bmk

blog m kiwaïda

20/06/2019

∂εμмℯя∂εẕ➸√◎üṧ ❣

Scroll down

femme.gif

2019 !

Car avant, les hommes nous ont dit :

« La femme est l'avenir de l'homme », en commençant par Aragon, le poète en 1963 (Le Fou d'Elsa) qui écrivait : « L'avenir de l'homme est la femme ».
Jean Ferrat, le chanteur, inversa l'ordre des mots et en a fait le titre de son album en 1975 : « La femme est l'avenir de l'homme »
Et le cinéaste franco-coréen de Hong Sang-soo a titré son film en 2004 « La femme est l'avenir de l'homme »
En 2015, le chanteur Julien Doré en remet une couche, en hommage à Aragon avec son interprétation de « La femme est l'avenir de l'homme »

Pourtant, en 2019, des femmes écrivent sur une pancarte :
« Dorénavant, la femme n''est plus l'avenir de l'homme, qu'il se démmerde ! »

Et même pour corriger les fautes d'orthographe...

DÉMERDER (un seul M, mais deux MM c'est vrai que c'est plus fort)

Vers 1900, Se démerder, c’est littéralement enlever soi-même les salissures provoquées par la merde
(du latin "merda" : excréments)

Aragon, démerde-toi !
Plus vite : démmerde-toi !

Avis à ceux qui nous traitent de saletés et nous demandent de faire le grand ménage à leur place !


Littérature Par kiwaïda at 22:28

ϴϟ✝ℜѦḲÅ

Scroll down

ostra.gif

Les graffitis sur les ostraka athéniens
Certains tessons de poterie qui furent utilisés dans le cadre de la procédure athénienne de l’ostracisme sont gravés d’un dessin, de facture médiocre, qui représente un animal et/ou une figure humaine. La présence de ces dessins surprend dans la mesure où la procédure n’exigeait rien de plus que d’apposer le nom du citoyen à ostraciser. Ces images étaient pourtant loin d’être ornementales : leur analyse montre qu’elles servaient à rendre compte des vices de caractère, des inconduites voire des postures idéologiques inadmissibles de l’individu pris pour cible. En somme, donc, elles dispensaient un discours qui visait à justifier, du moins à expliquer, le vote.
(Studying Ostracism in Drawings, Graffitis on Athenian Ostraka : Jean-Noël Allard)

Aujourd'hui j'ai étudié un mot, comme chaque jour, j'étudie les mots.
Chaque puzzle de cette langue écrite, en signe, entre en résonance avec ce chemin de vie.
Alors voici celui-ci :

OSTRACISME

Définition : À Athènes, décision de bannissement d'un citoyen votée par l'assemblée du peuple (Ecclesia) pour une durée de dix ans. La procédure est la suivante : chaque année, l'assemblée vote sur la question de savoir s'il y a lieu de recourir à l'ostracisme (ostracophorie) : le vote intervient lors d'une autre assemblée plénière. Si d'autres cités ont connu cette procédure, elle demeure dans notre esprit comme une disposition plus particulièrement liée au fonctionnement des institutions athéniennes pendant une durée d'environ soixante-dix ans. Le premier ostracisé fut un parent de Pisistrate (488/487) (Aristote, Constitution d'Athènes), le dernier un certain Hyperbolos (417) dont nous reparlerons (Thucydide, La guerre du Péloponnèse).

Origine du mot : ostrakismos, dérivé d'ostrakon; qui désigne un morceau de poterie, sur lequel on inscrivait le nom de celui qu'on voulait bannir (Plutarque, Vie d'Aristide). Le mot peut désigner la peine de l'ostracisme comme la sentence d'ostracisme.

Quelques exemples célèbres : Aristide en 483, Thémistocle en 471, Cimon en 461, le gendre de Cimon, Thucydide fils de Mélésias, en 443.

Ce que nous savons de la vie de ces personnages, nous permet de comprendre comment les choses se passaient : - La cause de l'ostracisme et les conditions dans lesquelles un homme politique était frappé sont variables mais toujours sa présence dans la cité était devenue insupportable au dèmos (Plutarque, Vie de Thémistocle). Il peut y avoir une raison précise : Cimon fut tenu pour responsable d'un affront que les Spartiates avaient infligé aux Athéniens (renvoi par ceux-ci d'un contingent venu les aider à combattre les hilotes) (Plutarque, Vie de Cimon). D'autres fois, un citoyen est condamné pour sa conduite ou pour les arrière-pensées ou les ambitions qu'on lui prête : la défiance du peuple est attisée par un rival politique : Thémistocle se débarrassa ainsi d'Aristide (Plutarque, Vie d'Aristide).

- Il découle de ce qui précède que ce sont les hommes politiques jouant un rôle important qui sont exposés à cette sanction (Plutarque, Vie de Nicias,). La popularité dont ils jouissent pour services rendus les rend suspects : l'ostracisme est en quelque sorte une mesure préventive. Il n'est pas une peine infamante Le banni conserve ses biens Il peut être rappelé ou autorisé à rentrer avant le terme (Plutarque, Vie d'Aristide). Il retrouve alors la plénitude de ses droits. Aristide et Cimon furent rappelés mais non Thémistocle. De ce point de vue, l'ostracisme qui frappa Hyperbolos, personnage de peu d'envergure, surprend : il avait surpris les Anciens (Plutarque, Vie d'Alcibiade).

"Rejet d'une personne du milieu auquel elle appartient"

Ostracisme en français : le mot est naturellement employé avec le sens qu'il a en grec. Depuis le XVIIIe siècle il s'applique à l'éviction d'un personnage politique de la fonction qu'il exerce dans l'état ou dans un groupement politique puis, par extension, du rejet d'une personne du milieu auquel elle appartient.

À l'origine, le terme d'ostracisme n'avait pas la valeur péjorative qu'on lui donne aujourd'hui. Il sanctionnait un vote des Athéniens contre un citoyen suspect, qui était alors banni pour dix ans. Ce jugement devait atteindre les citoyens trop avides de popularité ou à qui leurs actes avaient valu une popularité jugée excessive. Il s'agissait donc en droit d'une réaction de défense d'une collectivité nationale éprise de justice et redoutant les coups d'État.

Sous couvert de défendre la communauté, on prenait le risque de niveler ; sous prétexte de préserver la liberté, on prenait celui d'immobiliser ;  sous couvert d’organiser la vie, on prenait celui d’exalter la mort. 

Un tel processus supposait l'existence d'un groupe de citoyens se connaissant entre eux, théoriquement aptes à distinguer la vie privée de la vie publique et à porter les uns sur les autres un jugement sans passions inspiré par un idéal civique commun. Il impliquait en fait la possibilité d'exclure un citoyen à cause de son esprit critique (ou pour ce qu'on appelle aujourd'hui, dans les pays totalitaires, le « révisionnisme », dans les démocraties conservatrices, la « subversion »). Il condamnait la remise en cause et la contestation par un individu isolé, pouvant alors être accusé de sacrifier au « culte de la personnalité » ou au star system ; de plus, sous prétexte d'éviter les à-coups politiques, il prêtait des intentions obscures à des citoyens exagérément populaires. La possibilité de bannir pour délit d'opinion avait ainsi pour corollaire celle de bannir pour délit d'intention. Cette critique réciproque des citoyens les uns par les autres, qui se fondait sur une philosophie de la liberté, de la solidarité et de l'idéal civiques, portait donc son principe de destruction, car le passage est étroit qui mène de la critique publique à la justice dite populaire et à la délation, du bannissement à la chambre à gaz, de la suspicion à la jalousie, de la divergence de points de vue à l'accusation de trahison, de la discussion à la haine, de la perception de la différence à l'assassinat. Sous couvert de défendre la communauté, on prenait le risque de niveler ; sous prétexte de préserver la liberté, on prenait celui d'immobiliser ;  sous couvert d’organiser la vie, on prenait celui d’exalter la mort. 

(Encyclopædia Universalis)

Aujourd'hui l'ostracisme, sa définition est celle-ci :

Action de tenir quelqu'un qui ne plaît pas à l'écart d'un groupe, d'une société, d'une manière discriminatoire et injuste : Être frappé d'ostracisme.

Une étude émanant de la School of Business de l’université de Colombie-Britannique au Canada atteste que l’indifférence à l’égard d’un employé sur son lieu de travail est plus néfaste que le harcèlement moral.
« On nous apprend qu’il est socialement préférable d’ignorer quelqu’un : quand on n’a rien d’agréable à dire, mieux vaut se taire », explique Sandra Robinson de l’université de Colombie-Britannique.
Un point sur le harcèlement tout d’abord. Une enquête du Workplace Bullying Institute estime que plus d’un quart des Américains sont harcelés au travail, et ce, le plus souvent par leurs supérieurs.
Des effets on ne peut plus sérieux tels que : anxiété, dépression, ou encore dans certains cas, stress post-traumatique.

L’indifférence, plus grand des mépris ?


Il serait pire d’être ignoré sur son lieu de travail. Cette affirmation nous vient d’une étude publiée dans la revue Organization Science (article universitaire ICI) par Sandra Robinson qui, avec son équipe, a entrepris l’analyse d’enquêtes mettant face à face harcèlement et ostracisme. Le sentiment d’appartenance à l’entreprise et de bien-être au travail serait mis à mal dans les deux cas, mais entrainerait un taux de démission plus important en cas d’ostracisme.

L’ostracisme se matérialise par la négligence d’un collègue de travail, son exclusion. Par exemple, les faits d’être mis à l’écart des conversations, l’absence d’échanges, ou encore d’être ignoré dans les couloirs entrent dans le cadre de l’ostracisme. Une forme de maltraitance face à laquelle il devient difficile de réagir. Selon Sandra Robinson, cette forme de discrimination n’a pas besoin d’être intentionnelle pour être nocive. Ainsi, une surcharge de travail générale où la présence de certains employés d’un naturel distant pourrait impacter d’autres employés peut être plus propice aux échanges sociaux.

Voici une définition du mot « ostracisme » disponible sur Larousse.fr : « Action de tenir quelqu’un qui ne plaît pas à l’écart d’un groupe, d’une société, d’une manière discriminatoire et injuste : Être frappé d’ostracisme. »

Les mots sont durs, cependant Benjamin Lubszynski, thérapeute et coach à Paris pense qu’il faudrait prendre les résultats de cette étude avec retenue. Il explique (pour atlantico.fr) qu’« Une personne qui souffre aura forcément tendance à penser que la souffrance qu’elle est en train de vivre est la pire que l’on puisse ressentir. Il est profondément humain finalement de penser que l’on souffre du pire des maux», mais il admet volontiers, en plus des relations cordiales et amicales jouant un rôle bienfaiteur que « même quelqu’un ayant confiance en lui aura besoin d’un minimum de reconnaissance, d’une validation de la part de ses supérieurs et de ses collègues sur la qualité de son travail, sur la pertinence de son action. »

De plus, l’ostracisme peut provenir d’un personnel entier au sein d’une entreprise et non seulement des supérieurs qui eux, seraient plus friands d’intimidation. Le harcèlement quant à lui, laisserait entrevoir tout de même une once d’attention envers l’individu concerné, quand bien même négative, alors que l’ostracisme est réellement synonyme d’exclusion par l’indifférence.

Il semble qu’une ambiance positive sans exclusion au sein d’une entreprise permet d’être dans une position de bien-être. Ainsi, toujours selon Benjamin Lubszynski, l’ostracisme rendrait l’individu sujet à la solitude, cette dernière occasionnant un stress qui enfermerait l’employé concerné dans la seule pratique de son travail et à terme, entrainer au moins une dépression, puis une véritable détérioration physiologique médicale dans des cas plus sérieux.

Une question que l’on pourrait peut-être se poser : la concurrence entre employés et la productivité exigée dans bon nombre d’entreprises seraient elles directement sources d’ostracisme ? N’est-ce qu’un « combat » entre extravertis et introvertis ? Ou encore, devrait t’on simplement penser que ce genre de situation relève du cas par cas et qu’une multitude de paramètres peuvent entrer en ligne de compte dans les relations sociales en milieu professionnel ?


Être ostracicée, un chemin, une étude, une meilleure compréhension du monde... Il est bon de savoir, et dans la réalité, dans les usages des vocables, il est très difficile de se faire entendre, lorsque l'on sait. Car, je rencontre peu de savants, même dans le milieu des professeurs et des hautes fonctions. Savoir est une chose, savoir transmettre le savoir en est une autre, mais "pouvoir savoir" est une association de mot volcanique que des artistes comprennent bien. De mon point de vue, on peut savoir mais sans avoir de pouvoir, on peut avoir le pouvoir mais sans savoir, et même sans le savoir (ce qui est très différent)
Un jour, il y a quelques années, je me retrouve à la direction de la création artistique au ministère de la culture, pour traiter des questions de discriminations, car j'avais observé une série assez incroyables et encore d'actualité, d'ostracismes. À l'entrée, une œuvre d'art siégeait, au-dessus d'une très jeune femme d'origine étrangère qui me demanda ma carte d'identité. Ce sera la seule femme d'origine étrangère que je vis ensuite aux étages supérieurs. Cette œuvre "SAVOIR C'EST POUVOIR" de la féministe Brabara Krugguer, et américaine, me signifiait là tout ce que j'allais observer de la compréhension d'une œuvre. C'est-à-dire, que dans ma situation, le pouvoir n'était pas associé au savoir. Ne serait-ce que la signification de cette œuvre à cet endroit, allait me donner la couleur même, de l'ignorance du sens  de cette œuvre. C'était devenu un achat, avec son explication, mais rien, de ce que j'allais observer, n'était en réalité, en actes, au sein même de l'institution qui en avait acquis les droits (CNAP) Ce qui est intéressant de noter, c'est qu'en explicitant un contexte américain, la France s’exonère totalement de sa responsabilité même des droits des citoyens, en matière de discrimination, dans une institution où les droits des femmes ne sont pas respectés, ni les égalités de traitement. En discutant avec cette très jeune femme au guichet, face au gardien de sécurité qui la matait sans arrêt, elle ne savait pas ce que représentait cette impression rouge et l'incidence de cette œuvre. Ainsi ai-je pu comprendre que le pouvoir, pouvait, ne pas savoir. Et le comprendre, c'est avoir accès à la terrifiante histoire de notre pays. Non, savoir ce n'est pas pouvoir, dans notre pays, savoir c'est être ostracisé par le pouvoir. Pas toujours je l'espère, mais, à ce jour, c'est l'état de ma réflexion. La majeure partie des citoyens préfèrent "ne pas savoir" au risque de cette ostracisation. Pire, dans les écoles, sont transmis ces notions à tel point que des élèves choisissent d'être médiocres, de ne pas apprendre, ni savoir, afin d'avoir une vie plus libre. Lorsque l'on observe cela, la notion de liberté, ne peut aller avec celle de la pensée. Je rencontre peu de penseur-es, avec lesquel-les, j'ai la liberté de penser ces notions d'ostracisme aujourd'hui, dans notre pays, et comment prévenir et exposer sa vision, lorsque l'on visionne assez bien ces phénomènes installés, depuis l'histoire ?

Cette œuvre fait partie de la suite “Estampes et Révolution, 200 ans après”, commande du Ministère français de la Culture dans le cadre du Bicentenaire de la Révolution française.
Pour commémorer le Bicentenaire de la Révolution française, Barbara Kruger a choisi deux modes d'expression complémentaires. Comme dans tous ses photomontages, elle a utilisé une image stéréotypée et un slogan d'une apparente banalité. Le propos initialement formulé par le philosophe empiriste anglais Francis Bacon en 1597, " Nam et ipsa scientia potestas est ", mieux connu sous sa forme proverbiale actuelle " Savoir c'est pouvoir " conduit le spectateur vers une double réflexion. Le portrait d'une beauté sans faille, figé dans une implacable dualité, renvoie à l'expérience de l'artiste elle-même : le parcours intime et professionnel d'une femme américaine dans les milieux essentiellement masculins que sont l'art conceptuel et le monde publicitaire des années 80. Plus largement, l'image de cette Marianne en papier glacé assortie de sa légende péremptoire, met en garde contre les clichés de l'Histoire.

Simultanément, la même image a été utilisée par Barbara Kruger aux Etats-Unis dans le cadre des revendications féministes portant sur le droit à l'avortement. Sous le slogan Your Body is a Battleground elle s'insurge contre les tentatives de réduction du champ d'application de l'arrêt Roe v. Wade qui reconnaissait depuis 1973 l'avortement comme un droit constitutionnel. Une autre version, sous forme d'affiche invite à une manifestation organisée à Washington le 9 avril 1989 en faveur du droit à l'avortement et à la contraception.

Des inconduites voire des postures idéologiques inadmissibles de l’individu pris pour cible

Sur les tessons de poterie, il est remarquable que ma situation professionnelle ait prit tout son sens dans une école de céramique. Je ne désespère pas de continuer à cheminer du sens dans l'insensé. "Attitude inadmissible" fait partie des mots reçus par courrier administratif, du harcèlement subit, sans aucune autre qualification. J'ai trouvé très intéressant d'apprendre que les animaux qui étaient, dans cette pratique antique de l'ostracisme, médiocrement dessinés sur les tessons de poterie avec le nom de la personne, servaient à mettre en avant des facettes peu amènes du citoyen ciblé par l’ostracisme.
Ex : Associé au renard et au serpent, Mégaclès est ainsi présenté comme vil et sournois. Comparé pour sa part au bœuf, Ménon serait, si l’on s’en tient à Aristote « doux, nonchalant et sans obstination ». Il convient cependant de reconnaître la plasticité de cette grammaire qui confère des caractères singuliers aux espèces animales. En effet, si le bœuf est associé à la nonchalance par Aristote, il semble aussi pouvoir désigner des hommes lourds et incapables. Ce dernier sens pourrait bien convenir à Ménon qui est qualifié, sur une série d’ostraka, d’aphelès, c’est-à-dire de « simple », « sans recherche », « naïf », voire « niais ». L’assimilation d’un individu à un animal peut de surcroît constituer un outrage dans la mesure où les Anciens, à l’instar de très nombreuses civilisations anciennes comme contemporaines, ont pu faire de certains noms d’animaux des insultes en se fondant notamment sur les caractéristiques qui leur étaient attribuées. Si l’on imagine que le dessin accolé à Ménon n’est pas un bœuf, mais un chien, cette dimension injurieuse est probablement essentielle dans la mesure où « chien » (kyon) apparaît déjà dans l’Iliade comme une insulte véhémente. Une telle insulte demeure néanmoins polysémique et le sens de ce dessin s’en trouve difficile à démêler. Le chien est un animal à la « personnalité complexe », qui, loin de n’être que la bête affectueuse et fidèle décrite par Aristote, est encore insubordonné, traître, impudent, perfide et lâche. Appliqué à un homme, un tel qualificatif peut ainsi mettre à l’index ces vices, mais également l’avidité, l’opportunisme ou la vulgarité.

(Voir les études de Jean Noël Allard, Docteur en histoire grecque de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Cela me fait penser au film Chien réalisé par Samuel Benchetrit en 2018 (de son roman) dont l'art de l'observation est traitée avec perfidie... à la perfection.

Hyppokratos et chouette, cela me correspond, finalement. Ne voit-on pas mieux la nuit ?

 ✎

Mémoires présentés par divers savants étrangers à l’Académie Année 1913 par A.Martin

Philosophie Par kiwaïda at 15:26

19/06/2019

℘☺üґⓠυ☺i Tʊ √i﹩

Scroll down

Porque Te Vas (version Française)

On t'as fait un monde trop petit Pour tes idées Pour l'appétit De tes grands yeux écarquillés Sur l'infini Tu es prisonnière de ta maison De tes parents De cet adulte qui te dit qu'il a raison Et qui te ment [Refrain] Toi, tu es née pour la folie Pour la lumière Pour des pays Peuplés de rois Et tu te demandes dans ta nuit De prisonnière Pourquoi tu vis Et où tu vas Pourquoi tu vis Et où tu vas Tu n'as pas d'avion ni de bateau Pour t'en aller Les illusions qui restent Sont comme un radeau Qui va couler Et pourtant tu veux de tout ton corps De tout ton cœur Briser enfin le noir et blanc de ton décor Vivre en couleurs


Philosophie Par kiwaïda at 00:39

10/06/2019

ᔕᗩᓮᘉ-D'ᕮᔕᖘᖇᓰT

Scroll down

Dessin © Sonia Marques


Art Par kiwaïda at 19:23

07/06/2019

ᒪᓰᙢᕈᓮᖱᙓ

Scroll down

Rêve limpide (© Sonia Marques)


Art Par kiwaïda at 18:20

05/06/2019

ϟѦℳ☮ṲℜÅÏ

Scroll down

Dessin © Sonia Marques


Art Par kiwaïda at 02:22

02/06/2019

Ⓛⓐ ⓟⓛⓐⓒⓔ

Scroll down

La place


Il y a quelque chose de très important qu'il faut que je place, ce sera ici, dans mon blog, puisque c'est une place.
Il est 4H28, les premiers oiseaux chantent.
Mon nom est utilisé, je peux ne pas être informée, une histoire et des engagements artistiques peuvent ici ou là se raconter,
à ma place.
Parce que l'on ne me donne pas la place, parce que l'on prend ma place.
Reprendre sa place parfois n'est pas possible parce qu'elle est perdue.
Physiquement, elle peut être perdue, mais spirituellement jamais.

1999-2019 : Il y a vingt ans.

  

Photographies © Sonia Marques (tirages en noir et blanc)
J'avais une vingtaine d'année, je dansais et réalisais des photographies en studio, je les tirais dans mon labo que je m'étais acheté et dont j'avais appris seule à réaliser des tirages à la lampe rouge à la cave. Je développais un travail artistique avec des objets (des ressorts, des éponges et une pomme de terre, que j'ai fait pourrir, suspendue à un élastique et avec laquelle je dansais.
Oiseau phénix.


C'est un long cheminement. Lorsque j'ai travaillé en groupe et que j'avais ce souhait d'inviter des personnes à travailler avec moi, des années 80 à 90, les noms, les choses, les idées ne sont pas apparues d'un coup, il n'y a eu aucune immédiateté, et aucune stratégie, de ma part. Le groupe que nous avions nommé Téléférique, avec mon conjoint Étienne Cliquet, en 1999, était issu de l'expérimentation des écoles d'art en France, mais aussi, de notre capacité à être solidaire. C'était tout de même un moment où nous n'avions pas d'argent, et où nous n'en réclamions pas tant que cela, mais où les échanges créatifs, à Paris, étaient féconds. Peut-être est-ce dû à notre jeunesse et des jeunes de vingt ans, aujourd'hui pourraient relater aussi d'une vigoureuse motivation, ce désir fougueux de la création, à deux, à plusieurs. Peut-être. Tous deux nous avions successivement été diplômés des mêmes écoles d'arts appliqués et des beaux-arts, et nous nous sommes rencontrés exactement lorsque je finissais mon diplôme supérieur des arts appliqués de Duperré, plusieurs piques-niques favorisaient les échanges et La Villette avait cette programmation d'un festival en plein air (déjà des grands écrans) . Étienne était déjà diplômé depuis 1 an et ne travaillait pas. L'été, j'ai aussitôt été sélectionnée dans un atelier en banlieue, pour travailler dans le design, pour la maison d'Inès de la Fressange sous la direction artistique d'Alexis De La Falaise. C'est cet été à cette période qu'Étienne m'a proposé plusieurs moments festivaliers, le soir, en plein air, après mes différentes péripéties de femme active. Cette année, j'ai successivement travaillé dans différents lieux et avec différentes personnes, déjà. J'ai pris des cours de danse contemporaine à la Maison du Théâtre et de la danse à Épinay-sur-Seine, avec Ingrid Keusemann, alors chorégraphe allemande. Je fus l'une de ses danseuses, mais surtout sa vidéaste, je capturais ses projets, ses solos, dans différents lieux à Paris, début des années 90. Puis, je suis devenue sa scénographe, pour un spectacle où elle dansait avec 2 autres danseurs. Je fus sculpteure, sa pièce se nommait "Uneben" (qui exprimait un sol pas égal) et, dans le jardin de mes parents, j'ai sculpté du plâtre, des nuages, des socles à l'aide poubelles énormes que je moulais puis que je taillais. Mon père m'apprenait à y mélanger des billes de polystyrène afin que ce soit léger. Je réalisais des casques, des cailloux, blancs et gris. J'étais très productive, dehors en hiver, il faisait très froid. C'était un long travail, puis la MTD m'a prêté un lieu afin que je termine mes pièces. Je n'étais pas payée. Pour la maison d'Inès de la Fressange pour laquelle j'ai dessiné une bonne partie des meubles, durant 3 mois d'été, je n'étais pas payée non plus. Je faisais partie de 7 ou 8 designers, choisis dans les écoles d'art de design parisiennes, les meilleurs de cette année. Pas mal de choses à relater. C'est très important. On est obligé d'arrêter lorsque l'on ne peut pas payer un loyer, moi j'habitais chez mes parents et empruntais leur voiture, mais je ne pouvais pas continuer non plus ainsi. Le projet a coulé, chaque designer, toutes de jeunes femmes douées, nous sommes reparties ailleurs, chacune. Le seul avantage c'est que nous travaillions dans un atelier immense et nous avions carte blanche. J'ai gardé de bons souvenirs de nous toutes, avec nos têtes pensantes, si jeunes et pleines de talents. Alexis était un bon gardien, avec une expérience dans les métiers de la mode, il était architecte, décorateur, il ne racontait pas trop son passé. Il nous apprenait aussi son métier. J'aimais déjà travailler en groupe.
Puis le spectacle de danse d'Ingrid a été sélectionné pour les plates-formes de Seine-Saint-Denis (un beau prix)
Je sortais avec Étienne et je travaillais tout le temps, les journées, à y penser, mon rythme était assez dingue. Lui, il ne travaillait pas, dessinait chez lui, était aidé par ses parents et il a eu ce projet de concourir à l'école des beaux-arts de Paris. Je donnais des cours aussi, chaque semaine à des enfants, dans un atelier d'arts plastiques à Eaubonne (et ce durant 5 années) Je réalisais des expositions de mes cours, un documentaire, des livrets, des éditions, toutes sortes de découpages et pliages, et aussi des projections, des diaporamas, de grands dessins dont les enfants étaient les auteurs. Je les emmenais à Paris, visiter des expositions très actuelles. J'avais un beau succès auprès des parents et de l'atelier. Je faisais beaucoup de trajet.
J'étais plutôt heureuse. Étienne habitait à Paris dans un petit studio très modeste et quasi nu, du 10e arrondissement. Moi j'habitais chez mes parents dans le 93, dans une maison traversée par des voyages et des images, des photographies, un tas de trucs. Je circulais beaucoup, entre le Nord, la capitale, c'était épuisant. Nous arpentions tout le quartier du 10e, 11e, 20e à pieds, tant de dialogues et d'idées partagées. Les attentats du Bataclan, m'ont littéralement secoués, c'était tous ces lieux que je connaissais, j'ai été bloquée de mon dos durant 1 semaine. Puis il réussi le concours de l'école des beaux-arts. Et une nouvelle partie, ou un nouveau ralentissement avant une vie active s'est installée très lentement. De nouveau étudiant.
Je n'ai jamais pu avoir un logement, c'était déjà trop coûteux, même à cette époque. J'ai visité des tas d'espaces, à Saint-Denis, mais, je ne gagnais pas assez pour me loger, avec mon maigre salaire de mes cours d'arts plastiques pour enfants, puisque de toutes mes participations aux entreprises, je n'étais guère rémunérée, tout en développant de véritables travaux d'envergure et reconnus, pour les entreprises. Et puis, je souhaitais encore sculpter mais je n'avais pas d'atelier. Rien n'était fait pour qu'une personne de ma banlieue après un bac+4 en art puisse avoir un atelier pour continuer sa pratique. Durant 1 année, j'allais parfois voir Étienne dans sa nouvelle école, elle m'apparaissait comme un bateau abandonné, une ruine, mais c'était beau. Et puis j'ai décidé de passer le concours, je l'ai eu, et j'ai intégré l'école, dans un atelier que j'ai choisi. J'avais enfin un lieu. Mais cela n'a pas été aussi simple, je me suis fait piquer tout mon matériel, donc je n'ai plus trop travaillé à l'école, et puis j'ai misé sur la dématérialisation, moi qui était entrée dans cette école pour peindre, avec des cartons à dessins plein de nus et d'expériences de danse, je ne mettrais plus jamais les pieds dans un seul atelier de peinture. Les professeurs, des hommes étaient méprisants, misogynes, et violents, je voyais des jeunes femmes pleurer et redescendre des marches des greniers, comme si elles étaient redevenues des petites filles. C'était comme un autre espace-temps, une autre époque, pour moi. Je venais de la banlieue Nord, et j'avais déjà fait mille choses incroyables, je n'étais plus une petite fille.
Bref, nous étions réunis dans une école, nous avions repris nos études, et nous avions déjà tout deux un passé chacun d'études supérieures. Mes parents m'avaient dit : nous ne t'aiderons pas pour tes études. Mon père n'avait vraiment pas compris pourquoi je reprenais des études, car il estimait que je pouvais enfin travailler, après tant d'études. Oui et non, enfin j'ai poursuivi les études, c'était comme une nouvelle chance, souffler un peu. Nous n'étions donc pas des débutants, et nous avions un rapport plus simple avec les professeurs et artistes de cette école. Mais nous nous posions beaucoup de questions sur ces formations. Moi qui était déjà enseignante, je voyais bien que cela clochait. J'ai engagé Étienne à apprendre à se servir d'un ordinateur, il rechignait. Je lui ai proposé de participer aux cours d'informatique. Grâce à son ami, il s'y est mis. Pour ma part, je savais déjà me servir d'un ordinateur, ma mère en avait acquis un, familial, et c'était très rare. Je réalisais pas mal de choses et en dehors des CV et autres lettres, je réalisais des œuvres artistiques avec cet ordinateur. Internet n'existait pas, en France.
Étienne est devenu complètement accroc à ces nouveaux outils qu'il avait vivement critiqué, famille de gauche et comme pas mal de profs à l'école, et d'artistes, chefs d'atelier, personne n'y voyait un intérêt artistique, il fallait plutôt se battre pour démontrer que c'était un outil comme un autre pour créer. Et donc la question de la démonstration a pris tout son sens dans cet effort pédagogique et magistral. Ce qui était considéré comme invisible allait, avec nous devenir hypervisible, plus grand que soi.
Je dis tout cela car c'est important pour la suite. J'étais plutôt moteur, mais de l'extérieur, j'étais prise pour une femme, donc pas un moteur. Les jeunes femmes, mêmes aux beaux-arts n'avaient pas vraiment de place, ni d'idées, sauf celles des hommes, des profs, des référents, des artistes hommes. C'était des poulettes, je les voyais comme des poules, séduire, séduisantes, détruites.
Nous échangions beaucoup, je partageais toutes mes idées, c'est une époque où je ne me posais pas de question de genre, j'étais comme un homme parmi les hommes, et j'avais un tas d'idée que je partageais, et j'avais un tas d'amis. Je ne voyais aucune différence, ni désagrément à être une femme. Il faut dire que j'avais tout un parcours en banlieue Nord et nous étions, les enfants, les filles, les femmes, des bonhommes. Nous avions été élevées comme des garçons, d'abord pour survivre, mais aussi, car la banlieue est un espace social très émancipateur, enfin, à cette époque, métissé et sans codes culturels dominants, enfin, à cette époque. Le voile n'existait pas.
Entre temps nous sommes partis faire des études à Vancouver, au Canada. Là encore dans chacun une école différente. Étienne était l'élève des conceptuels, et moi pas du tout, j'avais ma petite idée, ma résistance bien à moi. À Vancouver, j'ai beaucoup appris de cette liberté et j'ai vu, de loin, le tout petit, petit milieu parisien, étriqué. C'est là où j'ai découvert des femmes artistes professeures, dans tous les domaines. Il n'y avait pas ce côté, si tu enseignes tu dois afficher que tu es contre les hommes et que tu es féministe, ce qui était assez insupportable à Paris. Elles étaient complètement libérées d'un gros poids, elles réalisaient tant de choses et n'étaient pas jalouses des jeunes étudiantes, cela changeait tout, on pouvait vraiment bosser ensemble et les hommes n'avaient pas peur de travailler avec elles. Nous avions réalisé un belle exposition de groupe en photographie. J'étais expérimentale et en même temps, déjà, la technique m'intéressait fortement (vidéo, ordinateur, son, installation) mais aussi la danse et la musique, puis le son, bref, on peut dire que la pluridisciplinarité, entre science et art me poussait à ne jamais m'inscrire dans un champ. Pourtant, cela n'était pas du mixage. Si je devais apprendre à composer le son, je le faisais très sérieusement et durant des années, de même pour la danse, de même pour le dessin, et l'écriture.
Je pensais que les œuvres qui m'intéressaient le plus n'étaient jamais sélectionnées par les artistes professeurs ou n'étaient jamais remarquées. C'est que un certain art dominant prenait tout l'espace et créait des exclusions. Je décidais donc de méditer sur ces aspects là et j'imaginais que je pouvais, moi, avoir un regard critique sur ce sujet.
Étienne a passé son diplôme, sans le savoir, il débutait des expérimentations sur le papier, et ses pliages, plus tard, je l'engagerai à poursuivre ce chemin du papier plié. Il avait déjà ce sens du tout petit, et souffrait de ne pas pouvoir faire aussi grand que les autres. Pourtant l'art peut être minuscule, il le comprendra grâce à la programmation ou les micro-pliages sur l'eau. Évidemment j'avais déjà un regard et j'accompagnais mon conjoint et mes amis, je les poussais plus loin. Puis, nous commencions à vouloir faire quelque chose ensemble, mais organiser des évènements, car nous n'avions pas d'espace pour présenter nos travaux et nous remarquions que c'était le principal obstacle, à Paris. Étienne s'enfermait dans son petit studio et ne quittait plus son ordinateur lui-même qui s'enfermait dans un placard. Il avait copié l'idée de ma mère et s'était acheté un placard où l'on pouvait mettre un ordinateur. Mais dans son studio c'était un monolithe qui prenait toute la place.

Nous avions déjà expérimenté des réalisations communes : EDF-SDF > une performance sur les quais de Seine et Optic Valentine, tout un programme multimédia. À Vancouver, nous avions exposé ensemble, et c'était notre première exposition d'importance. Étienne était toujours dans le petit et l'outil (les K7 audio) et moi déjà dans l'image multipliée, la photographie, avec l'exposition insolite d'un couple au travail et à la maison, un mandala organisé par couleur qui prenait déjà tout l'espace. Des amis rencontrés là-bas et des liens d'amitié poursuivis, pour ma part, ont fait naître de nouvelles formes d'amitié et d'art, qui ont été profitables pour Étienne ensuite. Il n'avait pas gardé d'amitié, les conceptuels, c'est pas toujours évident.

La place.

Puis il a trouvé, en partageant ses apprentissages avec des informaticiens que nous avions rencontrés, le mode FTP, File Transfert Prtotocol, ce qui était très différent du HTTP. Cela me donnait l'idée de transfert et de téléchargement d’œuvres comme un Téléférique et ses cabines. C'est ainsi qu'est venu le principe même du téléchargement d’œuvre d'art. Et nous avions fait un séjour à la montagne, c'est là que le nom de Téléférique était apparu. Un mélange technique, à mettre en place sur un serveur, nous avions utilisé un espace dédié encore vacant, avec l'informaticien de l'école des beaux-arts de Paris, avec lequel, Étienne avait un bon contact. Tout s'est développé à partir de cet espace. Plus tard nous avons tout migré lors de notre construction d'un serveur. Je dis "notre", mais c'est la rencontre avec Makoto Yoshihara qui a accéléré les choses, vers plus de mystère, et d'exotisme, dans le sens que nous avons beaucoup appris, tous ensemble, des mystères de ce qu'il se passe derrière l'écran.

J'ai rencontré Makoto à l'espace Gentilly, celui de l'artiste Hosoki Yoshinori, il faisait chez lui des rencontres franco-japonaises et Makoto, que nous connaissions car il était diplômé de l'école des beaux-arts de Paris, était également formateur en son. Il apprenait aux étudiants, assistant Olivier Michon, à se servir d'ordinateurs. Moi aussi j'ai été formée dans cette école à la composition sonore, pas par Makoto d'ailleurs, mais par Katya Bonnenfant. On était une bande de découvreurs et les professeurs et artistes, chefs d'atelier, nous prenaient comme défricheurs et formateurs pour les autres étudiants. Il y avait Aki Ikemura, la compagne de Makoto, dont j'appréciais les réalisations également. En fait nous étions tous initiés par le numérique, et nous étions tous devenus des passionnés. Moi j'étais déjà vidéaste, c'était rare dans cette école, une femme, et je réalisais des projections de mes vidéos. Nous avions connu l'analogique et le passage au numérique. Nous avions été formés par du "très chaud" avec la bande magnétique, le film, le grain et nous allions être formés par ce que tous les techniciens craignaient : le froid, métallique, sans âme, ce qui allait faire perdre le grain, le sensible. Tout cela ne fut pas aussi destructeur, mais quand même, l'intelligence artificielle, nous y étions déjà. J'exposais déjà dans une galerie à Paris dans le Marais, suite à ma rencontre avec Francis Fichot, le conjoint de Matali Crasset, la designer (pas encore) très connue. Ils avaient découvert mon travail lors de leur venue à l'école des beaux-arts de Paris, et j'étais l'une des seules à m'être investie. Rien n'était jamais organisé pour les portes ouvertes (cela a bien changé) les artistes n'étaient jamais présents dans l'école, l'école était abandonnée et personne ne venait la visiter, ni même les étudiants, au final. Matali avait adoré mon travail et avait dit que tout était si glauque dans cette école, et n'avait vu que mon travail d'intéressant de vraiment très actuel. J'avais du mal à y croire, mais elle avait plus de distance que moi sur ce sujet. Je présentais des brassard sportifs avec de grosses icônes informatiques dessinées et cela se nommait "la salle informatique". Une grande photographie avait remplacé les ordinateurs lors d'un déménagement, et s'étaient installés des amis, avec chacun un brassard différent. L'un avait la souris, l'autre le papier, une autre une imprimante, un autre une disquette et tous formaient, par liens (spirituels) un système informatique. Quelque part, le groupe Téléférique était là. Et moi, déjà, je montrais que l'humain était plus important que le système informatique et les liens qu'il pouvait opérer, de non visible. J'ai travaillé pour Matali sur différents projets. Elle m'a invité à plusieurs reprises. Je découvrais, en même temps, la vie privée d'un couple qui s'engageait complètement dans cet avènement qu'est devenu le design et qui a pris une importance assez... trop. Matali et Francis ayant appris plus tard que je concourrais pour enseigner en école d'art, ne trouvaient pas cela très bien, étant données mes capacités, et aussi, ils estimaient que ces écoles étaient perdues, que c'était un trop grand sacrifice d'y enseigner, de devenir fonctionnaire, dans ce pays. Je n'avais pas assez de distance, un peu comme mon père qui me disait, non vaut mieux pas, j'ai continué ma route. j'avais tout simplement quelque chose à réaliser, je faisais de la recherche pédagogique et j'aimais cela.

De toutes mes réalisations, je n'étais jamais jamais payée, sauf dans l'enseignement. Ce que je croyais au début, mais à la longue, non je n'étais pas vraiment payée. C'était comme si c'était normal, les artistes n'étaient jamais payés pour ce qu'ils montraient, exposaient pour d'autres, et les enseignants en art, devaient aussi se taire sur leur condition de travail. Car, la culture était principalement bourgeoise, et les étudiants en art étaient fils et filles de bourgeois, avait un peu d'argent pour vivre de leur passion, c'était un peu parfois les fous de la famille qui allaient aux beaux-arts passer parfois 7 à 8 années d'études à glander, pour éviter la psychiatrie, ou bien les jeunes filles pour lesquelles il fallait apprendre à décorer la baraque, bref je n'étais pas du tout dans cette culture là, mais je m'en apercevrais bien plus tard. Dès que mes études se terminaient, je travaillais, j'étais active, et même en étudiant. J'appris bien plus tard, par une amie, que toutes les femmes me voyaient comme quelqu'un de bizarre qui travaille de suite après ses études, alors qu'aucune ne le faisait. Elles passaient au moins 10 années "libres" à faire ce qu'elles voulaient. C'est ce que j'ai appris avec étonnement, d'être vu comme un bolide qui voulait absolument travailler. Et bien, c'est que je n'avais ni les moyens d'attendre qu'un prince charmant me paye mes robes de soirée, ni mes parents n'avaient eu ce souhait de m'offrir un petit confort de fainéante (que j'aurai volontiers accepté en revanche) C'était plutôt moi, le prince charmant, ou chevalier. J'aimais apprendre. C'est bien plus tard que j'ai appris à ne rien faire.

"libres" à faire ce qu'elles voulaient... mais entretenues. Aujourd'hui, de ces femmes, aucune n'est artiste, mais très certainement, libre de faire ce qu'elles veulent. Car, c'est le temps qui nous l'apprend, un, une artiste, n'est pas libre de son temps, ni libre dans l'absolu. Quand on a pas l'art en tête, je pense que l'on est bien plus libre. Les artistes sont très peureux de ne pas faire d'art, ou de faire autre chose, sans aucun arrière plan artistique. Je trouve cela de plus en plus merveilleux, de ne pas faire de l'art "tout le temps", "toute sa vie". D'apprendre à se libérer des diktats institutionnels et de cette vision patrimonialo-patriarcalo-conceptualo-mégalo-lo, pas très respirable.

Makoto, à Gentilly présentait une exposition solo, avec plusieurs installations sonores que j'ai trouvées magiques. J'ai beaucoup apprécié son travail. Nous étions, avec Étienne en train de penser à Téléférique et avions déjà une programmation, des amis qui se lançaient avec nous dans cette aventure… folle. J'ai convaincu Étienne de demander à Makoto s'il voulait faire partie du projet. Non seulement il a bien voulu, mais surtout, il s'est investi, en tant qu'artiste, auteur, programmeur, et tant d'autres qualités. Pour moi, un autre pays s'ouvrait : le Japon. Mais c'était aussi une appréhension des outils très différents. Les japonais étaient bien plus en avance que nous et ne bavardaient pas sans cesse comme les français le font, ils ont un avis sur tout, et ont l'art du commentaire, inutile, de la paraphrase.
Il avait créé des programmes sonores, et il avait disposé plein d'instruments de musique coloré, afin que chacun puisse s'en saisir et faire un son, qui se trouvait transformé en direct. Au sous-sol, juste une ampoule allumée, la nuit, le noir, et aussi un son angoissant. Je voyais que Makoto avait quelque chose de profondément enfoui, et que se révélait au-dessus quelque chose de très joyeux et enfantin. Je pourrai décrire aussi plusieurs autres projets, ceux de Robin, d'Étienne, de Guillaume, chacun très spécifique. Il est vrai, que ces jeunes hommes avaient quelques difficultés dans l'analyse de leur production, je posais quelques mots, je questionnais les formes et couleurs, mais je n'allais pas jusqu'aux référents, et pourtant, dans l'histoire de l'art, il y en avait. Pas du tout les références qui étaient sans arrêt énoncées, hélas.

Ce serait très long à raconter, mais nous avons au fur et à mesure rencontrer nos invités ainsi. En fait j'aimais ce que nous faisions, et chacune des singularités, parce qu'elles m'étaient totalement étrangères. Pour moi, c'était un saut, chaque jour, dans la rencontre avec l'autre, et donc, j'ai peaufiné cette capacité à préciser mon regard et à ne pas me satisfaire des attendus. Je ne trouvais pourtant là, rien de spectaculaire ou de génial à nos investigations, j'étais juste bien à ma place. Mais j'ai été déplacée, c'est le rôle social qui m'a déplacé, je ne pensais pas avoir un rôle social aussi déterminé que celui de la négation.
Ce qui arriva, c'est que sans le prévoir ni comprendre l'impact que cela allait avoir, je devenais la seule femme du groupe.

De plus en plus, la place du chef est venu parasiter notre compagnonnage si subtil, et bienveillant. Étienne a souhaité avoir cette place du chef, et c'était contraire à ce qu'il prétendait à chaque fois montrer du collectif. Il y avait une contradiction très forte qui s'est installée, pour ne pas dire, qui préfigurait la future dissolution du groupe.
Étienne était entré en rivalité avec moi, et pour un tas de choses, d'affaires privées et publiques, matérielles même. De mon point de vue, les oppositions étaient clairement artistiques et intellectuelles. Cela divergeait, mais je ne pouvais jamais mettre les justes mots sur quelque chose qui dépassait les mots. Mon regard visionnait le groupe.

Plus tard, j'ai créé une île en cachette, plus tard je me suis émancipée, mais sans moi, le groupe n'a pas tenu. Cette île a été, pour moi, le plus beau projet (conceptuel) radical et inédit.
Le groupe devenait un peu comme la fausse démocratie, et j'étais dans l'obligation de devenir séparatiste, pour préserver l'écologie, la bioéthique, enfin, la sève même, spirituelle, qui faisait la force des apparitions.

Les médias interrogeaient Étienne et tous, nous passions au second plan, et il tenait à poser conceptuellement ses idées, au nom de tous, ce qui nous mettait dans l'embarras, mais arrangeait bien ceux qui était plus du côté de l'informatique, car la culture artistique était alors déniée. D'ailleurs Étienne mettait un point d'honneur à supprimer toute idée d'auteur, en laissant présager que le collectif, le commun passait avant l'individu, tout en distillant l'idée qu'il en était le chef. Je découvrais là ce qu'était un parti communiste, je n'y connaissais rien. C'est à ce moment que j'ai compris l'importance de la place de l'auteur, et ici l'auteure. La signature est très importante.
Qui parle ? D'où l'on parle ? L'histoire devenait très importante et je voyais comment on pouvait écraser l'histoire pour éliminer la place des femmes. Je ne pouvais jamais avoir mon nom en bas des participations, je devais lutter pour dire que j'étais là, alors que c'était une évidence, mais mon nom était systématiquement évincé. Celui des techniciens bien en valeur, même pour des travaux auxquels ils n'avaient jamais participé ni jamais eu de compétence. C'était très surprenant. Je découvrais comment se construisent les histoires. Puis, je remarquais, qu'au fur et à mesure, Étienne effaçait volontairement tout ce qui aurait pu signifier que c'était un couple en dialogue qui avait pensé un projet, que c'était un projet commun. Je devenais "un collaborateur" parmi les autres collaborateurs. La collaboration était un mot affreux pour moi, avec un sens lourd, un passé français avec de graves conséquences. De mes origines, je n'ai jamais connu la collaboration, ni l'on ne m'a transmis ce qu'il s'y est passé. Hormis ma voisine résistante, qui était un peu notre grand-mère française. Et puis, vis-à-vis du groupe, il a été dans l'obligation de laisser mon nom, sans arrêt dans l'histoire de la fondation du collectif, en ajoutant souvent qu'il avait "animé" avec moi le collectif. Je me transformais d'un coup en speakerine d'une série télévisée, j'animais. Bref, mon vrai rôle n'était jamais détaillé, il ne fallait pas.

Je suis devenue professeure en école d'art, plus tard Étienne a souhaité faire comme moi, mais il s'est imposé et a été accueilli si facilement (par défaut) qu'il était déjà à un meilleur échelon que moi, sans en avoir ni l'ancienneté, ni le goût. Je ne savais pas que cela compterait autant plus tard. Cela donne un aval, un sentiment de supériorité. Les femmes arrivaient dans le corps des professeurs avec un échelon 0, les hommes commençaient à un échelon 4 directement, c'était ainsi, les directeurs bossaient pour ces jeunes hommes, pas pour les femmes. Je voyais ainsi comment se traitaient, dans ces milieux, les personnes, uniquement selon leur genre, et jamais pour leur expérience ou compétence.  À l'école d'art angevine où j'ai débuté mon enseignement pour un niveau supérieur, tous les professeurs hommes débutaient à un échelon 4, directement. Les femmes, même après 3 années de CDD, nous n'étions pas encore passées à l'échelon 2.  Malgré plusieurs réunions et promesses, rien ne bougeait, et les hommes n'avaient aucune solidarité sur ce sujet, ils ne souhaitaient pas perdre leur échelon supérieur en raison de l'égalité entre hommes et femmes. Il y avait donc une atmosphère d'injustice. Une designer ne s'était jamais présentée, après avoir été sélectionnée, à cause de ces conditions et ce manque de respect.  Les coordinateurs, tous des hommes et le directeur avaient été choqué et médisait sur cette talentueuse designer, qui n'était pas venue faire sa rentrée. Il fallait faire cela, ne jamais accepter de telles conditions. À distance, je voyais comment tout s'imbriquait parfaitement bien, comme si, déjà, tout avait été pensé pour les hommes et par les hommes, sans qu'aucune femme ne soit légitime dans ce qu'elle raconte, vit, travaille, recherche. Enseigner et avoir cette conscience m'a amené à bien changer ces règles tacites, pour les autres. Dès que j'étais dans des configurations de responsabilité, c'est tout le groupe qui devait changer ses habitus et pratiques. J'ai aussitôt enseigné pour les jeunes femmes et les jeunes hommes et avec des professeurs différents. Il y avait, à mes cours une parité, ce qui n'était pas le cas au début, où seulement des jeunes hommes s'inscrivaient aux cours de multimédia. Cela a été important et il fallait travailler en ce sens. Mes efforts n'étaient pas compris, ni même des femmes enseignantes et lorsque j'étais amenée à partir d'une école, les choses reprenaient leurs habitudes : les jeunes hommes étudiants s'inscrivaient aux cours des hommes professeurs, dans le multimédia, et l'école régressait. Pourtant, dès mon arrivée, je recevais déjà des photos pornographiques, par mail, à mon domicile, de la part d'un collègue (certainement de lui, c'était très moche) alors que je travaillais avec les membres de Téléférique et je me souviens que la photo, très mal optimisée (le peintre ne savait pas se servir des logiciels de création d'image, et l'image avait mis un temps très long pour s'afficher, par niveaux, sur mon écran). Le niveau, dans les écoles d'art était assez bas, cela n'a pas changé en fait. Plus tard, je recadrais ce peintre, toujours en poste, et il m'en a voulu, que je ne veuille plus recevoir ce genre de truc, un harcèlement sexuel (ce mot n'était pas encore dans les mentalités) Nous ne nous sommes pas parlés durant des années. Et j'avais pu en parler à une collègue peintre, mais au lieu d'être solidaire, elle fut très jalouse que cela ne lui était pas arrivé. Malaise. Au final, ce n'était pas si grave (aujourd'hui, je pense que ces comportements sont plus pernicieux).  J'avais tout de même interrogé cet homme, artiste, pour comprendre comment pensait-il, que je pouvais être réceptive à cette image si laide. Il me dit que "toutes les femmes rêvaient de se faire violer", et qu'il me voyait avec des hommes dans mon collectif et que je devais avoir une pensée plus libre que les autres femmes, mais qu'en fait, je n'étais pas aussi libre, vu ma réaction "réac". Voilà le genre d'argument entendu. Il ne lui était pas du tout venu à l'esprit, que je ne souhaitais pas parler avec lui, ni travailler avec lui. Il fallait faire avec ces types. Une étudiante qui subissait ses regards insistants m'avait demandé : Mais comment faites vous, enseignante pour travailler avec ces professeurs ? Je lui répondit ; je ne fais pas, tout simplement. Ces écoles invitaient Catherine Millet, justement cette femme éditrice du magazine Art Press qui s'étalait dans les médias et disant qu'elle regrettait ne pas avoir été violée et avait écrit ces dernières années, en guise de nouvelle année, avec l'actrice Catherine Deneuve, entre autres, son souhait d'êre, encore séduites par des hommes, en réaction avec la vague des "meetoo". Il y a quelques années, plus récemment, je la retrouvais invitée, juste avant son manifeste mémérisant en manque, par la directrice de l'école d'art de Limoges, en grandes pompes (sa caution art contemporain) Cette école revenait bien en arrière et oubliait tout des préoccupations des jeunes étudiants, lassés de ces simagrées et inintéressants commentaires sur l'art et la manière d'être artiste aujourd'hui. Les écoles d'art n'ont vraiment rien compris de l'évolution des artistes. À Angers, cet incident très bref, fut vite oublié. C'est à Limoges où tout devenait pressurisant, mais du côté raciste, avec des commentaires très médiocres des professeurs et directions que j'ai connues. On se demande comment aujourd'hui, de telles manière de s'exprimer à de jeunes gens, ou professeurs collègues, se pérennisent. Il y a bien, pour cela, une complicité, une autre manière de se taire et de laisser passer tant d'humiliations et d'injustices, que le plus important demeure la vitrine et l'accumulation d'évènements, sans aucun sens, pourvu que l'on oublie l'essentiel : penser.
Il est certain qu'avec notre époque "meetoo", je ne sais si les choses ont changé, car je me suis toujours débrouillée pour recadrer ce genre d'intrusion et en parler, mais pour de plus jeunes étudiants, hommes ou femmes, cela ne doit pas être évident d'en parler. Ainsi je trouve tout à fait heureux, que cela choque les habitudes des professeurs femmes et hommes et que les responsabilités soient aussi intégrées par tous, afin d'arrêter ces formes abrutissantes de domination. Le niveau d'une école peut être très médiocre, mais on peut ne pas savoir pourquoi. Lorsqu'il n'y a pas de communication, plus de paroles et d'écoute, on se rend complice du pire dans ces lieux sectaires.
Dans mon collectif, dans le même moment, années 2000 dépassées, je voyais qu'Étienne s’appropriait un peu tout. Une de ses animations se nommait "propriétaire", cela anticipait ce qu'il ne pouvait alors exprimer. Il ne s'en rendait absolument pas compte. C'était normal. Au sein du collectif, j'avais l'interdiction d'écrire ce que je pensais. C'était des scènes entières, que je n'avais pas à dire ceci ou cela. Auparavant, il n'y avait jamais eu de problème, c'est à partir du moment où le collectif a été un peu connu et reconnu. C'était comme si Étienne jouait sa réputation auprès de ses parents, ou ses pairs, je ne sais pas, tout devait être contrôlé, plus rien de spontané. Nous avons, à un moment été contactés par les institutions et le ministère de la culture qui s'intéressait à tout ce que l'on trafiquait, tout en ayant assez peur de nous. Ils nous ont demandé de participer à une organisation (moche) "la fête de l'Internet". Le pire est arrivé. Tout a été remanié, relifté, par les équipes, des bras cassés, des secrétaires habillés en tenue de soirée dos nus, plongeant, s'activant dans les sous-sol à la machine à photocopier. Elles ne connaissaient ni Internet, ni n'avaient de mail, mais elles servaient un peu de... je ne sais pas c'est délicat. Je suis tombée de haut. Et tout était manigancé pour l'élection de Jospin (qui a raté) sans que nous soyons prévenus. Une bonne claque : bienvenue dans la culture (la politique) Évidemment, nous n'étions pas payés, et si nous avions le malheur de le dire, on recevait des insultes par les hauts fonctionnaires. Les règles n'ont pas changé, année 99 ou 2019, c'est pareil. Les élections sont toujours ratées et les secrétaires ont toujours des décolletés ou dos nus et servent les petits fours aux gros monsieurs importants. Quand on apprenait qu'elles avaient fait de longues études, parfois au Louvre... La culture, nous l'apprenions. J'étais très dépréciée par les hauts fonctionnaires, ils ne s'en souviennent pas aujourd'hui, je ressemblais à un garçon aux cheveux longs, avec mes baskets et mon habilité à manier les outils. Tout cela est amusant rétrospectivement, qu'est-ce qu'ils étaient idiots.

L'idée des démos, et c'est très amusant de l'entendre dire devant un si petit public, d'hommes, en 2017 ou 18 ?, n'est pas venue à Nice. Non. Nous réalisions des projets, que je percevais "froids" et "distants", chacun dans nos home-studios et nous nous les présentions à Charenton, chez moi, chez nous (qui préparait des gâteaux pour tous ?) C'était aussi des échanges intenses de codage. Les 3 garçons faisaient bien plus de démonstrations techniques que moi, mais ma discrétion était juste une apparence, j'allais déjà plus vite, dans ma tête, et il ne fallait pas trop le montrer. Je recherchais un moyen de rendre nos recherches visibles et pédagogiques, une façon de s'intéresser vivement à ce que l'on nomme, la recherche. Étienne a eu cette phrase à la suite de toutes nos aventures et notre pratique éprouvée : perish or publish, Demo or die, mais elle était empruntée déjà. Cela nous a poursuivi.

Je me suis aperçue, des années plus tard, que je restais la seule a vraiment publier mes recherches. Finalement, je suis toujours dans cette démo.

Je me débrouillais pour que ce que je voyais, devienne grand et lumineux, à partager. J'avais été diplômée avec un savoir faire technique de l'image et du son. Je réalisais déjà de grandes projections et j'avais fais des expositions en ce sens. j'ai pris en main cette partie, afin que nos rencontres soient plus "chaude" et partageables à un plus grand nombre, que cet entre-soi. Très vite les dates de nos programmations, et nous allions à la rencontre de lieux, se sont accumulées et moi je me réservais la place d'organiser la démonstration de projeter tout cela. Je compilais chacune des productions, si petit dans les écrans, j'imprimais des capture et je les affichais sur mon mur de l'appartement pour visualiser déjà une partition. J'étais comme une chef d'orchestre. Puis je me suis organisée pour réserver tous les médias, projecteurs, etc. ce dont j'avais l'habitude. Je réalisais aussi toute la communication du groupe car j'avais un savoir faire aussi, celui du graphisme. Ce n'était pas du tout le cas des autres membres, et le graphisme, côté art, était perçu comme un art mineur (pas ce qu'il est devenu aujourd'hui). Ils n'y connaissaient rien, et me faisaient une totale confiance. Le groupe est devenu connu, uniquement grâce aux flyers et mailings que je réalisais, comme de précieuses attentions, des bijoux.

Très important, j'étais la seule à avoir le permis de conduire, et à cette époque, il fallait transporter des gros disques durs. J'empruntais la voiture de mon père et je passais dans chacun des appartements des garçons pour transporter leurs disques durs où étaient situés les œuvres miniatures (des programmes, des chiffres, des calculs)  fabriquées. De même pour les miennes. C'était très fastidieux, la logistique fut une de mes préoccupations, durant des années, non pas parce que j'aimais cela, mais parce qu'il n'y avait aucune compétence dans ce domaine. Je trimbalais les garçons, qui souvent n'avaient pas besoin de gagner leur vie, tandis qu'à côté, je travaillais également dans des entreprises pour pouvoir payer mon loyer. C'était complètement inégalitaire, j'étais totalement exploitée par des hommes, des ados, par la société même, mais je le savais. Il faut l'expérimenter pour bien comprendre. C'était aussi un bel avantage, car j'avais cette impression d'avoir une bande, d'être en bande, aussi la bienveillance fait que nous étions un peu comme un groupe de musique, dont j'aurai pu être la chanteuse, mais pas vraiment. Nous étions forts ensemble, mais aussi débutants dans bien des domaines. J'ai de la sympathie pour ce groupe, mais je ne sais toujours pas pourquoi on en a fait tout un plat ! Nous n'étions que de petits jeunes, et nous nous amusions, nous découvrions des choses, nous étions des petits génies en herbe. Je n'aime pas trop, ce que les médias en on fait, ou ce que l'on a tenté de garder en mémoire comme un truc sacré. C'était rien en fait. Je ne comprends pas pourquoi des universitaires nous ont piqué nos idées, pour en faire des thèses imbuvables, théoriciennes et laides, pour passer des doctorats, jusqu'à prendre nos intitulés (sans m'inviter) et en faire des séminaires, ou conférences avec des crédits à la recherches, bref, payés par l'État. C'est devenu lourd, pompeux et prétentieux, jamais animé, un truc mortuaire. Nous qui étions si légers.

De loin, je voyais comment, certains s'attachaient à faire histoire de quelque chose qu'ils ne vivaient, des tonnes de papier, de compilations de noms, de dates, de trucs. Pas facile l'université, ici. J'étais dans la création. Pourtant, je m'en apercevrais aussi bien plus tard, j'écrivais, bien plus que les universitaires pouvaient écrire au sujet de ces moments. Mon île était un réceptacle d'écritures poétiques. Aucun universitaire ne pouvait les lire. J'étais comme cette Ada de Lovelace, cela me plaisait, j'avais l'impression d'inventer vraiment les choses, il n'y avait personne devant moi.

J'étais moteur, d'un engin que j'ignorais.

Ces démos en publique que l'on a nommé ainsi par ces projections publiques et qui résultaient des démonstrations trop petites et entre-soi des garçons, furent assez gigantesques et attiraient beaucoup de monde. Bref, c'était un cadre complètement immersif, son et luminosité et couleur très saturée, devenaient la marque de nos projets. Pour moi, la couleur et le son étaient mesurés comme une sorte de synesthésie spatiale et j'en faisais toute une orchestration symphonique, spécifique à chaque démo. Cela dépassait nos tailles humaines, c'était proche de concerts, ce que j'adorais. C'était monstrueux aussi. Et évidemment, c'était théâtral. Nous présentions des tableaux, des scènes, nous improvisions, chacun sa partie. Mon ami qui a assisté à une démo, me disait, que j'étais celle qui dispersait la parole aux uns et aux autres, je temporisais les séances, j'orchestrais avec brio l'évènement, assez singulier. On n'avait jamais vu cela. Ma voix était claire et limpide, je donnais accès au sens, c'était une organisation tirée au cordeau. Chacun des membres, avec sa personnalité présentait sa propre partition, ou invitait l'autre à jouer dedans. Nous nous amusions, nous nous surprenions, c'était des jeux d'esprit, des formes de sagacité, et pourtant, que de fugacité.

Sur ces temps très intenses, il m'intéressait d'y projeter ce que je voyais de pictural. Pour moi, nous faisions de la peinture avec des programmes informatiques et la figuration avait une part très importante. Des graffitis, ai-je pu le voir écrit, c'était pas mal. Nous utilisions des icônes, des objets, mêmes les sons avaient quelques chose de figuré. Les logiciels étaient comme des jeux, des figures que chacun pouvait interpréter. D'ailleurs, il y a un beau lapsus, Étienne dit "Sonia Marques et moi avons fondé le logiciel", au lieu de dire, le collectif.

C'est très important. Ces 5 années de ma vie ont été très formatrices. J'ai su ce que je ne voulais plus faire, et j'ai su que j'avais encore des choses à apprendre, en solo.

Là étaient nos divergences. Étienne se battait comme un boxeur avec ses idées apprises de l'art conceptuel et voulait à tous prix que Téléférique rentre dans la case de cet art conceptuel appris à l'école. Pour moi, nous avions inventé quelque chose qui n'avait aucun modèle dans l'art conceptuel mais était plus proche parfois des impressionnistes des peintres ou des artificiers. En tous cas nous avions créé de l'animation, c'est-à-dire que tout était "animé" et incarné. Pas de l'animatrice de télévision, hein. Nous manipulions des outils. C'est comme de la magie, car les spectateurs ne savaient pas comment nous avions conçu ces œuvres, tout était mystérieux. Diables ou dieux, nous étions des enfants qui rivalisaient avec les rêves et cauchemars, et en plus, nous étions savants dans ces nouvelles techniques, experts. Novices, dans ce que peut être une œuvre d'art, ce qui l'anime vraiment et ce qu'elle traverse dans le temps. Pour moi, aucune œuvre présentée n'était destinée à durer dans le temps. Nous faisions de la fumée, et tout disparaissait, les ordinateurs éteins. Téléférique, c'était la fée électricité !

Il y avait quelque chose de très naïf et brut, pourtant nous étions dans cette période de l'art numérique. Il y avait une innocence, je dirais, qui n'était pas stratégique comme Étienne peut l'exprimer dans ses conférences, mais peut-être que de son point de vue, oui. Nous ne mettions pas un pied dans la porte pour passer en force. Je dirai même, pour ma part, que j'étais dans un mode contemplatif et méditatif, proche de l'extase, comme l'un de mes programmes était nommé. Ce qu'il se passait mettait en transe parfois et rendait extatique la perception du temps. Nous rentrions dans un monde parallèle, sans drogue aucune, mais ce que nous avions créé ensemble, produisait une énergie surnaturelle qui nous donnait des ailes et ainsi nous tenions des heures, la nuit, et des jours suivants. Et c'était pour cela que nous avions des échanges contrastés. Aussi cette dynamique, entraînait une tension, jusqu'à l'épuisement des sens. Powerhouse.

J’acceptais les différences, la diversité, c'était parfois incompatible et étrange, mais superbement novateur. Étienne était plus intolérant et était dans le contrôle, avec un art de la dissimulation, il fallait sélectionner et élaguer, effacer le processus. Je pensais processus, énergie et force, rien ne pouvait être éliminé. Il en était agacé, et pensait qu'il fallait y mettre un peu d'ordre. J'admirais son sens de la synthèse, mais nous en perdions notre force. Il voulait tout décrire, tout commenter, tout expliciter, trouver comment cela fonctionnait. C'était tuer la magie à petit feu et nous empêcher de fabriquer notre chimie, sensuelle, nous étions avant tous, des sensuels. Il faut dire que l'art dominant était de cet ordre : le contrôle, le concept avant tout, et surtout pas de couleur. Nous avions trouvé des accords communs qui faisait de nos idées une compatibilité, fragile, mais par pansements successifs. Des rustines étaient disposées, nous réparions souvent nos machines et nos désaccords autours de repas ou balades sympathiques.

Plus tard, j'ai pensé, que c'était 2 esthétiques qui s'affrontaient, alors que lorsque nous avons développé ce projet, ce fut en toute symbiose, sans nous poser la question de la propriété.

Ce sont les journalistes d'ailleurs qui ont joué ce rôle de passer le micro, le plus souvent à Étienne. Et il a pris goût, avec difficulté aussi. Le bègue, je dirai que c'était plutôt lui. Puis, il a pris tout le contrôle, être l'unique invité, et puis, il nous a complètement oublié. Il a été invité souvent pour parler de ce que nous avions créé ensemble.

Puis il a souvent cité nos noms, et des anecdotes que nous pouvions voir qu'à travers nos écrans.

De mon côté, j'ai beaucoup appris du rôle des médias, en France et de son retard. Tout était misogyne, même les femmes journalistes n’interrogeaient que les hommes. Ce qui me fait sourire, c'est qu'une journaliste à Libération Marie Lechner, dont j'ai été la première à contacter et remettre des visuels sur place, a privilégié Étienne, parmi les membres du groupe. Plus tard, ils ont réalisé des interview sans que nous soyons informés.

J'ai trouvé par hasard une série de vidéos, filmé chez moi, sans que je ne le sache. La journaliste est assise à ma place et interview Étienne, dans notre appartement. Elle est à ma place, exactement à ma place devant mon ordinateur et le cadre montre même un drapeau portugais derrière, une intimité, la mienne, mes photos. C'est à cette place où je travaillais chaque jour, là où elle s'est filmée en train de parler à Étienne en posant des questions assez bêtes et lui, en répondant assez fièrement, mais toujours avec difficulté.
Je n'étais pas informée.

Ma place.

Cette journaliste a organisé un programme, ces jours-ci à la Gaité Lyrique ( Computer Grrrls, le truc à la mode sur le genre) dans laquelle elle décrit que la place des femmes na pas été reconnue, dans le numérique. Cela me fait bien sourire évidemment. Bref, ce n'est pas en prenant la place des artistes femmes que l'on peut après déclarer qu'il n'y en pas eu. Souvent, ce sont des femmes qui éliminent d'autres femmes, parce qu'elles sont des créatrices et celles qui ne le sont pas, rêvent de prendre leur place.

Et puis, je me suis dit que j'avais un blog, une place, et je ne vois pas pourquoi toute cette histoire, la mienne donc, devait être ré-écrite, sans mon accord ou en déniant ma place, mes idées.

Car je crois que l'art conceptuel n'est plus, tout simplement.

Lorsque j'observe les fleurs, Téléférique c'était cela, des fleurs, il y avait une forme botanique dans ces arts génératifs de pixels, entre apparitions et disparitions. Car ces œuvres diverses venaient du noir, de la nuit pour nous éclairer, et repartaient dans le noir, disparaissaient dans la nuit.

Pour moi c'était de la magie, un groupe très spirituel, il se passait une énergie entre nous très positive, que je faisais circuler.

C'est ainsi, on ne peut pas contrôler vraiment les magiciens.

Et puis, ils ne donnent pas leurs tours de magie.

Il est 7h, le jour s'est levé, je prends une place dans ce jour nouveau, légèrement, avec les oiseaux, les chiffres et les calculs.

La création de collectif est un moment nécessaire pour comprendre la place d'une artiste dans la société.

Être à sa place, tout le temps, dans son esprit, dans son temps.

Lorsque je retrouve Makoto et Aki, nous ne parlons pas de Téléférique. Parfois nous apprenons qu'Étienne a réalisé un projet avec un des membres, mais considéré comme l'informaticien du projet de l'artiste, très certainement payé, souvent cela vient de l'argent de l'État. Je respecte cela, je trouve même cela très bien, en total contradiction avec le groupe, mais le groupe n'est plus.

Il y a vingt années, je me retrouve professeure en école d'art maltraitée par une direction complètement ignorante et avec aucune solidarité du milieu des professeurs, du ministère de la culture, qui ont connu cette épopée et y ont participé. Grâce au collectif, des artistes ont pu réaliser des choses et ont trouvé un travail, parfois dans l'enseignement Rien aujourd'hui n'a cette saveur solidaire, il n'y a pas plus individualiste que le milieu des professeurs en art, avec un oubli de l'histoire, des histoires et de l'histoire de l'art. C'est pour cela que je mesure ce temps, il va avec la montée des extrémismes sur notre territoire. Il y a un oubli, des oublis, de notre histoire, des peurs et des lâchetés. C'est dangereux. Je trouve que l'on vit un moment dangereux, pour la suite.

Sinon, je trouve cela très bien l'indépendance que chacun a pris, souvent en fait, c'est par la relation amoureuse, de chacun, justement, que les trajectoires ont pris toute leur autonomie. Je suis persuadée, au moins si nous n'étions pas artistes, que nous faisions école. Nous avons fondé notre propre école, au moment où nous observions que les écoles dysfonctionnaient grave et où elles n'enseignaient plus ou ne formaient pas. Nous avions trouvé un mode pédagogique et nous en avions réalisé des démos dans les écoles et universités, des sortes de conférences-concert, toujours en montrant comment nous manipulions les outils, parfois en montrant ce qui était caché. Ce n'était pas tant l'écran, ce qui apparaissait qui nous intéressait, même si ces moments narcissiques, nous en profitions, avec humour, c'était comment nous faisions apparaître. Cette petite école qui se déplaçait, Téléférique, dans laquelle, les places étaient elles-mêmes déplacées, et les genres troubles, orient et occident, me rend heureuse aujourd'hui. Il faisait si froid, nous avions si faim, nous passions notre temps à coder. Je regrettais ne pas passer plus de temps dans les paysages que nous avons traversé. J'ai pris ce chemin là, ensuite, la contemplation, pleine. Je pense que nos écoles d'art, en crise, sont encore très loin d'avoir trouver de tels modèles, efficaces, rapides, autonomes, économes, libres et transmissibles. Quel dynamisme et quelles solidarités à toutes épreuves ! Nous avions beaucoup moins de moyens qu'aujourd'hui. L'excès provoque un état morbide, comme une obésité, qui ne permet plus de penser, d'inventer. Je suis dans le manque, donc je peux être frustrée et continuer à inventer. C'est une chance, il faut la célébrer. Je regarde avec sympathie cette danseuse de 20 ans, la place radieuse qu'elle prenait et laissait ensuite aux autres.

Je crois que j'étais un garçon parmi les garçons et que je suis devenue une femme après Téléférique. Je n'étais pas un homme non plus, mais un garçon. On a tous le droit de changer, d'aimer qui l'on veut. On a tous le droit de devenir une femme.

Pour cela, je suis évidemment fière, d'avoir pu confronter mes idées et mes savoirs avec d'autres, dont j'ai appris, parfois comme un jeu compétitif, mais qui n'avait et n'a toujours, de mon point de vue, aucun pouvoir, ni mérite, seul celui de l'émulation et de l'intelligence des petites joies, encore naïves, et des petites batailles asexuées. Et le plus merveilleux, c'est que nous n'avons pas de traces des ces feux d'artifice lancés dans la nuit.

1999-2019


Art Par kiwaïda at 06:11

31/05/2019

ⓅⓅ

Scroll down

petite-peinyure-kiwaida-web.jpg

PP - Petite Peinyure (© Sonia Marques - mai 2019)

Elle est arrivée comme par magie, elle vient de naître et très maladroitement son nom fut mal orthographié lors de sa saisie au clavier d'un ordinateur. Ainsi ce petit tableau bleu fut nommé : Petite Peinyure (ou PP)

C'est que les erreurs administratives sont des prétextes à la coupure de nourriture par surprise.
800 pièces d'étain pour vivre sur 2 mois par erreur, ressemble à une bévue, toute une culture signée d'un zélé, brouillon.
De pénurie en pénurie, c'est la peinyure qui réchauffe nos peines délicatement en chuchotant l'amour au dessus de tout.
C'est une erreur de frappe, c'est tout et c'est l'art d'une petite frappe décorée. Un ou une bête ? Immondice est son nom.
Mon salon des refusés est le plus honnête, pas le plus beau, pas assez prétentieux, mais le plus admirable et téméraire.

C'est que ce pépé cache la grande peinyure... Un pépé devient un nouveau né dans l'histoire toute récente, de la peinyure.

Seule Kiwaïda est en mesure de relater la découverte de ces spécimens, des œuvres approximatives.

L'inspiration est toute particulière, il y avait une lapine japonaise qui faisait un boucan d'enfer la nuit, tout était balancé par dessus bord de sa cage, les bouts de bois déplacés sans arrêt, ce trafic impressionnant posait des questions, elle grignotait son tapis férocement et bazardait tout son foin avec énergie, comme un petit personnage debout. Qu'est-ce que cela signifiait ? Auparavant elle avait réalisé des sauts de crabes dans son enclos, comme un cabri. Le mâle japonais était circonspect et écoutait avec attention ce remue-ménage, les pattes de devant sur le bord de sa litière, de sorte qu'il ressemblait à un Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène visant le large... Et puis, il y avait un sentiment qui planait, celui de l'attachement, ou la peur du détachement, ou bien une excitation. Les désordres amoureux de Cafuné et Satori illustraient bien d'autres désordres : l'envie d'être attaché et la peur de se sentir abandonné, et la ferme volonté de réclamer de l'attention, des caresses, de soumettre son éconduit. Ces étranges bêtes, bien que stérilisées, avaient des sentiments amoureux de toutes sortes et aussi de la colère envers le, comment peut-on dire, conjoint, ou l'humain, ou le lapin ? Ils n'étaient qu'échos des sentiments amoureux des êtres humains. Êtres sensibles.

Je les avais prévenus : nous allons devoir faire des économies de foin, la moitié des pièces d'étain était déjà dépensée pour le toit (Heu non, la totalité en fait) Nous vivrons comme des bêtes, près de vous. Je m'en vais recycler vos petites pépites de chocolat.

Pourtant, lorsque cette peinture se créait, pas toute seule évidemment, Satori faisait du bruit, mais je ressentais juste des sensations étranges en moi depuis des échanges amoureux secoués de réflexions de solitudes séparées. Satori et Cafuné, séparés dans chacun leur petit théâtre de foin, répétaient la scène à leur manière. Et moi je faisais de la peinture, pardon, une petite peinyure. La nuit pourtant ce sont les êtres humains qui font le plus de bruit, de jeunes gens ivres racontent des histoires sans queue ni tête et chantent des refrains parasités par l'engouement de nouvelles connaissances hybrides. Ils sont bêtes et bien plus bêtes que les bêtes. Et puis, coup de théâtre : c'est Cafuné qui tape du pied et cela retentit comme une fin de non recevoir, puis un autre coup, puis un autre ! Cafuné brigadier veut du silence, c'est lui le maître de la nuit, il régule la circulation et remet de l'ordre dans son environnement. Le calme est revenu, la petite peinyure est arrivée. C'est un joli PP.

Le sexe n'est pas encore déterminé. Il ou elle, a tout de notre attachement, de nos couleurs de cet instant, fugace.
L'amour en un éclair.


Art Par kiwaïda at 01:01

29/05/2019

ᔕᑌᗷᙢᗩᖇᓰᘉᕮ ᖇᕮᔕᙅᑌᕮ

Scroll down

SUBMARINE

rescue-kiwaida.jpg
RESCUE



Dessin & son (© Sonia Marques)



Art Par kiwaïda at 00:41

27/05/2019

ℙѺℒℒ∃ℵ

Scroll down

Tasse et mouche à la découverte du cul blanc, ce bourdon terrestre, et ce papillon, ou ces scarabées luisants bien accrochés, et tous ces bébés : bébés pommes, bébés poires, bébés raisins, bébé figuier, bébé ginkgo biloba… Bourgeons et iris, roses en tous genres, coquelicots, pavots, pensées multiples. Mais tout est là… Et j'ignore avoir perdu du secret… Oui tout est là… Rien n'est caché, comme le chantait si bien Alain Bashung, revenu des arcanes, du parolier Armand Méliès. L'illustration de son album post-mortem est un coquelicot, visuel de Jérôme Witz, graphiste et designer déjà présent pour l'album "Bleu Pétrole". Repos quiétude ou consolation, ce coquelicot que Claude Monet a peint à foison. Le peintre impressionniste a 33 ans et habite Argenteuil, dans le Val-d'Oise, lorsqu'il peint le célèbre tableau de 1873, des coquelicots. Une commune très peuplée avec une eau potable de bonne qualité bactériologique, contenant peu de nitrates, étant peu fluorée et devenue relativement peu calcaire. De l'eau, des fleurs. L'impressionnisme était là, au Nord de Paris, photographes d'antan. Sur les bord des rails, je vois ces tâches rouges vibrantes et fragiles, en écoutant les chansons immortelles. Pavots aux grandes fleurs solitaires et aux pétales satinés, légèrement froissés, pavots somnifères, pavots à opium... Au jardin maternel, je suis l'apprentie impressionniste, le cul blanc, le terrestre bourdon qui plonge au cœur des fleurs, tel un lapin nain bélier qui découvre une ouverture, le début d'un terrier, d'un tunnel, d'un accès, il s'engouffre laissant visible sa croupe charnue blanche, mon Cafuné. Il faut du temps pour voir, observer, du temps pour prendre des photographies, une éclaircie, un silence apprécié, une solitude retrouvée. Il faut savoir ce que l'on veut voir, savoir ce que l'on apprend, savoir ce que l'on ne sait pas pour apprendre de nouveau et découvrir. Il faut sélectionner, définir les quantités de teintes et calculer les formats, optimiser et alléger chaque poids. Elles doivent être légères ces photos de fleurs, veloutées ou de veines et d'audaces, flétries, elles séduisent et charment, si fragiles. Il faut comprendre que dans un jardin, il n'y a pas seulement la plante, mais les insectes infiniment petits qui s'accrochent aux tiges. Ils prennent les pétales pour des plages, sur lesquelles faire un brin de toilette, nettoyer les pattes ou copuler, se chamailler le rose ou le bleu, au dessus des verts... Cela grouille de partout, tout est bien agencé, mêlé, imbriqué, échevelé...  Comment cette fleur va tomber et qui va lui succéder ? Comment elle attire tant de bestioles, chacune avec ses piquants et ses fluides, ses peignes, ses ailes, ses carapaces, ses pattes et sa bave. Les maladies, les tâches blanchâtres, les cocons, les toiles, chenilles et larves, le terrain est habité, un lilas est soutenu par un bâton peinturluré, tel un vieillard encore heureux. Mais il faut pour faire son jardin, patience, et connaissance, hasard et ignorance, expérience et expérimentations, études et laboratoires de saisons. Il faut tenter et il faut recommencer, ne pas baisser les bras, partager les graines, semences miraculeuses, vestiges de ce qui est resté d'un accident, d'un Hiroshima, d'un Tsunami. Que reste-t-il comme plantes ? Mais il faut pour admirer un jardin, savoir regarder et tout cela prend du temps, du soleil et de la pluie, nous donnant cette place de l'infiniment petit, de cet humain spirituel et terrestre. Expositions à qui sait voir, pas besoin de cartels ni de panneaux fléchés, ni de critique d'art, ni d'urbaniste ou architecte pompeux valorisé par les institutions aveugles, pas d'indication donc : autonomie, débrouille, vadrouille. Guidé par les nervures et cartographies des feuilles, tout peut être irrigué, par les fluides, gouttes et pluies, chaque jour ça pousse. Poussez-vous je passe. On peut ne pas aimer les fêtes commerciales, celle de mères et pères, rien ne peut rivaliser aux jardins des mères et pères. Alors regarder, garder encore, qu'est-ce que c'est ? Je n'ai pas vu les bébés, j'ai vu les boudons blancs affairés, malicieux du matin au soir, l'opium leur favori festin. Restaurer l'art de l'observation, puisque la nature fut première à copier, dessiner, peindre, photographier, modeler, imprimer, visualiser, les odeurs sont imprenables ou presque, les parfums viennent aussi des plantes, nectars, extractions subtiles. La couleur venait ainsi des jardins, des pigments, des sébums et chimies miraculeuses, tous ces savoirs faire que l'on peine à transmettre. La couleur disparaît comme toutes les photographies passées trop exposées, on ne sait plus faire ni découvrir. La couleur pourtant est l'un des beaux-arts. Maquillages et pâtes à tartiner, confitures, baumes de guérisons, masques d'argiles, huiles précieuses. L'art était avant-tout une façon d'observer et traduire, une façon de transmettre une connaissance. La sensibilité c'est tenter de se disposer à la place de la plante, le pétale transparent, la tige vaillante, ou velue, elle va faner la fleur et se recroqueviller, perdre de ses couleurs vives. Elle meurt doucement ou brusquement. Les bourgeons inconnus gardent un peu de mystère sur l'apparition de leurs beautés à venir... Écrins fermés aux milles feuilles délicates, spirales, enroulées, poivrées ou sucrées, peaux sur peaux de soies, perlées de rosée. On ne peut pas illustrer, peindre ou faire œuvre, tisser, que sais-je, sans observation et interprétation. L'imaginaire, l'esprit intérieur donnent la force de l'expression, singulière, aucune copie ne peut rester copie, comme chaque fleur, elle a sa partie, unique et si fugace. J'ai voté pour ce jardin, aucun sommet crétin ne peut comprendre l'infiniment petit. Les araignées sont tigrées, les vers de terre généreux et semi-transparents. Enfant je les déterrais, j'accompagnais leurs lombrics de la terre à la surface, j'observais leur rôle dans la biologie de notre terre, et je ne savais rien, trop petite, et je savais tout, sans le langage, des mains à la terre de vers, d'ici bas arriveraient les plantes et notre nourriture. Je voyais des bestioles nager dans la soupe aux choux, moucherons flottants noirs, c'était ma soupe à la grimace. Je les disposais soigneusement sur le bord de l'assiette, car je ne voulais pas manger les insectes. Mon expression artistique a souvent été l'élan vital du souvenir d'un jardin perdu, retrouvé dans chacune de mes observations et revitalisé par différents médiums. La mémoire peut être titanesque lorsqu'elle est travaillée par la sensibilité. Chaque pelure recèle un trésor, que lorsque les richesses disparaissent, la mémoire fait remonter en surface des formes de connaissances imparfaites mais précieuses, dans la pénurie. Des formes de reconnaissances. Chaque pelure peut faire renaître un cœur. Le sentiment d'avoir été aimé, la capacité de pouvoir encore aimer, avec peu.

Je ne te l'ai jamais dit, mais nous sommes immortels...
As-tu senti parfois

Que rien ne finissait?
Et qu'on soit là ou pas
Quand même on y serait

Les baisers reçus
Savais-tu qu’ils duraient?
Qu'en se mordant la bouche
Le goût en revenait


Photographies © Sonia Marques

Art Par kiwaïda at 13:55

ϟÜℳ♏Ṳϟ

Scroll down

Embouteillages aux sommets

Au summum du génie : le choix d'une civilisation

Même jour, même objectif, même candidat, même idée, même résultat

La mort comme cordée pour afficher victoire



Philosophie Par kiwaïda at 11:43

21/05/2019

ραґḯṧ ρ@ґїṧ

Scroll down
PHOTOGRAPHIES © SONIA MARQUES



PAPAVER



On appelle pavots toutes les papavéracées du genre Papaver, regroupant plusieurs espèces allant du coquelicot au pavot à opium. On appelle également pavots des papavéracées qui ne font pas partie du genre papaver comme le pavot de Californie ou encore le pavot bleu de l'Himalaya.

Qu'ils sont beaux ces pavots qui pavent ce chemin vers papa. Les papavers...



ARCHIVES



Le site des Archives nationales est voué aux archives postérieures à la Révolution française. Il contient près de 40 kilomètres linéaires d'archives provenant du site parisien, et 120 kilomètres linéaires d'archives provenant du site de Fontainebleau. Sa construction permet de regrouper de manière cohérente les archives contemporaines, aujourd’hui réparties entre deux sites selon une coupure chronologique dépourvue de toute signification historique, et d'assurer à ces archives un meilleur accès, le site de Pierrefitte-sur-Seine ayant été choisi en raison de sa proximité d'une station de métro. L'architecte du nouveau site est Massimiliano Fuksas. La première pierre du bâtiment a été posée le 11 septembre 2009 par le Premier ministre François Fillon. La construction du site de Pierrefitte-sur-Seine est également l'occasion d'une refondation complète des Archives nationales, grâce à un ambitieux programme de reconditionnement, de numérisation et de développement d'un nouveau système informatique. La quasi-totalité des instruments de recherche doit être disponible sur l'Internet. Les fonds conservés à Pierrefitte-sur-Seine le sont autour de cinq sections : archives du pouvoir exécutif et législatif ; archives des administrations de l'Intérieur et de la Justice ; archives des administrations chargées de l'Éducation, de la Culture et des Affaires sociales ; archives des Hommes et territoires comprenant les fonds de l'Équipement, de l'Aménagement du territoire, de l'Agriculture, de l'Écologie, de l'Industrie, du Commerce, du Tourisme, de l'Économie et des Finances ; archives privées. Parmi ces fonds contemporains, on trouve par exemple les archives de l’ORTF, versées aux Archives nationales lors de son éclatement, les fonds des cabinets ministériels, les fonds des services du Premier ministre, les archives du Centre national de la cinématographie, le Fonds de Moscou, le fonds de la Cité internationale universitaire de Paris, la Photothèque du Tourisme, la photothèque du ministère de l'Agriculture, les fonds audiovisuels de l'institution, etc. Parmi les fonds privés, on trouve ceux que les missions ont eu l’occasion de collecter auprès de personnes ou d’organismes privés travaillant en liaison avec le département ministériel de leur domaine d’intervention. C’est par exemple le cas des archives de Pierre Laroque, chargé de la mise en place de la Sécurité sociale de 1930 à 1932. La salle de lecture de Pierrefitte-sur-Seine a ouvert au public le 21 janvier 2013.


Pfff, c'est immense, la conservation, c'est un syndrome, celui de Diogène... Mais il y a le syndrome de Noé aussi, avec les animaux... Cela tombe bien, la nuit des Musées m'ouvrira les portes du Musée de la chasse...




Le musée de la chasse et de la nature, « Musée de France » depuis 2003, est un musée privé rassemblant les collections de la Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature. Il est situé à Paris, dans l’hôtel de Guénégaud et l'hôtel de Mongelas dans le quartier du Marais.
Il est situé rue des archives... Décidément !



Un monde fou, il faisait si chaud, étouffante ambiance, débauche de touristes, venus gratuitement profiter de cet hôtel particulier. Je quittais une tapisserie, très belle, dans le limousin, pour arriver dans ce lieu décoré de tapisseries bien passées. Au sous-sol un DJ set (oui, oui, devant des tapisseries, il se nomme DJ Niagarra) Pourquoi cette boîte de nuit dans ce Musée ? Pour attirer le monde ? Un monde blasé, Paris, c'est fou !

 
 Et puis l’artiste Théo Mercier est venu crâner encore une fois, il a installé des œuvres dans ce Musée, pêle-mêle, cabotin qu'il est, humour, fantaisie, horreur, gadget, tout est finement sténographié...



Il s'est intéressé aux objets commerciaux pour les animaux domestiques et ils les a mélangés (oiseaux, hamsters, lapins...) comme il aime faire. Il avait déjà pris ce truc, à Montrouge au salon, avec des pierres d'aquarium... C'est Jardiland ou Truffaut qui sont ses partenaires favoris...



Comme une impression de familiarité, chez moi, sauf que c'est le vivant qui m'intéresse. Les trucs empaillés c'est à la mode chez les artistes depuis longtemps. Moi, je n'aime pas vraiment les œuvres des artistes qui utilisent la taxidermie, comme mettre en scène des renards empaillés ou faire des gueuletons avec des taureaux, ce genre de truc polémique, mais en fait, ce n'est pas très beau. Être cruel ou chasseur pour prôner des trophées empaillés comme art plastique, s'imaginer patriarche d'un clan. Il y a eu aussi la mode des oiseaux dans les cages exposés... Enfin, il ne faut pas bien aimer les animaux pour exhiber ses tableaux de chasse. Cela ne m'intéresse pas, les étudiantes, les filles surtout, en font des copies de copies... Je préfère aller visiter ce Musée, destiné à cet effet. Mais Théo, il est doué. Il a arrêté le côté plasticien pour devenir scénographe, et il est très demandé pour les théâtreux. Il est vrai que l'art en France... La scéno, c'est bien plus lucratif et aussi jouissif, les moyens sont là, et l'artifice est hors normes. Tout est fugace et le public est au rendez-vous. Espiègleries... Pieds de nez... Punk, affreux comportement diraient les énervés, les anti-art contemporain. Pourtant il y a un savoir faire, faire illusion réussi.



Les échelles, c'est toujours impressionnant de se retrouver regarder de haut par un ours...



Trés bien installés ces fauves et bêtes à cornes...



Se confronter aux échelles toujours, à la prédation, bêtes en cage, empaillées, épinglées comme des papillon, Musée, collection, archives, toujours et encore... la conservation.



Twins



Je me sens comme celui-ci ce soir, accroché, doudou, l’œil méditatif... Paris c'est vraiment de la confiture pour les cochons...



Éponger son effroi... Il fait trop chaud pour travailler (devise française)



Théo par ci, théo par là... des pneus et ressorts, des cruches, comme nous tous...



Les chaises sont comme chez moi aussi, sans le renard empaillé (ça c'est pour les artistes sans idée) mais avec des lapins vivants...



Une arbalète, qu'elle est belle... Il y a des gourous de secte, de nos jours, qui se servent de ces outils pour épingler leurs conquêtes, allemandes, pauvres femmes... Mais n'est-ce pas ainsi que s'organise le monde du travail ? Avec des gourdes, cruches et des manchots pour les diriger, à la libido crasse... Les Google et Cie...



Combien de fois a-t-il été photographié ?



Paris c'est cela aussi, tags sur les arbres, tags sur les boutiques, place de la République, et plots anti-sdf, scotchés de publicité...



À 4 heures de là, c'est le carnaval sous la pluie, à Limoges, confettis partout et pauvres gens rassemblé pour une fête populaire que l'on a raccourci...



Les mains dans les confettis, chacun son pari... Les paris sont ouverts.

Je préfère le vivant à la conservation.

Animal Par kiwaïda at 01:13

20/05/2019

Ṕϴ₩€ℛĦѺṲϟℰ

Scroll down

Photographie (© Sonia Marques)

Planningtorock – aka Jam Rostron – is a Bolton-born Berlin-based singer-songwriter, composer, producer and director with three critically acclaimed studio albums of left-field dance to their name – not to mention various collaborations, operas, film scores and remixes. A self-taught, non-binary, working-class musician, they’ve spent a decade plus queering sound and vision as Planningtorock. Planningtorock debuted in the Noughties with 2006’s Have It All [Chicks On speed], finding artistic community among fellow DIY outliers and gender outlaws such as Peaches and The Knife. Their sound – tense, spellbinding dance music with classical flourishes, unexpected brass and pitched-down vocals that have become Planningotorock's signature – have earned them a dedicated following. W, Planningtorock’s critically acclaimed 2011 debut on DFA, revealed a visionary and politicised producer. It offered up deeply queered art-pop – 2014’s All Love’s Legal (“a masterclass in left-of-centre dance music”, Mixmag), released on Rostron's own imprint Human Level with banner-ready slogans (‘Patriarchy Over And Out’, ‘Let’s Talk About Gender Baby’), revealed their ability to combine pop-oriented music with a political message.

https://planningtorock.bandcamp.com/album/powerhouse

Powerhouse marks the Berlin-via-Bolton producer’s most intimate album to date, a kinetic, self-produced record flush with attitude, humour, vulnerability and swagger. W, Planningtorock’s critically acclaimed 2011 debut on DFA, revealed a visionary and politicised producer. It offered up deeply queered art-pop – tense, atmospheric dance music cut with classical flourishes, and spell-binding androgyny. But it was 2014’s All Love’s Legal (“a masterclass in left-of-centre dance music”, Mixmag), released on Rostron's own imprint Human Level, where Planningtorock, with banner-ready slogans (‘Patriarchy Over And Out’, ‘Let’s Talk About Gender Baby’), revealed their ability to combine pop-oriented music with a political message. Powerhouse offers up something infinitely more personal: emotionally-charged, biographical anthems drawn from Rostron’s lived experiences as a non-binary genderqueer artist, experiences around family, identity and music itself. Powerhouse was written and recorded across Berlin, London, New York and Los Angeles. It comes couched in the precision-tooled synths that have become Rostron’s signature, though critics and fans will hear a subtle, ear worm-y shift in style here: from the Noughties US r&b swagger of ‘Transome’ and the bubbling oldschool ‘90s house of 'Beulah Loves Dancing' and ‘Non Binary Femme’, to the funky, flute-laced ‘Much To Touch’ (the only track on Powerhouse to feature a co-producer, long-time friend and collaborator Olof Dreijer of The Knife). The striking, pitched-down vocals that shook fans of W are as radiant as ever on Powerhouse. It was pitching that gave Rostron’s then-hidden inner self an authentic, external voice; and it was pitching that enabled them to come out, beginning “this long, complex and very much still evolving process of living their non-binary genderqueer self”. For Rostron, pitching became the sonic embodiment of taking T (testosterone). Listen closely, for example, to the lyrics on W’s ‘Doorway’ and you’ll see a through-line connecting that song with the refrain on Powerhouse’s ‘Jam of Finland’:  “I feel a transformation in me / All those empty spaces in me / Are filling up with me…” Ultimately, Powerhouse is a celebration of liberation, a groove-filled record that sees Rostron consolidating power both personal and artistic. 




Photographie (© Sonia Marques)
Juste avant le concert à la Gaîté Lyrique à Paris, je croise dans la rue incognito Jam Rostron déambulant et d'une démarche assurée chaloupée. Personne ne la reconnait ou sait qui elle est, mais c'est à une demi-heure de son show qu'elle arrive tranquillement. Le temps est humide, Paris est foutraque et prépare sa nuit des Musées, il pleut parfois, il fait doux, ce n'est pas un temps binaire, il change, il nous impose de nous abriter, de nous déshabiller, de nous surprendre, c'est un temps pour voir Planningtorock. Quasi une quinzaine d'années je découvre cette artiste pluridisciplinaire, aux masques et au nez singulier, à l'allure discrète et puissante. J'avais posté un article récent ici et ici en 2011, et de 2013 ici, ici en 2018, et les articles sur The Knife...) C'était en même temps de ma découverte du duo suédois The Knife (formé par Olof et Karin Dreijer), mais Jam Rostron était plus mystérieuse et ses sonorités expérimentales géniales. La question du genre n'était pas encore à la mode, et tout le monde pouvait s'identifier à Planningtorock. Moi je travaillais des sons, je réalisais des albums sonores, des dessins, du graphisme, des masques multiples, et très naturellement, ses musiques me parlaient. J'entendais du violon ou alors de la contrebasse, je ne savais pas bien et puis lorsque je voyais une collerette (je ne l'avais jamais vue en concert à part ces jours-ci) j'imaginais qu'elle sortait d'un opéra, ou d'un théâtre où elle était seule, un héro. J'avais adoré Have it hall, en 2006 et ses pianos sorciers. Sa voix sombre et monstrueusement magique faisait écho à mes expérimentations sonores (album Pépino de 2001, avec "Orient") mes développements sur les voix, des oiseaux. Dans ce que proposait Planningtorock, j'aimais son mélange de cordes, ses influences classiques et vocaux androgynes. Dans son nouvel album Powerhouse, Jam Rostron aborde sa vie personnelle, et son entourage familial, ses attaches, de façon sentimentale et sincère. Elle relate avec pudeur de son enfance et ses difficultés, et de son amour à l'intérieur. Justement, cet amour intérieur transparait lorsqu'on la voit et que l'on entend ses mots et ses maux mélodieux. Elle témoigne de son amour pour sa mère, son père n'est plus en vie et était très malade, sa mère a toujours été malade chronique, sa sœur est autiste. En particulier, à sa sœur, elle rend un bel hommage en sa passion : la house music (arrivée de Chicago dans les année 80, la house music est un genre musical descendant du disco des années 1970. Elle mélange des styles musicaux comme la soul, le R'n'B, la funk, la salsa, le rock ou la pop avec un message progressiste et pro-diversité)
Elle raconte qu'il est difficile de vivre dans la société avec ce genre de maux, l'autisme asperger, et en tant que personne handicapée.
Il y a peu de soutien, mais sa famille a utilisé comme outils, l'amour et l'humour. C'est la meilleure façon de faire face à la situation. Devant nous, elle prend le temps de nous raconter comment elle a découvert son pouvoir, celui d'aimer la musique, en regardant sa mère dancer. Elle avait un tas de disque, et elle s'éloignait pour dancer sur le rythme d'un de ses vinyles. Et petite, Jam Rostron (Janine) voyait sa mère bouger son corps, mais ne savait pas ce que cela signifiait, à présent, avec humour, elle sait et nous le dit, de nouveau, elle nous transmet cela.

"Quand j'y réfléchis maintenant, ça lui chargeait toujours les piles. J'y pensais toujours comme si elle le portait, comme une armure ou quelque chose du genre. Parfois, ce serait vraiment difficile pour elle. Elle devait faire face à beaucoup de difficultés elle luttait pour les droits de ma sœur et elle subissait de nombreux préjugés, en particulier parce que le type d'autisme de ma sœur n'était pas reconnu avant le début des années 90. Ma mère savait que ma sœur était autiste. Je ne peux pas imaginer parce que je ' Je ne suis pas un parent, mais ça doit être déchirant de raconter toute cette merde à propos de votre enfant, quand vous savez. Elle avait donc beaucoup de force en écoutant Aretha Franklin ou Ray Charles. Je pense donc que cela a eu un effet considérable. La musique peut non seulement vous émouvoir, mais aussi vous donner le sentiment de pouvoir réaliser des choses, elle peut vous donner cette force et pour ma sœur, c’était vraiment un espace sûr, un endroit où elle pouvait être elle-même à son goût et se sentir vraiment bien dans sa peau. Je suis reconnaissante d'avoir reçu cela très fortement dans ma maison, et cela m'a également aidé à découvrir la musique en général. Ça a été ma sortie aussi, ça m'a totalement sauvé. Pour pouvoir faire de la musique et en faire mon travail. "


Elle est touchante et la voir en concert, en toute simplicité, nous a apporté beaucoup de bienveillance et d'ondes positives. J'avais adoré son clip avec sa sœur (Beulat Loves Dancing) et lors de son concert, elle nous a raconté son histoire singulière avec amour et un regard protecteur, une histoire de fratrie. J'ai été assez étonnée de ne voir que peu de femmes, ou féministes à ce concert (autant que l'on puisse en reconnaître) peut-être parce-que ce qu'elle représente est très ouvert et amusant, sa vision positive et plastique (elle a fait une école d'art en Angleterre : le Blackburn College of Art on the Foundation course) est complètement décalée par rapport aux propositions artistiques ou musicales en France. Le patriarcat, la misogynie, les stéréotypes de genres ont des entités traitées avec liberté et joie, chez Jam Rostron : Feminism has rarely sounded so much fun !

Elle dit :
"So I set myself an exercise to write about patriarchy in a really simple way. What do I think about it? I just don't want it to be there, I want it to get out of the way. So why not just say that? It is very simple, to the point where it's actually a little bit funny. Which is perfect, because I don't want people to feel threatened. It is a complex, heavy topic but I didn't want to be fearful."

Jam Rostron était vidéaste mais fut effrayée par le monde de l’art trop élitiste et impitoyable. Alors que la musique, tout le monde sent qu’elle peut lui appartenir; elle n’a pas besoin d’être validée par aucun institut.
Elle a une voix exceptionnelle et son ton est direct. Elle parle avec son public, et dans la salle plutôt intimiste, c'était comme une amie qui est venue nous présenter ses nouvelles vocalises, il y avait quelque chose qui faisait tomber toutes les barrières de la star attendue, ne serait-ce que dans sa scénographie, quasiment nue (elle au micro et une projection de ses clips derrière) avec elle complètement habillée. Ce qui change avec ses anciennes apparitions, c'est qu'il n'y a plus de masques. Le groupe The Knife suédois, avec lequel elle a collaboré, usait aussi de stratèges pour déjouer les stéréotypes et les cases dans lesquelles les journalistes attendent les stars et les apparitions. Planningtorock jouait aussi souvent avec sa voix, afin de ne pas définir à l'écoute si c'est un homme ou une femme qui chantait. Elle avait défiguré son visage avec des prothèses, avec du silicone à la colle de théâtre. À présent, elle est là, sans artifice, sur le podium, assumant totalement sa voix, ses gestes, son empathie.



Photographie (© Sonia Marques)

Je sens une transformation en moi /
Tous ces espaces vides en moi /
je suis en train de me remplir…



POWERHOUSE, nous avons tous une powerhouse, nous dit-elle en anglais, une sorte de point spirituel, un karma qu'il faut trouver, un lieu où habiter, le sien est la musique. Elle ne le saura pas, mais cet album m'a beaucoup aidé. Je l'ai écouté en boucle dans une salle de sport pour la cardiologie, aux écouteurs, j'en connaissais toutes les paroles, et j'ai découvert son histoire au fur et à mesure que j'arrivais à traduire un mot anglais en français dans ma tête, tout en faisant du rameur, ou du vélo, parfois 2 heures ou 3, sans m'arrêter. C'est un hasard que j'ai choisi cet album pour m'entrainer, j'ai ainsi découvert mon rythme cardiaque s'améliorer. C'est toute une histoire de cœur, de résistance et de puissance. J'aime beaucoup son logotype choisi, en forme de cœur. Il y a des rythmes différents dans son album, très lents et profonds et très énergiques comme si faire du step (une des composantes fondamentales dans les activités du fitness) ou de la course à pieds, épousaient complètement les appuis des pieds, des cuisses, ce fut, pour moi, une expérience inédite et complètement sensuelle, tout en transpiration.
Il y a surtout la notion de repos. Le rythme cardiaque peut ralentir, on peut s'asseoir écouter une chanson plus lente et ne pas avoir la tête dans le guidon, enchaîner des beats. Il y avait quelque chose d'assez détoxifiant, comme une cure de bonheur liée à la musique et à cette sensation d'être en vie et se battre contre la maladie. Remplir un espace que l'on découvre et se sentir plein, de force et d'amour. Chaque victoire et chaque demi-heure passée à faire du sport en écoutant "le pouvoir de sa propre maison", était une étape à dépasser. Le dépassement de soi fut révélateur avec cette musique et je me devais d'aller voir cette artiste en concert pour la remercier de m'avoir aidé, afin que je retrouve ma maison. Je ne savais pas ce que c'était ces courses de personne, avant, pour le cancer du sein, par exemple, je ne comprenais pas. C'est seule que j'ai dû comprendre l'intérrêt de faire différents sports et que vraiment, ces efforts sont des efforts qui vainquent la maladie, celle d'autrui, des personnes chers. On fait ainsi du sport pour aider les autres à guérir, s'aider soi. Sa musique est peut-être faite pour cela, guérir, se sentir encourager dans nos efforts, se dépasser. Merci Janine.



Photographie (© Sonia Marques)
En 2013, Planningtorock publie le Misogyny Drop Dead EP à l'occasion de la Journée internationale de la femme. La chanson titre est également apparue dans All Love's Legal de 2014, qui a livré des manifestes dansables pour l'égalité transnationale entre les femmes et les hommes, comprenant des chants décalés et des grooves inspirés du R & B. L'année suivante, Rostron compose de la musique pour l'émotivité de la mâchoire, première partie du travail en série du chorégraphe Ian Kaler. Après avoir effectué une résidence à la Villa Aurora à Los Angeles, Planningtorock est revenu avec Powerhouse, la collection de chansons la plus personnelle de Rostron sur leur expériences en tant qu’artiste non binaire, non sexiste. Enregistré à Los Angeles, à New York, à Londres et à Berlin, avec une collaboration avec Dreijer ("Much To Touch", morceau de Powerhouse en co-production avec l'ami et collaborateur Olof Dreijer de The Knife), l'album est arrivé en novembre 2018.

Photographie (© Sonia Marques)

Première page Internet de son site

Je ne connais pas l'auteur de cette photographie...

J'aime aussi ce titre "Too much"  qui décrit combien, que vous soyez femme ou handicapée, ou que sais-je, on entend que vous êtes "trop", trop ceci, trop cela. J'aurai évidemment beaucoup de choses à écrire sur ce "trop", car j'écris et mes écrits ne sont pas formatés, il sont donc "trop". J'adore cette idée du trop, alors si c'est trop, en voici encore plus !

Suis-je trop ? Laissez-moi vous en donner plus !

Sur le syndrome d'Asperger, j'ai une anecdote, un souvenir sensible. Lorsque j'enseignais à l'école d'art de Limoges (où j'ai subis un harcèlement moral de la direction), j'accompagnais nombre d'étudiants très différents et je me suis battue pour la différence, j'ai été maltraitée ensuite pour avoir défendu les valeurs de la diversité et du talent. Il y avait une étudiante très douée qui réalisait des peintures célestes, le ciel et ses constellations avaient une part belle, elle était très sensible à la couleur et complètement marginalisée par le corps enseignant, et pas par les étudiants qui étaient très en empathie avec elle. Elle était parmi nous, lors de mes cours, et parfois elle interrompait l'un d'eux et s'exclamait que j'avais une bague extraordinaire (rien à voir avec le cours) et elle plongeait dans ma bague. Elle avait raison, c'était une bague très particulière, un miroir rond en pointe, en acier. Cella ressemblait à ses recherches étoilées, et ce qui brillait l'attirait, mais de l'ordre du précieux. Son regard était précieux et s'intégrait dans ce que peut être des études en art, c'est évident ! Un jour elle m'a fait part d'une confidence, elle venait d'être diagnostiquée d'un autisme d'Arperger, et elle était rassurée car cela faisait 5 années qu'elle attendait ce diagnostique. Elle se sentait en confiance avec moi, mais elle n'avait pas confiance aux autres professeurs, alors elle n'a pas voulu que cela se sache. Elle avait déjà exposé ses peintures, elle avait vraiment une longueur d'avance sur les autres étudiants dans sa recherche picturale. Et puis elle disait ce qu'elle ressentait, comme le fait qu'elle sentait que cette école était basée sur la "surveillance", qu'elle ne se sentait pas bien. Nous étions situés en sous-sol, et l'architecture était transparente, plusieurs personnes pouvaient observer les cours derrière les vitres aux étages supérieurs et il est vrai qu'il y avait une ambiance terrifiante, on se sentait tout le temps observé, il n'y avait aucun espace isolé, à l'abris des regards, comme si nous étions en geôle, dans une prison grise, et les bruits de chaque chaise résonnait, était amplifié par la réverbération, la hauteur sous plafond. L'architecte n'aurait pas mieux pu concevoir une école de ce type, s'il voulait détruire les liens humains, la sensibilité. Il n'y avait qu'une étudiante autiste pour ressentir fortement cela, ce que tous, nous ressentions sans pouvoir le dire aussi franchement et sans détours, sans ces conventions hypocrites que l'on peut garder, afin de ne pas être "mals vus".
Plus loin, il y avait un couple d'étudiantes amoureuses, elles étaient épiées sans arrêt, à cause de leur orientation, leur genre, et aussi moquées. Je ressentais encore plus intensément ces discriminations partout autours. Et puis, cette étudiante peintre douée à été convoquée par la directrice, celle-ci lui a annoncé qu'elle refusait qu'elle reste dans l'école à cause de son handicape, dont sa famille lui avait fait part, trop heureuse de pouvoir être soutenue par une institution. Ce fut terrible. Il y avait une accompagnatrice et un lieu dédié à côté pour elle, elle était suivie par un corps médical, elle ne posait aucun problème à personne dans l'école. Cette accompagnatrice nous a écrit à tous, enseignants, pour nous sensibiliser à ce handicape et nous demander d'influencer la direction afin qu'elle reste. J'étais tout à fait d'accord. Mais hélas, la direction a été encore plus fermée. Et j'ai été déçue de mes collègues, ils n'avaient pas valorisé les excellents résultats de cette étudiante. Le seul professeur peintre ne l'a pas défendue, pourtant il reconnaissait ses qualités. Je n'étais pas identifiée comme professeure de peinture, et pourtant, je suis aussi peintre, j'ai des connaissances avérées, ma pratique n'est pas quotidienne, mais ma culture est picturale autant que sonore. Cette école créait des cases et des stéréotypes très forts, impossible à traverser, nous avions une place dédiée et décidée par de médiocres administrations, sans possibilité de dialogues humains, empêchant toute spontanéité, toute création. Elle cloisonnait tout, tout en ne souhaitant aucune singularité, chaque espace devait être surveillé, nettoyé, chaque trace de beauté devait être éliminé. Chacun de nous devenions sales. L'étudiante ne fut plus admise en cours, après ses 3 années passées avec nous, elle était devenu un moteur, elle devenait le symbole d'une grande discrimination. Les étudiants n'ont plus rien dit, plus de la moitié de la classe ne s'est plus ré-inscrite l'année suivante. L'école a masqué les chiffres. Tous, ont oublié, les meilleurs éléments sont partis (dans le théâtre ou d'autres école, dans le cinéma, ou d'autres sont retournés dans leurs îles créoles, car la couleur de peau aussi, est encore un préjudice en France). Puis plus tard ce fut autour de l'étudiante lesbienne de subir l'intolérance de la directrice. Puis plus tard, ce fut moi, la professeure. Tout cela a été extrême et incompréhensible. À notre époque, j'ai compris que même celles et ceux qui se disent défendre la diversité ou les gays et lesbiens (et même s'ils elles et eux, estiment "en être") il existe des freins culturels très fort, pernicieux, qui évitent d'aborder le talent artistique, et parce qu'une personne serait différente, ce serait pour cela qu'elle serait exclue de la société, de l'institution. Alors que l'on aurait dû valoriser les personnes qui ont du talent avant tout, valoriser le talent. Ainsi ai-je pu observer qu'au nom de la norme, tous les talents avaient été exclus. Ce tabou ne sera jamais abordé, de nos jours, mais on peut être exclu par une lesbienne et parce qu'on est lesbienne. Ce n'est pas parce que l'on dispose une femme à la direction d'une école d'art qu'il n'y aura pas un patriarcat dominant et sexiste, bien au contraire, il peut se trouver, que celui-ci trouve le plein emploi et que la misogynie s'installe de façon perverse transmissible. Et qu'un nombre inconsidérables de discriminations se développent, sans qu'elles puissent jamais être dénoncées, par le sceau de la présence d'une femme à la direction. Cela suffit, en France, pour expliquer que l'égalité est en marche (sous-entendu que seuls les hommes seraient incompétents pour l'égalité entre femmes et hommes au travail, et que les femmes, parce qu'elle sont femmes sur la carte d'identité, seraient favorables à de nouveaux postes de femmes au travail... Archi-faux.) Il y a des femmes qui détestent les femmes et il est malheureux qu'elles aient du pouvoir de diriger des femmes et des hommes soumis.

Je pense ainsi à cette étudiante et j'espère que son chemin sera plus sain ailleurs, très certainement. Mais cette école a perdu beaucoup, sa liberté, sa création, ses expressions franches, sa santé. Et de la joie d'être ensemble. Résultat : Sa seule manifestation visible : le blocage. La fluidité, ce n'est pas pour demain.


Musique Par kiwaïda at 12:31

17/05/2019

b̛̼̥̟̠͉̺̫̻͙̃̐̐́̆̐̾̕̚͜ở̮̖̝͙̭̙̖͚̖̂̿̆̽̀̆͘͜͝ņ̻͉̻̙̞̳̘̞̉̉͐̽͑̀͗̒̚͜͝i̜͕̰̪̥͇̗̱̝̯̽́͂̎̎͐̓͌̂̋t͓̖̞̹̥̻͓͕̒́͊́̀̽̀͒̕͝ͅͅơ̧̤̮̫͇̙̩̲̰̹͆̑͑͊́̉̆̿͐

Scroll down

Photographies © Sonia Marques


Animal Par kiwaïda at 23:31

12/05/2019

ʟ❝øuï℮

Scroll down
lico1.gif
La dame à l'orgue est l'une des 6 tapisseries de la Dame à la Licorne, découverte en 1841 par Prosper Mérimée dans le château de Boussac.


À la fin du Moyen Âge, les tapisseries sont des éléments importants dans la décoration des riches demeures. Elles sont utiles pour isoler les murs, mais elles participent aussi de la manière dont un propriétaire peut faire étalage de sa fortune. Leur confection est en effet fort coûteuse et nécessite l’intervention de plusieurs maîtres : le peintre qui en dessine les cartons, le licier qui les tisse, tous deux ne résidant pas nécessairement ni dans la même ville, ni dans le même État. Les cartons de la Dame à la licorne ont été réalisés à Paris par un artiste majeur de la fin du XVe siècle dont l’identité demeure incertaine, tandis que le tissage a été réalisé dans les Flandres où se trouvaient alors les meilleurs ateliers de lice de toute l’Europe. Plus encore que le dessin, la couleur rouge du fond fait de cette tenture un objet de luxe. Le fait que ce rouge ait conservé sa vivacité indique en effet que la laine a été teintée avec un pigment à base de garance de très haute qualité. Un univers merveilleux Ces tapisseries nous entraînent dans l’imaginaire des classes aisées de la fin du Moyen Âge. Le fond de mille fleurs crée un espace à la fois familier et merveilleux. Familier parce que les fleurs représentées avec réalisme sont celles des jardins du temps (œillet, menthe, muguet) et les animaux qui gambadent semblent tout droit sortis d’une forêt ou d’un château (des oiseaux, des lapins, des chiens, des singes…). Merveilleux car les fleurs symbolisent un printemps éternel d’où le froid, la maladie et la vieillesse sont bannis, tandis que les animaux cohabitent en paix. Dans l’esprit de l’homme médiéval, une telle harmonie n’est possible qu’en un seul lieu, l’Éden, le jardin du Paradis, décrit dans la Genèse comme une création de Dieu.

Mais c’est surtout dans la licorne que réside le merveilleux, car c’est une créature fabuleuse au corps de cheval, à la tête et aux pattes de chèvre, et à la dent de narval en guise de corne. Sa présence témoigne de la place qu’elle occupe dans l’imaginaire médiéval. Les bestiaires médiévaux dans lesquels elle est décrite sont inspirés des légendes véhiculées durant l’Antiquité. On y raconte que cette bête sauvage ne peut être domptée que par une vierge.
En dépit de son caractère fabuleux, la licorne est souvent représentée au Moyen Âge dans un environnement quotidien. Elle est montrée comme un animal réel au même titre que le lion ou le faucon, comme c’est le cas ici. Persiste alors, quant à son existence, un doute que viennent renforcer les récits de certains voyageurs qui s’aventurent en Orient et sont convaincus d’en apercevoir. Marco Polo, le plus célèbre d’entre eux, la décrit dans son Livre des merveilles. Tenace est alors la croyance que les régions orientales lointaines et fascinantes sont peuplées de lions, singes, éléphants, licornes, griffons, tous aussi réels les uns que les autres. Plus qu’une dame, une allégorie La dame de la tenture, au teint de lys, aux lèvres vermeilles et aux cheveux dorés, est d’une beauté dont la littérature courtoise chante les louanges depuis le XIIe siècle. Elle n’est pas le portrait d’une femme qui vécut dans l’entourage des Le Viste, mais l’incarnation de la femme idéale selon les critères médiévaux. Pour comprendre la tenture et ce qu’elle représente, il faut la regarder comme un ensemble. Il apparaît ainsi clairement que c’est une allégorie des cinq sens. Sur chaque tapisserie, le geste de la dame désigne le sens concerné : elle nourrit un oiseau pour le goût  ; elle joue de l’orgue pour l’ouïe  ; elle charme la licorne avec un miroir pour la vue ; elle tresse une couronne de fleurs pour l’odorat ; ses mains se posent sur l’étendard et sur la corne pour le toucher . Les sens sont un thème fréquent à cette époque, et pas seulement pour les artistes. Ils sont en effet au cœur des préoccupations de certains érudits qui les classent dans un ordre précis. Pour les théologiens, ils permettent à l’homme de comprendre la création de Dieu et d’élever son âme. La vue, au sommet de la hiérarchie, rappelle l’importance de la lumière et des couleurs en lien avec Dieu. « À mon seul désir » La sixième tenture, où la dame apparaît devant une tente entrouverte sur laquelle est inscrite la devise À mon seul désir, est plus la complexe d’interprétation.



L’Ouïe : Ici la composition se resserre dans un espace encore plus étroit, les bannières sont placées devant les arbres et les cachent en partie. Le lion et la licorne de part et d’autre de la dame et la demoiselle tiennent les hampes des bannières. La dame et la demoiselle sont de part d’autre d’une table, couverte d’un tapis aux motifs décoratifs de types orientaux, où est posé un orgue portatif (que l’on appel un « positif ») dessiné en perspective. Les deux montants du positif sont ornés de pierreries et à leur sommet sont sculpté un lion et une licorne. La dame porte une robe bleu, pardessus la quelle se trouve un surcot or, richement brodé et orné de perles et pierreries. La dame porte un diadème, sur le front à la naissance des cheveux, un large bandeau brodé de roses tombe sur ses épaules, ses cheveux ramenés de part d’autre attachés d’un ruban bleu, sont ramenés sur le dessus de sa tête en toupet. Elle porte toujours colliers et bracelets. La demoiselle porte également un diadème, elle a les cheveux dissimulés par un voile transparent. La dame joue du positif, pendant que la demoiselle actionne les soufflets. Sur la terrasse fleurie, se retrouvent les animaux, lapins, renard, levrette, lionceau. Le fond aux mille fleurs, et aussi parsemé d’animaux, agneau, faucon, renard, lapins, et un oiseau a bec de canard aux longues pattes non palmées.



 



Anniversaire
(Photographies © Sonia Marques)

Jean Pierre Jourdan, et Alain Jaubert, nous rappellent comment un courant de pensée qui s’est développé à la fin du moyen âge, issus d’un commentaire de Marsile Ficin du Banquet de Platon commandé par Laurent de Médicis, et traduit en Français par Symphorien Champier dans le livre du vrai amour publié à Lyon en 1503. Marsile Ficin évoque les six moyens dont dispose l’homme pour atteindre le Beau : les cinq sens, mais aussi l’entendement. Ce sixième sens peut être dit l’intelligence. C’est une théologie de l’amour, qui eu une grande influence à la cour de France dans la morale, la pensée religieuse et l’art. cet amour doit orienté vers Dieu. Toute une lecture des cinq sens est opérée : le toucher, le gout et l’odorat, sont de sens qui rapproche de la matière, alors que l’ouïe et la vue, rapproche de l’esprit, quand à la beauté de l’âme elle ne se connaît que par l’entendement.

Jean-Patrice Boudet, fait quand à lui référence à l’œuvre de jean Gerson (1363_1429) qui dans « la moralité du cœur et des cinq sens », évoque un sixième sens « en dedans » qui est le cœur, qui gouverne les cinq sens . Ces textes étaient diffusés à la fin du XVème siècle, et place ainsi la tenture de « la Dame à la licorne » dans cette tradition littéraire. Mais ce cœur peut à la fois être source du libre arbitre et siège de la passion. En effet on peut aussi lire cette tenture sous le prisme de l’amour courtois, de nombreux symboles présents dans la tenture, végétaux ou animaux s’y réfèrent. Les roses et les œillets, sont fleurs présentent dans le « jardin d’amour ». En effet le « Champfleury »est le « paradis d’amour, lieu d’un éternel printemps. Cette dimension courtoise permet aussi de donner une autre signification à la licorne, qui n’est pas simple porteuse d’armoirie, mais qui est un symbole ambivalent à la fois de chasteté et d’amour charnel. Ce double langage à la fois issu de la morale chrétienne et inspiré de l’amour courtois, est courant à cette époque.

Animaux et fleurs

Les fleurs représentées dans la tenture le sont avec tellement de détails que l’on peut en déterminer une quarantaine d’espèces différentes. Ces espèces de fleurs, recensées constituent la flore habituelle du moyen âge. On y retrouve aussi bien des fleurs sauvages communes, tel que la pâquerette, la pervenche, la jacinthe, la violette, le muguet ou la pensées sauvage, que des fleurs cultivées, jasmin, œillet, rose. La plus part de ses fleurs qui fleurissent entre le moi de mai et le moi de juin évoquent le printemps.

Saison des fêtes de Mai : ce printemps éternel du « jardin d’amour »

Cette végétation fleurit est ainsi souvent présente dans les textes d’amours courtois.
Comme dans la plus part des fonds « mille fleur » retrouvés dans les manuscrits ou tapisseries, ceux ci sont peuplé d’un bestiaire varié.

On y trouve quelques animaux domestiques commun, tel que l’agneau ou la chèvre, sinon la plus part des autres animaux sont lié à la chasse, activité principal de l’aristocratie au moyen âge chien, lapin, renard, perdrix, faucon, héron. On peu de plus voir des animaux exotiques, singes, perruche, lionceaux, genette, panthère et guépard qui pour certain portent des colliers, et rappelles les animaux exotiques que pouvaient posséder les princes dans leurs ménageries.


Description de Rainer Maria Rilke les cahiers de Malte Laurids Brigge :


"il y a six tapisseries ; viens passons lentement devant elles ;Mais d’abords fais un pas en arrière et regarde les, toutes à la fois. Comme elles sont tranquilles n’est ce pas ? Il y a peu de variété en elles. Voici toujours cette île bleu ovale flottant sur le fond discrètement rouge, qui est fleuri et habité par de petites bêtes toutes occupées d’elles mêmes. Là seulement , dans le premier tapis l’île monte un peu, comme si elle était devenue plus légère Elle porte toujours une forme , une femme, en vêtements différents, mais toujours la même. Parfois il y a à coté d’elle une figure plus petite, une suivante, et il y a toujours des animaux héraldiques : grands, qui sont sur l’ile, qui font partie de l’action. A gauche un lion et à droite , en clair, la licorne ; ils portent les même bannières qui montent haut au dessus d’eux : de gueules à bande d’azur aux trois lunes d’argent."

*

Aux lendemains anniversaires, après des tresses fratries par la sœur indienne aux boucles d'oreille étincelantes, une fitness de plusieurs heures, les vêtements trempés, des framboises et étoiles, des jardins japonais, des lapins qui gambadent et des oiseaux joueurs et amusés, un chevalier musicien échevelé son album doué terminé, des parfums enchanteurs et roses, des paillettes abandonnées dans le sillage des souvenirs partagés, une tapisserie s'offre au regard sur un camion sans prétention, c'est elle, la Licorne. Le rouge et le bleu de l'île au pied des lunes, je regarderai encore, cet amour invincible et courtois, mes jours et mes nuits à venir. Une licorne tombée du ciel <3

Art Par kiwaïda at 23:23

08/05/2019

ℜεḉøґ∂@çã☺

Scroll down

Recordação Bispo do Rosário © Sonia Marques
Série d’actions, habitation, survie (2015)
Tapisserie 134 x 187 cm


Art Par kiwaïda at 16:36

29/04/2019

É☂α☂ ¢ґḯ⊥їⓠυε

Scroll down

beau.jpg

Beau bizarre (Graphisme © Sonia Marques)

Depuis longtemps, toujours, ou depuis que je réalise des choses, je crée, l'écriture était associée à mes œuvres artistiques, mes ouvrages, qu'ils soient collectifs ou individuels. J'écris pour préciser ma pensée, mais souvent à postériori de mes créations. Cela a fait de mon parcours, une singularité, pour ne pas dire, un écart. Les artistes plasticiens courraient après un critique d'art, les critiques d'art avaient besoin d'un artiste (je conjugue tout au masculin) pour illustrer leur propos, il devait être dans la tendance. Les magazines d'art et toute la presse courraient après des personnes qui savent un peu écrire, on ne sait plus si ce sont des critiques d'art, car la presse avait surtout besoin d'articles élogieux sur les expositions dont elles étaient partenaires. Mais dans tout ce vase clos de chasse folle, et psychotique, peu de ces écrivants sont payés, et quasi aucun artiste rémunérés pour leurs expositions, ne serait-ce que pour leurs productions. C'est dans ce contexte, en France, que j'ai écris, assez tôt et sans m'en rendre compte, c'était immédiat, vital, et si joyeux. Lorsque je créais, je ne recherchais aucun critique pour avoir ce regard complaisant ou tentant de trouver une tendance louable pour le marché, les galeries. Mais, en fait, comment s'y préoccuper, lorsque l'on ne connait aucune tendance et lorsque nous ne sommes ni estampillés, ni entraînés dans un mouvement remplaçable et instrumentalisable... En lisant des écrits ou essais, ils m'ennuyaient fermement, je pensais qu'il n'y avait plus de regard vraiment : Qu'est-ce que ces critiques regardaient ? Leurs références philosophiques étaient souvent les mêmes, Derrida, Bourdieu, Deleuze, Foucault, et le pire du pire, Debord (mais ce ne sont pas tous des philosophes ???), en changeant d'école, en France, on tombait toujours sur les mêmes, et puis il y a eu Bourriaud... Pfff, et Catherine, la Millet avait fini par m'éloigner des écrits sur l'art. Dans les revues dédiées, si j'avais visité la même exposition, le jargon utilisé était celui d'une personne qui n'avait jamais pratiqué (l'art) ou qui ne s'était jamais exprimée à l'aide d'outils, ou ne connaissait aucun plaisir à faire, ni contempler, c'était de la souffrance, il fallait en ch... pour apprécier l'art. D'ailleurs c'est grâce aux bibliothèques que ces revues ont pu perdurer, et aux écoles (la honte) sinon, chez tous les artistes on retrouvait une pile dans les toilettes. Hors, lorsque l'on pratique vraiment, la gravité et le sérieux ne sont pas les plus moteurs, l'expérimentation, la maladresse, les hasards et l'incertitude du temps, la sensation de ne pas être de son temps, dans son époque, oui, cela jalonne l'esprit, les doutes sont envahissants, rien n'est aussi dur et imposé comme des barres de fer dans le cerveau, c'est très différent, être artiste, très différent. Souvent j'ai rencontré des personnes qui s'engageaient dans la critique d'art, mais n'avaient jamais osé faire quelque chose ou créer, de peur de ne pas être à la hauteur, hauteur de quoi ? Ou bien c'est un reste de parents opposants à la vie d'artistes de leurs enfants, leurs préférant une carrière administrative, certains, à regret me l'ont dit et regardent alors les artistes jalousement, en leurs mettant des bâtons dans les roues. Alors ces personnes avaient choisi un raccourci, devenir critique d'art, c'était dépasser cette peur première et être directement à la hauteur, celui du jugement, du classement, du choix, de la sélection, du tri et de l'exclusion, bref du regard aveugle. Mais ils leurs restait un mystère, comment cela fonctionne ? Car pour certains, l'art doit "fonctionner" et le mode d'emploi doit leur être dédié. C'est une question de contrôle et de maîtrise, jusque dans les recoins de la pensée, les références, point de hasard là-dedans, il faut "savoir" et savoir tout à l'avance, par à priori. Le jargon utilisé et repris, devait, comme une poudre de perlimpinpin, faire caisse de résonance à un groupe autoproclamés "juge" de l'art, jusqu'à en perdre le fil conducteur, l'artiste, son parcours et sa pensée. Pourtant, tout tournait, en France autours de l'autorité de la critique d'art. Mais je ne la voyais pas vraiment dans notre temps. Et puis écrire était devenu si naturel, de mon côté, car lorsque je commençais à enseigner, je commençais aussi à préciser mon regard et mes jugements sur les choses créées par les étudiants en écrivant, en les appréciant et en évaluant leurs tentatives, au regard de mes connaissances artistiques mais aussi culturelles, qui n'étaient pas liées spécifiquement à une production visuelle et dite artistique, ou reconnue comme telle auprès desdits critiques d'art.

Donc oui, mon activité d'écriture a été de plus en plus importante, mais elle demeure singulière.

Depuis longtemps j'ai trouvé le système de l'art très peu spontané et cultivé, en quelque sorte, enfin, restreint, et il fallait pour questionner et dialoguer, en connaître surtout les limites, pour rester dans la case bien communautairement validée. Les limites se dépassaient à mesure que les outils changeaient et évoluaient et aussi que le regard sur l'histoire de l'art se déplaçait également. Si on lustrait sa lampe de génie, les histoires d'antan devenaient belles et éclairaient notre temps, alors que les idées, déjà anciennes et véhiculées, s'étaient évaporées dans cette crispation de faire de l'art contemporain. Lorsque je vivais en banlieue nord et que j'étudiais au centre de Paris en école d'art, je voyais un profond décalage entre la culture "admise" et celle "ignorée", non pas qu'elle était exclue, mais tout simplement, elle n'avait aucun médias, ni d'écriture, ni d'organisme qui savait en décrire tous les aspects créateurs, il y en avait tant. Et pas de street art, ni de graffitis, ni du rap, mais non, pourquoi encore cette case à la Jack Lang. Des délicats et des amoureux des mots et de la danse, partout la création. Je faisais partie de ces artistes de banlieue, ni répertoriés ni regardés, depuis la capitale, là où les expositions pensaient encore détenir, ou délimiter des territoires artistiques réservés. Alors un temps assez long d'expérimentations et d'expositions, de manifestations ont été réalisées, j'ai aussi fondé un collectif d'artistes aussi en banlieue, sans être inquiétée de "l'hypervisibilité", tant demandée par celles et ceux qui s'exaspèrent de ne jamais êtres assez vus, ou exposés à leur goût, jamais assez soutenus, en trouvant toutes sortes de mobiles (territoires éloignés, pas assez d'argent, donnez-nous en plus, pas assez de diffusion, de photographes, de blabla, de visiteurs, etc.) Avancer vers l'avenir, c'est cela, gravir des échelles et des perles d'espoirs. Mais, combien, comme moi, réalisent ces choses, qui ne sont pas analysées, ni vues des critiques, et autres : beaucoup.

Donc, lorsque je lis que le petit milieu de la critique d'art se lamente de ne plus savoir comment faire, je souris un peu. Elle se pose la question légitime, mais un peu trop tardivement : Y a t-il encore une critique d'art ? Est-ce que ce milieu est timoré ou destiné à passer de la pommade, trouver les mots, les jolis mots, et corriger les fautes d'orthographes de textes déjà écrit par un journaliste ? Ou décider, par vengeance, et par non paiement, de ne pas les corriger, en lisant, avec délectation les plus belles bourdes dans la presse, les noms erronés, les photographies mal cadrées dont la référence n'est pas la bonne, et tous les commentaires qui vont avec. C'est aussi cela, la critique d'art, les mauvais papiers viennent aussi du journal qui fait un peu à sa sauce, selon son parti politique, avec la pression et le harcèlement d'une direction qui veut "à son image", enfin "refaire toute son image"... Donc ça grince, et le lecteur, la lectrice, habitué aux réseaux sociaux, re-balance le tout ailleurs toujours plus loin, point besoin d'aller sur une presse spécialisée, il faut avoir sous la main, le texte, et le partager à milliers d’illettrés devenus par la copie de copie et y ajouter son petit commentaire débile, ou son icône cœur, pouce ou en colère, son hashtag, son tag. C'est tout de même beau la technologie. Le changement c'est maintenant. Oui on s'en souvient.

Je repense à une théoricienne doctorante, qui enseignait, prenant soin de séparer les étudiants "qui savaient écrire", ce serait celles et ceux "qui ne savent pas faire des choses plastiques" et celles et ceux "qui ne savent pas écrire", ce serait des étudiants qui ne savent que créer plastiquement, incapable de parler ni avoir un point de vue. C'est assez pathétique, mais souvent, ce sont des enseignants qui n'ont ni pratique artistique, ni activité d'écriture, et pourtant toutes les fonctions officielles déléguées, qui opèrent dans ce rapport erroné du travail des étudiants. Il faut les caser, de peur qu'un étudiant artiste commence à écrire ou qu'un étudiant écrivant sache d'un seul coup créer aussi des formes. Donc oui, dans les questionnements des élus des critiques d'art, qui ont perdu tous repères, il faut déjà regarder dans les formations, comment les catégories se cloisonnent.

Dans ces écoles et formations artistiques, on formate encore et est perçue la critique (d'art) comme une pratique du jugement, du blocage artistique et de la création, plutôt qu'une superbe arborescence pour la pensée, une observatrice de notre époque, une visionnaire (oui pourquoi, un visionnaire ?)

La critique d'art est devenue (enfin, je l'ai connue toujours ainsi) complaisante et se réduit à un outil de communication et de promotion pour vendre les revues de presse. Dans notre système bizarre, les galeries ont besoin de la critique pour légitimer et valoriser leurs œuvres auprès du marché, des collectionneurs et des institutions. Et aussi traduire pour le grand public, de façon pédagogique souvent, littérale, vulgarisant les pensées complexes, en tous cas, les détruisant au passage, car rien ne doit être flou, tout doit être expliqué, pour des petits, on infantilise, c'est criant.

C'est ainsi que les critiques d'art sont plutôt à la course à l'actualité et souvent de piètres relais d'agences de communication. Elles ont déjà balayé le terrain, dès qu'une grosse exposition arrive. Tout est déjà écrit, avec les vignettes, et pour chaque public visé. Il faut faire des entrées. Et puis il y eu (toujours ?) une espèce d'autorité, plutôt, de validation d'un label "art contemporain", comme si le public, si défiant, face aux excès des uns et l'hypervisibilité des autres, imposés comme légitimes, était seulement réactionnaire à un art d'aujourd'hui, perdu dans le "tout est possible", "tout est vendu".

En France, j'ai assisté, avant les années 2000 (le passage a été très dur en France à tous niveaux) à une critique d'art qui s'était opposée aux évolutions, elle était perdue mais très conservatrice et misogyne, et elle a réussi à cristalliser une séparation débile : la peinture c'est de l'art, le reste n'est que fumée et disparaîtra. Sous entendu que la peinture reste la discipline réservée aux hommes et à sa cohorte de critique d'art, dans les petits papiers. Dès lors, tout le reste devenait de l'art contemporain, avec l'avènement de la vidéo et des installations et plus tard de la numérisation de tout, ou bien de la performance, du théâtre, c'est le mercato, faut suivre, voici les écolos et les reines de la popote, des envies d'être plus pauvres que les migrants et de faire avec rien pour montrer une solidarité au millier de "likes" et de pétition "change.org" (Oh nooonn)... La critique d'art en était restée à ce clivage très français et difficilement créateur. Encore aujourd'hui, elle a beaucoup perdu de ses plumes à s'être cristallisée ainsi. Les formations en écoles d'art conservatrices, sont restées toutes dans cet état : pour faire du nouveau, il fallait ne plus faire de la peinture, à cause de cette critique d'art mal passée, sglupp ! Ridicule ! Le blocage demeure et tout artiste qui ose écrire dessus, est foutu en France (tant mieux !) Tout artiste qui a dépassé ces clivages et aime la peinture avec sa digitalisation est voué à errer seul et s'aventurer dans d'austères chemins, personne ne le suivra, ne la suivra (tant mieux !) Dans d'autres pays, il n'y a pas eu cette cristallisation, la peinture est partout.

J'en reviens aux territoires de France complètement oubliés de la critique d'art. Elle ne défriche pas, ni ne recherche à mettre en lumière des artistes, des courants et des pratiques en marge du marché et des institutions. Car, sous prétexte que des territoires sont oubliés, lorsqu'une critique est écrite, elle ressemble plus à un packaging de vente, car si "on dit pas du bien, personne ne viendra nous voir, nous les espaces d'art si éloignés de Paris". Hors ce n'est pas du tout ainsi, que s'élabore un accompagnement d'une œuvre, qui demande plus de proximité et non dépendante aux espaces (ceux-ci dépendants de Paris) Tant de temps à attendre d'être relié. Avant c'était "parce qu'on n'avait pas Internet", "le câble", "la fibre", qu'on ne captait pas, ou que le Wifi, le bluetooth ne passait pas bien, il y avait toujours une raison pour expliquer que l'information n'arrivait pas, que l'exclusion du grand partage était symptomatique de la dépression, de la crise, de la pauvreté, du manque de création, ou d'une création qui n'avait pas les outils pour être à la mode et être vue. Enfin, tout y est passé, résultat, la France est hyper-connectée, mais il n'y a toujours pas d'artistes, ni de penseurs (?) moteurs... Ha ! Oui, c'est l'essence, c'est trop cher !

Je vis dans une région qui se vante d'avoir le plus d'espace d'art contemporain de toute la France. J'ai découvert cela... Une étudiante désespérée à montrer son travail "contemporain" me le répétait et me disait "Mais où sont les artistes ?" Elle allait montrer son travail à droite et à gauche, mais qui s'intéressait ? Personne, les espaces et institutions sont des salariés, souvent des administratifs qui invitent des artistes très éloignés (venant d'Angleterre, selon des conseils de Paris) Mais aucun ne s'intéressent aux artistes locaux, et encore moins celles et ceux qui ont reçu une formation, non on préfère à la rigueur, les bruts, les autodidactes, ou les artisans. La version cultivée, non, on n'en veut pas, parce qu'elle pourrait être critique. Et si elle était un peu débrouillarde, elle développerait des espaces autogérés... Difficile, les artistes réclament toujours de l'argent et souhaitent être vus dans des institutions qui attirent le mondain. Dommage.

Il faut bien écrire la vérité (car dire, c'est ce que n'importe quel habitant dit déjà), dans cette région où il y a le plus grand nombre de centres d'art contemporain... on va aussi chercher les visiteurs dans les écoles, les bibliothèques, à coup d'affiches fluorescentes et de missionnaires délégués, des fonctionnaires qui fonctionnent bien, obligés de ne voir que par ces lieux dits d'art, car, en fait... il y a très très peu de visiteurs, dans de très grands espaces, et pour voir un artiste qui expose durant des mois (sur des territoires où il y a beaucoup d'artistes mais non institutionnalisés) Cela fait beaucoup, beaucoup de déceptions, frustrations, malentendus. Combien de temps encore, dans ces vides et fonds de l'art et collections dans les caves, aussi jamais vues, ni entretenues, toutes ces œuvres achetées, mises de côté, en mauvais états depuis, qui ne circulent pas assez, ni ne sont exposées, ou, finalement, toujours les mêmes... Et dont les artistes eux-mêmes rechignent à ce qu'elles soient montrées... car elles datent. L'artiste évolue, que faire de ses œuvres achetées au moment où il était le copain du directeur du Frac ? Quand c'était pas encore très bien peint ? Parce que tout dépend du repas, il faut être invité au repas (défrayé par l'état) Et bien non, personne n'a envie de faire ce jeu de l'oie. Je n'ai jamais entendu autre chose que ces déceptions, dans la région au grand nombre de centres d'art. Un jour, j'ai mis 3 heures, cette fois-ci en voiture, pour aller dans l'un de ces centres d'art : aucun visiteur, toutes les vidéos éteintes, aucune ne marchait, et surtout, pas un café, ni une machine à café. Le personnel avait l'habitude et lorsque l'on ne ressemble pas à un élu ou délégué, il ne prend pas la peine d'allumer les vidéos, parce que... c'est la lassitude... Et bien, j'étais avec une personne qui ne connaissait pas la région, je l'entends encore me décrire l'état de ces centres en région, moi qui lui révélait combien ma région était riche en art contemporain... Hum, hum. Depuis, je fais des balades, le paysage ici, est nettement plus inventif et ses métamorphoses permettent un peu d'échanges, d'UV positives et de cheminements de pensées créatives.

Les critiques d'art formés ainsi, sont lassés de leurs propres formats sans savoir comment en changer, ou bien trop marginalisés lorsqu'ils tentent de nouveaux formats, ils sont aussi complètement dépendant des calendriers des évènements, des galeries, et n'ont pas eu l'idée d'avoir un propre calendrier personnel, selon de vrais regards personnels. Les critiques d'art sont aussi de petits moutons, ils sautent toujours sur l'artiste qui est le plus visibilisé, du moment, en espérant ainsi être un peu "touché" par leur visibilité évanescente, donc en imaginant participer un peu de la chose, mais un texte de plus, un artiste de plus, sur lequel un pari ne peut tenir. On a plus confiance au temps, car le temps c'est devenu de l'argent.

Et il y a les interdits, la censure très présente en France, dans l'art.
La presse censure les articles critiques, et les critiques n'osent plus écrire, tout est re-lissé, enlevé, supprimé après lecture éditoriale. Les annonceurs qui achètent de la publicité dans les revues sont les mêmes institutions qui verront leur programmation traitée dans les colonnes de ces publications, par des critiques qui ne s’expriment donc plus, mais jouent le rôle de la publicité.
Liberté de la critique ? Oublions. La critique est un relais de stratégies de communication, docile et descriptive, tremblante sous le glas des pressions pour obtenir des articles élogieux. On se demande comment les critiques d'art parviennent à épouser encore leur fonction, si mal payés (très souvent en retard pour une pige), et leur travail n'est défendu par aucune organisation. Simples comptes-rendus, ou petits plus des artistes qui écrivent "merci pour votre article", outil de visibilité. C'est humiliant, d'autant plus que les formations sont plutôt longues et sélectives, laborieuses et demandent une bonne culture, que l'on ne peut plus partager ensuite. C'est un peu dégeu., non ?

Cet objet d'écriture comme métier "critique d'art", a trop longtemps été séparé de la création. Car la création d'écrire, est aussi une création de l'esprit et de la connaissance des formes.

Ainsi, j'explique, que dans mon travail, écrire est important, tout autant que faire et créer, sans séparation aucune, et que souvent, l'écriture est une ré-création, comme un accompagnement critique. Il est quasiment "interdit" d'écrire sur soi, sur son travail en France. Les écoles d'art nous l'apprennent, l'écriture arrive seulement comme mémoire universitaire, mais elle ne saurait être une création. Ou bien il faut changer d'enseignement, et se diriger vers la littérature. Et les mémoires universitaires sont une plaie en France, dans les écoles d'art que l'on traine à sa convenance entre petits arrangements avec les jurys, pas la peine d'être universitaire ni faire objet d'art, on ménage la chèvre et le chou et on demande d'être clément, encore une fois, de ne pas être regardant : bref de ne pas avoir de regard critique sur ces mémoires, tant il fut difficile de motiver une équipe de plasticiens et de théoriciens, pour trouver "le temps" d'écriture dans les emplois du temps pharaoniques et anarchiques. Le temps, toujours le temps. Parce que, l'écriture, c'est du temps, mais j'ajouterai, pas du tout "scolarisable". On n'écrit pas à l'école, pour le maître et la maîtresse, on écrit d'abord pour soi, sur soi, sur les autres et la nature, et plein de choses, mais c'est un temps savant qui défie toute inscription dans un emploi du temps monnayé pour un diplôme en art.

Et puis être interrogés par des administratifs parisiens qui comptent le nombre de fois où vous êtes allés visiter l'île de Vassivière (le truc impossible à visiter quand tu n'as pas d'essence, ou de voiture) car "c'est dans votre région" (à une journée en vélo ou 2 jours selon, sans pluie) et de conclure que vous ne connaissez ni l'art ni les expositions, rien qu'avec ce compteur. Mais ils sont incapables d'avoir un regard critique sur lesdites expositions (les leurs donc), mais bien de savoir compter combien il faut de médiateurs et médiatrices (stagiaires pas payés) pour joncher les centres d'art avec un texte appris par cœur pour le public (lui sans cœur ni d'yeux, une sensibilité propre ? Faut pas pousser, il ne comprend rien, il n'aime pas l'art contemporain, alors il faut manœuvrer sec) Est-ce que l'on peut parler d'art avec ces compteurs d'entrées, non. Surtout ne pas parler de son art, car si on n'a pas fait le fameux jeu de l'oie (passer par toutes les résidences du système, avoir tel ou tel écrit de tel critique d'art, et tel prix, blablabla) et bien vous ne pouvez avoir aucune légitimité de parler à ces personnes, elles lisent une programmation, c'est ficelé, c'est fléché, c'est la machine à sou qui fait du bruit, dring dring. Et puis à 30 ans c'est fini, faut pas déconner non plus, le jeu de l'oie c'est pour les bleus, pas les critiques avec une démarche toute atypique. La retraite plus tôt ? Le placard ? Mais non : l'invisibilité à vie. Ha ! Donc, la liberté ;.) Oui la voilà ! Un peu plus et le jeu de l'oie me donnait le tournis.
- En fait quand est-ce que l'on parle d'art ?
C'est en dialoguant avec un artiste d'origine allemande et parce que je ne comprenais pas ce système français des résidences obligatoires pour les étudiants et autres petits artistes en herbe, qu'il a trouvé cet attribut du jeu de l'oie, pour m'expliquer ce temps assez long et dévastateur du pèlerinage institutionnel. Mais il avait de l'humour, nous avons eu une crise de rire intellectuelle, car qui pouvait comprendre cet humour. Celui-ci décelait des années de non-dit, nombre de réunions auxquelles il assistait, il faut sélectionner les artistes au départ et à chaque étape, ils risquent de retourner au départ. Il n'y a pas d'arrivée, car les artistes élus sont vite fatigués, et sont remplacés aussitôt s'ils s'aperçoivent qu'ils ne sont en fait, pas obligés de faire tout ce parcours, pour bien développer leur travail, parce que cela coûte. Nombre d'administratifs obtiennent salaire pour s'occuper du jeu de l'oie, mais jamais l'artiste, c'est un niais qui aime l'art contemporain et veut en être, alors il fait ses valises et à chaque case, il les dépose quelque part, et va faire des ateliers pour enfants dans le coin (c'est obligatoire), quand ce n'est pas une animation pour un ehpad, ou une peinture au mur. C'est un clown triste, comme tous les artistes.

Sur le plan symbolique, l'oie renvoie à un animal qui annonce le danger. Ce mot aurait les mêmes racines que « oreille » et « entendre ». Le jeu de l'oie permettrait ainsi de mieux comprendre le monde. Son tracé en forme de spirale rappelle le labyrinthe à parcourir pour arriver à cette connaissance. Pont, puits, prison, mort sont autant de figures du parcours qui font référence à la mythologie...Qui fait 9 au premier jet, ira au 26 s'il l'a fait par 6 et 3, ou au 53 s'il l'a fait par 4 et 5...

oie.jpg

Recueil. Jeux de l'Oie depuis 1850 - Pellerin et Cie, Imprimeur - BnF, Estampes et photographie

Une femme qui écrit ? Tu veux pas devenir un homme plutôt ? Les seins coupées, la coupe garçonne et faire des vidéos pour montrer que ton opération s'est bien passée ? C'est accepté cela, on n'aime pas les femmes tu sais, faut se transgenrer pour dépasser le plafond de verre, faire de la muscu, laisser pousser ta barbe et ta moustache. Devenir un petit bonhomme comme tous et devenir un prédateur de femmes. Et bien didonc, en voilà un programme qui fait rêver... Botticelli il est loin, il est venu le temps des cathédrales pour les fêtes technos et les bars à pizzas-bière sur l'autel. Ololo... Sonorisation parfaite, il faut incendier ce qu'il reste et récupérer les ruines. Olala.

Quand on voit que pour obtenir ensuite un poste enseignant dans l'écriture ou la critique d'art, il faut obligatoirement avoir écrit pour certaines revues spécialisées (les mêmes qui attendent des complaisances et de la pub) et faire une liste des piges, avec le nom de la presse et le numéro (et cela suffit !) et c'est ce qui validerait la légitimité d'être sélectionné, par des personnes qui n'auront jamais lu un seul article. Ceux-là même pour lesquels, les critiques d'art sont lassés, d'empiler des lignes sur leur CV, de textes auxquels ils se sont pliés, sans même les avoir pensés. Tristes.

Quand on écrit, on est inclassable. Mes cours ont toujours été des sujets d'écriture, et très peu de collègues lisaient ou s'intéressaient aux cours, aux contenus, ils attendent de juger "des formes" en se plaçant toujours du côté du jugement, et non, de celles et ceux, qui également écrivent et précisent leurs pensées par écrit. Ainsi, je pense que les formations supérieures ont encore beaucoup à apprendre de leur rôle dans cette lassitude décriée par les critiques d'art et leur dévalorisation, la mésestime de leur métier.
Ici, on craint l'écriture, alors on fait court, quelques lignes sous le nom d'un artiste dans un dossier de presse, ni vu, ni connu, ça passe (toute l'équipe de la mairie a écrit le dossier) on écrit qu'il est du coin, ainsi personne ne le connaîtra, jamais, et puis faut aider les petits, alors une petite étoile sous un nom * SVP pas de critique, c'est un débutant, il faut l'aider à percer dans le musée... Et puis on voit une vignette : un string à terre, des barbelés, une femme à poil, les cuisses ouvertes, des gens à poils, partout ou partouzes... Malaise. Il y a  du vécu, ça va mal. Catherine Millet aimerait ça. Un artiste émergent, il donne des cours amateurs dans l'école d'art, il est formé, faut rien dire, ni écrire, il faut l'aider. Je ne sais pas, pourquoi ne doit-on plus voir ce que l'on voit, écrire ce que l'on voit, et dire quand on n'apprécie pas ce que l'on nous montre comme art si contemporain ? C'est vous là, dans le tableau, avec Monsieur et Madame, c'est pour cela que la mairie est estampillée partout-ze ? Parfois je me dis qu'il n'y a tout simplement plus de lecture, on ne sait plus ce que l'on voit (plutôt que la critique n'ose plus écrire) et puis on regarde les lecteurs, en fait, ils ferment les yeux et soupirent, l'art ce ne sera pas pour eux, c'est tout. Et moi je tente de me remémorer Botticelli, la première renaissance, quand même, quelles beautés contemporaines. J'interroge un artisan qui expose une autre artiste qui a réalisé une grande fresque en émail : je lui dis, c'est exactement une copie des Delaunay (en moins bien). Il me répond : je ne connais pas, je lui dis, mais si, "Sonia et Robert", je lui pose la période artistique, il me répond : Désolé je n'ai pas la culture (?) 2000 euros. Avec une licence à l'université, pas la culture ? Dans la boutique qui vend des cartes postales, il y a Sonia & Robert, pionniers de l'abstraction sur l'une des cartes... Voilà c'est cela, la région. Je pensais avec effroi, ici la culture picturale a été décimée, peut-être à cause de cette exportation de l'art conceptuel, la décentralisation. Ne pas connaître sa propre culture, son histoire, dans son pays. Pas facile d'être critique d'art dans ces contrées. Je pensais à la notion d'abandonware, les logiciels abandonnés...

C'est difficile d'admettre que l'on est en échec dans ce domaine, très difficile. Je lisais la façon dont le design français tentait de s'intégrer dans des rendez-vous internationaux comme La Triennale de Milan. Il faut en faire la publicité bien avant l'évènement et marteler que le design français est un design de la pensée, au cas où, il serait interrogé sur sa production, ou bien sur la pensée, quelle est-elle ? Comme elle n'a pas de contenu, il faut, telle la méthode Coué, écrire dans le titre même de l'évènement qu'il y a une pensée. C'est un paravent aux critiques, justement, si jamais ils devaient vraiment lire la pensée, et qu'ils ne trouveraient rien à retenir, il faut retenir le titre avant tout : il y a de la pensée.  Sinon le design qui représente la France est un empilement de trucs mis ensemble mais sans aucune cohésion, qui ressemblerait à ce qui serait dans la tendance environne-mentale, comme des commentaires, mais nullement un véhicule, un moteur d'une pensée, pas même fédératrice, mais il faut paraître et prétendre un peu, sauver les meubles (il n'y en a pas). Un grand "tweet". Une émission radiophonique, sans déplacement ferait tout aussi mieux. L'histoire est si récente en France, qu'on tente de faire une grande histoire du design, hors, il suffit de circuler dans les provinces, ou en banlieue, le design n'est pas une culture partagée et ne fait ni histoire ni pensée. Alors oui, inventer une petite histoire, pour être dans le coup, comme un match de foot, où l'équipe française doit être absolument inscrite. Comment se croire au même niveau qu'une équipe italienne ?

Et puis on sort une petite référence en croyant être défricheur : Vilém Flusser. Quelqu'un de si rare et qu'on ne connait pas. Hein ? Cela fait des années que dans les écoles de design, d'art et appliquées, cette référence est partout ! Surtout pour les photographes.

Ces supermarchés et palais lointains où les rencontres d'art et de design font la publicité de nouvelles tendances : ce serait là qu'on défriche, qu'on innove (j'aime de moins en moins ce mot "innovation") sont de véritables manifestations d'impuissance. Elles ne savent ni transmettre à tous, ni diffuser, ni permettre à l'heure de nos grandes technologies, que l'on puisse accéder aux contenus. Les conférences retransmises de mauvaise qualité, les sites Internet, une anarchie de graphisme du moment mais indéchiffrables et déjà périmés, une dépense d'énergie et d'argent complètement scotchée sur des vitrines de selfies et de personnalités dont on ignore toute la stature, et pour cause, elle n'épouse jamais notre cause. Mais le climat c'est la mode, alors... Palais des glaces, ou fonte des palais.

Le graphisme aussi, j'aime le graphisme, mais quelle revue de graphisme donne envie d'aimer le graphisme ? Que des compilations désordonnées de noms et vignettes, des mille-feuilles indigestes, dont on ne peut plus apprécier ce qu'est un fond, une forme, un tracé, un équilibre, une délicatesse graphique, non. Pourquoi tout doit être imbuvable ? C'est de la piquette tout cela ! Hargh ! Et aucune critique ! Il faut boire cela pour en être ?! Mais je ne suis pas alcoolique !

Décidément, mon Rodin en perd son équilibre, et sa plume défie le rocher... Trop de mercatos !

Un peu d'air, ce que je vois de très contemporain, ma tendance :

Botticelli-primavera.jpg

Le Printemps de Botticelli. Peinture sur panneau de bois de dimensions 2,03m x 3,14m peinte vers 1478

Cela fait du bien : Dans ce jardin, il y aurait plus de 500 espèces de plantes; les orangers fleuris indiquent que nous sommes au mois de mai.
Bientôt Vénus... J'oublie le reste.


Animal Par kiwaïda at 20:04

26/04/2019

ṡĥřḭ ḉħɕǩřẩ

Scroll down

Illustration © Sonia Marques


Philosophie Par kiwaïda at 01:15

25/04/2019

ℊḯ﹩@ᾔ⊥

Scroll down
Le Bouddha couché est un motif iconographique et statuaire important du Bouddhisme. Il représente le bouddha historique lors de sa dernière maladie, sur le point d'entrer dans le parinirvâna. Allongé sur le flanc droit, il a la tête posée sur un coussin ou s'appuie sur son coude droit, soutenant sa tête de la main. Ce motif semble être apparu en même temps que les autres représentations du Bouddha, dans l'art gréco-bouddhique du Gandhara.








Images de Sonia Marques d'après le Bouddha gisant de Polonnâruvâ au Sri Lanka

Polonnâruvâ, est une ville du district de Polonnaruwa dans la Province du Centre-Nord du Sri Lanka. Elle est l'un des sites du « triangle culturel » et l'une des anciennes capitales du Sri Lanka, dans le Royaume de Polonnaruwa. Le Gal Vihariya fait la célébrité de Polonnâruvâ. Il s'agit de trois grands bouddhas sculptés dans une paroi rocheuse. Le premier se présente assis en méditation, le deuxième debout les bras repliés sur la poitrine, posture synonyme de son illumination, et enfin le troisième couché. Le grand Bouddha gisant, parvenu au nirvāna, passe pour être à la fois la plus parfaite et la plus mystérieuse des statues du passé de Sri Lanka. Elle a été mise au jour il y a cent ans dans le site archéologique. Long de 15 mètres, le Bouddha est sculpté à même le roc.

Le Sri Lanka pleure et moi aussi, depuis ce 21 avril 2019. Guerres de religions, christianophobie, un mot nouveau. Une île magnifique. Beauté du monde. Je faisais honneur au bouddha (de Chine) en porcelaine dans l'un de mes derniers articles. Au Sri Lanka, c'est la principale croyance. Nombre de site de tourisme relatent bien les différentes religions qui se côtoient, et ces crimes nous révèlent encore que le voisinage de croyances n'est pas sans violence. Vouloir atteindre la foi de l'autre en le tuant, c'est être sans foi, ni loi, c'est ne pas connaître, l'ignorance fait des dégâts. La foi ne se tue pas, en définitive. Atroces actes de violence.
En février dernier, le commerce du tourisme annonçait fièrement que le Sri Lanka était la destination n°1 et que le pays souhaitait atteindre les 3 millions de touristes d’ici 3 ans. La barre des 100.000 touristes français au Sri Lanka a été atteinte et dépassée en 2018. Le pays vise la clientèle des millenials en France et au Royaume-Uni. Les programmes et circuits touristiques couvrent désormais tout le pays. Je ne suis jamais allée dans ce pays. Je pense que le tourisme est néfaste dans tous ces pays et îles, dont l'histoire est complètement déniée. Je fus étonnée de découvrir des milliers d'images de touristes, sur Internet, au Sri Lanka et si peu de documents des habitants, de leurs origines. Seuls les sites touristiques ont un monopole sur l'information du pays. On peut déplorer les méconnaissances de ces masses de touristes au pouvoir économique grandissant, pour participer à ces tour-opérateurs et revenir avec des images d'eux, selfinesques, au milieu des paysages, sans s'inquiéter du climat, certes. Mais viser volontairement celles-ci, au nom d'une foi, afin de faire une démonstration de qui est le plus fort... Stupidité absolue de l'être humain, capable du pire, alors que la beauté même est accessible à tous, et sans tourisme. N'est-ce pas en cette foi intérieure qu'on la recherche et trouve ? Anéantir des civilisés en pleine prière, que ce soit en Nouvelle Zélande par islamophobie ou au Sri Lanka par christianophobie, au nom de la vengeance... On en est là, faire le mal à distance, par lâcheté absolue. Mais les guerres ne sont-elles pas souvent effectuées à distance, ordonnées par des lâches qui se cachent, élus par des ignorants ? La haine, les mauvaises rumeurs, sont des propagations de longues distances, d'interprétations, de médias en bouches à oreilles distraites et ennuyées, des passes-temps sans méditation, des obsessions vertigineuses et attractions du mal, des phobies de la vie, des amours funèbres. Quand vivre dans le corps d'un humain devient une peur, et quand l'extermination de l'autre et de soi entrent en symbiose dans un acte de folie, des individus persécutés en proies à la persécution. Peut-on enseigner la sagesse ?
Si je réfléchis, dans mon quotidien, ou dans ce qu'il m'est arrivé, en France, il est vrai que lorsque l'on reçoit des courriers malveillants, à distance, et outranciers, signés d'une institution qui se montre exempt de toute discrimination, par l'intermédiaire de sa propre direction, de son école d'art, dans sa propre ville, et que l'on est envoyé au tribunal sur de fausses accusations, et que l'on ne peut plus travailler dans sa ville où l'on aimait son métier, tout en y habitant... Des agissements qui ne choquent personne, dans l'indifférence même. Et bien, il est vrai que ce sont des appels à la violence, à la haine, à devoir réagir de manière encore plus négative, ou bien, il ne reste qu'à prier, prier pour apprendre de la sagesse et ne jamais copier ces actes malveillants, qui ordonnent la vengeance, qui donnent le plus mauvais modèle que l'on puisse voir de ses propres yeux, dans une école, dans un lieu de transmission du savoir. Comme dans toutes institutions, il y a des savoirs qui se transmettent, mais qui ne sont pas bons. Et il n'y a pas de justice pour tous. Le discernement est un apprentissage, long, mais salvateur. Comprendre s'il est bon d'enseigner dans de telles institutions, si les mauvais signes reçus ne sont-ils pas révélateurs d'un malaise devant des célébrations ou expositions sans aucun sens ? Chacun pour soi dans un égo affiché assez idiot ? Mais il faut célébrer, les célébrations sont importantes, comme les anniversaires. Les messages violents que j'ai reçus, j'ai compris, avec le temps, qu'ils m'ordonnaient d'y répondre avec violence, avec autant de procédures et injures. C'était là, le message. C'est là où j'ai compris la paix.
Ma réponse c'est la paix.
Je suis un peu gisant ces derniers temps. Il faut parfois méditer en paix. Cela impose un temps, non quantifiable, le temps de la méditation propre à chaque situation.
Chaque jour, une étape vers la paix. La limite est le dénuement, même s'il doit s'envisager. Ce sont dans des sociétés d'excès que l'on massacre les plus faibles (désignés comme tel), celles et ceux qui ne répondent pas à l'agression par l'agression. Cela me fait penser à la tuberculose, en ces temps où la sous-alimentation décimaient des victimes de la guerre, dans un état de dénuement total. Ce temps n'est jamais loin, il n'est point besoin d'être sous les bombes pour arriver dans un parcours de vie dans un état de dénuement total, en vivant et œuvrant dans une société d'abondance, parmi les ogres.
Le dénuement c'est aussi le manque. Apprendre à vivre dans le manque et la frustration, c'est très différent que combler un vide, en agressant les autres, en désirant prendre leurs places.

Bouddha affirme que la souffrance naît du désir ou de l'envie. La cause de la souffrance est l'envie basée sur l'ignorance. La suppression de cette envie doit donc faire disparaître la souffrance. Si la vacuité ne vide pas les choses de leur contenu, et qu'elle est leur véritable nature, c'est un grand effort pour un occidental animé par le monothéisme de comprendre la nature. Nous vivons dans l'appât du gain, de la productivité et de la surconsommation. Même les créations collectives, comme le bâti, récemment l'église Notre-Dame à Paris, perdent de leur spiritualité et, celui-ci, a révélé par son incendie, l'appât du gain et le moteur de l'argent comme seule source d'espoir, et le tourisme le transformant en machine à sous, ou storystelling politique, ce qui est pire. La montée de l’extrémisme religieux n’épargne pas les bouddhistes, théoriquement pacifistes. Les extrémistes bouddhistes sri-lankais (en Birmanie ou en Thaïlande) agissent aussi et ont commis des atrocités à l'encontre d'autres minorités religieuses, comme les musulmans. Et de même, sont utilisés des rumeurs et une propagande afin de semer un climat islamophobe. C'est de la terreur. Se radicaliser advient dans toute institution, religion, il n'y a pas de meilleure situation. On ne peut qu'être responsable de notre propre ignorance et de notre sagesse. Les lieux de prières n'ont encore pas mis en place des modes de sélections d'entrée, à savoir, qui est le plus croyant, écartant les pêcheurs et les âmes perdues de leurs antres, à l'aide de caméras, badges, tickets ou autre scanneurs de corps. Mais ces terreurs inclinent les responsables des pays de faire payer l'entrée, de monnayer l'accès au silence et à la prière. C'est-à-dire que les plus démunis seront exclus de ces lieux pour lesquels des bâtissent ont été construites par plusieurs et souvent, des esclaves. Déjà toute entrée dans une pyramide se paie. Mais on ne sait plus déchiffrer ce qu'il s'y trouve. Trésors et mystères. La recherche est infinie.

Les écoles publiques disparaissent.


Bouddhisme


Les bouddhistes, majoritairement cinghalais, représentent 74 % de la population du Sri Lanka. Religion et ethnie se confondent et être cinghalais, c’est être bouddhiste et vice versa même si une petite communauté cinghalaise embrasse le catholicisme sur la côte ouest autour de Negombo. Cette religion, à l’origine d’un fort sentiment identitaire qui perdure aujourd’hui, joue un rôle important dans le pays, à la fois spirituel, politique et culturel. Les arts, la littérature et l’architecture sont influencés par le bouddhisme.

Au Sri Lanka, le bouddhisme du « Petit véhicule » ou bouddhisme du Theravada suit la « voie des Anciens » en préservant la foi dans sa forme la plus orthodoxe comme à Myanmar ou en Thaïlande. Selon cette doctrine, le nirvana ne peut être atteint que par un effort spirituel de tous les instants et implique donc la responsabilité du fidèle dans son salut qu’il atteindra au fil de moult vies. Introduit au Sri Lanka au IIIe siècle av. J.-C. par les émissaires de l’empereur indien Ashoka, le bouddhisme s’est développé et enraciné grâce à la conversion du roi cinghalais, Devanampiya Tissa. Le Sri Lanka détient une dent de Bouddha, relique oh combien vénérée et protégée à Kandy dans le Sri Dalada Maligawa, plus connu sous le nom du Temple de la Dent. Les vestiges des cités anciennes d’Anuradhapura et de Polonnaruwa, les grottes du temple de Dambulla témoignent de la prééminence du bouddhisme au Sri Lanka depuis des siècles.

Statues de Bouddha, temples et dagobas sont omniprésents sur tout le territoire. Chaque jour de pleine lune, « poya » est un jour sacré et jour férié du calendrier sri lankais. Les fêtes religieuses adossées sur les jours de pleine lune ponctuent le calendrier annuel : Vesak, la fête des lumières en mai, Poson en juin qui célèbre l’introduction du bouddhisme dans l’île et les « Peraheras », « processions » en cinghalais, qui se déroulent tout au long de l’année dans les principaux temples du pays. La plus connue est celle de Kandy, l’éblouissante Esala Perahera aui a lieu en juillet ou août.

Indouisme


Les Tamouls représentent 15 % de la population sri lankaise et sont majoritairement hindous. Les rois tamouls d’Inde du Sud ont introduit l’hindouisme dans le nord de l’île. Cette religion existait bien avant l’arrivée du bouddhisme, favorisée par les incessants échanges culturels avec l’Inde voisine. Aujourd’hui, la communauté hindoue se concentre principalement dans le nord de l’île, l’Est et la région centrale des plantations de thé où les Tamouls immigrèrent pour y travailler au XIXe siècle. Au Sri Lanka, les Hindous vénèrent principalement Shiva, ses deux fils, Skanda aussi dénommé Murugan et Ganesha, le dieu à tête d’éléphant. Les temples appelés « kovils » sont généralement très colorés. C’est dans la péninsule de Jaffna qu’ils sont les plus nombreux : le Kandaswamy de Nallur est le plus imposant.

Islamisme


On dénombre près de 2 millions de musulmans au Sri Lanka. L’islam est pratiqué par environ 9% de la population sri lankaise. Cette religion monothéiste a été introduite dans l’île par les premiers colons arabes qui, dès le VIIIe siècle, créèrent des comptoirs sur la côte Ouest, de Galle à Jaffna. A l’arrivée des Portugais, ces premiers musulmans sri lankais, autrefois appelés Maures, sont contraints de migrer vers la région montagneuse de l’île et de se placer sous la protection des rois kandyens.

Pendant la colonisation hollandaise, des colons Malais viennent grossir la communauté musulmane alors que des Indiens originaires du Kerala, du Tamil Nadu, du Gujarat et du Pakistan s’installent sur l’île à l’époque britannique. Aujourd’hui, les musulmans sont implantés un peu partout et surtout présents à Colombo, Puttalam, Galle, la côte Est et la région de Kandy. Majoritairement sunnites, ils suivent les paroles et actes du Prophète et respectent les 5 piliers de l’islam : la prière, le ramadan, le pèlerinage à la Mecque, la shahada (déclaration de foi) et la zakat (donation sous forme de taxe). Les musulmans sri lankais célèbrent les grandes fêtes islamiques dans l’une des 5000 mosquées que compte le pays. La plus grande, celle de Kachimalai, se trouve à Beruwela, là où s’établirent les premiers colons arabes.

Les grandes fêtes religieuses comme celles du Vel à Colombo, de Kataragama ou du temple Kandaswamy donnent lieu à de longues processions de chars bariolés. Les pénitents se livrent à d’impressionnants actes de mortification : ils marchent sur les braises ou se criblent le corps de broches métalliques.

Christianisme


Le christianisme représente environ 7,5% de la population sri lankaise. Il a été introduit au XVIe siècle par les missionnaires portugais qui déployèrent un zèle considérable à convertir les pêcheurs de l’île de Colombo jusqu’à Jaffna. Ces catholiques romains vivent essentiellement sur la côte Ouest de l’île. Negombo et sa multitude d’églises est même surnommée « la petite Rome ».

La communauté catholique de l’île est aussi fortement représentée chez les Tamouls des plantations de thé tout comme chez les Burghers de la côte ouest, ces sri lankais largement minoritaires d’origine portugaise, hollandaise ou britannique. Les Hollandais ont introduit le calvinisme prôné par l’Eglise Réformée et les colons britanniques sont à l’origine de la création de l’Eglise anglicane de Ceylan et de l’introduction des confessions chrétiennes pentecôtiste, baptiste et méthodiste. Aujourd’hui, le catholicisme reste prépondérant et représente 90% des fidèles chrétiens.

L’une des églises les plus importantes, « Notre dame de Madhu », fut érigée en 1872 dans le nord de l’île, près de Mannar. Madhu est un haut-lieu saint pour les pèlerins catholiques qui s’y rendent chaque 15 août. Au Sri Lanka, les religions se mêlent les unes aux autres joyeusement. Les statues du panthéon hindou se retrouvent dans les temples bouddhistes, Jésus côtoie Bouddha. Les pèlerins hindous, bouddhistes, chrétiens et musulmans s’acheminent ensemble vers le sommet de l’Adam’s Peak, lieu de pèlerinage pour les quatre confessions.

 


Enseignement Par kiwaïda at 15:52

20/04/2019

ℒiℳ☮ṲϟЇℵ$

Scroll down
Photographies © Sonia Marques

Ma douceur d'un paysage limousin. Ni contrasté, ni relief puissant, lorsque je marche dans ce pays du limousin, c'est une douceur du paysage avec des nuances subtiles, sans excès. Point de pics, ni de hautes montagnes, point de versant pentus, mais quelques vallées profondes et ouvertes, on peut définir des plateaux aux collines qui se rencontrent. Les sommets sont arrondis. Artiste dans ce paysage, photographier ou prendre ses marques, fidèle à mon nom de famille, ressemble fort à un regard de peintre sur cette douce campagne. On peut y passer sans prendre garde aux multitudes variétés et pétales et délicieuses sources, tant cheminant, on se laisse songeurs à nos turpitudes quotidiennes. Mais, si tel une peintre dans l'âme, que je suis, avec beaucoup plus d'attention, je dévale les plateaux aux boutons d'or et pissenlits sous la fraîcheur d'un soleil pur de printemps débutant, de ce petit printemps pétillant, alors je parcoure les ruisseaux comme je regarderai une cascade du pauvre avec admiration : on ne peut rêver plus grand, quand tout se love dans votre main. Les terrains de bruyères, ses châtaigniers et puis comme le disait l'agronome, l’anglais  Arthur  Young  qui parcourait  le Limousin en 1787 : "Aucune trace d’habitation humaine ; ni  village,  ni  maison,  ni  hutte,  pas  même  une  fumée  qui  trahisse  la présence de l’homme ; un paysage américain, si sauvage qu’on s’attend à  y  rencontrer  le  tomahawk  de  l’Indien.  Les  routes,  dans  toute  cette région, sont vraiment superbes, très supérieures à tout ce que j’ai vu, en France ou ailleurs."

Le vert, oui le vert, mais aussi le rouge et le bordeaux, le bleu du ciel et les nuages blancs, le jaune partout, et ce rose sombre des racines, de ce que l'on observe en transparence des eaux ruisselantes bordées de cailloux et pierres, vallées et le turquoise du fond des paysages, celui qui projette les arbres au loin, comme des ombres paupières, ce bleu d'orient qui se noie dans le ciel, alors que nous sommes devant un parterre vert brillant, étincelant même, une mousse qui ne s'est jamais asséchée, un drôle de tapis. Oui cette terre limousine serait donc drapée d'une tapisserie verte, mais non poussiéreuse, pas celle d'Aubusson que l'on conserve encore. Non la limousine est sauvage mais douce, c'est-à-dire que cette campagne n'est pas faite pour les m'as-tu vu. Pourtant, on ne peut pas dire que le paysage est modeste non plus, il est dense et sait protéger qui souhaite trouver refuge.

Nos enfances d'anniversaires rassemblent tous les ruisseaux de ces vies limousines, sauvages et douces,
tel les pissenlits, semés à tous vents.


Paysage Par kiwaïda at 19:44

- page 4 de 30 -