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dimanche 17 mai 2020

Ḏ∃$ ☾ℰℵḎℜℰ$

Après descendre, on ne peut que remonter.

DES CENDRES

Photographies © Sonia Marques

Parmi tous les anniversaires, ces jours-ci, je fête les 10 ans de l’œuvre d'art : Cendrillon. Le vernissage fut ouvert au public un 10 mai 2010, début de la découverte, à l'école nationale supérieure de Limoges-Aubusson. Conçue, fabriquée et produite, par mes soins, au sein de l'école, je venais de prendre mes nouvelles fonctions d'artiste professeure, depuis le 1er janvier. Je faisais déjà des gâteaux, je faisais déjà 37 ans.

"C'est du gâteau"

L'expression est une extension de celle du XVIIIe siècle, c'est du nanan, qui désigne la réussite gustative d'une friandise. Les gâteaux étant simples à faire, quand quelque chose est facile, c'est du gâteau.

Pourtant, on entend assez souvent, c'est pas du gâteau, avant de réaliser une tâche qui semble très difficile à faire, dans tous les domaines... Lorsque j'ai conçu l’œuvre Cendrillon, je me suis lancée un défi, quasi mathématique, mais aussi celui d'un savoir faire, que je mettais à l'épreuve économique et écologique : réaliser une œuvre avec, comme matière première, les rébus destinés aux déchets, aux poubelles de l'école. Mais, en sublimer la représentation, puisqu'il s'agit bien de "représentation" comme se préparer pour aller à un bal, un vernissage, où l'on met ses plus beaux souliers et costumes, on laisse ses haillons derrière, après avoir durement travaillé. Pour ma part, lors du vernissage, le 10 mai, je suis restée dans la cuisine, ou plus exactement, dans les cendres, au sous-sol, et je n'ai pas été invitée au restaurant des élus. Quelques biscuits (de céramique) sortaient encore du four, mais les élus avaient vraisemblablement très faim. Dans ma conception, le destin du processus, n'était pas réalisé pour les élus, mais pour partager un savoir faire, pour tous. On dira plus prosaïquement, j'y ai laissé ma pantoufle de vair, véritable chaussure d’intérieur confortable, ouverte à l’arrière comme les mules, et non une pantoufle de verre ou cristal... C'est à la "maison de la pantoufle moderne", historique, à Limoges que je trouvais mes souliers de bal, en fourrure d'écureuil, en vair. Dans la version du conte de Perrault, la fin est la plus cruelle : les sœurs se mutilent jusqu'au sang pour faire entrer leurs pieds dans la pantoufle, et les pigeons, amis de Cendrillon, leur crèvent les yeux. Pourtant, la solidarité entre femmes doit permettre de surmonter la jalousie, une rivalité, sournoisement entretenue par les hommes.

Je devais donc quitter les haillons du travail, parfois, pour vernir quelques biscuits...
  • guenille, hardes, loque, nippes, oripeaux, lambeau, chiffon, défroque. ...
  • chiffon, guenille, serpillière, loque, oripeau-eaux, charpie, harde...
  • loque, lambeau-eaux, chiffe, épave, serpillière.
J'aime beaucoup qualifier les bouts de tissus, ils ont tous une histoire. C'est la connaissance de l'histoire qui révèle un patrimoine, ou matrimoine pour les plus "à cheval" sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Récemment, une localité se plaignait qu'elle avait fait fabriquer des masques pour les habitants, et les protéger du virus, qui ressemblaient à des morceaux de serpillère. Les habitants d'une ville au décor idyllique des eaux thermales, se sentaient méprisés. Pourtant, le tissu de la serpillère est utilisé pour plusieurs réalisations de modes et de design. À l'origine, la serpillière était une toile épaisse et claire servant aux marchands à emballer leurs marchandises. De coût moindre que la toile classique, elle servait aussi de tablier, de pare-soleil, de tapis de selle ou même de linceul. La serpillière usée servait alors de torchon. Plus tard, cette toile fut dévolue au nettoyage du sol, pour des raisons d'économie, puis pour des raisons de meilleure hygiène, elle remplaça le balai.

On peut penser que je m'éloigne du sujet de ma réalisation en céramique, mais non, c'est pour insuffler un point de vue historique dans les arts de faire, 10 ans plus tard, la ménagère de moins de 50 ans, a des choses à écrire. Si nous fêtons son anniversaire (son jeune âge, 10 ans), c'est qu'elle est très riche, de sens, un modèle, qui ne doit rien au hasard, ou presque, avec sa part merveilleuse, mais pensée et librement inspirée de la terre d'où elle vient, d'où vient l'auteure. N'oublions pas que Cendrillon est un conte de fée. C'est avec mes chaussures fourrées, qui me vont comme un gant, que je retrouvais mes créations, le soir, et que je dessinais à la tombée de la nuit.

Je ne me suis, depuis, jamais déchaussée, ni n'ai abandonné mes pantoufles, ni n'ai été épousée, mon histoire personnelle n'est pas du tout associée à l'histoire de l'héroïne de Cendrillon, ni même un autoportrait. J'ai aussi réalisé une autre œuvre vidéographique dédiée au conte d'Hansel et Gretel, très noire et cartographique. Artiste, il m'intéressait, dans cette autonomie totale de création, que je me suis donnée, de symboliser l'indépendance féminine et déchoir l'idée qu'une femme doit attendre un homme, un patron, une promotion, pour vivre, et / ou créer. Plusieurs années plus tard, c'est à l'Opéra de Limoges, que je rencontrais, Élisabeth Lemirre, chercheure, pour son livre qui venait de paraître : "Sous la cendre. Figures de cendrillon" (en collaboration avec Nicole Belmont) Cette anthologie m'a fait comprendre, en échangeant avec elle, spécialisée dans les contes, et sur son ouvrage de céramique, que je lui ai montré, que les contes africains, pouvaient être plus proches, de mon œuvre. Car Cendrillon, me dit-elle n'est pas une fille, mais une garce, un garçon manqué et, elle est noire. Il n'y avait là rien à voir avec ce que les Disney ont réalisé, côté occidental, en liftant les origines de ce conte noir. La couronne de fleurs sur les cheveux blonds de cette icône de pixels bronzée, à la fois douce et forte, presque dessinée au marqueur noir, pouvait aussi faire penser à un dessin-diadème sorti du "street art", de l'art de la rue. Cette figure peut aussi ressembler à une surfeuse des temps modernes, aux sourcils noirs et épais, broussailleux, stylisés à un motif de rayures sur carreaux, et ses yeux translucides blancs et bleus, comme allumés, emplis de lumière. Ce qui m’intéressait, c'est qu'avec 2 ou 3 carreaux, comment pouvais-je dessiner une bouche, des yeux, des sourcils, des fleurs ? Ce que je laissais aussi ouvert, c'est que peut-être, cette reine, ou princesse, était aveugle, ses yeux reflétaient le bleu du ciel. Si elle ne pouvait voir, elle ne pouvait savoir qu'elle était regardée, seul le ciel pouvait la reconnaître. La représentation, l’exposition, n'étaient pas les rites les plus importants, toute cette extériorité éclatante, mais plutôt l'intériorité retrouvée, par la réflexion qu'elle parsemait chaque jour. Dix années de réflexions, un nombre important, une étape couronnée de sagesse et d'audace.
De ces passionnants échanges et conférences à Limoges, je me suis dit que ce choix inconscient du nom de Cendrillon, continuait de révéler des questionnements féconds et très actuels, sur une histoire de masques, de cendres. Quelque chose qui semble très cadré, encadré, carrelé, ordonné, mais aussi, insaisissable, et pas encastrable quelque part, très désordonné, dans son approche, sauvage.


Cendrillon est bien avant tout, comme le rappelle l'anthropologue Nicole Belmont, une « affaire de femmes » et plus précisément même, une affaire de mère et de fille. Éclairant subtilement le motif de « la jeune fille affamée » par la marâtre et nourrie par la mère disparue (ou par ses substituts), présent dans les versions les plus « archaïques », celui du « feu sous la cendre », célèbre motif de la symbolique des corvées « discriminantes » (filer, trier, tamiser, etc.) que Cendrillon est la seule à réussir (au contraire de ses sœurs ou demi-sœurs), l’ethnologue revient dans sa riche synthèse sur l’ambivalence de la figure maternelle. Mères, marraines et autres marâtres dessinent une partition fondamentale dans le récit « entre une mère absente et aimante et une mère malveillante et présente ». La première fait vivre et gagner en autonomie (c’est elle qui donne aussi les parures somptueuses qui feront de la fillette une femme accomplie, capable de trouver son prince) ; la seconde, répressive, la maltraite et l’enferme dans la maison paternelle, la condamnant de fait au célibat. Ce que le conte dit ici, au fond, c’est la dure loi qui gouverne la condition des filles dans les sociétés patriarcales, qui doivent « se garder » tout en trouvant un mari. Comme il dit aussi que dans ce passage de la filiation à l’alliance, dont les préalables sont bien la mort de la mère et son deuil, « l’identité et la féminité s’acquièrent ainsi : grâce à la mère et contre elle, tout à la fois. »

Les tâches ménagères ont une place importante dans les différentes versions du conte. La Cendrillon de Perrault s’occupe du ménage et de la vaisselle, celle des Grimm plutôt du feu, de la cuisine et de la lessive. Le feu, voici que cela nous intéresse, dans ces arts du feu, qui me concernent, ici Dans le conte des Grimm, la belle-mère de Cendrillon verse à deux reprises un plat de lentilles dans les cendres et demande à Cendrillon de les trier. Bien qu’il s’agisse à première vue d’une tâche servant à séparer le bon grain du mauvais, « les bonnes graines dans le petit pot/les mauvaises dans votre jabot », il ne s’agit pas d’une tâche ordinaire. Elle sert d’obstacle pour empêcher Cendrillon d’aller au bal. Nicole Belmont voit l’opération de triage que fait Cendrillon comme un exercice servant à séparer ce qui est vivant (les grains) de ce qui est mort (les cendres de la mère). Le triage dans Cendrillon, illustre un passage initiatique dans lequel l’héroïne doit accomplir des tâches afin de s’initier à la différenciation sexuelle. Cette pratique de séparation introduirait chez l’héroïne un apprentissage de la distinction entre « bon et mauvais, entre consommable et non consommable, entre consommable et consumé » Une tâche ordonnée du rite de passage.

La cendre qui barbouille le visage et les vêtements de Cendrillon agit en quelque sorte comme un masque qui camoufle sa véritable identité et la retient dans l’espace domestique. Par exemple, dans la version des Grimm, la jeune fille reste prisonnière de son statut de servante jusqu’au moment où elle décide de laver les cendres qui la couvrent : « Alors, Cendrillon se lava d’abord les mains et la figure et s’inclina devant le fils du roi, qui lui tendit la pantoufle d’or. » (Grimm) Par le lavage, elle se libère de son ancienne identité et, surtout, se défait métaphoriquement des emprises qui la retiennent pour mieux se reconfigurer d’une autre façon : elle quitte ainsi sa robe de cendres pour en revêtir une nouvelle.

Ainsi, la cendre préfigure la première étape du rite de passage de Cendrillon, situant de ce fait la jeune fille comme apprenant le nécessaire, à la réussite de son passage initiatique vers l’âge adulte.


Si pour certains, certaines, c'est du gâteau, pour d'autres, ce n'est pas du gâteau, selon !
J'ai réalisé 400 carreaux de céramique à la main, pétris, étalés, découpés, calibrés, cuits, émaillés, peints, re-cuits... Pourtant, c'était dans mon studio de création que tout a été pensé et que la première chose à laquelle j'ai pensé, c'était la couleur. J'ai passé 2 mois à faire des recherches de couleurs.

La figure de Cendrillon provenait des écrans, au moment où leur définition était aussi économe, et se définissait en très peu de pixels. Encore une question d'économie. Dans mes travaux, que je pourrai nommer, des formes d'exercices et des défis, que je me lance, sinon, quel ennui cette vie de formulaire !,  j'essaye toujours de voir des limites, qui sont celles de mon économie, je ne fais pas d'excès, et pour ma survie mais aussi pour les autres, l'impact dans la société. Il est vrai que certains, certaines, le regrettent et voudraient avoir des preuves avec un impact énorme pour la société, comme beaucoup d'artistes, plus ils sont vus et ils font du mal, plus cela est visible et pour beaucoup, c'est ce qui est vu de loin, qui a eu énormément de presse, donc ce qui est validé, comme ayant un fort impact. De mon côté, je n'ai aucun impact sur la société, et même, sur mon proche entourage. Je suis discrète, bien que je corresponde à la ménagère de moins de 50 ans, je n'en suis pas moins, pas plus, surtout et principalement, une artiste de moins de 50 ans, qui ne rentre dans aucun formulaire (hormis la ménagère) Donc, de tout ce que j'ai produit et réalisé, j'ai minimisé l'impact, j'ai réduit l'effet de serres (c'est quoi déjà ? c'est comme la ménagère de moins de 50 ans, c'est ce que l'on entend le plus souvent) Je n'alimente aucune machine à gaz, de l'art, ce qui m'a fait disparaître même de mes fonctions pour lesquelles j'ai beaucoup œuvré, l'enseignement. J'ai mis ma vie, jusqu'ici, au service des autres, et des plus jeunes, des plus défavorisés. On en revient à la serpillère, les tissus ont tous une histoire, pas plus ingrate que d'autres, il faut juste la reconnaître.

La palette, les tâches, le barbouillage, mais un dessin extrêmement précis, exécuté, sur une grille réalisée à la mine bleue, millimétrée. La gouache a été mon médium favori pour faire mes mélanges. Cela me fait penser que dans un de mes albums sonores, réalisé avec un musicien autrichien, enfin cap-verdien, habitant à Vienne, Rico, avec ma voix et mes poèmes (Cocoriste) l'une des plage sonore, se nomme "Papier millimétré" et parle d'un dessin où je circule, un de mes poèmes. Il y a toujours cette question de ne pas dépasser les limites, tout en s'en affranchissement. Il faut pour cela, aimer les contraintes et dessiner des formes dans un labyrinthe de création, jusqu'à ce que l'on ne puisse plus voir les contraintes, mais un ingénieux maillage de circonstances, croisées, de rencontres. La maille est un tissu bien armé et solide.

Je travaillais quasiment nuits et jours. Je donnais des cours à tous les niveaux du cursus en début de semaine, durant 2 journées bien remplies, sans vraiment faire de pause. On ne me voyait pas à la machine à café, le temps de préparation était aussi conséquent, pas d'assistant technicien ou technicienne pour l'infographie, et le soir je m'activais à ma table, entre mon minuscule ordinateur de poche, qui datait de mes cours angevin, acheté à crédit, et mes dessins et calculs mathématiques et croquis. Et dès mes cours terminés, des premiers jours, destinés aux années 1, 2, 3, 4 et 5 niveau Master (tout était découpé pour que je donne des cours à tous les étudiants de l'école sur les ordinateurs de l'école pétants neufs, je n'en avais pas à ma disposition, quand j'y repense c'était assez dingue), je retournais dans les cendres, voir comment cuire mes pâtes et biscuits et les teindre, les colorer. Histoire de coller au conte de fée, j'ai eu, des années plus tard, avec surprises, des pénalités, qui faisaient de moi, la plus crasseuse des professeures : celle qui ne méritait que la prison, car elle souillait ses outils ! C'est un peu le sort de toutes les Cendrillons, leurs matrones sont jalouses. Heureusement, elles font vœux de métamorphoses et, des cendres, elles renaissent. Les lendemains, je finissais la semaine dans les ateliers situés au sous-sol, mi-rez-de-chaussée, mi sous-sol, ils donnaient sur le jardin, ceux dédiés à la céramique, les cendres donc. Je terminais ma semaine, et le week-end je travaillais de nouveau à la conception de Cendrillon. Je découvrais la ville de Limoges, je faisais, seule, des visites, selon les conseils des habitants. Durant les premiers mois, je n'ai quasiment vu aucun professeur, dans cette école, sauf les techniciens de céramique, hommes taciturnes et hommes bavards, au choix. Les autres venaient de Paris ou d'ailleurs et logeaient dans l'école ou les grands chalets en bois, plutôt, en fin de semaine. C'était une ambiance très particulière, car d'une part, je voyais et suivais "tous" les étudiants de l'école et d'autres part, je ne voyais aucun professeurs. Plus tard, ils s'exclameront : "On ne la voit pas". Mais être assidue et présente ne peut être vue des fantômes, c'est le secret des artisans du savoir être. Et trier le bon grain de l'ivraie, prenait tout son temps, auprès du feu. Je n'étais conviée à aucun bilan de ces professeurs, pourtant j'étais bien une professeure au même statut que les autres, c'est ce qui était écrit sur le décret officiel. Ainsi l’œuvre Cendrillon est née sans avoir été vue, lors de sa confection. L'enseignement que je prodiguais alors, n'avait pas de crédit. Les étudiants m’apprirent, que mon enseignement n'était pas validé lors des bilans. Tout cela était finalement assez évident, car j'enseignais dans une discipline qui n'avait alors aucune reconnaissance de l'État, dans les écoles d'art, le reste, ne suivait donc pas. Mais cela, je le savais, car j'avais déjà 10 années d'expérience d'enseignement dans une autre école, et à chaque fois, il faut quasiment repartir de zéro. Pour une femme artiste professeure, il n'y a aucune antériorité ni suivi d'effectué. Nous sommes vouées à disparaître peu à peu des organigrammes et de l'histoire. Au mieux on peut figurer comme un chiffre dans des statistiques de rapports nombreux, destinés à alerter sur la situation française. Mais c'est tout : un chiffre. Autant faire des mathématiques et créer des chiffres et jouer avec, ce que la conception de Cendrillon, avec persévérance, produisait, et si faire figure de figurante était la tradition, autant créer sa figure, autant imaginer une représentation fidèle à ce moment magique. J'étais déjà très heureuse d'être là et d'enseigner, car mon enseignement était constant et n'a jamais failli, ni n'a fait de différence entre les classes et les milieux sociaux des étudiants, tous avaient accès à mon enseignement, de qualité et d’exigence. Mais très peu, voir prou, ne savait que j'étais artiste et que je réalisais, à côté de cet enseignement des formes de pensées qui animaient ma vie depuis longtemps. La situation des bienheureux et bienheureuses et celle-ci : ne pas être mise sur un piédestal c'est déjà pouvoir enseigner et travailler, se mettre à l’œuvre, car l'ouvrage n'est pas encore réalisé, le chemin est long.
Chez moi, il y avait des rideaux, des voiles de couleurs qui laissaient passer la lumière, c'était une fenêtre sur un arc-en-ciel, que j'avais fabriqué à partir de voiles différents de couleurs. Je visitais la cathédrale St-Étienne, et j'étais assez contemplative de ses vitraux et les lumières qui se diffusaient sur la pierre. Lorsque je retournais à l'atelier en faisant mes couleurs, en recherchant les pigments, toutes mes visites et rencontres m'inspiraient et ces raies de lumières colorées. J'étais allée visiter l'ancienne école, très belle, qui était un Musée et l'est toujours : Le Musée Adrien-Dubouché, un musée national français portant sur la porcelaine de Limoges et l'histoire de la céramique. Fondé en 1845 et situé à Limoges, il fait partie de l'établissement public Cité de la céramique - Sèvres & Limoges.  J'aimais beaucoup remarquer, que sur les grilles, étaient inscrites des mentions dont une : École et Musée. Ce Musée est juste en face de la prison de Limoges. Plus tard, une nouvelle cité judiciaire fut construite à côté, ouverte en 2016, qui regroupe le tribunal de grande instance, le tribunal d'instance et le tribunal de commerce, mais la construction ne vieillit pas forcément bien, selon nombre d'usagers. Il se trouve que je ne savais pas, en réalisant ma pièce et en enseignant et visitant l'ancienne école-Musée, en regardant cette prison en face, de l'un de ses balcons, que j'allais être convoquée par l'école, dans ce nouveau tribunal, certainement pour que je puisse en évaluer le traitement ainsi fait des professeurs. Mes recherches m'ont menées aussi au cimetière de Louyat. Un des techniciens m'avait recommandé de m'y rendre pour y voir des rébus d'assiettes de céramique sur les tombes, m'informant que c'était le plus grand cimetière du monde. Je n'avais pas de moyens de locomotion, je m'y suis rendue à pieds. Une heure après, je découvrais, effectivement un vaste cimetière, quelle drôle de ballade, me suis-je dis. Mais cela n'avait pas beaucoup à voir avec ce qui m'intéressait dans mon travail. Puis ce technicien m'a avoué qu'il n'y avait jamais mis les pieds. Mais finalement, c'était très intéressant, car mon histoire des cendres commençait à prendre conscience, de ce que descendre signifiait.
La poudre des pigments pouvaient être toxique, tout pouvait être toxique, il me fallait interroger tous les usages et les métaux, le plomb, d'usage. Les produits qui étaient utilisés étaient tous toxiques, le masque était obligatoire, car les ventilation de l'atelier, défaillantes. La poussière était partout. Déjà trouver des pigments sans plomb. Tout mon parcours, à la recherche de matériaux était un parcours de chercheure, mais je ne pouvais pas vraiment m'opposer aux us et coutumes, il y avait une tradition, il me fallait trouver un juste milieu. C'est comme les artistes professeures dans les écoles d'art, elles ne sont pas historiquement installées et ne bénéficient d'aucune transmission dans l'histoire qui leurs permettent d'être légitimes, ou soutenues. Rien, le mythe de Sisyphe, reste à bien étudier, pour monter et descendre.
Le logo de la ville de Limoges symbolise les "arts du feu". On m'avait posé cette question à mon oral, mon concours, si je connaissais, ce que signifiait ce logotype, les arts du feu. J'ai répondu en étayant mes connaissances sur l'Azulejaria, mais personne à la table ne semblait en connaître l'histoire. Ainsi j'ai appris ce que le feu voulait vraiment dire, car cela n'était pas qu'un logo pour une ville. Il y avait là, quelque chose de la pré-histoire, car le feu, il faut le maîtriser. Je me suis donc transformée en artisane du feu, pour aller vers la lumière.

Cette œuvre m'a accompagnée et m'a aidée à m'inscrire dans cette ville, Limoges, avec mes connaissances et mon histoire personnelle et familiale. L'Azulejaria étant un art qui s'ancre au plus profond de mes souvenirs heureux et familiaux et le carrelage aussi, comme la cuisine, faire des gâteaux, j'apportais un regard singulier, mais secret. Les lusitaniens et lusitaniennes forment un peule indo-européen qui a connu beaucoup d'histoires de voyages. Le brun de la peau de ma figurine, que je calculais, je dessinais, divisée en multiples carreaux, devenait de plus en plus important. Je recherchais une teinte chaude comme celle, que je devais inventer de toute pièce, mais proche de la "terracota". Terracotta, comme la terre cuite, dont nombre de couleur empruntent son nom. En 2020, 10 ans après ma création, cette couleur est devenue très tendance, mais avant, en 2010, elle n'était pas bienvenue, ni bien traitée. Dans les ateliers où je travaillais, elle était même méprisée, et quand la peau de Cendrllon si brune fut révélée au grand public, aux agents administratifs même de l'école : cela a choqué. Je ne pensais même pas que ce serait un sujet tabou. La terracota est pourtant un nom en usage dans la décoration et la mode ainsi que parfois en description botanique, pour désigner des teintes brunes, d'après celle des céramiques brutes (« terre cuite », terracotta en italien et en anglais) Dans les beaux-arts, le terme est aussi très remarqué, à cause de la variété de terres, de coloration plus précise, qu'on y emploie (terra rosa, terre blanche, terre de Sienne, terre d'ombre, terre de Cassel ou de Cologne, terre de Sienne, terre verte ou de Belgique ou de Hesse ou de Vérone) Donc, pour ma pièce, j'ai inventé le nom de la couleur, le brun majoritairement peint sur les biscuits confectionnés, se nomme : la couleur Cendrillon. Je suis assez fière de l'avoir inventée, en 2010. Et ce 10 mai, on pouvait apercevoir la couleur Cendrillon, sur les biscuits (il en manquait, donc, la pièce était encore en téléchargement (des cuisines, des cendres, du sous-sol, au vernissage) Ce jour avait aussi son importance, car Le président de la République française, Jacques Chirac, avait décidé de faire du 10 mai la Journée commémorative de l'abolition de l'esclavage en métropole.
La date du 10 mai correspond à l'adoption par le Parlement, le 10 mai 2001, de la loi Taubira "reconnaissant la traite négrière transatlantique et l'esclavage". Cela semblait un détail, que personne n'a remarqué, mais ma recherche de couleur et le métissage de l'histoire ce cette œuvre, venait apporter sa couleur et une histoire des voyages à l'heure des pixels. La question de l'esclavage, de l'exclusion et des rébus étaient inscrits dans la conception et la fabrication de cette œuvre. Hormis cette date qui interférait dans l'histoire (aussi le jour de mon anniversaire, mais ça, personne ne le savait, je crois) du vernissage, je suis retournée dans ma petite habitation, souffler les bougies dans mes rêves et me reposer, car j'avais, dès les lendemains, des cours à réaliser. Du feu donc, de petites flammes, et du tissage.

Ma principale histoire et mes souvenirs ravivés proviennent de l'Azulejaria portugaise. Une histoire de tuile.

Mais en France, la tuile c'est aussi un accident (de l'expression. C'est la tuile ! : Sur un toit, avec le temps, les tuiles peuvent casser sous l'effet de la grêle, du gel, d'une visite de la toiture, ou encore glisser. Il arrive qu'un morceau de tuile tombe sur un passant, d'où l'expression « c'est une tuile », suggérant un malheur accidentel et inattendu)

Oui, il y a quelque chose de l'accident, pour trouver ce chemin de recherche sur la couleur Cendrillon.

Alors, de mon côté, c'est plutôt de l'art que me sont venus des souvenirs de nombre de mes visites et photographies d'Azulejos et musées, et façades populaires dans l'espace public. Le nom "Azulejo" vient de l'arabe et a acquis une tradition dans les pays portugais. La tuile a 500 ans de production nationale et est un cas unique en tant qu'élément décoratif et architectural. Elle a couvert des églises, des palais et a changé le paysage urbain. L'art des carreaux prendrait racine dans la péninsule ibérique sous l'influence des Arabes, qui ont amené les mosaïques sur les terres conquises pour décorer les murs de leurs palais, leur donnant éclat et ostentation, à travers un jeu géométrique complexe. Le style a fasciné les Espagnols et les Portugais. Les artisans ont pris la technique mauresque, qui a pris beaucoup de temps, l'ont simplifiée et ont adapté les motifs au goût occidental. Les premiers spécimens utilisés au Portugal viennent des Maures hispaniques, venus à la fin du XVe siècle de Séville et ont servi à tapisser les murs des palais et des églises. Après environ soixante-dix ans, en 1560, des ateliers de poterie ont commencé à apparaître à Lisbonne qui produisent des tuiles en utilisant la technique de la faïence, importées d'Italie. L'originalité de l'utilisation des tuiles portugaises et le dialogue qu'il établit avec les autres arts, feront de lui un cas unique au monde. Au Musée National de Lisbonne consacré à l'Azulejo et au carreau de céramique que j'ai visité, des panneaux témoignent de l'évolution et de la monumentalité de cette pièce en céramique décorative qui s'adapte aux besoins et suit les styles de différentes époques. Le retable de Nossa Senhora da Vida de la fin du XVIe siècle, composé de 1384 tuiles qui ont survécu au grand tremblement de terre, est pour l'historienne de l'art, Alexandra Curvelo, un exemple de l'importance des tuiles au Portugal. La nouvelle industrie des tuiles est en plein essor avec les commandes de la noblesse et du clergé. De grands panneaux sont faits sur mesure pour remplir les murs des églises, couvents, palais, manoirs et jardins. L'inspiration vient des arts décoratifs, des textiles, des bijoux, des gravures et des voyages des Portugais en Orient. De grandes compositions scénographiques apparaissent, caractéristique frappante du baroque, avec des thèmes géométriques, figuratifs et végétaux de la faune et de la flore exotiques. Ce sont les classes dominantes qui cultivent le goût du carrelage en premier, en choisissant le thème le plus approprié pour la décoration des bâtiments; des campagnes militaires, des épisodes historiques, aux scènes de tous les jours, religieuses, mythologiques et même certaines satires. Les potiers étaient chargés de satisfaire les demandes, de copier les modèles, d'adapter les modes et les styles. À la fin du XVIIe siècle, la qualité de production et d'exécution est plus élevée, il y a des familles entières impliquées dans cet art de fabriquer des carreaux, et certains peintres commencent à s'affirmer en tant qu'artistes, et signent leurs œuvres, débutant ainsi le cycle des maîtres. Dans les carreaux portugais, des scènes insolites apparaissent, surprenantes à la fois par leur originalité et par l'audace de l'artisan, de substituer les êtres humains aux singes, jaguars et poules, par exemple, construisant ainsi des histoires fantaisistes et ironiques qui suscitent le rire. Le souci d'apporter de nouveaux thèmes aux arts décoratifs, est souvent basé sur une certaine improvisation associée à cette façon unique de vouloir faire autrement. La polychromie des jaunes, des verts, des bruns violacés fera place au bleu sur fond blanc, deux couleurs héritées de l'influence hollandaise et de la porcelaine orientale. Après le tremblement de terre de 1755, la reconstruction de Lisbonne imposera un autre rythme dans la production de tuiles standards, aujourd'hui appelées pombaline, utilisées pour décorer les nouveaux bâtiments. Les carreaux sont fabriqués en série, combinant des techniques industrielles et artisanales. A la fin du XVIIIe siècle, la tuile n'est plus exclusive à la noblesse et au clergé, la bourgeoisie riche passe les premières commandes de leurs fermes et de leurs palais, les panneaux racontent parfois l'histoire de la famille et même de leur ascension sociale. A partir du 19ème siècle, la tuile gagne en visibilité, laisse les palais et les églises aux façades des bâtiments, en étroite relation avec l'architecture. Le paysage urbain est éclairé par la lumière réfléchie sur les surfaces vitrées. La production de tuiles est intense, de nouvelles usines sont créées à Lisbonne, Porto et Aveiro. Plus tard, déjà au milieu du XXe siècle, la tuile entre dans les gares et les métros, certains décors sont signés par des artistes de renom. La tradition est devenue encore plus populaire, se présentant comme une solution décorative pour les cuisines et les salles de bain, dans un test de résistance, d'innovation et de rénovation de cette petite pièce en céramique.

Une façon unique de vouloir faire autrement... J'ai aimé improviser.

Mes parents sont originaires de Pombal, et m'ont très tôt fait côtoyer la cité pombaline. Mon père, carreleur de formation, a été l'un de mes premiers inspirateurs, bien avant de découvrir l'histoire de l'art, lorsque je le regardais réaliser nombre d'espace carrelés, et les nôtres. Lorsque j'ai commencé à réaliser Cendrillon, c'est sans la présence physique, de tous ces pairs. En effet, je me suis affranchie de bien des traditions, car j'ai réalisé tous les carreaux à la main et de façon peu orthodoxe, pas vraiment mécanique, ou presque, et le sujet ne respectait aucun modèle jusque là entrevu, si ce n'est sur les écrans, avec une figurine sortie des jeux de pixels et d'art ASCII. J'aimais beaucoup les arts des codes ASCII des créations de l'art informatique qui dataient des années 60. Je m'intéressais à la phénoménologie et les arts de la perceptions, et j'avais déjà, à mon actif, une expérience reconnue dans ces arts diffusés avec un collectif que j'avais co-fondé et également un enseignement et un catalogue très prisé (Iconorama, sur les icône et les GUI, les interface,le design des interfaces, du bureau) Il faut dire que faute de pouvoir réaliser des fresques, j'ai principalement travaillé avec des artistes, qui codaient et nous avions réalisé nombre de fresques animées sur écrans et projetées au grand public un peu partout en France. Ce jardinage écranique, était bien réel.
Cendrillon est comme un tapis, aussi, car située au sol, elle est tissée de carrelages juxtaposés et travaillés chacun individuellement à la main. La polychromie de mon ouvrage : des jaunes, verts, bleus indigos et turquoises, de noirs et blancs, sortes de damiers, des roses magentas et fushias, mauves et violets, le vert émeraude si rare, ou le gris souris, et évidement cette terracota inédite : la couleur Cendrillon.


Ce qui est admirable, c'est que je ne n'ai jamais eu besoin de me servir de "moules" pour reproduire. Car, dans les ateliers de l'Ensa de Limoges, ils passent tous par des "moules". Ici, pour ma recherche et création, chaque motif, chaque carreaux est fait "à la main", aucune projection de "mécanisation" et de paresse, puis-je écrire, fortuitement, n'est venu, simplifier le travail. Chaque parcelle est une création en soi, unique et façonnée à la main. Il n'y a eu aucune duplication. C'est un détail technique, très important, qui confère à cet ensemble de pièces uniques, un attachement très tendre et exigeant en la confiance en "la main", aux doigts de fée. S'il y a eu très peu d'erreur, c'est tout simplement, que ma pensée, accompagnée des habilités des mains, ont guidé ces tâches, chacune, ingrates, pour moi si belles, que l'ensemble, comme un orchestre synchronisé n'avait plus qu'à jouer la partition imaginée, par une stakhanoviste, mais qui s'assume néophyte. L'aspect manufacturé est remarquable, alors qu'il ne semble pas l'être, tant j'ai épousé les qualités infographiques et mon histoire liée à l'informatique et ses interfaces dédiées aux utilisateurs-trices. J'ai finalement emprunté un chemin tombé en désuétude, avec l'industrialisation et la mécanisation, de la manufacture, qui a comblé mes souvenirs du charme des multiples facéties de l'art de la fabrique à la main des carreaux de faïences, des beautés imprégnées, à jamais dans ma mémoire affectives, visuelles, et familiales, mais aussi, olfactive (l'odeur de la terre crue, puis cuite, puis la fraîcheur du carrelage en plein été brûlant, qui fait tant de bien lorsque les pieds se déposent dessus, lorsque l'on marche ou lorsque l'on s'allonge sur un carrelage, les nuits d'été) Bref, je pense que ce fut un moment magique de création, où "je devais le faire", j'ai eu cette volonté déterminée à la tâche, parce qu'il fallait que cela soit ainsi.


La matrice, ma gamme colorée de biscuits et motifs, beaucoup de dièses musicaux, pour les connaisseurs et -sseuses, ou de "hashtag" : #, avant l'heure (utilisé par les réseaux sociaux plus tard, notamment par "twitter" que nous ne connaissions pas encore bien) Ce motif anticipait donc la vague de ces signes incongrus, aujourd'hui utilisés partout (et des #metoo)  Chaque carreaux de 10 centimètres environ, chacun unique, sur une surface de 4m2, cela faisait au minimum 400 carreaux de céramique émaillés. Je me suis transformée en robot, ou, du moins en machine à produire des petits biscuits, pour la confection d'un très grand gâteau. Je n'ai d'ailleurs jamais réussi à prendre en photo l'entièreté de cette œuvre. Et étrangement, comme à son processus : spectaculaire et presque inédite, elle fut aussi, peu visible, paradoxalement, car on l'a protégée de la presse. Je crois n'avoir eu aucun article sur son sujet, et fort heureusement. Non pas, parce que je ne l'ai pas souhaité, mais parce que cela gênait beaucoup. Je ne faisais pas partie des classes dominantes et pourtant, je signais là une œuvre originale, réalisée avec peu de moyen, quasiment traitée comme une clandestine, et cela correspondait à l'idée que l'on se faisait (et encore de nos jours) des artistes femmes. Et pourtant Cendrillon ne cesse de me surprendre à la fois par son originalité et par l'audace de l'artisane que je suis. La scène et le théâtre qu'elle fait apparaître, quasiment sous son manteau, brillent par la juxtaposition des couleurs et leurs vibrations réfléchies par la lumière. Le caractère ostentatoire conféré uniquement par celles et ceux qui l'on aperçue en 2010, m'a vraiment plu et j'assume cette chaleur et générosité, brûlante, un feu de Dieu, une flamboyante idée, dans le cadre où je l'ai fait naître, plutôt austère, grisâtre et sombre, sans aucune couleur, et parfois triste, opaque, mortuaire, cendres d'une autre école (disparition de l'école liée d'Aubusson, à la tapisserie, à la couleur même et aux teintures) mais infiniment modeste, là fut mon processus : modeste, retenu, réservé, pudique, alors qu'en fait, il cache d'infini combinaison fantaisistes de créations artistiques libres et magiques. Cela peut choquer, et s'entrechoquent des couleurs peu communes, la différence est une force de créativité. Je la considère comme un jeu de carte, un grand puzzle, dont je ne cesse de reconsidérer les combinaisons possibles qu'elle me laisse. Très inspirée, évidemment le conte en est une trame possible et manifestement un conte fabuleux de terre cuite, venant des cendres et qui ne fait que renaître, ad vitam æternam. Ainsi renaissait la couleur, et quelque part une forme de tissage, de tapisserie de céramique.

Renaître de ses cendres

Se manifester de nouveau après la destruction, apprendre de ses échecs pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
Cette expression française puiserait ses origines dans la mythologie grecque et plus particulièrement dans le mythe du Phénix. Il serait un oiseau ressemblant beaucoup au héron et serait le symbole de l’immortalité et de la résurrection puisque supposé mort et ressuscité dans les flammes. Cet oiseau fabuleux quittait tous les cinq cents ans l’Arabie à destination de l’Egypte pour s’y régénérer. Il y construisait un nid et s’y installait jusqu’à être brûlé par le soleil d’Egypte. Il renaissait de ses cendres pour redémarrer une nouvelle vie.

Le pouvoir de la résilience, pouvoir guérisseur, préfigure dans plusieurs de mes réalisations artistiques. Dans un livre de Carl Gustav Jung " Métamorphoses de l’âme et ses symboles", l’être humain et le Phoenix présentent de nombreuses similitudes. Cette créature de feu emblématique capable de renaître majestueusement de ses cendres symbolise aussi le pouvoir de la résilience, cette capacité inégalable nous permettant de nous renouveler pour devenir des êtres bien plus forts, bien plus courageux et bien plus lumineux. On dit de lui que ses larmes avaient un pouvoir guérisseur, qu’il présentait une grande résistance physique, qu’il maîtrisait le feu et qu’il se caractérisait par une sagesse infinie. C’était, en essence, un des architectes les plus puissants pour Jung, car dans son feu se trouvait aussi bien la création que la destruction, la vie et la mort… « L’homme qui se relève est encore plus fort que celui qui n’est pas tombé. »
Quand on traverse un moment traumatique, nous « mourrons tou-te-s un peu », nous laissons aller une part de nous-mêmes qui ne reviendra jamais qui ne sera plus jamais pareille. De fait, Carl Gustav Jung établit notre similitude avec le Phoenix car cette créature fantastique meurt elle aussi, elle favorise les conditions nécessaires pour mourir car elle sait que de ses propres restes émergera une version d’elle-même bien plus puissante. Ainsi, et parmi tous les mythes autour de cette figure, c’est le mythe égyptien qui nous offre, comme nous vous le disons, ces points clés sur lesquels nous devrions nous arrêter pour mieux comprendre la relation du Phoenix avec la résilience.

Faire autrement




*

Ce qui est fabuleux, c'est que plusieurs versions existent, puisqu'elle est un puzzle, l'image obtenue, ici, une figure, peut être toute autre, se métamorphoser, comme un sablier, devenir une représentation plus abstraite. Les boules d'or et motifs sont disséminés dans un carré, mais peuvent être autrement dispersés. C'est une œuvre qui propose d'infinie combinaisons, celles que je choisies. Une artiste s'amuse aussi et dispose de son œuvre, comme bon lui semble. Cendrillon un jour, lapin le lendemain, carrosse ou citrouille, gamme musicale, partition d'un nouveau genre, fresque mauresque, retable d'église...
À 10 ans, tout se reconfigure.

samedi 17 décembre 2016

ℓℯ м☠ʊґøїя

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Tropical JD / © Sonia Marques / 100 cm x 75 cm - Mars 2012


  • Le mouroir


Il s'est passé tant de choses depuis son arrivée dans la ville des abattoirs. Ils avaient écrit son nom Pigeon, mais il se nommait Fourmi. Il était nommé ainsi, car dans son pays d’origine, il était un peu plus noir que les autres.
Il se souvient qu’il ne connaissait pas cette ville avant d'y emménager, sept années déjà. C’est une date anniversaire, Fourmi peut écrire une histoire pour Noël. Devancé, il n’a même pas pu faire ses vœux ni écrire sa liste de cadeaux. Ses poches ont été vidées pendant qu’il priait devant le sapin de Noël de la mairie, monté très haut au niveau du balcon supérieur. La supériorité, il n’y croit pas.
Mère supérieure ? Fourmi ne fait pas partie de ses enfants. Il a le point de vue privilégié des assujettis, comme les insectes.
En une semaine il recherchait un appartement et il l’a loué puis déménageait en décembre. De la neige, Fourmi se croyait à New York en bas de la ville à regarder les flocons tomber du haut de grands appartements, les rues désertes. Il a bien aimé cette ambiance feutrée. L’image d’un calendrier, avant il n’aimait pas Noël, ici il a appris à mieux comprendre la nécessité, de considérer cette période, de revisiter l’année passée, de s’asseoir dans un siège, près d’un feu et de savoir ce que l’on met dans ce feu, ce que l’on brûle. Il faut brûler les mauvaisetés, préparer la nouvelle année, se recueillir, penser à celles et ceux que l’on a vu mourir.
Fourmi a bien aimé cette ambiance feutrée. Il allait découvrir jusqu’où le feutre tapissait les sons. Il ne tomberait pas que des flocons.
De façon distraite, il a visionné un documentaire municipal sur la ville et la première chose vantée, c'était l'absolue sécurité dans cette ville, la moins violente du pays avec le moins d'incivilités, tout était décrit comme la perle du calme, au vert. Avec des statistiques cela fait plus vrai. Toujours louche les grands effets d'annonce, cela cache souvent le contraire. Fourmi pourrait décrire précisément toute la séquence, cela reste juste dans un coin de sa mémoire. C’était inintéressant et très niais.
Noël c’est cela, c’est niais, mais c’est génial.
Décembre, il se souvient qu’il y a sept années, à cette même période il emménageait en plein centre ville, en hypercentre. Fourmi se disait c'est comme hypertexte, tout sera lié.
Pouf ! Un de ses chats, jaune indien, est mort ce mois-ci, agonisant, le déménagement n'a pas aidé. Fourmi pense à lui aujourd'hui et se dit, Kami avait eu raison. Il fallait mieux partir vite, comme un papier plié glissé sous la porte du paradis. Parce que tous les autres papiers pliés allaient arriver très vite.
En sept années, Fourmi a déjà déménagé et a assisté à un suicide. Un jeune homme s'est jeté par la fenêtre du haut de l'immeuble, et il a entendu un bruit d'éclats de verre, c'était la nuit. De sa fenêtre, il a vu le haut d'un abri bus éventré, il était au sol, seul à plat ventre. Les pompiers sont arrivés. Il n’a vu aucun autre habitant près de lui, solitude infinie. Ici, les êtres se suicident en silence, dans un éclat de verre feutré.
En l'espace de quelques semaines, Fourmi a rencontré ses voisins, tous ses voisins. Le jeune homme passé par l’abri bus vivait avec deux autres amis dans l'appartement d'en dessous. Il est monté tout en haut de l'immeuble pour se suicider, une affaire de passion amoureuse, dont il ne fallait pas parler, l'homosexualité était très taboue, dans cette ville. Le suicidé (sauvé, mais tout cassé, grâce à la vitre de verre de l'abri bus) travaillait dans un restaurant huppé, mais il ne fallait pas ébruiter cette affaire. Si les employeurs savaient qu'il était homosexuel, il aurait été licencié. Le plafond de verre, il l’a testé dans l’autre sens, et même traversé, voir du point de vue supérieur. Aveuglé, il est tombé. Ainsi, dans cette ville, on pouvait mourir d’aimer à force de cacher son homosexualité. Tous ses voisins ont déménagé l’année suivante.
Il s'est passé plein d'autres choses, d'autres jeunes hommes faisaient la fête tous les soirs, d'un autre étage. Ils organisaient des soirées poker, de l'argent était en jeu. Ils étaient si jeunes, il y avait des filles qui montaient en talons aiguilles les marches de l’escalier avec prudence, si hauts qu’elles ne pouvaient redescendre, à moins d’enlever leurs pantoufles de vairs, les tenir à la main, surtout éméchées. Cela faisait des bruits de feux d’artifice, comme avait dit son père, qui s’était réveillé malgré tout d’un sommeil si lourd, un soir lorsqu’il était passé le voir. Ces jeunes voisins travaillaient dans des chantiers de la ville, les parents étaient connus pour échafauder tous les immeubles de la mairie, un peu mal fait, vite fait. Les enfants gagnaient bien leur vie et le soir ils buvaient bien aussi… De la drogue était en jeu. Un soir, un de ces jeunes hommes a dormi sur le paillasson de Fourmi. Il l’entendait ronfler derrière la porte. Fourmi avait ouvert, il le trouva pieds nus, il était replié comme un bébé, un nouveau né. Un autre jour, ce jeune voisin a frappé à se faire saigner les mains sur la porte d'une autre voisine, pensant que c'était son appartement. Il s’élançait sur le palier et venait cogner tout son corps sur la porte, plusieurs fois de suite. Elle a ouvert et il s'est jeté contre elle, la tapant dans tous les sens. Son ami présent a appelé la police. Les policiers sont intervenus il a été emmené avec des menottes liées dans le dos, dans un fourgon, il était drogué et a fait une crise, les policiers ne pouvaient le raisonner, il avait une force décuplée. Il a été relâché aussitôt le lendemain. Ses parents ont payé une somme pour le libérer de sa garde à vue et éviter tout le reste. Ce jeune homme a commencé à ne plus payer son loyer, il avait de grandes dettes de ses soirées de poker. L’agence immobilière n’a pas pu le mettre à la porte, car c'était grâce à ses parents qu'il avait pu louer l'appartement. Ils connaissaient la petite agence familiale, pas besoin de garanties. Cela a duré plusieurs années. Puis, il est parti, il a déménagé du jour au lendemain. Ses parents ont refusé de payer pour lui, ses mois de dettes et de loyer. Fourmi en passant dans une rue plus loin et en entendant des bruits de feux d’artifice et des voisins qui se plaignaient aux fenêtres, retrouva la même situation, les mêmes jeunes gens et leurs soirées de poker.
Entre temps, l'agence immobilière qui sonnait la banqueroute, a fait payer à Fourmi toutes les charges des locataires absents de l’immeuble. Une falsification des charges. Fourmis demeurait le seul présent dans l’immeuble. Les autres jeunes, il fallait qu'ils partent pour diverses raisons d'impayés. Fourmi devait payer toutes les charges pour tout l'immeuble. Fourmi devait partir, encore, partir trouver un autre lieu de vie.
Il marche dans la nuit, il traverse les rues désertes, pas un chat, il pense à Kami. Il entend des cris et des pleurs, comme une petite fille. Il voit un couple passer sans s'arrêter. Devant un grand magasin, et ses mannequins en vitrine, des femmes dénudées aux lingeries fines, des publicités de lèvres ourlées, des seins pigeonnants, de la dentelle rose, noire, blanche, un string sur des paires de fesses métisses, un jeune homme seul brame au loin, il agonise lentement, sanglote, se retient, tremble. Dans les montagnes silencieuses de ces décors publicitaires, c'est une marmotte qui pousse des petits cris aigus. Fourmi s'approche et découvre un jeune étranger, la bouche en sang, apeuré comme un animal, dans une flaque rouge, il tient à la main ses dents. Le jeune homme parle une autre langue, Fourmi ne comprend rien. Il tend sa main pleine de ses dents, il vient de se faire tabasser à mort. Il a un petit sac avec des paillettes, des sequins, il a des baskets, il est si mince, des yeux noirs, des cheveux crépus et denses, il pleure, il gémit. Fourmi le rassure comme il peut, c'est un dialogue de sourds, il a perdu l'ouïe aussi, il met l'autre main ensanglantée sur son oreille. Son corps de feuille tremble de petites secousses. Fourmi appelle les secours. Oscillation, vacillation. Une voiture débarque, quatre hommes, qui parlent la même langue lui crient dessus. Ils n'ont pas de paillettes, ils ont de longues barbes. Ils préviennent Fourmi, il ne faut pas qu'il reste ici, cela arrive souvent, entre hommes ici, des règlements de compte. Les pompiers arrivent, la police arrive. Ils ne s'intéressent pas à la marmotte qui pleure, ils décident de le laisser. Les quatre hommes embarquent le frêle animal dans leur voiture, aux yeux gonflés, la mâchoire défoncée. Fourmi reste seul devant cette flaque rouge, quelques sequins confettis flottant à la surface. Scintillation. Les mannequins immenses, photographies de filles des mères supérieures maquerelles sur les papiers glacés qui dominent les vitrines éclairées, n'ont pas bronché. Elles pigeonnent, elles dépouillent.
Il y a quelques mois, il rencontre une nouvelle voisine, très jeune, apprêtée comme une prostituée. Elle a un problème, quelqu'un vient lui couper l'eau, avec un autre voisin ils sont allés voir cela. Quelqu'un a accès au panneau de l'eau. La voisine raconte qu'elle travaille à la police de cette ville et un de ses amants est devenu très jaloux, il est policier. Plus tard, elle en est au même constat, cette fois il a accès au panneau de tous les courriers des habitants de l'immeuble, et il lui pique ses lettres, ses salaires. Elle ne reçoit plus ses courriers. Le policier jaloux a accès à toutes les lettres de tous les habitants, les cartes d'anniversaires, les factures, les avis de passages, les colis, les déclarations des impôts, les publicités, les mots d'amour, les mots des marabouts, les invitations aux évènements, fêtes et mariages, vernissages et obsèques, les bons de réductions, les convocations, les cartes à gratter, les journaux, tous les courriers des familles éloignées et ceux des administrations rapprochées, les trésors publics et privés, les erreurs de passages, les injures. Il dérobe les courriers de son ancienne amante, ceux des autres par épisode et curiosité. La voisine disait qu'elle ne pouvait faire une main courante parce qu'il était policier. Il y a peu de temps, la voisine déménage en une après midi très rapidement, sa mère et ses frères sont venus l'aider à prendre la poudre d’escampette. C'est bien connu, en grande quantité la poudre permet de s’enfuir et de s’évaporer dans la nature.
Fourmi est employé dans un abattoir de la ville depuis plusieurs années, on le nomme Le mouroir. Mais il a dû travailler dans celui d’une autre ville également, car les conditions de travail au mouroir étaient devenues trop difficiles. Il était employé pour permettre le contrôle sur la qualité des viandes, pour prévenir des dangers de l'abattage des animaux et de garantir la salubrité publique par la concentration en un même lieu des mesures de surveillance et de propreté. Au mouroir, il y avait des cris singuliers, des intonations d'une détresse profonde qui semblaient dire des mots qu'on aurait presque pu comprendre. Fourmi commençait à penser l'idée d'une ville terrible, de toutes ces villes épouvantables et démesurées, comme serait une Babylone ou une Babel de cannibales où il y aurait des abattoirs d’êtres vivants. Il commençait à chercher à retrouver quelque chose des agonies humaines dans ces égorgements qui bramaient et sanglotaient.
Tandis qu'il travaillait dans une autre ville, Fourmi apprend par hasard, que la direction du mouroir a saisi son salaire, d'une somme de mille euros. En regardant son compte en ligne, son salaire fut réduit, il ne restait plus que quelques euros. Une saisie pour une direction de la taille de cet abattoir, qui engrange des millions, ce n'est rien, si elle se fie à son propre salaire, mais sur un employé que l’on surnomme Pigeon, et qui ne fait pas partie de sa famille politique, c'est l'abattre. Seuls les amis politiciens de la direction étaient considérés comme des employés et ne touchaient pas aux bêtes. La politique du mouroir était devenue extrémiste et corrompue. Elle s'organisait à afficher des niaiseries.
En interrogeant sa hiérarchie, distante, ils lui ont répondu que c'était cette direction du mouroir, prénommée La cigale qui avait réalisé cette saisie sur salaire. Il avait été prévenu par courrier avec des accusés de réception l'informant qu'elle saisissait son salaire, car il s’était absenté  du mouroir deux fois, alors que tous les employés souhaitent mourir, plutôt deux fois qu'une. Les signataires aux soins palliatifs tirent leur dernière révérence.  À ce moment il travaillait dans un autre abattoir, La cigale le savait bien, mais elle ne voulait pas de concurrence. Fourmi était un bon employé, besogneux, un peu trop lucide et quasiment invisible. Il n'avait jamais été remarqué, jamais reçu de promotion, sa hiérarchie ne l'avait jamais rencontré, il faisait partie des fourmis noires. Il devait retourner travailler au mouroir, là où la mort, invisible, bourdonnait aux oreilles des hommes affolés, essoufflés, inutiles dans cette lutte affreusement inégale, là où les condamnés à mort ne savent plus lire ni écrire, ni les bourreaux pour mieux abattre.
La cigale avait été choisie pour son inconsistance et pour s'amuser avec ses amis, l’arrosoir et les arrosés, le temps que les politiques fassent le ménage et lui ordonne de vider les lettrés inutiles, garder les illettrés, c'est plus rentable. À mort les précieux, pas d'états d'âmes, que des bourreaux. L'objectif était d'abattre et faire le plus d'argent possible, tout était permis pour gratter dans les petits coins, les marges, revendre des outils reçus gratuits, piquer la caution des bêtes, accuser les insectes, les moins que rien, supprimer leurs salaires, leurs postes, les remplacer par des demi-postes, des amateurs, déclasser, abrutir, assujettir, vider l'âme de ces lieux et exposer aux crochets les bêtes abattues, les meilleures pièces.
Servir, se servir, asservir. Les politiciens visitaient les expositions et apposaient leur signature en toutes les langues afin que rayonnent à l'étranger leur puissance, leur autorité, une radicalité, une verticalité. En ces temps de famine horizontale, c'était signer leur impuissance et le rayonnement aveuglant, depuis des lustres avait perdu de son éclat. Les étrangers avaient commencé à trouver tout ce cirque ridicule et s'attachaient à faire des inspections dans ces abattoirs plus poussées en infiltrant d'ignobles bouchers, les meilleurs espions.
Depuis un an, il avait été déporté dans une autre ville afin d’échapper au mouroir et à sa direction supérieure. Elle partait souvent en voyage avec ses sous-chefs, souvent absente de l'abattoir. Elle revenait pour juger les bêtes qui seraient abattues et la procédure à établir, puis repartait. Elle avait prévenu ses employés « Je suis pénarde, je fais ce que je veux, il ne peut rien m'arriver », en tournant sur son nouveau siège, « Je vais supprimer des ateliers et vos noms, je vais renommer les salles froides ». Plusieurs employés finissaient leur vie au mouroir, depuis des années et abattaient les bêtes de façon illégales, de plus en plus sans prévenir des dangers. C'était à la chaîne, question de rentabilité, de chiffres, de masse à abattre.
Fourmi n’avait pas reçu les courriers de la direction, se demandait à quoi correspondait ces deux fois où il n’était pas présent au mouroir, mais travaillait dans une autre ville. Il n'avait pas été convié. Que s’était-il passé là-bas ? Sa hiérarchie, une administration située dans un autre pays, car Le mouroir était délocalisé, n’avait aucun moyen de contrôle, ni n’effectuait plus d’inspection depuis des décennies dans cet établissement. Elle lisait juste les effectifs et les chiffres et faisait réaliser des statistiques par une agence de son pays, qui ne parlait pas la même langue.
La cigale avait opéré une saisie, par derrière. L'homosexualité était taboue dans cette ville. Il fallait l'abattre. Aucun de ses collègues au mouroir ne l’avait prévenu, ou bien étaient-ils déjà tous morts ? Fourmi n'avait plus aucun contact avec eux, cela remonte à longtemps déjà, ils ne l'avaient pas convié aux réunions. Tout a été validé sans aucune vérification. La hiérarchie n'a jamais contacté Fourmi, l’intéressé, avant la saisie, ni après. Être amputé devenait la norme, il fallait juste ne pas le savoir, ni chercher à le savoir. Fourmi a tout de même demandé pourquoi La cigale ayant chanté tout l’été est venue lui prendre son salaire. Si on lui avait demandé son avis, Fourmi n'aurait pas été d’accord. Si La cigale chantait, il en était fort aise, mais qu’elle danse à présent !
L’été dernier, déjà, La cigale le convoquait au tribunal correctionnel dans la prison pour une autre saisie sur salaire. La cigale avait faim, le petit salaire de Fourmi l’intéressait. Cette saisie était pour une somme de 13 euros et 18 centimes. Ce n'était rien disait La cigale devenue frugale. C'était l'apéritif, car après était programmé la grosse saisie sur salaire. La procédure était préméditée. La cigale avait accusé Fourmi d’avoir rendu un crochet dans une saleté remarquable avec des déchets et des traces d’aliments, de la terre. Il y a 2 ans déjà. L’affaire devait être jugée 3 mois plus tard, en automne. Il avait été prévenu par courrier, des frais pouvait s’ajouter en plus, pouvant aller jusqu’à son salaire entier supprimé. Il allait souffrir, mais il était prévenu. Les méthodes de l'abattoir étaient les mêmes. La raison pour laquelle il y avait des saisies par surprise, c'est pour abattre, par étourdissement répété.
En l’espace d’un instant, en train de travailler dans une autre ville, Fourmi devenait l’homme le plus recherché, délinquant, l’employé le plus néfaste, qui comparaissait pour un délit terrifiant. Il méritait la prison. Il y avait des saletés sur un crochet qui était déjà vieux de plusieurs années et La cigale souhaitait le revendre à des vendeurs à la sauvette, sous les ponts. C’était dans le but de lui supprimer ses outils de travail, au fur et à mesure. La cigale voulait le poste de Fourmi. Le rêve des supérieurs : obtenir le point de vue privilégié des assujettis, prendre la place, écraser les insectes.
Saleté le mot était écrit, puis réécrit, au cas où Pigeon n'avait pas bien compris. Dans les courriers, il était surnommé ainsi, Pigeon, ils sont écrits pour les imbéciles, pour ceux que l'on peut facilement tromper, voler. Dans un cercle de jeu, on immole les pigeons, on appelle cela, l'abattoir. C'est un jeu de dupes. Il faut des coupables, il faut plumer, dépouiller. C'est un poker qui coûte très cher. Seuls les plus aisés peuvent y jouer.  Ceux qui ne touchent pas aux bêtes.
La cigale avait envoyé un de ses secrétaires interrompre les séances de travail de Fourmi, dans la salle froide, afin qu’il lui donne une enveloppe en mains propres, dans laquelle, un courrier reprenait les mêmes mots, c'était sale, il y avait de la saleté sur le crochet, et c'était Pigeon qui devait payer. Il devait plus exactement s'exécuter, dans les vingt-quatre heures. Fourmi ne savait pas si c'était avec un flingue ou pendu à une corde, mais il a préféré ne pas le faire, ne pas s’exécuter. Il pensait que s'exécuter aussi rapidement, sans qu’il puisse prévenir ses proches, ses collègues n'était pas normal. Au moins il espérait une cérémonie, des fleurs, une couronne, quelque chose. Lorsque Fourmi en a parlé à ses collègues, personne n'a voulu être touché par la saleté. Il est devenu un paria. Ils voulaient tous avoir les mains propres. Ils avaient bien compris le message de la direction : ne plus jamais lui adresser la parole, ni lui écrire, ni lui téléphoner. Fourmi ne le savait pas encore, il ne savait pas que la saleté se projetait aussi facilement. Il pensait que ses collègues seraient bien plus engagés, dans cet art de la boucherie, le vrai art, comme des artistes, capables de maculer des toiles de peintures entières, tâchés jusqu’aux mains. De vrais petits sales artistes qui n’avaient pas honte de leurs saletés !
À cette période, avant de travailler dans une autre ville, d'être sollicité pour ses compétences ailleurs, au mouroir, il a commencé à ne plus avoir de lieu, ni de temps dédié pour réaliser ses tâches. Lorsqu’il allait dans ce grand mouroir tout propre, il voyait qu'on se pinçait le nez sur son passage. Ses collègues ont commencé à avoir peur, s’il était sale, il ne fallait pas le toucher et jamais lui prêter d'outils, sait-on jamais, s’il faisait caca dessus.
Un jour, Fourmi va au cinéma de la ville, voir un film réalisé par un homosexuel sur un homme qui aime se vêtir en femme. Ce film n'a pas froid aux yeux. Et il voit le secrétaire de La cigale avec un autre homme s’asseoir devant. Il est si gêné de reconnaître Fourmi, qu’il s’engouffre dans son fauteuil devant lui, comme s’il devenait un petit enfant. Son ami n’arrête pas de lui parler, il ne connaît pas Fourmi. Le secrétaire fut bloqué toute la séance. Secret taire. Fourmi pensait à la mère supérieure, peut-être que le secrétaire imaginait que tout le monde était une mère supérieure et qu’il serait puni d’aller au cinéma avec un autre homme. Il devait craindre d’être mangé à son tour par La cigale.
Fourmi pensait à son voisin qui s’était suicidé, mais s’était raté au final. Tout cela à force d’avoir caché son homosexualité, il était capable de choses extrêmes, même d’attenter à sa vie, peut-être à celle des autres, afin qu’ils ne disent jamais rien. C’était un bon film. Fourmi a complètement oublié le reste.
En attendant, il était envoyé au tribunal pour de la saleté. Le secrétaire et sa mère supérieure, avaient décidé cela ensemble. Encore un truc sexuel refoulé, signifier le dégoût de l'autre et en tirer plaisir, punir. Cela ne devait pas tourner rond dans leurs têtes, mais Fourmi n'était pas médecin, il n'avait pas le temps de s'occuper des pathologies des autres, de leurs névroses insecticides. Mais le nettoyage ethnique faut faire gaffe, Fourmi en a vu de belles dans son pays, le zèle de l'administration conduit aux génocides. Il y a toujours des raisons logiques quand on déporte, c'est à cause de la saleté. Le déchet social valorise les élites, sans lui, pas de prestige, il faut trouver l'écrin du bijou toc. Troubles obsessionnels compulsifs. 
Un jour, Fourmi va travailler au mouroir, il y a très peu de bêtes à traiter et les autres collègues plus du triple, dans la case d’à côté. Et Fourmi voit écrit tagué au dessus de son sobriquet Pigeon  : « Fuyez tant qu’il en est encore temps ! »
Il s’est rendu au tribunal en automne, une ambiance mortifère, dans la prison, des affaires graves de violences, une vingtaine. Un forcené tatoué, un marin chiffonne sa convocation et hurle, il ne trouve pas sa salle. Les avocats sont paumés, individualistes, payés à l'heure, ils profitent de l'incurie, l'heure tourne, trois heures de retard, ils observent la jungle, ils ne pipent mots, camouflage manchots. Cachots. Les prisonniers leurs lancent des boulettes de shit à travers les barreaux de leur fenêtre. Un jeune homme accusé de viol ronge ses lèvres et retient un peu sa liberté assis entre deux femmes, chacune avec une poussette remplie, des courses, des enfants, on ne sait plus. Un autre vient de tomber dans les pommes, le tribunal n'a pas de pompiers, trois personnes sont à terre et tentent de le ranimer. Des greffières courent inutilement, les papiers sur les salles sont erronés, les prévenus rentrent dans n'importe quelle audience comme chercher son pain dans une boulangerie. Les juges sont exaspérés, ce sont des femmes, elles transpirent. Burn out supérieur.
Tension, extension. Ils ont fait une erreur sur son nom, ils l’ont appelé Pigeon, mais il se nomme Fourmi. Cela a été reporté. Récolte, la main au panier : des pommes et des avocats.
En cette fin d'année, Noël prenait une allure de folie dans cette ville. Fourmi avait porté le scandale du mouroir aux médias, les monstruosités faites aux animaux. On pensait avoir vu toutes sortes de sévices et de maltraitances animales perpétrés dans des abattoirs. Cette fois, l’horreur était à son comble. Si la pratique est légale et régulière, bien que méconnue du grand public, elle reste controversée, au point que plusieurs pays cherchent à l’interdire ou à la limiter. C’est la première fois qu’un lanceur d’alerte témoignait à visage découvert dans le monde occulte des abattoirs. Une fourmi noire en plus. Alors qu’il travaille depuis sept ans dans l’établissement le plus grand du pays, Le mouroir, Fourmi dit ne « plus y arriver », « Je sais que je vais perdre mon travail. Je veux que le peuple soit au courant. » Terrorisés plusieurs fois avant d’être abattus, les bêtes comme les êtres humains, sont torturées avant de mourir. La raison est motivée : c’est un abattoir, c’est fait pour abattre.
Fourmi aurait souhaité qu’on le prévienne avant de travailler dans ce mouroir, il était venu de loin pour travailler, de son pays. Pour combien de temps en avait-il encore avant d’être abattus lui-même par la maladie, par épuisement. Cela n’avait pas encore été motivé, il fallait qu’il attende, qu’il continue à réaliser ses tâches, qu’il vienne parcourir les couloirs de ce grand abattoir gris, prendre connaissance avec les murs qui chuchotent « Nous sommes tous morts ici »
Pour la saisie sur salaire la seule raison évoquée et validée est que la direction a bien envoyé des courriers avec accusés réception. Cela suffit à réaliser une saisie, d'ailleurs toutes les directions des abattoirs peuvent en faire autant. Envoyer des courriers pour prévenir d'une saisie arbitraire, et la preuve est là, c'est validé, même si personne ne reçoit les courriers. Sens unique. Du ciel ne tombe pas que des flocons. Fourmi pensait au policier qui piquait les courriers de tous les habitants de son immeuble, et harcelait son ancienne compagne. Il pensait à cette voisine qui avait déménagé, à son voisin qui s’était suicidé, à son salaire qui avait disparu, à ce Noël où il décida de ne plus manger de viande, ou il pensa trouver un autre travail, très différent, peut-être dessinateur ?
Fourmi n’avait pas encore vu tout cela, arrive Noël et tout s’éclaire. Le sapin est joli finalement. Il manquait des guirlandes, il fallait relier tout cela, car quelle dispersion !
Fourmi pensait au policier, il ne sera pas dans le tribunal, La cigale non plus, ils sont partis en voyage de noce, au pays du dédain. Les étoiles scintillent dans le ciel, Fourmi a une pensée pour eux.
Il pensait à ce jeune homme qui s'était suicidé, tombé du ciel, il pensait au feutre, il a découvert jusqu’où le feutre tapissait les sons. Il pensait aux avocats et aux pommes, aux plumes, à toutes ces décorations de Noël.
Les supérieurs du pays lui ont dit qu'il suffisait de motiver ses intentions pour qu'un salaire soit supprimé, les supérieurs de la ville lui ont dit à la justice qu'il suffisait que quelqu'un remplisse un formulaire automatique pour saisir des choses, n'importe qui peut le faire et peut dire n'importe quoi, la justice est obligée d'acter. Il n'y a plus que des femmes à ces postes, au bord du burn out. Elles ne savent pas trop pourquoi elles travaillent, pour qui, ni la finalité de tout cela. La solution finale c'était cela aussi. Les secrétaires des nazis, furent excusées et toujours bien replacées, et ont vécu très longtemps. Car elles ne savaient pas qu'elles écrivaient des courriers avec accusés réceptions pour envoyer des êtres vivants dans des trains pour être déportés, elles ne savaient pas.
Il y a trop d'êtres vivants, il faut déporter, afin que ne restent que des élus, médiocres évidemment. Mais il faut aussi d'autres êtres pour choisir qui déporter, il faut motiver ses décisions. Tout l'art consiste à émettre des preuves, mêmes tronquées, car personne ne lit plus. Il faut choisir des êtres qui ne savent pas trop ce qu'ils font, afin qu'ils puissent prendre de si graves décisions d'amputation.
Mais tous, aujourd'hui sont d'accord, ils sont motivés à supprimer tous les salaires, tous les emplois. Le travail n'a plus de valeur. Plus personne ne doit plus travailler. Et les êtres vivants ? Morts, ils rapportent plus d'argent, il faut les plumer tous.
Il faut couper les arbres vite : Paf ! Sans que l’arbre ne s’en rende compte : Slachhh ! Et on entend sa petite voix des racines, « Je ne peux plus parler au dessus de la terre, je n’ai plus de branches, je n’ai plus de tronc, les êtres vivants ne me voient plus » et des voix de répondre : « Mais si t’inquiètes, nous sommes les racines, viens avec nous, nous sommes très nombreux sous terre ». Enterrés.
Personne n'a plus le temps de lire, d'ailleurs Fourmi a rencontré beaucoup d'analphabètes, hauts placés, il faut toujours inverser (ils sont en fait déplacés, ils passent leur temps à se couvrir). Ce n'est pas très grave, il y a trop de monde, les copains d'abord, même les plus abrutis, on leurs trouvera bien des places. Les enfants crapules dont on ne sait que faire. Les étrangers sont intelligents, il faut se soutenir, entre crapules, bétonner les rues des villes, cimenter les salaires, dehors les fourmis noires. Dehors c'est la rue, dehors ça coupe vraiment. Les jeunes tombent du ciel, dans un silence feutré. Et les sans domiciles fixes font des dessins à même le sol, à la craie blanche. Fourmi porte un masque noir parce que dans le noir on voit mieux les étoiles.
Pour avoir la possibilité que l'on vous écoute ou que l'on vous lise, il faut payer très cher, et même en le faisant, personne ne saura lire, personne ne saura plus jamais vous entendre, vous comprendre. Le savoir, cela ne s’invente pas.
Nous sommes des animaux.
Le silence feutré.
Craies blanches, masques noirs.
Les passants pourront marcher de nouveau dessus, écraser toutes les saletés, les fourmis, et l’eau de la pluie effacer naturellement ces desseins du savoir. Le hasard n'en fini pas de se faire remarquer.

Sonia Marques - décembre 2016

Note de l'auteure :
Les personnages et les situations de cette nouvelle étant réels, toute ressemblance avec des individus et lieux imaginaires, serait fortuite. Pardonnons la réalité. Aux personnes qui croient se reconnaître, les insectes apporteront la preuve de leur inexistence.

samedi 30 janvier 2016

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"Les grands écoutants" (sculpture © Sonia Marques)

Quelques photographies de ma famille des grands écoutants, de petites sculptures lumineuses, qui gardent leur énergie la nuit.
Je n'ai plus actualisé mon site Internet depuis quelques temps, pourtant j'ai hâte de donner une visibilité sur mon site de tous mes derniers projets artistiques. Il faut du temps, celui que j'ai donné à d'autres formes de réflexions et aussi un temps pour les futurs déplacements, orientations pédagogiques.
Alors quelques photographies de personnages en terre, de peinture. Je vis avec depuis mon déménagement et parfois je les agence, je les dispose, je les installe, et, ces grands écoutants me regardent et évidemment, écoutent.

Petite définition des années 1884 :

  Les écoutants et les regardants se disent des personnes qui, trouvant sur leur passage quelque chose de curieux qu'elles ne venaient pas chercher, s'arrêtent pour l'entendre ou pour le voir pendant un temps indéfini, indéterminé. Les écoutants et les regardants sont les gens oisifs, les badauds, les flâneurs, qui se trouvent ou se promènent en un lieu sans but et sans dessein.



"Les grands écoutants" (sculpture © Sonia Marques)


En quelques jours, ce mois de janvier, je me suis mise à écrire un conte, car j'ai rencontré des spécialistes du conte, qui ont mis en valeur toute l'histoire de Cendrillon, la sculpture réalisée en carreaux de céramique et exposée dans le limousin, ainsi que Hansel, ma vidéo cartographique. Et puis, je suis confrontée à des situations très particulières et exclusives souvent négatives, que j'observe à distance. La faculté de l'art et des artistes, c'est de renverser, l'expression devient positive et dans mon parcours une marque, un élan supplémentaire aux idées, aux formes.

Et pour cette nouvelle histoire contemporaine, sociétale, j'ai réalisé un dessin, une femme sans cheveux et pour bien des raisons. Depuis que j'habite dans le Limousin, je me suis imprégnée de la région, des habitants, de diverses situations et quelque chose est arrivé dans mon travail artistique, basé sur l'exclusion, le rejet de tout ce qui vient de l'étranger, l'isolement, le silence et tout ce qui était de l'ordre du "taire", que je n'avais pas perçu aussi nettement au début. Cela à éclairé une partie de mes recherches et à l'aune de cette exploration sociale, du milieu, "les grands écoutants" sont apparus, car finalement, à force de se taire, se sont des oreilles qui ont poussé plus grandes que les autres et ce sens fut développé comme un pouvoir surdimensionné, pour de petites choses, de petites tailles. La femme sans cheveux et son conte très particulier, a finalement aussi une spécificité dans le dessin, car c'est dans ses yeux et son regard calligraphié, que se focalisent toutes les attentions. Comme l'expression, elle a un regard qui en dit long.

Et si la peur de l'étranger se manifeste dans ce que l'on voit et ce que l'on entend souvent, formant une zone d'inconfort envers ce qui vient de loin, le désir d'ailleurs est également fort, par cet attrait de l'étranger, à plusieurs facettes, de l'imagination exotique et d'une linguistique inconnue. Depuis mon arrivée, j'assiste à plusieurs départs. Le détachement est propice à la réflexion sur ses attaches. Dans un chemin inverse, l'arrivée en terre inconnue, aussi radicale, au sens même de la racine, je touche aux souches, au fondement, profond, intense, total, absolu, de ce qui fait mon départ. Ce qui devient plus distant, ce qui revient des véritables attachements, j'adviens. Dans un habitacle des plus détachés, d'un point de vue le plus étranger, en faisant table rase d'avant, je m'attaque à la racine, par révolution, innovation, aux principes des migrations, à l'essence du "partir je reste", du "retour je pars", je touche aux souches, à l'essence de ma recherche, par un retrait radical, mais aussi par la conservation, je garde l'essentiel. J'interroge le déracinement et donc, j'attaque la racine d'un mot, d'un geste, d'un regret, d'une régression... pour une évolution.

Je m'adapte au territoire dans lequel je circule, mange, vit, habite, même si j'ai des bagages différents. Toujours des notions nous réunissent finalement, que nous soyons étrangers ou intégrés, familiers, comme la vanité, par exemple.

Dans la bible, vers le nouveau testament, la vanité représente «une intelligence obscurcie» des pensées que suivent les païens par leur ignorance à l'égard de Dieu. La condamnation des «discours vides» : L'idée générale de la vanité semble être l'absence de but conscient ou l'incapacité d'en atteindre un. On retrouve le "vain discours" par "le vain parleur". Mais, dans la bible toujours, il y a une menace sévère à propos des paroles vaines, c'est-à-dire inutiles, dont il faudra rendre compte au jour du jugement.

Bref la vie continue. Rien de vide comme un être humain plein de soi.



Une partie d'un dessein (dessin © Sonia Marques)