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Littérature

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19/06/2022

☾ℒѺШℕ ♭яαїᾔ ℘☺ẘεґ



















Petite sélection photographique, icône d'une intelligence extrême: l'hyper clown... sensible... lucide...


Citation de Norma Jeane Mortenson...

J’ai une grosse tête, vous savez. Bien sûr, il n’y a rien dedans mais elle est grosse tout de même.
J’aime les plaisanteries, mais je ne veux pas en être une.
Plus j’y pense, plus je me rends compte qu’il n’y a pas de réponse : la vie doit être vécue.

Elle aurait 96 ans ce mois-ci...


Par kiwaïda at 19:51

21/11/2021

ḰηüL℘

knulp.jpg

C'est la journée de la fatigue. Enfin !

Relire Hermann Hess et son Knulp, ou bien l'éloge de l'oisiveté...

Knulp est un roman de Hermann Hesse paru en 1915 et narrant trois moments de la vie de Karl Eberhard Knulp, un vagabond volontaire. Le récit se compose de trois parties. La première, intitulée Printemps, relate la convalescence de Knulp chez son vieux camarade, le mégissier Émile Rothfuss. Il courtise Barbara Flick, une jeune domestique, mais finit par écourter son séjour chez son ami, la femme de ce dernier lui faisant de plus en plus d'avances. Dans Je me souviens de Knulp, raconté par un compagnon d'errance, Knulp livre quelques fragments de sa philosophie de vie. Les derniers jours de Knulp, atteint de la tuberculose, sont racontés dans La Fin. Il passe quelques jours chez son ancien condisciple, le docteur Machold qui tente de l'envoyer dans un hôpital. Knulp parvient à déjouer les plans de son ami et poursuit quelques semaines sa vie errante. À la fin du récit, faisant le bilan de sa vie, il dialogue avec Dieu avant de s'endormir apaisé dans la neige.

Extraits :

Il n'aimait pas faire de projets ou des promesses à long terme. Quand il ne pouvait disposer librement du lendemain, il en éprouvait un malaise. (...)
On le laissait aller. Ainsi, un beau chat partage, dans leur maison, la vie des maîtres qui croient le tolérer avec indulgence alors que, indifférent aux hommes accablés sous le poids du labeur, il mène une existence libre de tout souci, élégante, paresseuse et princière.

+

J'ai songé souvent à mes parents. Ils croient que je suis leur enfant, que je suis comme eux. Mais malgré l'affection que je leur porte, je suis pour eux un étranger qu'ils ne peuvent comprendre. Et ce qui fait que je suis moi, ce qui, peut-être, constitue mon âme, c'est cela qui leur semble accessoire et qu'ils mettent sur le compte de la jeunesse ou d'un caprice passager. Ça ne les empêche pas de m'aimer et de me vouloir du bien. Un père lègue à son enfant son nez, ses yeux et même son intelligence : il ne lui transmet pas son âme. Tout être humain à une âme neuve.

+

Knulp dit que nul ne peut mêler son âme à l'âme d'un autre. Deux êtres peuvent aller l'un vers l'autre, parler ensemble mais leurs âmes sont comme des fleurs enracinées, chacune à sa place; nulle ne peut rejoindre l'autre, à moins de rompre des racines; mais cela précisément est impossible.
Faute de pouvoir se rejoindre, elles délèguent leur parfum et leurs graines; mais la fleur ne peut choisir l'endroit où tombera la graine; c'est là l’œuvre du vent et le vent va et vient à sa guise : il souffle où il veut.

+

Vois-tu, disait Dieu, je t'ai pris tel que tu étais. En mon nom tu as vagabondé, tu as communiqué aux sédentaires un peu de ton besoin de liberté. En mon nom, tu as fait des bêtises, tu t'es attiré des moqueries ; c'est moi-même dont on s'est moqué en toi et qu'on a aimé en toi. Car tu es mon enfant et mon frère et un morceau de moi-même et tu n'as goûté à rien et souffert de rien que je n'ai goûté et souffert avec toi.


+

Tu sais que j’ai toujours eu des engouements ; quand j’avais fait une nouvelle découverte, plus rien au monde ne comptait sur le moment.

+

Mais il n’aimait pas mettre son nez dans les affaires d’autrui et n’éprouvait point le besoin de corriger ses semblables ni de leur ouvrir les yeux.

+

Il m'arrive de penser que la plus belle chose au monde, c'est un tel oiseau, un de ces oiseaux qui planent librement dans le ciel. Une autre fois, rien ne me paraît plus merveilleux qu'un papillon, un papillon blanc par exemple, avec des yeux rouges sur les ailes, ou bien un rayon de soleil couchant sur les nuages.

+

Une chose est belle, quand on la regarde au bon moment.

+

Je crois aussi que la plus belle chose qui soit, c’est de connaître, en dehors du plaisir, la tristesse ou l’angoisse.
— Comment cela ?
— Voici ce que je veux dire : une jeune fille, si belle soit-elle, on la trouverait peut-être moins belle si l’on ne savait que sa beauté est éphémère, qu’elle vieillira et mourra. Si la beauté demeurait éternellement, je m’en réjouirais, certes, mais je la contemplerais plus froidement et je penserais : tu la verras toujours, elle n’est pas liée à l’instant. Par contre, ce qui est passager, ce qui se transforme, je le contemple non seulement avec joie mais aussi avec compassion.
— Ma foi…
— C’est pourquoi je ne connais rien de plus admirable qu’un feu d’artifice : les fusées bleues et vertes s’élèvent dans les ténèbres et au moment précis où elles sont les plus belles, elles retombent et s’éteignent. Quand on assiste à ce spectacle, on éprouve de la joie et en même temps de l’angoisse : tout se passe très vite et il faut qu’il en soit ainsi ; si le spectacle durait plus longtemps, il serait beaucoup moins beau. Tu ne trouves pas ?

+

Knulp avait raison de suivre sa nature. En cela, peu de gens étaient capables de l'imiter; il avait raison de parler à tout le monde, comme un enfant, et de gagner tous les cœurs, de raconter de belles histoires à toutes les femmes et de croire que chaque jour est un dimanche.

+

L'art de l'oisiveté, écrits entre 1899 et 1962, les 37 textes du volume, la plupart inédits en français, parlent de la musique, de la peinture, de livres, de paysages, de rencontres avec des hommes. Hesse propose un nouveau rapport à l'existence, une sorte de programme qu'il nomme "l'art de l'oisiveté" : un art du regard qui prône l'humour, le scepticisme, l'esprit critique, bref, la liberté de l'individu.

Extraits :

J’appris qu’être aimé n’est rien et qu’aimer est tout ; je compris également de plus en plus clairement que seule notre capacité à sentir les choses, à éprouver des sentiments rendait notre existence précieuse et gaie. Quel que fût l’endroit sur terre où j’apercevais ce qu’on nomme « le bonheur », je constatais que celui-ci naissait de la richesse de nos impressions. L’argent n’était rien, le pouvoir n’était rien ; on rencontrait beaucoup de personnes qui possédaient les deux et demeuraient pauvres. La beauté n’était rien ; certains hommes et certaines femmes demeuraient pauvres, eux aussi, malgré tout leur éclat. La santé, elle non plus, n’avait pas beaucoup de poids ; la forme de chaque personne dépendait de son état psychologique ; bien des malades heureux de vivre prospéraient jusqu’à la veille de leur mort, et bien des hommes en bonne santé dépérissaient avec angoisse dans la crainte de la douleur. En revanche, quand un homme éprouvait des sentiments intenses et les acceptait en tant que tels, quand il les cultivait et en jouissait au lieu de les rejeter et de les tyranniser, il connaissait toujours le bonheur. De même, la beauté ne rendait pas heureux celui qui la possédait, mais celui qui était capable de l’aimer, de la vénérer.

+

 Nous ne devons pas nous contenter de trouver la nature féconde et utile. Nous devons aussi voir qu’elle est belle et, plus encore, qu’elle est insondable, qu’elle est au-delà du beau et du laid.


+
 
Les périodes de grandes épreuves nous offrent l’occasion de constater que les hommes sont curieusement  plus nombreux à pouvoir mourir pour un bien idéal qu’à savoir vivre pour lui.


+

L’écrivain ne doit pas aimé le public, mais l’humanité.

+

[Les rêves] ont toujours retenu mon attention, et souvent, je me suis sentis étonné et triste de constater à quel point ils étaient fugaces, à quel point ils se dissipaient rapidement le matin et s’enfuyaient, effarouchés, au moindre contact avec la raison.


+

J’ai longtemps surestimé la réflexion, et lui ai consacré beaucoup de mes forces ; parfois cela m’a nuit, parfois cela s’est révélé bénéfique. Mais j’aurais tout aussi bien ne rien faire du tout, le résultat serait exactement le même aujourd’hui.


+

Cette position fait irrémédiablement de moi un ermite et vient de ce désir insondable  de pouvoir prendre l’existence au sérieux alors que tous les autres la considèrent comme un jeu de société amusant auquel il participe avec gaîté, obéissant en cela à des règles mystérieuses et inconnues.

+

J’ai aussi appris entre autres choses que si on n’attend rien de lui, si on se contente simplement de l’observer en silence et avec attention, le monde peut nous offrir bien des trésors dont les gens comblés par le succès et par l’existence, n’ont pas idée.


+

L’homme moyen d’aujourd’hui a trouvé la mode comme faible substitut à ces traditions perdues.

+

Combien de fois encore me retrouverai-je ainsi allongé dans une chambre d’hôtel joliment tapissé, attendant le sommeil, éprouvant l’absurdité de mon existence mais aussi sa puissante magie ?

+

Les nuits de veille sont précieuses. Elles seules en effet offrent l'occasion à l'âme de s'exprimer librement, sans que cela n'entraîne de bouleversements extérieurs violents. L'âme peut alors manifester son étonnement ou sa frayeur, sa désapprobation ou son affliction. Pendant la journée, notre vie émotive n'est jamais aussi clairement saisissable. Nos sens jouent un rôle très actif et notre raison cherche à s'imposer en mêlant aux sentiments qui nous agitent la voix de son jugement, le charme délicat de la comparaison, de l'esprit raffiné et subtil. L'âme à demi assoupie laisse les choses se faire. [...] Ainsi notre vie n'est-elle pas simplement superficielle. Notre être recèle un pouvoir que rien d'extérieur ne peut atteindre ni influencer. Au fond de nous-mêmes s'expriment des voix que nous ne maîtrisons pas, et il nous est salutaire d'en prendre conscience de temps à autre.
NUITS D'INSOMNIE ( 1905 )


+

Ce jour-là, je vis et je sentis dès le midi que la soirée serait propice à la peinture. Pendant quelque temps, le vent avait soufflé. Chaque soir, le ciel semblait d'une pureté cristalline, et chaque matin, il se couvrait à nouveau, mais à présent régnait une atmosphère douce, un peu brumeuse, formant un voile léger qui enveloppait les choses comme dans un rêve. Ah, ce voile léger, il m'était familier ; je savais que vers la fin de la journée, lorsque la lumière deviendrait oblique, le spectacle serait admirable.
AQUARELLE


+

Aucune école n'apprend mieux à maîtriser son propre corps et ses propres pensées que celle à laquelle sont formés les insomniaques. On n'est capable de traiter les choses avec douceur, de les ménager, que lorsque soi-même on a besoin d'être traité ainsi. Seul celui qui s'est maintes fois senti livré au flot déchaîné de ses pensées dans le silence implacable de ces heures solitaires peut observer ce qui l'entoure avec bienveillance, examiner les choses avec amour, prendre en compte les motivations psychologiques des autres et être assez bon pour comprendre toutes les faiblesses humaines

+

Par le terme d'artiste, j'entends tous ceux qui éprouvent le besoin et la nécessité de se sentir vivre et grandir, de savoir où ils puisent leurs forces et de se construire à partir de là suivant des lois qui leur sont propres.

+

Par kiwaïda at 15:29

15/06/2020

฿ℒÅℕℭ



blanc


Le silence était blanc. Un lac s'adressait à lui, puis il s'adressa à nous. Devant, derrière, passé, futur. Qui était-il ? Doux et si blanc, d'eau et d'argile. C'était une petite boîte, elle pouvait s'ouvrir. Un ours blanc orné de tous les dons. Il ne fallait pas l'ouvrir. La terre est remplie de maux, la mer aussi, les maladies tourmentent les mortels. Le silence la nuit est un cadeau. Il s'était posé au bord de l'eau sous les étoiles de la tempérance et de la prudence. Il regardait les chagrins sans bornes et les douleurs incurables, au loin, de sa rive chaste et sage. C'était un cadeau du ciel. Un ours blanc orné de tous les dons. Il ne fallait pas l'ouvrir.


Photographies © Sonia Marques

Par kiwaïda at 11:25

07/02/2020

ℳÉℝϴṲ








Photographies de © Michael Patrick O'Neill

Le photographe est partie retrouver le Mérou Goliath de l'Atlantique, ils sont énormes et inoffensifs.

Aussi grand et aimé soit-il, le goliath est une énigme - ce que les scientifiques considèrent comme une «espèce pauvre en données». Les autorités semblent convenir que la surpêche a poussé l'espèce à presque s'effondrer. Ils ont convenu d'un moratoire de pêche mis en place en Floride en 1990 ce qui a permis au goliath de réaliser un retour impressionnant - le poisson repeuple les estuaires, les récifs coralliens et les récifs artificiels dans le sud de la Floride, contrecarrant la tendance dans le reste de son aire de répartition dans les régions tropicales et Atlantique subtropical.

Les écologistes croient que le moratoire devrait être permanent pour aider les goliaths à surmonter les problèmes d'origine naturelle et humaine qui menacent toujours la population en rétablissement, comme les coups de froid qui tuent les jeunes poissons dans les eaux peu profondes, le développement côtier qui détruit les zones d'alevinage, la marée rouge (particulièrement dévastatrice cette année) , braconnage, problèmes de qualité de l'eau et pollution. L'écologiste marin de l'Université d'État de Floride, Christopher Koenig, suggère que le nombre de poissons pourrait même baisser à nouveau.

En revanche, certains pêcheurs considèrent le poisson comme une nuisance, affirmant que les goliaths aspirent les récifs avec leurs bouches de la taille d'une poubelle. Ils soulignent que certains goliaths - dont beaucoup sont habitués par les gens - attendent sous des bateaux pour voler des poissons accrochés ou suivent des plongeurs pour attraper leurs homards collés et autres prises. Les recherches de Koenig et de l'écologiste des poissons de récif Felicia Coleman offrent une perspective différente: comme tout grand prédateur, les goliaths peuvent attraper un repas opportuniste d'une ligne de pêche, mais les géants se nourrissent principalement de crabes et de crevettes. Et Koenig montre que les récifs du golfe du Mexique où les goliaths sont présents jouissent d'une plus grande biodiversité que ceux où ils sont absents. D'autres pêcheurs réclament une récolte limitée, peut-être pour avoir la chance de poser pour des photos de trophées avec leurs prises sur le quai. Ou pour voir des filets de goliath étalés sur leurs assiettes, bien que la viande des gros goliaths puisse contenir plus de mercure que ne le permet la malbouffe des États-Unis.


+


Les éditions de l'île de Seuqramainos sont des nouvelles que j'ai écrites entre 2002 et 2005 : "Elle même", "La nage", "Les grincheux", "Tout contre vous", "Les épaves", "Une lexicographe à Gianguja", "Les inséparables" (et en bonus : "Jusqu'au bout du monde") Elles ont eu une maison d'édition (oLo) toujours évidente et active, dans mon esprit, comme très présente. Ces nouvelles, ont été aussi publiées dans des revues de littératures, voici un extrait retrouvé sur LES ÉPAVES...







PAGE 2 (Sonia Marques)


Que fallait-il accepter ?

Leur présence égarée, leurs rebuts déplaisants ?

Nous ne savions d’où venaient-elles et pourquoi choisissaient- elles d’échouer ici dans ce lieu sans importance où nous prenions vacances de nos emplois respectifs, en bord de mer. Peut-être que cet espace maritime avait la taille d’une terre comme l’île d’Ouessant et qu’en quelques années il avait pris l’ampleur de l’Angleterre avec toutes ces arrivées intempestives. Nous évaluions mal l’expansion de leur nouvelle terre flottante sur la mer. J’ai commencé à écrire sur elles. Mes connaissances étaient assez réduites en la matière. Je me suis empressé de les qualifier d’épaves au sens péjoratif du terme, mais j’étais un peu grossier et irrévérencieux, jusqu’au jour où j’ai été touché les voyant arriver, de mes propres yeux. Personne ne m’avait prévenu. De tout ce que l’on m’avait appris, de l’expérience de tous mes fiers amis et mes lâches ennemis, tous ces hommes qui ont compté dans ma vie, je m’avérais être complètement inculte. Comment ces vaisseaux de connaissances nous avaient-ils échappé ? Tous les spécialistes, chacun concentrés dans leur domaine savant respectif aux allures futuristes avaient donc évincé de leurs recherches, ces perles évidentes devenues des mastodontes prêtes à nous engloutir avec elles dans leurs histoires séculaires ? ! Mes collègues de bureau tous informaticiens plaisantaient sur ces phénomènes car sur Internet, une épave est un ordinateur dont le système n’a pas été mis à jour depuis de longs mois, de sorte qu’il est presque assurément criblé de failles de sécurité et infecté par toutes sortes de virus et de vers. Hors dans ce cas précis, les épaves étaient plutôt bien rodées. Les multiples virus avaient fortifié leur système immunitaire, de sortes qu’elles étaient invincibles sur ce point...

Par kiwaïda at 23:02

27/03/2012

℘℮ṧṧøα

Antonio Tabucchi nous a quitté, un écrivain italien, quasi portugais...

Extraits :

Bureau de tabac, par Fernando Pessoa (Álvaro de Campos, 15-1-1928)

Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

Je suis aujourd’hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd’hui, comme si j’étais à l’article de la mort,
n’ayant plus d’autre fraternité avec les choses
que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

Je suis aujourd’hui perplexe, comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

J’ai tout raté.
Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
Les bons principes qu’on m’a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Être ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu’il ne saurait y en avoir tant !
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l’histoire n’en retiendra, qui sait ?, même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il y a tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui n’ai point de certitude , suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne…
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n’y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles -
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles -
et, qui sait peut-être réalisables…
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l’oreille des sourds ?
Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
auprès d’un mur sans porte
et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout…

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

(...)

Sempre uma coisa defronte da outra,
Sempre uma coisa tão inútil como a outra,
Sempre o impossível tão estúpido como o real,
Sempre o mistério do fundo tão certo como o sono de mistério da superfície,
Sempre isto ou sempre outra coisa ou nem uma coisa nem outra.

VOYAGES [mailing list]est un grand dépliant, une grande carte imprimée sur un papier indéchirable, imperméable à l'eau. Un voyage d'étude a été effectué en Espagne puis au Portugal avec 44 étudiants de l'École Supérieure des Beaux-Arts d'Angers (avril-mai 2002) et 5 professeurs et un chauffeur de car. Sonia Marques, artiste et professeur en multimédia a collecté des photographies des étudiants et échangé avec eux. Elle a conçu cette cartographie du voyage entre 3 pays différents, frontaliers. Les textes sont bilingues franco-portugais. Ils s'inspirent du célèbre poète portugais Fernando Pessoa. La réalisation imprimée s'est faite en étroite collaboration avec une imprimerie angevine. Le dépliant sous l'édition de l'école angevine ("Allons voir si"), située dans les Pays de la Loire, a été envoyé à d'autres écoles d'art en 2002. Tous les professeurs voyageurs n'enseignent plus dans cette école depuis et sont partis vers d'autres monts.

Par kiwaïda at 00:57

13/12/2011

Иїñα ღ☺ґ℮ηα

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Tile Designs / Barcelona

António Lobo Antunes, écrivain portugais, confiait à Maria Luisa Blanco, dans leur livre "conversations avec António Lobo Antunes" (2004), que la poésie espagnole avait eu une grande inspiration dans sa vie, qu'elle avait quelque chose de solaire et ressemblait beaucoup à la portugaise, à son climat, le même soleil, la même façon de dire les choses. Il a compris qu'il ne pouvait pas faire mieux que ces poètes et s'est mis à écrire de la prose, lire ces poètes l'encourageait à travailler, le protégeant de la vanité. J'ai traversé une culture métissée de voyages, racontés ou vécus. Mes parents d'origine portugaises et espagnoles, des membres voyageurs, entre la France, la Suisse, l'Allemagne, Brésil, de ma grand-mère espagnole à Cuba, jusqu'à mes parents devenus français et nos voyages imaginaires en lusitanie, en passant par le Cap Vert, l'Angola, Guinée-Bissau, Macau. Ce qui m'a entrainé à reprendre, un temps, des études universitaires à la Sorbonne, études lusophones. Lorsque je rencontre des personnes qui n'ont pas de culture des voyages, je vois alors le repli, la peur de l'étranger, de montrer même sa curiosité, de révéler son amour pour l'étranger, ou le révéler à d'autres, on reste entre-soi. Je vis en France, et j'ai eu cette chance que les voyages et les voix, les langues différentes parcourent mon coeur. Je le dois à ma famille et à mon aventure à travers les mots et la rencontre avec des amis bien différents. Il m'a fallu parfois les emmener au-delà des frontières, avec confiance ils m'ont suivi. Dans des circonstances bien sombres, je les supplie de m'emmener voyager ;.) Échange de bons procédés, la tonalité, les couleurs, se baigner dans l'urbain de l'autre, dans la mer inconnue. Des milliers de poèmes depuis parcourent mes oreillers blancs, ces pages électriques de mots, de fièvres, que j'ai récitées, en chantant, au creux d'une oreille captivée, ou en public avec des sons ténèbres et pétillants.

 

marcheur au bâton de rêve

 j'adore le silence
les hommes te l'arrachent et te le rongent
comme l'os
comme l'ongle

je vis au pays des affamés
dans un désert de plumes
ils arrivent sur leurs chars bricolés
même la nuit
ils rodent

 les médiocres dévalisent ton temps
heure d'hiver
ils cambriolent tes menus espaces
heure d'été

une île sans accès les terrifie
ils sonnent à toutes les portes
clip clop

vivre pieds nus
sans capteurs aux chaussettes
dans un désert de plumes
les ongles si longs
les cheveux si doux

 déposer du sable sur ton lit
attendre la mer te recouvrir
fait de beaux rêves

Sonia Marques (02/11/2010/ extrait des poèmes)




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Tile Designs / Barcelona

Nous travaillons les anneaux avec plusieurs. Invisible,secret, union...réversibilité, cycle... Et ici je vais prendre l'avion et parler un peu une langue qui a traversé mon enfance. De ce désir de réunir des langues différentes, des cultures que j'ai côtoyées, métissées devant mes yeux et mes oreilles, dans l'enfance, de mer je suis, de la terre je quitte. À celles et ceux qui sont dans la confidence, je serai ce poisson qui repêche l'anneau jeté.

Poema XIX

Niña morena y ágil, el sol que hace las frutas,
el que cuaja los trigos, el que tuerce las algas,
hizo tu cuerpo alegre, tus luminosos ojos
y tu boca que tiene la sonrisa del agua.

Un sol negro y ansioso se te arrolla en las hebras
de la negra melena, cuando estiras los brazos.
Tú juegas con el sol como con un estero
y él te deja en los ojos dos oscuros remansos.

Niña morena y ágil, nada hacia ti me acerca.
Todo de ti me aleja, como del mediodía.
Eres la delirante juventud de la abeja,
la embriaguez de la ola, la fuerza de la espiga.

Mi corazón sombrío te busca, sin embargo,
y amo tu cuerpo alegre, tu voz suelta y delgada.
Mariposa morena dulce y definitiva
como el trigal y el sol, la amapola y el agua.

Pablo Neruda (Santiago de Chile) © 1924 Pablo Neruda

J'ai lu cet été "La solitude lumineuse" de Pablo Neruda, qui en 1928, part à Colombo, Ceylan, Singapour, Batavia, accompagné de Kiria, sa fidèle mangouste, poète chilien découvrant aussi le sourire paisible des Bouddhas. Chacun sa mangouste dans une solitude lumineuse.






planer

rentrer dans les nuages
comme une porte de sortie
sans aucune drogue
au passage des oiseaux
je t’oublie la terre
et vous aussi

rentrer dans les nuages
comme dans un hôtel
paradis bleu de coton blanc
ils ferment tous les yeux
je veux te voir
encore

rentrer dans les nuages
de peur de mal finir
la gorge sèche
aucun regret en soute
ils planent et je pleure
de joie sans toi
loin

tel un âne je plane
sans toi sans loi

Sonia Marques (15/04/2008/ extrait des poèmes)






Par kiwaïda at 15:52

10/10/2011

L'hirondelle de mer

Sonia Marques : L'hirondelle de mer

© Sonia Marques, L'Hirondelle de mer - 2011
"J'allai la voir le lendemain. Je la trouvai à son piano, la vieille tante brodant à la fenêtre, sa petite chambre remplie de fleurs, le plus beau soleil du monde dans ses jalousies, et une grande volière d'oiseaux à côté d'elle. 
Je m'attendais à voir en elle presque une religieuse, du moins une de ces femmes de province qui ne savent rien de ce qui se passe à deux lieues à la ronde, et qui vivent dans un certain cercle dont elles ne s'écartent jamais. J'avoue que ces existences à part, qui sont comme enfouies çà et là dans les villes sous des milliers de toits ignorés, m'ont toujours effrayé comme des espèces de citernes dormantes ; l'air ne m'y semble pas viable ; dans tout ce qui est oubli sur la terre, il y a un peu de la mort. 
Mme Pierson avait sur sa table les feuilles et les livres nouveaux ; il est bien vrai qu'elle n'y touchait guère. Malgré la simplicité de ce qui l'entourait, de ses meubles, de ses habits, on y reconnaissait la mode, c'est-à-dire la nouveauté, la vie ; elle n'y tenait ni ne s'en mêlait, mais tout cela allait sans dire. Ce qui me frappa dans ses goûts, c'est que rien n'y était bizarre, mais seulement jeune et agréable. Sa conversation montrait une éducation achevée ; il n'était rien dont elle ne parlât bien aisément ; en même temps qu'on l'y voyait naïve, on l'y sentait profonde et riche ; une intelligence vaste et libre y planait doucement sur un cœur simple et sur les habitudes d'une vie retirée. 
L'hirondelle de mer, qui tournoie dans l'azur des cieux, plane ainsi du haut de la nue sur le brin d'herbe où elle a fait son nid. 
Nous parlâmes littérature, musique, et presque politique. Elle était allée l'hiver à Paris ; de temps en temps elle effleurait le monde ; ce qu'elle en voyait servait de thème, et le reste était deviné. 
Mais ce qui la distinguait par-dessus tout, c'était une gaieté qui, sans aller jusqu'à la joie, était inaltérable ; on eût dit qu'elle était née fleur, et que son parfum était la gaieté. 
Avec sa pâleur et ses grands yeux noirs, je ne puis dire combien cela frappait, sans compter que de temps en temps, à certains mots, à certains regards, il était clair qu'elle avait souffert et que la vie avait passé par là. Je ne sais quoi vous disait en elle que la douce sérénité de son front n'était pas venue de ce monde, mais qu'elle l'avait reçue de Dieu et qu'elle la lui rapporterait fidèlement, malgré les hommes, sans en rien perdre ; et il y avait des moments où l'on se rappelait la ménagère, qui, lorsque le vent souffle, met la main devant son flambeau. 
Dès que j'eus passé une demi-heure dans sa chambre, je ne pus m'empêcher de lui dire tout ce que j'avais dans le cœur. Je pensais à ma vie passée, à mes chagrins, à mes ennuis ! J'allais et venais, me penchant sur les fleurs, respirant l'air, regardant le soleil. Je la priai de chanter ; elle le fit de bonne grâce. Pendant ce temps-là, j'étais appuyé à la fenêtre et je regardais sautiller ses oiseaux. Il me revint en tête un mot de Montaigne : « Je n'aime ni estime la tristesse, quoique le monde ait entrepris, comme à prix fait, de l'honorer de faveurs particulières. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la conscience. Sot et vilain ornement. » 
- Quel bonheur ! m'écriai-je malgré moi ; quel repos ! quelle joie ! quel oubli ! "

(Alfred de Musset, dans La confession d'un enfant du siècle, 1836)

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Les Essais de Michel de Montaigne (1533-1592) Livre I, chapitre II, Sur la tristesse : 
"J'ignore tout de ce sentiment ; je ne l'aime ni ne l'estime, bien que les hommes aient pris l'habitude, comme si c'était un marché conclu d'avance, de lui faire une place particulière. Ils en habillent la sagesse, la vertu, la conscience. Sot et vilain ornement ! Les Italiens ont de façon plus judicieuse donné son nom à la malignité. Car c'est une façon d'être toujours nuisible, toujours folle. Et les Stoïciens, la considérant comme toujours lâche et vile, défendent à leurs disciples de l'éprouver."


Par kiwaïda at 22:43