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blog m kiwaïda

21/08/2019

ℋ☮Ṕℰ

Photographie © JD & Kiwa

Photographie © Sonia Marques

Image du film français  "Perdrix" réalisé par Erwan Le Duc - 2019

Nous sortions de visions du peintre américain Edward Hopper, pour naviguer dans des décors que nous retrouvions dans un film contemporain, magique, au nom d'un oiseau. Traverser des images, des décors, vivre dans des peintures et des films enveloppés dans le choix le plus doux, celui de la solitude de Purcell...

Par kiwaïda at 23:21

29/03/2019

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Féminin plurielles est un film de Sébastien Bailly réalisé en 2018 dans ma région. C'est mon ami qui a choisi de voir ce film et c'est un homme qui a réalisé ces images. Ce sont des femmes qui interprètent les rôles principaux, dont ceux-ci transcendent des tabous, et, avec intelligence, ces femmes font des choix singuliers, dans des formats collectifs, quasi mécaniques .

J'ai visité la ville de Tulle et j'ai été très marquée par l'ambiance mortifère qui régnait dans ces lieux vides, mais vides de conscience. J'ai photographié et je suis rentrée dans un café, où la dépression était bien plus que perceptible, les murs transpiraient d'une odeur étrange dont je ne mesurais pas à quel point, le passé terrifiant avait imprégné les choses vivantes ou défuntes. J'ai eu un vrai choc, dans mon corps et mon esprit car rien ne m'avait préparé à ce que j'ai vu. Tout ce que j'entendais de cette ville, venait de médias et d'une politique victorieuse et conquérante et je ne m'attendais pas à voir la pauvreté aussi durement. Je ne cessais de penser comment la politique se sert des plus démunis et des plus pauvres pour marquer sa puissance et étendre son pouvoir aux yeux de tous. Dans ces paysages bucoliques, pas ceux que l'on aime dépeindre en peinture (les impressionnistes de la creuse ou autre, que j'apprécie) mais dans ces paysages de ville, de maisons et d'immeubles, de villas, de hauteurs et de bassesses, et de balcons aux fenêtres fermées et volets opaques, ces boutiques abandonnées, tous ces logements vétustes et ces enseignes qui manifestent l'avoir été, sans n'être plus, jamais. Là, dans ces contrées, le pouvoir fut criminel et a laissé les plus pauvres mourir dans indifférence totale, ou dans une impuissance ravageuse. Et souvent, encore, certains, certaines ont tiré plus loin l'infâme, en se tirant d'affaire et s’accaparant l'histoire et le passé comme un drap bien lourd paré, afin d'en montré qu'ils étaient du côté des victimes et ont été mêmes décorés. Celles et ceux qui ne peuvent parler et qui ont vu, celles et ceux qui savent ne peuvent plus instruire les autres, tel est le principe même de l'histoire de la collaboration. Ce film vient confirmer mes pressentiments physiques et sensibles. L'histoire des pendus de Tulle, ce massacre d’innocents, des habitants, par les nazis et avec la collaboration du maire et des élus de la ville, est encore tabou. Pourtant ce sont bien les élus eux-mêmes qui désignèrent celles et ceux qui ont été pendus et abattus par les nazis et devant les habitants, qui se sont depuis murés dans le silence. Il y a un impensé national et aussi de l'histoire de la politique française qui se rejoue. Un autre maire de cette ville devient président de la république, il est élu. Diriger un pays, avec cette histoire, c'est-à-dire endosser le costume de ceux, des élus, qui naguère, ayant le même costume, ont collaboré au nazisme, en laissant des dizaines d'années, dans le silence et la terreur, les habitants et cette région, n'est pas sans reprendre ce chemin de la représentation qui masque les crimes. Il s'est rejoué, avec ce même président d'autres massacres, les attentats terroristes, encore des innocents. Ce film pose là des faits et des marqueurs sociaux, et toute la vie politique française et sociale, semble vouloir effacer les responsabilités des élus à chaque fois, les habitants eux-mêmes ne peuvent plus parler.
Ici à Limoges, il y a ce même silence sur le passé, et ces mêmes histoires qui se rejouent indéfiniment, dans chacune des petites histoires sociales. J'ai toujours été étonnée de l'atmosphère des murs, et des institutions, elles transpirent de leur passé. Travailler dans un de ces lieux, où la tragédie a marqué les espaces et le temps (qui semble comme s'être arrêté) c'est côtoyer des habitants dont ont a enlevé, soit le rire (lors du massacre de Tulles, les habitants dirent : "Après cela, on ne pourra plus jamais rire"), soit la possibilité de dire, c'est travailler avec des taiseurs, des taiseuses, comme on dit ici, mais aussi avec celles et ceux qui se disent "faire de la résistance", ou des grèves, mais n'en sont pas moins en train de collaborer avec le pouvoir et désigner celles et ceux à exclure. C'est une vraie leçon de vie que d'observer en une dizaine d'années, comment des habitants rejouent l'histoire, et la répétition, avec une contemporanéité (des objets, des technologies, des idiomes et une sémantique en apparence renouvelée) qui retapissent l'histoire pour maintenir l'oubli, et que l'on soit, en parcourant ou travaillant dans ces contrées, confronté à ce silence mortifère, devient comme une obligation de se résigner à cette tâche du non dit.
Un jour, j'ai dû contacter la médecine du travail, elle était située dans la rue même ou bien l'immeuble même où se sont joués d'atroces tortures des nazis, à Limoges, pendant la seconde guerre. Le lieu respirait ce passé, il était comme à l'abandon. Moi-même j'étais dans une situation où je ne pouvais absolument plus parler, dans l'école d'art de Limoges et le harcèlement était devenu structurel, la base des liens de travail et les habitants, les étudiants avaient banalisé ces formes, elles faisaient parties des murs, et personne ne pouvait les dire. Cela reste d'usage. Un autre jour, comme les nazis pouvaient le faire, c'est la direction qui m'envoya à une autre médecine du travail (entre-temps, celle dédiée avait déménagé et le médecin avait démissionné, d'ailleurs les démissions se font toujours en silence, personne ne doit être informé d'un départ) sans m'avertir ni me parler, comme si j'avais une maladie contagieuse, ou grave, ou un truc qui vient de l'étranger. Le nouveau médecin m'informa que ce n'était pas légal, car une direction prend cette décision si l'employé est alcoolique ou s'il a le sida, sans l'avertir, ce n'était pas mon cas, mais c'était tout aussi très bizarre). En fait, cette direction (toujours en poste) avait l'idée qu'il fallait que le médecin du travail me trouve une maladie, afin de m'exclure, et elle avait jointe une lettre m'accusant d'un comportement que je n'avais pas, et comme cette lettre était très mal écrite, c'est le médecin qui m'alerta. Ce que j'écris là, c'est ce que l'on ne peut pas dire, et qui restera toujours impunis. Le médecin m'a informé que régnait, dans les services de l'école un esprit de sabotage connu par le passé, et qu'il n'y avait plus de hiérarchie dans l'administration, les secrétaires étaient sans arrêt en conflit. Je devenais une cible collatérale de ce climat délétère. Plus tard, et après avoir analysé aussi l'histoire, j'ai compris que les lieux étaient symptomatiquement des paysages oubliés, où seules les architectures (modernes ou contemporaines, ou bien séculaires) condamnaient chacun des passants à revivre des formes de martyrs avec des élus toujours protégés face aux drames. On pouvait changer les employés, les fonctions (faire du numérique à la place de la peinture ou de la sculpture, faire du neuf dans des locaux bétonnés et impudiques, à la place des bois et des modestes chaumières) mais rien ne changeait l'odeur que l'on respirait et la transmission du non dit. Les employés étaient condamnés à ne plus rire, ni apporter leur histoire, ils devaient s'éteindre, et même mourir devant ce passé funeste, car rien, depuis, n'a jamais été analysé, ni compris, de ce temps de la collaboration. Les élus doivent rester des élus, et les employés sont remplacés comme s'ils étaient recyclables, avec un tri sélectif, au moyen de lettres discriminantes et sidérantes. Et il faut faire vite, car rien ne doit se transmettre, celui ou celle qui sait, ne doit absolument rien transmettre à celui ou celle qui débarque sans savoir. Ils ne doivent même pas se croiser. J'ai eu l'occasion d'être convoquée au tribunal de ma ville par cette même directrice, et c'est une agente comptable qui ne m'avait jamais vue qui a été envoyée pour la représenter et dont je ne connaissais ni le visage, ni le nom. Nous nous sommes croisées, sans nous voir également. C'est dans ce quasi fantôme historique, que se jouent, les exclusions, par à priori, de genre, de sexe, de race, en un mot : c'est la bêtise qui a le pouvoir (le film parle bien de cette intelligence sensible et intérieure face à la bêtise et au chantage, notamment sexuel, dans le premier petit film, avec cet interne très bête qui joue de la rumeur pour faire licencier Douce, l'infirmière)
Le gouvernement avait donc laissé, en l'état, ces formes de travail, de harcèlement, de manipulation et je l'apprenais par la médecine du travail, "de sabotage", des dizaines d'années, et tant d'exclusions, d'employés, démissionner, ou être en arrêt, ou en dépression, sans jamais se remettre en question sur de tels agissements structurels, ni oser analyser, comprendre. La seule solution trouvée : le changement. Le remplacement des êtres vivants, des fonctions, et donner l'apparence que tout va bien, car celles et ceux qui ne vont pas bien ont été mis au rébus, à la casse.
Le film relate sans relater, mais expose des faits les uns à la suite des autres dans un intervalle de 70 années (pour l'histoire de Tulle). C'est avec maestria que ce film laisse aux spectateurs une place de témoins, avec la voix de femmes qui travaillent et affirment leur territoire.
J'ai apprécié aussi, dans un autre petit film (ce film est composé de plusieurs scènes différentes) l'expression de la pudeur à travers l'analyse du tableau d'Ingres, l'Odalisque. Une jeune femme en études en histoire de l'art va choisir ce tableau pour affirmer justement son territoire et ainsi s'affranchir du cliché posé par sa professeure (la société), celui de la femme musulmane au foulard. Comme dans les autres petits films, la femme, a un rôle émancipateur des clichés que notre société ficellent si fermement. Et pour l'interprétation du tableau d'Ingres, la jeune femme sportive au hijab va déplier l'histoire empruntée de l'orientalisme et du fantasme masculin pour y définir sa propre conception de la féminité et de la pudeur : la chevelure. Nous sommes témoins, du dedans et du dehors, de ce que ressentent à l'intérieur, ces femmes, et de leurs désirs intimes : elles vont poursuivre leur désir plutôt que ce que conditionne une collectivité (l’hôpital, la politique, l'école) Ce sont des passages forts, d'apprentissages de la vie, de ce que l'on apprend par soi-même.
Les questionnements intérieurs sont exprimés tout de même, face à un état censeur (les institutions) La partie instruite n'est pas socialement reconnue et ne peut se transmettre.
Nombre d'oraux, en études d'art, constituent nos parcours, et de ce point de vue, de femme, nombres d'oraux, face à des jurys (le plus souvent majoritairement ou entièrement composés d'hommes) sont des rites de violations de l'intimité, tant les à priori de genre les constituent encore aujourd'hui. L'intelligence peut gagner, car, le montre ce film, ces exercices face à la bêtise, peuvent être d'autant plus finement compris, que ces défis sont relevés avec brio (sans même que le jury ne puissent comprendre ce qu'il se passe, puisque dépassé)
Il y a des fois où des films ravisent nos esprits lorsqu'ils côtoient nos réflexions quotidiennes et éprouvées, mais que l'on ne peut en relater à quiconque, dans notre milieu professionnel, ce pourquoi, ils nous redonnent envie de vivre et de dire, de décrire et d'écrire, de se trouver en résonance avec le sel de la vie.
Merci à l'amoureux dont l'esprit me hisse toujours un peu plus haut, et me donne du courage dans l'épreuve subie.
Les pendus dans l'espace public de Tulle, nous rappellent chaque jour, que de tels agissements se décident par des élus, et que les solitaires, les marginaux, les plus pauvres sont désignés par leurs collègues, leurs voisins, les habitants pour être exécutés. La raison de telles haines : ils et elles sont désignés parce que ce sont des innocents. Et dans l'histoire de Tulle, ces innocents avaient peu de chance d'être pleurés. Je pense aussi au livre de Judith Butler, la philosophe (Qu'est-ce qu'une vie bonne - 2012), décrivant qu'une vie non sujette au deuil est une vie qui ne peut être pleurée parce qu'elle n'a jamais vécu, autrement dit parce qu'elle n'a jamais compté comme vie.
En lisant son livre, il y a quelques années, en attendant que la direction, les
collègues professeurs et l’administration, trouvent un accord, car les concours d'entrée destinés aux les étudiants étaient très mal organisés, et non préparés, sans direction aucune, et le sont toujours hélas, j'ai vraiment pris conscience de ce que je vivais et comment petit à petit, les décisions de m'exclure, se sont tournées vers moi, qui ne savait pas, pas encore, et dont il fallait au préalable me donner tout le gros dossier : je devais avant tout remplacer celles et ceux qui avaient décidé de ne plus travailler, jusqu'à être la plus visible et désignée en cas de faute des directions et petits chefs avec la complicité des syndicats (dont les représentants sont des collègues avec un échelon très supérieur aux autres employés). Plus simplement, aucun professeur ne peut plus faire carrière ni enseigner, ni même espérer être en mobilité, aller ailleurs, bloqué par les réunions et commissions paritaires, destinées naguère au dialogue social, devenues des lieux de pouvoir et d’exclusion, par simple désignation ou intégration des amis d'un jour et d'exclusion des inconnus ou des sérieux bosseurs avec des idées nouvelles (Nein !) Cible aussi d'un jour, car j'étais celle qui savait encore écrire, et j'avais comme seule réponse celle de décrire, ce qui ne se décrivait pas, ce qui était interdit de dire. Ce n'était pas prévu. Le bleu.
L'accord tacite des réunions sans parole, sans points de vue, sans partage de connaissance était celui-ci : ne jamais décrire ce qu'il se passe, ne jamais dire, se taire, ne jamais aider le ou la maltraitée, ne jamais poser la main sur une épaule, ne jamais épauler, s'épauler, se soutenir, fermer les yeux et dernière règle se boucher les oreilles si jamais une voix expose l'injustice. Cela ressemble à la sagesse chinoise des 3 singes, ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre, et pourtant il n'y a rien de bouddhisme dans ces alcôves. C'est une injonction destinée aux déclassés, c'est un détournement de la sagesse pour diviser et définir des castes sociales.
Je souhaitais travailler, il ne fallait pas et surtout pas expliquer comment je le faisais si bien et comment d'autres pouvaient en faire autant. La pédagogie interdite, on me l'a dit : il faut arrêter de penser. Partager ses connaissances était devenu extrêmement dangereux, surtout à destination de celles et ceux qui en manquaient, non pas les plus idiots, mais celles et ceux qui étaient là pour apprendre et étudier. Mais comment pouvais-je le savoir ? Le savoir, qu'un seul savoir s'octroyait le pouvoir, dans ces arcanes, de se transmettre entre mêmes, adhérents, élus, sans diversité aucune, entre celles et ceux qui savent déjà et donc, ne recherchent plus, ne sont plus en recherche (ceux-là qui demandent toujours des crédits à la recherche en demandant l’adhésion à celles et ceux sans aucun crédit). L’adhésion est obligatoire aux élus syndicaux, aux professeurs autoproclamés au-dessus des autres, par une administration sans conscience aucune ni passé. Comment peut-on adhérer à une organisation sectaire lorsqu'il est déjà prévu que les plus riches seront protégés ? Et quand ces sectes se trompent sur la notion de richesse et de patrimoine culturel, quand les choix sont si mauvais que le sabotage de notre culture devient un maelström si puissant, prompte à ne faire penser qu'au fatum, et non à chacune de nos responsabilités. Il y a de la résignation dans l'air.

Ce fait historique tulliste, nous donne accès à penser, à plus de pensées et à ce que peut être la collaboration, de ce qu'elle est de sidérations, de ce qu'elle impose de corruption, de l’indicibilité, de l'immoralité, lorsque l'on se retrouve dans des situations très éloignées, dans le temps et dans l'histoire et les agissements, mais aussi, très proches, dans le sentiment d'abandon de ses semblables et l'indifférence, seules solutions envisagés par l'humain, pour sa survie, sa lâcheté. Il est peu de force morale dans des regroupements de lâches, mais bien plus d’adhésions. Le pouvoir tel qu'il se construit encore, de nos jours, est avant tout adhésion.
Peut-être qu'un jour, adhérer sera pouvoir se dire et non adhérer à un seul pouvoir.
Se dire, ce courage.

Par kiwaïda at 12:16

25/03/2019

¢ℓé☺ ḓε 5 à 7

Comment continuer à vivre lorsque la maladie vous guette ? Cléo, une très belle chanteuse, attend les résultats d'un examen médical, avec d'autant plus d'anxiété qu'une cartomancienne lui a prédit qu'elle était malade. Hantée par la peur, elle erre sans but dans les rues de Paris. Au fil de sa dérive, elle se débarrasse de ses oripeaux. Dans le parc Montsouris, un jeune homme l’aborde…


Le film "Cléo de 5 à 7" réalisé par Agnès Varda en 1961 est accessible sur Arte en ligne ces jours-ci. Très beau film graphique avec ses noirs et ses blancs, ses interrogations miroirs et ce goût mélancolique de fin du printemps et de l'arrivée de l'été qui se délie avec la journée la plus longue, comme cette ballade dans le parc avec l'inconnu, le bonimenteur prédit par la cartomancienne, un joueur de mots en permission. Il renverse le cours des choses et s'invite au hasard, comme l'ange qui souffle la vie aux morts vivants. Un parfum d'ailes du désir. Un film de chatons, avec des chatons, filmé par une dame chat. Miaou ! Gâteries, Gato, chat... Seulement pour les précieux, capricieux, féminins d'avant le féminisme et du harcèlement de rue, des trognes et des contes de fées face à la finitude et tout ce que l'on garde en ayant peur de la mort, tout ce que l'on garde avant la fin, sans avoir vraiment goûté à la vie. Magnifiques plans des paysages et des rues mais aussi d'une circulation en voiture comme une boîte à musique, tel un manège où l'on chevauche sa voiture comme un jouet-cheval qui monte et qui descend avec volupté.
Courtiser la vie et la mort.

*

Vendredi 29 mars, quelques jours après la publication de cet article, Agnès Varda décède à l'âge de 90 ans.
Je retiens cette phrase d'elle : Mon travail n'est pas dans l'ombre mais dans la discrétion.

R.I.P.

Par kiwaïda at 00:18

21/02/2019

万引き家族

Un film que j'ai bien apprécié (Une affaire de famille - 2018 de Hirokazu Kore-eda),
et des photos que j'ai réalisées d'une rose ci-dessous, de la St Valentin, avec une coquine cachée de la même couleur...

Par kiwaïda at 13:04

17/02/2019

Ѧṧ☂яøη@ü⊥ℯ


Les institutrices seront remplacées par le cinéma, la Tévé, l'électronique, des trucs comme ça, c'était aussi écrit dans le journal l'autre jour, n'est-ce pas Albertine ? Oui c'est vrai. Alors je serai astronaute. Voilà, faut être de son temps. je serai astronaute pour faire chier les martiens.

Par kiwaïda at 15:58

16/02/2019

Åηℊε﹩

Par kiwaïda at 23:36

20/08/2018

α ℘яεт⊥¥ ḟłƴ

river.jpg

Image du film : La nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton

Once upon a time, there was a pretty fly
He had a pretty woman, this pretty fly
But one day she flew away, flew away, flew away
She had two pretty children
But one night these two pretty children
Flew away, flew away, into the sky, into the moon

Il était une fois une jolie mouche...

En 1997, à Vancouver, au Canada, du côté anglophone, je regardais pour la première fois le film, La nuit du chasseur. Il m'avait beaucoup marquée, et je me devais de le revoir. Chose faite ces jours-ci. J'avais quasiment oublié l'histoire et que des enfants étaient les héros de cette aventure. Il me restait en mémoire un conte avec un méchant qui jouait au bien, et c'est ce que l'on devrait encore retenir, mais d'autres personnages de l'ombre, jouent au bien et demeurent innocents. Je découvre cette image, avec les lapins et la barque, et cette chanson avec la voix de l'enfant à la poupée, enchanteresse. Une série de scènes sont impressionnantes, et très contemporaines au niveau du sens qu'elles provoquent. Lorsque le prêcheur fini par enrôler la femme, veuve, et l'épouser et poser sa loi dès la porte refermée, la nuit de noce. Il lui enlève sa dignité en lui demandant de se regarder dans le miroir, et lui rejetant la faute originelle de tout le mal du monde sur elle. Elle n'aura jamais d'affection de sa part, et sera sa pécheresse emprisonnée, sa médiatrice en inversant le mal en bien, jusqu'à être tuée par ce pervers criminel. Ce qui est intéressant, c'est le contexte, les rumeurs qui agissent et poussent une femme qui vit seule avec ses 2 enfants à endosser ce rôle du pêché, puisqu'une femme ne peut pas vivre seule, ni tenir sa maison, sans un homme qui la dirige, selon les croyances populaires. Le rôle de la vieille femme qui fabrique des gâteaux, Icey Spoon, pour laquelle le plaisir sexuel n'est qu'un leurre et un mensonge inventé par les hommes est très important pour la destinée dramatique de cette veuve. Son mari est quincailler et est dominé par cette femme qui ne sait pas garder un secret et s'agite comme un facebook, à créer des réseaux, des rumeurs et projette ce qui serait bon pour les uns et les autres. C'est une petite prêcheuse, niaise, qui va rencontrer le prêcheur machiavélique, celui qui sait mieux qu'elle manier la justice pour détruire tout ce qu'il rencontre. Cette Madame Spoon, un personnage qui n'est pas beaucoup analysé, pourtant ce film est une œuvre artistique très décortiquée, surtout pour les scolaires, est l'outil idéal pour le criminel. Il suffit de l'agiter. Aujourd'hui on peut comprendre ce personnage lorsque les médias valorisent telle ou telle information, qui tourne en boucle. Il faut toujours des personnes pour relayer ces informations, et les plus mauvaises. Et Madame Spoon serait aujourd'hui ce personnage. Un personnage qui poste sur sa page Facebook, tout ce qu'on lui demande de poster (les médias) et les pires informations, celles qui font peur, ou bien les petits préceptes bienséants, moralisateurs, comme des pastilles de gifs animés. Un personnage frustré, une femme castratrice, qui vit par procuration à travers les autres. Cette veuve va lui servir de réceptacle, elle a les outils, elle va faire son commerce, ses gâteaux, et en plus, c'est son employée. Elle la jette littéralement dans les mains du diable, pour à la fin du film, retourner sa veste et souhaiter la mort du prêcheur. Alors que le mal est fait et fait par sa volonté, ses mauvaises rumeurs, sa niaiserie.
Le personnage du prêcheur est un stéréotype, à la fois celui qui est le mal, dans ce qu'il a de plus nuisible, car il porte le masque du bien, beau parleur, et grâce à ses mains, son fameux tatouage duel (Love-Hate), il manipule les autres, un public conquit d'avance, crédule et enseveli sous la religion et la dépression. Il ne dort jamais, le remarquera l'enfant John, le mal ne s'arrête jamais, il harcèle et sonne à toutes les portes, vole, tue et pille, se camoufle, confesse les autres, conspire, simule, ne connait ni l'amour, le sensible... mais s'adosse à la sensiblerie facilement et endosse le beau rôle, celui du sauveur. On peut le voir de nos jours, comme celui ou celle qui se cache derrière le représentant de la justice, du pouvoir, un haut fonctionnaire, un curé, un médecin, un instituteur, un coach sportif, un ministre, un journaliste, un père, un maire, un élu forcément, un mari, avec tout costume honorable, et d'officielles médailles, c'est celui qui change d’institution, d'écoles, d'office, de pays, en détruisant tout sur son passage et toujours blanchi par l'opinion ou la justice (personnage au féminin, oui cela existe aussi). Aujourd'hui, il est même analysé comme un pervers narcissique, celui (ou celle) qui enferme sa proie dans sa toile d'araignée, telle une mouche qui se débat, sans comprendre qu'elle a été emprisonnée psychiquement, et, dans ce film, c'est un criminel. D'ailleurs, la toile d'araignée est un motif qui figure au moment de la barque, lorsque les enfants s'enfuient, et la chanson magique de la petite fille raconte cette histoire de la jolie mouche. Donc c'est un personnage-type, qui donne à ce film une atmosphère immuable et contemporaine, dans notre société, dominée par ces typologies et le phénomène de proies incarné par les enfants, et ici, les lapins.
Madame Spoon est pourtant un ingrédient essentiel, pour que ce gâteau qui gâche la vie, puisse être partagé par autant de lâches qu'il y a d'habitants dans une contrée... dans un facebook. Il y a toujours des disparitions d'enfants et de femmes, mais aucun réseau social ne peut résoudre ce mal, sauf à y participer.


Image du film, Le monde est à toi (2018) de Romain Gavras (l'actrice Gabyy Rose et l'acteur Karim Leklou, respectivement jouant les rôles de Britanny et danny)
Un autre film, vu récemment "Le monde est à toi", sorti en salle ces jours-ci, de Romain Gavras, met en scène une mère qui maltraite son fils, elle l'emprisonne psychiquement et régente sa vie, elle l'infantilise et pourtant, elle est attachante (il est difficile de s'en détacher). Bien que nous sommes très loin de La nuit du chasseur, ce film est une évolution. Aussi un questionnement sur la filiation (et au cinéma, en famille), le héros, Danny, joué par Karim Leklou, pourrait être ce garçon John Harper (l'acteur Billy Chapin), dans La nuit du chasseur, qui veut protéger sa sœur Pearl Harper (l'actrice Sally Jane Bruce), et elle serait cette fille (Brittany, jouée par l'actrice Gabby Rose) prise en otage avec son sac à la grenade terroriste (comme la poupée qui cache l'argent). Ce couple d'enfants maltraités par leurs parents est un duo solidaire qui va entrainer le film (Le monde est à toi) vers une réflexion sur l'émancipation des enfants prisonniers des systèmes familiaux. Ce qui m'intéresse, c'est la place des femmes et leurs rôles.
Brittany, jouée par l'actrice Gabby Rose, est ce syndrome de Stockholm tout en rondeur et en empathie, malicieuse, la part intérieure cachée du père truand manipulateur, que l'on peut retrouver dans Pearl Harper, jouée par l'actrice Sally Jane Bruce, et ses grands yeux clairs et candides, celle qui incarne la pureté, qui ne voit pas le mal, et nulle part (elle se jettera d'ailleurs dans les bras du prêcheur criminel, dès que celui-ci aura retrouver la trace des enfants en fuite) À travers ses yeux, Pearl nous conduit dans la poésie de la reconnaissance, celle qui attend sans cesse, qu'un re/père lui donne sa voix, mais déchante face à la cruauté, tout en s'y lovant, comme dans la main tatouée LOVE du prêcheur. À travers les yeux de Danny (joué par Karim Leklou), d’ailleurs tout aussi grands et clairs, comme la piscine dans laquelle il termine le film, en gros plan d'eau bleu, nous sommes rassurés que la séparation avec la main du mal, ce HATE, cette haine, soit loin derrière. Il est comme John Harper, à la fois conscient de ce qu'il se passe, en train de s'émanciper, et aussi celui qui sécurise, quelque part, dans tout ce chaos perverti. Il cherche un plan, une stratégie pour supprimer ce mal et protéger l'enfant, qui est en lui, mais aussi la petite sœur, ou l'amie de fortune, son double. Les regards en disent longs, et ne s’embarrassent pas de mots. La complicité des prisonniers, de celles et ceux qui savent, est toujours plus forte que les mots. Les prisonniers seraient lovés dans le silence que forment les juges verbeux insensibles, les plus savants.

J'avais réalisé un travail, nommé Hansel, il me fait penser à cette nuit du chasseur. Car il est question d'enfants solidaires, de nuit, de noir et de blanc et d’échappée à travers des images d'inuits, dans un registre très minimal, et poétique. On peut, sans avoir de moyens, créer et former des poétiques de l'espace, rien qu'avec un écran. C'est ce qui m'intéressait dans ce travail, que j'ai mené de façon très intuitive. C'est une économie, une façon magique de créer du sens, inventer une histoire, rien qu'avec une mémoire émotionnelle intérieure.


Image du film Hansel (mars 2013) © Sonia Marques

La chanson de Daniel Balavoine est à l'honneur dans le film de Gavras, elle questionne également les prêcheurs...

La vie ne m'apprend rien
Je voulais juste un peu parler, choisir un train
La vie ne m'apprend rien
J'aimerais tellement m'accrocher, prendre un chemin
Prendre un chemin

Mais je n'peux pas, je n'sais pas
Et je reste planté là
Les lois ne font plus les hommes
Mais quelques hommes font la loi
Et je n'peux pas, je n'sais pas
Et je reste planté là

A ceux qui croient que mon argent endort ma tête
Je dis qu'il ne suffit pas d'être pauvre pour être honnête
Ils croient peut-être que la liberté s'achète
Que reste-t-il des idéaux sous la mitraille
Quand les prêcheurs sont à l'abri de la bataille
La vie des morts n'est plus sauvée par des médailles

Dans son film, c'est dans un projet de vie, simple et non grandiloquent et ironique, que Danny  va tordre le cou à l'oseille facile, dont les caïds ne savent plus que faire (dans les décors filmés somptueusement décadents de la cité du Pont-de-Sèvre, emblématique de la fin des Trente Glorieuses en France et de la Costa Blanca en Espagne, avec Benidorm, ville touristique vorace) Son ambition : distributeur officiel de la franchise « Mister Freeze » sur le territoire marocain, cette marque de bâtonnets de glaces à l'eau sucrés créée en 1973 par LEAF à Chicago et vendue en France depuis 1973. Pour rester dans le rêve d'un enfant, de ce bonhomme de neige télévisuel (chacun son rêve de neige, sa boule de Noël). Dans ce film, les enfants et les adultes sont des pieds nickelés, une expression pour ceux qui ne veulent pas agir, les paresseux, les médiocres malfaiteurs. Filous, hâbleurs, indolents, pas fiables... mais sympathiques. Encore un souvenir, cette fois-ci, je devais avoir 5 ans, lorsque je découvre cette fameuse BD française, "Les pieds nickelés" de 1903, avec Croquignol, Filochard et Ribouldingue, je savais lire, et le remarquant on me donna cette BD d'adultes à lire, lors de mes vacances au club Mickey, au bord de la mer. Être en apprentissage de l'écrit en même temps que des pieds nickelés est fondateur de la compréhension de la société de l'information populaire, dans laquelle on est projeté. C'est avec des Croquignols, des Filochards et des Ribouldingues chanceux qu'il faut s'intégrer !

Ce film à l'avantage, très graphique, de nous rappeler ce que l'humain drogué construit et détruit en un clin d’œil, un peu comme Le Loup de Wall Street, le film de Martin Scorsese (2013), ici, par des vues plongeantes et immersives nocturnes où s'animent des parcours de vie dissolues et clinquantes, faisant miroiter la vacuité, comme autant d'étoiles filantes, des appâts du gain, qui saturent l'espace pour combler le vide sidéral des impensés. Un monde d’orgueil affamé d'oseille. Éblouissant, aveuglant et idiot à souhait, bref un bon divertissement.

* Avertissement : Hansel est âpre et nu et ne divertit pas.

Par kiwaïda at 11:10

09/08/2018

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 L'Île aux chiens (Isle of Dogs) est un film américain écrit et réalisé par Wes Anderson, sorti cette année.Technique : animation en volume (stop-motion). Wes Anderson remporte l'Ours d'argent du meilleur réalisateur, mais, le Chien d'or aurait été plus judicieux ;.)

Synopsis :

Dans un futur dystopique, dans la ville japonaise de Megasaki, un virus de la grippe se propage dans toute la population canine. Le maire autoritaire, Kobayashi, signe un décret bannissant tous les chiens à Trash Island ("l'île des déchets" où sont stockés les détritus de la ville), bien que le scientifique Watanabe fasse savoir qu'il est sur le point de trouver un remède. Le premier chien à être banni est Spots, qui appartenait à Atari Kobayashi, le neveu orphelin et pupille du maire. Six mois plus tard, Atari s'enfuit de chez lui, vole un avion et s'envole vers Trash Island pour retrouver Spots. Après un crash, l'enfant est sauvé par les chiens Rex, King, Duke, Boss et Chief. Ces derniers décident d'aider Atari à retrouver Spots, bien que Chief, un ancien chien errant, se refuse à fraterniser avec les humains. Croyant initialement que Spots est mort après qu'Atari a trouvé la cage de Spots verrouillée et des ossements à l intérieur, les chiens apprennent que Spots est vivant ailleurs sur l'île. Après une escarmouche avec une équipe envoyée par Kobayashi pour récupérer Atari, et sur l'insistance d'une chienne nommée Nutmeg, Chief change d'avis et décide d'accompagner Atari et les autres chiens dans leur quête. Ils cherchent conseil auprès des chiens sages Jupiter et Oracle, qui les informent qu'une tribu cannibale de chiens se trouve sur une partie isolée de l'île. Pendant ce temps, le professeur Watanabe découvre un remède, mais est empoisonné par Kobayashi afin que les chiens restent sur l'île. Tracy Walker, une étudiante étrangère, soupçonne une conspiration et commence à enquêter. Elle exhorte à l'action l'assistante scientifique de Watanabe, Yoko Ono, qui confirme ses soupçons et lui donne la dernière dose restante du remède. Au cours du voyage à travers l'île, Atari et Chief sont séparés des autres. En lavant Chief, Atari remarque qu'il est de la race de Spots et en déduit qu'il pourrait être son frère. Chief révèle qu'il a été autrefois un animal domestique, forcé de fuir après avoir mordu la main de son maître, probablement par crainte. Ils rejoignent le groupe des autres chiens, arrivent à localiser la tribu isolée, mais se retrouvent une fois de plus dans une embuscade tendue par les hommes de Kobayashi. Spots arrive avec une petite armée de chiens, qui aident à repousser les assaillants. Grâce à des flashbacks, il révèle qu'il a été sauvé à son arrivée par cette tribu et est devenu plus tard leur chef. Spots confirme également que Chief est son frère, et demande à Atari de transférer ses fonctions de protection à ce dernier : les deux sont d'accord. Un hibou arrive, révélant que Kobayashi prévoit d'exterminer tous les chiens sur Trash Island lors de sa réélection imminente. Atari et la tribu des chiens décident de retourner à Megasaki City pour tenter d'empêcher cela. Lors de la réunion électorale, le maire se prépare à donner l'ordre, mais Tracy présente la preuve de sa corruption et de l'existence du remède. Atari et les chiens arrivent aussi et prouvent que le remède est efficace. Kobayashi réalise que ses actions étaient cruelles, mais son bras droit, le major Domo, insiste pour l'extermination des chiens. Une bagarre s'ensuit au cours de laquelle le bouton d'activation de l'opération extermination est enfoncé, mais le poison destiné à euthanasier les chiens est envoyé aux assaillants grâce à un piratage informatique réalisé par un ami de Tracy. Pendant la bagarre, Atari et Spots sont gravement blessés. Le seul rein restant d'Atari est abîmé, mais Kobayashi, admettant ses erreurs, donne le sien pour sauver le garçon. Selon la loi électorale, la fonction de maire de la ville échoit à Atari, qui décrète aussitôt que les chiens sont autorisés à réintégrer la société. Spots se remet de ses blessures et élève ses chiots sous le manoir Kobayashi, Tracy et Atari forment un couple, tandis que Chief se rapproche de Nutmeg et assume le rôle de garde du corps d'Atari.


Le téléphérique que prennent les chiens et autres déchets pour aller et venir sur l'île

Une fable fantastique sur l'exclusion. Je découvre ce film d'animation, sorti en salle, en avril dernier. Ce film a mobilisé durant près de deux ans, dans un studio londonien, plusieurs centaines de savoir-faire : 700 personnes, dont plus de 70 aux commandes du département des marionnettes et 38 au sein du département d’animation. 1 000 marionnettes ont été confectionnées de manière artisanale – 500 chiens et 500 humains –, et les poupées de chaque personnage principal ont été déclinées en cinq échelles différentes, d’un modèle d’une quinzaine de centimètres à des figurines miniatures, destinées aux plans très larges. Il faut 4 mois de travail pour fabriquer chaque marionnette d’un personnage clé. Et pour donner vie à toutes ces poupées, dans des décors fabuleux, une tâche de titan a été confiée à Kim Keukeleire, cheffe animatrice sur "L’Île aux chiens" ! Plusieurs défis techniques l'attendaient, Kim Keukeleire fut formée à La Cambre, en Belgique, même si elle n'était pas assidue, puis a déménagé à Londres, et dans d'autres pays, tâter du terrain et apprendre son métier.


Kim Keukeleire en train d'animer l'un des chiens (voir son interview)

Ce que je relève de ce film, c'est la précision, les détails, la maniaquerie, les émotions de ces marionnettes, leurs larmes...  mais surtout, l'histoire. Force est de constater que cette thématique de l'exclusion, des déchets et de la saleté, depuis l'affreuse expérience qu'il m'est arrivé dans mon lieu professionnel, une école d'art, se trouve être la même réflexion, pour plusieurs créateurs, créatrices. Ici, le dictateur (Le maire autoritaire, Kobayashi), n'est pas une directrice, mais, il fait aussi signer des décrets pour bannir les chiens et les éloigner de leurs lieux de vie, en transformant une île comme isolement total des déchets, de l'immondice, une vraie expression xénophobe. Dans le film, ce maire change de point de vue à la fin, ce qui ajoute du sel à l'espoir, dans de telles situations à venir. J'en ai même fait des rêves-cauchemars, à la suite d'avoir vu ce film, et mon retour, dans l'école qui m'a rejetée, dans une île à déchet social : celle des artistes !
Ce que nous apprend le film : la mise en place d'une résistance, le développement de la propagande institutionnelle, et peut-être même, l'invention du virus, afin de faire peur à la population et exterminer les races qui dérangent, telle une épuration ethnique. Cette épidémie de grippe canine, cette menace de la pandémie (telle la peste noire ou le Sida) est un moteur législatif tenu en laisse par l'édile tyrannique, afin que la population puisse l'élire de nouveau, prolonger son mandat. La petite bande de résistants, née dans les écoles et seule soutien du scientifique-chercheur qui a trouvé le remède, l'anti-virus (il sera tué), cartographie le pouvoir, les héros (le petit pilote et la bande de chiens solidaires) recherchent la vérité en-deça des discours officiels et démiurgiques. Les détails sont de véritables éclosions techniques miniatures de fleurs, comme ce parachute argenté, qui s'ouvre et se referme et disparaît. Automates, marionnettes, poupées, tout ce qui est à la portée de la main, de l'enfant. Imaginons que de grands enfants fabriquent des décors pour animer leurs poupées et partager leurs créations, leurs histoires, à travers un grand écran, des heures, des années de manipulations, d'espoirs et de rêves, d'erreurs, d'accidents, de découragements, de rencontres, de pressions, d'humilités, toute une esthétique de la manipulation. Ce film se passe au Japon, et il est dit que dans cette île-pays, l’opposition entre le naturel et l’artificiel est amoindrie par une sorte de continuité entre l’homme et ses créations. Le théâtre du vivant se substitue à la précision des manipulations techniques des marionnettistes et des fabricants d’automates. Robotique, théâtres de marionnettes, pantomime de poupée, pantins d'autorités, bunraku, ningyo karakuri, kabuki, noh, kyogen, autant d'histoires ancestrales, au Japon, et avec l’apogée d’une société de plus en plus technique, tout repose sur l'idée de contrôle.

Bunraku : Femme montrant une marionnette

rebut  

      nm 
  • 1    ce qui est considéré comme sans valeur 
  • 2    lettre sans destinataire stockée au service des rebuts de la Poste 

mettre au rebut 
se débarrasser 
rebut de l'humanité
ce qu'il y a de plus vil 

rebut , s 
rognure, déchet, détritus, ordure, lie, scorie, dépôt, résidu, battiture, ramas, débris 
[antonyme]   élite     (au figuré)   racaille, tourbe    (vieilli)   populace 
[antonyme]   gratin 

au rebut 
      adv   à jeter 
jeter au rebut 
      v   jeter à la poubelle, se débarrasser de quelque chose, jeter au rencart 
matières de rebut 
      nfpl   déchets 
mettre au rebut 
      v   ranger, exclure, mettre au pilon 

rebuter :
rebuter, rebut de l'humanité, mettre au rebut, se rebuter
rebuter n.
décourager, dégoûter, détourner, ennuyer


Et dans une poésie du détritus, ici, vraiment, remarquable ;.) Là, oui, on peut écrire : une saleté remarquable ! C'est ce que la directrice, si propre et point rebutante, de l'école d'art de Limoges, m'a écrit plusieurs fois, définissant à la lettre, mes qualités pédagogiques, dans ses missives, dénuées d'analyses, mais point de cruauté, histoire d'inverser la réalité par abus de pouvoir, mais aussi bêtise maîtresse... et crasse (effet boomerang très lisible). Dans le film, la saleté révèle le sens poétique de la beauté, celle que la cruauté rejette, et souhaite exterminer. Les chiens pouilleux et ingénieux, fatigués et malades, contaminés, sont magnifiés dans la représentation de leurs poils où circulent et frémissent des tiques, des mouches et tant d'autres insectes. La poussière, dans cette île, les ordures et la vermine deviennent des textures brillantes, scintillantes, gigotantes, les souris, les rats, les animations de toutes vies après la mort, dans cette morbide insularité un combat valeureux surgit des tréfonds de solitudes.
C'est le merveilleux.
"Abandonnés comme des chiens", peut-on entendre des âmes tristes et errantes humaines. L'identification et l'interaction entre animal et être humain est formidable. On aimerait voir d'autres films avec d'autres espèces, s'animer de telles inventions artistiques. Ici, l'attention à l'animal domestique et la fonction de la domestication, celle du soin apporté et des échanges entre l'animal et son maître, sa maîtresse, la fidélité, la loyauté à toute épreuve, orientent les imbéciles qui osent encore abandonner leurs animaux, ou les maltraiter, vers une prise de conscience, comme celle du maire, qui comprendra cet enfant, parti à la recherche de son chien. Notre société et ses amoncellements de déchets, ces monstres de nos consommations excessives et destructrices de notre environnement, trouvent, dans ce film, une représentation d'un avenir peu ragoûtant, mais si semblable aux esprits qui rejettent la saleté en eux, loin, ailleurs, et si proche. La résistance, face au lavage de cerveaux, représentée par des hordes de gens assis dans des séminaires retransmis par écrans vers des lieux privés (restaurant, famille, etc.), des gens muets, soumis, qui se taisent, et obéissent, votent, elle, cette résistance, est tenue par l'obligation de rechercher la vérité, par comparaison, confrontation des sources, analyses, rechercher le bien à travers ce qui est montré de mauvais, puant, malade, contagieux, néfaste, et mal. Cette déconstruction, de ce qui est admis comme pensée unique, n'est pas l'axe principal du film. Le décor sublime de la décharge gargantuesque, ou des mécanismes de gazages, ou d'incinérations (qui ne fonctionnent pas bien, heureusement pour la bande des chiens solidaires) est une ruine pestiférée grandiose, presque romantique, car la romance entre chien et chienne se frotte un peu, par hasard et dépression, ou pessimisme, et la rencontre s'effectue par renoncement à l'amour et la procréation plus que par un coup de foudre gâté par une vie matérialiste, dans un carrosse doré et une filiation bien déterminée. La filiation, est souvent, dans ce film, un questionnement, "d'où je viens", "qui sommes-nous". Les races sont mélangées, les repères sont perdus et les pères et mères aussi. Les chiens sont contaminés et n'ont plus d'espoir de faire de famille, ou même de s'accoupler. L'errance, la violence, la fièvre et les jours sont comptés, comme autant de zombis parmi des carcasses qui jonchent les sols. La cage est ici représentée comme un objet qui permet d'abandonner l'animal, mais aussi de le laisser sans possibilité d'en sortir, voir de mourir dedans. Il y a dans ce film, une réflexion sur le deuil de l'animal et son impossibilité de retrouver ceux que l'on a perdu, comme autant de noms, de médailles, perdues, d'enterrements et cimetières non rendus possible, et sur la recherche du caractère unique de l'être aimé. Une truffe rose ou noire, un humour, un numéro de cirque... Une voix susurrée dans l'oreille... inoubliable.

Une fable sur les attachements, les détachements, les liens qui nous unissent et désunissent, sur l'abandon, et l'espoir de guérir des pestes des diktats.


C'est Katsuhiro Ōtomo, le célèbre dessinateur de manga, scénariste et réalisateur de films d'animation, et créateur d'Akira, qui a réalisé ce poster pour le film L'île aux chiens de Wes Anderson





Et une chanson, rien à voir avec ce film... ou presque, de Miel de montagne :
"Slow pour mon chien"

 

Par kiwaïda at 11:19

06/07/2018

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Image du film français réalisé par Quentin Dupieux : Au poste ! , sorti en 2018.
Synopsis : Le commissaire Buron est chargé d'enquêter sur le meurtre d'un homme retrouvé gisant dans son sang par Fugain. Celui-ci est logiquement considéré comme le principal suspect, s'en suit alors un interrogatoire qui va durer toute la nuit.

Au-delà du référencement ou du côté absurde souvent décrit pour ce film, Au poste ! révèle une société psychotique. De situations administrativement considérées comme normales, le sens a perdu la tête, ou la tête a perdu le sens. Nous sommes témoins d'une situation normée, et notre expérience en société, nous a prouvé combien celle-ci, même dans des dialogues ou échanges presque banals, pouvait devenir psychotique. Le comique intellectuel de la scène, de cet entretien, émaillé de petites incursions surréalistes (parfois avec des effets spéciaux, comme l'absence d'un œil, joyaux de notre réalité virtuelle et si manifeste) se joue dans le pire de notre réalité : l'ennui. Cet art de l'ennui (j'avais publié un écrit philosophique sur l'art de bailler sa vie) s'écoule dans des vies ordinaires et le commissaire Buron le dira souvent : quel ennui que votre vie, en s'adressant à l'homme qui décrit ses journées, car c'est tout ce qu'il y a de plus normal, il ne se passe rien, rien d'excitant. Sauf, que dans tout ce qui semble normal, la psychose s'installe progressivement et l'homme interrogé, Monsieur Fugain, tente de rester lucide et clairvoyant, et même innocent. Cette innocence sera mise en abîme dans une scène théâtrale finale, et cette mise en boîte, désignera cet innocent, comme le con, du dîner de con. Ce parfait homme normal (comme notre ancien président avait tenté de jouer ce rôle), se transforme peu à peu en manipulé et idiot, juste un acteur auquel "on" a désigné un rôle à jouer, dans une pièce de théâtre qu'il ignore, et non pas dans un commissariat de police, convoqué pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Cet acteur de la pièce de théâtre qui s'ignore n'a jamais répété son texte et ne le connait pas. C'est le bleu en quelque sorte, bien que ce film soit volontairement de couleur beige, mais ne nous égarons pas.

> Un bleu est une personne nouvellement arrivée dans une organisation (armée, police...). Elle garde souvent ce titre jusqu'à sa complète intégration. Un bleu, est une expression française dont les origines remontent au début du XIXème siècle qui viendrait du milieu de l’armée et des militaires où le bleu serait une jeune recrue sans expérience et ce vu sa tenue de circonstance qui serait de cette couleur.

Ce que j'ai trouvé d'évident, dans ce film, c'est l'expression d'une société psychotique. La psychose est une défaillance dans la mise en place de l'altérité, présente chez l'humain mais aussi dans la société, dans des systèmes, des structures. La psychanalyse tente de prendre soin des humains entraînés dans le vacillement mortifère de la défaillance et de l'altérité. Mais lorsqu'une société est psychotique, on peut difficilement discerner le réel de la fiction. Et ce film est exactement dans cette lisière là, car elle rivalise avec le documentaire, tout en restant une fiction. Dans des sociétés de dictature ou des structures tyranniques, chez les théocrates, les formes politiques produites promeuvent la domination en visant l'abolition du sujet. Ainsi la psychanalyse représente un danger pour ces systèmes. On peut espérer que les structures psychotiques collectives peuvent être combattues par la démocratie et la lutte des idées, mais aujourd'hui, dans notre situation démocratique, où la corruption s'est hissée au pouvoir, comment lutter ?

Monsieur Fugain représente chacun de nous. Il joue dans une pièce de théâtre mais il ne le sait pas. On lui a attribué un rôle, mais il ignore tout. Il est accusé d'office et est convoqué. Toute son existence ne tient qu'à démontrer, d'une part, qu'il existe vraiment (mais dans une pièce de théâtre déjà organisée, pas facile), donc que c'est un sujet, et d'autre part, qu'il est innocent pour le crime dont il est accusé. Il devient donc un objet, et perd sa qualité de sujet. Le film ingénieux nous disposera, en transfert, dans ce personnage, le bleu, qui passe son temps à décrire le fil de sa vie, sans aucune analyse ni pathos, avec des faits très plausibles, et d'une platitude remarquable (fermer ou ouvrir une porte, aller acheter des chips, regarder un documentaire très intéressant-ennuyant sur les chevaux...), sans jamais analyser ces faits. Sans aucune psychanalyse donc. Ainsi, dans notre siège de bleu, nous arrivons au final, à notre siège de spectateur d'un théâtre, notre siège au cinéma. Ce Monsieur Fugain symbolise le monsieur Tout le monde vivant dans une société psychotique :  il vit une existence suspendue, comparable à un état de pétrification, d’hibernation à l’intérieur d’une carapace autistique. Il ne peut expliquer ce qu'il voit, ce qu'il vit, ce qu'il se passe, car il se passe des choses surréalistes (un inspecteur de police se tue lui-même, et est disposé dans un placard) à double sens, car pas si surréalistes, mais bien réelles (dans le film) Cette scène symbolise le réel (un inspecteur "placardisé", mis à l'écart dont on a ôté progressivement ses prérogatives et responsabilités) On pourrait même étirer l'illustration, en imaginant, que tout administratif, serait placardisé, de nos jours, dans une incapacité totale d'exercer sa fonction, ses missions et même de l'exprimer. Un grand blank organisé, dont les actions doivent volontairement effacer tout indice suspect, pouvant révéler cette impuissance.

Dans ce film, les victimes se tuent toutes seules. Qu'est-ce que cela veut dire ? Mais de façon différentes : le cadavre s'avère, non pas avoir été tué, mais il est mort par une "explosion interne" décrite par les 2 policiers dans un moment absurde d'interprétation médicale, assez cocasse. L'un des policiers va lui-même se tuer par accident, aussi cocasse, mais tout aussi plausible, tant la dextérité au préalable de ce policier à manier une équerre nous alerte de sa maladresse angoissante, tout comme sa débilité est sidérante et ses raisonnements crédibles de folie. Le fils du commissaire, dans une banale conversation de quelques mots, apprend à son père, sa volonté de se tuer, mettre fin à ses jours. Ce passage est symptomatique de la surdité des autorités (ici un parent) face à la souffrance des plus jeunes, mais surtout de la banalisation de la violence, du mal. Tous ces phénomènes, ces personnes meurent seules mais cette société tente encore de trouver des coupables ou, avec de faibles moyens (techniques et humains, intelligence médiocre), elle tente de se déculpabiliser et de déplacer la cause, faute de pouvoir l'analyser.

Cette société décrite par le truchement d'un seul face à face, d'un interrogatoire, remet en perspective le nombre d'interrogatoires que l'on subit, de nos jours, sans être dans un commissariat de police. Dans toute administration, ou même une famille, ou tout lieu public ou privé, une école, la rue, que sais-je, nous subissons des interrogatoires absurdes, des formes de suspicions, qui n'ont d'autres objectifs que de nous transformer en paranoïaque du quotidien, pris en otage et tiraillés entre un état d'urgence et l'exclusion de tout étranger, ou étrangeté (fermer la porte) d'un côté, - se taire, se terrer -, et de l'autre, avec ce devoir devenu de l'expression pour la liberté obligatoire (ouvrir la porte), - dénoncer, dire - afin de cliver le sujet, et qu'il ne trouve que cette position de pétrification décrite, de sidération, d'hibernation (au choix !) La confiance pourrait définitivement disparaître et les expressions humaines, nous transformer en inspecteurs, telles celles du commissaire Buron, celui qui est là pour douter constamment, se méfier, mais en réalité, il n'aspire qu'à rentrer chez lui, comme tous, et vivre sa vie banale.

L’interprétation du policier placardisé est magistrale et inattendue. C'est une incursion au pays de Magritte, du Ceci n'est pas une pipe. Car, dans ce film : Ceci n'est pas un œil. Après avoir côtoyé quelques minutes, ce personnage, nous, en le regardant dans les yeux, ce policier qui "doit garder un œil sur l'accusé, nous ne parvenons pas à nous accoutumer de cette absence surnaturelle, de cet œil. Même dans ce détail, nous devrions, comme l'accusé, garder l’innocence de notre croyance en notre monde réel, nos habitudes rétiniennes... mais nous ne réussissons pas à déterminer la gêne occasionnée par la vision de ce cyclope, de cet handicapé (mental ? physique ?) C'est que l'absence de l’œil est un simple effacement par effet spécial cinématographique. Cela ressemble aux débuts des arts numériques où n'importe quel gugusse qui savait une seule fonction du logiciel Photoshop, pouvait se réclamer artiste contemporain, car personne ne savait encore cliquer, période du Président Chirac.

Petite aparté explicative historique :

Pendant l’hiver 1996, Jacques Chirac visite l’espace de recherche grand public de la Bibliothèque nationale de France (BnF). La perplexité du président de la République pendant la démonstration qui lui est faite, sur un ordinateur, des usages permis par Internet n’échappe pas aux journalistes présents sur place. À un moment, Jacques Chirac interrompt l’explication technique d’un spécialiste pour demander : «  La souris ? Qu’est-ce qu’on appelle la souris ? » La séquence, diffusée au journal télévisé de France 2, sera vite reprise par les Guignols de l’info, qui immortaliseront la formule du « mulot » pour moquer l’ignorance totale du président de la République en matière d’informatique.

Et cet effacement devient symptomatique de notre effort à "bien voir" ce personnage, car on ne peut que "mal" le voir. Dans notre réel, nous connaissons ce type de personnage, d’ailleurs tous les types, ne sont que des stéréotypes de notre société. Celui-ci, c'est l'handicapé qui n'a pas eu besoin de concours pour rentrer dans la fonction d'état, car son père (dans la police) a falsifié les résultats de son concours raté. Sa petite amie est aussi dans la police, on peut penser là, que toute la famille, s'est invitée dans la police. Ces rouages administratifs sont là bien décrits, et nous les côtoyons, dans notre société où l'emploi est une priorité nationale, mais où il est impossible de trouver du travail, avec ces rouages bien connus. Ce personnage est aussi handicapé, mais le respect des handicapés impose aux collègues, de donner des tâches subalternes à ces employés particuliers. Le risque, dans notre société, c'est que ces employés, ont souvent des responsabilités importantes, et d'encadrement, ce qui entraîne des dérives non négligeables, et le film raconte une dérive incroyable. Le policier est tenu de garder un œil sur un accusé pour meurtre, le temps que le commissaire puisse partager un bref moment (de non communication totale) avec son fils (suicidaire), de pause sandwich, ce temps se transforme en démonstration de la folie. Cette responsabilité de surveillance sera mise à mal lorsqu'il perdra la vue, par un malencontreux accident, dû à son égo, représenté par le badge de la police (son insigne, la preuve qu'il est bien intégré, par son père) L'équerre est aussi l'arme ridicule, celle de l'écolier, de cet homme qui n'a pas grandi, dressée contre lui, contre tous. Nous avons là la démonstration du zèle d'une administration à la pointe de la technologie. Il y a des petits tours qui s'apprennent entre initiés, et non plus les bleus. Comme celui de brûler ses empreintes à l'aide d'un briquet. Tout innocent arrive à employer ces tactiques dans une société psychotique, tant la pathologie des accusateurs est impossible à qualifier (puisque sans psychanalyse)

Le Monsieur normal, comme le Président, efface ses traces, ses empruntes, pour éviter toute accusation. L'administration entière est employée à effacer les traces ou les transformer afin de trouver un coupable "idéal". Si la pression de l'opinion est trop forte, à l'aide de fausses rumeurs, de délits et d'abus de pouvoirs divers, des syndicats, chacun trouvera le coupable pour sauver sa peau et garder en poste ses copains, ses proches, sa famille.

Il est à noter la formidable interprétation des employés, tous des cas sociaux avec de grandes responsabilités, celui à la jambe qui boîte, et ce commissaire installé sur son siège bien au fond, les chaussures sur la table, comme bien assis sur son statut, sa fonction, intouchable, qui méprise Monsieur Fugain, lui si humain, car il n'est concentré que sur son ventre, son deuxième cerveau, il a faim, et tout semble s'opposer à ce besoin vital. C'est un motif, un "pattern", que l'on peut reconnaître, dans tout interlocuteur (à mettre au féminin également, en zappant l'écriture inclusive) que l'on rencontre dans une administration (école, police, hôpitaux...) exerçant un pouvoir par le siège. Le siège devient tout un symbole du pouvoir administratif.

Aujourd'hui, ne pas avoir de siège, est peut-être la chance la plus viable ? C'est aussi élever l'imagination au pouvoir, que de se retrouver à la place du "e", de La disparition (Roman de George Perec) Et quel défi ! Mais que terrifiante est cette analyse, que tous ces "e", ces lettres les plus utilisées, disparaissent, sans même que l'on puisse le voir, le comprendre, car le sens est celui d'une autre histoire que celle de la dispartion, d'un roman. Toutes ces personnes normales qui disparaissent dans une société psychotique qui s'administre plus qu'elle ne se pense, ne posent aucune question. La société répète l'extermination, sans le savoir, avec une forme d'innocence participative (Paris c'est la fête) et une inconscience déculpabilisante, pourvu que le siège soit encore confortable, et que l'on défende, de ce siège, la cause des migrants en réalisant des œuvres d'art exposées dans les vitrines capitalistes des hontes du siècle. Des indignités disparues.

On soumet aux penseurs l’hibernation, en ces temps de réchauffement climatique, car on oublie que chacun de nous pense. Nous pensons et pas seulement les penseurs dont on a attribué le rôle de penser médiatiquement notre monde et nos paysages. Pour finir cet article, je pense fondamentalement, que penser ne peut-être une action pleinement dévolue, que lorsque le retrait, un minimum de retrait, du flux des actions et pressions médiatiques et politiques, se réalise. Sa réalisation, n'est efficiente que si l'action de penser le monde, devient prioritaire, et de la manière, comme la manière de faire des mondes, la plus singulière qu'il soit, celle encore de l'être et de son ontologie, sa capacité d'être au monde.

Pour ma part, parfois ma pensée s'accroche à un film, une exposition, une situation, du réel, ou de la fiction, afin de développer ce qu'elle travaille. Je suis créatrice, donc, parfois encore, c'est dans l'acte de créer, par mes réalisations artistiques, que je devine ma pensée, à postériori, mais jamais par à priori. Ainsi, elle se diffuse aussi, par constellation, se rencontre-t-elle par hasard, et n'est nullement destinée aux penseurs. Il n'y a là aucun égarement mais une volonté de ne pas ignorer l'autre. J'ai l'intime conviction, que l'acte de penser appartient à chacun, et, dans ma vie quotidienne, je partage cet acte, sans en faire un sacre. En fait, sans badge de police aucun, juste en cheminant, de façon distraite.

Par kiwaïda at 09:23

30/04/2018

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"Dutilleul venait d'entrer dans sa quarante-troisième année lorsqu'il eut la révélation de son pouvoir."

Je me suis demandée dans quelle occasion écrit-on que "c'est écrit en trop petits caractères". J'ai vu l'adaptation filmique de la nouvelle de Marcel Aymé, "Le passe-muraille". Le téléfilm français est réalisé par Dante Desarthe et est accessible sur Arte ces temps-ci. La nouvelle fantastique est parue en 1941, et en 1943, il y a eu un recueil de nouvelles du même nom. La critique indique que c'est un livre qui contient 222 pages écrites en petits caractères et qu'il ne convient pas à des enfants de 13 ans car il est difficile à lire et à comprendre.

Ainsi le passe-muraille, téléfilm que j'ai beaucoup apprécié, plein de malice et magie, tout en finesse, il m'a émerveillé, m'apportait une réponse. Dans le harcèlement subit de l'école d'art de Limoges et tous les courriers reçus, l'un d'entre eux, toujours signé de la directrice (ou les autres, du secrétaire général) mentionnait, que mon courrier de 4 pages (le seul envoyé, pour la vingtaine reçue) était "écrit en trop petits caractères" et m'accusait de fautes que je n'avais pas commises, et m'ordonnait de payer en envoyant un chèque dans les 24H à l'école. Cette lettre administrative ne faisait nullement mention du sens de mon courrier, ni ne répondait à mon souhait d'obtenir un rendez-vous de visu, afin d'échanger sur la pédagogie et mes difficultés à enseigner dans des conditions plus que malhonnêtes.

Alors peut-être que cela signifiait que ce courrier ne convenait pas à des enfants de 13 ans, il serait difficile à lire et à comprendre. Car, je n'ai jamais eu, depuis plusieurs années d'échanges à ce sujet, de visu. Par contre, je fus convoquée au tribunal d'instance de Limoges, et l'audience s'est effectuée sous un autre nom que le mien, de sortes que même présente, je n'ai pas été appelée. L'école, avec sa représentante, a passé l'audience seule, afin de régler seule, le conflit qu'elle avait elle-même créé de toutes pièces, en trouvant une coupable idéale, celle qui écrivait en trop petits caractères, ne convenant pas à des enfants de 13 ans, trop difficile à lire et à comprendre. Si bien que la coupable devait être exclue de toute apparition et devait être murée dans le silence. À moins que le pouvoir du passe-muraille émerveille tous les chemins inédits, et les non-dits.

Le savoir, écrire et lire, devenait donc un délit, en notre temps. Il ne fallait ni bien lire (ou au moins pas plus qu'un niveau adolescent) ni bien écrire pour faire perdurer sa profession : professeure. Au mieux, nous devions, professeurs, dévaluer nos savoirs et savoir-faire et surtout ne pas faire savoir. C'est-à-dire que nous devions alors nous transformer en quelque chose d'autre, pas en professeur, mais rien n'était indiqué. Si nous avions ce modèle souligné sur le papier de ces invectives administratives tamponnées, la haine de l'autre, seuls seraient acceptés celles et ceux qui la pratiquaient. En retour, ce modèle me soumettait à répliquer, à avoir, en retour, de la haine, mais n'être plus rien, et agir en conséquence : attaquer. Dans une école, cet apprentissage de la haine ne me semblait pas convaincant. Cela ne m'a pas convaincu. Non, il y a un effort supplémentaire afin d'accéder à la paix. Peut-être une discipline, une rigueur, que n'ont pas ces directions du grand n'importe quoi, du désordre autorisé comme parade à la liberté d'expression, au niveau le plus bas : le climat délétère.

Parfois, on ne parvient pas à comprendre, mais la culture nous amène à des chemins de traverse, et, par la poésie, le pouvoir devient d'autant plus héroïque, pour des gens tout à fait normaux. On comprend que même dans une école d'art, d'un niveau d'études supérieures, qui prône dans ses publicités la liberté et la poésie, on ne cherche plus ni ne trouve, mais on accuse à tort et on sanctionne. Le pouvoir attribué à l'administration, mais aussi à la direction, sous couvert d'être artiste, scelle à jamais la possibilité d'énoncer l'être. C'est sur le registre de "l'avoir" et l'argent que cette direction mène aux tribunaux afin de régler et juger les innocents et les exclure de la voix officielle, afin qu'ils se taisent et ne soient ainsi jamais entendus. L'institution marginalise en laissant ces petits chefs bazarder le sens commun, tout en s'arrogeant le droit de grève au nom de la commune. Perversité quand vous tenez le beurre et l’argent du beurre... Et les syndicats des professeurs en écoles d'art de s'aligner sur le même registre et d'écraser le sensible : l'argent, demander plus d'argent, un meilleur salaire et travailler moins, tandis qu'ils ne seront jamais solidaires de celles et ceux dont le sel de la vie et donc, le salaire, a été confisqué par tout ce beau monde interconnecté, syndicats et directions et ministères, les seuls exclus, sur lesquels, finalement, l'enseignement avait peut-être encore des valeurs singulières et un engagement de l'esprit non monnayable, qui passe par l'écriture et le savoir... et non par un rayonnement international d'expositions tant attendues, affiché sur les réseaux sociaux, comme preuve que les boutiques de formations fonctionnent à plein régime, avec si peu d'artistes qui font carrière ensuite (ou ont accès aux expositions ne serait-ce que celles des autres)

Cet emmurement des innocents au niveau de lecture adolescente, ayant le pouvoir de vous confondre avec le violeur, la violeuse des lois, devient la démonstration, la plus criante, des bâtisseurs de l'horreur, c'est-à-dire, de la perversité. C'est l'art d'inverser, mettre sens dessus dessous l’ordre. Il y a un objectif immoral qui est celui de convertir les innocents au vice, à les égarer, à les corrompre, et à leur éviter toute forme de confrontation avec la souveraineté du bien et de la vérité.

J'étais disposée à accepter ces agissements, sans être consentante, comme témoin de ma propre identité, inacceptable par ces pervers. J'assistais, mais de très loin, à toutes les procédures inimaginables à mon encontre. Elles éludaient le sens, l'existence, et s'inscrivaient dans la déviance. Elles contournaient les lois en utilisant les lois-même et la justice. Le déni "de l'accepté" percé à jour, faisait la démonstration de l’inacceptable et de la perversité des situations. Le déni de l'acceptable, l'identité, le parcours, l'être lettré, donnait le change à l’inacceptable des agissements violents. 

Le négatif de la liberté était au pouvoir, avec sa cohorte d'armée, anéantissement, déshumanisation, haine, destruction, emprise, cruauté, jouissance, se faisant passer par la plus haute des libertés, une école d'art, où l'expression de la liberté devient un slogan, un commerce, un contrat, une négociation entre communicants et les affiches sont des outils de propagande, tout comme les incursions obligatoires dans les réseaux sociaux. Pour faire partie de la secte, le mot d'ordre se transforme en liberté d'importuner l'autre et lui enlever le sel de la vie, son salaire.

Loin du téléfilm, qui m'a fait beaucoup de bien, il décrit aussi une situation de mise au placard, de harcèlement moral, une autre de harcèlement sexuel, tout ce que l'on trouve dans notre société et que Marcel Aymé n'avait pas encore injecté dans ses nouvelles dans un bain de Seconde Guerre Mondiale, quoique. L'image que j'ai choisie (une des dernières du film) n'est pas révélatrice des images du films, mais cette espèce de porte targuée, picturale, est le retour à la norme, après la perte du pouvoir, mais aussi la sérénité d'avoir découvert le plus important : l'amour.

Dutilleul avait trop accepté de l'inacceptable, et dans le déni de son identité et de son pouvoir, il donnait le change à l’inacceptable des agissements violents. Le passage transgressif à travers les murs, le décloisonnement véritable, la puissance du "voir à travers" les murs épais et tous ces obstacles, devant ces petits chefs adeptes des slogans de la transparence pour mieux licencier l'expérience et la rendre jetable, ou bien, ce que j'ai connu, ces adeptes de l'horizontalité pour toujours plus vous subordonner au petit chef, à la directrice, au despote, est une belle illustration héroïque et fantastique, avec des effets spéciaux si bien ajustés, qu'on aimerait, spectateur, spectatrice, aussi, passer à travers les difficultés, la prison. Scène absolument magique, le moment où Dutilleul enlève ses quatre bracelets épais électroniques dans sa cellule, puis passe à travers les murs, sans aucune violence. 

Bien sûr, Dutilleul méritait la prison puisqu'il volait des œuvres d'art et des bijoux, grâce à son pouvoir. Son petit appartement s'est transformé en caverne d'Ali Baba. Mais ce qui est intéressant, dans ce téléfilm, c'est qu'en haut, puisque la société française est étatique et administrative, en haut de la verticalité du pouvoir, une femme et ses conseillers (ayant la preuve de son pouvoir magique), dont on imagine les fonctions de chaque partie, décide que cet homme ne soit jamais connu des autres, de l'opinion publique, car son pouvoir pourrait être plus grand que ces fonctionnaires au pouvoir, et que son aura d'autant plus grande, et que c'est à la vision uniquement narcissique, celle de la célébrité, qu'est jugé cet homme, vue d'en haut. Il faut d'une part qu'il soit pris ou chloroformé vivant, englouti dans un océan, et toutes les stratégies de disparitions sont imaginées, même la torture, par ces hauts-fonctionnaires, qui savent aussi taire leurs motivations et faire disparaître également leurs responsabilités (peut-être en affiliant celles-ci à d'autres) Jusqu'à demi-mot énoncer la finitude de cet homme, son extermination, dans des phrases elliptiques que les conseillers comprennent, par habitude, et n'ont même pas besoin de répéter, motus et bouche cousue. Cette illustration sibylline des arcanes du pouvoir, à mon sens, je l'interprète comme la volonté de couper la tête à celles et ceux qui seraient plus intelligents. Comme dirait un avocat que j'ai rencontré à Limoges : dans l'administration, aucune tête ne doit dépasser, en bons soldats, il ne doit pas y avoir de meilleurs, mais on nivèle tout par le bas. C'est ainsi, que les avocats ont de beaux jours devant eux, car les souffrances au travail dans les institutions publiques amènent plusieurs clients et beaucoup d'argent. Parfois, on ne pense pas aux véritables voleurs, plus malins que les autres.

Il en est que Dutilleul sera empoisonné en buvant un décaféiné dans un café (par ces hauts fonctionnaires cachés donc). Cela me rappelle une collègue professeure, qui m'avait dit me méfier car même le café offert par la direction pouvait être empoisonné si j'acceptais, devant un directeur qui me proposait de remplir ma tasse de thé vide. Une façon de mettre l'ambiance, de me menacer si je souhaitais continuer à enseigner avec une équipe de collègues soudés pour exclure. Rester murer, telle est l'attitude à prendre, plutôt que le café. Le passe-muraille adopte cette attitude très vite, il s'adapte, afin de garder son pouvoir secret. Très vite, on ne prend plus de café, plus de pause, on travaille plus qu'il n'en faut, on devient la cible de rumeurs, sans jamais les connaître, et on aide les plus démunis, puisque le chemin est connu et l'expérience n'est jamais perdue. Je pense que ce film doit être très inspiré des us et coutumes du pouvoir invisible des fonctionnaires soudés (pour le meilleur ?) pour le pire. J'ai eu la chance d'étudier de près des comportements malveillants ayant remplacé les fonctions et la production afin que le sens puisse devenir la propriété de quelques uns. Par des comportements ainsi pervers, il devient possible d'attribuer n'importe quel sens au travail, sans dessus dessous, au détriment des êtres et de leurs recherche de sens, de leur dignité. J'ai pu observer combien des enclaves sont propices à la transmission systémique de la folie et que, même des organismes de santé (trop) affiliés, contribuaient à effacer toute trace des effets de ces comportements, des souffrances, et conduisaient à l'exclusion des plus lucides. Et c'est là, la chance, d'être exclu de ces systèmes.

Quoi de plus héroïque que la personne qui passe à travers la perversité, à travers le sans dessus dessous, sens dessous dessous ? Le don divin de Dutilleul rend chèvre le petit chef qui l'a mis au placard, mais par de gentils tours de passe-passe. Tel est pris qui croyait prendre. Et c'est là tout le pacifisme de ce personnage comme tout le monde et exclu bienheureux d'un système toxique, car il n'y sera plus pour résister, il n'y participera plus du tout et trouvera sa voix ailleurs.

Donc, même ce pouvoir perdu, le comptable se satisfait de proposer ses services dans une compagnie de cirque où il a trouvé l'âme sœur, l'artiste.

L'hérédité de ce pouvoir, et le secret partagé de la mère au fils, ce désir d'en user mais d'en souffrir, serait préférable à la vie d'adaptabilité forcée, une vie terne et sans aucune intensité, une vie sans vivre les choses, mais sans aucune souffrance. La mère, avant son dernier souffle écrit une lettre à son fils et lui raconte ce secret, ce pouvoir, il doit désormais choisir, le sachant.

L'amour ferait partie de ces émotions intenses qui sortent de l'ordinaire. L'évènement, cet extraordinaire moteur de vie, "aimer" et "être aimé", n'est ni quantifiable, ni raisonné, et aucune preuve juridique, administrative ne peut le comptabiliser, le réguler, le normer. Puisqu'il est unique et né d'une relation ontologique où les êtres se sont dépris de leurs avoirs, mis à nus, mais épris désarmés.

Petit clin d’œil aux inséparables.

Par kiwaïda at 13:22

02/03/2018

V̸̲̅I̸̲̅O̸̲̅L̸̲̅E̸̲̅N̸̲̅C̸̲̅E̸̲̅S̸̲̅ ̸̲̅C̸̲̅O̸̲̅N̸̲̅J̸̲̅U̸̲̅G̸̲̅A̸̲̅L̸̲̅E̸̲̅S̸̲̅

Photographie © Sonia Marques

Dans le monde, une femme sur trois subit des violences physiques et sexuelles par son partenaire. En France, une femme est tuée tous les trois jours par son conjoint.

La zone de non-droit :
En France, une femme sur quatre a subi des violences physiques par un partenaire depuis l'âge de 15 ans. Chaque année, plus de 225.000 femmes sont victimes de violences conjugales, 42.000 femmes de viols conjugaux, et plus de 120 femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Les violences conjugales sont d'autant plus fréquentes que les femmes sont jeunes, vulnérables (grossesse, maladie, handicap), discriminées, et qu'elles ont déjà été victimes de maltraitances physiques et sexuelles dans leur enfance (avec seize fois plus de risque). Et les hommes sont d'autant plus souvent violents qu'ils ont subi des violences dans l'enfance ou y ont été exposés (avec quatorze fois plus de risque). Ces violences sont très traumatisantes avec un lourd impact sur la santé et la vie des femmes et de leurs enfants. Elles aggravent les inégalités et sont un facteur de précarité, d'autant plus que les femmes qui en sont victimes restent dans leur grande majorité isolées, à devoir faire face aux violences sans protection, ni secours, ni soins, ni justice.

Le médicament-drogue
La violence de ces hommes est souvent rationalisée, voire excusée par la frustration. Les violences répétées, souvent depuis l'enfance, ont un impact psychotraumatique majeur à long terme sur les victimes et elles sont une véritable entreprise de coercition. Elles sont une arme très efficace pour les soumettre au service de leur conjoint, les transformant en esclave, en "médicament-drogue" servant à calmer leurs tensions. Les violences sidèrent les victimes et déclenchent des mécanismes de sauvegarde mis en place par le cerveau. Ils entraînent une dissociation traumatique avec une anesthésie émotionnelle, ainsi qu'un trouble d'intégration de la mémoire, qui fait revivre les violences et les mises en scène du conjoint violent à l'identique, comme une torture qui n'en finit pas. Tant que la victime reste en contact avec son agresseur, ces mécanismes de "protection" et l'anesthésie qu'ils provoquent restent enclenchés. Les victimes sont ainsi comme déconnectées, privées de leurs émotions, de leur volonté et de tout moyen de défense. Elles semblent "tolérer" des niveaux très élevés de violence. Les faits les plus graves, vécus sans affect ni douleur exprimable, semblent si irréels qu'ils en perdent toute consistance et paraissent n'avoir jamais existé (amnésie dissociative). Elles donnent l'impression qu'elles sont indifférentes, leurs interlocuteurs ne vont rien ressentir, ils n'auront pas peur pour elles, considéreront qu'elles ne sont pas vraiment traumatisées et qu'il n'est pas nécessaire de les protéger.
(Source + vidéo)

Photographie © Sonia Marques
Détecter les violences conjugales à la maternité
Entre 3 et 8% des femmes enceintes sont victimes de violences conjugales. Parce que les femmes enceintes sont vulnérables, c'est souvent pendant la grossesse que les violences s'aggravent ou s'exacerbent. C'est la raison pour laquelle dans les Hauts-de-Seine, le département a décidé de mettre en place un dispositif pour repérer ces femmes, et les aider à se sortir de ce cycle de violences. Un dispositif qui s'est mis en place directement au cœur des maternités.
Les violences sont aussi à l'origine d’assez nombreuses demandes d'IVG. Femmes victimes et hommes violents ont très fréquemment subi des violences dans leur enfance ou ont été témoins de violences conjugales. Les troubles psychotraumatiques qu’ils vont développer, vont être à l’origine d’une mémoire traumatique, de troubles dissociatifs et de stratégies de survie. Si on n’est pas responsable des violences qu’on a subi, ni de leurs conséquences traumatiques, en revanche on a le choix des ses stratégies de survie (conduite d’évitement et conduites dissociantes anesthésiantes). La violence exercée sur autrui en est une, elle fait partie de ce qu’on appelle une conduite dissociante qui permet de s’anesthésier, comme une drogue. Une société inégalitaire où les hommes peuvent facilement choisir de mettre en scène une prétendue supériorité au dépens des femmes, facilite le choix de s’autoriser à être violent, en s’identifiant à l’agresseur de son enfance, pour «traiter» une mémoire traumatique qui, se réactive lors de la grossesse de sa conjointe (La grossesse à l’épreuve des violences conjugales : une urgence humaine et de santé publique / Salmona)

Escalades des tensions
La violence conjugale n'est pas un conflit de couple dont l'issue est incertaine, mais un processus de domination sexiste. Elle s'exerce dans le cadre familial. Les enfants témoins en sont également victimes, mais ils peuvent également subir des maltraitances parfois mortelles [LHT]. Personne n'est à l'abri de ce type de violences. Elle sévit dans toutes les catégories sociales, économiques et culturelles, en milieu urbain ou rural et quel que soit le contexte éducatif ou religieux. Dans leur très grande majorité, les victimes sont des femmes en raison des stéréotypes culturels sexistes. Les hommes victimes sont moins nombreux et subissent essentiellement des violences psychologiques.

La violence conjugale se manifeste très souvent par cycles d'escalade de tension : agressions psychologiques, verbales puis physiques :
La femme tente désespérément de contrôler de la situation en la minimisant, en la niant, voire en s'attribuant la cause de la violence de son partenaire qui ne manque pas de lui reprocher son attitude soi-disant insupportable pour se justifier. Les violences, de plus en plus sévères s'inscrivent dans une escalade qui commence par exemple par une série de paroles de disqualification, des attaques verbales ou non verbales qui se transforment en harcèlement moral [LHT], lequel embrouille la victime, la met sous emprise psychologique, diminue sa résistance et l'empêche d'agir.
(Azucena Chavez, Institut de victimologie)

Le secret du privé
La violence conjugale bénéficie du secret du privé, ce qui permet aux auteurs d’asseoir leur contrôle dans l’impunité. Elle constitue la forme la plus fréquente de violence envers les femmes. Elle fait partie de l’héritage patriarcal qui est caractérisé par le déséquilibre des rapports de pouvoir entre les sexes dans nos sociétés. La violence masculine à l’égard des femmes a un coût social et économique dont l’ampleur est encore trop méconnue. Les conséquences de cette violence qui s’exerce encore en toute impunité sont multiples pour nos sociétés. La violence conjugale est une question qui ne doit pas être considérée comme une affaire privée. L’usage de cette violence est un obstacle à l’égalité entre les hommes et les femmes, aux droits fondamentaux des femmes.

Les insoupçonnables


L'homme dont la fonction force le respect
, insoupçonnable
La violence conjugale n’est pas un héritage inéluctable, on ne naît pas violent, on apprend à le devenir. L’histoire collective et personnelle, la construction sociale, le poids d’une culture patriarcale conduisent certains hommes à des comportements sexistes et violents envers les femmes. L’homme violent à souvent deux visages : charmant, merveilleux dans la vie sociale, tortionnaire, méprisant et jaloux à la maison. L’homme violent avec sa compagne n’est pas systématiquement un alcoolique, un rustre, une personne issue de milieu défavorisé, un personnage autoritaire ou violent avec tout le monde. Très souvent l’homme violent n’est pas soupçonnable, il ressemble à monsieur tout le monde, votre voisin de palier, l’homme courtois qui rend service à tous dans le quartier ou le village, ce séducteur à qui personne ne résiste, le cadre dynamique que toutes et tous trouvent fantastique, ce chef d’entreprise performant, l’homme aux multiples responsabilités, l’homme dont la fonction force le respect...

La femme, les femmes
, insoupçonnables
Il n’existe pas de profil type de femme victime de violence conjugale, toute femme peut un jour dans sa vie se retrouver sous l’emprise d’un conjoint, ami ou partenaire violent. Mais l’histoire personnelle, des périodes de fragilité, de vulnérabilité, peuvent devenir facteurs de risque. La personne qui souffre de cette violence par la faute d’autrui, n’est pas responsable de la violence qu’elle subit. La femme victime de la violence de son compagnon n’est pas nécessairement une personne sans ressources. C’est peut-être votre collègue de travail, cette chaleureuse commerçante, cette enseignante, votre médecin, cette jeune cadre dynamique à qui tout semble réussir... et dont on ne soupçonne pas l’enfer quotidien.

La violence psychologique
La violence psychologique s’exprime par des attitudes diverses, des propos méprisants, humiliants. Le compagnon violent renvoie à la victime une image d’incompétence, de nullité. Il l’atteint dans son image à travers le regard des autres. Progressivement la victime perd confiance en elle-même en ses possibilités. Peu à peu s’installe le désespoir, une acceptation passive de ce qui arrive. Elle s’isole, s’enferme dans sa honte, n’ose plus prendre d’initiative.

La violence sexuelle
La plus cachée. La personne violente oblige sa compagne à avoir des rapports sexuels malgré elle, avec lui ou avec d’autres partenaires selon ses propres fantasmes, parfois il la forcera à se prostituer. Les viols, les agressions sexuelles, les rapports acceptés sous la contrainte ou pour le calmer sont réguliers. Les victimes ont beaucoup de mal à en parler parce qu’elles restent associées aux obligations du mariage et devoir conjugal.

Devoir conjugal / viol conjugal

Le viol conjugal est une forme de violence exercée par le partenaire intime. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les violences entre partenaires comme « Tout comportement au sein d’une relation intime qui cause un préjudice ou des souffrances physiques, psychologiques ou sexuelles, aux personnes qui sont parties à cette relation, y compris des actes d’agression physique, des rapports sexuels forcés, entre autres formes de coercition sexuelle, de la violence psychologique et des comportements autoritaires ou tyranniques. » Toutefois, le viol conjugal est une notion qui reste taboue dans nos sociétés actuelles. Cela s’explique principalement par la notion de « devoir conjugal », qui est encore très présente dans les esprits. Mais il est important de rappeler que cette notion n’a aucune valeur légale. Dans la partie du Code civil consacrée aux mariages, il n’y a aucune mention du devoir conjugal et le viol conjugal est condamné par la loi depuis 1989. Selon les chiffres, près d’un viol sur deux a lieu au sein du couple. On estime aussi qu’une femme sur quatre subit, à un moment ou à un autre de sa vie, des violences sexuelles de la part de son partenaire. Dans la plupart des cas, les personnes qui obligent leur partenaire à avoir des rapports sexuels avec eux pensent agir légitimement vu le lien intime qui les unit.

Le viol n’a rien à voir avec de l’amour ou avec une relation sexuelle souhaitée. L’homme qui viole ne cherche pas à faire l’amour à sa partenaire ni même à assouvir un désir sexuel : il veut dominer, faire mal, humilier et avilir.

    "Violer, ce n’est pas une relation sexuelle, c’est un déni de son humanité, c’est dénier l’humanité de l’autre, c’est lui refuser d’être propriétaire de son corps, de son psychisme… " (Docteur Mukwege)

Contrairement aux violences physiques, les violences sexuelles arrivent assez tôt dans la relation en arborant des formes différentes et de plus en plus graves. L’homme violent va commencer par dire à sa compagne que, si elle refuse, cela signifie qu’elle ne l’aime pas assez. Puis, au fur et à mesure de la relation, il va prétendre que les hommes ont plus de besoins, qu’elle doit se soumettre au devoir conjugal et, peut-être, la menacer d’aller voir ailleurs, car les autres femmes sont plus dociles. Enfin, il va faire fi de son ressenti, de ce qu’elle souhaite et va la violer. L’évolution des violences sexuelles suit l’emprise qu’exerce l’homme violent sur sa femme. La dame, qui a perdu ses repères, éprouve du mal à réagir, à s’opposer et à distinguer ce qui est un viol de ce qui ne l’est pas.

Ordre moral supérieur d'antan

Le « devoir conjugal », voici une expression qui sent le papier jauni. Et pourtant ce « devoir » existe encore, même s’il n’est mentionné par aucun texte légal.
La loi sur le mariage prévoit seulement que les époux « se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » (article 212 du Code Civil), et qu’ils « s’obligent mutuellement à une communauté de vie » (article 215 du Code Civil).
Il n’y a aucune obligation explicite d’entretenir des relations sexuelles. Ce sont les juges qui ont affirmé historiquement que les époux ont l’obligation d’entretenir une sexualité régulière, non seulement au début de leur mariage qui doit être « consommé », mais encore de manière renouvelée pendant toute la durée du mariage. Au départ, il s’agissait de préserver un ordre moral supérieur. Il fallait que le couple procrée, pour assurer la transmission du patrimoine, dans un cadre stable. Il fallait éviter aux conjoints toute « tentation du vice » et permettre l’observance de l’obligation de fidélité – source d’enfants illégitimes.
Sous couvert de préserver l’ordre, le Code Napoléon dans sa rédaction de 1804 était rude avec la femme. La puissance du mari était érigée en système juridique : la femme devait « obéissance à son mari », qui n’était pas encore tenu par la loi de respecter son épouse.
A partir de ces textes, il n’était fait aucun cas du consentement de la femme à l’acte sexuel demandé par son mari.
(La suite... Anne Marion de Cayeux, Avocat au Barreau de Paris )




J'ai vu récemment le film Magnolia (1999) du réalisateur américain Paul Thomas Anderson (né en 1970) et plusieurs de ses films dont le dernier. La cellule familiale est souvent le sujet et nombre de désordres exposent l'échec du modèle patriarcal. Les aspirations économiques et la réussite individuelle entrent en conflit avec la moralité et les injonctions de normes. La perfection et la compétition font exploser la cellule familiale à travers plusieurs générations. Le tabou des violences conjugales est transgénérationnel et provoque de multiples dysfonctionnements.
Dans le film Magnolia, il y a une relation au père avec le fil qui est un petit génie, utilisé pour ses performances de mémoire, il récite des définitions potasse des livres divers afin de gagner un jeu télévisuel dans lequel il participe. Le père délaisse le bien-être de l'enfant et cela se manifeste dans ce moment où le surdoué demande à aller aux toilettes et cela lui est refusé à maintes reprises, afin qu'il reste à l'écran, sans faire de pause. La pression opère car l'enfant se fait pipi dessus, et provoque une humiliation disproportionnée entre l'enfant qui ne peut plus jouer et le père qui puni son fil pour ce "lâcher-prise" naturel, se soulager. L'enfant choisi son instinct plutôt que l'exigence de son père et la pression sociétale (le jeu télévisé, l'équipe, etc.) On néglige le caractère infantile en lui demandant d'être l'adulte intelligent, mais se faisant, paradoxalement, il est infantilisé. L'enfant s'affirme en urinant sur lui et en refusant de servir encore de petit génie dans l’émission télévisuelle. Il rompt ainsi le fardeau familial en disant à son père que celui-ci n'accorde pas d’importance à sa personnalité mais bien plus à son image. Dans le même temps, l'homme qui présente l'émission fait face à un cancer, qu'il est le seul à savoir, et a des difficultés à rester à l'antenne. Son conflit avec sa fille toxicomane explose, lorsque sa femme l'interroge sur sa relation avec celle-ci qui ne souhaite plus le voir, même si son père lui annonce l'état de sa maladie, elle n'a aucune empathie. Il lui dit que sa fille lui reproche des attouchements jeune, mais il ne se souvient plus vraiment, ce qui provoque le dégoût de sa femme. Cette fille va faire la rencontre amoureuse d'un policier, tous deux recherchent "la vérité" et vont faire le pacte de "tout se dire", et rien dénier, afin que leur relation débute sainement. La morale se cache à cet instant où ne rien se cacher l'un à l'autre prédestinerait à un avenir plus radieux, délesté des problèmes familiaux qui se transmettent de générations en générations, avec des sentiments de culpabilité, de honte, de mensonge et de vies dissociatives, de dénis et d'exclusions.
Ce que je trouvais intéressant, dans ce film, c'est la description de modèles masculins, des générations de fils, qui représentent la faiblesse de leurs modèles défaillants, leurs pères, et leurs échecs. L'acteur Tom Cruise a un rôle assez détonnant, qui conjure avec le stéréotype du héro, dans lequel nombre de films l'ont confiné. Il est gourou de la suprématie masculine et ses performances publiques, son jeu scénique, sont captivants, pour coacher la virilité des hommes. On apprend bien plus tard, qu'il est traumatisé par la mort de sa mère, causée par les violences de son père, et de l'abandon de son père face au cancer de sa mère. L'affirmation de sa virilité serait liée à sa volonté de protéger les femmes. Ce jeu surjoué (Respect The Cock ! Voir l'extrait vidéo) est aussi le jeu d'une violence masculine et de domination sur les femmes, comme le père infidèle le faisait auprès de sa femme, il la violentait, se sentant supérieur. "Frank" (rôle de Tom Cruise) a refoulé toute sa vie, l'amour pour sa mère. Ce sera sa faiblesse ultime lorsqu'il devra répondre à une question d'une journaliste qui connait le décès de sa mère, alors qu'il ment et cache cette disparition à tous. Il réalise ainsi, en passant par une palette d'émotions contradictoires et violentes, que la haine qu'il porte à son père (en train de mourir d'un cancer) vient de cet amour déchu et de sa propre défaillance en prise avec les exigences d'une société patriarcale, car il se présente comme un célibataire endurci et sans famille. Auprès du chevet de son père, qu'il accepte de voir, in fine, il revit la même scène que lorsqu'il était enfant auprès du chevet de sa mère mourante, lui seul à l'accompagner alors que son père les a abandonnés tous les deux. Après l'avoir insulté, ce fils l'implore de ne point s'en aller. Cette scène est réussie et montre la complexité des liens familiaux : il condamne son père et le pardonne en même temps, en affirmant sa force et sa faiblesse, sa fragilité qu'il masquait avec sa secte suprématiste masculine. Et c'est à ce moment qu'il assume sa masculinité sans la misogynie, en endossant le rôle patriarcal.
Dans les films de Paul Thomas Anderson, les mères sont mortes, ou négligentes ou présentent des failles émotionnelles. Dans le dernier film que j'ai vu, Phantom Tread, ces jours-ci à l'écran, la mère défunte du héro modéliste, s'impose comme fantôme en mariée, la seule à être autorisée à hanter ses souvenirs et à lui donner une voix professionnelle, autoritaire. Il en vient à oublier sa femme jusqu'à la soumettre aux lois et emplois du temps de son métier. Cette dernière aura, également à s'émanciper de règles officielles et officieuses du patriarcat en observant que ce n'est que dans la maladie, que son amoureux reste avec elle, et qu'elle peut le guérir en lui apportant ses soins. La suite est masochiste, car c'est en l'empoisonnant juste un peu, qu'elle le met à terre, afin qu'il reparte travailler avec plus d'amour dans son cœur. Ce couple affirme ses liens affectifs dans une relation aigre-douce, où la femme domine l'homme après l'avoir empoisonné. On dit bien d'un individu qui embête, qu'il empoisonne la vie. Mais cette femme reprendra ainsi le même rôle de la mère de son amoureux, qui, tel un fantôme, hantait sa vie, dominait sa carrière, jusqu'à ce qu'il entende sa voix, l’entraperçoive dans sa chambre, malade, habillée en mariée, comme s'il s'était en fait marié à sa mère. Ce lien indéfectible, fait qu'une femme souhaitant rester auprès de ce mari, devra s'y superposer, à cette image de la mariée-mère, se soumettre à sa silhouette, ses robes, et qu'ainsi elle pourra le maltraiter à son tours, afin de le posséder totalement.
Dans le film Magnolia, aucune des femmes n'a l'opportunité de prendre la place de l'autorité des hommes, et aucune ne s'affirme contre les erreurs des hommes (père-mari-fils...) Elles participent toutes à l’effondrement du patriarcat et ne sauveront pas la cellule familiale. Ce film dure 3 heures mais on le les voit pas passer. Dans un jeu interactif, nous suivons différents personnages avec leur mémoires traumatiques, enfances brisées, amours perdus, espoirs de renaissances, transformations émotionnelles. Cela dit, pour d'autres raisons, j'ai particulièrement apprécié le film "Inherent vice" (2014), peut-être dans un autre article.

Le pardon


Dans le film Magnolia, j'ai perçu une ode au pardon et je me suis souvenue de deux notions que la philosophe Hannah Arendt avait introduit en politique, le pardon et la promesse.

« Ces deux facultés, écrit-elle, vont de pair : celle du pardon sert à supprimer les actes du passé, dont les ‘fautes’ sont suspendues comme l’épée de Damoclès au-dessus de chaque génération nouvelle ; l’autre, qui consiste à se lier par des promesses, sert à disposer, dans cet océan d’incertitudes qu’est l’avenir par définition, des îlots de sécurité sans lesquels aucune continuité, sans même parler de durée, ne serait possible dans les relations des hommes, et des femmes, entre eux. »

Par kiwaïda at 20:51

13/01/2018

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Lady Trémaine plus couramment appelée Belle-mère ou marâtre est le personnage antagoniste du long métrage d'animation Cendrillon (1950) adapté du conte de Charles Perrault, Cendrillon ou la Petite pantoufle de verre paru en 1697, et de la version des frères Grimm, Aschenputtel, publiée en 1812. La version créée par les studios Disney diffère des autres adaptations du conte.

*

Qui n'a pas connu de marâtre ?

Cendrillon en a une. Je me souviens...
Dans une école d'art, il y avait une Cendrillon, une œuvre d'art, constituée des cendres, toute en céramique, vibrante, ensoleillée, colorée, à la peau trop bronzée, qui a trop voyagé, aux cheveux dorés trop décolorés.
Un oiseau phénix, une icône.
Puis une marâtre jalouse est intervenue pour virer les œuvres d'art par un grand ménage, en qualifiant tout de saletés remarquables. Cela n'a pas été facile, donc elle s'est servi de son pouvoir, celui du ministère de la culture, afin d'envoyer en prison "ce" qui la gênait. Et si cela ne suffisait pas, elle se servait elle-même pour subtiliser le sel de la vie qu'elle prenait pour maigre salaire. Elle usurpait l'activité d'intérêt général, sous le contrôle de la puissance publique, afin de bénéficier de prérogatives en soumettant à ses services la seule mission d'obéissance à ses maléfices.

Quelle était sa gêne ? Être femme, être artiste, être libre, être enseignante.
Il fallait supprimer de son regard tout ce qui pouvait l'être et l'empêcher d'avoir toujours plus.
Quelle est sa défaillance ? Prendre l'avoir pour l'être.

La souillure était son obsession car ces histoires de saletés sont liées à la sexualité et la culpabilité.

Ces temps-ci des truies pour sauver des porcs sont apparues dans les médias, en habits de lumière.

Hélas, pour certaines, elles ne savaient ni lire, ni écrire, elles n'affichaient qu'une pensée confuse. Une marâtre décida d'écrire et envoya ses vilaines se faire démolir dans tous les médias, la presse écrite, la radio, la télévision. La marâtre voulait être écrivaine, mais vaine elle restera. Sa vie sexuelle mécanique de femme violée du milieu de l'art remplaça toute critique d'art, justement. L'actrice aux traits refaits pour plaire aux vilains n'osa plus se montrer, seul son gendre, le petit garçon prit sa défense. L'actrice porno pleura devant les caméras bouc émissaire de la marâtre n'ayant pas su exprimer par écrit son vécu, sa douleur. Il ne restait que la chef d'entreprise pour s'adresser au monde, la plus idiote de toutes, car une autre fut retrouvée ivre dans sa cave à vin. La marâtre cru un instant qu'elle était plus belle que l'actrice de peau d'âne, souhaitant acquérir toujours plus de renommée, se retrouva, devant tout le monde transformée en mule.

La mule voulait être baisée par le monde entier, elle tenait un livre comptable de ses partenaires, afin qu'ils et elles soient obligés de se taire. Son compteur s’affichait sur ses yeux, combien d'exemplaire de son livre vendu, combien de traduction, combien de mulets. Farcie de cochoncetés, sur son tas de pierre d'or, son corps son outils, elle n'était plus reliée à son esprit. Elle en oublia de faire fructifier son trésor intérieur et avoua n'avoir jamais connu l'amour.

Ce n'est pas fini, jadis, cette mule, fut invitée par la marâtre de l'école d'art, toutes deux, en habits de lumière, face à auditoire obligé. Elles s'entouraient des crapules qui collectionnaient des crottes. Victimes de leur succès, les princes incultes baisèrent leurs pieds de mules.

Aujourd'hui, c'est à l'école des mules que l'on fait ses armes. Il y a tant de porcs, de truies et d'ânes que nous pouvons relire les contes à l'aune de nos contemporanéités.

Dédicace à toutes les salopes et tous ces animaux qui ne méritent pas tant de maltraitance. Stop à la violence !

*

Ce Noël, nous avons regardé Blanche-neige et le chasseur, le film américain réalisé par Rupert Sanders, sorti en 2012. L'histoire du film est inspirée du conte de Jacob et Wilhelm Grimm, intitulé Blanche-Neige, paru en 1812.
Deuxième fois que je le voyais, mais 5 années plus tard. Mon père a découvert cette reine, que j'avais dépeinte, expression de mon vécu. La reine, l’œuvre réalisée il y a quelques années. Aujourd'hui, elle ressemble beaucoup à Catherine Deneuve je trouve... L'actrice française qui se mire toujours à travers le regard des hommes.
Quelle anticipation, toujours !
« Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? »

Le stéréotype de la marâtre (https://fr.wikipedia.org/wiki/Lady_Tr%C3%A9maine)
Le studio Disney renforce avec ce film le stéréotype de la marâtre déjà présenté avec la Méchante Reine, la méchante belle-mère de Blanche-Neige, dans Blanche-Neige et les Sept Nains mais aussi celui du personnage principal sans la présence maternelle de la mère biologique évoqué dans Blanche-Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Bambi, La Belle et la Bête, La Petite Sirène, Pocahontas, Aladdin et une moindre mesure Dumbo10. Cet aspect de la « mère absente » est développé par Lynda Haas, Elizabeth Bell et Laura Sells11. La formule pour la méchante belle-mère est aussi conforté dans le film Cendrillon, une beauté froide complétée par une monstruosité et la violence, ainsi la Méchante Reine, la méchante belle-mère de Blanche-Neige, se transforme en sorcière et la belle-mère de Cendrillon a enfanté deux filles nommées Javotte et Anastasie aux visages et aux cœurs ingrats12. Cendrillon développe un autre point aisément imaginable dans Blanche-Neige, la jeune fille accepte sans broncher la longue liste de tâches ménagères et les injustices de sa belle-mère et aussi de ses deux demi-sœurs, Javotte et Anastasie, réalisant même ses tâches en chantant.

Par kiwaïda at 15:19

29/12/2017

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Images des films réalisés par Argentina (années 70)
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Par kiwaïda at 01:41

02/11/2017

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Photographies © Sonia Marques

Ma découverte de Fétide ❥

Par kiwaïda at 17:32

29/08/2017

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JB, Kiwa, JD (photographie © Sonia Marques)

La vienne (photographie © Sonia Marques)

Les trois chevaux, Pommy (photographie © Sonia Marques)

New design made by myself (photographie © Sonia Marques)

Les retrouvailles (photographie © Sonia Marques)

Berlin-Limoges = Atomic Blonde

Scènes du film américain Atomic Blonde réalisé par David Leitch, sorti en 2017

Agent Johannes, danke für Ihren Einsatz, bei dieser Limoges Mission.

Par kiwaïda at 13:35

15/08/2017

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A Scene at the Sea > film japonais réalisé par Takeshi Kitano, - 1991.

Avec Kurudo Maki (Shigeru) , Hiroko Oshima (Takako)
Le genre Yakusa, une trajectoire singulière qui s'évade d'un clan.
Le schéma clanique : Dans le film, le personnage s'émancipe du clan des surfers.
Les clans sont déceptifs, ils suscitent de la déception, les personnages de Kitano font l'expérience de cette déception, ils ne s'y retrouvent pas et s'en écartent. Des communautés à la marge qui sont au centre et deviennent mafieuses.
Film tendre où le lien se crée devant la mer, un amour pur et bouleversant, sans presque aucun contact physique. Le couple sourd muet, communique parfois en langage des signes. Ce couple chaste est fusionnel, dans une bulle contemplative.
Détermination malgré les épreuves. Lorsque Shigeru et Takako sont séparés, car le chauffeur du bus ne veut pas de planche de surf dans son véhicule, Takako reste debout dans le bus, elle se soumet à cette attente face à la vitre, elle soutient son amant, elle croit en lui, tandis que Shigeru à pied, sa planche sous le bras va faire le trajet, sans perdre confiance en cet amour qui les lie malgré la distance. Cette séparation impossible rend la scène et le lien très fort lorsqu'ils se retrouvent. Aussi lorsque la mer les sépare, Takako reprend la planche de surf.
Ils n'utilisent pas le langage, ces héros du film m'ont fait penser au film de Ozu, où le petit garçon décide de ne plus parler à ses parents, à la suite de l'interdiction de regarder la télévision. Cette non violence, où le refus devient une invention par l'absence de communication, un art pacifiste, une interruption source de créations, de nouveaux gestes et déplacements. Élégance, sensibilité, finesse des échanges de regards, des sentiments mutiques. Kitano est peintre, avec de l'autodérision, le comique et la contemplation sont des nuances dans un paysage maritime frontal, une scène, où nous sommes aussi ces personnages qui rentrent dans l'eau ou comme les poissons, sautillent de cet élément océanique.
La précarité n'est pas un obstacle, elle fait l'histoire et déjoue les rumeurs des clans de petites communautés idiotes et sans imaginaire, lorsque l'amour soutient chaque étape. Contre l'ennui, source de créativité, d'invention, la trouvaille d'un éboueur de la planche cassée, va réparer le lien avec la mer et l'engager dans une voix singulière, comme celle d'un artiste qui invente quotidiennement sa profession, remettre l'ouvrage sur le métier. La place de la femme, l'assistante, l'amoureuse, devient le guide du chemin initié par la découverte et l'ambition de l'amoureux recycleur des déchets. Comment rendre beau ce qui était rejeté, destiné aux ordures et à la saleté.

Par kiwaïda at 11:58

23/01/2017

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Film "Gaz de France", comédie française réalisée par Benoît Forgeard, sortie janvier 2016.

Déclaration du président de la république

"Françaises, français, mes chers compatriotes,
je vous demande pardon, si par mon attitude, j'ai pu quelque fois vous croquer,
et non seulement vous croquer mais aussi vous choquer.
Sachez-le, derrière le président il n'y a pas qu'un Bird, il y a un homme.
Un homme avec des yeux, les siens, sa bouche, un homme avec un cœur qui bat,
un homme qui a parfois eu le tort d'être trop humain, vulnérable aux passions,
aux feux de joies que la vie embrasse sur le chemin.
Oh bien sûr, il m'aurait été facile d'être l'un des alligators fraîchement moulu des écoles,
j'aurai pu toute ma vie durant demeurer cette âme solitaire et sourde, imperméable aux sentiments,
et vous auriez fini par détester votre président sans saveur et sans coup de sang.
Vous aviez voté pour le pinson et vous auriez détesté le vieux coucou, qui, faisant coucou,
n'apparût plus que pour sonner les heures et renvoie l'image délétère d'un vautour dépourvu de passion
qui vient inexorablement rappeler à son peuple qu'il s'avance vers une mort certaine..."

"Je vous présente Pithiviers.
P, pour "political",  T, pour "Terrific"
et j'ai rajouté Viers pour faire bien.
Pithiviers peut résoudre n'importe quelle crise…"

"Je dois vous prévenir, si je lance Pithiviers,
je ne réponds plus de rien.
Son intelligence est telle,
qu'il finira par tous nous gouverner"

"Attendez, attendez, nous n'avons pas dit oui, quel est son bord politique au juste ?"

"Et c'est parti…"

"Je veux une égalité parfaite entre hommes et femmes,
c'est pourquoi je vais tous vous débaptiser, désormais vous porterez des noms de gâteaux, comme moi.
Françoise sera Millefeuilles,
Dizier Paris-Brest,
Ann Holignal s'appellera Forêt Noire,
vous (la petite fille) Clafoutis,
Michel devient Baba au rhum,
Samira Tiramisu,
Chris Flan
et Pierre Macaron…"

Un film qui tombe très bien, en ces périodes législatives, un an après sa diffusion : Gaz de France.

Benoît Forgeard, le réalisateur, interrogé dans l'AutreJT, au sujet du nom de ce film dit que c'était une idée un peu poétique. Gaz de France était une grande société française d'état, elle avait déjà changé de nom pour "Dolce vita", qui était le titre d'un film, et il s'est dit que finalement si les entreprises peuvent porter le nom d'un film, son film peut porter le nom d'une entreprise. Le film pastiche les modes de gouvernances et de leurs communications, dans une fine autodérision, avec une petite équipe, qui sera celle qui joue les spin doctors. En effet le "storytelling" (ou conte de faits, mise en récit) signifie "action de raconter une histoire". C'est une méthode de communication fondée sur une structure narrative du discours qui s'apparente à celle des contes, des récits. En communication politique, ses conseillers en communication, désignés sous le terme de spin doctors, sont ici représentés, dans le film sous la coupe du conseiller de l'ombre du président (le président est nommé "Bird", oiseau, et joué par Philippe Katerine, le chanteur). Ce panel regroupe, entre autres têtes pensantes, un chercheur, l'intelligent et le remake de sa créature Frankenstein, passager clandestin, sous les traits du réalisateur lui-même, apte à gouverner. Je me suis demandée si ce n'était pas une mise en abîme de l'action de réaliser (du réalisateur) avec son équipe d'acteurs et comment sont envisagés les scénarios. Avec la faculté de travailler en 3D, de manière plus froide, et l'exécution qui peut être parfois un copier coller de la première maquette, l'équipe, composée aussi de techniciens, amène une autre façon de manipuler ce que le réalisateur envisage, s'il se prend au jeu, à l'esprit du tournage et montage... Et dans le tournage n'y a-t-il pas souvent un passager clandestin, l'homme de l'ombre, qui plus tard deviendra un réalisateur (de même pour les femmes)

En ces temps moroses de prétentions aux gouvernances en unique genre en France complètement figés, ce film apporte une distance bien cynique, mais aussi futuriste, de ce que "le vouloir être gouverné" (on l'oublie souvent) anticipe des plus sombres désirs du peuple d'un totalitarisme robotisé. Fini l'humain, place au zéro faille, zéro conflit, zéro crise... ou presque. Le téléchargement du programme est un peu long, les guerres humaines et la première (rechercher des victuailles pour manger) auront le temps de se passer. Toutes les tares, dures ou molles, sont réunies pour être le président de la république, ou le rester, dans l'opinion publique. Le modèle occidental est un gros gâteau, une pièce montée (ne reste qu'à visionner le bal des blancs, ces derniers jours, de l'investiture du nouveau président américain, producteur des téléréalités)
Le mythe de la jeune fille en France et la "love affair" plane toujours, non seulement dans les faits divers mais aussi hissé au rayon des idées et manigances politiques et d'images, cinémas ou photographies (les DSK, Polansky, Hamilton, Tron, Baupin...) : faire chanter les hommes au pouvoir et révéler leurs pires faiblesses. Dans les écoles, les universités, il n'est plus difficile de trouver le violeur, le type au milieu des jeunes femmes et jeunes hommes, couvert par les gouvernements, ministères, directions, de toutes les éducations (et les églises) quand ce n'est pas le groupe de types, et de furies complices, a la blague sexiste toujours en place, pendant que l'on diminue le salaire des autres qui ne perpétuent pas ces traditions. Si les langues se délient sur les réseaux, côté storytelling, plus c'est gros, plus ça passe, comme dit l'un des acteurs du film du réalisateur Benoît Forgeard.
Le salaud reste l'élu. Comme le filmait si bien la cinéaste Claire Denis (de son film, "Les salauds"en 2013) s'attirant l'antipathie des journalistes, la traitant de ne rien faire pour se faire aimer, tout est dit. Il ne faut pas exprimer l'âpre et l'étouffant que nous vivons, sans risquer de déplaire, tandis que les extrémistes peuvent continuer à nous étouffer. Ne serait-ce que côté des femmes, le peuple français n'est prêt à élire que celles aux idées d'extrême droite. De même pour toutes gouvernances, les employés ne mouftent pas lorsque des directrices s'emploient aux gestes les moins artistiques, les plus radicaux, les plus proches d'une période que l'on croyait révolue. C'est que l'état n'a toujours pas d'idée pour combattre le fléau des extrémismes, ni l'intention de comprendre que le pouvoir lorsqu'il est attribué aux femmes et aux hommes, et est détourné, devrait être traité avec la même impartialité, par égalité aussi. Nous n'en serions pas arrivés à de telles audiences, de tels actes répressifs, de tels détournements de pouvoir dans les régions, de toutes ces fragilisations artistiques et de libertés d'expressions déniées, au nom de la seule bienséance admise. Et la rose rouge au poing, devint bleue, tige plate et sans épines, juste par un effet de communication, éteignant la flamme qui nous disait encore : Attention, ou, Brûle ! Seule une voix de robot nous répète laconiquement : "Attentif ensemble", pendant que l'alcool ronge, la pollution brouille, et les mêmes, sur leur pupitre télévisuel en campagne, appuient sur le buzzer pour faire changer le décor en bleu, en rose, en rouge, devant de gros mots : terrorisme, sécurité, emploi.
Pour le mythe de la jeune fille il y a beaucoup à écrire, et culturellement, en France, il y a quelque chose à voir avec le thème de "la jeune fille et la mort" qui puise ses origines dans la mythologie gréco-latine, et qui devint, dès le XVI° siècle jusqu'au monde contemporain, une source d'inspiration pour les poètes et les écrivains, les peintres et sculpteurs. Cette opposition entre la vie (la jeune fille, ou tout objectivation du sujet) et la mort (le politique d'un âge avancé ou tout autre position sociale dominante) interroge la survie de l'espèce. La culture européenne, ne serait-ce que dans son histoire de l'art est traversée par cette lutte entre la vie et la mort. Les séductions de la mort et de l'abandon de la jeune fille dans ses bras, sont des images toutes construites de l'imaginaire des hommes qui les fabrique, à partir de leur perception et leur fantasme ayant la femme pour objet. C'est un truc qui ne fait plus illusion, même si nombre de femmes rêvent encore de s'abandonner dans les bras d'un président milliardaire, nombre d'autres font des marches dans les villes en disant bien que cela ne marche plus, en France aussi.

Et dans ce film, la possibilité de trouver une "love affair" pour rattraper les mauvais sondages du président montre l'usage malheureux de la politique à la française, hyper chiant et hyper dépassé, analysé avec froideur et machiavélisme. Le brio de ce film est là, très référencé dans ce que l'on a pu garder comme image de l'art contemporain de ces années de gouvernances aussi fatiguées de notre pays, quelques pièces bien connues, le rectangle au plafond qui laisse entrevoir le ciel et son climat (voir l'artiste californien James Turell et ses Skyspace des années 70) dans un bunker où l'on perçoit les glitchs d'un coucher de soleil flamboyant, entre le post Internet aussi californien et les impressionnistes de France, patchwork numérique, minimal, comme dans un musée, mais ici, c'est un film. Aussi les saucisses aux touches de ketchup rouge, dont l’association d'images simulent la main et le vernis à ongle rouge, photographies dignes des magazines cannibales de l'art contemporain éditées par Maurizio Cattelan, entre mode et fast-food culture américaine. Bref, c'est assez plaisant et ravive le cinéma, avec un peu plus d'arts visuels qui incorporent subtilement les scènes, tout en mixant le grivois du politique attendu, tandis que le président ne pense qu'à chanter et aussi souhaiterait que l'on envisage plutôt sa mort, afin de disparaître de tout ce "cinema" qu'est devenu la politique.
Le réalisateur a fait les écoles des beaux-arts, pas étonnant donc de retrouver aussi dans ses parages de fines équipes (comme la réalisatrice Sophie Letourneur, aussi issue de l'école des arts décos, avec ses films de filles libérées, festives, rohmérienne) J'aime les films d'Antonin Peretjatko ("La fille du 14 juillet" et plus récemment "La loi de la jungle" dont j'ai écrit un article sur ce blog) Il s'avère que le producteur français Emmanuel Chaumet est derrière tous ces films, porteur d'un nouveau cinéma (il a créé Ecce) Les films d'Alain Guiraudie ont été aussi de belles découvertes ces dernières années. Le problème c'est que tous ces films sont écrasés et ne passent pas pour le grand public dans les salles, ou même le public connaisseur qui ne le trouve pas, ou ne le voit pas passer, écrasés par tout le cinéma canonisé (à la cannoise). Lorsqu'on enseigne ce n'est déjà pas facile de parler de films cultes ou particuliers, alors des films que personne ne voit, ou alors dans un cercle si réduit, que seuls les réalisateurs et réalisatrices sont au courant... Comment amener le public à ces films ?

Nous avons revu l'acteur Olivier Rabourdin (qui joue le rôle de Michel Battement, dans Gaz de France) il jouait le rôle principal dans le film français Eastern Boys, réalisé par Robin Campillo (réalisateur de "Vers le sud", de 2005), que nous avions vu à sa sortie au cinéma en 2014, très beau film, choc, sur des garçons de l'est, une éthique dans un chemin immoral. Bref, oui il y a des choses à voir en France, mais il faut beaucoup chercher, un peu comme dans tous les domaines, ne pas se satisfaire de ce qui est avancé au-dessus de la mêlée.

Dans le film, le rôle du scientifique, dans un fauteuil roulant, me faisait penser à un chercheur émérite, sa voix, son engouement pour l'intelligence artificielle, qui a beaucoup défendu la recherche en art dans les universités parisiennes, il y a longtemps, assez fidèle à cette notion de supériorité assez déphasée et absconse que l'on trouve dans chaque séminaire associé ou en relation avec la recherche, glacée comme un texte récité tiré de films de sciences fictions et très révérencieux sur la machine, tous robots, seuls capables de lui être reconnaissants. Le gourou et ses adeptes, éducation toujours ne nous émancipe pas beaucoup. Juste un smile et les chercheurs éprouvent un plaisir, une infra-mince idée d'une possible soumission étendue et multipliée à souhait ("jouer à Dieu"). L'histoire enfantine des gâteaux, la transformation de l'égalité entre hommes et femmes tant décriée dans les programmes politiques des hommes et jamais atteinte, en nom de pâtisseries françaises, est succulente. Pithiviers, créature de ce chercheur, comme un appât sucré, est ce gâteau qui remonte à une tradition romaine, même si elle s'apparente à la galette des rois, c'est sa crème d'amande dans la pâte feuilletée, arrivée en même temps (XVIIe siècle) qui lui confère cette saveur particulière. Grâce à ce robot, Pithiviers, dans le film, tous seront nommés tels de bons appâts sucrés, ainsi, le chercheur créateur pris à son propre piège d'addiction, son point de faiblesse, n'aura-t-il le choix que d'éteindre sa créature, avant que s'étale au grand jour son penchant sucré, comme à d'autres sont les jeunes filles.

Ne vous laissez pas faire, serait la morale de ce film, mais chanter encore, telle La rigueur en chantant.

Benoît Forgeard et son équipe se sont installés dans le Loiret pour tourner, intégralement en studio, le long métrage "Gaz de France" produit par Ecce films. "Gaz de France" a été soutenu à la production par Ciclic-Région Centre en partenariat avec le CNC.
10 techniciens régionaux ont travaillé sur ce tournage.
Synopsis :
Afin de remonter la cote en chute libre du président de la République Française, son conseiller de l'ombre, Michel Battement, réunit en catastrophe une poignée d'esprits éclairés dans le sous-sol de l’Élysée.

Bio :
Benoit Forgeard étudie aux Beaux arts de Rouen, puis au Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains où il réalise Steve André (2002), une fiction tournée et diffusée en directes ainsi que les deux premiers épisodes de la série Laïkapark (2005). En 2006, il incarne Vincent dans les six premiers épisodes du Bureau, mise en scène par Nicolas & Bruno. Le succès de La Course nue (2006) lui offre l'opportunité d'une carte blanche sur France 2. L'année suivante, le cinéaste réalise Belle-île en-Mer, puis L'Antivirus (2009). Ces trois films constituent le récit de Réussir sa vie (2012), dans lequel Un réalisateur, modérément underground, a toutes les peines du monde à finir son film.

Coloscopia
, semble être une grosse farce, érotique... à voir.

Dernier sous-sol...



Fraisier : improvisation clavier et VJ devant un public averti (photo © JD)

Par kiwaïda at 12:57

19/09/2016

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Image du film français Assassins et Voleurs réalisé par Sacha Guitry, sorti sur les écrans en 1957, l'actrice Magali Noël et l'acteur Jean Poiret dans une fabuleuse scène de baignade, faux héro et fausse noyée.


"C'est inouï le nombre de gens que je peux ignorer"


Par kiwaïda at 14:51

04/07/2016

ᙓᓰﬡ ḰᗝᒪᒪᙓḰ♈ᓮⅤᘐᙓᔕᓰᑕᖺ♈

Einst wohnte in der Brauergasse ein junger Herr mit Namen Ziegler. Er gehörte zu denen, die uns jeden Tag und immer wieder auf der Straße begegnen und deren Gesichter wir uns nie recht merken können, weil sie alle miteinander dasselbe Gesicht haben: ein Kollektivgesicht

(Ein Mensch Mit Namen Ziegler/ Hermann Hess)

Il était une fois un jeune homme du nom de Ziegler, qui a vécu sur Brauergasse. Il était de ces gens que nous voyons tous les jours dans la rue, dont nous ne pouvons jamais vraiment nous  souvenir des visages, car ils ont tous le même visage:

un visage collectif

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Des les premières images du film documentaire de Chantal Briet, Alimentation générale, tourné durant 4 ans à Épinay-sur-Seine, les mots sont donnés :

L'homme au manteau :

Bon alors, dans ces petites boîtes, il y a un tas de gens, il y a en vrac, parce que je suis pressé il fait froid, le Maghreb, marocains, algériens, tunisiens, en bas, la Mauritanie, la côte ouest Africaine, Liberia, Gabon, Côte d'Ivoire, Togo, Centre-Afrique, Soudan …

Un autre homme  :

Bon alors, il y a des faucons, y a des canaris, y a des chardonnerets, y'a des serins, y a des perroquets, y a des perruches, y a des pies, y a des pigeons… qu'est-ce qu'il y a d'autre encore, j'ai oublié…

L'homme au manteau :

Alors l'Europe, portugais, espagnols, italiens, yougoslaves, avec tout ce puzzle que la Yougoslavie représente, euh…

Un autre homme  :

Ouaih mais y a aussi les chiens, y a les Rottweilers, moi j'vais commencer parc'que j'aime surtout, le Rottweiler, Dogue argentin, Pit Bull, Berger allemand, euuuuh, bon après y a Yorkshire, Caniche, euh, Pékinois, le Pékinois le chien du chinois quoi, et, puis voilà quoi…


L'homme au manteau :

...Roumains et même on a eu un syrien il y a quelque jours et tant mieux cela enrichi un peu la communauté, il y a des Corses, des bretons, des basques, et, et, et…

Un autre homme  :

Un peu de tout quoi, et quelques chats errants, 2, 3, errants pas vraiment errants, il appartiennent à des gens, quelque part c'est des chats de race, voilà, c'est OK.


Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Dans ce documentaire tourné dans le quartier de la Source, la réalisatrice Chantal Briet livre un beau portrait de l'épicier Ali Zebboudj :

Lorsque je suis entrée pour la première fois dans l’épicerie de la Source à Epinay-sur-Seine, Ali m'a offert le café — servi sur les congélateurs, entre la machine à jambon et le journal destiné à tous... Les clients et les habitués qui défilaient chez lui racontaient comme à l’habitude les mini-évènements de leur vie... la pluie, le beau temps, les angoisses du moment, la vie dans la cité, les émissions télé... De ces diverses conversations sortaient des accents de solitude, de détresse, mais aussi beaucoup de bonne humeur et une sacrée dose d’humour — comme pour faire passer le goût un peu amer de la vie... C'était en 1999. J’ai rendu des visites régulières à Ali pendant plusieurs mois, surtout le matin, pour partager le rituel du petit déjeuner avec Jeanine, Bertho, Jamaa et les autres... Je crois bien que je suis devenue, moi aussi, une habituée... J'ai rapidement compris que ce lieu me donnerait la possibilité de poursuivre ma quête : filmer le temps dans un lieu, filmer le temps qui passe sur des êtres, des visages, et sur leurs destinées. Filmer également une manière d’exister ensemble — un petit « commerce », qui reprendrait à son compte l’origine du mot lui-même : un lieu d’échange, où l’on s’alimenterait de manière générale...

(Sélection ACID Cannes 2005 /  Prix du Meilleur Documentaire de long-métrage 2005 /  Festival Doclisboa Lisbonne, Portugal / Grand Prix du Jury 2006 Festival Documenta Madrid, Espagne)

Synopsis :

Ali tient une "épicerie" oubliée des opérations de rénovation de sa Cité à Épinay-sur-Seine. Il voit défiler dans sa boutique bien plus que des clients. La caméra s'efface et l'on rencontre des personnages tout en âme, en désespoir parfois : des humains !

✎✎✎

Ce qu'il faut savoir, c'est que l'épicier aimé de son quartier est décédé des suites d'une agression, en 2007 (2 ans après la sortie du film documentaire où il occupe le rôle principal) : La mort d'Ali Zebboudj, le charismatique épicier d'Epinay, mort à 56 ans sous le couteau d'un marginal en errance, a laissé orphelins les habitants, ont titré les journaux parisiens. 

2010, le Parisien :

Irremplaçable, l'homme qu'était Ali Zebboudj le reste aussi. Même un peu émoussés, les souvenirs restent lumineux. Ce n'est pas pour rien que le patron de l'« Alimentation générale » était souvent décrit comme « le soleil du quartier ». « Tous ici, on n'a que des bons souvenirs avec lui, quand en parle, c'est toujours en bien, comment en serait-il autrement? » continue Christian, le pharmacien. Pour lui, Ali était comme un ami. Pour d'autres, il était un repère, presqu'un patriarche, patient et tolérant, généreux de cœur, et même animateur.
Dans cette cité de 1500 habitants, Ali Zebboudj était aussi connu pour ses talents de musicien. Lorsqu'il sortait sa darbouka (NDLR : un instrument de percussion oriental) et entonnait des airs kabyles, les cœurs fondaient et la gaieté gagnait le quartier. Ali avait fait quelques scènes, et notamment les premières partie du chanteur kabyle Idir et de la star algérienne Souad Massi.
« L'homme qui l'a tué n'a pas idée de ce qu'il a détruit », observe un jeune homme, croisé sur la petite place centrale, à deux pas de la stèle gravée à la mémoire de l'épicier. Un bouquet de fleurs a été déposé là par une main nostalgique. « Le devoir d'un homme qui a souffert dans le passé est de se rapprocher de ceux qui souffrent au présent », lit-on en épitaphe d'un homme « à qui on pense toujours, même si l'on n'a plus envie de trop parler des choses tristes », sourit le jeune homme.
Parce qu'Ali ne devait pas mourir ainsi, de six coups de couteau, dont un en plein cœur, infligé par un homme imprévisible et rarement sobre. Peut-être schizophrène, en tout cas plusieurs fois interné en hôpital psychiatrique. Lors de son arrestation sur place, Eric Kokoszka, aujourd'hui âgé de 43 ans, avait parlé de sa rancœur à l'égard d'Ali. Il s'était senti « mal considéré » et avait décidé de laver dans le sang son amertume accumulée. C'est pour cela qu'il répond cette semaine d'assassinat, un crime prémédité pour lequel il encourt la prison à vie.

En 2010, au procès de son agresseur, celui-ci prend 12 ans de prison (article Libération, 2010). La réalisatrice, citée à la barre par la partie civile, au tribunal dit ceci :

«Pour moi, c’était un résistant. Il faisait vivre un lieu devenu presque trop essentiel», Chantal cherche une raison : «Il portait trop tout tout seul. Il devait combler beaucoup de manques dans la cité.»  

Le meurtrier est né dans un hôpital psychiatrique :

Eric est né à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard (Val-de-Marne). Sa mère y était traitée pour schizophrénie. Elle était alcoolique. Comme son père. A l’adolescence, les quatre enfants se sont retrouvés «livrés à eux-mêmes». «C’était une vie avec des cris», a expliqué dans une déclaration Nadine, la sœur cadette, qui est graphiste dans la vie. «Eric est né quasiment en hôpital psychiatrique.» Nadine a décidé de ne pas avoir d’enfants par peur de «transmettre cette pathologie». Longtemps, elle a essayé de s’occuper de son frère, qui multipliait les petits boulots avant de toucher le RMI. Selon elle, son traitement médicamenteux le «fossilise». Le meurtre qu’il a commis, elle l’analyse comme ça : «Tuer quelqu’un et attendre la police, c’est une forme de suicide.»

Depuis, en 2015, un square a été nommé en son nom, Ali Zebboudj.

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Lorsque j'ai découvert l'existence de ce documentaire, je ne connaissais pas la triste fin de l'épicier. Ce quartier je le connais très bien et ce documentaire est assez fidèle à la vision humaniste et sociale que j'ai observé dans mon enfance, adolescence, vie de jeune femme. À la première lecture, je fus étonnée de voir que rien n'avait changé et que je pouvais connaître l'archétype de tous les acteurs et actrices filmés, dans leur quotidien, Jamaa, Janine, Mamie, Papi, Bertho, Akram, Nadia, Abel... Et en voyant cet homme, j'ai aussi compris qu'il portait beaucoup et que tous les clients, puisqu'il avait quasiment le seul commerce, attendaient beaucoup de lui, et surement son agresseur, malade mental. S'il était proche des opprimés, en dialogue constant, ce documentaire montre la disparition des actions sociales, dans une ville où le parti socialiste a été sacré en 1971 (congrès d'Épinay, qui favorisa l'accès au pouvoir de François Mitterrand)

Cette philosophie de vie, dans ces parcelles oubliées du véritable "vivre ensemble", des grands ensembles, forment autant d'individus et de chemins différents (futurs et passés). Ma mémoire s'y confronte ainsi en plafond de verre, mais ne s'y échelonne pas. Cette horizontalité rencontrée, radicale et jamais égalée par ailleurs est un fondement de ma vision critique de la politique, de l'éducation, et mon engagement artistique, indéfectibles du sens de la vie dans les enseignements pour les plus jeunes. Ce sont les mots dictés d'Hermann Hess (1877-1962 / romancier, poète, peintre et essayiste allemand puis suisse), dans ce film, en allemand puis en français, interprétés par le poète ami d'Ali qui transitent. Le poète communique ses doutes, philosophe par bribes et rassemble sa pensée autour de la notion de "visage collectif", que l'on retrouve dans la petite histoire de "'L'homme au nom de Ziegler", en citation au début de mon article. Dans ces croisements de personnages, si communs, les blessures existentielles sont aussi présentes que celle de la question ontologique du "qu'est-ce que vivre ?" Cette question, chaque protagoniste du film s'y cogne quotidiennement, en comptant les quelques sous pour acheter des bonbons, du jambon, du pain, ou bien à crédit. Ali, comme le début du mot alimentation, est celui qui donne la béquée comme il le fait, à un moment, à un enfant, il lui donne, comme un oiseau le ferait à son oisillon, quelque chose à manger. Une image furtive du film symbolise toute cette demande et ce don.

Dans le dossier de presse à la sortie du film (bien avant le décès tragique d'Ali) Chantal Briet dit ceci :

Oui, Ali est généreux. Il garde les principes, les beautés de sa culture kabyle, de l’hospitalité. N’oublions pas tout de même que nous sommes dans un lieu de commerce, dans l’échange, rien n’est gratuit. En écrivant ce film, j’ai beaucoup travaillé sur les notions de don et de dette. Qu’est-ce qui se donne, qu’est-ce qui se prend ? Jamaa se révolte à un moment, quand la notion d’échange ne devient plus si évidente... Et, de la même manière, dans ma relation avec Ali, quel était le contrat moral, puisqu’il n’y avait pas d’échange d’argent ? Qu’est-ce que j’allais lui apporter en échange de ce que je lui prenais ? Une autre image ? A la racine du mot don, il y a « dosis », la dose de poison...

Son souhait était d'évoquer une utopie, mais aussi une épicerie comme Agora. Mais aussi mettre en valeur le petit (épicerie) et non le gros :

Dans cette épicerie, les gens viennent chercher quelque chose qui ne peut être pensé ni mis en place par les politiques ou par les responsables de grandes surfaces.

On sent le malaise avec les politique de la ville et l'attente de la réhabilitation des lieux durant plusieurs années, la résignation, l'abandon, ou le combat, la patience inouïe, la soumission aussi.

Dans une interview Ali Zebboudj répondait gentiment aux questions :

Le film a-t-il aidé certains élus et responsables à mieux prendre conscience de cette réalité ?

AZ :
Le maire d’Epinay a pris ça à la légère au début, et puis son regard a changé. De toute façon, quand les banlieues ont flambé, ils ont pris conscience qu’il y avait un malaise. Et depuis, ils font très attention. On leur avait dit avant, gentiment, entre autres avec le film, mais ils ne nous ont pas écoutés. 

Justement, Alimentation Générale a été tourné avant ces émeutes de l’automne 2005. La situation vous semble-t- elle plus tendue aujourd’hui ?

AZ :
C’est une situation qui pourrait s’arranger, mais pas en créant des lois plus répressives. Il y a eu une prise de conscience. Les gens qui vivent dans les cités ne sont pas des légumes. Beaucoup sont des gens très réfléchis, et qui voudraient s’en sortir. Comme ils n’ont pas d’argent et ne sont pas lettrés, ils font avec la Cité, mais ce n’est plus comme avant. Même les jeunes ne veulent plus casser pour casser, ils ont passé un cap. Plutôt que casser la voiture du voisin, ils iraient plutôt casser dans les beaux quartiers de Paris. Quand un enfant est turbulent, c’est qu’il veut attirer l’attention. C’est une façon de dire : « On existe, pensez un peu à nous... »

Positiver, c’est plutôt ce que fait le film...

AZ :
Justement, c’est ce qui me fait plaisir. On a toujours montré de la banlieue les voitures brûlées, les bagarres... Tout n’y est pas rose, mais c’est ce qui fait le sel de la vie. Si vous saviez les peurs de ces jeunes que nous montrent les informations télévisées : ils voient un car de police à cinq cents mètres, ils sont tous dans les halls ! Vous croyez qu’ils ont envie d’aller en prison ? En tant que commerçant, on préfèrerait payer des animateurs que des voitures brûlées. Mais au lieu de ça, on laisse se créer un désespoir profond chez les gens. Ce qui n’empêche pas une grande solidarité dans le malheur, qu’on ne montre jamais.est turbulent, c’est qu’il veut attirer l’attention. C’est une façon de dire : « On existe, pensez un peu à nous... »

Toujours la même ambiance ?

AZ :

Oui, Jamaa vient de moins en moins, mais d’autres ont pris le relais. En fait, il y a quatre ou cinq personnes, Mamie, Jeanine, Aimée... qui me tiennent, qui m’empêchent de partir — des dames extraordinaires... Sinon, je pourrais prendre ma retraite. Ça fait bientôt vingt ans que je suis là. Je n’en connais pas beaucoup qui auraient tenu plus d’une année ! J’ai été volé onze fois, et pourtant toujours respecté. Un jeune a été voler au Leclerc pour me rembourser, un autre a tagué mon mur pour que plus personne ne le casse ! Les vieux ne veulent pas que je parte. J’ai de belles histoires d’amour avec eux. Hier, Kader a eu un fils, il l’a ramené direct de la clinique jusqu’à chez moi..

Comment imaginez-vous l’après- Ali ?

AZ :
Je n’y pense jamais ! Ça va vous paraître prétentieux, mais celui qui va me succéder ne restera pas longtemps. A moins que ce soit quelqu’un du quartier. D’ailleurs il y a deux grands de la Cité auxquels je pense. Je suis même prêt à leur faire un bon prix pour qu’ils puissent assurer cette continuité.

La musique ?

AZ :
La musique est ce qui me fait vivre. J’ai commencé à chanter très jeune. Mon père jouait du violon, ma sœur chante... Je chante pour marier les gens, égayer les soirées, alors que mon frère lave et chante pour les morts. Mon père faisait les deux. Il aimait la vie. Il est arrivé en France à douze ans et n’est pas souvent retourné en Kabylie. Il est mort ici, à Bichat.

Comme tous, sont passés à l'hôpital Bichat, ou sont nés à la clinique. L'existence est longue et parfois raccourcie comme celle d'Ali. Celle-ci est remerciée, et combien ne le sont pas. Le film de Chantal Briet amène à réfléchir sur ces boîtes. Beaucoup seraient d'accord pour envisager de détruire ces boîtes, mais celles et ceux qui ont un vécu sensible vous diront le contraire. Entre construction (invisible) et destruction, là s'opposent des forces politiques et économiques. Je pense aux indiens de la forêt Amazonienne. Ce sont les mêmes revendications. Leur forêt est sans cesse détruite, et leurs paroles n'ont que peu d'échos. Ils sont voués à une petite parcelle de vie, un petit territoire. Comme nous tous, en lutte contre l’ennui, la solitude, la dégradation matérielle environnante, l’indifférence extérieure, sans travail ou en prise avec de multiples "métiers à la con", phrase du film qui résume la stupidité des qualifications et des échelles de valeurs. On s'en va, tout nu, comme on est arrivé, dit aussi un autre acteur du film.

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Il y a des plans assez magiques comme frotter une petite lampe d'Aladin, un conte arabo-perse. Ali se retrouve à être massé par un Papi, qui disparaîtra aussi dans le film. Habité par ses mains magiques, il frotte le dos d'Ali, et on voit son torse nu, jusqu'à sentir le plaisir de ce massage jusqu'en dessous des oreilles. Un moment sensuel dans ce film qui révèle la cassure, coupure, séparation, autant de liens brisés avec l'autre, que relient Ali. Ce manque cruel d'amour, dans ces lieux concentrés des mal aimés. Un autre plan montre Ali en train de se perfectionner la voix, il chante et fait des vocalises avec l'aide d'une professeure. Chaque décor reste celui d'un cagibi, le fond de graffitis, de poussière, d'où sortent des mélodies humaines, des pensées magiques, là c'est la poussée de la voix, la caresse. Chaque décor misérable est là pour nous tromper. Ce n'est pas ce qu'il faut voir. Chaque être humain habite une mémoire de cette civilisation fossilisée, parquée. Les matinées ont été propices pour filmer car sinon, les jeunes n'auraient pas favorisé la capture. Au moment des endormis, peu de plans de nuit ou du soir.


Image du film documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale, 2005 (1h24)

Ce n'est pas dans le film, mais Hermann Hesse dit ceci dans son livre Le Loup des steppes (1927) :

Ma vie avait été pénible, incohérente et malheureuse, elle conduisait au renoncement et au reniement, elle avait le goût de l'amertume humaine, mais elle était riche, fière et riche, souveraine même dans la misère. Qu'importait que le petit bout de chemin qui restait jusqu'au crépuscule fût, lui aussi, lamentablement perdu; le noyau de cette vie était noble, elle avait de la dignité, de la race : je ne misais pas des sous, je misais des étoiles.

Nabile Farès écrivain, poète et psychanalyste dit du film :

Ce film montre quelque chose d’une étrangeté familière qui construit, pour elle même et pour l’entourage, une façon de parler ensemble dans des lieux relégués, mis à l’écart — des lieux de souffrance qui sont à la fois communautaires et font partie de la communauté française. Dans ce film, les personnages voyagent tous à travers une langue qu’ils connaissent, celle dans laquelle ils ont tous étés élevés, reçus, accueillis — ou moins bien accueillis — le français. C’est la langue que tout le monde partage, mais avec des accentuations différentes, des formes d’humour différents, ce n’est ni une langue totalitaire, ni une langue de plomb, ni une langue de slogan. Au contraire, c’est une langue de la brisure, de l’écueil, mais qui dit cela avec beaucoup d’humanité. Ce film dit comment les gens arrivent à se débrouiller : ils n’ont pas attendu qu’on vienne à leur place inventer quelque chose qui corresponde à la façon dont chacun se perçoit. Ce film est un dialecte, une parole singulière inventée au quotidien, dans ce lieu là, contre une langue d’exclusion. Là, la parole circule, elle invite, et elle évite l’effondrement...

Le titre “Alimentation générale” est un titre d’adresse, c’est une métaphore concrète de tout ce qui s’échange comme épices, de nourritures nourricières. On voit bien qu’il y a l’objet concret de la nourriture : parce que les gens sont pauvres, ils achètent ce qu’ils aiment, mais en petite quantité. Dans cette épicerie, ils y viennent pour y trouver ce qu’il n’y a pas dans les supermarchés : les caddies qui débordent, le manque de parole, etc

“Alimentation générale”, c’est une métaphore à propos de ce qui se réinvente, cela dit la nécessité d’une histoire à dire là où beaucoup de choses vont mal : le contraste est saisissant entre l’étroitesse de cette épicerie et la vastitude d’un dehors qui ne sert à rien, si ce n’est à isoler les gens dans leur cité, dans des places où ces gens ne se rencontrent pas, ne se rencontrent jamais...

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale
Il y a eu beaucoup d'hommages pour Ali Zebboudj, il ressemble a beaucoup d'autres personnes qui ne peuvent porter le fardeau du monde. Peut-être faut-il parfois laisser le monde et ses habitants à leurs solitudes.

La solitude est synonyme d'indépendance ; je l'avais souhaitée et atteinte au bout de longues années. Elle était glaciale, oh oui, mais elle était également paisible, merveilleusement paisible et immense, comme l'espace froid et paisible dans lequel gravitent les astres.

Hermann Hesse (livre Le Loup des steppes, 1927)


Par kiwaïda at 13:13

20/06/2016

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Vue aérienne de La Guyane. Réserve naturelle des Marais de Kaw, plus vaste zone humide de France


La loi de la jungle est un film français d'Antonin Peretjatko, drôle, burlesque, inventif, une critique des institutions françaises. Il y a une histoire cinématographique que j'apprécie dans la comédie, comme celle du film des années 60, Zazie dans le métro, comédie burlesque française de Louis Malle, d'après le roman éponyme de Raymond Queneau, dont j'avais écrit un paragraphe dans un article sur ce blog, il y a 3 ans, déjà....  Le film sorti récemment d'Antonin Peretjatko, mérite que je m'y attarde un peu, il me faisait penser à cette veine artistique. J'avais vu l'autre film, "La fille du 14 juillet", sorti il y a 3 ans aussi, de même, moment divertissant bien apprécié.
Ici, La loi de la jungle cadre sur les modes de gouvernance, les réflexes colonialistes, les normes administratives et applications de règlements absurdes, l'inertie et le bordel infinitésimal créé par les administrations. La satire montre un modèle français hors-normes, excessif qui s'exporte très vite, telle une piste de ski en pleine jungle guyanaise. Ce modèle s'est donné un nom, celui de la Norme, il fait tout le contraire de ce qu'il dit. Aucune règle n'est transparente, les critères ne sont jamais explicites mais implicites, associés à des arrangements corrompus et tout se passe à la bonne franquette, par pistonades, goujateries et vulgarités au service de gags multiples, face aux déconvenues des deux acteurs non initiés, embauchés comme stagiaires et garants des lois, des normes européennes, une mission décidée au pied levée avec une mention d'honneur, du plus haut niveau (de médiocrité) avec médailles et décorations du mérite à la clé... De quoi prendre au sérieux la chose, le temps de se retrouver sans bagage à l'aéroport, juste avec l'anse après un voyage en avion, à côté du champion de l'escroquerie, envoyé également dans une mission du plus haut niveau, tout frais payés (champagne et crustacés en avion-repas). Le réalisateur s'est inspiré de plusieurs discours officiels présidentiels et nombre de cérémonies et représentations à travers le monde des élus français. Ce qui était déjà présent dans ses films antérieurs. On peut y voir, posé à terre, un portrait mitterrandien, mais rien d'accroché, une gauche caviar désargentée dans un abîme de placards, qui ne gère plus qu'un jeu de chaises musicales, afin de déplacer les problèmes jusqu'à l'étranger, en Guyane par exemple.
Les deux jeunes acteurs charmants ravivent une ribambelle de souvenirs comiques, comme ceux du cinéma du réalisateur américain Blake Edwards (et sa fameuse Party, années 69) des déclassés et hors-normes, ou des acteurs franchouillards Pierre Richard à Darry Cowl. Avec sa touche contemporaine, notamment avec la bande son et les clins d’œil au jeu vidéo dans les combats féministes (Tarzan est une Jane sans peur, intrépide et décomplexée) Les ministres de la Norme, ainsi nommés, se succèdent. Et force est de constater que ce ministère est pauvre et fait la promotion de la précarité à travers le monde. Tartignoles, les ministres ont dépassé l'âge de la retraite, ou à la limite pour récupérer des points, des hommes bas-de-plafond et roublards, obsédés, chacun, assisté d'une jeune secrétaire sortie du lycée en mini-jupe, blonde au sourire potiche et taiseur. Ils détachent les fonctionnaires et l'un d'eux est représenté mégalo, survolté, corrompu, attaché à son pupitre transparent en train de réciter ses discours, assisté d'un guyanais qui cherche un fax dans un préfabriqué transparent qui disparaîtra aussitôt, un arbre de la forêt s'écrasera sur le petit facsimilé bureaucratique : la jungle (la vengeance de la nature) aura raison de ces apparatchiks.
Si le réalisateur se moque bien du machisme institué à l'intérieur, et les inégalités de traitement, il épingle, d'autre part, dans sa représentativité à l'extérieur, le diktat de la parité. Le caractère exagéré, loufoque et invraisemblable rappelle les outrances du Grand-Guignol, la bouffonnerie tragique du monde contemporain et de la société du spectacle qu’il devient, rien qu'en imaginant une station de ski qui saupoudre de la neige artificielle dans une région guyanaise humide, au risque de détruire une biodiversité exceptionnelle, à des fins touristiques pour combler les dettes publiques de la France. La Satire d'une bureaucratie aux rouages obsolètes et absurdes et aux couleurs de la mondialisation et du financement globalisés de projets locaux comme ce Guyaneige financé par le Qatar, la Chine, le Canada, la Suisse... si ressemblante à de multiples projets des villes françaises pour le rayonnement du pays et donc de la visibilité du peu d'idées. Et les rayons vont effectivement loin, propices aux comédies exotiques et aux farces en cascades. Miroir à peine déformant du statut des stagiaires abusés, des constructions et vastes chantiers abandonnés (routes, ponts, stades gigantesque...) avec une célèbre phrase reprise pour anticiper les échecs des plus grands desseins: "En France, il n'est pas nécessaire de connaître un domaine pour en avoir la responsabilité".

Image tirée du film La loi de la jungle d'Antonin Peretjatko


Le code de la norme, ainsi nommé, prend la forme d'une bible, un lourd pavé, jamais ouvert et cadeau pour chaque stagiaire. Il ne peut servir que de pressoir pour souvenir romantique, une mèche de cheveux fétiche. Les employés sont des stagiaires ayant dépassé la trentaine, les bureaux sont vides dans des décors kitchs avec moulures dorées. Derrière les portes, on peut tomber sur des placards, des débarras transformés en futurs bureaux. Il y a des stagiaires de femmes de ménage, des stagiaires pour vérifier les normes appliquées dans les pays étrangers, pour vérifier l'origine des produits et la conduite bio jusqu'au sapins de Noël en plastique qui s'exportent dans le chantier de la station de ski en Guyane, des stagiaires pour satisfaire les actionnaires, afin de les rassurer et qu'il n'y ait plus aucun employé, et tous ces stagiaires, comme les ministres ou délégués, sont en mission à l'étranger dans des institutions françaises, car déplacés ailleurs, limogés (avec la fameuse phrase : "Qu'est-ce que vous avez fait comme faute pour atterrir ici en Guyane") Institutions parfois en grève (c'est la France) afin de planter un nouveau décor décalé et complètement abscons avec des normes et des gros logos en cartons, sponsors qui jonchent le sol, juste après la déforestation.
C'est une comédie romantique, qui renouvelle le genre, dynamique et zélée, taillée pour un film d'aventure avec de l'action. Les jeunes acteurs ont des rôles de jeunes français qui se plaignent souvent et doivent se bouger les fesses pour vivre et non plus survivre en continuant espérer être "morts" pour fuir l'administration française, la faucheuse. Dans ce film, trouver un travail, ce n'est pas croire à ce que l'on dit, ni au code de la norme. Le stagiaire qui tente de s'y soumettre toute sa vie, comme tenter de ne jamais marcher sur les pelouses interdites risque de ne pas faire de véritables rencontres. Il peut rester des dizaines d'années nostalgique d'une période rêvée de la vie étudiante et des premiers flirts, sans avoir connu l'amour et la forêt, la vie sauvage, mais seulement le fonctionnariat planqué. Dans le film, les jeunes français sont dans une jungle inconnue, afin d'effectuer leurs stages en milieu hostile. Leur aventure déjantée, leurs fait découvrir plus de (bio)diversité. On les suit dans leurs péripéties, dans une nouvelle vie non sociale mais sauvage et poétique, découverte d'insectes luminescents la nuit, de grands papillons profitant d'une nuit érotisée, de petites chenilles accordéons, ou une grosse qui joue du jazz en se tortillant. Ils sont loufoques, dans la boue, en marche arrière, non armés ou presque (la jeune femme est bien armée et entrainée à se défendre)
Seul l'amour de la débrouille, le goût de l'aventure sauverait le pays de son amertume, son cynisme et son inertie, accablants. L'amour est envisagé comme un voyage, loin de la norme et des modèles dépassés du début du film, des ringards qui attendent sagement la retraite sans trop s'investir, mais assez malins pour garder le pouvoir en sachant s'entourer des moins malins et en bloquant toute carrière des plus jeunes, en choisissant des femmes, toujours secrétaires, quelque soit leur niveau et leur responsabilité, soit comme attributs sexuels, ou écrivailleuses soumises. Le fonctionnariat et son organisation ubuesque, dans le film, ne valorise plus les qualités singulières de chaque personne, ni les diplômes, mais ressemble à une vaste pitrerie, dont chacun des protagonistes, dominants-dominés, ne peut plus émettre aucune critique, ni être force de proposition, l'uniformité a gagné le terrain et la norme devient la seule valeur tamponnée, les yeux fermés.
Les deux jeunes (vieux) stagiaires, plein d'incertitudes sur leur avenir, décrivent avec ironie que de longues études ne mènent qu'à de longs stages où l'on remplace les responsables qui n'ont plus aucune responsabilité, et où l'on n'a pas besoin de connaître le domaine où l'on est nommé responsable au pied levé, et remplaçable sur le champ, et que tout le monde se fou du rapport de stage. Les escaliers kafkaïens administratifs du film forment une dégringolade et une série de rigolades, celles tapies dans le quotidien, que l'on aimerait voir plus souvent filmographié, parfois de façon encore plus impertinente et plus fine.

Image tirée du film La loi de la jungle d'Antonin Peretjatko

L'huissier, dans le film, est somme toute le plus offensif, rien ne l'arrête, ni même ses erreurs entre les morts et les vivants. Les muscles des body builders sont les esclaves exécutants pour écraser tout sur son passage, et des serpents, il en fait des nœuds. Chaque non réponse à un courrier administratif entraine une machine de guerre qu'on ne peut arrêter, bien huilée, militaire, la plus autocratique autorisée dans une démocratie qui a perdu tout sens et sa relation humaine. Les bulldozers qui déforestent la forêt amazonienne en sont les métaphores des incultes décisions et des directions incompétentes. Chaque courrier administratif est un nœud indéfectible et d'ailleurs, personne ne les reçoit. Seule la machine tourne à plein régime (un homme psychopathe et sa mallette) jusqu'à détruire à la scie sauteuse un piano, ou faire sauter ses touches pour récupérer l'ivoire. Les procès s'enchaînent et sont vertigineux, un harcèlement moral ciblé sur une personne, ici, jouée par le stagiaire, précaire. Tandis que l'huissier se sera trompé de personne, dès le début, mais ne fera jamais d'excuse et ira jusqu'à suivre et poursuivre le stagiaire en forêt guyanaise pour l'accabler de procès à son encontre.
La rencontre dans l'avion du personnage au sourire glacé, hâbleur, bellâtre, qui joue le rôle de l'audit, employé pour tracer une ligne de train à grande vitesse en Guyane, n'échappe pas au stéréotype de l'homme arriviste, mannequin narcissique, rivé sur sa petite personne, diablotin du capitalisme, fidèle copie de héros de montages financiers carnassiers, encensés comme sauveurs de l'économie, mais bien plus rivés sur leur slip.
Il y a des passages très beaux sur la pirogue, dans les marais, lents moments où le ciel se reflète sur l'eau, la caméra capte la glisse, comme un tableau filant. On perd littéralement ses repères, véritables instants contemplatifs et paisibles : la dérive. Les deux amants stagiaires se retrouvent alors seuls, loin de leurs repères, leurs normes, leurs études, leurs fonctions. Ce mode de survie romantique est une allégorie de la vie juste après des études qui s'éternisent, entre chômage et travail. Entrer dans la danse, le monde du travail, est la participation à une vaste fumisterie, la découverte d'une loi de la jungle, qui laisse un paquet de monde sur le carreau, dans les marais.
Seule l'idée que la mort viendrait prendre son amoureuse en quelques minutes suffit à faire sortir le stagiaire de sa lente inertie et ses habitudes paresseuses pour oser répondre au puissant désir féminin. Encore un pied de nez aux films fatigués qui mettent en scène le désir masculin comme la clé de voûte à l'accès au pouvoir, très mal en point ces derniers temps en politique, avec sa cohorte de femmes qui ne disent mots et favorisent l'ascension sociale de leur homologue, sans se sentir entachées de la moindre révélation, ni même solidaires de leurs amies, vestiges de la devise officielle Travail, Famille, Patrie du gouvernement de l'État français au régime de Vichy.

Image tirée du film La loi de la jungle d'Antonin Peretjatko


Superbe début, la caméra survole la forêt et surplombe un hélicoptère qui tient en laisse une grande statue blanche avec une pose très particulière et impose une nonchalance dans un paysage, un tapis vert, l'opacité des arbres, masques solidaires des créatures inconnues et invincibles. La république (sa statue), représentation d'un nu féminin, est lâchée par inadvertance en pleine jungle, le lien casse, là commence la vraie vie à la française : une femme lâchée en pleine jungle. Chaque jeune homme et chaque jeune femme en aura fait l'expérience : ce qui est femme, féminin, dans chacun se retrouve perdu à jamais dans la forêt. Personne pour venir vous sauver.
Vimala Pons, actrice sportive, acrobatique, intrépide, mutique et espiègle, la Cendrillon du Château de Versailles, se présente ainsi dans le film, et l'acteur Vincent Macaigne, mélancolique, romantique, l'anti-héro à l'allure candide et élégante, et non pas l'habituel pervers narcissique valorisé dans les films français, qui joue le rôle d'un célibataire endurci, Marc Châtaigne, tentent de résister à une potion magique aux pouvoirs extra-aphrodisiaques, nous miment une scène érotique moite, pudique et poétique. Vimala Pons possède un jeu unique, pour l'instant, dans le cinéma grand public, où son corps est un outil chorégraphique et ludique, ouvrant un peu la voie à d'autres modèles féminins plutôt que le sempiternel visage sans expression, sans corps, et sans résistance aux milieux. Sa formation d'équilibriste du cirque revitalise nombre de films et son rôle dépasse vite celui de l'actrice. Chaque accessoire devient un support de jeu, de contorsion (comme le hamac dans le film) un prétexte à l'expression corporelle. Vincent Macaigne fait partie de ces acteurs qui déplacent le héro masculin winner au rang des modèles sans relief, prédateurs sans conjugaison possible, qui ont fatigué tant de films français. Ils ont beaucoup vieillis du coup. Les incertitudes émaillent les caractères qui révèlent des nuances et des subtilités, mais le cinéma rohmérien est déjà passé par là, mettant ses acteurs face à des choix inéluctables en dialogues sur la séduction et ses états d'âmes.
La mise en scène à la tintin, rappelle aussi, les Indianas Jones américains, celui du Temple maudit de 1984 pour la cervelle de singe en sorbet, dans lesquels le réalisateur Steven Spielberg, jouait de cet exotisme colonial avec les serpents, insectes, animaux visqueux et carnassiers au rendez-vous des péripéties de l’archéologue pour générer un climat inquiétant. Dans le film français, La loi de la jungle, la cervelle du personnage qui joue l'ingénieur ferroviaire est remplacée par du fromage blanc. Comment transformer une scène culte en un pastiche : changer la couleur, la texture et lui donner un côté fast food ou milkshake vanille, globalisé.
Et comme seule demande d'identité des stagiaires capturés par les vaudous guyanais, un RIB (relevé d'identité bancaire) leurs est demandé. Au temps des banques en ligne, virtuelles et paradis fiscaux insulaires et exotiques, même pour grands réalisateurs de cinéma, une mise en abîme qui déplait au festival de Cannes.
À suivre pour d'autres pépites d'or, comme celle du film, elles sont fausses, des pierres peintes en doré, et uniquement pour acheter la confiance des mécréants. Des transactions politiciennes nauséabondes déguisées en sublimes cérémonies artistiques dorées, dansées par des stagiaires asservis, toujours à poils. Avez-vous déjà vus de telles expositions contemporaines ?

Par kiwaïda at 21:27

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