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lundi 22 août 2016

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Le chat mille couleurs qui se prenait pour une voiture bien garée

Photographies © Sonia Marques (Rochechouart)

Ci-dessous quelques œuvres exposées au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, lors de l'exposition "L'Iris de Lucy", 28 artistes africaines contemporaines exposées :

Jane Alexander, Ghada Amer, Berry Bickle, Zoulikha Bouabdellah, Loulou Cherinet, Safaa Erruas, Pelagie Gbaguidi,  Bouchra Khalili, Amal Kenawy, Kapwani Kiwanga, Nicene Kossentini, Mwangi Hutter, Michele Magema, Fatima Mazmouz, Julie Mehretu, Myriam Mihindou, Aida Muluneh, Wangechi Mutu, Otobong Nkanga, Tracey Rose, Berni Searle, Zineb Sedira, Sue Williamson, Billie Zangewa, Amina Zoubir.

Il s’agit de la deuxième étape de l’exposition actuellement présentée au Musac à León (Espagne) où elle a été initiée par Orlando Britto Jinorio qui dirige CAAM à Las Palmas de Gran Canaria (Espagne). Elle intervient au moment où la scène artistique africaine est en cours de reconnaissance mondiale et que la question du féminisme des artistes femmes africaines est, avec justesse, de plus en plus évoquée. Ce projet rassemble des artistes singulières que la trop large appellation « art contemporain africain » ne saurait résumer. Y participent des artistes vivant actuellement en Afrique, du Maghreb à l’Afrique du Sud, comme de la diaspora. Elle présente également aussi bien des peintures, des dessins, des photographies, des sculptures, des vidéos, que des performances, des tapisseries et des installations. À travers cette diversité, c’est autant de facettes culturelles et artistiques qui sont explorées, répondant à des contextes différents, mais aussi à des enjeux transversaux : l’identité, le corps, l’environnement, l’héritage historique, la mémoire, le post-colonialisme, les migrations, le passé et l’avenir. Entremêlant avec force politique et poétique, les œuvres ici exposées offrent autant de regards que d’artistes.


L'araignée de Zoulikha Bouabdellah, sculpture - Acier peint 170 x 170 x 95 cm -  2013 -(Photographie : Sonia Marques)

Mythe fondateur, symbole de la liberté, de l'âme ou de la sexualité féminine, l'araignée est une créature chargée de tous les sens. Protectrice chez Louise Bourgeois (Maman), son image renvoie ici à l'architecture du corps social. L'Araignée est une composition, ses pattes un assemblage d'arcs inspirés des traditions orientales. Posé sans être fixé, manipulable à l’envi, ce corps inspire un sentiment qui oscille entre la curiosité et la crainte, dans la confusion d’un monde fragile aux possibilités infinies.

*

Zoulikha Bouabdella vit et tra­vaille entre Paris (France) et Casablanca (Maroc).
Née en 1977 à Moscou, elle gran­dit à Alger et rejoint la France en 1993. Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Cergy-Pontoise en 2002, elle vit et tra­vaille aujourd’hui à Casablanca.
Le tra­vail de Zoulikha Bouabdellah traite des consé­quen­ces du rap­pro­che­ment des cultu­res et de la mon­dia­li­sa­tion. Sous la forme d’ins­tal­la­tions, de des­sins, de vidéos ou de pho­to­gra­phies, ses œuvres inter­ro­gent les repré­sen­ta­tions domi­nan­tes avec humour et sub­ver­sion.
En 2003, elle réa­lise la vidéo Dansons, dans laquelle elle confond les arché­ty­pes des cultu­res fran­çai­ses et algé­rien­nes en exé­cu­tant une danse du ventre sur l’air de La Marseillaise. La même année, son tra­vail fait partie de la pro­gram­ma­tion Expérimentations dans les avant-gardes arabes à la Cinémathèque fran­çaise (Paris).
En 2005, elle par­ti­cipe à l’expo­si­tion Africa Remix au Centre Georges Pompidou (Paris). En 2008, elle est sélec­tion­née au fes­ti­val Paradise Now ! Essential French Avant-garde Cinema 1890-2008 à la Tate Modern (Londres).

Depuis 2007, Zoulikha Bouabdellah mène un tra­vail sur les let­tres et les mots d’amour où elle s’inté­resse plus par­ti­cu­liè­re­ment à la condi­tion des femmes. Réalisés avec des maté­riaux variés - papier, acry­li­que, alu­mi­nium, néon, bois -, ses oeu­vres agis­sent comme des slo­gans et témoi­gnent des liens entre le Nord et le Sud, le bon­heur et la joie, le plai­sir et la dou­leur, le visi­ble et le non-dit.
Les œuvres de Zoulikha Bouabdellah ont été expo­sées au Mori Art Museum (Tokyo), à la Tate Modern (Londres), au Brooklyn Museum (New York), au Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig (Vienne), au Museum Kunst Palast (Düsseldorf), au Museum of Contemporary African Diasporan Arts (New York), au Mathaf Arab Museum of Modern Art (Doha) et au Moderna Museet (Stockholm).
Zoulikha Bouabdellah a par­ti­cipé à plu­sieurs bien­na­les et fes­ti­vals dont la Biennale de Venise, la Biennale Africaine de la Photographie de Bamako, la Biennale de Thessalonique, la Triennale de Turin et la Triennale d’Aichi.

Le tra­vail de Zoulikha Bouabdellah a été récom­pensé par de nom­breu­ses dis­tinc­tions dont les prix Abraaj Capital Art Prize (2009), le Prix Meurice pour l’Art Contemporain (2008) et la Villa Médicis Hors les Murs (2005).

In pursuit of Bling : La transformation, 2014 de Otobong Nkanga, tapisserie - 180 x 180 cm -  (Photographie : Sonia Marques)

J'ai particulièrement apprécié les tapisseries d'Otobong Nkanga, artiste que j'ai eu l’occasion de croiser lors de mes études. Son travail a trouvé un fabuleux développement. Ces œuvres exposées au Musée, dont l'installation est au grenier, qui hélas, dans un éclairage qui ne profite pas à sa notion de l'éclat, donne un aperçu tout de même. Il faut se documenter ensuite et pouvoir visualiser ses installations dans d'autres expositions, et ces tapisseries avec d'autres éléments. L’adjonction de fils métallisés, a attiré mon attention, ainsi les photographies de près peuvent mieux rendre compte du travail effectué sur le tissage.

Otobong Nkanga est fascinée par la notion de ce qu’elle décrit comme l’« éclat ». Pour l’artiste, ce terme n’invite pas seulement à réfléchir à la qualité de brillance de la surface de ressources naturelles comme les minerais rares, mais aussi au désir de se laisser séduire par des objets de consommation exotiques. Glimmer est le terme allemand pour le mica, un minerai précieux, le sujet de son installation In Pursuit of Bling (2014). Des œuvres comme celles-ci tendent à établir des liens explicites entre raréfaction et désir, des notions essentielles aux réseaux complexes d’offre et de demande qui définissent la mondialisation. Les œuvres de Nkanga, qu’il s’agisse de dessins, de performances, de sculptures, ou d’autres médias, s’articulent autour d’une compréhension plus holistique du temps et de l’espace, reliant des fragments non linéaires d’histoires, d’expériences et d’images. Ensemble, ces éléments constituent le décor d’une série de performances et d’actions participatives que Nkanga va organiser tout au long de la durée de l’exposition.

In pursuit of Bling : La transformation, 2014 de Otobong Nkanga, tapisserie - 180 x 180 cm -  (Photographie : Sonia Marques)

Née en 1974 à Kano, Nigéria
Vit et travaille à Anvers, Belgique

Plasticienne et performeuse, Otobong Nkanga a suivi des études d'art à l'Obafemi Awolowo University d'Ile-Ifé, au Nigeria, et ensuite à l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Elle a été résidente à la Rijksasademie van beeldende kunsten à Amsterdam, avant d'obtenir en 2008 un master en Performing Arts à Dasarts, Amsterdam.

Les dessins, installations, photographies, performances et sculptures d'Otobong Nkanga interrogent de différentes manières la notion de territoire et la valeur accordée aux ressources naturelles.
Dans son travail, La dimension performative imprègne différents média et génère toutes sortes d'oeuvres (peinture, dessin, photographie, sculpture, installation et vidéo), bien qu'elles soient toutes connectées aux thèmes du paysage et de l'architecture. Traces humaines attestant de modes de vie et de problématiques environnementales, l'Architecture et le Paysage servent de point de départ à la narration et à l'acte performatif. Selon ses propres mots, Otobong Nkanga utilise sa voix et son corps comme véhicule de ses idées, à travers des performances ou des vidéos,  pour devenir la protagoniste de son propre travail.
Sa présence est paradoxalement le catalyseur de sa propre disparition, une main invisible qui met en mouvement le processus artistique.  Otobong Nkanga négocie l'accomplissement du cycle de l'art entre le domaine esthétique  de la monstration et une stratégie dé-sublimation qui pousse le statut d'oeuvre d'art vers sa contingence. Dans plusieurs de ses travaux Otobong Nkanga réflechit de manière métonymique les différents usages et valeurs culturelles connectés aux ressources naturelles, explorant ainsi comment sens et fonction sont relatifs au sein de cultures,  et révélant les différents rôles et histoires de ces matières, tout particulièrement dans le contexte de sa propre vie et de ses souvenirs.

Parmi les récentes expositions d’Otobong Nkanga, on peut citer :

MHKA Anvers « Bruise and Lustre » (2015) ; Kadist Foundation Paris Comot your Eyes Make I borrow you Mine (2015) ; Portikus, Francfort / Main, Allemagne (2015) ; Unisono 28 : Otobong Nkanga - Taste of a stone, Stedelijk Museum Schiedam, Schiedam, Hollande (2015) ; Diaspore, 14 Rooms Basel, Suisse, (2014); In Pursuit of Bling, 8ème Biennale de Berlin, Berlin, Allemagne (2014); Glimmer Fragments - Symposium "Landing and confessions", Stedelijk museum, Amsterdam, Pays-Bas (2014); 11ème Biennale de Sharjah, Sharjah, Emirats Arabes-Unis, (2013); Across the Board: Politics of Representation, Tate Modern, The Tanks, Londres, Royaume-Uni (2012); Inventing world: The Artist as citizen, Biennale du Bénin, Cotonou, Bénin (2012); Tropicomania: The Social life of Plants, Betonsalon, Center of art and research. Associated venue of La Triennale 2012 - Intense Proximity. Paris, France (2012); and Object Atlas ? Fieldwork in the Museum, Weltkulturen Museum, Frankfurt-am-Main, Allemagne. (2012). ARS 11, Kiasma Museum of Contemporary Art, Helsinki, Finlande. (2011)

Otobong Nkanga : Dessin, 2 x (29 x 42 cm). - 2009, Materials: stickers, acrylic on paper - Collection: Courtesy of the Artist.


Dessins, performances, sculptures, tissages, ses réalisations sont d'une grande qualité plastique et fine précision, avec, à chaque fois, une bonne expérience graphique, des signes, une maîtrise illustrative. Ses performances, et avec le son, posent et disposent d'un espace aérien très libre et engagé. J'apprécie la douceur de l'ensemble de son travail et son étonnante productivité, sans frontières de techniques artistiques, mais une géopolitique plastique, j'y vois des espaces de négociations.

(Ces dessins ne sont pas exposés dans le Musée)

Zéro Canyon (A dissimulation) de Julie Mehretu - 2006, encre et acrylique sur toile - 305 x 214 cm, (Photographie : Sonia Marques)

Julie Mehretu est une artiste plasticienne américaine, née à Addis-Abeba en 1970, en Éthiopie. Née le 28 novembre 1970 à Addis-Abeba, d'un père éthiopien et d'une mère américaine, elle y vit jusqu'en 1977, lorsque sa famille quittent l'Afrique pour s'installer aux États-Unis. Ses parents, raconte-t-elle, « ont reconstitué l'atmosphère d'une maisonnée éthiopienne dans le Michigan ». Elle passe son adolescence dans cet État du Michigan et obtient un MFA (Master of fine Arts) à la Rhode Island School of Design en 19973. Elle est en résidence au Musée des Beaux-Arts de Houston en 1998-99 puis s’installe à New York où elle vit et travaille, avec sa partenaire la plasticienne Jessica Rankin. Le couple a deux fils.
Plusieurs de ses œuvres ont été présentées lors de l’exposition Ethiopian Passages en 2003. Elle participe à l'exposition Africa Remix (Paris, Centre Georges-Pompidou, 2005).
Dans une publication intitulée Poetry of Sappho, elle a également illustré les traductions anglaises de la poétesse grecque Sappho, réalisant vingt imprimés, placés en alternance avec les textes grecs et leur traduction anglaise. Ces gravures peuvent évoquer les figures abstraites de Kandinsky, entre dessins architecturaux, et formes graphiques ou calligraphiques.
En septembre 2005, elle est lauréate du prestigieux Prix MacArthur6, qui lui assure une bourse de 500 000 dollars sur cinq ans pour développer ses activités.
Le MoMA a intégré plusieurs de ses œuvres dans ses collections permanentes, et elle expose de manière régulière à New York, Londres et Berlin (où elle a vécu en résidence artistique8,7 en 2007). En 2010, elle a terminé une fresque murale de 24 mètres de long commandée en 2007 par la banque d'affaires Goldman Sachs pour le hall d'entrée de son nouvel immeuble.


Ses tableaux, souvent de taille impressionnante, consistent en de grands tourbillons de couleurs, de traits et de formes. Chacune des œuvres est à la limite entre la figuration et l'art abstrait, et peut rappeler par certains aspects le futurisme du début du XXe siècle. Le trait est rapide, énergique. Les toiles superposent des éléments architecturaux partiellement reconnaissables (façade, porte...), des cartes géographiques, ou d'autres éléments figuratifs à des éléments purement graphiques, en couches très minces, avec des effets de transparence et des couleurs furtives.
Ses thèmes sont divers. Un tableau noir et blanc de 2004, The Seven Acts of Mercy, [Les sept actes de miséricorde], fait ainsi référence à une peinture éponyme du Caravage, avec plusieurs points de fuite autour d'une structure centrale presque religieuse. Un an plus tard, en 2005, une série de gravure intitulée Heavy Weather est inspiré d'un fait d'actualité, l'ouragan Katrina et ses ravages.
Elle est peut-être l'un des peintres américains les plus importants de sa génération, et, en tout état de cause, parmi ceux dont les œuvres atteignent des montants les plus importants.

Voici d'autres réalisations (non visibles au Musée)

Stadia II Mehretu, deJulie Mehretu - 2004 (107 x 140 in.)

Entretien à Paris, Centre Pompidou (2014) Entretien entre Julie Mehretu et Jean-Pierre Criqui.

Son studio avec différents assistants ici, et ici (Episode #106: Julie Mehretu puts the finishing touches on her large-scale painting "Mural" at Goldman Sachs, adjusting shapes and colors in dialogue with the architecture and views from the street)

mardi 8 mars 2016

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BB (montage Sonia Marques avec images du film de Bozzetto et photographie de l'école de Bourges)

Souvenir de ce 8 mars, journée des droits de la femme, journée de travail pour moi, à l'école d'art de Bourges.

Officialisée par les Nations Unies en 1977, la “Journée Internationale des Femmes” trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. C’est une journée de manifestations à travers le monde : l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes. Traditionnellement les groupes et associations de militantes préparent des manifestations, pour fêter les victoires et les acquis, faire entendre leurs revendications, afin d’améliorer la situation des femmes.

Première journée où je voyais des flocons de neige tomber cet hiver. Moment où je projetais un film de ma programmation des années 70 de Bozzetto, dans lequel, il y a également des flocons de neige. Une façon de célébrer les droits des femmes, car dans ce film, l'orchestre est composé de femmes âgées qui travaillent pour les hommes. Ils ont été les chercher loin, transportées dans un camion, afin qu'elles jouent chacune, costumée, d'un instrument de musique. Affamées et toujours vaillantes. Allégorie de la pauvreté masquée. Le dessinateur et la femme de ménage tombent amoureux et s'enfuient en volant, métamorphosés en animation... Fantaisie, humour, mise en scène du patriarcat, divertissement. À ce moment, un singe entre en scène et se bagarre avec le dessinateur, et les femmes applaudissent.

ecologia, consumismo, sessualità, politica...

Fiction, réalité, mise en abîme, renversement : une femme dessinatrice montre un film dans une école... Un peu comme le singe, elle arrive aux flocons de neige et tout se transforme en fantaisie et j'entends des rires de joie, je vois des sourires. Tout est prétexte à dessiner. Beaux sapins verts, belle journée de rencontre et d'apprentissages et des amusements, de sérieuses notions abordées par traits d'humour, de l'esprit, de l'esprit.

dimanche 11 octobre 2015

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La vie de château (Photographie © Sonia Marques)

Des rencontres…

Partis en aventure pour un vernissage d'une exposition de femmes au Château de Rochechouart. Un lieu où je reviens avec entrain. Je connais quelques exposantes, présentes ou absentes, nous nous demandions quel serait la couleur de ce vernissage, de l'agencement des œuvres, quel public ? Premier vernissage que je faisais dans ce Musée départemental de l'art contemporain. À une heure de route de Limoges, le soleil au zénith en pleine face dans un été indien… aveuglant.

À l'arrivée, autre ambiance. Les salles silencieuses, nous abordons les espaces, peu de monde… Et nous côtoyons les artistes qui se prennent en photo devant leurs œuvres. Nous entendons un rire énorme, envahissant.
Nous visitons toute l'exposition située dans une (petite) aile du château.

La file indienne (Photographie © Sonia Marques)

Puis la commissaire Julie Crenn et la conservatrice du Musée Annabelle Ténèze nous rassemblent. Elles insistent sur la rareté de la présence des femmes artistes dans les expositions en France. Parfois, elles sont 2 femmes sur 10 artistes exposants. L'une d'entre elles dit que le plus souvent il n'y en a pas. Bref, nous connaissons ces statistiques depuis belle lurette. Elles nous apportent l'information qu'elles avaient souhaité présenter des artistes jeunes et moins jeunes (40 à 50 ans) afin de montrer que ni les unes ni les autres ne sont encore connues du public. Vu la présentation, j'étais dans l'âge des moins jeunes des statistiques, autant en conclure, à ce rythme, que c'est bientôt la fin.

Avec des œuvres de Giulia Andreani, Farah Atassi, Amélie Bertrand, Anne Brégeaut, Marion Charlet, Coraline de Chiara, Nina Childress, Béatrice Cussol, Hélène Delprat, Vanessa Fanuele, Vidya Gastaldon, Oda Jaune,  Elodie Lesourd, Iris Levasseur, Maude Maris, Eva Nielsen, Laure Prouvost, Claire Tabouret et Delphine Trouche.

Autours d'elles en file indienne, les artistes exposées (12 sur 19) sont là, très sages, mutiques, disciplinées.

Face à elles, un public de têtes blanches et pas mal d'hommes. Le maire de Rochechouart présent prend le micro et marmonne quelque chose que nous n'avions pas entendu au premier abord, sauf le mot "sexe", "sexe"… Il fallait qu'il s'exprime encore une fois car cela prêtait à confusion. Il prit le micro et dit plus fort : "Y-a-t-il un sexe dans l'art ?". Pas de réponse. Il y avait d'autres femmes du service culture, ou plus en service, nous n'avons pas tout compris de l'histoire, des clins d’œil aux femmes qui travaillent avec le maire… On entend l'une d'elle : "Je suis émue, je suis féministe". Nous ne pouvions là qu'imaginer les efforts qu'elles avaient convoqués ensemble pour exposer toutes ces femmes.

La médiation (Photographie © Sonia Marques)
Un exercice scolaire est demandé à chacune des artistes présentes, ou bien un exercice de médiation. Chaque artiste présente (12 sur 19) exposée devait s'exprimer sur leur œuvre devant les grisous…Nous étions tout ouïe. Certaines ont joué le jeu et leurs influences, leurs iconographies nous apportaient un éclairage sensible qui sortait de la thématique groupée. Chacune avait un parcours et des connaissances précises, et si nous prêtions attention, nous n'étions plus devant un effet de 'femmes', mais devant des individualités, dont finalement, rien ne pouvait les rassembler ici sur le fond, aussi bien dans leurs parcours, le traitement de l'image, leurs références... Cela me faisait penser aux cours que je donnais l'année dernière à l'école d'art de Limoges sur "l'iconothèque libre", qui se retrouvent supprimés cette année, pouvoir ramifier sa recherche artistique et l'exposer à l'aune de nos modes contemporains et nos outils de recherches, nos inspirations, hors-champs de l'art. D'autres artistes présentes ont habilement détourné le jeu de la médiation en s'éclipsant, un peu dommage. La seule place d'expression était encore celle-ci. J'imaginais, féministes, qu'elles allaient nous raconter plein d'histoires, une expérience audacieuse, j'imaginais même un concert punk. Et bien non.  J'ai regretté les absences de Nina Chidresss et Hélène Delprat (dont je suis, avec bonheur, ses posts). Je n'ai pas perçu de féminisme. Je me suis dit qu'en fait, ce n'est pas parce que l'on expose un groupe de femmes que l'exposition est 'féministe'. On peut convoquer des œuvres d'hommes artistes féministes et d'ailleurs ici, point de censure. Les artistes exposées, avaient dans leurs travail des œuvres qui déménageaient un peu plus. L'exposition de l'artiste anglaise Laure Provost qui restait encore, jusqu'au grenier, dont j'ai écrit un article, possède toute cette distance critique, du contexte, et également une liberté par rapport à la demande. Ses investigations dans l'espace sont très audacieuses et se jouent de la soumission du local et des stéréotypes du 'maintream'. Le médium est complètement relégué au plan de la construction d'un Musée et fait place à un multi-médiums qui déconstruit les savoir-faire. Avec cette nouvelle exposition... de femmes, nous voici dans une vie de château où les femmes crient leurs noms dans tous les sens du haut des fenêtres dans une belle campagne. Je me suis vite rendue compte qu'il n'y avait personne de l'école d'art où j'enseigne, personne… Sauf moi ;.) Cela reviendrait à penser que je suis la seule à m'intéresser aux femmes artistes et à la peinture ! Et aux commissariats d'envergure féministes ;.) Cela m'avait déjà fait drôle à la médiathèque de Limoges, à la présentation de l'artiste Guillaume Pinard venu présenter son travail. J'espère qu'au moins les étudiants, de tous genres, de l'école où j'enseigne (je résiste, car on décapite l'enseignement des femmes artistes professeures) vont s'y rendre, à cheval, en mobylette, en faisant du stop, mais pas en convoi municipal ;.) Il faut visiter les expositions de son propre chef et ainsi se forger au fur et à mesure un point de vue. Chaque étudiant, étudiante en art ne devrait jamais être téléguidé dans ses explorations, ni même qu'on leur dicte ce qu'est un ou une artiste. Aujourd'hui les influences ont bien changé et le champ de l'art n'a jamais été aussi libre.



Dans cette exposition, mon bémol va à l'agencement des œuvres. Autant de femmes et d’œuvres au château aurait mérité une libération des espaces plus loyale, pour aller avec le discours. Si les femmes ne sont pas assez exposées, lorsqu'elle le sont, elles pourraient également avoir la place. Pourquoi ne pas avoir alloué une salle par artiste, afin qu'elles exposent un peu plus de leur travail ? Avec moins d'exposantes ? Certaines œuvres sont situées dans un coin de mur, ou bien une œuvre de collages et dessins aurait pu avoir la place d'un plus grand mur dans l'espace.  Nous observons un choix : certaines œuvres se situent dans la très grande salle et un grand nombre d'autres sont relayées à dialoguer ensemble en face à face, dans un couloir. C'était mon bémol côté installation.

Présenter ces femmes comme artistes émergentes me pose une question. Ces femmes, ont, pour certaines, un long parcours derrière elle, mais toutes très exposées tout de même au regard du nombre de femmes artistes avec un travail très intéressant, qui le sont moins, donc, vraiment "émergentes". Ces artistes ne sont pas émergentes, loin de là. Ou sinon, seules les femmes artistes ne cesseraient leur vie entière d'émerger… Agnès Varda, disait, qu'à présent qu'elle est vieille, elle est invitée pour recevoir des prix, alors que toute sa vie, durant sa pleine création, elle n'était ni invitée, ni ne recevait des prix. Avec Chantal Akerman décédée récemment, je remarque que nombre d'autres artistes de sa génération, ou professeurs n'ayant jamais fait une seule référence à son œuvre, à présent, déballent des hommages bienséants. Observations de nos dérisoires mentions. Souvent les femmes artistes, de tous domaine, sont dans l'obligation de faire leur histoire, en même temps de créer, d'inventer. Le cas d'Agnès Varda est très frappant. Nous sommes dans un fil d'Ariane constant qui ramifie, comme une poétesse, à la fois ses souvenirs, son histoire, ses inventions dans chacune de ses œuvres. Elle coupe, sauvage, dans l'histoire de l'art et du cinéma, et ne s'embarrasse pas des cloisonnements de genres. Pour Chantal Akerman cela se vérifie dans sa lutte, son parcours.

J'aime vraiment beaucoup le tissage-collage qu'opère Agnès Varda. Je me suis aperçue que finalement je procédais de la même façon mais avec un outils sur le web, avec ce BMK composite. À la fois écritures de nouvelles, poésies, références, critiques, photographies, carnet de route quotidien mais sans jamais être un journal intime, en réaction avec mes recherches. La vie. Les châteaux, les Musées, tout cela enferme plutôt que nous laisse l'expression libre. Nous savons toutes que le Panthéon est un décor d'un théâtre d'un autre temps. Nous ne courrons plus après les prix et les récompenses de ce temps révolu.

L'intitulé de cette exposition est emprunté à Marguerite Duras. Pourtant ce nom a déjà été utilisé pour le site Internet, peindre dit-elle, d'une artiste. Au début je pensais que cet emprunt était manifeste car cette artiste y était présente. En fait il n'y a aucune corrélation avec la création des artistes qui se sont émancipées du système collectionneurs-expositions-galeristes-résidences-critiques... Je me suis demandée quelle serait la réception, à présent que nous avons bien dépassé le mode "les femmes ne sont pas assez exposées", si ces expositions se retrouvaient observées et recevaient des apports critiques d'autres femmes expertes, délivrées des systèmes patriarcaux. Là commencerait un vrai travail critique et peut-être une nouvelle émancipation. La critique, en art, devient si marginale, côté féminisme, alors que le champs d'observation est si bien étendu, qu'il n'y a plus qu'à cueillir et analyser les expositions. Souvent je trouve très soumise, la critique, et pas assez indépendante. Nous n'avons alors, en lecture que de tièdes copies de ce qu'attend le système patriarcal de l'art : que des expositions de femmes, restent des exceptions et qu'elles puissent en avoir tous les avantages, que l'on puisse les visiter comme des bêtes curieuses.

Photographie (en gros plan rapproché) d'un extrait de l’œuvre de Béatrice Cussol
TN°547, 2013, encres et aquarelle sur papier, 150x150 cm Courtesy de l’artiste et de la galerie Port Avion (Marseille)


Après le cocktail… Un grisou m'interpelle : "Les femmes ne boivent pas de bière d'habitude".
Je lui dis : "De quelle époque venez-vous monsieur ?" Surpris, il rit. L'extraterrestre n'est pas toujours celle que l'on croit.

Nous sommes vite passés aux artistes, et nos coups de cœur, Grrr... Grrr... Les œuvres qui illustraient nos émotions... du moment.

Les artistes venues au vernissage sont seules, chacune dans leur coin. Personne ne vient les voir. Tout le monde est collé au buffet, les petits fours dans les joues. Alors nous allons les voir, surtout celles dont l’œuvre présentée nous a intéressée où dont je connais un peu le parcours. Et nous voici échanger un peu. Un peu de chaleur et de rires enfin. Mais tout est trop peu, trop parcimonieux. Il n'y a pas à s'en faire, lorsque l'on est artiste, c'est l'indépendance qui nous apprend le chemin. Cela n'empêche nullement les rencontres et les hasards.

Amélie Bertrand : une artiste dont j'avais présenté l’œuvre l'année dernière à mes étudiants, au travers d'une de ses conférence au collège de France, organisée par la philosophe Claudine Tiercelin, que j'avais beaucoup apprécié par l'explicitation très détaillée et technique de ses sources de son appréhension économique des choses. Je m'adressais à des étudiants de la 4e année en art avec mes cours, nommées "projection", aujourd'hui supprimés. Je trouvais que les apports manquaient dans le rapport au milieu professionnel et aussi dans l'émancipation des techniques, que ce soit dans la peinture ou dans autre domaine cloisonné. C'était important, de mon point de vue, de montrer des artistes qui produisent des images aujourd'hui. J'avais, entre autre présenté le travail de l'artiste Laribot, performeuse, danseuse et chorégraphe hispano-suisse, dont j'avais assisté au vernissage du centre Culturel Suisse (et retrouvé mes professeures, Nathalie Magnan et Elisabeth lebovici, c'est important la transmission) Les étudiants présents m'avaient fait part de leur enthousiasme de ces apports, mais aucun d'eux n'est aujourd'hui ré-inscrit à l'école. Ils faisaient de la peinture, des volumes, du dessin, le tout assemblés. De bons moments d'enseignements (RIP)
Eva Nielsen venue nous rejoindre avait décrit les espaces abandonnés de Détroit qu'elle avait parcouru et sa vision voilée de cette vision contemporaine (je résume). Puis nous sommes aller féliciter Béatrice Cussol. Je me souvenais d'une exposition il y a une dizaine d'années (dans laquelle j'exposais un dessin) et c'était encore une histoire de groupe de femmes, Béatrice Cussol s'en souvenait aussi, mais surtout de la fête après. Je ne sais s'il y a eu une fête après ce vernissage, mais j'apprenais qu'elles étaient confinées dans un dortoir et partaient au petit matin. Certaines anticipaient la soirée.

Drôle de situation. Je ne sais pourquoi on infantilise sans arrêt les exposantes. Toujours cette question de place et de considération.
Son dessin de "She-Hulk" a attiré l'attention de mon ami, spécialiste de ce personnage de fiction, une super-héroïne appartenant à l'univers de Marvel Comics des années 80. Nous avons échangé ensuite. Ce personnage suscite les premiers émois féministes dans ces bandes dessinées. Si l'on aime les statistiques, majoritairement destinés aux jeunes garçons, ces bandes-dessinées ont distillé des notions féministes chez les garçons, et les filles. Nous nous retrouvions, en bonnes compagnies pour en discuter.

Un moment très agréable, et il est rare de trouver autant de rencontres en une soirée d'un coup, dans ces plaines vertes, de moutons.

Dans le silence de la nuit, après le beau coucher de soleil rose et orangé qui s’effaçait dans un soupir, j'entendais des femmes évoquer une table ronde sur l'art contemporain, à laquelle elles avaient assisté la veille. Elles y avaient entendus des références dépassées... un décalage avec cette exposition au château, dans la même région.

Je faisais une dernière prière, me retournant et le soleil avait disparu, laissant la place au noir absolu d'une nouvelle scène, celle de la route étoilée du retour.

Photographie avec les moyens du bord de l’œuvre de Béatrice Cussol : TN°547

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Le week-end de feu avec la vision des films de Hitoshi Matsumoto, dont il me faudra faire un article, tellement son œuvre est riche.
Merci mon ami. La culture japonaise est vraiment ce qui m'enthousiasme le plus.

Le lendemain, au rayon safou du Cameroun, corosol de Colombie, carambole de Malaisie, lulos et sapotilles, je vois Stuart Staples avec sa femme, de mon groupe musical adoré, Tindersticks.
Un petit bonjour, les fruits plein les yeux, in english, tous les deux étonnés qu'ils soient reconnus ici. Ce n'est pas la première fois que nous nous croisons et j'avais déjà écrit à ce sujet. En anonymes, croisements au centre de la terre des discrets.
La première fois que je visitais la Creuse, c'était pour rendre visite aux parents de mon ami, qui avaient loué un gîte. J'avais un week end de libre, celui d'un 15 août, il y a peut-être 15 ans de cela.
Je bossais comme une malade tout l'été dans une start-up, qui vendait des plantes vertes dans toute l'Europe... pour payer mon loyer, enfin rembourser mon ami avec qui je vivais, qui m'avait avancé des mois de loyer.
De sorte que toute ma paye est allée directe dans sa poche ! Avec le reste je me suis acheté des livres et suis partie les emmener chez mes amis de la Drôme, qui n'étaient pas très branchés lectures...
Féministe libre pensée tout de même ;.)

J'écoutais les premiers albums de Tinderstick, mais j'avais imaginé que cette ambiance en Creuse pouvait correspondre à cette musique. Mon ami m'avais juste dit qu'il y avait une bonne chaîne pour écouter de la musique.
Une bonne occasion pour ne pas être trop prise dans des affaires familiales.

J'avais donc apporté des disques et il ne connaissait pas cet artiste. Arrivée, je traversais une campagne silencieuse et ténébreuse, avec, dans mes oreilles 'Simple pleasure' et la voix de Stuart Staples.
Plus tard, j'ai vu tous les films de Claire Denis, j'ai dévoré son œuvre. Bien plus tard j'emménageais dans cette région silencieuse, ténébreuse, et dans le même moment, j'apprenais, et pour les mêmes raisons que moi, que les Tinderstiks laissaient tomber Londres, comme je laissais tomber Paris, pour venir créer et vivre dans cette région.

En incognitos, nous dévalons les marges de ce centre, circulant librement dans tous ces hangars esseulés, avec nos amours, nos amitiés, nos cultures multiples.

En hommage à cette belle couverture et à ces rencontres des simples plaisirs, des femmes, des fruits.

mardi 15 septembre 2015

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Oeuvre de Barbara Kruger.
1989, Sans titre, Sérigraphie (57/100) 91,5 x 109,8 cm
Dépôt du Fonds National d'Art contemporain "Estampes et Révolution, 200 ans après".

On peut voir cette œuvre à Paris, à l'accueil de la Direction générale de la création artistique (DGCA) qui est rattachée au Ministère de la Culture et de la Communication. J'aime beaucoup cette sérigraphie, elle est située au-dessus de la jeune femme qui garde les cartes d'identité de tous les visiteurs. Identité, femme, pouvoir.

SAVOIR C'EST POUVOIR

D'où vient cette œuvre ?

Cette œuvre fait partie de la suite Estampes et Révolution, 200 ans après, commande du Ministère français de la Culture dans le cadre du Bicentenaire de la Révolution française. Elle constitue l’unique participation féminine à ce projet (?). Cet exemplaire (n° 94/100) a été mis en dépôt au Centre de la Gravure par le Fonds National d’Art Contemporain Numéro d’inventaire : OE 5806 (FNAC 89106) Dimensions du papier et de l’impression : 91,5 x 90,8 cm, Sérigraphie sur Arches

Qui est Barbara Kruger ?

Née en 1945 à Newark, dans le New Jersey, l’artiste conceptuelle Barbara Kruger a exercé la profession de graphiste designer pour des agences de publicité. Elle a travaillé pour le groupe de presse Condé Nast qui publie les revues Vogue et Mademoiselle. Durant cette expérience professionnelle, elle s'est familiarisée avec les protocoles de construction des images destinées aux médias. Leurs codes, leurs signes font partie de son vocabulaire visuel. Dans ses photomontages, elle utilise des images publicitaires détournées, fortement agrandies et commentées en caractère d’imprimerie. Ses œuvres sont généralement traitées en trois couleurs. Le noir et blanc pour les images, le rouge étant souvent réservé aux slogans. Ce procédé est devenu une marque de fabrication. De par son attitude revendicatrice, le travail de Barbara Kruger tend à investir la rue au moyen d’insertions dans les magazines, de conférences, de vidéos ou de campagnes d’affichage. Ses images politiques impliquent le spectateur par l’emploi de pronoms personnels qui transforment ses messages en injonctions. A partir de 1990, Barbara Kruger réalise ses premières installations. Elle intègre le mouvement et le son dans son œuvre. Les images muettes font place à des films qui interpellent violemment le spectateur à travers un interlocuteur imaginaire.

Le contexte de cette commande française ?

Pour commémorer le Bicentenaire de la Révolution française, Barbara Kruger a choisi deux modes d’expression complémentaires. Comme dans tous ses photomontages, elle a utilisé une image stéréotypée et un slogan d’une apparente banalité. Le propos initialement formulé par le philosophe empiriste anglais Francis Bacon en 1597, « Nam et ipsa scientia potestas est », mieux connu sous sa forme proverbiale actuelle « Savoir c’est pouvoir » conduit le spectateur vers une double réflexion. Le portrait d’une beauté sans faille, figé dans une implacable dualité, renvoie à l’expérience de l’artiste elle-même : le parcours intime et professionnel d’une femme américaine dans les milieux essentiellement masculins que sont l’art conceptuel et le monde publicitaire des années 80. Plus largement, l’image de cette Marianne en papier glacé assortie de sa légende péremptoire, met en garde contre les clichés de l’Histoire.

Simultanément, la même image a été utilisée par Barbara Kruger aux Etats-Unis dans le cadre des revendications féministes portant sur le droit à l’avortement. Sous le slogan Your Body is a Battleground elle s’insurge contre les tentatives de réduction du champ d’application de l’arrêt Roe v. Wade qui reconnaissait depuis 1973 l’avortement comme un droit constitutionnel. Une autre version, sous forme d’affiche invite à une manifestation organisée à Washington le 9 avril 1989 en faveur du droit à l’avortement et à la contraception.



Dans un texte sur l’œuvre de Barbara Kruger (La Politique du malaise dans les photomontages de Barbara Kruger, publié sur E-rea), la professeure Élianne Elmaleh analyse cette relation :

Michel Foucault a beaucoup inspiré les artistes américaines postmodernes. Dans son cycle de travaux consacrés à la place de la sexualité dans la culture occidentale, il a décrit la dissimulation des stratégies de contrôle par les représentations culturelles et les disciplines sociales (Histoire de la sexualité) ; dans Surveiller et punir, il a étudié le pouvoir sur le plan des processus mineurs qui cernent et investissent le corps. Foucault oppose par ailleurs la loi et la norme, la loi étant ce qui s’applique aux individus de l’extérieur, la norme ayant pour double objectif d’atteindre l’intériorité des individus en influençant leur comportement et d’investir la totalité de leur existence. Plus diffuse, plus sournoise, elle peut gérer la vie, utiliser le jeu de la séduction pour mieux asservir et finir par s’imposer. Le travail du pouvoir pour discipliner les sujets s’opère autour de la norme et d’une « technique politique des corps » pour rendre docile et discipliner les individus sans que ces derniers s’en aperçoivent (Alpozzo). Les relations de pouvoir peuvent investir, marquer, torturer les corps (Alpozzo). Nombre des clichés de Kruger en témoignent.

(Livre du philosophe français Michel Foucault : Surveiller et punir. Naissance de la prison, 1975)

MONA HATOUM à Pompidou ! Une exposition cartographique...


Photographie (Sonia Marques) d'une des installations (Map) de l'artiste Mona Hatoum

Map (clear) (2015), intègrent un matériau instable – les billes de verre – afin de transformer le sol sous nos pieds en une surface trompeuse. Ce travail n’est donc minimaliste qu’à un niveau formel et esthétique. Il n’est pas autoréférentiel, mais il est ouvert à l’interprétation et fait souvent référence à l’instabilité et aux conflits présents dans le monde que nous habitons. Une carte du monde faite de billes de verre limpides comme du cristal, de 20 mm de diamètre. Les billes ne sont pas fixées au sol, de sorte que la carte est instable et vulnérable puisque les vibrations des mouvements des visiteurs peuvent en faire bouger des parties, voire la détruire.



Photographie d'un peu plus près de Map

Les artistes qui m’ont inspirée aux différentes étapes de mon parcours sont Marcel Duchamp, René Magritte, Meret Oppenheim, Agnès Martin, Eva Hesse, Felix Gonzales-Torres et bien d’autres encore…

(Propos recueillis par Christine van Assche, commissaire de l'exposition.)
Extrait de la présentation de l'exposition :

Dans notre monde mû par des contradictions, des tensions géopolitiques, des esthétiques diversifiées, Mona Hatoum nous offre un œuvre qui atteint une universalité inégalée, un œuvre devenu « modèle » pour de nombreux artistes contemporains. L’artiste britannique, d’origine palestinienne, est l’une des représentantes incontournables de la scène contemporaine internationale. Son œuvre s’impose par la justesse de son propos, par l’adéquation entre les formes et les matériaux proposés, par la pluridisciplinarité de son travail et finalement par sa relecture originale et engagée des mouvements d’art contemporain (performance, cinétisme, minimalisme). Après avoir réalisé, voilà vingt ans, la première exposition muséale dédiée à l’œuvre de Mona Hatoum, le Centre Pompidou lui consacre aujourd’hui une première grande monographie qui réunit une centaine d’œuvres et rend compte de la pluridisciplinarité de son travail, de 1977 à 2015. Sans chronologie, comme une « cartographie » de la trajectoire de Mona Hatoum, l’exposition offre au public une traversée de son œuvre par affinités formelles et sensibles. Ainsi les performances des années 1980, qu’elles soient documentées en photos, dessins ou vidéos, sont mises en relation avec des installations, des sculptures, des dessins, des photographies et des objets datant de la fin des années 1980 à aujourd’hui. Mona Hatoum, née au Liban en 1952 de parents d’origine palestinienne, quitte ce pays en 1975 pour un court séjour à Londres au moment où la guerre éclate au Liban. Elle reste dans la capitale britannique où elle commence des études d’art. Deux grandes périodes divisent son travail. Durant les années 1980, Mona Hatoum explore le territoire de la performance et de la vidéo. Son œuvre est alors de nature narrative et se penche sur des questions sociales et politiques. Depuis les années 1990, sa production est caractérisée par des œuvres plus « permanentes », des installations, des sculptures ou des dessins. Se plaçant désormais dans des perspectives d’avant-garde, Mona Hatoum explore des installations influencées par le cinétisme et les théories phénoménologiques, ou d’autres installations qu’on pourrait définir comme postminimalistes, utilisant des matériaux trouvés dans le monde industriel (grilles et fils de fer barbelé) ou dans son propre environnement (cheveux). Certaines de ses installations et de ses sculptures, engagées pour la plupart, sont orientées par le féminisme. Autour d’elles gravitent des objets plutôt surréalistes, des travaux sur papier réalisés avec des matériaux du quotidien inhabituels ou des photographies prises lors de voyages, et en lien avec d’autres œuvres de l’exposition.


Mona Hatoum, Hot Spot, 2013, acier inoxydable, tube au néon — 234 × 223 × 223 cm (Photo : Sonia Marques)

Mona Hatoum,  Natura morta (medical cabinet) 2012 (Photo : Sonia Marques)

Cartes et cages, je reconnaissais certaines pièces découvertes il y a plusieurs années déjà (galerie Chantal Crousel) en particulier des cages et l'élément du fil barbelé. Son magnétisme faisait un rare écho dans un Paris chic, il y a plus d'une vingtaine d'années, début des années 90, aux concepts double (enfermement/liberté) que nous vivions plutôt dans la banlieue de la capitale. Sa référence d'ailleurs n'arrivait pas encore dans les écoles d'art, je ne rencontrais pas de professeurs connaissant son travail. Étudiante circulant librement dans la capitale pour visiter les galeries, je ne pouvais pas être indifférente à ces cages magnétiques, aux espaces (la galerie était petite) de ses formes. Cela change pas mal, dans cette exposition, et je crois comprendre pourquoi plusieurs petits espaces sont recrées, comme des chambres, afin de retrouver cette sensation de moindre déplacement. Je pensais aux œuvres exposées de Louise Bourgeois et ses chambres, mais chez Mona Hatoum tout est évidé. La séparation est très importante dans son travail, même si des boulettes de cheveux peuvent nous raccrocher à un matériaux organique, chargé, et délicat, la plupart de ses pièces sont cliniques. C'est une différence. Et dans celles qui m'ont le plus interpellées (question de moment plastique, de croisement avec ma recherche) ce sont ses textiles installés dans une pièce (Twelve windows), des broderies réalisées par des artisanes expertes d’Inaash, et ses objets grenades en verre de Murano multicolores.

Lorsque savoir c'est pouvoir, martelé en slogan publicitaire, premier focus de mon article, sur Barbara Kruger, il est manifeste qu'on peut le lire dans un autre sens : le pouvoir peut ne pas savoir. Les censures de l'art par le pouvoir ou un système de domination, méconnaissent. Il y a plusieurs formes de méconnaissances qui arrivent au pouvoir et se trouvent visibles. Nous avions remarqué il y a une dizaine d'années, dans l'entretien largement diffusé et édité entre 2 artistes et une commissaire d'exposition (Jean-Marc Bustamante avec Christine Macel et Xavier Veilhan), le 25 mars 2004 au Restaurant L'Annexe à Paris, un manque de culture sur les femmes artistes. Une vidéo, femmeusesaction #18, les femmes ont du mal à tenir la distance, réalisée par Cécile Proust (chorégraphe et danseuse) et Jacques Hoepffner (vidéaste), reprenant les propos de cet entretien, le transposait dans une création (un savoir), avec humour, et distance. C'était il y a 10 ans. Les expositions déjà visibles de Mona Hatoum, c'était il y a 20 ans. Avons-nous perdu, entre temps, cet humour ?
Espérons que depuis, concernant les protagonistes de l'entretien aux connotations machistes, le tricotage est devenu un savoir qui puisse faire évoluer les pouvoirs vers la reconnaissance des histoires dans l'histoire de l'art, celles qui traversent les guerres, les systèmes dominants, tout en exerçant un art empli de ces savoirs là.

Twelve Windows 2012-2013 (Mona Hatoum avec Inaash) (Photos : Sonia Marques)

Ces douze pièces de broderie palestinienne sont l’œuvre d’Inaash, l’Association pour le développement des camps palestiniens, une ONG libanaise créée en 1969 pour donner du travail aux femmes palestiniennes dans les camps de réfugiés au Liban.
Rigoureusement conçus par Malak Husseini Abdulrahim, aboutissement de dizaines d’années de recherche et de création graphique sur les travaux d’aiguille de Palestine, les panneaux ont été minutieusement brodés par les artisanes expertes d’Inaash, dans le but de préserver un art traditionnel menacé d’extinction par la dispersion des Palestiniens dans la région. L’action de broder devient ici un acte de résistance face aux ruptures causées par l’exil. Chaque « fenêtre » représente, par ses motifs, ses points et ses dessins, une grande région de Palestine. Installés dans un espace traversé en tous sens par des câbles d’acier, les panneaux forment une carte visuelle de la Palestine, une métaphore
de son territoire morcelé.

Dans le nouvel accrochage du Musée, quelques nouvelles œuvres :

 Maja Bajevic (1967 - ) Women at Work, 1999
Toile de bâche synthétique, broderie en laine, métal, bois, vidéo
Performance de 5 jours réalisée en 1999 à Sarajevo, sur la façade de la Galerie nationale de Bosnie et Herzégovine
L'installation comprend :
Une œuvre vidéographique, 11'48'', couleur, son, bosniaque s/t anglais projetée dans une salle indépendante, un échafaudage de 400 x 600 x 80 cm et 3 bâches de construction brodées produites pendant la performance accrochées sur la bâche de l’échafaudage
Achat, 2007

(Photographies : Sonia Marques)

Assises sur les passerelles d'un échafaudage, des femmes brodent des motifs traditionnels bosniaques sur le filet de protection qui recouvre cette structure. Musulmanes en exil loin de Srebrenica, ville à majorité serbe où elles vivaient, elles se sont réfugiées à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine. La jeune artiste Maja Bajevic les a sollicitées pour participer à une performance devant la façade de la "National Gallery" de l'ex-Yousgoslavie à Sarajevo. Cette œuvre, "Women at work - Under Construction", 1999, conduit ces femmes en deuil, comme une passerelle, vers la reconnaissance.
"Croire que les tâches domestiques sont seulement réservées aux femmes est dépassé, et n'a rien à voir avec le rôle de la femme dans le Socialisme." déclarait Tito en 1958 en plein coeur du régime communiste yougoslave. Cette phrase, écrite sur un morceau de tissu dans le cadre d'une autre performance artistique, se dissout à présent sous le geste de femmes lavant du linge. Intitulée "Women at work - washing up", cette performance a été présentée lors de la Biennale d'art contemporain d'Istanbul en 2001 et s'est déroulée dans les bains publics de la ville. L'artiste Maja Bajevic, aidée de Fazila et Zlatija Efendic, deux réfugiées de Srebrenica, s'attachait à effacer les phrases de Tito, inscrites sur du linge, souvenirs de l'histoire de leur pays. Ce geste commun d'ablution place la question politique au sein du foyer domestique. Rite de passage, cette oeuvre est le troisième volet d'une série de performances "Women at work" qui montre des femmes en plein travail. Que celles-ci lavent, cousent ou brodent, elles symbolisent l'effort de reconstruction de la communauté d'un pays dévasté par la guerre. Anodines et minutieuses, ces tâches dévoilent l'univers féminin dans son intimité, dans sa solitude et dans son deuil. Piéta contemporaines, elles posent la question de la volonté de rassemblement au sein de chaque individu. Quel rôle doit y jouer la mémoire ? Facteurs d'évolution et de transformation, les souvenirs mettent à l'épreuve le temps présent. Et les femmes, dans leur infinie patience, expriment leur solidarité par de "petits riens", elles tentent d'apaiser les douleurs passées et les grandes déceptions qui s'annoncent.
L'eau qui purifie et qui régénère ne parviendra cependant pas à effacer complètement les mots de Tito, puisque c'est avec une eau déjà sale et qui ne sera pas changée, qu'a été réalisée la performance orchestrée par Maja Bajevic.


Pawel Althamer, Tecza (Rainbow), 2004
Métal, coton, feutre, caoutchouc, liège
(photo : Sonia Marques)




Sur un petit chariot à quatre roues, est fixé à l'aide d'un ruban adhésif un sèche-linge recouvert de lacets de différentes couleurs et 29 paires de semelles dans leur emballage d'origine.

Et pour revenir sur l'une des protagonistes de l'entretien artistique publié en 2004 qui a refait surface aujourd'hui, quelques années plus tard, en 2007, la description de l’œuvre d'un artiste, Pawel Althamer, emmenait balader sur son sèche-linge ambulant les méconnaissances faire un petit voyage :

Extrait du catalogue Collection art contemporain - La collection du Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, sous la direction de Sophie Duplaix, Paris, Centre Pompidou, 2007
Christine Macel

Pawel Althamer, figure majeure de la jeune scène polonaise avec Piotr Uklanski et Wilhelm Sasnal, a rapidement acquis une renommée internationale – prix Van Gogh en 2004. Son œuvre, profondément humaniste et truffé d’humour, conjugue performance, installation et sculpture. L’artiste expérimente ainsi des situations singulières, comme de s’immerger dans une bassine en plastique remplie d’eau d’où il ne respire qu’à l’aide d’une paille, ou de se travestir en bonhomme de neige pour guetter la réaction des passants. Ses premières sculptures, réalisées à partir d’un mélange d’herbe, de boyaux d’animaux et de cire, se concentrent sur le corps et sa déchéance, thème exploré à travers les figures du chômeur, de l’immigrant ou du sans-domicile-fixe. Althamer développe un engagement politique et citoyen dans son travail en intégrant les personnes défavorisées ou handicapées dans l’œuvre. Il a par exemple réalisé une performance où un sans-domicile-fixe joue le rôle d’un critique d’art au cours d’un vernissage, et il anime depuis une dizaine d’années un groupe de handicapés qui participent à son œuvre, centré sur le possible miracle de la transformation personnelle. Tecza est un chariot à roulettes, un sèche-linge détourné de sa fonction originelle comme l’on en voit beaucoup sur les marchés de Varsovie. Destinée à présenter lacets de bottes et semelles de chaussures, cette construction de fortune, liée à la pauvreté et au nomadisme, conjugue culture de l’Est et rêve américain : avec ses couleurs chatoyantes inhabituelles, typiques des baskets de champions que les adolescents s’arrachent comme des signes de distinction sociale, elle apparaît comme la métaphore de possibles lendemains qui chantent.





Mona Hatoum
Waiting is Forbidden
, 2006-2008
Émail sur acier 30 x 40 cm
(Photo : Sonia Marques)

La patience deviendrait une valeur à réactiver, une forme de résistance active. Lire un livre dans une salle, sans être interrompu. Lire une vidéo du début à la fin, sans être interrompu. Enseigner sans être interrompu... Le rêve.
Attendre que le soleil se couche. Dormir une nuit entière, sans être interrompu, par de mauvais rêves.
Dessiner en silence, attendre que l'encre sèche, que l'action du logiciel révèle la forme. Attendre de comprendre un peu mieux. Réfléchir. Se soustraire aux interruptions, à l'agitation. La terreur, loin.
Attendre sous une tente, trouver un peu de répit chez un ami, un inconnu, le temps de trouver un logement.
Attendre une réponse.
Attendre que le jour se lève, que la lumière soit faite.