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blog m kiwaïda

15/01/2019

ℳiИiℳÅℒ

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Carl Andre, Dan Flavin, Donald Judd, Sol LeWitt, Robert Mangold, Robert Morris à la Galerie Thaddaeus Ropac de Pantin pour une exposition consacrée à l'art minimal. Mes amis me conduisent dans une balade en banlieue et de surprises en surprises, nous revisitons nos classiques et sommes devant des œuvres monumentales, qu'elles soient planes ou incurvées, creusées ou en volume, éclairées ou alignées, peintes ou brutes, toutes celles que nous connaissions sont manifestement là, présentes ou reproduites pour ces expositions. Cela fait du bien de se retrouver devant plus grand que soi, dans tous les sens du terme. Pousser une porte et voir un aplat rouge très bien posé, douter de sa réalité, des œuvres monumentales. On se dit, il y a de l'espace, du mental, et les finitions sont impeccables. J'ai beaucoup apprécié voir de près ces finitions, des côtés des tableaux, ces fissures dans le bois, ces attaches radicales, toutes ces lignes tracées, fines ou épaisses, qui dessinent des paysages et une bonne connaissance des étendues, du vide et des déserts, des espaces ouverts. Il y a un contraste avec ces vies ici, dans les petits coins et des jaloux partout, des divisions, des envieux, des petites histoires si petites, il n'y a aucune envergure, pouvons-nous observer : plus de paysages ? Le pays ne serait que blocage. Celles et ceux qui ne manifestent pas pour le prix de l'essence, pour gagner plus, pour garder leur emploi, ce sont celles et ceux qui ont les plus grands rêves, pas de voiture, pas de travail et parfois, pas de famille. Les rêves ne font pas de bruit, et ne sont pas visibles, ils circulent dans le déracinement, le dénuement, l’ascétisme, la méditation, le silence, ils s'attrapent en plein vol, si inattendus. Ils n'ont pas besoin d'un président, ni de syndicat, ni d'accessoire pour montrer leur appartenance, leur caste ou leur pédigrée, leur passe-droit. Les rêves, ce sont des accès infinis. Il n'y a pas de censure aux rêves, ni de petits rois élus pour les casser et se plaindre. Les rêves à discrétion. Et il n'y a aucune obligation de réalisation. La beauté à l'état pur.
Et de mon point de vue, la beauté mène à l'amitié. Merci les amis pour ces espaces-temps souvenirs et espoirs de fêter nos années vieillissantes et mûres comme des pommes infinies.


Né à New York dans les années 1960 en réaction à l'expressionnisme abstrait, l’art minimal se distingue par une radicalité formelle qui bouleverse les modes traditionnels de présentation de la sculpture. La sérialité, le privilège accordé au concept ainsi que l’emploi de matériaux industriels constituent le socle commun à partir duquel se déploie un ensemble de pratiques individuelles.

L’œuvre de Robert Morris, j'aime beaucoup celle-ci. Il est décédé en novembre 2018. Ses formes m'inspiraient lorsque je faisais de la danse contemporaine, en fait je pouvais voir et comprendre ses œuvres parce que je dansais. Il intitule « Anti Form », et s’oppose aux choix du Minimalisme et fait part au public d’un changement d’orientation de son travail en proposant une sculpture littéralement souple, parfois à la limite du périssable. Ses matières déclinent l'entropie, la dégradation, l’autodestruction. En même temps, venant des années 60, moi dans les années 80, je regardais aussi le travail d'Eva Hesse devenue un mythe car décédée très jeune, parmi tous ces hommes célébrés, je pensais que les choses changeraient, non elles se confirment, et je visite des expositions qui consacrent le parcours de ces hommes gilets blancs ou jaunes, finalement, débattre revient au même, puisque la structure porteuse reste la même. Son travail m'inspirait alors, il m'entrainait dans l'appréhension de la matière pas très nette, dirais-je, protéiforme. Pourtant la netteté ou la propreté de celles montrées à Pantin pour le minimal m'ont subjuguée. C'est que nous sommes dans un bazars effarant, alors comme le lapin pris dans les phares du minimal, ces œuvres américaines, très connues, vues et revues, m'ont apaisées, dans le foutoir politicien français. J'ai pensé avoir oublié qu'il fallait parfois ranger, être exigeant et ne pas transiger, ce que je faisais assez bien avant, jusqu'à ce que tout se corrompt sous mes yeux et que la sidération empêche tout geste quotidien, sans qu'il ne soit entâché de ce problème, des mauvais enseignements. Alors voir cette œuvre installée ici, celle de Morris, me semblait très actuel, car je l'avais souvent vue au centre Pompidou (Robert Morris, Wall Hanging, 1969-1970, Tenture de la série Felt Piece, Feutre découpé, 250 x 372 x 30 cm) et elle m’apparaissait comme un vieux tapis poussiéreux avachi. Je pense que c'était l'odeur du centre qui dominait, la poussière. Alors je préférais la voir sur catalogue. Souvent il y a des œuvres montrées qui m’apparaissent très poussiéreuses dans les Musées ici, peut-être les conditions de conservation ? Surtout dans les Frac. Mon odorat développé fait que l'odeur entre en jeu dans ce que je vois et ne s'en décolle pas. Je supporte difficilement les galeries ou espace qui viennent de poser un coup de blanc, de peinture aux murs et les vernissages sont très désagréables. Ainsi vais-je rarement aux vernissages, mais les finissages, l'odeur s’atténue et on voit mieux les œuvres.

La galerie Gagosian présentait le travail de Mickael Heizer, artiste spécialisé dans les sculptures à grande échelle et dans le Land art, né en 1944, toujours contemporain. Aussi ces années 60, dans notre périple en banlieue jusqu'au Bourget au sol des avions en l'air, reflétaient un héritage qui se trouve complètement balayé aujourd'hui. On n'enseigne plus, on forme et je ne sais pas si c'est bien. Je pense que l'on s'adresse à des petits enfants, alors que les écoles supérieures d'art devraient être pensées pour des adultes. La récréation ne devrait pas s'éterniser ni l'image aseptisée des soixante-huitards ne devrait être autant diluée dans des revendications qui ont perdu le goût de vivre et l'envie de créer, prenant en chantage les étudiants pour la retraite des professeurs, étudiants sans avenir avec les sempiternelles empruntées références, trempées dans de lâches syndicats. Tourbillons des amertumes, le néant, pourtant pas nihilistes ces communes, juste aigries, vengeresses, démagogues. Mais bon, grâce à mes amis, je m'éloignais d'un microcosme pour rejoindre le macro ou l'espace des possibles. Être conduite était rassurant, une fois n'est pas coutume, se laisser porter par l'expérience de ces voyageurs, et si rapidement faire toute la banlieue avec leur sécurité, leurs désirs mêlés aux miens, nos choix concertés. Je me sentais comme l'enfant avec un papa et une maman qui m'enseignent en me demandant mon avis et en interrogeant mes souvenirs, ou les écoutant. C'est donc cela, la parentalité. La question n'est plus de se plaindre, ni de manifester un mécontentement, mais de confronter des envies et des rêves, des espaces, des lieux, des cultures, et de là, advient toujours quelque chose de nouveau, inattendu, ce que l'on peut nommer, la création. Dans la pâtisserie, il n'y a que des erreurs, dixit une experte <3

J'ai beaucoup apprécié ces 3 peintures de Mickael Heizer, vraiment splendides, le dessin sur la toile, celui de l'espace, rond et gonflé comme un souffle de liberté, tendu dans un châssis qui épouse la force du trait noir, c'est presque jouissif de l'observer. Cela créé une grande satisfaction en moi de comprendre que cela forme des espaces dans lesquels je partage les tenants et les aboutissants. Physicalité, invention de mots en présence des toiles tendues sans visiteurs, sans achat possible, juste imaginer comment cela a pu se faire, où et quand, combien de temps, quels matériaux, est-ce de la couleur ? Ou le gris et le blanc cassé se sont fondus admirablement avec le temps, ou tout simplement ne sont-ce que des reproductions réalisées pour cette exposition avec un protocole établi par l'artiste. Physical painting peut-être...

Belle surprise, l’œuvre de Seulgi Lee au Château de Rentilly. Je rêvais de pouvoir un jour les voir ces tissages. Elle fait partie de la lettre "L" tirée au sort pour le commissariat de cette exposition. De loin la meilleure de tous les artistes présentés. Quelle chance, elle nous a réunie ce jour-ci, 4 artistes et anciens étudiants qui nous sommes rencontrés au même moment à Paris, ici une vingtaine d'années plus tard. Je n'aurai jamais pensé cela possible, être toujours en contacts, malgré nos différences, mais aussi, avec un collectif en commun, et des aventures très singulières, inaudibles.

Là c'est une cachette : un bain Turc...

Nadar à la Bnf, ils sont arrivés à bien scénariser leurs familles et leurs histoires photo-généalogiques. Grâce aussi aux inventions scientifiques de cette époque, l'aérostatique photographie du ballon, premiers quadrillages cartographiques de vues du ciel. Je me suis dit que c'était une véritable épopée de la prédation et du contrôle. Celui par l'image (la photographie) et du miroir (un grand "selfie familial), le contrôle de son image, l'image de sa famille, son patrimoine photographique, breveté parfois, sa signature, ses costumes (ils sont souvent costumés, ils miment), même jusqu'à photographier les morts, les écrivains, et en faire des caricatures, bref, on a là, l'aventure même de l'écriture de soi et du souhait de sacraliser ses gènes. C'est un peu étrange, mais très "Das Unheimliche" de Freud, et son inquiétante étrangeté. C'est ce que l'on fait, on se mire, on se photographie, on trace sa famille, ses objets, ses cadavres (jusque dans les catacombes) et on classe, on juge (les photographies sur l'hermaphrodite, sont terrifiantes dans ce qu'elles montrent du contrôle et de la prédation du voir) en pensant documenter. L'association médicale à la photographie, et ses microscopiques trouvailles des virus... Entre progrès et régressions, de toute évidence. Quand la technique tue la création. Ou quand on remplace la création par l'innovation, on peut parfois obtenir une répétition, un mime, mais sans aucune création. Cela dit les costumes des pierrots m'ont séduit, j'aime beaucoup voir le grain du tissu derrière et ces amples vêtements, trop grands. Les voyages colonisateurs rappellent que nous ne sortons pas grandi de ces documents aujourd'hui, et que le progrès n'a pas été en faveur des colonisés. La prédation par la technique et la science a toujours pensé avoir un aval sur la connaissance. Hors ce n'est pas vrai. Elle ne peut être que l'effet d'une image déformante et la réalité est toujours à apprendre, car les points de vues sont divergeants.

Photographies : Sonia Marques (et un médiateur du château de Rentilly)

Tout cela me faisait penser à Velly Jonas, je ne saurais expliquer pourquoi, mais c'est très beau :


Art Par kiwaïda at 17:27

06/01/2019

¢ґé℘ʊṧ¢ʊL℮

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Felix-Vallotton-Sunset-Gray-Blue-High-Tide.jpg

Félix Valloton "Coucher de soleil, marée haute gris-bleu" (1911)

Ce tableau est celui de Félix Valloton peint en 1911 "Coucher de soleil, marée haute gris-bleu". Nous le retrouvons dans le premier film "Un beau voyou" de Lucas Bernard sorti ces jours-ci, dans le genre policier élégant nous embrigadant dans les ficelles du recel des tableaux à la valeur intermédiaire, d'artistes contemporains. Coïncidence ce tableau est montré par le père d'une restauratrice, lors d'un dîner où le commissaire s'aventure à rechercher un voleur, amateur d'art. J'avais publié quelques œuvres appréciées de Félix Valloton l'été dernier sur ce blog, mais ne figurait pas ce coucher de soleil. Au moment de son apparition, dans le film, le père demande au policier s'il connait le peintre très connu qui a réalisé cette toile. Mon ami me dit que cette toile ressemble à la peinture que je suis en train de réaliser. En fait je n'avais jamais fait le rapprochement avec Valloton. C'est une interprétation de ma part, d'un ciel étoilé en Galice, un point où les constellations sont le plus visibles. Donc ce film me révèle une de mes références, génial ! L'histoire est celle de nos non-dits, dans notre société et de la fragilité du "dire", de se "décrire" aujourd'hui, quand l'identité se masque pour mieux vivre. En effet, le jeune voleur, l'amoureux  transit, sur la pointe des pieds, ne dit mot de son mode de vie, où il vit, dort, comment il vit, se nourrit, et s'il travaille. Il dit de lui-même qu'il est entre 2 truc, en recherche personnelle, une façon d'éliminer toute question trop intrusive jusqu'à ce que ses parents ne sachent même pas de quoi vit-il, ni qui est son entourage. Dans tout le film, et par ricochet, les familles que l'on découvre sont elles-mêmes à cette lisière, n'être pas bien repéré ni vu, ni compris d'une société qui attend toujours que soient ciblés les objectifs de vie, d'amour, d'emploi. Les parents partent à la retraite, mais aussi sur la pointe des pieds et les enfants ne savent rien de ce nouvel élan vers le vide à programmer et laissent ceux-ci abandonnés à leur sort et leur pièce évidée où juste un avenir jonché de maladie et de décroissance les attend, sans plus aucun contact avec la vie professionnelle d'avant. D'ailleurs les collègues sont les premiers à oublier ceux-ci, dès leur pot de départ et à les empêcher de revenir comme s'ils devenaient un spectre proche de la mort et que le travail, seul, fait oublier ce spectre trop brillant. Je pensais ainsi au crépuscule. Ce film est crépusculaire, lunaire aussi avec des visions somnambules, seules élévations que l'on peut entrevoir peut-être, de ces logements si chers et inaccessibles. Tout comme les objets, les petits vols des petits cambrioleurs, des petits poucets qui ne souhaitent nullement retourner dans les maisons de ces parents qui les ont abandonnés à un avenir bouché. Cette société où les grands de ce monde, ces parents ont volontairement transmis un avenir miséreux aux enfants, sans aucun espoir, ni une espérance de vie saine. Les enfants, sans emploi, diplômés et pas près de trouver un "job" sont eux-mêmes incompris de leurs parents, pas de vie stable, ni d'amour porteur, ni de carrière et ni d'enfant pour lesquels les parents auraient encore un job à venir après leur retraite : s'occuper des petits enfants. Toutes ces habitudes et normes sociales disparaissent dans ces logements minuscules dans les greniers de grands immeubles dont il faut payer l'énorme somme, et personne n'a les moyens de les pourvoir, malgré la file indienne mascarade qui laisse à penser que les agences vampires ponctionnent sans penser comment reconfigurer tout ce système qui mène à la mort, de l'emploi et l'économie, voire des constructions familiales. Alors que reste-t-il ? L'art, une valeur plus sûre où investir, pas dans les grands artistes qui ont la côte, non, dans les intermédiaires. Voici ce que nous dit le film. D'ailleurs le voleur surdoué connait bien les failles. Il sort des radars technophiles, et surfe sur les toits de Paris, belles épopées nocturnes et agiles, à la recherche de la toile et des collectionneurs, des notables, des restaurateurs, toute une filière dans l'ombre des terreurs d'aujourd'hui, de ce qui fait peur et attise les haines. Car ce voleur illumine le temps et le regard. Il nous encline à voir, à mieux voir le tableau. Le commissaire aiguise son histoire de l'art à travers ses souvenirs de visites de Musée avec sa femme défunte, l'art cela sert à cela, aux souvenirs. Donc ce père truculent insiste face à ce policier néophyte, afin qu'il dise ce qu'il aime ou n'aime pas dans les tableaux qu'il montre. Le policier hésite, trébuche, n'ose pas penser, ni dire son point de vue, il tâtonne dans le noir, car il est sommé de ressentir, réfléchir et dire, tout un art, de contempler, d'observation. Nous y sommes, c'est notre métier, celui de l'expérience du regard. Tout commencerait ainsi, qualifier ce que l'on voit, apprendre à voir. Qu'est-ce que le goût ? Est-ce de l'art moderne ou contemporain, est-ce récent ? Nombre de portraits avec de petits points des visages un peu surréalistes sont présents dans ce film. On ne sait toujours pas quel est l'artiste, dont le réalisateur a emprunté ses tableaux pour scénariser une exposition. Cela donne envie de refaire un tour aux Musées et expositions avec les amis, en parler, écrire un bout dessus, vivre de ces contemplations et passer des soirées à admirer les œuvres d'inconnus, découvrir de nouveaux noms, de nouvelles histoires, se sentir faire partie d'une très grande famille, et pas celle qui nous est présentée avec un écran géant qui trône au milieu des salons, le son à fond et nous abruti, non, la famille des inventions, de l'imagination, de l'observation, de la sensibilité. Oui car chacun son parcours, son histoire, ses observations, ses ressentis. Cela se travaille et cela fait grandir. Il y a bien d'autres fenêtres et ce n'est pas une chance de les connaître et les ouvrir, afin de découvrir des paysages, c'est un travail. Oui c'est un travail, c'est par nos efforts, notre obstination, notre appétence et nos facultés à voir ce qui demeure, pour le plus grand nombre, invisible. Ces vies sont sorties des radars et des politiques, à jamais. Toujours cultiver.


Art Par kiwaïda at 20:38

05/01/2019

℘ièḉ℮ṧ ⅾ‷øℝ

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Cela mérite réflexion

Parle à mon pompon

Le sel de la vie

La fabrique des pièces d'or

Créer de la richesse

Et des rebus

Pétales, poudre magique, chaque geste compte, replier, secret, cuisine

Lotus

Barques qui flottent sur le ciel étoilé

Fuck la jalousie !

On s'en fou de mai 68 !

97 ans c'est beaucoup ! Avec toi c'est mieux <3

Photographies © Sonia Marques

Merci pour la chanson :

An-ton, I-van, Bo-ris et moi

Re-bec-ca, Po-la, Yo-han-na et moi

moi Sa-cha, So-nia, Da-vid et moi

Di-mi-tri, Ya-ni, Na-ta-cha et moi

Ivan, Boris et moi

1. Lors-que nous é-tions en-core en-fants
Sur le che-min de bruy-ères
Tout le long de la ri-vière
On cueil-lait la mi-ra-belle
Sous le nez des tour-te-relles
An-ton, I-van, Bo-ris et moi
Re-bec-ca, Po-la, Yo-han-na et moi
moi Sa-cha, So-nia, Da-vid et moi
Di-mi-tri, Ya-ni, Na-ta-cha et moi.

2. Le di-man-che pour al-ler dan-ser

On met-tait tous nos sou-liers
Dans le mê-me pa-nier
Et pour pas les a-bi-mer
On al-lait au bal à pied
An-ton, I-van, Bo-ris et moi
Re-bec-ca, Po-la, Yo-han-na et moi
moi Sa-cha, So-nia, Da-vid et moi
Di-mi-tri, Ya-ni, Na-ta-cha et moi.

3. Ça compliquait bien un peu la vie

Trois garçons pour quatre filles
On était tous amoureux
Toi de moi et moi de lui
L'une hier l'autre aujourd'hui

Au refrain

4. Dir' qu'au moment de se marier

On est tous allé chercher
Ailleurs ce que l'on avait
À portée de notre main
On a quitté les copains

Au refrain

5. Aujourd'hui chaque fois qu'on s'écrit

C'est qu'il nous vient un enfant
Le monde a beau être grand
C'est à peine s'il contient
Nos enfants et leurs parrains

Au refrain
Paroliers : Emile Stern / Eddy Marnay

Art Par kiwaïda at 16:22

03/01/2019

ϟ☺ᾔї@ ℳαґⓠʊε﹩ ➸ Ḱ☤ẘ@ïⅾα

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Un texte de Julien Ducourthial sur mon travail artistique :

*

Double-page du catalogue de photographie RESIGN © Sonia Marques - 2017



Sonia

Je connais bien l'artiste Sonia Marques. Mais son imaginaire me semble insaisissable, multidisciplinaire, passant d'une technique à une autre, d'une théorie a un concept, de l’éphémère au concret, du doute au rêve. Une artiste fascinante parce qu'elle réinvente toujours le perceptible et le sensible.
J'aime sa créativité de l'instant, pulsation et hybride dans une recherche pleine du sens et du dire. Son parcours et ses différents travaux sont un panel éclectique de visions et de poèmes dans lesquels il faut s'isoler pour en capter l'essence et la singularité.
Il n’y a pas de facilité dans l'approche de ses travaux, mais une implication du sens et de la réflexion plastique, qui ne se laisse pas 'juger et estimer' au premier coup d’œil. Pourtant des questions se posent face à son œuvre, la jubilation des couleurs, une donnée précise, un concept qui semble faire sens ou une démarche tellement radicale qu'elle convainc. Ici son travail s'amorcerait sous la forme d'une apnée, éphémère et périlleuse ou l'on découvrirait un palais aux multiples entrées au fond des mers. Des images fugaces et persistantes, celles de découvrir chaque pièce de ce palais des océans ou se présentent des travaux artistiques minutieux, riche d'inventivité et d'originalité comme ses écrits. Il faut donc se projeter dans ces univers parallèles complexes et sensibles. J’apprécie sa vision exotique, radiale, parfois ombrée de la vie qui se reflète dans ses travaux et éditions photographiques Bonjour, Jungle, Deep (catalogues, 2011) et dans son travail photographique constitué via son blog Bmk, épicentre d’évolution et de mutation visuelle quotidienne avec ses séries en cours. Les photos sont souvent directes, posant la question du documentaire et de la recherche, des excursions et des voyages avec des cadres serrés, précis sur des tableaux transformés de l'espace urbain ou naturel. Il y aussi cette transition plus récente vers l'artificiel, qui transcende ses photographies, une action posée sur ce qu'elle voit et comment elle veut le voir par des retouches colorées qui intensifient les détails et le ressenti comme le ferait une peintre. Reste une notion de distance, le regard du spectateur qui connaît ou reconnaît par fragment les éléments modifiés et doit décrypter l'inversion de ses artefacts photographiques. Passer du réalisme de l'image au post-media digital, dérangeant, fluctuant, magma volcanique de couleurs en cycle. Sonia Marques semble apprécier ce trouble qu'elle instigue comme si le sens des images devaient devenir plus profond, plus mystique, vers une quête intérieure spirituelle qui s'affranchirait du sens premier de l'image vers des entrées poétiques et polysémiques. Alors on bascule dans des univers de science-fiction, non sans humour car il y a toujours un pied de nez à l'évidence ou au ressort comique de la chute. Des travaux comme Ghost ringneck (vidéo, 2012), Ready for the meeting (photographie, 2013), Les grands écoutants (sculptures, 2014) invoquent la révolution du temps, réalités différées par le mimétisme animal, visions scénarisées du quotidien, parfois du cauchemar. On se plaît dans ces multiples, aux couleurs inversées qui sèment le désordre des sens et nous emmènent vers de nouvelles prospections visuelles et sensorielles. Son travail est un mélange subtil de connaissances, aussi bien en peinture, dessin, son, graphisme et art vidéo. Le digital et les nouveaux médias y prennent une part importante et singulière tant l'outil devient vecteur, prolongement cyber sensoriel pour appuyer les scénarios qu'elle invente. Il y a une tension des éléments dans ses tableaux usant de picturalité et de frénésie colorimétrique, une éclosion de merveilles similaire à la nature et sa diversité de fleurs, fruits et paysages. Complexe à la base et complexifié par l'artiste qui s'inspire de ces mystères que sont la faune et la flore, revisitées par son imaginaire dans un déluge de sciences phosphorescentes. Chaque travail artistique cache un désir, intime, de dépasser la vie pour créer et tenter de délivrer une vision singulière dans le foisonnement de nos connaissances et de nos acquis personnels ou savants.
Les éléments de représentation en mouvement comme Domino (dessin, peinture, 2013), Contemplations (digital print, 2012) ou Topaze (digital print, 2012), visions oniriques, cosmiques, abstraites ou galactiques nous sont transmis en ondulations, lumières, collages pyrographiques tant la précision et le choix des couleurs abordent la kinesthésie. Si la couleur est un motif central de son kaléidoscope, le son, les mots et la musique y occupent aussi une place importante. Elle réalise plusieurs albums (Château, Monstrum, Pépino, Insonia Verao), échos vibrants de multiples variations, brutes, discrètes, changements de voix, du minimalisme ambient à la dystopie bruitiste, fantasque de carnaval et de couleurs allant du sombre au clair et inversement. Le travail Hansel (vidéo, 2013), poème conte, cristallise les tensions et les lignes réflexives inhérentes à son travail. Soutenu par une narration lente, vocale et continue, on s'aventure dans une zone fictive et infinie, un paysage inconnu et tragique , mêlant le cognitif et le crash mental.
Chaque partie de son œuvre est savamment pensée, pierres précieuses brutes ayant toutes un lien secret entre elles. On peut ne pas voir leurs éclats, ou ne pas y prêter attention et pourtant chacun de ses travaux est  de l'ordre de la sublimation, d'un objet, d'une vision, d'un animal, d'une fleur, d'une émotion. Ces voyages ésotériques, denses, véhiculent un sens profond lié à la beauté du monde et à la transmission de son observation.

Resign

Resign, édition numérique de photographies en noir & blanc solarisées, nous fait entrer dans une histoire avec ses fragments, sa conscience et ses tensions. Quand on découvre cette publication il n'y a que le fil des pages qui relie les images mais on devine un long processus de réflexion qui amène l'agencement de ces photos. On se trouve en présence d'éléments familiers : une ville, des animaux, des fleurs, des enfants, des portraits; des scènes presque quotidiennes qui se succèdent. On perçoit un leitmotiv du temps, de l'attente, de l'indécision, d'une captation soutenue du détail et peut-être comme le suggère le titre d'une résignation. Hors le titre veut dire démissionner en anglais. Alors s'agit t'il d'une démission du réel pour mieux le fantasmer ou d'une démission légitime d'un monde agonisant et sombre? Ce projet pose des questions et témoigne de la finesse de l'artiste et son hypersensibilité à l’égard de ses sujets, à la fois tendre et puissant. On s’inquiète de ces photos en négatif, qui viennent s'intercaler comme des flashs et rythment ces essences du réel. C'est beau et dramatique à la fois amenant un climax qui ne lâche plus jusqu'à la dernière page. Fleurs qui contrastent, temps irrésolus, beautés spatiales, accidents de contradiction. La photo de couverture rappelle le christ rédempteur, ici en figure humaine, tangible, c'est l'ouverture du bon. Suit un sourire, des fleurs, des personnages, des fenêtres sur un réel / digital que j'aimerais penser post-internet mais qui ne l'est pas vraiment puisque l'on peut y ressentir des sentiments. Les éléments technologiques (drone, tablettes, téléphones portables) présentes dans le cadre, interfèrent avec ces scènes du quotidien et nous les présentent comme critiques, à la fois technologie inoffensives mais omniprésentes comme un état permanent de surveillance. Le travail de photographie de Sonia Marques se concentre sur ces éléments avec un iris panoramique, grandiose de nuance et du souffle qui murmure parce que finalement il valait peut-être mieux démissionner du faux pour mieux rattraper le réel.

Ready for the meeting

Voilà un rendez-vous pas comme les autres, loin des hangars débarras d’art contemporain normatif. Ici commence vraiment la fête avec "Ready for the meeting" et ses joyeux drilles. On y aperçoit une famille de big brother animalier débonnaire dans des salles de réunion au design moderne qui amènent leur esprit pince-sans-rire dans les piles de dossiers disparus de réunions importantes. Finalement que restent-ils de ces réunions ? Pas grand-chose, et ces perturbateurs endocriniens involontaires semblent se manifester pour poser la vraie question. Sonia Marques ne sacralise pas ces lieux tendances, elle les présente comme des showrooms spongieux et étouffants, lieux d’action d’un imaginaire en devenir où un ours avec ses yeux noirs surveille le vide intersidéral d’une salle. Sous leur aspect mutique, ces animaux en carton en savent beaucoup mais ils n'ont pas l'air décidés à nous dire quoi que ce soit. D'ailleurs ils n'existent que comme objet de représentation, mais leur mimétisme rappelle beaucoup les humains et cette pièce crée une situation comique et burlesque, moqueuse de la technocratie et de son sérieux convenu. On cherche les pièces du puzzle, un peu déstabilisé devant ce réalisme sauvageon, à la fois potache et véridique parce que la perception est remise en question par une imbrication de l'animal et de l'enfantin dans le normé, l'adulte et le décisionnaire. Sous la satire sociale on attend presque un coup d'état révolutionnaire de la part de ces personnages fictifs, mais peut-être sont-ils tout simplement pacifiques.

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texte © Julien Ducourthial (juin 2018)

Photographie de READY FOR THE MEETING © Sonia Marques - 2013

Art Par kiwaïda at 16:58

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à tous les pigeons
© Kiwaïda

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28/12/2018

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Poema de Natal (Photographies © Sonia Marques & JD)


Paysage Par kiwaïda at 16:48

24/12/2018

Dḯṽїη

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Animal Par kiwaïda at 14:09

21/12/2018

Ḳḯωαη◎

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C'est reparti, concentration, constellation, Alice Coltrane en entrainement musical, de la couleur, du métallisé, du doré, du perlé, du brillant, du mat, tout est à créer, épousseter, délicatement... C'est un peu comme créer le ciel, la nuit et le jour, aux bougies artificielles, au sapin de bois rouge rose et turquoise gardé par un lapin vermillon ou un mini harfang des neiges, juste après avoir vu un alpaga si moelleux en Norvège et puis goûter au Kiwano, regarder l'Opale, messager, écouter... Recevoir d'adorables mots. Paix.

Photographies © Sonia Marques

Sauf, ci-dessous...


Art Par kiwaïda at 20:44

17/12/2018

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Photographie : The jazzist Graphisme : Kiwaïda


Art Par kiwaïda at 21:03

10/12/2018

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Cohabitations de ribouldingues (photographie © Sonia Marques)


Animal Par kiwaïda at 23:39

06/12/2018

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En route <3


Animal Par kiwaïda at 12:12

02/12/2018

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Diaspora (dans l'île de Seuqramainos - 2000...)

Lorsque j'ai découvert l'île de Seuqramainos, j'étais en migration du collectif que j'avais co-fondé, Téléférique (1999). Il était déjà question de migration et de déplacement de données. Dans cette même période j'intégrais l'université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle pour effectuer des études lusophones et également l'université Paris 8 en Master sur le numérique (quel nom ingrat, rayon Fnac encore...) Tout cela avec VAE (validation des acquis de l'expérience) Ces Universités n'étaient pas situées au même endroit dans Paris, l'une était même à Saint-Denis dans le 93. Mais le plus difficile, c'est que j'enseignais à l'école supérieure des beaux-arts d'Angers chaque semaine, tout en habitant à Charenton (là où le collectif s'est déclaré en association...) On peut comprendre là, une complexité, une cartographie qui se fie des distances réelles, car je n'ai pu mener à terme mes études universitaires, mon enseignement me prenait tout mon temps, et aucun aménagement n'était dédié pour ce cas "atypique" mais néanmoins, de nos jours, obligatoire, lorsque l'on a ce souhait d'être chercheure. Il faut comprendre qu'aucun moyen n'était, à cette époque, mis en place par les différentes institutions, pour qu'une artiste puisse être reconnue chercheure. Et aujourd'hui, toujours pas, en 2018, bientôt 19 ! Ayant devancé ces impasses très françaises, je suis restée artiste et chercheure en dépit de toutes les procédures administratives cloisonnées qui nous empêche de mener un vrai travail. Car seuls, quelques hommes, parrainés par d'autres hommes, avec des crédits à la recherche qu'un paquet de secrétaires femmes et bien placées au ministère (sous la séduction desdits commandeurs élus entre eux) ont accès à ce genre de crédits, avec la bénédiction des syndicats (toutes les écoles sont syndiquées et c'est pour les hauts échelons par pour les autres) Dans ce panorama, qui ne changera pas de si tôt, (peut-être dans 150 ans selon les prédictions, syndicales elles-mêmes) il faut bien que se prolongent les activités de recherches et d'expressions artistiques, lorsque l'on est engagé, et très certainement jusqu'à la fin de sa vie. Dans ce constat là, on espère plus du tout de crédit, ni même de logement décent. La vie devient quelque chose hors-norme, parfois délicieuse et à jamais incomprise pour les normaux-pensants, parfois très périlleuse et obtuse, ascétique et haute perchée ! (Adieux tout le périmètre des fêtes communes, des vacances communes scolaires, des lieux de grands marchés et de supermarchés, des dates mêmes clés de retrouvailles, de fêtes de famille, de mariage et de tout ce qui concernerait le religieux, car dans ce cas, l'esprit communie complètement avec sa recherche, et elle est passionnée) Et attention la santé... Après, nous sommes amenés à rencontrer d'autres passionnés, d'autres fous, il faut bien savoir communiquer et de force vive, plutôt que de morne vie.

Bref, c'est à ce moment qu'il y a un décochement, dans la généalogie : On vous a perdu totalement. D'ailleurs, on ne sait plus à quoi vous ressemblez, ni si vous êtes en vie ou si vous avez sombré dans une grande dépression (et là vous pouvez être sûr que l'on ne demandera pas de vos nouvelles) Vos parents (s'ils sont encore là) ont fait une croix définitive sur votre avenir, et le leurs, car vous avez raté l'âge légal de la procréation, et plus aucun pari sur vous ne mérite attention. C'est à ce moment là, où vous comprenez que "la recherche" a bien commencé, et félicitation vous êtes bien un ou une chercheure, pas besoin de tampon administratif ! Et puis, la paix, le silence, vous pouvez continuer à chercher (et trouver) dans quelque domaines où vous vous êtes lancés, tête baissée (mais aussi haute, car cela dépasse l'entendement) à moins que les 'gilets jaunes' murent votre bibliothèque en la confondant avec un centre des impôts (si, si, aujourd'hui c'est cela, enfin c'est ce qui ne cesse de défier l'intérrêt de toute recherche : le niveau de notre pays)

Alors, pour en revenir sur ma première allumette frottée : l'île, la migration ! Dans cette île, Diaspora était un projet d'envergure, lié à cette motivation saugrenue et bien solitaire d'allier "migration et numérique" en université, jusqu'à ce qu'on m'expliqua bien que ma recherche est bien trop en avance, car en France, les départements-même de la recherche, des universités sont cloisonnés et jamais je ne pourrai mener à bien cette recherche, mais seule oui et sans l'université. Ni une ni deux, je fondais "Nissologie" l'université pour une personne ! Alors de ces conclusions de doctorants qui croulaient sous les papiers, en phase de thésaurisation pathologique, juste avant que le syndrome de Diogène ne se déclare... Je pris mes cliques et mes claques et je continuais à ma vitesse (rapide et circonvolotionnaire) et grâce à Internet et aux bibliothèques (non murées par accident, par les habitants avec un gilet fluo, ayant une trop haute estime de l'écrit) avec un rythme très singulier. Malgré tout, mes études lusophones entamées (que j'ai beaucoup appréciées avec des cap-verdiennes) et le master numérique abandonné (super en retard, au regard de ce que nous avions développé en collectif) me laissèrent une drôle de vision de tous ces étudiants que l'on gavait à coup de textes, parfois érudits, mais non corrélés à notre existence présente, c'est-à-dire non dynamisée par une lecture contemporaine et critique.

Diaspora avait ce souhait de ne considérer que les migrations des membres de ma famille, une sorte de généalogie sur les déplacements et par des dates collectées oralement. Un site Internet dédié en faisait la démonstration (présenté dans divers lieux artistiques en France et ailleurs) Il y avait une planète, la terre photographiée par le système RADAR, et des pop-up (fenêtres verticales qui apparaissaient) qui se superposaient à ces images en noir en blanc, de la terre. Puis ce projet, comme l'île fut ensevelis.

En ce moment, je réintègre ces recherches mais d'un point de vue plastique et complètement décalés du scientifique, du documentaire, et du commentaire. C'est un paysage qui sera, pour moi, un repère. C'est une démarche plus en profondeur et plus large sur l'étendue de mes connaissances généalogiques. Le lien humain est privilégie (à l'heure où les photos et l'images ont remplacé largement tout lien), il n'y a aucune image, mais une sensation exprimée et constellée. En regardant Diaspora, rétrospectivement, quelque chose me plaît beaucoup, et de touchant, dans ma façon de comprendre les migrations. Dans les années 2000, la presse faisait peu d'écho (hormis dans les presses spécialisées des historiens) de ce qu'étaient les migrations. Si la cartographie m'a toujours intéressée, c'est que c'est en cartographiant que j'ai appris, c'est-à-dire que ma culture familiale se basait sur les cartes et les dimensions historiques nécessaires à la compréhension de l'homme et son habitat, sa survie, sa culture. Peut-être dans un soucis ethnographique, je repérais aussi, par mes voyages, ce qui me construisait, une artiste chercheure, puisque je récoltais, je photographiais, je notais, je tirais ensuite les photographies, je tirais les conclusions, bref, je faisais déjà de la recherche parmi mes cousines, en écoutant mes grands-parents, en voyant faire mes parents et en m'émancipant des attendus. Je ne pouvais pas faire autrement, je voyais tant de choses, impossibles à dire. L'oralité ne me suffisait pas et le barrage des langues formaient un barrage des larmes émotionnelles plus grand qu'un petit obstacle facile à dépasser. De l'eau de la terre.

Ici quelques notes comprises dans Diaspora, dont la dimension prenait tout son sens entre deux verbes "être" SER et ESTAR :

Manière d'être 

"être ce que l'on est" et "être là où l'on est"

Etant donné ceci, j'écris cela, n'étant pas sûre de l'être ni de l'avoir été, toujours en devenir. 
Mais y suis-je allée ? Je pense donc je suis. Nous y sommes tous encore quelque part.

Mon être se confond avec sa situation, mais quelle est sa situation ? 
Sur quelle carte puis-je me situer ? Par rapport à quoi ? 

Je suis une géographie.

Je me suis perdue. Pour retrouver mon chemin, j'ai traversé les limbes de ma mémoire familiale individuelle croisant une mémoire collective sociologique. Puis je me suis retrouvée dans la philosophie et je me suis perdue à nouveau dans la poésie, avec saudade. Il n'y a pas de commencement, ni d'origine, pas une seule en tous cas. Il y a des croisements et des rites interfrontaliers. Des passages qui rendent atypiques les caractères malgré les apparences. Et les apparences sont multiples car multiples sont les adaptations, plus grands sont les décalages.

J'y suis.

Dans la langue portugaise il y a deux manière d'être, "ser" indique l'identité, qui ne change pas et "estar" indique une localisation ou un état passager. Deux verbes "être" symboles d'un état typique dans les histoires des allers et venues, des migrations, mais invisible dans l'Histoire.

Je suis née là, entre ici et ailleurs.

La fenêtre "ser" est une compilation de recherches sociologiques et philosophiques sur mes origines. Ces études témoignent d'une partie de mes origines et de mes états d'accoutumance. La fenêtre "estar" est ouverte sur mes états passagers, mes "êtres-là". Ces deux fenêtres ouvertes sur le monde, d'hier, de ce moment aléatoire, de celui que je n'ai jamais connu, ne connaîtrais jamais, posent des questions sur mon existence, ma raison d'être, de faire, de créer là où je suis. 

Je vis, en France dans un milieu artistique, mais avec une mémoire migrante qui se cherche, se cache et se révèle. Il n'y a que dans le langage poétique que je peux repenser la vérité comme dévoilement de l'être, et dans l'art. Je me situe par là sur une carte mentale, je me déplace sur une carte officielle qui ne tient pas compte de ma situation, une grille historique commune en France dans laquelle je n'ai jamais eu d'histoire généalogique. J'ai du re-parcourir des chemins, beaucoup restent à faire. Dans ces véhicules de vies parcourus, j'ai saisi la mienne, je la questionne. Mon parcours individuel se connecte sur un parcours prédéterminé d'une artiste française en élargissant les frontières jusqu'à plus soif. 

Sonia Marques
04/2003 

 

Ser indique l'identité, l'essence, ce qui ne change pas.
Estar indique plutôt la localisation ou un état passager :

ele é francês : il est Français
ele está em Lisboa : il est à Lisbonne

ele é amado : il est aimé
ele está cansado : il est fatigué

avoir sa raison d'être : ter sua razão de ser
cela peut être : pode ser
être bien avec : estar de bem com
elle est toujours jeune : ela é sempre jovem


"Le Portugal, d'abord immergé avec douceur dans le monde, naturellement et surnaturellement merveilleux, était devenu île-saudade. Un lien sans extérieur ou il lui était impossible de distinguer la réalité du rêve".
"Avec la saudade, nous ne récupérons pas seulement la passé comme paradis perdu ou menacé de perte ; nous l'inventons."
"Dans leur île-saudade, à la fois île des morts et île des amours, comme les enfants, ils ignorent la mort."
"Un tel peuple, à l'aise partout dans le monde comme s'il était chez lui, en fait ne connaît pas vraiment de frontières car il n'a pas d'extérieur. Comme s'il était à lui seul une île-monde, ou, Dom Sebastien de lui-même, il attendrait un retour toujours différé, en rêvant à sa vie antérieure."
"L'un des traits les plus connus des Portugais est leur aptitude à se fondre dans le paysage. Leur étrangeté est, à tous les titres, indécelable. Eux-mêmes ne peuvent en rendre compte. Ils font corps avec leur étrangeté, car ils ne peuvent la percevoir à partir d'une quelquonque extériorité, même imaginaire."(Eduardo Lourenço, "

(Eduardo Lourenço, "Mythologie de la saudade", éditions Chandeigne, 1997)

"L'ouverture d'esprit est une qualité commune à de nombreux Portugais. Ainsi ils vous poseront rapidement des questions personnelles qui, chez nous, en France, seraient bien souvent considérées comme déplacées. Cette curiosité se fonde sur un réel intérêt et un désir de participation."

("Le Portugais" de poche, édition Assimil évasion, 1997)

"Les portugais qui sont venus en France avaient l'habitude d'être en quelque sorte, multidimensionnels. Ils avaient l'habitude, selon les saisons, de passer des travaux des champs, à ceux de la pierres, d'être laboureurs ou maçons, charpentiers, vignerons ou boulangers. Ils passaient ainsi de la campagne à la ville sans que cela provoque grand dommage dans leur philosophie de la vie. Ce qui leur importait c'était de gagner leur vie mieux qu'avant, car travailler dur ils en avaient déjà l'habitude."

"Les jeunes insoumis

Parmi les clandestins, on trouvait beaucoup de jeunes insoumis qui refusaient de partir à l'armée pendant 3 ou 4 ans et de faire la guerre coloniale. On estime leur nombre à environ 180 000. Pour eux, l'émigration était un exil car ils ne pouvaient plus rentrer au pays tant que le régime serait le même. Comme la porte de leur pays se refermait derrière eux, ces jeunes ont été vite intégrés dans la société française, et, en partie, ont fait des mariages mixtes et beaucoup sont naturalisés."

Importance de la maison # vie errante, "sans toit ni loi". Le migrant passe ses vacances à choyer sa maison comme si elle ne s'achevait jamais : l'éternel recommencement.

(THERESA Pires Carreira et Maria-Alice Tomé, "Portugais et Luso-Français", tome I, Recherches universitaires et migrations, 1994)


"Moins de 4% des françaises d'origine portugaises de 25-29 ans en Ile- de-France, appartiennent à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures. Par contre les françaises d'origine portugaise de 20-24 ans ont tendance à avoir plus de diplômes que la moyenne française. En Ile-de-France et midi-Pyrénées, seulement 10% d'entre elles ne possèdent pas de diplômes." 

(Nathalie Kotlok-Piot, "L'insertion professionnelle des jeunes nés de parents portugais", magazine "Hommes & Migrations n°87, décembre 1997)

"Au vu de cette polarité là, l'étrangers se demande l'impossible, on lui demande l'impossible : il doit rester lui-même et devenir un autre, comme nous autres. Ce numéro d'équilibriste, il peut le réaliser par exemple en offrant la révélation de ses origines, en livrant son secret, en le mettant en scène, en oeuvre écrite ou orale, en le présentant en écot au passage des seuils qui le conduisent dedans, et éventuellement très haut dans la reconnaissance locale. Ou bien il peut l'enfermer au plus profond de lui-même et rester seul gardien de ce secret (relatif aux causes de ce départ, aux modalités de sa route, aux épreuves et enjeux divers...) Ainsi enkysté, il peut demeurer "incognito". 

(Anne Raulin, revue "Sigila" n°3)

"L'identité est en effet à la fois processus d'identification et de séparation. Pour se définir, se reconnaître, se distinguer, il faut pouvoir se détacher, se différencier, s'opposer. Parler de l'identité, c'est se référer à des appartenances, à des ressemblances, à des définitions de soi ; mais c'est aussi compter sur des autres, des différences, de la dissemblance." 

(Fabienne Wateau, Lusotopie 2002,  : Du Portugal à l'Europe Effets d'échelles, de Melgaço à Alqueva)


"C'est dans la région parisienne que l'on trouvait le plus grand nombre de Portugais vivant dans des bidonvilles, la plupart du temps à côté d'autres immigrés espagnols ou algériens, parfois dans des bidonvilles "portugais" (du plus grand comme celui de Champigny/Marne, à d'autres plus petits comme ceux des Francs-Moisins (à St Denis), La Courneuve, Aubervilliers, Carrières/Seine, Massy, Villejuif, Villeneuve-le Roi). Lors de l'enquête faite par la Préfecture de la Seine en 1965 sur les Portugais dans les bidonvilles de la région parisienne, 15 000 des 40 000 portugais dénombrés dans ce département vivaient dans une dizaine de bidonvilles (celui de Champigny/Marne, le plus grand de France, abrita une population très fluctuante qui passa de 6000 environ en 1961 à plus de 12 000 deux et trois ans plus tard)."

(Les phases de l'immigration portugaise, des années vingt aux années soixante-dix. Par Marie Christine Volovitch-Tavarès (2002))

L'exploitation des registres de baptême et de mariage permet également de vérifier le profond et durable attachement d'une partie au moins des émigrés au village natal. L'examen de la liste des témoins et des parrains des actes concernant les immigrés permet de plus de conclure que, malgré leur départ, ils restent insérés au sein des réseaux d'alliances et de connaissance locaux. Ces résultats confirment donc ce qui était en introduction présenté comme une hypothèse : beaucoup d'émigrés maintiennent des liens étroits avec le village d'origine.

("Le va et vient identitaire. Migrants portugais et villages d'origine" par Yves CHARBIT, Marie-Antoinette HILY, Michel POINARD, avec la collaboration de Véronique PETIT - 1998)

Mes recherches sont assez étonnantes et finalement, ont rarement fait l'objet d'une revendication quelconque, car intégrées complètement dans mon travail artistique, sans qu'une connotation soit distinguée et reprise. Car, plus tard, la mode fut aux artistes, enfants d'immigrés, un peu plus mis au devant de la scène, institutionnalisés, une façon de montrer que la France "intègre" ses enfants, même "ces enfants là". Mais ce n'est qu'à partir du moment où sont bien définissables les travaux d'enfants d'immigrés, ou travaillant sur la colonisation ("les "cultural studies", ce courant de recherche d'origine anglophone à la croisée de la sociologie, de l'anthropologie culturelle, de la philosophie, de l’ethnologie, de la littérature, de la médiologie, des arts) Ce qui n'a jamais été visible dans mon travail (au premier abord), quoique, des experts peut-être. Être en recherche, ne peut être une réussite aux yeux d'un plus grand nombre. Le Rubik's cube comporte d'autre challenges que celui de faire toutes les faces d'une même couleur, si, si, il y a d'autres possibilités.

Aux yeux de mon petit nombre et de ma faible reconnaissance prévue, selon les statistiques, j'ai décidé de continuer mes recherches, un peu spéciales et dans tous les sens que ma conscience puisse aller, tout azimut.

Lorsqu’il s’agit de phénomènes migratoires déjà anciens (plus du siècle, c’est-à-dire plus de trois générations), on peut se trouver confronté à deux situations :

    > la migration a été importante durant une brève période, puis les descendants ont quitté la zone d’immigration ou s’y sont totalement assimilés,
    > la migration s’est effectuée à un rythme faible mais régulier et les migrants et leurs descendants, par le fait d’une relation continue au « pays », ont conservé une conscience de leur identité,

Ces deux grandes formalisations de la migration ne se prêtent pas au même type de construction : la première sera essentiellement historique alors que la seconde aura surtout recours à la méthode ethnographique.

La démarche est fastidieuse parce qu’elle nécessite un réajustement constant entre deux niveaux cognitifs de nature différente : le dit et l’écrit.

(Institut de recherche sur les migrations)

Entre le dire et l'écrit

Ma démarche serait fastidieuse parce qu'elle se constelle également en Espagne, quoique ce Sud-européen fut un seul territoire naguère. Mais dans le détail, chaque femme perd son nom de famille, fille du père, elle prend mari, et reperd de nouveau le nom, le nom de son père, de sa famille. Toutes les femmes, les noms des femmes disparaissent peu à peu, en laissant aux patriarches descendre leurs noms. Jusqu'aux femmes d'aujourd'hui qui écrivent sous le mail au nom du mari ou de la famille, jusqu'à s’effacer totalement sans jamais reprendre contact avec leur propre famille, mais en comptant bien plus sur leurs belle-famille, la famille de leurs maris. Les femmes sont comme des oubliées de leurs propres racines, comme arrachées aux leurs, comme si des mères, elles n'en avaient jamais eu, comme si, de leurs cousines, elles n'en faisaient grand cas, comme si tout cela n'avait pas de place, ni besoin d'être soutenu. Comme si, des terres, elles n'en avaient jamais eu, comme si des biens, tout serait dispersé, dilapidé, parsemé, comme si des cendres, elles retournaient aux poussières et que seuls les phénix les sauveraient de cet abandon patriarcal et répétitif. Des phénix donc, autant d'étoiles que l'on peut admirer, en secret, faute de pouvoir leur parler, car même leur parler n'est plus possible, même vivantes, elles ont abandonné de dire. Et pourtant, de leur vivant, le lien était au cœur de leurs activités, relier ce qui nous séparait, tel une religion (re-ligare, le principe de la religion, celui de relier) Je suis dans ce mouvement, cette relecture. Relire et relier des points qui se sont séparés, sans même le savoir, sans même le vouloir. Et pourtant dans chacune de ces entités, chacune a ce pouvoir magique de relier, de créer du lien, de réunir et de ré-enchanter, ce qui n'a plus de voix, ce qui s'est tu, en imaginant juste que chanter est encore possible. Fatigués, chanter s’éteint, et lorsque s'épuise le sens de la reproduction, d'autres sens peuvent s'éveiller, celui de la fraternité. Quand plus rien n'est dit, l'écrit ressemble à cet espace inaudible, secret et précieux, laissant la confidence s'offrir un lieu viable, parfois enviable, mais accessible qu'aux seuls lettrés.

Une grande majorité de nos contemporains français ne lisent plus, pas plus qu'ils n'écrivent.
Écrire dans la langue française c'est comme se confier à des pages blanches qui ne seront lues.
En tous cas, dans ma généalogie, qui ne seront lues par les membres de ma famille.

Auprès de mes pairs, cela fut très souvent la preuve, qu'aucun d'eux, ne pouvaient comprendre la richesse de ma culture, puisque dans la langue française, les origines et la question des migrations, a toujours été très sensible, divisée, ignorée, vulgarisée, afin de lisser des profils "types" intégrables, toujours vissés aux politiques sociales.
Je pense qu'aujourd'hui, avec les générations métissées, ces encastrements normés ne peuvent plus se satisfaire des typologies de bazars en ignorant ce qu'il se passe au-delà des frontières et du contour national et l'histoire qui a traversé celles-ci. J'ai rencontré nombre d'étudiants, dans les études supérieures, qui n'avaient jamais eu de cours d'histoire sur les migrations, et qui ne connaissaient pas leurs camarades de classes, ni certains de leurs professeurs, me demandant simplement : - pourquoi sont-ils là, pourquoi ne sont-ils pas restés dans leurs pays d'origine, de leurs parents ou grands-parents ? Les questions peuvent faire frémir, mais elles sont légitimes, et souvent j'ai dû me confronter à un domaine qui n'était pas le mien : celui de faire de l'histoire ou de guider vers des documents qui pouvaient répondre à leur curiosité première, afin de ne pas les laisser sans apports et les laisser être récupérés par d'autres camarades bien plus radicaux, sans questions, mais avec toutes les réponses : - qu'ils retournent d'où ils viennent. Lorsque vous avez des étudiants qui ont de bons résultats scolaires, les moins bons et les plus méchants, recherchent une cause. Que ce soit élève, étudiante ou professeure, en France, pas un seul niveau ne m'a laissé tranquille de cet état nauséabond français, où le souhait d'étudier et d'enseigner, de transmettre, ne fut mis en péril, parce que si ma culture avait cette richesse dynamique (invisible) et mes résultats évoluaient de façon positive, c'est qu'elle concurrençait assez gravement, des étudiants qui n'avaient réalisé aucune démarche sur la recherche de leurs origines, ou qui en étaient dépourvus de par leurs parents. Cette pauvreté là est difficile à accepter et la recherche du coupable, est bien plus facile à adopter, surtout, lorsque le climat national, entraine aux vindictes et aux injonctions de se plier à une histoire (très récente) qui manque cruellement de distance.

Lorsque vous observez que ce n'est plus de jeunes étudiants qui tentent de comprendre, avec plus ou moins de maladresse, la richesse de l'histoire et ses temps différents, ses croisements, sa densité, sa multitude, et le parcours singulier qui chemine dans tout cela, mais que ce sont des directions d'école qui coupent les arbres... Vous pouvez, à ce moment, avoir un indicateur assez significatif de l'évolution du niveau et de l'espérance de vie qu'il vous reste, ou de viabilité, de vos trésors, à jamais invisibles.


Philosophie Par kiwaïda at 18:52

27/11/2018

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Les incognitos (Dessins © Sonia Marques - 2011, peinture sur papier, 50x50 cm)


Art Par kiwaïda at 18:44

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La question des accès, des jeux de formes me faisait penser à Cafuné. C'est un lapin spécialisé dans l'inspection des accès. Il s'assure de toutes les limites et va trouver la faille, il répète inlassablement l'inspection du territoire, de la clôture et connait chaque changement, chaque trou ou forme de trou pour passer, faire son terrier et tenter d'entrer. Mais rien n'est plus simple, instinctivement que la bonne réflexion. Si un obstacle va obstruer le lieu habituel d'introspection, avec une rapidité de réflexion, il ne va pas forcément choisir l'option de rentrer dans une forme de trou, un hexagone, ou un rectangle, bien qu'il puisse le faire avec sa souplesse, mais trouver la solution la plus simple en fonction de ce qu'il sent (odorat très développé) et de son appréhension de l'espace, de l'objet, de l'obstacle : il va tout simplement, et extrêmement rapidement, déplacer l'objet, le pousser, et libérer de nouveau l'espace pour en créer un autre, à sa façon, s'y engouffrer. "La mise en page" de son espace privé (sa cage) avec un tapis rectangulaire, de même sera modifié, selon une appréhension de l'espace très personnelle, et selon sa notion de "confort". Il replie méticuleusement ou brutalement si c'est remis en l'état, à plat, il replie un bord, et s'engouffre dans l'interstice entre le fond et le revêtement, de sorte à avoir créé une toute autre assise et un couchage adapté à son corps et son bien être. Qu'il rencontre quelques humains lui remettant bien à plat son tapis, comme la "norme", il va s'offusquer et mordre, charger, attaquer, il pince, afin de signifier "pas touche à mon design", sa limite, sa création, elle est ainsi faite sa maison. Il replie alors le tapis, le même coin, parfois il disposera ainsi des choses à l'intérieur du repli, une façon d'avoir recréer un nouvel espace, une nouvelle cachette, et ses choses à ne pas toucher. Puis il s'allongera de tout son long à côté du pli, et là, seulement là, il sera bien (pas besoin de télé ni d'apéro, ni de vue sur la mer) et son corps en dit long, en confiance absolue. Alors que d'un point de vue humain, cela peut sembler, si l'on n'y prête pas attention, n'importe quoi : "Comment, ce lapin a perdu la tête, et en plus, il ne dit rien, il met un bazars pas possible, alors que j'ai fait tout mon possible pour le satisfaire ! Quel ingrat petit lapin ! Il ne mérite pas ma patience ! Un malentendu ? Mais qu'y a-t-il à entendre ? Ces NAC (nouveaux animaux de compagnie) sont extraordinaires car ils nous obligent à prêter une autre oreille, celle quasiment de sourds et muets, dans un monde qui crie trop, hurle, klaxonne, tape plus fort pour se faire entendre, argumente sans arrêt, vante pour vendre. On se retrouve, avec eux, à apprendre à déceler un langage, que nous n'avons pas appris, et pourtant celui que l'on connait, un instinct que l'on partage : connaître les besoins de l'autre, sa douleur, sa joie, son repos, ses créations...
Il n'a pas choisi sa cage, c'est une création des humains, mais il a choisi comment agencer les différents éléments, et ainsi, il apprécie non seulement un espace pensé par d'autres (les humains) à son effet, mais surtout sa propre mise en page.
Il en va de même pour les habitations. Elles ne sont pas pensées, jamais assez bien, qu'elles soient héritées, ou fonctionnelles selon un marché, selon la loi d'un architecte, sous un pont, entre deux chaises, jamais assez évoluées, jamais assez personnelles, ni singulières, trop parfaites, froides, ou bien trop précaires et humiliantes, les êtres, ces organismes avec une évolution propre, tendent à repenser, remanier l'origine, refabriquer et reconcevoir, à leur façon et selon leurs corpus, leurs vocabulaire, leurs gestes, leurs moyens (actions, économiques, affectifs) un espace de vie, ne serait-ce que celui d'une cachette temporaire. La question n'est pas tant que l'homme dans un avion n'arrive pas à repositionner sa valise correctement (selon la norme) afin de caser celle-ci, et qu'elle rentre sans avoir besoin de forcer, elle est plutôt dans l'impossibilité de concevoir et reconcevoir les espaces selon ses gestes, sa vision (qu'elle soit plus ou moins précise) Évidemment, un avion ne permet aucune différence.

Le design serait-elle une cause perdue, face à une norme sociale et la demande d'efficacité... Il y a de l'invention chez l'animal, et peut-être un esprit design ?

Cette question pragmatique des accès est similaire à ma façon de penser, une façon divergente. Il y a des situations, des choses, des formes, des textes, des habitus, enfin, il y a des choses qui se présentent quotidiennement à nous où que l'on soit, d'où que l'on vienne et lorsqu'elles ne sont pas pensées, ces choses, elles ne sont pas vues. Et on peut se trouver être moqué, ou filmé à son insu, car on ne fait pas les choses comme il faudrait, pire, au yeux de tous, de la norme, cela fait la démonstration d'une déficience. "Être comme tout le monde" (le "je suis un président normal") devient la loi de l'indifférence et de l'exclusion. Mais si, les choses, nous les pensons, nous les voyons, nous pouvons remettre en question leurs fondements, leurs structures, leurs contextes et tout signal observé ou bien appréhendé, par la main, l'esprit, être dans un mouvement de création. Je pense : en un éclair, il y a des choses qui deviennent visibles, mais demeurent invisibles pour d'autres. Sans que je n'ai besoin d'ailleurs d'y penser je vois à travers l'espace, à travers la norme. Cette façon de voir ou de ressentir, de se positionner, peut demeurer donc farfelue pour la norme, les choses pensées pour la norme, ou invisible et passer complètement inaperçue, le plus souvent. Ainsi, l'animal est un excellent compagnon de vie, car, l’interaction, elle, est bien visible, même dans la plus belle discrétion et de son paisible repos.

Et puis, c'est toujours très amusant de voir une personne un peu décalée faire quelque chose ou voir quelque chose différemment, penser autrement, parfois un humour très particulier en découle, et lorsque l'attention est au rendez-vous, avec gentillesse, la différence est intégrée, elle devient nécessaire à une société qui oublie de penser, et l'acceptation de la participation, avec chacune des différences, devient un pari, mais ce n'est parfois pas très difficile à réaliser. Il faut agrandir sa surface de connaissance, et approfondir dans celle-ci, un sujet, c'est-à-dire, retrouver le goût, se passionner, regarder le monde avec d'autres sensations par la qualité de comprendre et changer de place. Se tromper, recommencer, tester, améliorer, se tromper, s'excuser, prendre conseil, ajuster, parfaire, oser...
On ne devient pas professeure par hasard, dans la création.


Animal Par kiwaïda at 16:46

24/11/2018

м℮мóґїα

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Algumas coisa que queria aconteceu :
Quando eu era pequena a minha avó explicou-me com palavras simples…
a dificuldade de falar e escrever… mais a linda expressão de o saber chorar

Uma fotografia concebida por meu pai e enviou por minha mãe, no primeiro plano, minha avó paterna, a palhaça

Sónia sohna

Süße Gedanken an die schöne Elizabeth

As emoções não são iguais, umas são ruins, outras boas. A tristeza está caracterizada como uma emoção negativa em nossa sociedade. Um dos sinais de tristeza melhor identificados por nós é quando choramos. Porém, nem sempre o choro é acompanhado de uma emoção ruim. Muitas vezes as pessoas choram de alegria. O casamento de uma filha, o nascimento do sobrinho, do neto, uma apresentação da filha na escola podem nos despertar muita alegria e podemos chorar por isso. Algumas pessoas têm maior sensibilidade para algumas emoções e muitas delas choram por qualquer coisa. Uma expressão muito conhecida e que a pessoa se caracteriza é “sou uma manteiga derretida, choro por qualquer coisa”. Tem pessoas que tendem a chorar com mais facilidade e isso não é um defeito; ela só é mais sensível naturalmente para lidar com algumas emoções que a situação desperta. A pessoa que nunca foi de chorar à toa provavelmente está apresentando outros sintomas que podem estar sinalizando que está com depressão e não está se dando conta. Nunca quis alguém que me dissesse: “Ei, não chora... Não vale a pena chorar!” Que bom que encontrei alguém pra me dizer: “Pode chorar, eu estou aqui com você!".

"Creio no riso e nas lágrimas como antídotos contra o ódio e o terror"

(Charles Chaplin)


Enseignement Par kiwaïda at 18:07

22/11/2018

ø ḟґαηḉ℮﹩iṧм☺

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“Com este labor e este pranto dos pobres, meu Príncipe, se edifica a abundância da Cidade ! Ei‑la agora coberta de moradas em que eles se não abrigam ; armazenada de estofos, com que eles se não agasalham ; abarrotada de alimentos, com que eles se não saciam ! Para eles só a neve, quando a neve cai e entorpece e sepulta as criancinhas aninhadas pelos bancos des praças ou sob os arcos das pontes de Paris... A neve cai, muda e branca na treva ; as criancinhas gelam nos seus trapos ; e a polícia, em torno, ronda atenta para que não seja perturbado o tépido sono daqueles que amam a neve, para patinar nos lagos do Bosque de Bolonha com peliças de três mil francos. Mas quê, meu Jacinto ! A tua Civilização reclama insaciavelmente regalos e pompas, que só obterá, nesta amarga desarmonia social, se o Capital der ao Trabalho, por cada arquejante esforço, uma migalha ratinhada.”

...pour prix de chacun de ses pénibles efforts, un maigre croûton âprement marchandé...

"Os franceses nunca foram poetas, e a expressão natural do gênio francês é a prosa. Sem profunda, religiosa, ardente emoção, não há poesia; e a França não se comove, permanecendo sempre num razoável equilíbrio de sentimento e de razão, bem senhora da sua clara inteligência."


“Quatro quintos da França desejaram, aplaudiram a sentença. A França nunca foi, na realidade, uma exaltada de Justiça, nem mesmo uma amiga dos oprimidos. Esses sentimentos de alto humanismo pertenceram sempre e unicamente a uma élite, que os tinha, parte por espírito jurídico, parte por um fundo inconsciente de idealismo evangélico. Não nego que, aí por 1848, essa élite conseguiu propagar o seu sentimento na larga burguesia, sensibilizada, amolecida desde 1830 pela educação Romântica. Mas logo, com o Império, a França se recuperou, regressou à sua natureza natural, e recomeçou a ser como sempre, a Nação videira, formigueira, egoísta, seca, cúpida. Devia talvez acrescentar cruel – porque de facto todas as grandes crueldades da História Moderna, desde a guerra dos Albigenses até às Matanças de Setembro, têm sido cometidas pela França. O seu pretendido Humanitarismo e Messianismo do Amor Social é una mera réclame, montada pela Literatura romântica – que já fazia rugir de furor o velho e vidente Carlisle. E o processo de Rennes provou que a mesma Bondade, a bondade individual, é nela rara, ou tão frouxa, que se some, apenas a França, por um momento, se constitui em multidão. Em nenhuma outra nação se encontraria uma tão larga massa de povo para unanimemente desejar a condenação de um inocente (que sentia inocente) e voltar as costas, ou mesmo ladrar injúrias, à sua longa agonia.”

..Dans aucune autre nation on n’aurait trouvé une aussi grande masse de gens pour désirer unanimement la condamnation d’un innocent (qu’elle sentait innocent) et tourner le dos, ou même aboyer des injures, devant sa longue agonie...


Textos : José Maria de Eça de Queirós
Photografías : Sónia Marquès


Littérature Par kiwaïda at 22:19

19/11/2018

ṧαη﹩ ¢ґїεя ℊαяℯ

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gare

, s  


      nf  
      interj  
1    holà, précaution, doucement, attention  
[antonyme]   distraction, absence  
      nf  
2    terminus, embarcadère, aéroport, halte, station, aérogare, terminal  
[antonyme]   marche 



Que vois-je ? Une belle gare, celle d'où je pars, celle où je reviens. Une dizaine d'années avant d'habiter à Limoges j'avais passé des vacances en Creuse (juste un week-end) pendant des mois à travailler pour des plantes vertes (une start up) en virtuel et pour 6 pays différents avec un directeur d'une vingtaine d'années, plus jeune que moi. Je m'étais octroyée ces jours pour rejoindre mon conjoint qui passait ses vacances chez ses parents, ils avaient loué un gîte en Creuse. Il ne travaillait pas et passait du bon temps en famille, tandis que moi je me devais de gagner ma vie, payer mon loyer, et louper quasiment toutes mes vacances, d'autant plus que mes parents, eux partaient dans un autre pays très loin, et donc, c'était encore plus coûteux, en déplacement, en énergie et impossible de se reposer au final, donc je ne retournais pas revoir une partie de ma famille, car rien ne me garantissait d'avenir, j'avais tout à entreprendre par mes seuls moyens (et mon petit sac à dos magique). Drôle de vies. C'était bien plus confortable, encore en ce temps, d'être à la place de l'homme, mais tellement plus émancipateur d'être à la place d'une jeune femme qui aime découvrir, et toujours. On doit laisser bien des bagages en route, pour partir léger. Tant de gares, tant de fois et si légèrement, l'oiseau. J'ai des photographies de moi qui courre attraper mon train à cette gare de Limoges avec mon sac à dos, le même que j'ai encore et qui m'a servi à aller au Canada effectuer mes études. Oui, on n'a pas besoin de beaucoup de choses pour voyager, comment était-ce possible ? L'une de ces photos est surprenante car c'est la belle-mère d'alors, photographe, qui l'a prise à mon insu, je me vois de dos (la photographe prend en photo mon dos), en jupe couleur amande, si consciencieuse et pourtant, personne ne voyait que c'était une femme d'affaire qui portait ce sac espagnol sportif. Apparences trompeuses, souvent, puissant caméléon. Au dos et moi devant cette gare, au départ. Je vois qu'elle ne prenait pas de vacances cette jeune femme et pourtant son diplôme s'intitulait : "Les grandes vacances", car sa vie ne serait plus que des grandes vacances, telle fut sa devise, mais des vacances pas comme les autres. Le mot "vacant" fut un mot très étudié à cette période, je pense qu'il reste d'actualité. Et c'est la gare splendide en décor qui surplombe sa course figée par la photographie. Je vois donc ce dos, je courre aussi derrière elle, mais je ne la vois pas, elle va trop vite.

Quand on part, est-ce que l'on perd toujours sa place ? Quand on part, est-ce que l'on oublie d'où l'on partait ? Les liens affectueusement construits laissent toujours de la place dans le cœur et mesurent assez bien la distance parcourue, c'est un effet élastique et transgénérationnel. Les gares peuvent faire partie de notre patrimoine, et les distances de notre amour pour l'autre, et pour l'ailleurs, du patrimoine qui nous situe le mieux.

Cette gare, je la retrouve plus tard, et là j'ai eu le temps de bien l'observer. J'ai assisté au début de mon installation, à des conférences sur Roger Gonthier (de Périgueux !), l'architecte de la Compagnie des chemins de fer Paris-Orléans. Cela m'a ouvert sur la cartographie de la ville où j'allais emménager. J'étais parmi des têtes grises et blanches à ces conférences et j'ai ainsi mieux saisi comment se construisait toute la ville. Passionnant. J'étais alors une tête grise aussi, mais d'un jeune âge. Une résidence qui dure, un point de repère que j'ai fixé sur une carte, au centre d'un pays.

Point de déplacement sans repère ? Point de repère sans déplacement.

Architecte parisien, licencié en droit, Roger Gonthier (1884-1978) est le fils d’Henri Gonthier, architecte-inspecteur des bâtiments de la Compagnie des chemins de fer Paris-Orléans. Lui même architecte de la Compagnie du Paris-Orléans, il réalise à Limoges en 1919, un pavillon frigorifi- que à viande dans le quartier du Verdurier, ainsi qu’en 1941 l’abattoir municipal (actuellement entrepôt municipal), sis 15 avenue de l’Abattoir. Seuls subsistent de cette construction les bureaux aujourd’hui désaffectés : le bâtiment fut très largement modifié en 1968 par l’architecte Henri Coussy. Roger Gonthier est également l’auteur de la cité des Coutures et de la cité-jardin de Beaublanc.




 



La gare des Bénédictins, monumentale, est construi- te au-dessus des voies sur une platforme en béton armé, ce qui permet de conserver le réseau des voies ferrées existantes. L’ossature de béton armé et d’acier est masquée par un habillage de pierre et de roches calcaires qui portent les ouvrages décoratifs. La silhouette générale du bâtiment est recon- naissable avec son campanile, qui culmine à 57 m de hauteur, et son grand dôme (31 m) qui surmonte la coupole. Le programme décoratif est en grande partie dû à Henri-Frédéric Varenne, les verrières du hall sont de l’atelier de Francis Chigot. La façade principale rappelle aux voyageurs l’importance des arts du feu à Limoges : deux allégories féminines, aux dimensions monumentales, représentent la porcelaine et l’émail. Les écoinçons de l’arc du portail d’entrée portent deux divinités romaines : Cérès, la déesse de l’agriculture, et Mercure, le dieu des voyageurs. La façade nord propose, elle aussi, une représentation de Mercure : la tête du dieu ro- main surplombe le monogramme « PO » de la Com- pagnie du Paris-Orléans. A l’ouest, on découvre, dans les tympans des fenêtres du cinquième niveau, les armes des principales villes du réseau ferroviaire : Limoges, Orléans, Toulouse, Montauban, Agen, Périgueux, Blois, Bourges, Poitiers, Bordeaux et Tours. La façade orientale, peu décorée, présente le blason de la ville de Paris et celui de la ville de Limoges. L’immense hall, de près de 4 000 m2, frappe tout d’abord par son décor de verre dû à Francis Chigot. Ce dernier a privilégié, dans une composition de bandes horizontales ou verticales, un décor de feuillages, rappelant la végétation du Limousin : le chêne et le châtaignier. Henri Varenne est l’auteur des décors de stuc qui habillent l’intérieur du hall. Il propose dans les écoinçons de la coupole quatre allégories féminines représentant le Limousin, la Touraine, la Gascogne et la Bretagne.




(Photographies © Sonia Marques)

Je m'interrogeais sur l'antonyme de "gare" :

DISTRACTION, ABSCENCE

et aussi sur la définition :

DOUCEMENT, ATTENTION

Sans crier gare, j'ai effectué une bonne marche arrière dans mon parcours, sans écraser personne, car j'avais oublié de prendre quelques bagages émotionnels, heureuse de ne plus être cette femme d'affaire et réserver mon sac à dos pour mes grignotages de balades, en marche avant, avec attention et doucement.



Philosophie Par kiwaïda at 13:50

17/11/2018

♭℮αʊ⊥ḯƒʊℓ ʟiƒℯ

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Que la vie est pleine de surprise, du genre aux plumes, du vilain petit canard nommé ainsi par la norme aux beautés spectaculaires des femelles et des mâles aux couleurs distinctes, les éclectiques sont magnifiques ! De petits pinceaux magiques en devenir, de longs tubes qui cachent leurs secrets. N'être un mâle ou n'être qu'une femelle, mais naître au monde et déjà savoir être, avec ses pinceaux secrets. Tout un art volatil... Rêves réalités. La vie et la mort liées par la même inconnue. Infinie.


Animal Par kiwaïda at 18:19

15/11/2018

¢ʟ☺ẘη тяḯ﹩⊥℮

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C'est parti !

Elle pense avec des pinceaux ?

Olala qu'est-ce qu'elle fait ?

La nuit est tombée... je vais me coucher...

(Photographies © Barnabé l'impatient)

Art Par kiwaïda at 19:29

11/11/2018

¢α﹩ṧℯ➸⊥ê⊥℮

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La gare de Paris-Montparnasse fait l'objet d'un important chantier de réhabilitation, amorcé en septembre 2017 et devant être livré en novembre 2020.

En passant, cette peinture murale de Vasarely était encore plus visible dans ce chantier. Il y a très longtemps que je n'étais pas passée par cette gare. Pourtant, pendant 9 années, quasiment toutes les semaines, je prenais le TGV, pour aller à Angers, depuis Paris, en ayant pris auparavant le métro. Je n'appréciais pas ces trajets car ils étaient très difficiles, levée très tôt, ce périple pour donner des cours en école d'art m'a toujours semblé erroné. C'était parmi les hommes d'affaire en costume et attaché-case, que je m'asseyais pour atterrir à l'école d'art en passant par un parc. Autant dire que le matin, après tout ce périple, lorsque les étudiants n'étaient pas là, nous étions, les professeurs, particulièrement déçus, mais heureusement, cela n'arrivait pas souvent. Je prenais mes billets devant ce Vasarely, rapidement, vers les 7-8h du matin. Ces trajets, très coûteux, n'étaient pas défrayés par l'école d'art et pendant toutes ces années, avec l'hôtel à payer, j'ai vu mes économies partir en fumée. Un jour, je n'ai plus pu enseigner, je n'avais même pas assez pour payer mon loyer, ni vivre décemment.

Un jour j'ai dû arrêter et réfléchir comment habiter près de l'école où j'enseignais. J'ai passé un concours national puis j'ai été sélectionnée, après plusieurs épreuves (comme la première fois pour l'école angevine), sur dossier, puis en entretien, puis en exercice pédagogique, puis en épreuve de langue. J'ai déménagé à Limoges pour l'école d'art, en province. Je pensais poursuivre tout ce travail d'économie de vie, mais cela n'a pas été favorisé, j'avais déjà tant perdu, que la précarité m'a rattrapé à la moindre violence des écoles d'art, et il y en a, les directions ne sont pas à la hauteur des enjeux contemporains et de nos niveaux de vie, qui ont beaucoup changé en une vingtaine d'années, ainsi que nos apports en connaissances, nos recherches. Le savoir et sa transmission se sont transformés et l'économie de vie d'une professeure, une femme notamment n'a fait que régresser. Pour ma part, je me suis enrichie et j'ai un capital de savoirs que je ne peux transmettre, avec les pressions inutiles et les désorganisations des études. Il y a une confusion entre capital du savoir et marchandisation de la culture, qui est devenue prioritaire (le marché de l'art, la publicité et la communication, la vente, l'image) bien avant l'apprentissage artistique et le développement d'un esprit critique et de sa pensée. Je ne corresponds plus aux attendus, qui sont ceux de la vente et des intérêts marchands, des séductions aux mécénats et aux maires, pour obtenir toujours plus d'argent. Et cette répartition des crédits, reste, de mon point de vue, très inégalitaire. Ce qui fait qu'une personne comme moi, née en banlieue du 93, ne pourra plus étudier dans des écoles d'art supérieures, ni y enseigner, ni devenir artiste. Les accès se sont fermés, et la politique et la tendance aux lois des extrêmes gagnent des voix. J'ai toujours pensé que l'enseignement échapperait à ces pressions, mais c'était sans compter sur la domination du riche sur le pauvre. Même en école d'art, on déteste les plus pauvres, il y a une confusion entre ce capital des savoirs et celui de l'argent, et, je pense que c'est ce qui désolidarise tous les artistes et les enseignants entre eux. Je mesure la perte, mais cette mesure a consolidé mes valeurs. Le fossé s'est agrandi, entre ce que l'on communique et la réalité, ce qui fait disjoncter le sens et la capacité des individus à s'adapter (c'est impossible) L'état se structure en particulier a réaliser des rapports et administrer les institutions mais ne sont pas habilités à résoudre notre situation. D'ailleurs, le ministère de la culture, est surtout celui de la communication. La pression est telle, que les fonctionnaires doivent communiquer à l'excès et donner une image attractive, même si bordélique à souhait. Et ces mêmes fonctionnaires sont à bout, décadrés, recadrés, déplacés, à toujours vernir et exposer, alors que la pensée s'est effritée, beaucoup de dispersion. Il n'y a pas là d'économie, mais bien des dépenses très mal calculées, et jamais en faveur des plus pauvres, mêmes si ceux-ci, ont acquis un capital des savoirs conséquent et une capacité d’adaptation exceptionnels. Ces atouts ne sont pas prioritaires, ces êtres humains sont exclus du partage et de leurs propres productions : leurs réflexions, leurs capacités à rendre intelligent et à cartographier les migrations, ces voyages du savoir, sont amenées à être pillées et eux, à se déplacer et réduire leurs moyens d'action, leurs pouvoirs en toutes matière. La définition des patrimoines même serait à reconsidérer, à repenser, avec ces capacités à faire sens, le plus souvent, en déplacement et non, dans l'empilement, la collection. La mobilité est niée, mais en même temps elle devient un ordre dès que s'installe l'intelligence et qu'elle fédère de nouvelles forces créatives.

En passant je voyais ce mur et je voyais tout cela. Aussi avais-je pris un petit-déjeuner sous l'autre Vasarely, avec Jean-Luc Vilmouth, un artiste décédé depuis, lui aussi fut enseignant en école d'art, longtemps, car nous nous étions rencontrés par hasard un matin, avant que je prenne ce TGV pour mes cours angevins dans le métro et que celui-ci était tombé en panne. Peut-être une dizaine d'années que je ne l'avais vu, il venait de faire des examens médicaux à jeun, moi je ratais ma journée entière, car les transports étaient, très certainement encore en grève. Sous ce Vasarely, nous avons pris un petit-déjeuner, le seul et le dernier, sans aucun doute. Je revenais le vendredi soir, avec mes collègues très fatigués, dans cette même gare, et là seulement, nous prenions des lignes de métro différentes, nous nous séparions rejoindre nos logements, mais nous n'arrivions pas à réfléchir, tellement notre séjour à enseigner fut intense et nous avait pris tout notre cerveau. Il me fallait un week-end pour m'en remettre, autant dire, je n'avais pas le temps de profiter de celui-ci. Jeune, on peut le faire des années, et puis à un moment, on s’aperçoit que ces années nous on fait perdre beaucoup de temps, aux amis, à la famille, et si c'était le cas à le réserver à accompagner ses enfants, mais en général, peu ont des enfants. Alors cette gare me rappelle tout cela. Un jour, je me suis trompée, un matin, en 9 années, c'est pas beaucoup, je n'ai d'ailleurs jamais été en arrêt maladie, pour une gastro peut-être, un jour, j'ai pris le train d'en face et j'ai atterri à Rennes. J'avais une collègue architecte, qui avait fait ces trajets depuis de très longues années, elle avait eu ce sourire, car cela lui était arrivé tant de fois, elle était si fatiguée. Elle s'allongeait sur les banquettes du TGV, pour dormir avant d'aller enseigner à Angers. Parfois j'étais déjà installée, le TGV démarrait et je la voyais courir sur le quai, venant de le rater et tapant sur la coque du train, comme s'il allait s'arrêter. Un TGV, non. C'était touchant. Et puis, elle s'est arrêtée d'enseigner aussi. Et les trains continuent toujours, et il y a toujours des étudiants et très certainement, tous ont oublié ces professeurs, et les collègues aussi.

Cette journée était un casse-tête, je revenais d'un examen pour lequel je n'étais pas assez concentrée, pourtant j'adore résoudre, mais là, j'étais distraite, des mauvais mots m'accablaient et ils ne venaient pas de moi. Je me demande bien ce que sont devenus ces collègues angevins, je sais que beaucoup de celles et ceux que j'ai connus y enseignent encore. J'ai même été informée par hasard, d'une disparition, sur une revue d'architecture, d'un enseignant qui avait peut-être le même âge que moi et avec lequel j'avais fait un concert au Musée des Beaux-arts d'Angers, lui musicien nantais et moi compositrice, ce soir là, c'était des poésies pour le vernissage d'un collègue. Il enseignait dans cette école aussi. Je n'ai jamais vu d'hommage de cette école, je n'ai pas bien compris. En fait je ne comprends pas ces disparitions successives de collègues, sans qu'ils n'aient jamais atteins leurs retraite. Je pense que l'on croit, à tort, que ces métiers sont des sortes d'amusement, et surtout liés au divertissement (ce qu'est devenue la culture) et souvent que l'on est chanceux de le faire ou très bien payés. Sur ces malentendus, nous subissions un vrai décalage avec les étudiants, et aussi leur avenir et leur lancement dans la vie active - certaines, certains, comme moi étaient déjà dans la vie active - en étudiant, demeurent parfois sur les fondations d'un château de sable. Ils ne savent ni la réalité ni n'ont des rêves plus beaux pour anticiper et se solidariser un peu mieux. Car les formations demeurent très individualistes et compétitives, et je trouve cela contre-productif pour l'avenir. Rien ne peut en surgir qu'un vague égoïsme mis en vitrine et qui sert à la communication instituée. Apprendre à masquer.

La peinture, comme cet art optique, n'est qu'illusion et mascarade. J'aime beaucoup les formes géométriques. On pense organiser l'espace, avec des formes et des couleurs, des angles et des clairs et obscurs et puis ce n'est qu'un jeu. La vie continue.

Photographies Sonia Marques


Victor Vasarely, né Győző Vásárhelyi le 9 avril 1906 à Pécs et mort le 15 mars 1997 à Paris, est un plasticien hongrois, naturalisé français en 1961, du mouvement de l'art optique.


Art Par kiwaïda at 18:46

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