Rose - Cathédrale à Périgueux 2016  (photographie © Sonia Marques)

Rose

Couleur enfouie dans mes souvenirs, elle remonte à la surface.
Des peintures d'il y a longtemps.
Rose et je pense à la rose des sables, car du désert j'en ai parlé dans ma conférence.
Enfant j'aimais ces roches des terrains tendres et déformables, cristallisations de gypse...
Je pense au film du réalisateur américain Abel Ferrara, "Pasolini", sur le poète et écrivain italien Pier Paolo Pasolini, réalisé en 2014 avec Willem Dafoe.
Dans ce film, il y a des images, de la naissance des images de la poésie, la possibilité d'y croire.
J'ai cru au désert rose.

Poésie en forme de rose sur la longue route du sable.
Un portrait dans la cathédrale périgourdine. Subjuguée par la lumière des vitraux. Les fenêtres dans mes yeux.
Je suis devenue rose.

Rose.
Et je me souviens d'un tableau de la peinture d'Albert Marquet au Musée de Cognac. Il était turquoise, de Marseille. Je voyais le rose aussi. Je suis restée un certain temps devant, puis l'ai photographié. Toutes ses peintures me sont familières, ses couleurs, ses lignes.

Et le rose.

Proche de Matisse, ses paysages sont dans mes yeux.
Je ne savais pas que se profilerait alors une monographie rétrospective un an plus tard à Paris.

Pas vue.



Albert Marquet (French, 1875-1947), Port d'Alger dans la brume, 1943. Huile sur toile, 65 x 81 cm



Rose donc.

Roses, sont mes efforts de faire remonter à la surface ces souvenirs où tout était couleur.
Surement bien avant avoir fait des études artistiques. Couleur interdite.

Il devenait interdit de s'embrasser dans l'école d'art de Paris.
J'ai réalisé en 1996, une vidéo, Gum, des baisers, un passager clandestin, le chewing-gum rose.
On s'embrassait tous.

Le film était tissé des pixels de l'écran rose.
La peinture n'était pas bien vue.
Alors, je faisais des sculptures de pétales de rose au chewing-gum.

Rose, je me redresse. Ma colonne vertébrale laisse l'hiver derrière avec les vautours qui attendaient ma carcasse recroquevillée.

Je me redresse et je vois bien le ciel. Allongée sur l'eau bleue.

Je suis rose.

Cela devait s'arrêter là.



Orlando, ville d'un crime de masse le 12 juin 2016 dans un club emblématique de la cause des lesbiennes, gays, bisexuelles, trans-genres, intersexuée.



À quoi ressemble Orlando ?

Tout le monde est gai pourquoi tant de haine.
Devraient être combattues ces haines de l'autre, en commençant dans les écoles.
Même si l'on continue de faire taire celles et ceux qui dénoncent les inégalités de traitement.
Si l'on continue d'invisibiliser l'homophobie, le racisme, la misogynie.

Même si l'on est écarté lorsqu'on défend celles et ceux touchés par l'homophobie, le racisme, la misogynie.
C'est cela être engagé-e.

On continue d'invisibiliser celles et ceux que l'on écarte.
Celles et ceux qui dénoncent les inégalités de traitement.
Cela fait partie d'invisibiliser l'homophobie, le racisme, la misogynie.

Dans les écoles aussi.


Je suis rose.

*

J'ai vu le film Queen of Montreuil réalisé par Sólveig Anspach. J'aime les films de cette réalisatrice, qui n'est plus là pour continuer.

Il y a la voix d'une chanteuse de Fado, métisse, née en 1973, née au Mozambique, Mariza, son nom de famille Marques.
Thomas Blanchard dans ce fado joue le rôle d'un travesti.
Il porte la robe rose de mariée tant convoitée.

Tristesse et allégresse.

Tendresse et délicatesse.

Fesse. Confesse. Agresse. Détresse. Paresse. Faiblesse.
Clownesse. Décompresse. Prouesse. Justesse.
Jeunesse et vieillesse. Politesse. Prêtresse. Forteresse. Ivresse. Caresse.
Sagesse. Souplesse.
Promesse.

S

Rosace.


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