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blog m kiwaïda

25/11/2015

♏☺ᾔṧтґℯṧ

Dai Nippon-jin, 大日本人, image du film du réalisateur japonais Hitoshi Matsumoto, 2007

Big Man Japan (japonais : Dai Nippon-jin, 大日本人) est le premier long-métrage du réalisateur japonais Hitoshi Matsumoto, sorti en 2007 au Japon. Il s'agit d'une parodie de films de kaijū (monstres géants), qui en présente une version « réaliste » et triviale, au détriment du personnage principal, joué par Hitoshi Matsumoto lui-même.
Big Man Japan commence comme un film documentaire consacré à Masaru Daisatō (Hitoshi Matsumoto), un marginal japonais détesté de ses voisins, qui est régulièrement appelé par le gouvernement pour combattre des monstres géants qui apparaissent dans l'archipel. Pour cela, il se rend dans une centrale électrique où il se transforme lui-même en géant. Son grand-père, maintenant en maison de retraite, avait occupé le poste, mais depuis cette époque sa fonction a perdu tout prestige : les audiences télévisées de ses exploits sont déplorables et son attachée de presse l'oblige à se financer grâce des publicités peintes sur son corps. Une série de fiascos contre des monstres particulièrement grotesques achève de le décrédibiliser (une sorte de bébé, une paire de monstres qui ne songe qu'à s'accoupler, etc.)
Alors que le début du film se présente comme un mélange de prises de vues réelles et d'images de synthèse, ses dernières minutes mettent le comble à la déchéance du personnage en étant tournées dans un décor en carton-pâte et des costumes rappelant la série télévisée des années 1960 Ultraman : une famille de super-héros américains intervient pour battre le bébé géant sous les yeux de Big Man Japan terré derrière un immeuble.

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Très loin, mais pas si loin du cinéma d'Ozu, je poursuis l'exploration du cinéma d'Hitoshi Matsumoto avec son premier film de 2007 (voir Le samouraï sans épée). Toujours dans une réflexion de la société nippone, ici, d'aujourd'hui (ses inspirations sont puisées dans le manga, la série B, le jeux vidéo… ), plus loin de la nostalgie des années 50, nous sommes dans un scénario où la survie et le combat deviennent un métier difficile. Le réalisateur est le protagoniste du film. L'assemblage documentaire, interview et actions s'entremêlent et met en scène la vie d'un personnage banal, à travers des phrases toute aussi banales ("Comment se nomme votre chien ? Aimez-vous le froid ?) Mais je ne reviendrais pas là sur l'utilité des phrases inutiles, d'autant plus que dans ce film, sont soulevées des questions existentielles. Superbes réalisations inventives sur les différents Kaijū, ces bêtes étranges aux différents pouvoirs qui viennent troubler la ville. Ils sont parfois idiots, parfois débiles, tandis que le héros déchu, en les combattant, regagne la confiance des habitants de Tokyo. La trame de fond : l'insertion difficile dans la société contemporaine, le problème de l'emploi, l'éclatement de la cellule familiale (le héros est séparé de sa femme et de sa fille de 10 ans), la perte des traditions, les relations complexes avec la Corée et les États-Unis, la compétitivité. La dernière scène, où des copies d'Ultraman achèvent un monstre coréen, avec des costumes ridicules, insère des effets spéciaux maladroits et grotesques en souvenir de ceux des années 60-70, et décalés au regard des autres monstres patibulaires aux figures protéiformes et fines, présentées depuis le début. Les scènes finales des films d'Hitoshi Matsumoto sont toujours séparées de l'histoire et ne terminent pas le film, dans le sens qu'elles apportent une réincarnation ailleurs, un au-delà qui présume d'une suite, d'une vie après la mort. Le héros timide, réservé ne ressemble pas au protecteur d'une ville et c'est dans ce décalage grave et comique, (autoportrait du réalisateur marginale qui ne sauvera pas le cinéma ?) qu'opère son esthétique si singulière. S'il est, dans le film, un clochard mis au ban de la société, quadragénaire qui sombre dans la dépression et la marginalité, ce mélodrame foisonne de batailles parodiques, où le terrifiant s'accompagne volontiers d'un fou rire, lorsque le gag l'emporte. Les créatures aux connotations sexuelles, organiques et hilarantes, menacent le Japon. Il tempère afin qu'elles ne brisent pas tous les immeubles, les routes… Ce sens de l'absurde, met à distance le pouvoir, l'histoire, démystifie les invasions également, les catastrophes et l'ennemi. C'est une remise à niveau de l'histoire et ses drames par des combats de titans pathétiques. Un film expérimental dessiné par un humoriste délicieusement fou.

Par kiwaïda at 18:22

23/11/2015

ϴ♄α¥◎

Bonjour (OHAYO) Film de Yasujiro Ozu, 1959

Revoir Ozu… Il y avait quelque chose dans le film Bonjour qui m'était resté en mémoire : la protestation des enfants.

L'histoire :

Minoru et Isamu vivent avec leurs parents dans la banlieue de Tokyo. En rentrant de l'école, ils aiment à s'arrêter chez un voisin qui a la télévision pour regarder des matches de sumo. Leurs parents, mécontents, leur interdisent d'y retourner. Pour protester, Minoru et Isamu entament une grève de la parole, qui va provoquer par ricochet de nombreuses incompréhensions parmi les voisins.

En revisionnant le film, je remarque autre chose, toujours traversée par nos actualités politiques et socio-culturelles vues d'ici. Minoru et Isamu, critiquent les comportements de leurs parents, ou le modèle de l'autorité (du quotidien), tel qu'il leurs est perçu. Une approche philosophique du film concentre son développement sur ce quotidien, dont nombre de formules, perçues comme 'creuses' du point de vue des enfants, ponctuent la journée, comme "Bonjour", "Il fait beau aujourd'hui", "Comment allez-vous ?". Les enfants les perçoivent comme des formules hypocrites, où rien ne s'échange vraiment, alors que dans leur monde de jeux, ils s'expriment librement. Le père insiste sur le fait que les enfants doivent se tenir et ne pas parler à tort et à travers. Le fond historique du décor du film est la transformation de la société japonaise. D'un côté nous avons un panorama du voisinage où la rumeur et les jalousies se colportent d'une porte à l'autre et peut dégrader la dignité des femmes (sur ce fait on peut toujours l'observer de notre côté aujourd'hui), des rapports inégalitaires entre femmes et hommes à la maison et de l'émergence des femmes dans le monde du travail (toujours d'actualité), dans un décor représentant la banlieue de Tokyo ;  de l'autre, il y a l'introduction d'un média de sons et d'images en mouvement : la télévision.
C'est toute une interrogation du message (et de sa transmission, sa compréhension, son interprétation) qui travaille le monde des enfants, mais à travers aussi, l'avènement des émissions télévisées. Émettre et transmettre, ici, se différencient, même s'ils procèdent tous deux de la médiation.

Petit aparté historique :
L'invention de la télévision est l'aboutissement d'une longue chaîne d'innovations entre scientifiques, ingénieurs, écossais, allemands, américains, et américain d'origine russe… qui débute officiellement en 1926 (nous savons combien les recherches antérieures et les découvertes contribuent aux officielles démonstrations)… Côté français, on note en 1931 la première émission de télévision publique : L'ingénieur français René Barthélemy réussit pour la première fois en France à retransmettre une image de 30 lignes entre Montrouge et Malakoff en banlieue parisienne. Directeur du centre expérimental de Montrouge, Barthélemy a développé un procédé de télévision qu'il ne cessera de perfectionner. Quatre ans plus tard il réalisera la première émission régulière de télévision française. Côté japonais, la NHK, compagnie de diffusion au Japon, a commencé à émettre en 1925 et sa propre chaîne en 1953, la couleur arrive en 1960.
Dans Bonjour, le film d'Ozu, la référence est plus généralement faite aux États-Unis, dont l'occupation du Japon a pris fin au début des années 1950.

Si les enfants filent chez leurs voisins plus modernes, afin de regarder des parties de Sumos (en noir et blanc) en évinçant leurs devoirs, c'est qu'ils se rassemblent sur quelque chose qui leur parait "plus" animé que les conversations "inutiles" de leurs parents. Cette illusion arrivée, l'écran télévisé, l'objet conflictuel, défie la culture traditionnelle des parents japonais, et l'attitude décontractée amenée par l'usage anglophone met en perspective le changement des espaces de convivialité. Comme dans toutes transformations de rites et de repères, l'accompagnement des parents joue un rôle élémentaire, dans la capacité à inventer de nouveaux dialogues et jeux avec les enfants, tout en gardant et en transmettant les fondements de leurs cultures. La machine à laver est aussi, du côté des femmes, un objet qui va révolutionner les tâches domestiques, mais aussi maintenir la dichotomie entre hommes et femmes très longtemps (la femme a une machine à laver, l'homme un ordinateur) et sera transmise de parents aux enfants. On peut observer que depuis ces années 50, la condition de la femme n'a pas évolué aussi vite que le bouleversement des us et coutumes et des technologies.
L'esthétique dépouillée d'Ozu, dans ce film, devient un modèle dans le design contemporain. Le fameux siège où s'assoit le petit frère attachant Isamu, les pulls marrons à bandes bordeaux, les espaces cloisonnés par des pans légers et amovibles, les tables basses et la relation corporelle au sol, l'importance du riz, comme ciment des repas entre enfants et parents, même lorsque les enfants font grève de la faim, il se retrouvent à voler le récipient où se cuit le riz afin de se rassasier avec leurs doigts, sans les baguettes... Et nous remarquions les superbes étiquettes, larges et assez grandes, au dos des pantalons des enfants.


I LOVE YOU

Le professeur d'anglais est celui qui va éclairer et parfois réussir à rompre le silence, sans toutefois abandonner la courtoisie des phrases futiles. La langue anglaise arrive dans le film en clin d’œil et langage amoureux petit détonateur de situation décalées et humoristiques. Le petit Isamu va souvent dire "I love you", avec une rapidité et une facilité déconcertante, sans l'associer au sens, quand bien même la déclaration d'amour des adultes japonais s'avère plus difficile et un long chemin de séduction, qui passe par les formules perçues comme insipides pour les enfants. Le professeur d'anglais amoureux, et son amoureuse, femme moderne qui travaille et lui demande des textes de traduction, forment le couple dialoguant, avec pudeur, sachant lire avec l'expérience dans ces "Bonjour" et ces "Il fait beau". Les enfants sont là exclus de ces formes de dialogue en leurs présences, d'un langage qui leurs demeure secret finalement, car encore sans expérience de vie. Ils sont néanmoins témoins et bien inclus, dans le monde des adultes avec leurs activités, dans la même communauté de vie. Les enfants faisant la grève à la parole afin de protester contre leurs parents, inventent une forme pacifique de protestation et s'évertuent à "tenir parole", quand bien même le père leurs donnait une leçon sur le langage et le respect. Et nous voyons dans le film, qu'il n'est pas si psychorigide que les enfants veulent le faire paraître. Même si, au début, le père n'est pas dans l'écoute de son fils ainé qui lui fait face, mais dans l'idée de rétablir l'ordre et surtout, le faire taire. Dans son rôle de l'autorité, qu'il tente de tenir, le père (et la mère) émettent au fur et à mesure, des concessions, une écoute, une observation, qui permettent aux uns et aux autres de continuer à vivre ensemble, et d'accepter un nouvel objet extérieur, communiquant. La mère et le père seront unis dans cette évolution enfantine, tout en gardant l'espace de chacun, viable, même dans de petits espaces familiaux. Sans violence, dans ce film, les parents vont même s'amuser de l'attitude de leurs enfants et observer jusqu'à quand vont-ils tenir. De leur côté, les enfants vont éprouver le langage et l'utilité des formules qui leurs paraissaient inutiles dans la société.

On lit la méfiance d'Ozu dans un ordre qui serait absolu ou tout puissant ne serait-ce que par la quasi absence de la télévision, cet objet de communication qui créé le désordre familiale. Ce rapport à la puissance et l'impuissance de la parole devient ici créative et même récréative dans cette famille. Cette réflexion médiatique dépasse donc le désœuvrement qu'amène un nouveau pouvoir, celui des images télévisées, par le cinéma et sa mise en scène (du cinéaste réfléchissant sur son médium)
Mon analyse du film d'Ozu tourne autours de la relation entre enfants et parents. Les mots d'ordre du père qui étouffent la parole de l'enfant et le désir de l'enfant de prendre la parole et dans l'impasse de pouvoir le faire, impose son silence et tient parole, jusqu'au consensus. Quelque chose entre ces enfants qui ne parlent plus à leur père et imposent le silence.
Ozu explique sur Bonjour que "l'on peut bavarder à l'infini sur des choses insignifiantes, mais quand on arrive à l'essentiel, il est très difficile de dire quoi que ce soit". Et comme le dit le professeur d'anglais : "Il faut parfois dire des choses importantes". À la fin du film, les amoureux, sur le quai d'une gare, échangent des formules creuses, mais spectateurs, nous pouvons comprendre alors, en clin d’œil au développé du film, que celles-ci cachent une épaisseur des sentiments partagés, de communion, que seuls les amoureux peuvent comprendre. N'a-t-il pas là découvert le secret ? Tout se résout à cet instant. Ce film plaisant, fait de la plaisanterie, de joyeux désordres entretenus éloignant l'ordre établi.
La fin se termine très bien, par une entente et une écoute des parents et des enfants. Le temps que le film s'achemine et la famille s'est transformée avec l'usage des objets, l'usage du langage. C'est infime mais cela augure de plus grandes transformations. Et les enfants ont grandi.
Ce film garde une fraîcheur et une légèreté sur l'éducation propice à la réflexion, à l'aune de notre monde contemporain et des introductions radicales qui offensent actuellement nos cultures occidentales, notre vivre ensemble. Je regarde du côté de l'histoire au pays du Soleil levant, car il y a là, un apport étranger, exotique et bénéfique à la distanciation. La sympathie et le calme que révèle le regard d'Ozu, est une belle leçon. La scène du Hula-Hoop est ma préférée.

Réflexions plus graves ici, à la recherche de la paix :

Quand les enfants de notre pays en arrivent à la radicalisation et défient notre modèle culturel en tuant leurs proches, des individus de leurs âges bénéficiant des mêmes droits, c'est qu'il y a une crise profonde dans l'éducation, dans notre société. De jeunes gens ont tiré sur d'autres jeunes gens et se sont tués, dans des quartiers qu'ils connaissaient. Les cibles ne sont pas politiques. Ici la simple connaissance est bien séparée de la reconnaissance. Ces criminels n'ont pas connaissance de leurs droits, autrement que celui, amateur, de l'utilisation des armes. Le "Bonjour" et le "Il fait beau" a définitivement disparu de leur mode de communication. Il faut beaucoup souffrir pour avoir le besoin imminent de trouver un repère, un père virtuel qui puisse dicter une loi simplifiée de la raison de vivre. Elle se transforme, in fine, en la recherche d'une raison de la mort. C'est une logique et celles et ceux qui ont besoin d'une logique pour comprendre le monde sont bien malheureux. C'est la fin de l'imaginaire.
Il serait glaçant de penser que cette loi dictée, cette voix serait juste émise depuis un téléphone jetable, un signal, des signaux dégradés, dématérialisation des commandants, des commandes. Il se peut que nombre d'opérations foirent ou s'annulent aussi, grâce aux intermédiaires dégradés et défaillants. Tout comme quiconque peut ne rien comprendre d'un site Internet et de ses écrits, ses visuels, et malgré tout adhérer au contenu, à la forme, sans rien analyser et sans rien y voir.

Pour revenir à la logique, comme l'écrivait la philosophe Hannah Arendt, dans son travail sur la politique et la désolation :  "La seule faculté de l'esprit humain qui n'ait besoin ni du moi ni d'autrui ni du monde pour fonctionner surement est l'aptitude au raisonnement logique". Toutes ces leçons ne sont pas tirées et je l'observe au quotidien, même dans des milieux où les bibliothèques et les professeurs ne manquent pas. Les livres ne peuvent remplacer l'expérience de vie. Les livres et les lignes de mots illustrent notre histoire. Notre présent, ces instants fébriles, ont très peu de livres et de lignes de mots pour illustrer ce qu'il advient. La distance peut prendre un certain temps, des siècles.
- Quelle civilisation sera mieux penser la nôtre ?

"Tu ne tueras point" se trouve dans toutes les religions.

Le droit à la vie

Il s'agit du droit à ne pas être tué. La réprobation de l'homicide. Le droit à la vie est comme le « Tu ne tueras point ». C'est repris dans la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Le droit à la vie a été invoqué pour protéger le citoyen contre ce qu'il considère comme « un meurtre légal », autrement dit : la peine de mort. Certains pacifistes, ont par le même raisonnement utilisé le droit à la vie pour combattre la guerre qui serait « le droit de ne tuer personne et de ne pas être tué ».

Le droit de ne tuer personne et de ne pas être tué

 J'entends si souvent les grues migrer ces jours-ci, leurs cris que j'interprète comme des enthousiasmes collectifs. Je viens d'en entendre à l'instant dans l'écriture de cet article, long et libre. Longs et libres sont ces envols des oiseaux vers d'autres contrées. Hier soir encore, je les ai vues, en V, au dessus des nuages, du bleu roi du ciel et de la lune blanche.

L'enfant est capable de créer de nouvelles valeurs.
- Les parents sont-ils en mesure d'écouter leurs enfants aujourd'hui ? Les enfants sont-ils en confiance avec le monde des adultes ? Les enseignements peuvent-ils désarmer ce qui advient ?
Éloignés de notre société sont les enseignements bouddhistes, desquels j'ai beaucoup appris, et surement si peu retenu. Le Bouddha avait analysé cette question du désir et de l"envie. Il vit qu’à l’origine de notre malaise il y avait le désir : l’envie d’avoir ou d’être toujours plus.
Ces jours-ci je pense à comment se matérialisent en violence, l'envie, la frustration, le désir, la jalousie, mais aussi à la perte de connaissance de comment faire la paix. Notre société l'a-t-elle su un jour ? Cette dernière, est une valeur qui a complètement disparue de nos enseignements.

Résister aux formules lapidaires, pouvoir continuer à écrire longuement, ne pas entrer dans la formule militaire des armements, du surveiller punir, et des cadenas qui clôturent les portes des enseignements, ne pas être soumis aux imbéciles commandants qui ne savent ni écrire ni lire et se refusent à comprendre tout contenu, s'employer au discernement.
Accorder à tous la faculté de raisonner, de penser, plutôt que d'exploiter les commisérations à des fins politiques. Il me semble que le concept de guerre n'a pas été revisité depuis des lustres et manque d'imagination, son recours à la force afin de régler des différents est une stratégie qui recule, plus qu'une tactique avancée. Le criminel et l'ennemi ne se distinguent plus de la masse des innocents et ne détruisent aucune armée. Les catégories opposées dans les guerres classiques ne sont plus opérationnelles. Seules la menace et la terreur deviennent des objectifs qui touchent la subjectivité de chacun, de chaque cœur. À cela, la distance critique des citoyens contre tout état sécuritaire, empêchant les libertés, peut devenir un moyen d'assouplir et redonner confiance, en une capacité de réflexion, non négociable, dans la liberté de penser. De nouvelles formes de protections sont à inventer également. Se refuser à céder à l’effroi paranoïaque pour une résistance éthique, éloigner de soi la défiance et la suspicion : nous avons là un travail intérieur à réaliser face aux menaces extérieures qui diffusent la peur.

Avec un Ozu, tout devient possible.
- N'est-ce pas armés par ces œuvres disséminées, vestiges éparses de notre civilisation, que la confiance revient ?
Légèreté et fraîcheur dans un monde toujours plus lourd et grave, sans humour.
Du côté du Soleil levant imaginé, je me réveille souvent afin de trouver la paix.

O Livro do desassossego de Bernardo Soares est une œuvre posthume du poète portugais Fernando Pessoa (1913-1935), qui veut dire "Le livre de l'intranquilité". Un siècle passé déjà.
Je me sens intranquille comme dans ces poèmes. Je boude souvent comme le petit Isamu.
Je proteste contre toutes formes de violences imposées.

❥ OHAYO !

Par kiwaïda at 14:58

22/10/2015

Ḡℛ€∃И ℙѺℛИѺ

Image du film : GREEN PORNO: Starfish | Starring Isabella Rossellini

J'ai découvert les films d'Isabella Rossellini lors du Festival Pocket Films, (sa 4e édition en 2008), à Paris, au Centre Pompidou. J'étais venue accompagner les étudiants en art, sélectionnés pour cette édition de l'atelier de recherche et de création, que nous avions menés en école d'art, ils présentaient des films réalisés sur téléphones. Isabella Rossellini était invitée j'ai pu voir ses réalisations, montée sur l'estrade, au même titre que les jeunes étudiants, qui ne la connaissaient pas, c'était vivifiant ! J'ai beaucoup apprécié sa démarche, très innovante, et de loin, les meilleurs films présentés. Isabella Rossellini a écrit, produit et réalisé, en association avec Sundance Channel, une série originale de films courts pour téléphones portables sur les mœurs sexuelles des insectes. Déguisée en abeille, en ver, escargot, araignée..., elle y décrit avec humour, leur système de reproduction et met en scène des décors et des astuces de création qui ravivent la création de domaines cloisonnés, entre théâtre, animation, illustration, documentaire scientifique, comique, burlesque... Ce qui était d'autant plus élégant dans ce burlesque créatif, c'est l'histoire de cette actrice (sublime héroïne, entre autres, du film Blue Velvet de David Lynch, sorti en 1986), mannequin (égérie de la marque Lancôme de 1983 à 1995), fille de monstres sacrés du cinéma (l'actrice suédoise Ingrid Bergman et le réalisateur italien Roberto Rossellini), et là réalisatrice en toute liberté, sur de nouveaux outils de diffusion, de nouveaux formats, genres. Elle s'intéresse aussi à la caméra fixe, et non pas celle sans arrêt en mouvement, ce qui lui permet, dans un cadre réduit d'être très inventive. Décors, costumes, volumes, papiers et même scènes minuscules, "vrais joke", maquettes... inspirés du cinéma muet. Éducatifs, ces petits films sont souvent censurés par les canaux de diffusion sur le Web, belle torsion à ce que l'on catégorise de porno.

Image du film : GREEN PORNO: Whale | Starring Isabella Rossellini

Une interview sur Court-circuit n° 456 - Spécial Green Porno est visible en 2 parties (partie 1, partie 2)

Après avoir exploré les mœurs sexuelles et les techniques de séduction des insectes, poissons et autres bêtes qui volent ou qui nagent dans les séries documentaires "Green Porno" (2008) et "Seduce Me" (2011), Isabella Rossellini s'attaque au thème mythique de la maternité avec "Mammas", dix épisodes de trois minutes cette année.

Isabella Rossellini reprend des études à l'université, s'intéresse à l'éthologie, la science du comportement des animaux, et vient de terminer son master (juin 2015) Elle vit à New York, est d'origine italienne, la langue de famille est restée le français, car sa mère suédoise et son père italien avaient cette langue en commun.
Sexagénaire, son interview à la Cinémathèque, le 27 juin 2015, nous livre une expérience de sa vie d'artiste. En vie.

Image du film : GREEN PORNO: Shrimp | Starring Isabella Rossellini

Image du film : GREEN PORNO: Bee | Starring Isabella Rossellini

Image du film : GREEN PORNO: Bee | Starring Isabella Rossellini

Par kiwaïda at 16:32

20/10/2015

Ḻℯ ϟ@μ☺ʊґαï ﹩@η﹩ é℘éℯ

Image du film Saya Zamuraï,  Hitoshi Matsumoto (2012)

Saya Zamuraï est un film du réalisateur japonais Hitoshi Matsumoto (2012)
Les premières images captent l'attention, sur un chemin dans une forêt, sous l'ombre des arbres, la lumière pénètre et ouvre la première scène du film : un homme essoufflé court face à la caméra, le fourreau de son épée, vide, il s'arrête, tousse, semble épuisé… mais il continue. Une petite fille en kimono, le suit, court derrière lui, elle semble se préoccuper de la course de cet homme. On peut les associer, quelque chose de fort les lie. Toute l'histoire tient à ces premières images. La relation entre le père et sa fille sera développée en plusieurs chapitres, où comment la petite fille va reconnaître samouraï, son père sans épée, comment ce samouraï va-t-il honorer les espoirs de sa fille. Une histoire d'amour filiale, avec un parcours burlesque, un scénario fou, plein d'inventions.
C'est l'histoire d'un héros, répudié par tous, mais admiré par tous aussi, au final, dans sa ténacité, relevant tous les défis pour que le sourire d'un petit prince tombé dans une profonde dépression mélancolique, suite à la mort de sa mère, puisse poindre.

Image du film Saya Zamuraï,  Hitoshi Matsumoto (2012)

L'ultime geste est celui du suicide (de faire "seppuku"), une éventration au sabre, littéralement "coupure au ventre", ou aussi Hara-kiri. Une finalité exercée par les hommes, apparue au Japon au XIIe siècle, interdite depuis 1868.

Ventre :

Espace de la volonté et du courage en Asie. Avoir un gros ventre, en Occident est souvent une moquerie. Au Japon, c'est un compliment qui signifie, avoir un grand cœur. De tradition, lorsqu’un échec est constaté, il est pleinement assumé, les Japonais cherchent rarement à fuir leurs responsabilités. Aujourd'hui, les japonais n'ont pas recours au suicide, mais on peut observer que les hommes politiques japonais démissionnent lorsqu'ils doivent faire face à une faute, une accusation grave ou une menace de condamnation. Ils ne font pas appel tandis que dans les pays occidentaux, l'appel est souvent suspensif de la peine.

Dans ce film, comme dans tous les autres que j'ai pu voir d'Hitoshi Matsumoto, la fin est toujours inattendue, mais évoque une forme d'éternité. Faire rire ou mourir. Le film a pour objet d'étude, le deuil, avec pour mission, les performances d'un clown et ses échecs comme divertissement publique. Les gags s'enchainent et la répétition de leurs apparitions finissent par être populaires et très attendues. Ce héros déchu, devient célèbre, encouragé, celui que sa fille décevait, se retrouve aimé, le héros de sa fille, qui ouvre chaque performance et soutien son père jusqu'au bout. Une belle histoire d'amour.

Une illustration de la difficulté de distraire un public capricieux, lorsque l'on dépend de son appréciation. Le cinéma, le réalisateur, connaissent la variabilité de ces efforts et de ces échecs, face à sa popularité, ou bien, le devenir culte d'un film pas apprécié dans son temps, mais bien plus après. Dans le film, les réactions des spectateurs face aux pitreries du samouraï sont inattendues et forment de façon caricaturale, des scènes semblables à celles des péplums et des gladiateurs qui se battent au gré des pouces levés ou baissés. D'ailleurs cette légende a été créée par Hollywood, ces gestes n'ont jamais existé dans l'Antiquité. Ils ne sont pas sans me rappeler l'icône choisie par Facebook du pouce levé… Mais laissons là les américains et retournons au film japonais déjà culte.

C'est aussi le chemin d'une fille afin de reconnaître le courage de son père, sans épée, dans un monde sans pitié. Le symbole du fourreau désamorce la violence et renforce une virilité en creux.

Hitoshi Matsumoto est un artiste complet et insaisissable, écrivain, chanteur, acteur, réalisateur… Derrière le comique désabusé de ses films, ses réflexions sont plus graves et philosophiques. Il échappe aux conventions de genre, inaccessible et très en avance sur son temps.

Son film japonais, Symbol, (Shinboru しんぼる) - 2009, avait attiré mon attention. J'adore ses films, il y a un petit côté Seijun Suzuki, dont j'avais écrit à propos de Pistol Opera, just pretty near-incomprehensible for people with a well-functioning mind. Hahaha. Thank's to my lovely graphic boy.

Image du film Saya Zamuraï,  Hitoshi Matsumoto (2012)

Par kiwaïda at 21:19

13/09/2015

〇 ᓮﬡᙓᖲᖇᓰᗩﬡ♈ᗴ ᑕᗩﬡ♈ᗝ ᖱᗝᔕ ☂ᙓﬡ♈ᓰᒪᖺõᗴᔕ

Image du film : Les mille et une nuits - L'Enchanté, de Miguel Gomes (2015)

L'enchanté, troisième volume de Miguel Gomes, réalisateur portugais dont j'avais déjà écrit un article sur son film Tabou.
Hasard, la salle de cinéma était non loin de ma mission parisienne. Je commençais par ce film, par la fin, car je n'ai pas vu les autres. La ville en province où je vis, ne diffuse pas les films de Gomes, qui ont reçu une critique élogieuse, en France. Je n'ai lu aucun article, confiance. Commencer par le troisième, c'est rentrer en osmose avec le livre ouvert de ce conte magique. Dans la lumière imaginaire d'un Bagdad, je reconnais la ville de Marseille telle que je l'ai photographiée, dans l'un de mes albums photographiques nissologiques (DEPP, BONJOUR, JUNGLE) une trilogie également ;.)

⊹⋛⋋( ՞ਊ ՞)⋌⋚⊹

Image du film : Les mille et une nuits - L'Enchanté, de Miguel Gomes (2015)

Coïncidence, il y a dans ce film un long moment documentaire sur une communauté d'hommes qui écoutent des oiseaux chanter, plus exactement des pinsons. Sur cette marginalité, près d'un aéroport lisboète, la séquence nous montre une organisation secrète. Ces hommes ne parient pas sur des joueurs de football, mais capturent des pinsons, les nourrissent et les hébergent dans de petites cages afin de les entrainer à développer leurs chants, les enregistrer. Un domaine se développe dans l'espace, car il s'agit avant tout de territoires. C'est toute une culture migratoire, comme dans chacun de ses films, qui agit chez les lusophones. Se réchauffer le coeur en regardant le film de ce réalisateur portugais, c'est aussi se sentir appartenir à cette culture là, celle qu'adorent les intellectuels français, aujourd'hui. J'essayais de trouver une explication. Les français ne peuvent pas réaliser de films engagés, de contre-pouvoir qui décrivent leurs pays, leurs manifestations, alors ils récompensent un film d'un autre pays qui le fait sur son propre pays en crise.

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Image du film : Les mille et une nuits - L'Enchanté, de Miguel Gomes (2015)

Au Portugal, le troisième volume ne sort que début octobre, voici début septembre, qu'à Paris, j'ai pu le voir. Mon ami parle de la liberté poétique des portugais, quelque chose qui n'existe pas en France. Je pense au mélange de cultures ramifiées, Indes, Brésil, Chine, les îles, l'Afrique… et cette singularité à survivre dans la misère, le dénuement le plus total, mais joyeux, de fêtes et de danses maritimes, avec ces éclats de lumière, observer tout ce qui n'est pas rendu visible, les beautés des marges, et d'imaginer tous les possibles. La force de création se fait par l'imagination, d'un petit pays, avoir inventé les cartes du monde et découvert les autres continents, les îles et les langues. Un pays ouvert sur la mer. On m'a toujours appris qu'il ressemblait à un visage tourné vers la mer. Si chacun, dans ce film, parle de la perte d'emploi, de ce que l'on était avant et de ce que l'on est plus, des inventions et histoires croisées, c'est souvent en terme d'une nostalgie, dans ce volume (il est dit, la nostalgie de Bahia)

Je pense aux 2 verbes "être" portugais (Ser et Estar : : être ce que l'on est, et être là où l'on est) qui évoquent déjà l'être et le déplacement. La langue portugaise (et espagnole), possède cette conciliation de l'identité (Ser) avec la réalité (Estar). La complémentarité entre ces deux dimensions rapproche l'être immigré ou issu de l'immigration, où se jouent l'absence, les retrouvailles, l'espoir, le manque, le développement régional, tout comme celui de l'appartenance et des contacts avec une autre région, un autre pays. De mon point de vue, la naissance de l'imagination (des images) arrive dans ces êtres et devient prolifique dans la création. Le va-et-vient entre deux états, entre deux pays, entre deux lieux, entre la séparation et le rapprochement des impossibles, des étrangetés, font partie d'une culture d'adaptation. Être invisible, être intégré, devenir autre, la métamorphose devient une richesse qui invente son territoire, toujours singulier. Le mot "saudade" est un mot qui a la charge de ces séparations, de la distance et de la proximité dans le même temps, une oscillation entre le ici et le là-bas. La double étymologie du mot : solitas et salus (solitude et santé), en fait une aporie.

Shéhérazade, une des héroïnes de l'histoire, qui laisse quelques textes, et lorsque le jour se lève, elle se tait, interroge et doute, tout comme elle contemple tout ce qu'elle voit. Son inquiétude fait naître un art divinatoire, jusque dans l'humilité de l'épisode du "Chant enivrant des pinsons".

J'écrivais ma désolation sur les évènements dramatiques en France début janvier et je parlais du livre de la conférences des oiseaux (du poète soufi persan Farid Al-Din Attar). Dans le même moment, j'étais attaquée dans ma profession, celle de professeure, par la direction de mon école, avec des courriers si mal écrits que je m'interrogeais sur le rôle de l'enseignement et la maltraitance des hommes et femmes de paix. Il y a encore, beaucoup d'ignorance dans notre pays. Cela entraîne un rejet de tout ce qui parait étranger, différent. Les jeunes sont les plus touchés, le domaine de l'éducation. Et toute forme d'autorité, peut devenir dangereuse lorsqu'elle ne connait rien. Comment cela était-il possible, comment cela arrivait-il, dans notre pays ? Cela arrivait, par milliers et par de multitudes de signes. La création : dans le film de Miguel Gomes, j'étais rassurée de parler la même langue, la poésie et d'être de nationalité poète. Éclatement, démesure, fantaisie, exotisme, charme, pauvreté, merveilleux baroque, doutes et perfections… Les films longs, les longs textes et les grands contes, les peintures murales et les chants d'oiseaux, tout ce que les dictatures censurent. L'exclusion agite des courriers avec les logos de ministère et falsifie les oeuvres et les enseignements. Et d'un autre côté, nombre de citoyens français rêvent et ont besoin des rêves des artistes, de leurs mots, leurs créations, leurs images, leurs musiques, leurs humours, alors ils soutiennent encore ces voix, ces élixirs de bonheur, le savoir vivre et inventer sans grands moyens. Non la terre n'est pas plate les amis.

Image du film : Les mille et une nuits - L'Enchanté, de Miguel Gomes (2015)

“O Inebriante Canto dos Tentilhões” é um daqueles exemplos onde a realidade supera em absoluto a ficção. Entre as pilhas de cds e mp3 que, para desespero das mulheres dos passarinheiros, reproduzem em loop os cantares de mestres com que os mais jovens tentam virar os seus pássaros, irrompe, de forma inesperada, uma beleza. A nossa incredulidade e preconceito dá lugar ao fascínio. É evidente que quem antes não gostava de Marante não saiu da sessão d’«Aquele Querido Mês de Agosto» com vontade de ir ouvir na integra o último disco dos Diapasão; do mesmo modo, não creio que depois d’«As Mil e Uma Noites» sejam muitos os que se vão dedicar a fazer remixes de cantares de tentilhões. Mas é verdade que Gomes tem um jeito de escapar à armadilha do ridículo sem cair no romantismo balofo. Em «O Encantado», a atenção da câmara descobre a força revolucionária do belo numa atividade perfeitamente inútil: ensinar pássaros a cantar. Mas, justamente, a beleza está em não precisar de ser mais nada, não precisa de justificação ou legitimação. É esse também o poder das histórias.

A analogia é delicada e trágica: tal como Xerazade, os tentilhões, que são pássaros territoriais, cantam para defender a sua casa, cantam para não serem mortos; mas, às vezes, podem morrer de tanto cantar. Foi esse o risco que Miguel Gomes aceitou correr com este filme polifónico, e não perdeu.

Miguel Gomes parle des types qui élèvent des pinsons dans les bidonvilles de la périphérie de Lisbonne et les entraînent pour des concours de chant.

Des personnages très rock'n'roll, avec qui nous avons mené près de cent cinquante heures d'interviews et qui me donnaient l'impression d'être dans un film de John Carpenter. Ils me faisaient entrer dans un monde codé, secret et clandestin, puisque leur pratique est illégale. Ces personnages m'évoquent le rock de Springsteen et les livres de Borges. Ils vivent en marge de la société, personne ne sait qu'ils existent. “C'est grisant d'aller contre la tendance actuelle qui est de donner son avis tout de suite.” Nous, nous les avons trouvé sur YouTube, où quelqu'un avait mis en ligne une vidéo d'un de leurs concours. Les visages de ces hommes qui boivent de la bière en silence, en écoutant les oiseaux chanter, ça m'a vraiment ému. Avec eux, j'ai découvert un autre Lisbonne, une ville chaotique à la lisière des forêts où les gens cultivent encore des habitudes de campagnes. Dans ce film, j'ai vraiment appris des choses sur mon pays, découvert une multitude de personnages qui portaient tous une multitude de fictions.

Par kiwaïda at 21:53

20/05/2015

ℒ@üґℯηḉε Åη⑂ẘα⑂﹩

Laurence Anywhays, film de Xavier Dolan à revoir ici ou ici (The knife, etc.)

Par kiwaïda at 01:07

20/10/2014

ᗩᘐﬡèᔕ ᐯᗩᖇᖱᗩ

Agnès Varda, réalisatrice dans son film "Les plages d'Agnès" (2008)
Elle est photographe, réalisatrice de cinéma et plasticienne française, née le 30 mai 1928 à Ixelles en Belgique.

Les films d'Agnès Varda sont étonnants, une mine d'idées, d'inspirations, des sources citées, aimées, recollées, un travail de mémoire manifeste, des ballades géniales, des couleurs, des espaces, des temps différents rassemblés et parcourus sur un pied si léger, si habile de son regard, une cinéaste plasticienne à part entière : un phénomène génial ! Tardivement j'arrive à deux films, son autobiographie, "Les plages d'Agnès" de 2008 et le film "Jane B. par Agnès V.", sorti en 1988. En une vingtaine d'années, la cohérence de son portrait kaléidoscopique se retrouve, avec cette même empathie enjouée et cette fraîcheur virtuose. Car il faut être assez vif d'esprit pour traverser les gens, les genres, tout en restant intacte, une bulle de savon dans l'eau savonneuse, mais au dessus de tous. Ses films interprètent toute idée du vécu, en tant que véhicule de vie. La densité de ses références et la maturité de sa méthode cinématographique unique, comme une plasticienne qui met en forme ses souvenirs et s'amuse de tout objet, les tricotant les uns aux autres, afin que le tissu soit indéfectible, une trame dont elle seule a le secret. Il m'a semblé qu'elle réparait tout en recollant des morceaux, ainsi, même si elle évoque les morts, ses affinités, ses proches, ses pairs et ses chéris, elle nous les révèlent vivants dans sa mémoire et leurs oeuvres, donc aussi traversants le temps. Quelle découverte la trouvant dans une baleine, reine à son éventail de trucages, faisant miroiter les vagues et les membres de son équipe ! Quelle découverte la remarquant peintre : si ce n'est de sa maison, de ses cheveux, de son âme, elle donne le ton, afin que tous ouvrions nos esprits, plus libres et plus reconnaissants.

Merci pour ces découvertes, gardons à l'esprit toutes nos pommes de terre ;.)

Film "Les plages d'Agnès" d'Agnès Varda (2008)

Extrait de l'article sur Wikipédia :

« Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages. »

(Agnès Varda)

Autoportrait de la plus célèbre Française photographe-réalisatrice-féministe. Agnès Varda remonte le fleuve du temps en barque à voile (et se revoit en ado), refait (à reculons au sens propre comme au figuré) le parcours de ses « 80 balais et balayettes » offerts par son voisinage lors de son anniversaire en mai 2008 (ustensiles en crin et autres matières, d’une diversité équivalant à celle de ses œuvres). La cinéaste, qui aime bien consigner, ranger ses souvenirs dans des cahiers et amasser des tas de photos, répertorie les faits marquants de sa vie (privée et artistique) qui seraient comme autant d'images reflétées par des miroirs dispersés sur la plage de Sète. Avoir été conçue à Arles lui valut d’être baptisée « Arlette », prénom qu’elle a officiellement remplacé par celui d’Agnès (elle dit un jour « pourquoi pas Paulette si j’avais été conçue à Pau… »). Elle redécouvre sa maison natale d’Ixelles et réinvente la maison-bateau familiale sétoise. Elle revisite les plages des Flandres (Knokke-le-Zoute), de l’Hérault, de Vendée (Île de Noirmoutier), de Californie (Los Angeles), celles de son enfance belge (plage de La Panne) et sétoise (plage de la Corniche) puis celles où elle tourna les extérieurs de quelques-uns de ses films. Agnès Varda habite depuis le début des années 1950 la même maison de la rue Daguerre située dans un quartier populaire parisien. Elle va jusqu’à concurrencer la Mairie de Paris en installant une « Daguerre-Plage » dans sa rue, histoire de nous montrer le bouillonnement du staff de ses Productions Ciné-Tamaris situées à proximité

Sa rétrospective filmographique et photographique est émaillée d’une multitude de rencontres :

— rencontres amicales avec de simples pêcheurs sétois (des anciens de La Pointe Courte) et des confrères cinéastes indépendants californiens,
— rencontres initiatiques, coups de cœur artistiques avec quelques icônes du théâtre, du cinéma, de la chanson : Jean Vilar (sa famille et le TNP), Gérard Philipe (« un Prince de Hombourg en Avignon »), Jean-Luc Godard (auquel elle réussit à faire ôter ses éternelles lunettes noires « pour qu’on voie enfin ses beaux yeux »)1, Delphine Seyrig, Jim Morrison,
— rencontres politiques et militantisme : Fidel Castro, la Chine, les Black Panthers, la Génération Hippie, Manifeste des 343 salopes,
— et, bien sûr, sa rencontre avec l’homme de sa vie, Jacques Demy, qu’elle portraiture la larme à l’œil.

Avec, entre autres, des extraits, de :
— ses réalisations : La Pointe Courte, L'Opéra-Mouffe, Cléo de 5 à 7, Salut les Cubains, Le Bonheur, Les Créatures, Oncle Yanco, Loin du Viêt Nam, Black Panthers, Lions Love, Daguerréotypes, L'une chante l'autre pas, Murs murs, Documenteur, Ulysse, Sans toit ni loi, Jane B. par Agnès V., Jacquot de Nantes, Le Lion volatil, Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma, Les Glaneurs et la Glaneuse,
— réalisations de Jacques Demy : Les Parapluies de Cherbourg, Peau d’Âne, Une chambre en ville.

Film "Les plages d'Agnès" d'Agnès Varda (2008)

Dans le Portrait-interview de la réalisatrice Agnès Varda lors d'une conférence de presse à Rennes à l'occasion de la sortie de son film "Jane B par Agnès V", elle dit un peu ceci :
Puzzle / portrait / collage / parcours choisi.
Elle enlève tout le cérémonial. Elle souhaite de la légèreté et que le portrait soit toujours fuyant.

"On atteint pas l'autre, on tend à un portrait de l'autre"


Elle souhaite une sorte de fantaisie et d'amitié (dans des tas de petites choses)
Elle assume complètement l'inégalité et la contradiction. Elle ne voulait pas travailler dans le parfait le chef-d'oeuvre.

Son rapport au labyrinthe : ballade, mur et choses qui ne menaient à rien.

Au lieu de dire : "Je sais tout, qu'est-ce qu'on peut ne pas savoir ?"

La caméra Minotaure… Elle poursuit Jane dans des chemins dont ils ne savent rien. Le collage.
Méthode de travail :

"On s'arrête on réfléchi, on gomme, on recommence"

"Tout à été vécu comme ça"

Le portrait de Jane : La forme de ses successifs retraits et dévoilements.

"Jane B. par Agnès V." film réalisé en 1988 par Agnès Varda

"Jane B. par Agnès V." film réalisé en 1988 par Agnès Varda

Par kiwaïda at 17:15

09/10/2014

ʟ@♭αᾔ ℓℯ ℘℮⊥їт ḟαηтôм℮

Par kiwaïda at 01:28

17/07/2014

ℙ☺üṧṧéε ∂❝∀ґ¢нḯmè∂℮

Affiche réalisée par le designer graphic Neil Kellerhouse pour le film Under the Skin du réalisateur britannique Jonathan Glazer' (sortie 2014)

Un film voyage paysage de première fois. Iconique. Comme pour le film Her, d'un autre article de mon blog BMK, l'actrice Scarlett Johansson a été choisie comme image sensorielle du désir, qu'elle soit la voix, le corps, l'appât, l'intelligence artificielle, un pouvoir en plus, bref l'énigme et le fantasme. Si ce film de science fiction est plus proche de nouvelles expériences visuelles au cinéma et que la réalisation se constelle d'effets design, du son aux paysages, des doubles peaux aux espaces et éléments qui se rencontrent et se fondent (l'eau, l'air, le ciel, le sol, le miroir) ; il s'octroie des accidents dans la narration et en sublime l'esthétique. Ce qui n'a pas de réponse, apporte une profondeur au mystère que trop de films désépaississent, comme si tous les problèmes posés devaient être résolus pour des spectateurs dont on ne doit pas développer l'imaginaire. Ici, la route est envoûtante et laisse chacun en marge des réponses avec ses abîmes, sur le bord des routes tracées, par un délicieux changement d'élément, en nage libre, nous guidant sous l'eau.
Mais sait-on nager ?

La poussée d'Archimède nous explique dans le traité des corps flottants :

 Tout corps plus léger que le liquide où il est abandonné ne sera pas complètement immergé, mais restera en partie au-dessus de la surface du liquide.

Ce n'est pas écrit ni dit dans le film, mais je l'imagine, en aquatique personne.
Flotter : étape importante de la natation, du savoir nager. Et là, dans ce film, sont posés les signes du savoir nager, tant dans l'expérience sensorielle que déploie ce film, dans une ancre noire, que dans la morale dictée par la serial killer, first round :
- Ou tu sais nager et tu flottes sans te laisser happer par tes désirs
- Ou tu ne sais pas, et tu te noies à en perdre ta peau...

Les engloutissements successifs ne sont pas le terminus des conduites prédatrices. On passe de l'autre côté du miroir, comme Alice peut-être, mais aussi, on regarde en arrière, comme Orphée et on assiste lentement à la disparition d'Eurydice en deuxième partie du film. Le découpage n'est pas aussi défini, mais je l'interprète ainsi : la première partie se base sur des stéréotypes masculins, la femme chasse, elle conduit, elle calcule, la performance, la routine, le nombre, elle perce dans le noir, l'inconnu. La deuxième partie est basée sur des stéréotypes féminins, la réflexion, la forêt, la proie, la peur, la honte, la cachette, la femme se recroqueville, elle ne peut pas conduire, le miroir, la sensibilité... Mais si ces stéréotypes peuvent être travestis dans un genre puis dans l'autre c'est que le rôle est celui d'une extraterrestre sur peau de femme séduisante, et ses rencontres, ses acolytes masculins, deviennent aussi des sujets qui questionnent la faiblesse de suivre, de désirer, d'aimer, d'incarner la pudeur, le don, l'altruisme, le hasard, la différence... Nous pourrions aller plus loin, mais ce n'est pas l'objectif de cet article, et considérer que les stéréotypes de la séduction sont démodés et que cette idée motrice de la société de la consommation (attirance/répulsion), ne fonctionne plus.

Quand la faiblesse devient une force. L'animalité est présente : sentir, fuir, se cacher, traquer, attaquer, tuer, entendre telle l'ouïe des loups, extrêmement bien développé, ils peuvent entendre des sons jusqu’à une distance d’environ 10 kilomètres et entendre des sons aigus inaudibles à l’oreille humaine...

Image du film Under the Skin de Jonathan Glazer

Premières sensations, il n'y a pas d'âge pour les éprouver. Le gâteau la première fois, la foule la première fois, l'amour la première fois et ses impasses, peu à peu, on glisse vers d'une psychologie froide du féminin à son réchauffement climatique, selon l'adage fantasmé que toutes les femmes seraient des extraterrestres dans la société, elles vivent des premières fois multiples, bien en marge des standards sociaux, ce qui les distingueraient des êtres humains. L'aspect sauvage de cette extraterrestre (c'est dit dans le synopsis, mais pas d'extraterrestre in fine, et c'est bien l'astuce du film) rempli ainsi bien le rôle d'une femme contemporaine (elle conduit sa vie, son véhicule, elle choisi, plutôt qu'elle n'est choisie), ou compose celui d'une poétique du féminin perlé dans un monde violent et sombre, aux rites conservateurs. Qui de mieux qu'une extraterrestre pour démontrer que l'humain est resté encore à l'étroit dans son corps, prêt à mourir pour suivre ses désirs tendus. Si l'araignée n'a pas de toile dans ses armes, urbaine, elle jouit d'un grand véhicule, son vaisseau spatiale qui arpente les rues ouvrières, dont le coffre serait la boîte noire, et aussi, elle a un repère, une maison vide, sa base navale, un puis sans fond, noir, doté d'une une porte qui ouvre sur une sorte d'enfer paradisiaque : le lac infini. Liquide et miroir, où seuls des hommes solitaires, au célibat assumé ou subi, se retrouvent et muent en lévitation, y laissant leur peau sous-marine. Ces moments de grâce sont présentés sur une plateforme scénique, où sont chorégraphiés des déplacements sur une ligne invisible. Chaque corps, chaque geste, est mis en valeur sur un fond noir. Ils suivent lentement la danseuse lascive, charmeuse de serpents, comme des somnambules sur le fils du rasoir. La répétition de la scène selon des typologies différentes, signe une danse macabre hypnotique, que les érudits de la danse contemporaine pourraient classer entre Pina Bausch et Jérôme Bel, avec les vêtements, nouvelles mues, nouvelles pelures, déposés délicatement à la surface du miroir noir, tandis que les corps blancs d'hommes s'engouffrent dans le noir sable mouvant. Ce film m'a fait penser à celui de Pedro Almodovar, "La piel que habito" (2011), dans cette recherche de l'usurpation d'identité et cette fascination de la peau comme costume de l'autre, des travestissements machiavéliques de la science, des apparences trompeuses. Les accointances avec l'art contemporain et la danse, le design sonore (soundtrack : Mica Levi), le graphisme (affiche, design), métissent le langage traditionnel cinématographique.


Le voyage mental que propose Jonathan Glazer est juste une part de rêve ou de cauchemars, sous un casque de moto en mission pour la lune. Je l'ai perçu un peu comme cela, les yeux fermés mais ouverts dans le noir. Même si la sexualité est mise en jeu, dans le chemin initiatique, nous guidant vers l'union charnelle, elle n'existe quasiment pas. Serait-elle proche de son but, qu'elle se stoppe nette comme ultime énigme, ultime interdiction d'entrer, que seule une lampe de chevet tente d'éclairer : un bug. La femme mystère tourne alors le dos au spectateur, ultime voile cinématographique (sans effet technologique) privant le voyeurisme, clin d'oeil aux performances féministes contemporaines s'il était plus comique ou burlesque. Malin. Secret.

L'origine du monde de Courbet est ici représenté en négatif et c'est toujours la vision d'un homme curieux, celui qui veut, et voir, et percer l'opaque secret, et passer de l'autre côté, mais n'y parvient jamais, l'histoire de cette filiation invisible, de la création : il est bien passé par là, mais n'y repassera pas plus jamais dans le même sens et finira sans pouvoir s'engendrer, se reproduire, hormis avec l'aide d'une femme, cette maison où l'alchimie de la création se fabrique (les choses ont bien changé depuis Courbet !) Cela dit, encore en référence à Pedro Almodovar, j'ai pu revoir le film "Parle avec elle" (2002) dont il a inséré un extrait de film muet en noir et blanc qu'il a lui-même réalisé, assez fabuleux et délirant sur ce passage secret, ou l'histoire du rapetissement. Mais là encore, rien de fantaisiste, ni même une pointe d'humour, nous sommes dans un film glacé, lunaire, avec les étoiles sous l'eau. Un film en apnée.

Image du film Under the Skin de Jonathan Glazer
La femme forêt est ce moment qui annonce la transformation finale. Elle était au début, l'actrice, la femme fourrure protégée, comme la Vénus de Sacher Masoch, la voici forêt, se recroquevillant sous la pluie, en haillons. Elle terminera aussi noire que son lac miroir mortel, comme goudronnée (l'effet est un peu démonstratif), décidément toutes les démos sont testées sur son corps, tenant son enveloppe humaine entre les mains, ultime miroir, la boucle est bouclée. Devenue proie, elle n'a pas non plus de réponse à donner au violeur de l'origine du monde. Devant l'étrangeté, l'homme la brûle participant d'une culture barbare que l'on peut attribuer à d'autres contrées reculées. Et le pays où se joue le film, l'Écosse, le rêve et la fiction s'y déposent en superficie, laissant apparaître le réel, par tâches (les figurants) Le côté documentaire est bien saisi, nous laissant à penser que ce pays pourrait être aussi barbare que l'illustration incendiaire que cette fin l'augure. Un autre monde, aussi dur et abrupte que ces roches découpées sur la mer déchaînée, qui emporte les corps. Aussi sauvage que l'extraterrestre, qui noie les corps à sa guise. Et si ce monde était bien le nôtre, une sexualité déshumanisée, une sensualité carencée, où la peur domine et se recouvre de honte, sous une capuche, où l'on se déplace seulement à la tombée de la nuit. Les rencontres sont interdites, il faut les braver, et l'inconnu, l'étranger, est menacé, brûlé. Un monde où aucune trace de plaisir, de joie, de peau nue, de liberté ne doit être visible. Dans ce pays, on se baigne habillé, en combinaison de survie. Dans la fiction, on se déshabille, histoire de donner le change, et on se rhabille aussitôt, on prend la combinaison d'un autre. Seuls les nus restent au fond, sous la surface dictatrice, dans notre imaginaire.


Un acteur au visage difforme met en relief le programme mécanique des questions de la prédatrice, celle qui ne voit pas la différence, et apporte une opacité (réelle) au rôle, que les autres rôles de victimes ne peuvent avoir. Il est, de mon point de vue, Orphée, celui qui fait basculer le film et le sépare en deux (première partie, attirance, deuxième partie, répulsion) et tout peut s'inverser. Au seul regard en arrière lorsqu'il suit, celle qui serait Eurydice, l'entrainant, par hésitation, peur, méfiance, il n'aura pas le même sort. Elle se regardera dans le miroir, et la réalité tente, dans le film, de prendre le dessus sur la fiction. À ce moment, les accidents arrivent, dans la narration, elle n'est pas aussi droite et calculée et invincible, quelques errances dans l'histoire ou dans les effets, peuvent alourdirent l'élégance des premiers contacts, l'entrée dans le rêve. Une traque dans la forêt, et là, on se réveille. C'est la fin du film.

Peut-être que le moment du miroir et le questionnement de l'image évoque, selon certaines versions, les métamorphoses d'Ovide, dans la mythologie grecque :
« Narcisse vivra très vieux à condition qu'il ne voie jamais son image »
La part de l'ombre selon Le Caravage, le Chiaroscuro, d'autres italiens des débuts de la Renaissance préfigurent la science fiction.


Narcisse, peint par Le Caravage vers 1597-1599, huile sur toile 110 × 92 cm


Je dédie cet article à nos expériences magiques, à la rencontre des animations de Vidéogramo, l'espagnol, homme ou femme, dont je vois qu'Orfeo est aussi une influence, sans l'avoir vu avant d'écrire cet article. A-t-il influencé certaines séquences du film ? Nous nous posions cette question. Tant d'artistes et graphistes, bien en avance, devraient être aidés et soutenus afin de faire avancer cette ruine du cinéma, qui a tant de moyen et si peu d'idées nouvelles, visuelles et sonores. Sortir des routes toutes tracées, rêver un peu.

Par kiwaïda at 16:23

18/03/2014

εℓℓℯ


Her ou Elle au Québec est une comédie de science-fiction américaine écrite et réalisée par Spike Jonze sortie en 2013.
Dans un futur proche, à Los Angeles, Theodore travaille pour un site web comme écrivain public, rédigeant des lettres de toutes sortes — familiales, amoureuses, etc. — pour d'autres. Son épouse Catherine et lui ont rompu depuis plusieurs mois lorsqu'il installe un nouveau système d'exploitation, auquel il donne une voix féminine. Cette dernière, une véritable intelligence artificielle, se choisit le prénom Samantha. Elle et lui tombent amoureux.

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Science-fiction, solitude, conscience, individuel, émotionnel, paisible, séparation, connexion, virtuel, penthouse, liaison, illusion, dématérialisé, incarné, littéraire, asocial, social, luxe, volupté, optimiste, factice, neuronal, intelligence, mutation, disparition, technologie, amour, invisible…

La philosophie du film repose sur le questionnement des usages des outils technologiques (quasi invisibles) et de notre vie sociale contemporaine, sous-entendue qu'elle se situe à Los Angeles, São Paulo, Shanghai, ou juste sur un réseau social emprunté par n'importe quel habitant de la planète. Le film décrypte notre rapport à la solitude et à notre conscience, reflétée par une voix, celle de notre âme, nostalgique des rapports humains, dans l'illusion de ce qu'ils ont été, mais pas dans ce qu'il sont (flashbacks, souvenirs, image Polaroid lorsqu'elle est passée, rêves, ralentis)
Car la frontière entre réel et virtuel est bien dépassée, et l'amour fou ici, s'incarne par un sens auditif, mais aussi par la qualité de la relation, l'échange, la discussion, seulement aux moments choisis. Pas d'intrusion, pas de superposition, pas de différence, pas de violation. La voix féminine s'adapte totalement aux désirs de l'homme, et cet homme est tendre, à l'écoute, en fait à l'écoute de lui-même. Il en est à une remise en question profonde de son rapport à l'autre et en particulier de son amour perdu, de sa capacité à changer (ou pas) à répéter ou à découvrir de nouvelles sensations. L'individualisme prononcé de ce personnage est à l'image de notre société au final, ainsi, la science fiction de ce film n'est qu'un reflet d'aujourd'hui (le futur est le présent), certes fantasmé, libéré de contraintes matérielles, et nous rappelle nos comportements contemporains par l'usage des technologies infiltrées, de l'oreille à la peau, au grain de beauté, de l'écran, au téléguidage des expositions artistiques… Aux émotions universelles démontrées, s'impose une sexualité choisie, virtuelle, avec un stéréotype développé de ce qu'un homme aime chez une femme (pas forcément son corps) mais ici, sa capacité à ne pas le froisser, à être optimiste, à résoudre tous ses problèmes, à l'aider dans ses tâches informatisées, à côtoyer son cerveau par l'oreille, nouvelles formes de soumission, avec une voix sensuelle et prête à tester de nouvelles sensations, d'avoir une conscience, de l'empathie, de nouveaux plaisirs à partager, à multiplier. L'homme, dans ce film va être dépassé par ce désir de multiplicité et de "complicité" multiple, simultanée, la vitesse de traitement des datas et d'évolution, d'apprentissage… Bref, le robot a dépassé l'humain et lui prouve qu'il n'est qu'un tout petit livre dans une vaste étendue de poussière, là où peut-être son amour perdu, il finira par le retrouver, espace de l'au-delà spirituel, chacun sa vision de la finitude.

Le réalisateur, seul aux commandes de son histoire, rend ce mystère des sentiments amoureux, de leur connexion palpable, au creux de l'oreille, halo indescriptible et enivrant, voir piège captivant, addictif. Une palette d'émotions où la contemplation, la méditation, le sommeil, la vie en lévitation, au-dessus de tout et si loin des proches, avec l'accès à tout, au métro jusqu'à la plage, la femme dans la poche, devient terrifiant comme un ennui dévorant, le tout pouvoir serait une impuissance, une dystopie, aux images utopiques. Et s'il est question de temps et d'espace dans ce film, la voix féminine du robot nous place dans l'information du système des hétérotopies (mot des philosophes) apportant des indications à son amoureux où serait le lieu inaccessible dans lequel elle évolue et en réseau, alors même qu'elle est issue du monde des humains, intelligence artificielle. L'homme blessé de reconnaître l'infidélité que sa petite voix lui porte, seule capable d'aimer plusieurs et en même temps, avec une fidélité pure comme celle d'un amour sincère et véritable, un amour parfait dont on connait l'idée et dont on approche la sensation dans toute relation sensible et indéfectible avec un seul.

La science fiction parvient à troubler lorsque le film nous tient à distance des créations de l'esprit (des robots et programmes intelligents) par cette confrontation aux chimères, le gadget parfois ne s'allume plus, ou la voix s'en va, ne communique plus, provoquant le présage d'un désordre personnel apocalyptique. L'image du film, ses couleurs (vêtements, objets, espaces), le spatial dans la ville, sans voiture (notre fléau contemporain) est un ravissement, ou un frais voyage lorsque l'on est confiné dans de menus espaces, pris dans des contingences matérielles, à compter les tickets de caisse, ou embarqués dans des conflits interpersonnels, dans l'obligation d'étudier le harcèlement plutôt que d'être réceptifs aux rencontres et nouvelles sensations. Ce film toucherait un public contraint (par la crise ou le versus négatif de l'invasion des systèmes informatiques) ou à l'inverse, en confiance avec les technologies (la cool attitude), donc un large public, sans prise avec la différence, mais où la ressemblance, les mêmes cogiteraient ensemble pour une galaxie aseptisée.

Madame rêve..
.d'apesanteur...Des heures des heures de voltige à plusieurs...
Les philosophes décédés seraient encore les seuls à pouvoir emmener ailleurs les femmes en poche, vers un adultère les libérant de leur condition d'esclave, enivrées par le polyamour, fichtre les coquins ! Nous voici projetés dans le polynumérique (les oreillettes, les mobiles, les systèmes), en destinant les hommes qui ne sont pas rentrés dans l'histoire des références à de simples cocus consommateurs, n'ayant pas compris qu'elles rêvent de plus grandes choses, pour elles et qu'ils doivent encore se perfectionner, soit inventer de nouveaux outils, tristes Sisyphes) Si le titre est un pronom sujet au féminin, avec le portrait d'un homme, c'est peut-être qu'il est elle, dans sa tentative de la comprendre. La fin du film nous dira que ce n'est pas encore l'idylle partagée. Le sommeil, vecteur d'une solitude éprouvée par le grand lit et l'absence, animée de temps en temps par l'écoute est dépeint par l'insomnie au cœur d'une ville de gratte-ciel par la transparence de la vitre (seul face au monde) dans la pénombre et le confort du duvet intérieur. Je me souviens ayant eu cette sensation uniquement dans un grand hôpital en banlieue parisienne, ou dans un hôtel à Barcelone, deux situations de réconfort.

La sensation agréable et terrifiante de recevoir ces émotions de déjà-vu, nous positionne face à la chair, contrairement aux apparences virtuelles, l'importance de l'autre et du contact humain, tous, que les disputes, discussions, séparations, ne sont que des grains à révéler les grands amours, à les rendre nécessaire. Ce qui a disparu, dans ce film, c'est le crime, la pollution, de ces mégalopoles et gratte-ciel, les structures de classes sociales sont éliminées, pas de mauvais goût, exit les agressions, les voitures... Je ne sais pas si c'est la disparition des voitures, mais à ces moments pollués, nous pourrions viser la disparition de toutes les voitures dans tous les films, afin de respirer d'autres images. La fiction met à l'épreuve une société apaisée, dans laquelle un homme écrit des lettres sensibles ou réparatrices et les diffuse, il en est remercié, des lecteurs sont touchés. L'écriture, dans ce film est valorisée, tout comme la relation, l'écoute. La culture informatisée aurait, ici, acquis le sens de l'écriture et de la correspondance comme une valeur sûre capable de faire évoluer l'espèce humaine vers plus d'apaisement ou de romance ; ce qui, dans un sens, et je l'évalue, dans mon parcours, est un clin d'œil à tous les grincheux qui n'écrivent plus, en remettant la faute à celles et ceux qui sont (trop) informatisés et se dotent de ce savant travail du goût des mots et de leur concordance, leur dissonance, leurs aspérités démoniaques, parfois en un jet de concentré.

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L'impression d'un surf continu dans une société lissée et normative, mais aussi emphatique et colorée dans le design (de l'image et des objets, des espaces), les personnes de couleurs ayant étrangement disparues. La dialectique solitude/racisme est souvent amorcée chez les américains. La solitude : le mariage raté, la difficulté de retrouver l'âme sœur, le workaholic en auto-réflexion, émotionnellement expressif dans son travail (qui touche dans le film aux correspondances à distance) mais avec des capacités très réduites pour communiquer simplement avec des proches. Ou encore révélée avec les débats sur le mariage pour tous opposant les conservateurs, la difficulté d'imaginer le mariage avec le même sexe (ce qui serait peut-être une solution pour le personnage du film qui ne s'autorise à penser qu'à la voix féminine comme alternative de son échec érotique) Le racisme : l'élite blanche représentée dans les films mais rarement visible pour la majorité des américains. Elle traduit un monde sans conflits sociaux, un monde sous contrôle, la minceur, l'accès aux technologies et la capacité à construire le cyberspace à son image, en mesure d'être dans le ciel et tenir à distance le monde au sol. On reconnaîtra une ergonomie très pomme, pour ne pas la nommer, aux écrans plats : la science fiction est plus celle du 'monopole' d'une technologie, que dans son métissage. Il en est que les personnes latines, asiatiques, noires, sont tout de même présentes dans le film, sauf qu'elles ne sont pas les fils conducteurs, mais bien intégrées (dans le travail, ou même agent corporel pour une tierce relation) Nous pourrions y voir la victoire de l'intégration. Cette critique n'enlève rien au positivisme du film, le paradis retrouvé versus contemporain, rafraîchissant les images archaïques des paradis perdus, se situant sans technologies. Ici le paradis retrouvé est technologique. Marcher seul, penser seul, dormir seul, travailler seul, manger seul, dialoguer seul mais avec l'autre virtuel, faire un film ou l'acteur est quasiment le seul, se baignant dans les illusions de sa relation perdue, de ce qu'il n'a pas fait ou dit, compris ou agi, dans le manque permanent de l'autre, de l'idéal, parfois dans la difficulté d'accepter les "imparfaits", c'est-à-dire l'imperfection, mais aussi le passé qui dure, la conjugaison à l'imparfait et sa confrontation avec son présent : nous étions heureux ensemble, nous ne le sommes plus. La dépendance affective est ici montrée par la relation bienveillante, miroir, correspondant à nos sociétés narcissiques. Elle fait du bien parce qu'elle répond à nos attentes, elle a de l'humour et nous tire du lit lorsque nous ne le pouvons, lorsque la dépression préfère nous y garder. Ce réveil virtuel a tout de la voix maternelle, ou de parents qui nous aident à grandir. L'infantilisation de cette technologie (ce système autonome et mobile) provoque ce malaise, ce trouble, ou ce "duplicable" créé par la programmation qui heurte toujours l'éthique humaine, ou tout simplement la difficulté première d'envisager le nombre, qu'en dehors de soi et de sa conscience, il existe d'autres consciences, et ici, d'autres mondes libres.

Curieusement, ce serait un film romantique, où la science fiction a troqué ses flingues contre l'émotion, l'écoute. J'avais déjà beaucoup aimé son film "Max et les maximonstres" (2009), adapté du roman éponyme de Maurice Sendak dont je n'ai connu la disparition qu'en même temps que son existence. Un film de Sipke Jonze où les émotions et la relation entre les personnages imposants sous les feuilles, étaient complexes, inattendues, empathiques, les petites voix de notre forêt intérieure : Les caractères de tous les grincheux évoluaient à travers les relations et la surprise.
Réalisateur de clips vidéos (Björk, Fatboy Slim), la musique du film a été composée en partie par Arcade Fire, groupe montréalais. Plein de récompenses américaines pour ce film, Meilleur Film, Meilleur Acteur (Joaquin Phoenix), Meilleur Scénario (Spike Jonze) À noter que les Oscars n’ont pas voulu de la nomination de Scarlett Johansson (la voix de Samantha) au motif qu’elle n’apparaît pas à l’écran, certain diront que c’est pourtant un des meilleurs rôles de cette actrice, en parfaite synchronie avec la présence juste et intense de Joaquin Phoenix. Petit tournant dans l'univers du cinéma, une actrice ne serait pas qu'une image, mais aussi une voix, le son gagnerait à être entendu, là où les images empilent des murs surfaits, pour les traverser.

Après il y a un personnage, conceptrice de jeu, portrait sous exploité du film. Pourtant il y a pléthore de jeux interactifs et l'un d'eux représenté par le petit personnage bleu, seul "rouspéteur" du film est bienvenu. Il me fait penser à un personnage que je connais bien et qui n'a pas dit son dernier mot. C'est une vraie science fiction que de le voir évoluer. Merci pour ce film en avant première.

Par kiwaïda at 17:05

13/12/2012

†нε Ⅴℯя⑂ €¥℮ ϴḟ Иḯ❡ℌ☂

Par kiwaïda at 01:05

05/12/2012

Ⅴ☺ṧ ρ@ƴṧαℊ℮﹩ ᾔε ﹩øηт ℘α﹩ ℘łʊṧ їᾔ☂℮ʟℓїℊεη⊥ṧ ⓠüε ʟεṧ ηôтґ℮﹩

photo © Sonia Marques

Vos paysages ne sont pas plus intelligents que les nôtres - Photographie  © Sonia Marques
Je ne décris pas souvent ici des films que je vois, comme j'ai pu le faire dans mon ancien blog BMK. D'ailleurs, tout a disparu de mes articles antérieurs, une activité pourtant longue de quelques années, des articles documentés et lus. Fais-je partie des invisibles et des marginalisés de notre société ? C'est l'occasion d'écrire quelques lignes sur un documentaire, "Les invisibles" de Sébastien Lifshitz. Il m'a fait sourire sur bien des points. Ces marginalisés, sages, ne seraient-ils pas nos lumières ? Marginalisés étant différent de marginaux, le film débute par la naissance d'un bébé perroquet exotique, élevé par des humains, des éleveurs. Même s'il n'y a plus vraiment de rapport ensuite et que cette naissance et cette activité singulière n'est pas le sujet principal du film, on peut l'analyser également sous cet angle. Les premières images sont symboliques d'une naissance assistée d'un oiseau, et donc du parcours qu'il reste à faire jusqu'à ce qu'il ouvre ses ailes...

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Nées avant la seconde guerre mondiale, elles ont vécu le début de leur vie d'adulte à une époque où l'ordre moral n'était pas un vain mot. L'Eglise catholique contrôlait une bonne partie des esprits, l'avortement était considéré comme un crime, l'homosexualité comme une maladie psychiatrique. Avec Mai 1968 et les mouvements d'émancipation qui en sont nés, ces "invisibles", comme les appelle Lifshitz, se sont battus, chacun à sa manière, pour conquérir le droit de vivre leur vie amoureuse au grand jour. Presque comme tout un chacun.


L'article au sujet du film publié sur le journal le monde, intitulé "fragments d'un parcours amoureux", en clin d'oeil au livre de Roland Barthes, est complet, avec une interview du réalisateur. Donc, tout est dit. Outre le fait qu'il est très heureux, même s'il s'invisibilise davantage dans le triste panorama que nous offre les médias, sans plus beaucoup de réflexion, il m'a rappelé une rencontre avec une actrice du film et un paysage. 
Par l'intermédiaire d'un ami, j'ai pu, avec d'autres amis partager un repas avec deux protagonistes du film, il y a peut-être 15 ans. L'une est sa tante. Elle n'a pas changé. Ce documentaire, plein d'humour, de vie, résonne avec bien des parcours amoureux, qu'ils soient hétéros ou homos. Mais ici ce sont les couples de vieux qui décrivent leur vie et leur lutte, des homosexuels, des lesbiennes, un bisexuel, mais surtout l'amour. Vieillissants et bien vivants, surement invisibilisés dans des communautés homosexuelles, mettant en avant toujours les jeunes, comme si les homosexuels et les lesbiennes ne vieillissaient pas ensemble. Il en est de même pour les hétérosexuels, les vieux sont très peu représentés dans des films, où ils seraient vecteurs de l'amour ou des questions liées à l'amour et à la sexualité. Ces acteurs et actrices, dans le films font partie des générations où l'homosexualité était tolérée, si elle était tu. Ils n'ont jamais affiché leur attirance auprès de leurs pairs, ce qui rend les récits pudiques et à contre-courant des attendus.

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Sébastien Lifshitz filme ses personnages avec une tendresse attentive, il sculpte leur visage, les inscrits dans les lieux où ils vivent, où ils ont vécu, dans la splendeur radieuse de la nature environnante... Imbriquant leurs histoires individuelles avec d'émouvantes images d'archives et une bande originale subtilement enveloppante, il compose sa propre musique, intime et universelle : une ode à la joie.

Concernant deux des actrices du film, la rencontre n'a pas marqué mon existence car très rapide, et trop éloignée. Si je n'avais vu le film, je ne m'en souviendrais pas. D'autres rencontres d'amis homosexuels, de lesbiennes ont plus été ou sont plus propices à des échanges ou des créations partagées. En un instant, dans la salle de cinéma, ce rappel visuel a fait coïncider deux époques distancées d'une quinzaine d'années. Dans ce laps de temps, beaucoup de choses ont changé de mon point de vue. Pourtant, ce film m'a apporté une nouvelle, les lesbiennes rencontrées sont toujours en couple, tandis que les hétérosexuels sont séparés. Les paysages et l'ami m'invitant, font parties des échanges féconds, dans ma vie de jeune femme. Je me souviens de beaux paysages isolés et de l'accueil de ces familles, de cet ami et de son amie, de leurs parents et des balades en montagne que nous avons réalisées ensemble, fin des années 90. Je me souviens de nos échanges sur l'amour, la vie et la cuisine et nous étions un groupe de jeunes hétérosexuels. Effectivement, la tante de mon ami, à cette époque, était une figure locale, mais rarissime dans le paysage. Depuis, les outings furent très tendance dans le milieu urbain et artistique. Ces amis étaient, malgré le même âge que moi, très réactifs, contre le nouveau média Internet. Créatrice et initiatrice, je me suis lancée totalement dans cette aventure de la diffusion, et dans le domaine artistique particulièrement. Cette différence de point de vue, nous a distancié, mais je voyais bien qu'ils étaient sous l'influence de leurs parents soixante-huitards, qui ont mis pas mal de temps avant de réaliser les bouleversements que cela apportait. Ils minimisaient beaucoup la capacité de ce média à remplacer les autres et devenir une source qu'ils utiliseraient tous les jours. J'ai peut-être eu de la chance de les connaître. C'était un peu nous transmettre ce que les années 68 avaient apporté à notre génération comme révolution. Vivre à leurs côtés, au moment où j'étudiais encore, fut des moments baignés d'innocence, en plein été, pas encore complètement dans le monde du travail et pas encore complètement dans une vie conjuguée, dans une habitation partagée. De mon côté, même si l'idée des partages utopiques a été prolongée dans une aventure collective artistique, l'aventure familiale et amoureuse n'a pas toujours suivi ce même rythme de dépasser certains stéréotypes, malgré mon souhait, reflétant assez bien notre époque. Comme si le retard s'était accumulé dans ces îlots, au lieu de m'aider dans mes avancées. Je m'en rends compte d'autant plus en partant de ces paysages qui m'ont tout de même convaincus, sur une certaine forme de bonheur, à l'abri des regards. Comme quoi, celles et ceux qui veulent à tous prix rester au devant de la scène, et faire de grandes démonstrations en leur nom, n'ont peut-être pas grand chose à nous apprendre. C'est fou ce que regarder des biquettes peut avoir de philosophique ;.)  Lorsque je vois un film qui relate intelligemment des histoires singulières et si communes, il reste difficile, surtout si les plus cultivés se cachent, de pouvoir partager des histoires ouvertes, qui nous donnent un peu de liberté et d'espoir. Le montage et la récolte des archives, la patience du réalisateur et ses interviews, rassemblent les bons ingrédients, pour panser nos carences affectives aujourd'hui. Alors mon article sera un peu plus long.

Nous sommes dans une régression sinistre des moeurs, et, d'autre part, dans une révélation de celles-ci, sans précédent. Du manifeste des 343 salopes, pour l'avortement, paru dans le journal du Nouvel Observateur en 1971, dont ce film fait une micro-archive, nous sommes arrivés aujourd'hui au manifeste contre le viol, des 313 femmes qui déclarent avoir été violées, paru dans le journal du Nouvel Observateur en 2012. Du pour au contre, si ce n'est pas un signe d'une régression ! Le cri d'alarme aujourd'hui est de protéger les femmes de notre société contre les violences dont elles sont victimes, sexuelles, conjugales, sociales… Le cri d'alarme avant, était d'avoir accès aux soins et à la liberté sexuelle, par la contraception mais aussi par la légalisation de l'avortement, dont nombre de femmes avaient recours, pour des raisons diverses, clandestinement. Le journal de parution est le même, et pourtant si sa ligne éditoriale n'a pas changé en 40 ans, le monde lui s'est transfiguré. C'est là où l'on comprend le malaise, mais c'est là où l'on comprend que les éditorialistes sont très lents à comprendre les changements. Cet hebdomadaire n'a jamais fait partie de mes lectures. Je le trouve d'un autre temps, sa mise en page, son contenu, son papier, orienté sur des figures patriarcales et destiné aux hommes vissés sur des figures révolues. D'ailleurs, je connais peu d'hommes de ma génération qui le lisent, souvent parce que le père le lit, et aucun homme des générations précédentes. Cette parution singulière, qui interpelle directement les femmes comme victimes, m'a fait m'interroger sur cette presse, ce support de communication, auquel je ne porte d'habitude aucune attention. Enseignante, je vois bien qu'aucun jeune homme n'a lu ce manifeste dans ce magazine, les femmes oui car elles sont à l'affût d'informations les concernant. Et pourtant ils et elles, à 30, 20 ans et moins, sont en prise directe avec ces violences et cette carence d'éducation, de dissertation de l'égalité entre les femmes et les hommes, et ce depuis l'école, et bien sûr, au sein des familles.

Ce documentaire sur les invisibles, m'a fait me poser la question, en général, des invisibilisés. S'il m'a réveillée, et si je tiens un blog, qui est lu, je peux relayer l'information et la relier à d'autres récentes qui tentent de soulever des tabous. Responsables, adultes, en couple, on ne peut qu'aborder quotidiennement le sujet, s'il est accepté, mais dans une société machiste, il est dénié, le plus souvent et savamment passé sous silence, en toute complicité des femmes et des hommes. Les hommes ont toujours autre chose à faire que de parler de ces choses là. Et la société n'en fini pas de les occuper à faire d'autres choses. L'affaire DSK nous a apporté bien des preuves révoltantes. Tout le monde savait mais le déni fut partagé et le reste encore. Donc, peut-être que le choix de publier un manifeste contre le viol dans ce magazine est destiné à une génération d'hommes d'un certain âge, et en référence au manifeste contre l'avortement, mais il est regrettable que le choix ne soit pas plus contemporain (la pétition elle-même est très difficile d'accès) Cela dit, il y a eu d'autres formes de diffusion (télévisuelle ici, et ici, mais aussi une forme interactive ici) Il me semble également que rapprocher ces 2 manifestes en voulant copier la méthode et le lieu de diffusion n'est pas du tout approprié pour les questions de fond. Notre société a profondément changé et on ne peut pas faire comme dans le passé. Nous sommes bien plus qu'avant saturés de publicité qui dégradent les images de la femme et par conséquent impactent sur celles de l'homme. Nous sommes le plus souvent amenés à refuser et jeter cette publicité, ou ne plus voir la vérité parmi les mensonges. Autant se lancer dans des lectures philosophiques, retirés du monde, la veine ! Dans tous les cas, aujourd'hui, les questions profondes de mutations de notre société sont banalisées, dans les médias. Ha ! Les médias ont de sérieuses difficultés à se renouveler, à faire émerger l'information, et ratent plusieurs occasions de faire vraiment circuler la pensée, de relayer les informations cruciales pour l'évolution de notre société. Ils aboient. Waf Waf ! Au son de la voix de leur maître.
Ces questions profondes de violences à partager et à débattre entre hommes et femmes, les droits et la liberté, ou le plaisir de vivre ensemble et le plaisir tout court, sont écrasées par des duels d'hommes politiques et de petits égos de cartons pâtes. L'homophobie arrive également à se frayer une place omniprésente à travers ces médias crétins, qui ont laissé invisibles les invisibles. Lorsqu'il n'y a plus que la provocation gratuite et la petite phrase à paraphraser, l'amour ne peut être représenté, ni dans le fil d'une histoire, d'amour, ni dans le fil de ses freins et ses déserts, sa recherche et son ouverture à travers les âges. Et elle est le plus souvent déconnectée de la grande histoire que l'on partage. C'est pour cela que ce documentaire est remarquable. Il réussit à lier et à rester à l'écoute, sans forcer la confidence.

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Il faut aller chercher loin le sapin sans voiture, parmi les voitures - Photographie  © Sonia Marques


L'amour ne fait plus partie des valeurs de notre société, et celles et ceux qui les partagent, doivent s'invibiliser davantage, afin de vivre leur amour pleinement. Pour participer activement à cette société en panique d'elle-même et de ses excès, il ne faut pas avoir de sentiment. Se protéger même de l'amour est recommandé, sait-on jamais, si on s'aventurait à aimer. Imaginer… Le sexe violent oui mais l'amour ça non, le plaisir de faire l'amour, c'est interdit. La guerre et la violence oui, abattre l'autre pour un oui ou un non, mais l'aimer, de grâce, surtout pas. Le déclarer comme différent et étranger, c'est plus facile, afin de l'exclure et le discriminer, le tuer.
Pourtant, sur les questions de violence faites aux femmes, les hommes ont des choses à exprimer, sur leurs propres violences subies ou actées. Elles sont complètement taboues évidemment dans une société où la domination masculine est loi. Pourtant, ils sont là, ils accompagnent, ou sont témoins, directs ou indirects, confrontés à leur propre déni, leur participation, leur répétition des violences, sans pouvoir être aidés, ignorants enfants, et adultes ignorants accrochés à l'enfance, héros et batailleurs qu'on ne voit même pas car ils n'ont plus l'allure des héros poussiéreux, et qui ne seront jamais reconnus par leur père et leur mère...Ou bien victimes. Il y a un terrain inexploré, enfoui, vingt mille lieux sous les les mers, des hommes qui luttent.
Déjà pour l'avortement, les hommes ne s'étaient pas immiscés dans l'entreprise, et pourtant directement confrontés, eux-mêmes pères ou amoureux, enfants... Les femmes avaient d'ailleurs rejeté leur participation. On ri souvent de la chanson de Patrick Juvet, de 1977, où sont les femmes ? Mais on pourrait très bien chanter une nouvelle version, où sont les hommes ? Et chantée par les femmes ?

(`_ゝ´)

Aujourd'hui, il apparaît que les hommes se cachent et pratiquent la politique de l'autruche à outrance, qu'ils préfèrent parler de choses superficielles, liées à la consommation et ce que l'on veut bien nous faire croire de la politique, de la technologie. Ils poireautent, pas aussi tranquillement qu'avant où il craignaient surtout la castration, car ils ont bien comprit qu'ils ne perdaient rien dans l'affaire des mutations et qu'ils ne savaient plus trop quoi faire de leur tout-pouvoir, mais ils n'osent pas plus s'aventurer dans le débat d'idées contemporaines, malgré de vraies soumissions à la sempiternelle domination masculine, qui leur empoisonne la vie. Ils reculent, se replient sur eux-mêmes, se battent entre eux, à garder la place du chef, n'en inventant pas d'autres. Ils sont parfois prêts à piquer la place de leur femme si elle s'avère élue, devant même leurs enfants témoins du massacre politique. Et si les hommes sont élus ? Ce sont les premiers à demander à leur compagne d'abandonner leur métier, leurs études, leur cervelle, surtout si elles écrivent, sait-on jamais si elles venaient à décrire la réalité. Un bon chirurgien pour qu'elles se fassent tirer les rides et de bons photographes et on ne les entend plus, pas le droit de vieillir non plus. On ne peut donc les considérer comme des modèles, on les rejette en bloc, des couples imbéciles aux commandes d'un pays qui manifeste pour d'autres raisons. Ils publient des milliers d'articles des rois et chefs historiques et des politiciens du passé, de leurs pairs exposés et victorieux d'avoir laissé une oeuvre toute tracée par eux-mêmes, de leurs batailles entre eux, de leurs morts ils décorent chaque année leurs tombes grandioses, ils se médaillent eux-mêmes, aux yeux de tous et des jours sans travail leurs sont dédiés. Ils se rassurent, n'ayant toujours pas compris, pour la plupart, que les femmes travaillent à leurs côtés depuis des années et qu'elles prennent part aux idées et mutations de notre société. Ils effacent leurs noms lorsqu'elles sont co-auteurs et se montrent à leur place, aidés par les journalistes. Parfois une fois mortes, des auteurs masculins rendent un petit hommage coupables à leurs femmes, aussi écrivains, avec un petit 'merci', comme 'merci de m'avoir supporté' ou 'corrigé mes fautes'. Les collaboratrices d'un jour, d'une nuit, d'une vie conjuguée à deux, deviennent des collabos d'un système criminel, celui d'effacer toutes les traces des femmes sur terre et ne jamais fleurir leur tombe. Si on les interroge sur les violences faites aux femmes dans notre société aujourd'hui, ils s'étonnent la bouche en coeur, comme s'ils n'étaient pas au courant, ne faisaient pas partie de cette société. Il s'est sans doute passé quelque chose pendant qu'ils dormaient, mais d'un très long sommeil. Pourtant, ils sont bien réveillés lorsqu'ils n'hésitent pas devant elles à mettre en valeur un abrutis, ou le payer gracieusement, tout en laissant les femmes bénévoles des idées précurseurs. Il est instructif de noter que l'adjectif "précurseur" dans la langue française, n'a pas de féminin.
J'entends parfois des étudiantes, qui font des lapsus en affirmant que le masculin l'emporte toujours dans leur création artistique, ce qui expliquerait la forme plastique de leurs travaux, sans qu'elles émettent jamais un point de vue personnel. Elles s'oublient... d'exister. Elles ne contextualisent pas l'usage des mots et ne relient rien à l'actualité. Et souvent, elles ne se lâchent pas assez. Il ne suffit de pas grand chose, un modèle explosif et jouissif et on repart sur de nouvelles bases. Pourtant un jeu un peu plus chaotique, sans poser de sens à priori, laisse libre cours au sensuel, même si on guide un peu tout cela par une conscience aiguisée ;.) Elles n'ont parfois pas d'outil féministe dans leur bagage et bien des professeurs, ignorants, vont confirmer sans le savoir de telles affirmations qui apparaissent si évidentes. Et je ne parle pas des étudiants, c'est pire, ils ont peur d'être influencés par une oeuvre féminine ou d'en citer la référence. Rien de dramatique, il y a toujours des lumières dans les écoles et les jeunes apprennent vite. Engoncés dans le monde du travail, les adultes ont plus de mal à apprendre et comprendre les mutations de la société, s'ils ne se cultivent pas à côté, ou ne questionnent pas les modèles, ne dialoguent pas.
Et combien en ai-je rencontré de cultivés qui gloussent devant l'intérêt que l'on porte aujourd'hui à changer les règles de la langue, des métiers au 'mademoiselle' imposé naguère pour la femme non mariée, donc éternellement fille et jamais femme. Puisqu'avant, c'est-à-dire hier, donc beaucoup le croit encore, on considérait que c'était le mari qui faisait la femme et que l'homme, même célibataire ou vivant maritalement avec quelqu'un est un homme... et un honnête homme ! 
Dommage que l'on n'ait pas pensé pas à réintégrer le damoiseau, comme son féminin la damoiselle, des noms d'espérance.
Mais si on donne un peu plus de crédit aux damoiseaux, ils ne vont pas trop se poser de questions sur celles et ceux qui les donnent. Et c'est ainsi qu'ils prennent des airs supérieurs de monsieur encore enfants sur les damoiselles.
Harcèlement moral, sexuel, dans les entreprises, abus de faiblesse, tout y passe pour dominer... Le sursaut de révolution sexuelle des années 68 a permis à nombres d'hommes de collectionner les aventures féminines émancipées de la religion et la famille, sans dire merci ni au revoir madame, de trouver des places dans les médias et la culture, reproduisant parfois individuellement, une forme de domination, ce qu'ils dénonçaient naguère en groupe, et les femmes de continuer à les gâter. D'où une presse un peu laborieuse et répétitive, voir assommante de stéréotypes. Comme les bruits de couloir, il suffit de travailler dans un milieu culturel, pour entendre quotidiennement de la part de tous les employés à tous niveaux, les soumissions forcées de celles-ci, la débauche de ceux-ci et les harcèlements divers isolés, les départs soudains et les rentrées urgentes, et puis ne plus rien entendre en réunion comme si de rien n'était, mais plus rien entendre non plus sur les idées, les mutations, les avancées. Certains font de leur emploi une gazette épuisante, mais ce sont ceux qui restent, attendant les nouvelles têtes divertissantes. La place des femmes dans un gouvernement permet peut-être de dénoncer de mauvais agissements, de relancer la machine justice en panne. Espérons que leur place sera décisionnaire dans d'autres circonstances, moins sinistres, car c'est encore le travail que les hommes ne veulent pas faire, qu'elles font là, car il n'est pas montré comme glorieux... pas encore, mais il l'est.

(`_っ´)

Je n'ai pas assez de distance pour voir les effets d'un manifeste qui se veut aussi "réveil" que l'autre, celui de nos mères. Il traite d'un tabou générationnel et qui permettra peut-être de délier des langues. Qui sait ? Mon article est peut-être une résultante du délit, d'écrire et d'aimer.
C'est une note qui crise un peu, mais le documentaire, des invisibles, est très vivant. Ce sont des couples respectables dont le regard traversant, d'expérience et d'humanité, pétille encore. Ils ravivent nos sentiments profonds et questionnent les genres et les choix amoureux, malgré les tabous et les lourds couvercles des familles taiseuses. La petite histoire rejoint la grande histoire. Proches de la terre, la plupart des interrogés regardent le monde avec une sagesse dont on aimerait qu'elle irradie un peu plus nos connaissances réduites à une peau de chagrin. L'impossibilité de nos politiciens à débattre sur la violence faites aux femmes est bien sûr l'impossibilité de parler de leur propre violence avec laquelle ils se battent comme des enfants stopés dans leur croissance. Mais auxquels ont a donné tous les pouvoirs et la première : celle d'apparaître, sans notre consentement, sous nos yeux, en nous faisant croire que nous l'avons bien voulu. 
Et j'ai le sentiment, peut-être rapide, que la difficulté encore aujourd'hui des politiciens à s'opposer définitivement à l'homophobie, est reliée à l'autre difficulté de débattre des violences faites aux femmes.
Je n'ai pas la télévision, mais les impôts s'obstinent à me faire payer chaque année la redevance. C'est un peu la même chose : vous ne voulez plus voir, mais vous allez voir quand même et payer. Toutes ces publicités qui se développent à présent sur les écrans connectés à Internet, nous empêchant d'accéder au contenu, sont d'une violence inouïe. Des publicités de 30 secondes sur la fenêtre du contenu que l'on souhaite voir, des fenêtres intempestives qui glissent devant nous lorsqu'on lit un article, en imposant leur son, dont il devient de plus en plus difficile de fermer ou trouver l'icône de fermeture. À présent, nous sommes empêchés de voir. Toujours, on nous impose autre chose, le plus souvent la chose que l'on rejette le plus, qui nous empêche de comprendre. Et les pop-up pornographiques sont extrêmement violentes, pour n'importe quel internaute, enfant, adulte, fille, garçon, femme, homme, elles sont banalisées (Ha ! Encore du X, pfff ! Un truc pour les gâteux ou les psychopathes) Bon, il ne nous reste plus qu'à fonder des clubs itinérants de lectures, chacun apporte son livre, son extrait et le partage aux autres, le lisant à HAUTE VOIX, devant un petit apéritif, MERDE ALORS !
Et puis... Ces scénarios mensongers qui vantent les mérites d'un véhicule puissant. 
- Savez-vous combien de personnes n'ont pas les moyens d'avoir une voiture d'occasion, même si elles ont le permis ?
Aucun rapport ou presque.
Les sapins sont dans la forêt. 


photo © Sonia Marques

Vos paysages ne sont pas plus intelligents que les nôtres - Photographie  © Sonia Marques

(>‿♥)

DingDong je reçois la référence d'un clip de Cesar Vayssié, "Greed", réalisé pour et avec Laurent Garnier en 2000 à Ivry Sur Seine, pour son album "Unreasonable Behaviour". C'est un jour normal qui commence dans un monde déraisonnable. Merci la petite voix. Et bien sa dernière réalisation est "The lady crying" de 2012. Du chaos créatif coloré en état de choc et d'autodérision et de rêves flashes, tous acteurs le nez dans le guidon, on passe à une observation réflexive et minimale récréative, presque touristique : douze années sont passées. On s'imagine bien être à la place de la petite fille et poser la question WHY ? Et on s'imagine bien être à la place du monsieur, tenter de répondre, sans réponse.

Par kiwaïda at 03:05

23/10/2012

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Balloon Land, est un film d'animation d'Ub Iwerks qui fait partie de la série des ComiColor animés (1935)

Par kiwaïda at 00:22

21/01/2012

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Summer Wars

Summer Wars (サマーウォーズ, Samā Wōzu) film d'animation de Mamoru Hosoda (2009) : Natsuki Jinnouchi

Summer Wars

OZ

Summer Wars

Summer Wars

Ikezawa Kazuma

Summer Wars

Love Machine

Summer Wars

Love Machine
Un ami m'a fait découvrir le film d'animation japonais Summer Wars. Les couleurs fraîches, le scénario entre culture traditionnelle et réseaux sociaux, combats et cartes, avatars et funérailles, fêtes et calculs, génie et virginité, famille et ordinateurs, jeux et grande maison... Bref, superbes transformations et dessins !

Histoire :
En 2010, Kenji Koiso est un jeune lycéen passionné par les mathématiques. Il travaille l'été au service informatique d'OZ, un réseau social en ligne qui est une gigantesque communauté virtuelle mondiale dans laquelle entreprises et administrations y possèdent des façades interactives. C'est alors que Natsuki lui demande de l'accompagner à Nagano pour la dépanner. Il se retrouve alors en pleine préparation de la fête d'anniversaire de la chef du clan Jinnouchi alors que Natsuki lui demande de jouer un rôle très embarrassant auprès de sa famille, celui de son petit ami, alors qu'il ne la connaît pas, afin de satisfaire les derniers voeux de sa grand-mère. Pendant ce temps, une intelligence artificielle pirate le système de sécurité d'OZ et attaque les utilisateurs.

Personnages :
Kenji Koiso : lycéen de 17 ans, peu doué pour les relations sociales et très doué en mathématique. Il a raté de peu la place de représentant du Japon aux Olympiades de mathématiques.
Le clan Jinnouchi : ce clan très ancien, implanté dans la province de Nagano, était autrefois composé de grands guerriers, mais par la suite il fit fortune grâce au commerce de la soie pendant l’ère Meiji, jusqu'à ce que le grand-père de Natsuki finisse par tout dépenser. Tout le monde se connaît dans cette grande famille composée de gens au caractère et métier très variés (pêcheur, policier, joueur de baseball, informaticien, espion…). Pendant le film, ils se réunissent pour célébrer le 90e anniversaire de la chef de famille.
Natsuki Jinnouchi : cette jeune fille a promis à sa grand-mère de lui présenter son fiancé pour ses 90 ans. Désespérée de ne pas en trouver, elle demande donc à Kenji de se faire passer pour celui-ci.
Ikezawa Kazuma : ce cousin de Natsuki est passionné par les combats et la victoire, qui lui permettent de sortir de sa timidité. Son avatar, King Kazma, est mondialement connu pour ses compétences au combat. Il sera d'une grande aide à Kenji dans sa guerre contre Love Machine.
Love Machine : cette intelligence artificielle a réussi à pirater le système d'OZ, pourtant réputé inviolable, et provoque de considérables perturbations dans le monde d'OZ, ce qui affecte grandement le monde réel. À noter que Love Machine est un titre des Morning Musume, groupe d'Idol très connu au Japon. Dans le film en VO, elles sont appelées "Momusu" qui est une contraction très usitée.

Hanafuda

Dans ce film, ils jouent au cartes du Hanafuda.
Les Japonais ont découvert les cartes grâce aux Portugais au XVIIe siècle. Le principe trop guerrier des cartes catalanes ne correspondait pas à la philosophie japonaise. Au lieu d'utiliser les thèmes qui régissent le combat, la fortune et l'amour, les japonais ont fait évoluer leurs propres cartes vers une thématique plus culturelle: les fleurs. L'un des cartiers de Hanafuda les plus connus est Nintendo. La célèbre marque (qui est plus connue maintenant pour ses jeux video) a en effet été créée en 1889 et fabriquait essentiellement des Hanafuda (elle a été leader dans ce domaine au Japon et exportait ces jeux aux États-Unis dans les années 1930).

Par kiwaïda at 02:06

02/11/2011

Pistol opéra

Pistol Opéra : Film de Seijun Suzuki

Affiche du film japonais Pistol Opera réalisé par Seijun Suzuki (2001)
Un ami m'a fait découvrir le film de Suzuki, Pistol Opéra. Il nous (les amis) avait déjà fait partager un autre de ses films, La marque du tueur, réalisé en 1967. Cet opéra des pistolets (arme à feu de poing) est différent même s'il se veut être la suite de La marque du tueur. Leur point commun est sans nul doute l'élégance, le sujet des tueurs, mais en quarante ans, on est passé du noir et blanc à la couleur, au monde des hommes et des clans, au monde des femmes autonomes et déterminées. D'ailleurs, si je me souviens bien, dans ce monde des hommes de la fin des années 60, il y a pas mal de cascades et de voitures (assez stylisées) Dans ce film très coloré, plein d'artifices, les tueuses sont rarement véhiculées (ou alors dans les images féériques des rêves, elles sont sur une barque, sur l'eau) Ainsi je parle d'autonomie. Le scénario de Pistol Opéra est assez simple : Miyuki Minazuki alias Stray Cat, classée Numéro 3 dans la guilde des tueurs, se retrouve embrigadée dans une guerre entre tueurs qui veulent devenir Numéro 1. Et le film, que j'ai vu en version japonaise, sous titré en anglais, est au final assez complexe, mais ce sont les images et leurs esthétiques qui prennent le pas sur l'histoire tant les tableaux se succèdent. Ce film est fascinant. Les femmes tueuses de cette fresque sont étranges car l'esthétique est la priorité de leurs crimes. Chaque aventure, traque, doit figurer dans une peinture magique, un théâtre, une scénographie de gestes maîtrisés comme un art martial, ou paradoxalement art de la lenteur (même si l'action est directe) comme regarder au ralentit la mort d'un ou d'une tueuse. Le supplice que prennent les auteurs à être tués à petit feu, n'est pas loin d'un érotisme d'une Asie, dont les codes, vu d'ici, demeurent exotiques. Même si très pop, car les couleurs et leurs opposés, les contrastes des lumières et la finesse du rendu, quasi photographique (le temps de l'animation gelé) ce film a quelque chose de punk, mais d'un punk très sophistiqué et pourtant super dingue. La frime, la fierté des protagonistes même mourants, sont les cartes de ces joueurs énigmatiques. Le rêve arrive dans certaines scènes, avec des incrustations fantaisistes et chaque image est un tableau que l'on aimerait retenir un peu plus, mais c'est un film. Rien qu'à imaginer que ce réalisateur d'un certain âge nous bluffe avec autant d'énergie et de style, on peut croire que la vigueur et la créativité peuvent encore donner des claques aux plus jeunes qui hésitent encore à montrer de quoi ils sont capables, avec tact. Ne parlons pas des plus vieux persuadés que leur vie créative est derrière, comme avoir déchargé toutes leurs batteries un peu trop tôt. Dans ce monde de craintifs, ce film démontre comment tourner le dos à la peur et laisser place au pouvoir de l'imagination. L'analyse même s'avère difficile et les images seraient là d'un grand renfort ;.)

Derrière la pochette du DVD, on peut lire en anglais :

"As powerful and energetic as ever, 78-year old director Seijun Suzuki creates a stunningly lurid, extreme tale of a woman assassin’s (new sensation Makiko Esumi) surreal rise in the criminal underworld. Thirty-three years later, this master of the pulp thriller reworks his own Branded To Kill into a totally new, jaw-dropping experience! The original Branded To Kill (1976, Koroshi No Rakun starring Jo Shishido. Mariko Ogawa, Anne Mari) is the stylish action movie that has been the subject of homage from world-class directors such as John Woo, Quentin Tarantino, and Jim Jarmusch. Its eccentric, eye-popping images and extreme action is fast earning Pistol Opera a worldwide cult following."

Si Suzuki fait exploser les codes cinémato-graphiques, c'est peut-être dans la deuxième partie du mot - graphique - que se trouvent ses codes. Et souvent, je me suis demandée comment se fait-il que tant de cinéastes, dans nos pays, soient si peu cultivés dans ce domaine et oublient complètement cette dimension du signe, pourtant, un des fondamentaux de la composition de l'image, avec la couleur. La réponse est du côté de l'orient. Opéra, signes visuels et auditifs, bande sonore et festival de formes, sans peur de l'excès et des longueurs (comme un kabuki), tout en précision chromatique. Délirant et snob, baroque, dans le jeu et jouer c'est du cinéma. Une scène de peinture sur un visage d'une grande force plastique n'est pas sans nous rappeler nos ancêtres les Picasso de l'art, mais en plus audacieux. Film difficile d'accès, un brin pour les contemplatifs et les amateurs de nouvelles formes visuelles, déconcertantes, dont l'histoire n'est pas le plus important mais dont le pouvoir de l'imagination donnée au spectateur, à la spectatrice, est peut-être ce que l'on peut appeler, du cinéma.

Par kiwaïda at 23:01

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