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mercredi 7 août 2019

ÐiḠИℰ

Photographies © Sonia Marques

Sékou était assez surprise de lire un commentaire sur le blog de Yvonne à son sujet, puis finalement pas surprise du tout. Yvonne avait écrit un article, de façon indépendante, et sans l'interroger, sur la discrimination qu'elle subissait à l’hôpital Mary. Cela n'a fait qu'empirer sa situation ensuite, comme quoi, le féminisme dans ce pays est très rétrograde. Sékou avait écrit une circulaire dédiée à l'institution, c'était un S.O.S., et celle-ci expliquait clairement ce qu'il lui arrivait. Yvonne avait librement choisit un paragraphe où JALIL était cité, mais avait occulté l'essentiel, le contenu de Sékou, ses idées. Son article intitulait "Sékou contre l’hôpital Mary". Par cet article, Sékou découvrait une communauté qui ne la connaissait pas et qui protégeait celle qui lui avait envoyé des courriers insultants, la directrice de l’hôpital Mary : Georgette. Peut-être parce que "fille de" . Sa mère cardiologue Raymonde, avait la carte au parti politique Binto, reconnu comme le plus dictateur et démagogue du pays. En tous cas, Sékou était constamment insultée par Georgette, elle la méprisait comme si elle était un déchet social, impropre, mal née. Le harcèlement subit a été exponentiel, Sékou, chirurgienne a été remplacée par un de ses stagiaires qui ne savait pas encore opérer. Celui-ci se mit à prendre des airs supérieurs et a fomenté des complots contre elle, afin de prendre sa place. Georgette a commandé un procès, afin que Sékou soit humiliée dans son village, à Oumou, sans que cette directrice n'ait à se déplacer au tribunal. Il y avait des violeurs jugés, dans ce tribunal, et des femmes qui excisent les petites filles. Sékou, parce qu'elle aurait souillé un outil de travail pendant une opération s'est retrouvée parmi les violents de son village. Puis Georgette la remplacée dans sa fonction, par Roger, son ami qui rêvait depuis longtemps opérer, mais il n'avait jamais passé de concours, comme Sékou.

Sékou se retrouva sans emploi durant des années. Aucun de ses collègues n'avaient répondu à son S.O.S. Ni Fernand qu'elle avait aidé à s'intégrer, ni Gaston qui lui avait demandé tant de fois de le remplacer, ni Antoine qui l'avait mise à disposition dans un autre Hôpital, ni Anne qui ne savait pas parler la langue du village et dont Sékou l'avait épaulée plus d'une fois, ni Hélène qui ne savait pas opérer, ni Marcel, qui se faisait passer pour un dentiste en arrachant simplement toutes les dents.




Voici son S.O.S. :


Oumou, le 30 juin 2045,

 

Chers collègues,

   

Suite à un courrier reçu ce jour en recommandé avec accusé réception de Geogette m'indiquant que je suis en situation de faute professionnelle sans aucun motif, je vous informe que je n'envisage pas sereinement les opérations dans ces conditions de travail.

En février, j'écrivais une lettre à la direction de l'hôpital Mary, pour mettre un terme aux courriers administratifs, une vingtaine à ce jour, avec des mesures vexatoires et des remarques discriminantes, sans rapport avec  les modes opératoires, la pratique de la chirurgie, qui ont pour effet, une dégradation de mes conditions de travail. Je n'ai pu répondre de suite à ces courriers répétitifs en pensant qu'ils seraient relus, conjugués et corrigés. Ce retrait fut nécessaire à la réflexion. Dans ma lettre, j'attirais l'attention sur une notion à reconsidérer en cette période de confusion, celle de « prendre soin du langage ».

Extrait :

« Il y a des imprudences qui sont terriblement nuisibles de la part d'institution et conduisent à l'isolement des individus. Ces imprudences, si elles ne sont pas relues attentivement, et dans leur portée sémantique et dans leurs actes policiés, deviennent des incitations à la haine, au mépris de l'autre, surtout, si elles se trouvent relayées par des directions. Le manque de communication que nous subissons, médecins, urgentistes, dans cet Hôpital, ne peut se résoudre par des courriers administratifs, individualisés qui empêchent le dialogue et renient tout récit, toute histoire.

Les courriers que je reçois, de la direction, ne sont pas dédiés à une chirurgienne. Ils sont dans le déni de la fonction, de la transmission d'un savoir, de mon métier. Les mots écrits ne sont pas recevables et s'inscrivent dans une succession de travers administratifs indéfectibles qui provoquent de violentes nuisances au bon déroulement pédagogique en interrompant toute fonction de transmission du savoir de la médecine et en éradiquant le lien essentiel, par lequel, tout enseignant et enseigné, fonde sa confiance : la relation humaine. »

J'ai reçu aussitôt, une réponse signée de la direction, en recommandé avec accusé de réception, m'indiquant que ce courrier était écrit en « très petits caractères ». Toutes les questions de fond évoquées restent en suspend.

Je suis chirurgienne, diplômée de l'École de Djenaba, ayant travaillé durant neuf années à l'hôpital de Boubacar, intervenante dans différents hôpitaux de notre pays et à l’étranger. Je vis à Oumou depuis plus de dix années. Mon métier est basé sur la valorisation du travail des stagiaires, la bienveillance, le respect d’autrui et la non exclusion.

Ce courrier arrive une semaine après les réunions de juin auxquelles j'ai participé, et dans un moment où les hôpitaux questionnent les modalités des nominations des directions.

Mes échanges et les plus récents, avec différents collègues, directrices, inspecteurs, inspectrices, entreprises, et personnels des hôpitaux, m'invitent à leurs envoyer ce message d'alerte et de solidarité. Je suis très inquiète pour mon avenir et la paupérisation de mes fonctions au sein de l'hôpital Mary. J'assiste à la disparition de statuts, la non communication des résultats, malgré nos réalisations. Les tabula rasa successives chaque année, ne favorisent pas la pérennisation de nos savoir faire.

Alors que les hôpitaux sont en en mutation, Mary s'installe dangereusement dans un silence assourdissant, où aucun sujet sociétal ne la traverse et ne circule dans ses arcanes internes. Ce mauvais signal reçu illustre nombre d'exclusions et la volonté d'amoindrir les forces vives de cet hôpital, tout acte de penser, d'échanger, de porter sa voix.

Si dans les Hôpitaux, comme dans le champ de l’enseignement  supérieur  en  général en médecine,  les conditions  peuvent être propices au harcèlement et à toutes sortes de domination,elles créent aussi  des contextes favorables pour les questionner et les combattre. Comme nous le documente la charte de JALIL, contre les discriminations, je suis engagée :

«… à la  mise  en  œuvre d'une  politique  structurelle  d’égalité  entre  les  femmes  et  les  hommes  et  de  lutte  contre toutes les discriminations, qui concerne aussi bien la gouvernance des établissements et l’ensemble des personnels  et intervenants, participe au travail  nécessaire de reconstruction  du  champ des représentations.Comme le monde de la médecine,nos écoles ont depuis longtemps ouvert leurs portes aux sciences politiques et sociales. »

J'ai informé la direction afin d'ouvrir les échanges, aborder ces questions urgentes, vis-à-vis des facteurs positifs de la diversité des médecins, accompagner et soutenir leurs réalisations et tissages entre les outils et histoires, investissant les laboratoires et trouver les moyens d’apprécier leurs évolutions, réunir ces différences et les conduire aux opérations en favorisant le développement de leurs recherches et projets plutôt que confirmer les inégalités de traitement, tout comme celles des scientifiques . Suite à ces apports écrits, à l’écoute des collègues, ce dernier courrier cautionne une nouvelle fois des méthodes d'exclusions, alors même que j’ai organisé ces années un cadre de recherche évolutif transversal à tous les niveaux, et que nous cherchons à faire résonner leurs opérations dans des contextes culturels contemporains et référencés.

Chers collègues, vous connaissez mes apports et mon engagement dans votre établissement, je reste sincèrement projetée dans cet avenir commun, et résolument, dans la situation présente, dans l'espoir que l'Hôpital Mary puisse se remettre en question et aller de l’avant.

Je vous invite à me répondre à mon adresse.

J'invite également tous les collègues des autres hôpitaux amis et partenaires, auxquels, j'envoie ce message, afin de me faire part de leur soutien et j'informe celles et ceux qui organisent les séminaires de JALIL à Taha de ma participation et de ma disponibilité aux débats.

Mes plus cordiales salutations,

Sékou

Copie à la Georgette, l'hôpital Mary, JALIL, les associations de Oumou, Boubakar...
(Ce texte est écrit en très petits caractères, veuillez porter vos lunettes)



L'article d'Yvonne sur son blog, a provoqué l'ire de Georgette, la furie, la directrice de l'hôpital Mary, qui évitait déjà tout dialogue, mais s'empressait de harceler Sékou par courrier et par son pouvoir de direction d'y émettre des menaces, non fondées, mais déjà de licenciement. Sous cet article un commentaire encore plus significatif d'une communauté aux pratiques étranges : "N'importe quelle incompétente comme ça va se servir de JALIL pour crier à la discrimination. Vous êtes déjà gâteuse ?" Un commentaire qui exprimait bien toute la bêtise que Sékou avait déjà reçu de cette directrice, en anonyme mais à peine anonyme. Déjà, tout comme la saleté reprochée par cette directrice, alors que Sékou est propre, c'est l'incompétence qui fut ici qualifiée comme critère, alors que Sékou est très compétente. Mais ce qui est plus intéressant c'est le jugement de "n'importe quelle". Comme s'il fallait, être quelqu'un de reconnu dans cette communauté obscure, mais démasquée, pour écrire, ou parler, ou s'y connaître sur les discriminations. C'est-à-dire que le n'importe qui n'avait pas le droit ni de vivre ni de décrire, ni d'avoir une expérience, puisque "l'incompétence" se trouvait là, en plus d'être "n'importe qui". Sékou trouvait cette façon pathologique de tordre les mots, assez accusatrice et du même ordre que tous les courriers qu'elle avait reçus, sidérants, mal conjugués. Et puis l'adjectif "gâteuse", au passage, histoire d'éliminer toute connaissance, décrite par Yvonne, toute re-connaissance, pensait Sékou.

Une femme déviante ou avec une pathologie grave, quérulente, qui fait des procès, et multiplie les actions en justice, va sans arrêt attaquer l'intelligence et déposer son mal être sur l'autre, qu'elle méprise et juge être n'importe qui. Elle a souvent surchargé les tribunaux, pour rien, in fine, et employé nombre de juges et greffières et comptable autours de ses procès, et d'un ou d'une accusée. Là l'accusée c'était Sékou, se demandant bien ce qu'elle fichait dans le tribunal d'Oumou. Un avocat lui avait dit, cette Georgette est complètement cinglée. Elle a une tendance pathologique à se croire victime d'injustice alors elle plaide en justice, elle est délirante.

Après l'idée de "se servir" dans le commentaire sur le blog d'Yvonne, est très intéressant aussi, car cette directrice se sert de l'argent public pour ses propres intérêts, privés donc et sa communauté Binto. Elle choisit les médecins, des hommes et fait partir les femmes. Il ne reste plus beaucoup de femmes qui peuvent opérer, à moins d'une soumission sans borne et contre chantage, afin d'espérer obtenir des crédits, puisque la despote est devenue un guichet. Le sexisme est arrivé à son apogée. Elle se trouve protégée, non pas par ce qu'elle croit (sa famille, son parti politique) mais par ces féministes qui, au nom de l'anti-sexisme, revendiquent, sans arrêt et avec une politique d'attaque, de disposer des femmes aux têtes des institutions. Mais pour faire "image" seulement. C'est donc ça le truc, pensait Sékou, quelle idée débile. Car, dans les arcanes du management, c'est un sexisme, qui ne peut alors se dénoncer. Ces féministes ont refermé le cadenas de la porte de la mixité sociale, à jamais, dans un écrin de stupidité. Ce sont des familles entières qui sont à la tête de ces directions, on pourra trouver le conjoint de Georgette, Sultan, à la tête de l'Hôpital Maurice, tous deux qui prônent l'horizontalité, la mort de la hiérarchie, s'amusant à se mêler aux secrétaires et aux assistants et stagiaires, comme si tous étaient au même niveau, ou eux intégrés aux inférieurs sociaux. Évidemment la directrice n'est pas du tout à l'horizontale, puisqu'elle exclue, grâce à sa seule signature, son pouvoir, l'employée qu'elle n'aime pas, qu'elle jalouse pour la remplacer par l'un des siens (pyramide hiérarchique donc, en contradiction avec l'horizontalité demandée) Il faut afficher que la liberté d'expression est là, Sékou voit bien, en fait, que c'est une vraie dictature, ils importunent l'autre, c'est leur liberté d'expression et l'autre doit se taire, et même se cacher pour mourir, comme les oiseaux.

Sékou se remémorait ce commentaire, sexiste et raciste. L'anonyme ne semble d'ailleurs rien connaître. Sékou fut déjà étonnée que Yvonne l'associe, dans son article à deux nom d'hommes, Tchoupi et Patchouli, lesquels ne l'ont pas aidé dans sa profession bien au contraire. Sékou se demandait si Yvonne craignait d'écrire sur son nom seul, comme si elle était tellement "n'importe qui" qu'il fallait y apposer deux noms d'hommes, pour faire plus sérieux, et "pas n'importe qui", des hommes qui ne sont pas du tout dans la reconnaissance des femmes médecins. Elle pensait aussi qu'elle l'avait infantilisée ainsi, comme il faut mettre le nom des tuteurs pour un enfant qui n'a pas encore grandi. Bref, le fait est que Sékou a été convoquée, deux mois plus tard, par la directrice de l'hôpital Mary, le lendemain du jour, où une femme secrétaire décédait, dans son équipe administrative, et soudainement, et jeune (elle lui avait donné une charge importante de travail pour son idée d'aller "tous", mais pas vraiment tous, à Coumba, afin d'afficher un club touristique monstrueux pour facebook) Cet entretien, Sékou pensait pouvoir pacifier la bête, mais Georgette l'accusait d'avoir fait passer une circulaire "à tire larigot", son expression, sans qu'elle le sache qui vient de "boire", connotait le problème de Georgette : elle buvait trop, et n'avait aucun savoir, elle répète. Personne n'aurait jamais dû être informé que Georgette maltraitait ainsi une chirurgienne. Cela devait rester secret. À discrétion donc et pour continuer à faire joujou comme elle l'entend, dans sa communauté.

Oui tout le monde et n'importe qui peut se cultiver et être cultivé. N'importe qui a connu des discriminations. N'importe qui peut vous démasquer, Madame la directrice, pensait Sékou.

Tout d'abord, Sékou ne connaissait pas bien la directrice et s’interrogeait sur le pourquoi avait-elle été choisie. Elle se demandait que se passait-il pour qu'une telle haine arrive, sans que la personne violente ne la connaisse. C'est que les pratiques de harcèlement sont systémiques. Il y avait bien plusieurs personnes cachées derrière Georgette, et certainement des collègues, qu'elle n'entendait plus. Elle en croisait parfois dans son village, en allant faire des courses, et même de ses stagiaires qui avaient réussi à séduire Georgette pour devenir assistants de l'hôpital sans avoir à passer des concours, et toutes ces personnes baissaient la tête, comme coupables devant Sékou, sans emploi. Ils avaient honte, et plus ils avaient honte, plus Sékou voyait qu'ils avaient mal, à une jambe, à un bras, les cheveux devenaient gris, ils ne savaient plus marcher, ni parler, il marchonnaient, ils merdouillaient, ils se trainaient comme de petits bébés hippopotames. Sékou aurait eu pitié, mais tout cela est passé, digne, elle est passée à d'autres sphères plus clémentes.

Elle commença à chercher qui était cette interlocutrice qui l'accusait d'avoir souillé l'équipement de l'hôpital. En l’occurrence, les recherches sont une mauvaise piste, car pour qu'une personne aussi faible comme Georgette, mauvaise médecin, mauvaise pédagogue, en vienne à tester son autorité auprès d'une chirurgienne, plutôt bonne, et humble, c'est qu'elle était sous influence, manipulée, puisque manipulatrice à son tour. Sékou s'aperçoit qu'un climat général de harcèlement structurait cet hôpital, et ce depuis, bien avant qu'elle y travaille. Ces pratiques du harcèlement sont transmissibles, et sont érigées comme seuls modèles qui statut sur les relations interpersonnelles. Le responsable d'une telle situation est le gouvernement, qui a totalement abandonné ces hôpitaux, et pour bien des raisons politiques. L'interlocutrice a commencé à invité sa mère Raymonde à l'hôpital, afin d'espérer faire autorité. Puis, elle a invité Catherine, la sexologue, au cas où, personne ne savait que la directrice faisait partie d'un réseau influent et caritatif, auquel elle n'est pas du tout intégrée, et ça, il faut le remarquer depuis longtemps, car son conjoint, qui a présidé le Grand Hôpital Zizito avec ses amis, pas très porté sur la cause des femmes, ou alors des très jeunes et soumises... ne l'a jamais intégré à son réseau. Sauf que lorsqu'il fut nommé directeur à la clinique Boghosse du pays Habib, elle s'est empressée de faire un partenariat avec l'hôpital Mary, et une des médecins fut sélectionnée, passée devant les autres candidats donc, pour un séjour à la clinique Boghosse du pays Habib. Premier problème, quand le privé et le public s'emmêlent les pinceaux. Donc Sékou se demandait pourquoi cet acharnement ? Lors du premier entretien qui a duré quelques minutes, parce qu'elle avait "mal au ventre", Georgette lui raconta, sans la regarder, qu'il y avait un "tas de rumeurs sur elle" à l'hôpital. C'était la première fois que Sékou apprenait cela. Elle lui dit "des mauvaises et des très bonnes" et "beaucoup de mauvaise foi". Mais Sékou n'a jamais su qu'elles étaient ces rumeurs ni de qui. Dans un doute consternant, au sujet de tous les employés de l'hôpital, Sékou ne pouvait plus saluer ses collègues comme avant. Georgette ne savait pas du tout qui était Sékou. Mais Sékou comprit qu'elle allait être harcelée, par des rumeurs dont elle ne saurait jamais qui les propage, ni comment et de quoi s'agissait-il, afin qu'elle soit remplacée par un homme chirurgien. Le problème c'est qu'elle ne connaissait pas la durée de ce harcèlement, qui allait la démettre de ses fonctions et la pousser à la démission. Dès lors, il n'y avait plus aucune confiance entre collègues. La suspicion prenait toute la place, et l'isolement.

Sékou découvrit les personnes qui avaient colporté toutes ces rumeurs, à partir de rumeurs qu'elle avait reçu sur d'autres collègues quand elle travaillait à l'hôpital Mary. La propagation était à son comble et chaque collègue avait un dossier. Incroyable découverte. Il y avait bien une personne complètement folle derrière tout cela. Cela avait pourri cet hôpital et bien d'autres encore, tant cette personne siégeait à tous niveaux. Quelle hideuse personne, malade, aucun psychiatre, même en l'épousant n'a pu la soigner. Comment pouvait-elle continuer à travailler ? En travaillant une image respectable, et cela prend tout le temps. Il faut être aux commandes partout et dès qu'une critique l'atteint, il faut la dévier sur quelqu'un d'autre. Ainsi, chaque employé avait un dossier bricolé, par rumeur, uniquement. L’effondrement du savoir, des trous de gruyère, devenait le lieu même des petites souris, à l'abri des chats. Des galeries souterraines avaient été creusées, si profondément, que le gouvernement devait envoyer des gros rats les pister, mais ils revenaient transformés en souris encore plus petites et si mauvaises, que le gouvernement ne pouvait voir de différence entre des rats et des souris. En même temps, Sékou aimait bien les souris, elle n'avait jamais pu en tuer aucune. Sékou n'était pas féline.

Lors d'une autre réunion de l'équipe avec la directrice, à laquelle Sékou participait, très houleuse, chacun des présents, s'évertuant, à se dire le meilleur médecin venant d'écoles prestigieuses, mais pendant laquelle, comme toutes, Sékou ne disait rien ; ceux-ci étaient tous embarrassés comme s'il y avait un malentendu sur un sujet, non-dit. Ils décrivaient que la médecine avait bien changé dans les écoles et que Georgette devait en prendre compte, que depuis ses études, il y a eu d'autres enseignements et l'école de Djenaba était devenue la meilleure. Et là elle arrêta toute discussion en s'exclamant : "il n'y a pas d'enseignement à l'école de Djenaba, ils ne sélectionnent que les meilleurs, et déjà étudiants ce sont de bons médecins, les profs n'ont plus rien à faire ensuite". Les collègues regardaient Sékou en coin effarés, s'apercevant que Georgette ne savait même pas que Sékou venait de cette école. Ils étaient face à une ignare complète qui tournait sur son siège en leurs disant "Moi je suis pénarde, il ne peut rien m'arriver".

Antoine, Gaston et Marcel se frottaient les mains et pensaient, qu'ils allaient bien se marrer cette année. Ils étaient en face de la plus bête des directrices, ils n'en feront qu'une bouchée de pain, il fallait la mettre au trot et leur avenir serait ainsi facile, ils se voyaient déjà en haut de l'affiche en léchant les sabots de Georgette, autant qu'elle le souhaitait, ce n'était rien en comparaison à ce qu'ils obtiendraient d'elle. Personne d'autre ne laisserait de tels bandits s'emparer ainsi du pouvoir, de cette direction. Mais Georgette, c'était Georgette, une petite bière, une petite attention, un petit diner bien arrosé, une douceur, tout ce qu'elle n'avait pas eu, et cela suffisait. Georgette ne manquait de rien, sauf d'une affection. Et celle-ci serait toujours trompeuse, car Georgette officiait comme un guichet et proposait l'argent public, comme échange d'un peu d'attention. Elle s'entourait de tout ceux qui faisaient mine de l'aimer. Cette insincérité parfois retournait ses sabots à l'envers, et elle ne pouvait plus avancer. Elle s’affaissait comme une bête après une course pour être décorée, mais elle courait après une carotte. Cette ânesse devait confesser s'y être mal prise, ou bien que ses disciples étaient indisciplinés, ou infernaux. Ils lui menaient la vie si dure, qu'elle piquait des crises de rage. Les villages avoisinant, l'entendaient crier.

Cette phrase devait les éclairer pour la suite : je fais ce que je veux, je suis protégée, vous allez tous mourir. De ces présents à cette réunion première, ils ne reste que deux hommes médecins, tous les autres ont été amenés à partir, à discrétion, dans le conflit, mais à discrétion. Ces deux hommes, venant de la même famille, allaient pouvoir demander ce qu'ils voulaient, et ne pas faire d'opérations.

Les arguments mis en avant pour l'hôpital Mary par Georgette avec une injonction : un hôpital ça se regarde ! Tout est dit. La despote aime être regardée, mais elle ne voit rien.



Que fait le gouvernement : rien, Il ne sait rien et ne voit rien.

Ses inspecteurs ? Des hommes élus entre eux, qui ne visitent jamais les hôpitaux et écrivent des rapports médiocres à distance en recopiant ce qu'il y a écrit sur les sites Internet. Qui sont-ils ? Ce sont des retraités, anciens médecins ou directeurs, tous de l'école d'Imani, chacun avec un poulain, qui fut leur étudiant. Dans plus d'une centaine de pages sans aucune analyse, ces inspecteurs des hôpitaux du pays, vont mettre en avant le mérite de leur chouchou, les pauvres, nommés. Une affaire entre hommes, pommade logorrhée assez lisible, ou risible ? Mais qui les nomme ? Personne, ce système est bien clôturé, ils se nomment entre eux, les administratif, toutes des femmes (au gouvernement elles sont majoritaires) ne sont ni médecins, ni n'ont fait d'études de médecine mais, vont suivre à la lettre leurs recommandations : pas une seule femme ne doit être valorisée, pas une seule médecin. Depuis un siècle, il ne s'est rien passé, pour eux, ils n'ont d'ailleurs pas vu le temps passé et sont restés aux bancs de leurs écoles, avec un parterre de gourdes qui attendent leurs crédits. Et il faut pour cela sceller : ajouter des préconisations et une charte bien épaisse et inefficace à souhait contre les discriminations. Bref, un système, où aucune évolution n'est possible, tout est bien verrouillé. Il est tout à fait normal que ces écoles de médecine soient les plus conservatrices, sexistes et racistes qu'il existe dans ce pays, car ce sont les moins ouvertes, et les critères sont opaques, non pas parce qu'ils seraient définis, non, ils se basent sur le mépris du savoir (de l'analyse, du discernement, de la différence, des histoires)... Mépris des évolutions des techniques et des usages, des rapports sociaux. Bref il n'existe pas de rapport d'inspection aussi médiocres que ceux-ci. À quel date s'est arrêtée l'analyse ? Qu'est ce que l'on doit lire, qu'untel est devenu, reconnu par cette petite communauté et qu'elle doit, de cette petite lorgnette se passer une pommade bien chargée pour nous en convaincre : ils le méritent. Parfois des médailles d'honneur rajoute à cette charge, au cas où les doutes subsisteraient. Et ils subsistent, à force de ne voir que ces caduques rapports se lit un triste constat : personne ne peut plus rien faire pour les aider, il se sont enfermés.

Oumou ne sait même pas qui sont-ils et heureusement, car dans leur carrière chargée comme un mulet qui ramène les mauvaises herbes et que l'on pousse avec une branche afin qu'il avance un peu plus vite qu'un éclopé, ils n'ont pas su faire le tri. Sans distance critique, en oubliant bien la moitié de la population, les roues de leur charrette ne sont pas sorti de l'ornière des préjugés. Il fallait parfois bander les yeux de ces mulets pour parvenir à les bâter. Et là seulement, on pouvait lire, dans les rapports de ces inspecteurs d'hôpitaux, uniquement publiés pendant les vacances, lorsque tous les médecins et stagiaires sont partis, en évitant soigneusement qu'ils soient lus, de petites décorations qu'ils se donnaient, quelques pages dédiées sur leur fameuse carrière, sans aucun tri. Ils ne pouvaient pas être des modèles, tant leurs mauvais usages du service public, pour leurs seuls intérêts privés, ne pouvaient servir la médecine, mais bien accroître sa désertification auprès des plus jeunes. On ne pouvait plus s'engager dans ces ornières, ce n'était plus possible, ni attractif, ni économique, ni facteur de développement pour le pays.

Mais pour Oumou, si c'était redéfini, si la mixité sociale et l'ensemble du village se sentait concerné, si ses enfants pouvaient grandir par la médecine, le village se développerait et les enfants guériraient, assurément. Les rapports d'inspection ne mentionne jamais Oumou, ni ce qu'il s'y passe, ni les bons médecins.

Et Yvonne envie la place de Georgette, elle rêve depuis longtemps être l'une de ces femmes à la tête d'une institution structurée par les hommes, pour les hommes. Elle voulait être un homme, un médecin reconnu, comme son père. Mais elle est une femme qui s'ennuie et pour passer le temps, écrit des articles, sur ce qu'il n'y a plus à écrire, et se reçoit des commentaires qui l'assassinent, et la pousse à se sentir trop vieille pour sa communauté. Et pour se sentir différente de cette famille, elle suppose n'aimer que les femmes, mortes de préférences, tout en copiant chaque geste des hommes, leur musique, leur maladie, leur façon de gouverner, leur façon de patrimoiniser. Alors elle matrinoine. Mais à la différence de Georgette, qui ne sait rien, Yvonne a cheminé en terrain hostile et a pu observer son pays de loin, depuis Touchatou, ce pays où tout est possible et où tout est interdit aussi. Dans ses articles, il y a ce côté exotique, qui permet, à tous ces mulets chargés, d'imaginer un ailleurs, où ils auraient été mieux compris, et dans lequel, les interdictions leurs auraient donné un cadre, une reconnaissance, des étapes vers l'humilité.

Sékou voit la bougie.

Sékou regarde son village la nuit, tous les habitants, les commerçants qui la connaissent. Le soir une bougie s'allume seule, puis toute la nuit se consume. Sékou pense que tout ce qu'elle a fait était sans connaître les règles. Elle aurait bien voulu former d'autres femmes médecins, mais elle ne pouvait pas le faire seule, comme elle l'avait fait jusqu'à présent. Les bintos l'avait ciblé comme la sorcière, la chasse a été lancée, dans tous les hôpitaux du gouvernement et Sékou ne pouvait plus opérer. Personne ne pourra jamais plus être guéri.

Que va devenir Oumou ?

Sékou trouva Moussa qui lui dit : Tu sais, ces Georgette, Yvonne, Sultan et leurs inspecteurs, Chiasse, Euthanasia, Lampe et Clitorine, sont de la même génération et de la même famille. Ils ne représentent personne, qu'eux-mêmes, ils ne savent pas dans quel pays ils habitent, ni quelle culture les a formée. Ils ne guériront pas. Ne t'inquiète pas de leur destin, ils ne savent rien de toi, de nous tous.

Oumou les ignore et c'est pour cela qu'il sont si méchants. Ils dépensent toute leur énergie pour attirer les regards sur eux, mais ils s'adressent à des aveugles de cœur. Ils ne récoltent que leur reflet, et ce n'est pas beau. Ils sont furieux, elles sont furies.

Puis il regarde Sékou dans les yeux : Mais toi, ton chemin a croisé leur route, pourquoi ?

Sékou regarde la bougie qui vibre. Moussa ferma les yeux.

vendredi 21 juin 2019

Ṕéґḯ❡◎ґḓ & Ḏ◎ґ∂øℊη℮

Lascaux Vézère, vallée de l'Homme

Rêves et prémonitions

On a éliminé de la Cité les savants.
Leurs vies erratiques ostracisées sont vouées à l'invention d'espaces étanches avec la Cité.
Ces espaces plus ou moins clos, avec une porosité diplomatique, ou courtoise, sont confinés à l'intérieur du derme. La peau, en surface, s'exprime sensiblement en poils et boutons.
Sous le derme, des espaces agglomèrent des idées.
Il ne faut pas croire que les esprits sont séparés du corps. Dans chaque cellule, des idées se développent, ou peuvent aussi devenir anarchiques, être un terrain nocif pour le corps.
Si les savants avec leurs espaces sous leur derme, riche d'idées et d'histoires, ne sont pas admis à converser ni participer de la Cité, il doivent quotidiennement veiller à ce que l'anarchie ne surviennent dans leur corps. Donc, chaque jour, une éthique de vie et de l'entretien du corps, profile les heures, les matinées et les soirées, en dehors de tout calendrier de la Cité.

Nous sommes néanmoins dubitatifs sur le devenir de la Cité telle qu'elle se conçoit. Les règles d'organisations ont été érigées sur un modèle militaire et les savants sont regardés comme des solitudes, que l'on veut bien tolérer prisonnières.
Pourtant nombre de manifestants marchent dans la Cité, avec des slogans, les mêmes que l'on trouve sur les paquets des aliments du petit-déjeuner, ou du déjeuner, ou du dîner.

Tout est à vendre, les bêtes et les pierres, leurs gênes et leurs enfants. L'intelligence artificielle milite en silence vers l'accroissement de gênes modifiés dont la surface du derme est lisse et impénétrable. Ces enveloppes ne contiennent aucune cellule. Le cerveau est plat. Ce qu'elles racontent ? Elles vendent n'importe quel paquet de petit-déjeuner, du déjeuner, ou du dîner. En dehors de ces militantes affirmations, convaincantes, il n'y a plus une once d'intelligence sensible.

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Le pot de terre cuite déterré, présentant un motif en forme d’auroch et une série de trous. La pièce date d’il y a 38 000 ans. (Musée National de la Préhistoire)
Grottes, gouffres, châteaux forts, forteresses médiévales, parcs et jardins, parcs préhistoriques, aquariums, parcs à thèmes, cités troglodytiques et gabares, au profit du tourisme des 1,5 millions de visiteurs, dans la vallée de la Dordogne ; un chien a fait une découverte en 1940 et il a touché l'intelligence humaine pour en faire de véritables lieux de pèlerinages, à la recherche, tel ce chien, de fossiles et d'histoires. Dans un récent article j'écrivais sur les qualités du chien, celui conspué dans la Cité d'Athène, au temps des ostrakas, icône du traître. Quatre garçons en 1940 (nous sommes bien dans un moment de l'histoire française très sombre, avec l'eugénisme, cette idée mortelle et criminelle, une des bases d'une politique officielle du Troisième Reich dès 1933), explorent le terrier dans lequel leur chien vient de s’engouffrer. Ils ne s’attendent pas à une découverte d’une telle ampleur : une grotte. Elle révèle des salles aux peintures exceptionnelles réalisées il y a 18 000 ans par l’Homme de Cro-Magnon. Que fera l'humain de cette découverte ? Du tourisme. Un public nombreux viendra admirer ce chef-d’œuvre de l’art pariétal avant que le ministre de la Culture de l’époque André Malraux décide, par souci de préservation, de sanctuariser la grotte. Lascaux est alors inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO et en 1983 une première réplique de la grotte est réalisée. Mais plusieurs autres découvertes se succèdent dans cette région.

Un pot de terre cuite découvert dans l’une des grottes de la vallée de la Vézère en Dordogne approfondit la connaissance d’un peuple européen mal connu, de la culture de l’Aurignacien. Ce peuple aurait vécu dans des cavernes il y a plus de 40 000 ans en raison de la période critique des températures polaires. Le travail réalisé sur la pierre calcaire contient le motif d’un auroch, un bovidé préhistorique disparu, avec une douzaine de trous décoratifs alignés. Cette découverte a été faite lors d’excavations réalisées dans la grotte de l’abri Castanet et l’analyse de cette poterie montre qu’elle a été réalisée il y a 38 000 ans. L’étude qui a été publiée dans la revue Quaternary International le 24 janvier propose la création d’un nouveau terme pour qualifier ces habitants, les Aurignaciens. Les auteurs principaux, la spécialiste en archéologie culturelle Raphaëlle Bourrillon de l’université de Toulouse et l’anthropologue Randal White du Center for the Study of Human Origins de New York, ont utilisé le laboratoire de l’université d’Oxford pour mesurer les résultats. Ils ont commencé les excavations en 2011 dans l’espoir de trouver quelque chose en plus sur les ancêtres de l’homme moderne s’étant répandu principalement vers le centre Nord de l’Europe. Les auteurs ont expliqué avoir choisi les grottes de la vallée de la Vézère en raison de rapports datant d’avant la Première Guerre mondiale qui indiquent avoir observé de nombreuses pièces archéologiques. Les chercheurs ont également souligné le fait qu’ils avaient déjà découvert de nombreux ustensiles, des pièces d’art et des instruments de musique qui auraient été produits par les Aurignaciens. D’autres ont également été retrouvés dans la grotte de Chauvet en Ardèche, aussi bien que dans des grottes en Allemagne et en Roumanie. L’analyse comparative des pièces retrouvées dans les grottes du Vézère en comparaison de celles d’autres sites européens a montré des similarités remarquables aussi bien dans les techniques que dans les thèmes exprimés. La nouvelle étude conclut cependant que chaque population a marqué sa propre identité régionale. Dans une fouille précédente, le professeur Toma Higham de l’université d’Oxford avait suggéré que les Aurignaciens avaient vécu en Europe depuis au moins 42 à 43 000 ans. Selon une publication de l’académie du 19 juin 2012, le Dr. Higham en est arrivé à ces conclusions après avoir découvert en Allemagne des instruments de musique creusés dans des os d’animaux et dans l’ivoire, qui ont été reliés aux animaux datant de ce temps. Différents artefacts de la culture de l’Aurignacien semblables à ceux retrouvés à l’abri Castanet. Dans la même étude, le professeur Nick Conard de l’université de Tübingen a ajouté que les Aurignaciens avaient probablement utilisé le Danube comme un couloir pour se déplacer il y a 40 à 45 000 ans, depuis qu’ont été retrouvés de nombreux ornements, des figures d’art ainsi que des œuvres à la signification mystique. « Les humains modernes sont entrés dans la région du Danube avant l’arrivée du froid extrême d’il y a 39 à 40 000 ans, lorsqu’un énorme iceberg s’est rompu dans l’Atlantique Nord et que les températures ont chuté », a déclaré le professeur Higham, en notant que cela devait signifier une période de grande crise pour les aurignaciens. Les chercheurs Bourrillon et White et les collègues pensent que ces premiers colons de l’Europe ont survécu jusqu’à 33 000 ans avant aujourd’hui. À la pièce artistique de l’auroch avec les trous à l’arrière s’ajoutent de nombreux ustensiles trouvés dans les grottes. Selon un rapport précédent de l’université de New York en octobre 2016, il a aussi été retrouvé des dents perforées d’animaux, des coquilles perforées ainsi que de nombreuses gravures et peintures témoignant de la vie prolifique des ancêtres, malgré des conditions climatiques adverses.

Le souci de découvertes archéologiques est toujours suivi d'un appât du "public", d'un gain, du tourisme. Savoir qu'il y a plus vieux que soi, n'est pas un signe majeur de découverte. Savoir que des chemins ont été foulés par plus vieux que soi et que l'on traverse les mêmes lieux, n'est pas non plus une révélation. Nos anciens, nos proches nous ont déjà beaucoup appris de leurs chemins à travers leurs propres routes. Non, la seule invention autorisée, c'est la mise en scène, de ces vestiges, qui occupe des régiments entiers d'experts nommés et chercheurs qui transmettent cet art nouveau du spectacle, de ces écrins préhistoriques. Ce sont d'immenses Musées, à ciel ouvert, que l'on ferme partiellement ou que l'on construit sur les lieux mêmes, dont les entrées sont payantes et dont la publicité est déployée comme des flèches d'un arc bien tendu. Cela fait des vacances en famille, on peut, preuves à l’appui, expliquer que l'on vient bien de la préhistoire, on savait déjà peindre, faire du feu, marcher loin et fonder des familles entières, ce que l'on continue de faire, finalement. Il faut se persuader tout de même, les étiquettes sous les petites terres sous verre, indiquent quelques détails numérotés. Nous sommes bien des savants, n'est-ce pas ?

Les peintres étaient-il autant exclus qu'aujourd'hui ? La question n'est pas posée. Pourquoi passe-t-on de Lascaux à l'interdiction de peindre sur les murs ?

Le parcours n'est pas assez fléché, les chercheurs n'ont pas pensé... le parcours de la pensée depuis Lascaux.

Dans les écoles d'art, justement, on ne forme pas à la création, on indique un chemin fléché, celui de cet art de la mise en scène : construire des écrins pour les Musées et le Patrimoine, afin que le tourisme rapporte un peu plus, et que rayonne la publicité des plus anciens, les terres les plus vielles du monde, les terres de la terre, celle où nous marchons encore. La tendance est plutôt à l'interdiction de peindre, conserver les murs... Alors oui, c'était beau Lascaux. Les jeunes étudiants diplômés apprennent à mettre en scène leurs productions, déjà, dans l'école, selon les goûts de leurs professeurs, et apprennent à éditer des dépliants, des parcours fléchés pour faire venir d'autres pèlerins,  il faut aller voir ceci d'abord, puis cela ensuite, dormir chez untel, manger chez truc, se déplacer avec l'engin, le pétrole, bref plus tard ce seront hôtels, restaurants, avions, trains, avec des déchets par milliers abandonnés aux quatre coins du monde, afin de trouver de nouveaux slogans "Oh la pollution !". Mais sortis de l'école, ils seront stagiaires longtemps à compter les entrées des Musées ou réciter les étiquettes et publicités des dépliants. Avec un peu d'obstination, ils pourront un jour assister des conservateurs, afin d'installer de petites terres ou peintures, avec des gants blancs afin de ne pas abîmer les surfaces, ou bien dépoussiérer quotidiennement ces œuvres anciennes, dont ils ne connaissent ni les auteurs, ni le contexte de création, apprenant bien leurs leçons, ils et elles répèteront, on pourra parfois faire une distinction : ceux-là sont cultivés ! Ils auront déjà eu le temps de fonder familles et ils et elles feront partie de la culture autorisée. Pourtant, ils et elles garderont secrets leurs cultures, leurs parcours singuliers, leurs expériences, leurs chemins de pensée, ce n'est pas de la sociologie, ni des statistiques, cela dépasse l'entendement. Aujourd'hui pour tenter de comprendre un jeune, on lui envoie un questionnaire sur écran, avec des grosses icônes de réseaux sociaux en lui posant des questions simples, il aime, il n'aime pas ? Combien de fois visite-t-il-elle le site ? La fréquence ? Cela présage des parcours et affluences touristiques, le nombre de clics et de "likes" sont des mots d'ordre, nous ne sommes plus dans la finesse, l'art pariétal, est très loin. On l'attend le jeune, on l'attend de pied ferme à l'entrée des sites. Beaucoup d'évènements payants dépendent de ces jeunes. On nous dit bien "La culture pour tous", ce fameux accès pour tous aux Musées que nous rabâchent les ministres successifs à la culture. Hélas, la culture ne s'impose pas, ni n'est payante. Ce chemin personnel comporte déjà des bagages transmis, transportés, transformés, il est cultivé ce chemin, déjà. Il est très difficile d'enseigner à reconnaître la culture, car il faut apprendre à connaître l'autre, et cela ne s'impose pas. Cette recherche, en soi à destination, peut se partager si les conditions sont réunies, et la réception acceptée. Le bombardement d'informations nuit considérablement à la recherche et la concentration, au vagabondage même de trouvailles fortuites.

Peut-être parmi ceux-ci, celles-ci, des savants continueront leurs vies, à penser ces multitudes de découvertes, dans leurs abris clos, étanche à la vie de la Cité.

La découverte c'est un écart des sentiers battus, il faut la taire et l'enterrer. Un chien saura trouver trésor.

Avoir du chien !

Pour qu'une femme ait « du chien », il ne suffit pas qu'elle soit belle ; il lui faut ce petit « truc en plus », ce charme indescriptible qui la rend totalement irrésistible aux yeux des autres. N'est-ce pas ce flair, celui qui présage la découverte d'une grotte, n'est-ce pas à discrétion que les savants font de véritables découvertes et que d'autres s'emparent de celles-ci pour marchander une merveille. Il faut certes, un peu de flair, il faut connaître l'ostracisme, il faut tout simplement être une véritable bête, pour découvrir et creuser loin, déterrer.