo-comunicativa do desenho, como instrumento de pesquisa e de informação científica, o meu ensino proporciona uma formação pluridisciplinar assente em temas que integram aspetos estéticos, organizacionais, sociais e tecnológicos relacionados com a criação, desenvolvimento e aplicação de conteúdos multimédia, mas com uma metodologia muito simples (meu segredo, minha experiência de vida). Os estudos das obras de arte e a história da arte são muito importantes, assim como a arte contemporânea, ou das novas tecnologias. Nas minhas aulas, a aprendizagem do desenho à mão é fundamental. Penso que aprendo sobretudo a observar, então contemplar.
Nas grandes oficinas de pintura, trabalham em silêncio, muito concentradas e eu também. Os professores franceses estão muito surpresos e dizem quando eles atravessam o espaço “Reina uma calma Olímpica”, ou “Existe aqui um silêncio religioso”. Desejei saber por que era tão excepcional hoje, que as estudantes em arte sejam assíduas e muito concentradas no trabalho, desenhando, mesmo, se cada uma delas ouvém música com seus fones.
Uma delas tinha desenhado traços enérgicos à tinta da China preta, que desenhavam um espaço. Pensei às pinturas de Maria Helena Vieira da Silva. Ensinei o que era esta pintor, inteligente, sensível e à frente de seu tempo. Um pouco depois, encontrei um professor pintor, também é um crítico de arte nesta escola. Diz-me que ele escreveu um artigo num catálogo de exposição sobre Vieira da Silva e foi para Portugal. Vim para casa com lembranças. Seguidamente procurei na minha biblioteca e redescobria um catálogo desta pintor portuguese. Então, eu redescobri o seu grande amor com um outro pintor de origem húngara, Arpad Szénes. Ambos moraram em Paris. Até ao fim das suas vidas, uma cama pequena celebrou o amor deles juntinhos até de madrugada. Eu vi um filme, "Ma femme chamado bicho", de 1976, um filme documental de José Alvaro de Morais (1943-2004) sobre os pintores Maria Helena Vieira da Silva e Arpad Szenes. Arpad Szénes apaixonado, descreve a sua mulher pintor, que beleza esta protecção mútua, salvaguardando imaginários próprios, criativamente diferentes, um amor verdadeiro. Diz uma coisa que me marcou sobre o silêncio e a concentração que existem em meus cursos de desenho : Não podemos falar e pintar ao mesmo tempo. É necessário escolher. Quando estamos a pintar, não estamos a falar.

Esta calma é a expressão do pensamento. Para mim é a ideia da felicidade.

E nas minhas salas de aula reinava uma calma olímpica...um silêncio religioso...

Chambre grise, 1950 (65 X 82 cm, huile sur toile)

Maria Helena Vieira da Silva, Paris, 1948

Maria Helena Vieira da Silva, Rio de Janeiro, 1940-42

Maria Helena Vieira da Silva et Arpad Szénes, Budapest, 1930

A correspondência íntima, sobretudo gráfica e alguma inédita, trocada entre os pintores já falecidos Maria Helena Vieira da Silva e o marido, Arpad Szénes, foi exposto, no Museu Nacional de Machado de Castro, em Coimbra, (2015).
Uma revelação de parte dos 55 anos em que viveram juntos, numa relação que acabou com a morte de  Arpad Szénes em 1985 e de Vieira da Silva sete anos depois.
Fonte da Fundação Arpad Szénes-Vieira da Silva (FASVS) indicou que a exposição “Escrita íntima” é baseada na mostra apresentada em Lisboa, entre fevereiro e abril do ano passado, tendo sido “remodelada para ser adaptada ao espaço” do Museu Machado de Castro.
A mostra, apresentada no âmbito da programação do 7.º Festival das Artes, revela, através de desenhos, cartas e pinturas, a história do grande amor entre os dois artistas, que se conheceram em Paris.

(Vídeo 1 et video 2, com 62 fotografias da exposição “Escrita Íntima: Cartas e Desenhos”, que mostra correspondência trocada entre Arpad Szenes e Vieira da Silva, na sua maioria desenhos e cartas íntimas deste casal de pintores, escritas num francês cheio de códigos e léxicos muito próprios. No Museu Nacional de Machado de Castro (MNMC), em Coimbra, 2015)

“Escrita íntima”

O núcleo de correspondência agora publicado integra o acervo epistolar dos artistas Arpad Szenes e Maria Helena Vieira da Silva, mais de dois mil documentos provenientes de família, amigos e contactos oficiais, à guarda da Fundação Arpad Szenes-Vieira da Silva, por legado testamentário da artista. O conjunto foi selecionado de um núcleo particular: o da correspondência entre o casal, produzido entre 1932 e 1961, que documenta os raros e curtos períodos em que esteve geograficamente separado. O critério de seleção das cartas obedeceu a três parâmetros: estarem completas ou quase completas; acrescentarem ou clarificarem informação relativa ao período histórico referido ou à vida dos artistas nesse mesmo período; e, finalmente, a qualidade literária e o interesse público dos conteúdos. In Nota Editorial



Maria Helena Vieira da Silva, L'espace en jeu : Bibliothèque (1949, huile sur toile - 114,50 x 147,50 cm)


Vieira da Silva e Arpad Szénes. 1970 . “Estavam em casa de familiares em Loures, ela muito revoltada com o país”. A celebrada pintora portuguesa cedo revelou o seu talento ao ingressar, aos onze anos, na Academia de Belas-Artes de Lisboa. E logo aos vinte anos, isto é, em 1928, decidiu transferir-se para Paris; aqui estudou com Fernand Léger e outros mestres e, neste ambiente, conheceu o pintor húngaro Arpad Szenes, com quem se casou. Durante a segunda guerra mundial, considerando que o marido era judeu e que a pintora tinha perdido a nacionalidade portuguesa, o casal “apátrida” residiu longo tempo no Brasil, onde deixou marcas na arte brasileira, sobretudo entre os modernistas. A partir de 1948 cresce o apreço da sociedade francesa pela sua pintura, com o reconhecimento público através da naturalização francesa em 1956, e de prémios e condecorações, tendo sido a primeira mulher a receber o “Grand Prix National des Arts” em 1966. Sem ter cortado os laços com a primeira pátria, favoreceu a criação da Fundação Arpad Szenes-Vieira da Silva, junto do Jardim das Amoreiras, em Lisboa, onde se pode admirar uma pequeníssima parte da sua obra inconfundível. Não ficou, por outro lado, insensível ao movimento do 25 de Abril, sendo responsável pelos cartazes “A poesia está na rua”, de colaboração com Sophia de Mello Breyner. Também desenhou os painéis de azulejos que animam as estações do Rato e da Cidade Universitária do Metropolitano de Lisboa. A última consagração, já em 2013, foi a atribuição do seu nome a uma cratera em Mercúrio, distinção conferida pela União Astronómica Internacional (MS).




Mário Cesariny privou com eles em Paris e tornou-se seu amigo.
Com eles partilhou muitas experiências e em particular com Vieira Da Silva trocou muita correspondência. O Mário tinha um enorme carinho por ambos e adorava a forma como Maria Helena o tratava por Mário “le chat”.
A história que convosco quero partilhar, ouvi da boca do Mário e arrebatou o meu coração.
Foi um breve dialogo que terá acontecido em Paris, na casa de Maria Helena e Arpad, no número 34 da Rua de l’Abbé Carton, no XIV bairro da cidade, entre o Mário e o Arpad. É curta, tão curta e simples como só os grandes amores se permitem transmitir.
O Mário, ao verificar que a suposta cama do casal era afinal uma cama de solteiro, terá perguntado a Arpad qual a razão de terem uma cama tão pequena.
Arpad terá respondido:
“Porque assim temos a certeza que adormecemos e acordamos juntinhos.”.
Um gesto, uma decisão, uma forma de vida, tão simples que deixou para sempre o Mário maravilhado. O que ele considerava misteriosa esta situação, e para ele a adjectivação superlativa de algo deslumbrante era… misterioso.
O Mário nunca se esqueceu desta história, encontrou nela motivos para o seu encantamento. Tal como eu. Pois também eu passei a ter uma resposta válida e simples para uma das perguntas mais difíceis desta vida.
“O que é o amor? Uma cama pequena onde se adormece e acorda, com a certeza que se está sempre junto.”

Ma Femme Chamada Bicho

(1976, 79 min)

sinopse
 Um retrato da mulher-pintora Maria Helena Vieira da Silva (1908-92), pelo olhar surpreendente de Arpad Szenes. Relação vivida a dois - uma protecção mútua, salvaguardando imaginários próprios, criativamente diferentes, apesar dos pontos de inter-penetração. A câmara à superfície das telas, além do mero itinerário visual. O “mundo de Vieira”: genialidade, ritmo, cor, formas desafiantes. Evocações por artistas, historiadores, galeristas, poetas, escritores, gente da cultura.

Filme documental de José Alvaro de Morais (1943-2004) sobre os pintores Maria Helena Vieira da Silva e Arpad Szenes. Com a presença de Guy Wellen, Mário Cesariny, Sophia de Mello Breyner, Augustina Bessa Luís, entre outros.




Portrait de Maria Helena Vieira da Silva par Arpad Szénes

Maria Helena Vieira da Silva
Testamento
:

Eu deixo para os meus amigos
um azul cerúleo para voar alto
um azul cobalto para a felicidade
um azul de além-mar para estimular o espírito
um vermelhão para que o sangue circule alegremente
um verde musgo para acalmar os nervos
um amarelo ouro: riqueza
um violeta cobalto para o devaneio
um carmim que faz soar o violoncelo
um amarelo barita: ficção científica, cintilância, estardalhaço
um ocre amarelo para aceitar a terra
um verde Veronese para lembrar a primavera
um índigo a fim de afinar o espírito com a tempestade
um laranja para aguçar a visão de um limoeiro distante
um amarelo-limão para a graça
um branco puro: pureza
terra de Siena natural: a transmutação do ouro
um negro suntuoso para ver Ticiano
um terra sombrio natural para melhor aceitar a negra melancolia
um terra de Siena queimado para o sentimento da duração.


Creio que juntando pequena mancha a pequena mancha, laboriosamente, como uma abelha, o quadro se faz. Um quadro deve ter um coração próprio, um sistema nervoso, ossos e circulação. Nos seus movimentos, deve parecer-se com uma pessoa, deve ter tempo para os seus movimentos. Aquele que o olha deverá encontrar-se diante de um ser que lhe faça companhia, que lhe conte histórias, que lhe dê certezas. Porque o quadro não é a evasão, deve ser um amigo que nos fala, que descobre riquezas em nós e à nossa volta.*
______________

*citação extraída da monografia Vieira da Silva, de vários autores, publicada por Skirra , Genebra, 1993.




Art Par kiwaïda at 19:45

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