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mercredi 4 novembre 2020

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Bacchus et Ariane (marbre de Tullio Lombardo / Musée de Vienne)

À QUOI RÊVENT-ILS ?


Le sculpteur Tullio Lombardo (1455-1532) de la Renaissance vénitienne révèle son approche romantique dans de nombreux portraits de marbre. Tullio et son jeune frère Antonio, tous deux sculpteurs talentueux, ont travaillé avec leur père Pietro Lombardo dans l'entreprise familiale. Alors que la demande traditionnelle de sculpture à Venise de la Renaissance était centrée sur des projets d'églises, de monuments publics et de décoration architecturale, Tullio a créé de nouvelles formes d'art privé.

Comme ses contemporains bien plus célèbres - Giovanni Bellini (1432–1516), Giorgione (1476 / 1477–1510) et Titien (vers 1490–1576), Tullio a conçu des traitements de sujets profanes. Un type de sculpture jamais vu auparavant, ces bustes en forme de portrait en relief exceptionnellement élevé représentaient des types figuratifs descendants de l'art grec et romain antique, reconnaissables par leurs coiffures de la Renaissance et les détails de leurs costumes. Ils semblent appartenir simultanément à deux mondes: l'antiquité classique, comme imaginée au XVe siècle, et la Venise contemporaine de la Renaissance.

Le couple de «Bacchus et Ariane» (vers 1505) est exceptionnel. Le traitement de la chair se fait doux et sensuel, représentés partiellement nus, le minimalisme des bustes contraste avec les détails complexes sculptés dans les éléments de costume et dans les cheveux qui surgissent avec le mouvement. Leurs expressions aux lèvres entrouvertes et aux yeux grands ouverts qui semblent regarder au loin, suggèrent des états de rêverie, d'anxiété ou de désir. Ils s'écartent radicalement des conventions du portrait vénitien de la fin du XVe siècle, généralement formelles, réservées et confinées presque exclusivement à la peinture. Que les bustes de Tullio aient vraiment été conçus comme des portraits reste un mystère.

Bien que révolutionnaires, les bustes à double portrait de Tullio s'appuient sur diverses sources anciennes, notamment des reliefs funéraires romains et des figures expressives du monde grec hellénistique, à la chair souple et aux lèvres entrouvertes. De plus, Tullio semble avoir été au courant des doubles portraits d'Europe du Nord en peinture et en estampes.

J'aime beaucoup cette sculpture car elle est une peinture qui vient vers nous : elle nous interroge, et je pense :
- À quoi rêvent-ils ?

Il y a une solidarité surprenante dans l'acte de penser à deux et de ne craindre d'être nus face au ciel, mais parés pour une réception, une cérémonie sage, tant leurs cheveux sont bien peignés. Leurs coiffes forment cette union cérébrale, esthétique, et ornée d'un cadre, encadrées, juste avec un léger relief qui fait toute la différence avec une peinture, mais suffisamment aplanie pour être confondue avec l'idée d'un tableau qui se présente à nous, comme tel. Les bustes de Bacchus ou d'Ariane tendent à se ressembler, le genre n'est pas très marqué, ce qui peut aussi confondre le féminin dans le masculin et inversement, ajoutant à l'idée de communion, sentimentale. Un bijou.

Le regard est finement ailleurs et nous conduit à l'évasion, l'égarement, mais conjoint, solidaire...

mercredi 8 avril 2020

αℓ◎ηε



SEUL



À DEUX



À PLUSIEURS



DANS TES RÊVES

Graphismes © Sonia Marques

La dernière est d'après une sculpture de Francesco Jerace, (Era di maggio, avant1920, Naples) la plus confinée.
Ses sculptures sont très belles, d'un grand équilibre, sensuelles et élégantes. Ce temps figé m'inspire ces figures de La Calabre, au sud-ouest de l'Italie, à la pointe de la "botte", dans cette région baignée par le soleil. Elle présente des montagnes escarpées, de vieux villages typiques et un littoral spectaculaire, avec de nombreuses plages très prisées.
En regardant ses sculptures, en avril 2020, nous sommes dans ce moment d'une épidémie mondiale, et l'Italie, plus durement touchée, vient de mieux connaître son
« patient zéro » et son parcours, plus de mystère. Il s’agit d’un homme de 69 ans, Calabrais d’origine et résident depuis des années de Casalpusterlengo, dans la province de Lodi, en Lombardie, qui est redescendu dans sa petite ville de Cetraro (province de Cosenza) début février, à près de 1 000 km au sud, alors que l’épidémie de Covid-19 n’était encore, pour les Italiens, qu’une réalité lointaine et exotique. En réalité, la maladie, comme l’assurent maintenant de nombreuses études scientifiques, avait déjà commencé à se répandre dans les plaines lombardes. Mais comment cet homme aurait-il pu soupçonner un seul instant qu’il emportait le virus avec lui ? Le premier cas attesté de coronavirus en Calabre.

Jerace, calabrais, né à Polistena (1853 et mort à Naples en 1937) s'est exprimé dans l'art sacré et dans l'art allégorique, il a commencé comme sculpteur avec des monuments de l'art funéraire. La figure féminine est le sujet prédominant, presque obsessionnel: enfantin, sensuel, sauvage, gai, fou, mystique, lascif, angélique...

«Patisco d'amor patrio, soffro di sentimentalità per il glorioso nostro passato, mi cruccio dell'abbandono in cui siamo caduti e tenuti… e specialmente cerco di far apparire nobile, grande e bella la nostra Calabria, anche quando è giustamente accusata.»

(Francesco Jerace, 1909)

"Je souffre de l'amour du pays, je souffre de sentimentalité pour notre passé glorieux, je m'inquiète de l'abandon dans lequel nous sommes tombés et gardés ... et surtout j'essaie de faire paraître notre Calabre noble, grande et belle, même lorsqu'elle est à juste titre accusée."