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vendredi 29 avril 2016

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Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies : Sonia Marques)

Par une journée ensoleillée, j'ai emmené les étudiants, avec lesquels je développe un studio spécifique à l'Ensa de Bourges, visiter plusieurs expositions. La première, ayant motivé mon étude, en relation avec notre sujet de réflexion et la pluridisciplinarité, est celle de l'artiste tchèque Eva Kot’átková, intitulée "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger, à Pougues-les-Eaux. Après une étude cartographique de notre parcours, une co-pilote pour la route et une autre étudiante pilote, l'équipée sauvage et très disciplinée se retrouva traverser des champs jaune, vert, de jeunes moutons blancs, mais aussi de gros nuages blancs et des arbres qui venaient tout juste de fêter le printemps, nous accompagner. Était-ce une visite dédiée à l'art contemporain ou au paysage contemporain ? Et quels beaux paysages...

L'intitulé de la directrice du centre est bien complet :

Le Parc Saint Léger est heureux d’annoncer la première exposition monographique d’Eva Kot’átková dans une institution française. L’exposition propose une traversée de son travail avec un agencement d’œuvres anciennes et de productions inédites, poursuivant ainsi un corpus intitulé « Theater of Speaking Objects ».

Au moyen d’installations, de dessins, de vidéos ou encore de performances, Eva Kot’átková explore une forme de médiation entre l’homme et le monde, ou encore les processus de subjectivation en relation avec les objets et les dispositifs. Ses installations comme ses expositions ont toujours un caractère narratif. Cependant, son récit ne se déroule jamais sur un mode linéaire; il est fragmenté, entrecoupé ou interrompu, soulignant de la sorte les difficultés de la communication. Elle développe ses dispositifs de manière à suggérer que les idées, les pensées ou les émotions ne peuvent être formulées qu’indirectement.

Dans un premier temps, elle s’intéresse aux différents modèles éducatifs largement répandus dans toutes les sociétés en prélevant des images dans des livres historiques sur l’éducation. Son iconographie s’inspire, entre autres, des pratiques de Moritz Schreber (1808-1861), médecin allemand, pédagogue et orthopédiste qui équipa sa clinique des mécanismes les plus sophistiqués de l’époque. Ces objets, entre la prothèse et l’instrument de torture, sont autant de représentations pour exprimer la surveillance, le contrôle et la contrainte et autant de métaphores pour dénoncer les mesures normatives du contexte social.

Inspirée par cette iconographie, Eva Kot’átková réalise des dessins, des collages et des objets qui s’apparentent souvent à des grilles, des cages ou des pièges pour le corps. En leur donnant un caractère anthropomorphe, elle fait de ses objets un support à des voix ou à des idées qui, autrement, ne pourraient être exprimées. Elle oriente également ses recherches de plus en plus vers un langage du corps, perçu comme un véritable moyen de communication. Ainsi, ses installations jouent consciemment avec le théâtre et ses conventions. Les différents éléments exposés sont comme des accessoires en attente d’activation, soit par un performeur, soit dans l’esprit du spectateur qui devient partie prenante de l’exposition.

Si le théâtre d’Eva Kot’átková entretient des liens avec la littérature, il explore aussi son pendant thérapeutique et politique. Ses recherches convoquent des personnalités telles que Jacob Levy Moreno (1889-1974), inventeur du psychodrame et l’un des pionniers de la thérapie de groupe, ou Augusto Boal (1931-2009), écrivain, dramaturge, metteur en scène et homme politique brésilien. Tous deux partagent un intérêt pour l’improvisation, pour l’exploration des sentiments et de l’esprit critique à travers des jeux de rôle ou des situations qui examinent les relations entre les individus et les relations interpersonnelles. Ces deux figures ont également en commun le fait de donner une voix aux marginaux, aux déficients et aux opprimés. Poursuivant cette ligne, Eva Kot’átková introduit, dans ses installations ou objets, des voix ténues ou fortes qui, souvent, traitent le thème des relations interpersonnelles dysfonctionnelles ou d’une communication altérée.

Comme dans le collage ou les films surréalistes, son théâtre convoque des éléments de pensées rationnelles et de l’inconscient, où les phénomènes d’origines incertaines côtoient des choses réelles. Son travail reste dans la désuétude, en suspens ; il dissimule plus qu’il ne révèle en utilisant l’allusion et le code secret. Et c’est de cette façon qu’il laisse toute sa place à l’invisible et au subconscient.

Catherine Pavlovic


Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies de quelques parties de l'exposition : Sonia Marques)

Trois évènements spéciaux étaient organisés par le centre : Une conversation avec Giuseppe Falchi, psychanalyste, une activation performée de l’œuvre Anatomical Orchestra, une conversation avec Jacqueline Massicot, spécialiste de la pédagogie Freinet et également à Nevers, une projection de L'Enfant sauvage (1969) de François Truffaut.

Plusieurs photographies sur le site du Contemporary Art Daily sont tirées de son exposition à l'Hôpital psychiatrique de Prague en 2015.


Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies de quelques parties de l'exposition : Sonia Marques)

Bien que motivée pour le sujet pédagogique développé, je me suis souvenue, sur place, devant la scène, de mon diplôme, cette fois-ci à l'école supérieure des arts appliqués Dupérré, qui devait dater de 1995. Mon mémoire portait sur l'Énergie du geste, période où je faisais de la danse contemporaine, des installations et de la sculpture, de la scénographie, des photographies, des objets hybrides... Mon "Cahier mains" de dessins, est issu de cette période. Également, je faisais des photographies en studio, en noir et blanc et j'avais un travail de développement et tirage papier, sur des performances que je réalisais avec des fils et des suspensions de mon corps. C'était vraiment pas mal. Mon diplôme fut aussi une installation, un ring de boxe, où toutes mes boules en tissages et laines et fils de fer figuraient. Des éléments de plâtres et de formes oblongues formaient un labo de recherche. J'avais aussi un répertoire photographique avec différents personnages, des jeunes hommes et un petit garçon (car j'enseignais à de jeunes enfants en banlieue Nord de Paris) ayant été mes modèles afin de réaliser des chorégraphies avec mes boules déliées, grandes guirlandes graffitis déployés dans l'espace et costumes propices à l'expression de gestes venant des modèles. J'indique tous les liens, car certains de mes modèles lisent mon blog et s'en souviendront... Il y a 20 ans. Bref, tout cela n'est pas visible sur mon site Internet, mais ce fut une période très créative dans mon parcours, d'une grande autonomie, avant d'intégrer l'école des beaux-arts de Paris. Ainsi, c'est avec malice et douces pensées que je regardais les jeunes étudiants en art, se déplacer dans cet espace d'exposition. Il, elles sont né-es au moment où je réalisais les œuvres citées dans ces quelques lignes, lorsque j'avais une vingtaine d'années, comme eux, elles à présent (difficile de conjuguer car il y a un jeune homme étudiant et plusieurs jeunes femmes étudiantes dans mon groupe), visiter une monographie d'une jeune artiste tchèque, Eva Kotàtkova artiste contemporaine née en 1982 à Prague, où elle vit et travaille encore actuellement. Ses premières œuvres datent de 2005. Elle a 34 ans aujourd'hui et ses premières œuvres ont été réalisées lorsqu'elle avait une vingtaine d'années également.

           
Dessins de l'artiste © Eva Kotàtkova (qui ne figuraient pas dans l'exposition)

D'un autre côté, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'émérite artiste Louise Bourgeois, en regardant ces chaises patinées et ses objets, sculptrice française, naturalisée américaine (1911-2010), première artiste à m'avoir fait aimer et comprendre la sculpture, lorsque je me suis trouvée, seule, nez à nez avec ses œuvres, dans des espaces d'expositions, lorsque je n'avais pas encore vingt ans. Bien plus tard, j'ai vu dans le métro une affiche d'une exposition de Louise Bourgeois, elle était encore de notre monde et avait 97 ans. Je me suis dit, et bien, ils en ont mis du temps en France pour l'exposer ! Deux années après, elle disparaissait. Pour Eva Kotàtkova, cette fois-ci, grâce à notre Louise, le réveil est plus tôt, même si c'est aussi la première fois qu'elle est exposée en France, alors qu'elle a déjà exposé dans plusieurs lieux, de nombreuses expositions en République Tchèque et sur la scène internationale. Des expositions personnelles lui ont régulièrement été consacrées, comme “Training In Ambidexterity”, à la Fondation Juan Miró de Barcelone (ES) et au MIT List Visual Art’s Center de Cambridge (Massachussets, USA) en 2015, ou encore “Theatre Of Speaking Objects” au Kunstverein de Braunschweig (DE) et “A Storyteller’s Inadequacy” au MAO-Modern Art d'Oxford (UK) en 2014. Elle a également participé à d'importantes expositions collectives et manifestations, parmi lesquelles la 56ème Biennale de Venise (IT) en 2015, “Report On The Construction Of A Spaceship Module” au New Museum de New York en 2014, “The Encyclopedic Palace” (commissariat Massimiliano Gioni) à la 55 ème Biennale de Venise en 2013. Son installation Re-education Machine avait par ailleurs marqué son entrée dans la scène artistique à la 11ème Biennale de Lyon en 2011. Eva Koťátková est représentée par les galeries Meyer Riegger (Berlin) et Hunt Kastner (Prague).

J'avais une belle coïncidence en dessein : enseigner à 1 heure de ce centre d'art avec la première exposition dans une institution française de cette jeune artiste, et sur des paradigmes qui nourrissaient notre étude. Ce que je ne savais pas, c'est qu'un peu plus loin, je retrouvais tout un archipel d'artistes d'une autre période passée, dans mon parcours artistique, dédiés aux nouvelles technologies, faisant des tentatives d'inscription hors les murs, dans des institutions éducatives (collèges, lycées) et de ces mondes si différents, se rassemblaient bien l'idée que je me faisais de ma discipline, mon enseignement. Finalement, assez ouvert. Nous sommes en 2016, mais je n'ai jamais autant rencontré de personnes dans l'enseignement me demandant qu'est-ce que c'est l'enseignement en multimédia dans une école d'art. Et je ne vois que des expositions dans ces domaines pourtant bien visibles. Les artistes américaines, comme Joan Jonas, font parties, comme Louise Bourgeois, de cette idée, qui malheureusement, n'est pas encore intégrée dans les écoles françaises. Laurie Anderson aussi, fut une tutrice dans mon parcours. C'est lorsque je m'exprime en anglais que cela devient évident, et avec des anglophones (même si mon anglais est un peu en ruine) Heureusement, pour les étudiants qui suivent et ont suivi mes cours, cela devient aussi, au fur et à mesure, non pas une évidence mais une pratique possible et qui reste à modeler, définir avec le temps et les usages. J'ai passé 6 ans dans une école d'art qui n'était pas du tout cultivée sur ces domaines propices à la transversalité. Alors j'ai redoublé justement d'efforts pédagogiques. Cette semaine j'ai eu un soulagement lorsqu'un artiste à Bourges qui revenait de Palestine enjoué de me voir s'est écrié : Sonia de Téléférique ! J'avais l'impression qu'il venait de traverser le mur du son. Reconnaître une aventure artistique à laquelle j'avais perdu espoir d'en parler un jour dans une école d'art. Alors peut-être, une connexion réhabilitera une partie de mon enseignement. Cette piqûre de rappel m'a fait réaliser que tout de même, j'avais bien développer des projets, depuis le collectif et j'étais partie aussi bien loin de ces épopées de programmations, dont seuls quelques hommes se souviennent finalement, et pas les plus jeunes. J'étais un petit homme comme les autres, début des années 2000, me voici petite femme bien à part en tenue de camouflage certain. Transgenre.

Aujourd'hui j'enseigne le dessin, et cela trace dans ce que l'institution française a nommé dans mes fonctions de professeure, le multimédia. J'adore dessiner, et apprendre à dessiner, regarder, observer, se saisir d'outils différents, qu'il soient anciens ou nouveaux, éloignés ou proches. Un geste est un dessein. Rien de plus. Quand je le dis, c'est toujours dans un rapport kinesthésique, au même moment où je le pense et dessine.



Exposition d'Eva Kot’átková, Group therapy, au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographie : Sonia Marques)
Group Therapy (extrait de la pièce exposée d'Eva Kot’átková :

Devenez une chaise. Étirez vos bras vers l’avant. Accroupissez-vous comme si vous vous asseyiez sur une chaise qui n’est pas là. Vous êtes la chaise. Vous êtes le siège. Vous servez à quelqu’un qui s’assied sur vous. Ou peut-être pas. Peut-être que vous restez vide.

Roulez-vous au sol. Faites le plus possible une boule avec votre corps. Continuez à rouler d’avant en arrière. Cette pose est votre forme naturelle. Vous dépendez de ce roulement et considérez les choses autour de vous.

Accroupissez-vous. Laissez vos bras en l’air, en formant les contours d’un panier. Vous êtes doux. Vous ne savez pas ce qu’il y a à l’intérieur de vous. Le contenu n’arrête pas de changer. Des gens enlèvent des choses et en remettent d’autres. Vous servez de récipient temporaire. D’outil pour porter quelque chose. Parfois vous êtes surchargé. Parfois les choses ne rentrent même plus. Parfois vous avez quelques instants pour vous reposer. C’est lorsque vous attendez d’être rempli.

Vous êtes une pierre. Agenouillez-vous. Courbez votre dos. Touchez le sol avec votre front. Couchez vos bras au sol. Ne faites pas de bruit. Sentez- vous lourd et solide. Sentez-vous isolé de votre environnement. Vous n’entendez presque pas les sons de l’extérieur. Votre peau est trop épaisse et il n’y a pas d’oreille qui puisse vous aider. Vous sentez les choses avec tout votre corps, mais rarement quelque chose vous fait mal. Vous êtes seul.



Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies de quelques parties de l'exposition : Sonia Marques)
Corridor of Ideas (extrait de la pièce exposée d'Eva Kot’átková) à écouter sur le mur :


— Regarde ! Ça recommence !
— Tu as raison, cette fissure n’était pas là avant.
— Qu’est ce que je t’avais dit ?
— Celle là non plus d’ailleurs.
— Ça arrive toujours quand discute, mais chaque fois de façon à ce qu’au moins l’un de nous deux le remarque. La dernière fois, quand j’étais appuyé contre le mur... Regarde ! Juste là ! Le plâtre s’est incurvé et mon coude y a laissé une trace. J’avais peur.
— Fais attention.
— J’avais peur que les gardiens le remarquent et qu’ils me demandent de payer pour les dégâts. Qu’ils mesurent les coudes de tout le monde le lendemain matin et reconnaissent le mien et me dénoncent.
— Maintenant le mur est presque complètement lisse. Comme si quelqu’un avait enlevé les empreintes. Mais par là, il semble que quelqu’un se soit battu, il y a tellement d’empreintes de doigts...
— Et ici il y en a encore plus ! Et là encore !
— Comme si quelqu’un se battait, juste en ce moment, comme si les murs n’étaient toujours pas secs et que les corps laissaient des marques à chaque impact.
— Je vais essayer aussi. Je tends la main, comme ça... Hé regarde !
— Ta main a presque disparu dans le mur ! Avance-la un peu plus ! Quoique... non, ne le fais pas.
— Ne t’inquiète pas, j’ai toujours réussi à revenir de là. J’ai toujours été libéré.
— Laisse toujours une main dehors et sois prêt à te défendre. Tu peux t’accrocher à quelque chose si on essaye de t’attirer à l’intérieur.
— Je n’ai pas peur.



Parc Saint Léger, ancienne station thermale de Pougues-les-Eaux (Photographie © Sonia Marques)


Repartis en voiture, nous avons parcouru la campagne pour aller visiter d'autres expositions contemporaines, celles-ci dédiées aux usages de nos environnements virtuels et technologiques...

lundi 20 février 2012

ṧ◎ʊґїя℮ √☺ℓé

Kiwaida_soundcloud

http://soundcloud.com/kiwaida/

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J’ai découvert Ash Ra Tempel, (Ashra), groupe allemand de Krautrock, dont j’aime beaucoup l’Oasis et sa vidéo, et grâce au soundcloud kiwa, j’ai mis dans mes favoris leur « Sourire volé » et leur « Sunrain » qui me rappellent les longs morceaux planants de l’ambiant les yeux ouverts que j’ai pu écouter dans les années 90. Quelques technos de Détroit, acid, house et le old style de Chicago, histoire de retomber en enfance du club, avec les grosses locomotives pour se mettre en marche, je redécouvrais Brian Eno sur Warp Record, complètement inventif et chaotique, avec 2 jeunes compositeurs Jon Hopkins et Leo Abrahams, parfois aérien et atmosphérique, avant de découvrir le Skwee du nord, dont Daniel Savio à inventé le terme. De quoi se remuer le popotin, Big Wiener de Daniel Savio me mettrait presque dans les mêmes sensations qu’un Buraka Sound Sistema portugais (mélange de Kuduro avec une touche de musique électro, du breakbeat et du grime), pourtant entre l’Afrique lusophone moins sage et la neige suédo-finnoise feutrée au computer, il y a des vols d’oiseaux. Il y a un jeune DJ parisien qui signe Opprefish, allias Simon Févry, dont j’apprécie les compositions, lui même fan de Trentemøller, comme quoi (aussi à l'affiche du dernier film de Pedro Almodovar que j'aimerai bien revoir)…

J’ai une oreille et une culture musicale en éventail, un beau panel, c’est une chance. Je ne sais si les années de solfège ont servi à l'écoute, versus très classique, même pas jazz ni impros, quoique Érik Satie m'a sauvée, mais bien plus le plaisir et le désir de voyager à travers des sonorités nouvelles ou retrouvées. Avant de découvrir la techno minimaliste qui m'a complètement envoutée un temps, je passais de la pop au rap à la bossa et la world music avec des sonorités très sud-américaines, jusqu'à la house et un peu d'acid...  L'électronique est venu lisser le paysage et tout est devenu électronique. Je suis passée il y a quelques années par les Drones, enveloppements mystérieux, il faut descendre bien des escaliers pour s'immerger, car j'étais aussi musicienne praticienne plutôt "deep" et "minimal". Un artiste récemment me disait qu’il n’écoutait jamais de musique, je me demande comment fait-il pour survivre ou créer ou même bouger, danser ? En fait je ne pourrais pas vivre sans musique, même celle du silence s'écoute invariablement, même quand l'électricité s'éteint. Le silence est une expérience très difficile de nos jours, mais il semble que l'on s'y habitue très vite et que la marche arrière soit encore plus difficile. Les gens de la campagne l'expriment sans doute mieux que moi. Évidemment les réseaux sociaux occultent des pans entiers de musiques et de sons en dirigeant et proposant des sons (UBU est un site pas mal pour découvrir, sur la poésie) Sur le principe des alliances, des tags, des nuages qui se croisent, les découvertes se font par influences et associations, comme voyager en hypertexte, de liens en liens et là le parcours est enivrant, on peut voyager très loin, remonter très loin ou prospecter comme avec une truffe. Et c'est anachronique.
Les dictatures, le plus souvent, interdisent la diffusion du son, l'écoute de musique ou même de danser, de pratiquer la danse. Il faut maintenir la masse concentrée et servile afin de la manipuler, qu'elle ne soit pas distraite et surtout qu'elle ne prenne pas de plaisir, pas d'évasion, pas d'invention, ni de mélanges. Tout un programme.
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Je racontais à un ami, comment enfant, sans moyen de m'acheter des K7, j'avais trouver un truc : il y avait un gros micro orange relié à un emplacement pour une seule K7 chez mes parents. J'écoutais un radio-réveil offert par ma voisine, la journée, les nuits aussi et j'avais juste l'oreille pour entendre ce qu'il me plaisait d'enregistrer, faire des choix, de garder trace. J'attendais sur une table avec mon micro collé au radio-réveil et lorsque le tube que j'aimais passait, "tac" j'appuyais sur la grosse touche rouge "REC" et à la fin j'arrêtais l'enregistrement par le bouton "STOP". Et je faisais cette manipulation à chaque fois que l'animateur radio annonçait le tube que je souhaitais enregistrer, parfois rien n'était annoncé et il fallait, comme un indien à genoux au sol qui écoute un rail, sentir le train arriver. Pas mal d'adrénaline, c'est très animal comme feeling. Il fallait enregistrer juste et je faisais même des "fader" : je baissais le son à la fin et commençais mon enregistrement le son plus bas en le montant doucement, afin de ne pas avoir de "cut", de coupe trop raide et me faire une super K7 avec tous mes morceaux. Je récupérais, en fait, car je n'avais pas de K7 vierges, les K7 enregistrées de mon cours d'allemand que notre professeur nous avait obligé de copier sur une dizaine de K7 vierges. J'ai vite compris qu'il était plus crucial et salvateur et enrichissant de copier par-dessus mes tubes façon "dj" K7. Je n'avais aucun moyens mais pas mal d'idées. Une initiation technique comme une autre sans l'école. Je me souviens aussi avoir fixé sur le titre d'Alain Bashung, "Madame rêve" et d'avoir décidé de le copier en boucle, recto et verso sur une K7 audio 'vierge' 90 mn, afin de ne pas à avoir rembobiner la K7 pour ré-écouter le morceau. C'était un geste radical et exclusif. Avec ma soeur, nous faisions des animations radios devant le miroir avec le micro en passant des chansons, soit en allumant par surprise le radio-réveil magique, soit en passant des 45 tours sur le superbe mange-disque orange (ma mère avait une collection de disques) Aujourd'hui j'imagine que si nous nous étions filmées nous serions prêtes pour une exposition au Musée d'Art Moderne avec Lizzie Fitch et Ryan Trecartin. Nous débutions les années 80 et la nouvelle chaîne TV dédiée aux clips réveillait ma synsthésie. Plus tard j'ai eu le premier "Walkman" radio FM de la taille d'une carte bancaire avec des écouteurs en mousse orange et là, cela a été un mode "balade" à travers la banlieue ou la campagne portugaise, assez fantastique... Walkwoman. Une autre dimension s'opérait peu à peu, celle de l'écoute, avec des sensations qui ne m'ont depuis jamais quittées... De la découverte du hip hop en banlieue nord : un jour mon père nous avait ramené de son travail une K7 orange avec les premiers Sydney et mot "MC" dessus, jusqu'au premier CD digital (Compact Disc), je m'en souviens encore c'était un CD des Pink Floyd ; ou de la découverte du 45 tours (disque vinyle, ou microsillons) du "Je t'aime moi non plus" de Gainsbourg qu'avait ma mère, avec la pochette icône de Jane Birkin, enfant, on ne peut pas oublier cela. En banlieue, cela allait très vite ces infos sur la musique et ses modes de diffusions et ses nouveaux supports. Après, il fallait trouver une platine pour écouter un compact disc... Années 70-80. Je n'achète plus de CD depuis des années, moi-même dans l'immatériel, seuls les données s'archivent... pas très bien. Le mp3 a donné une qualité égale et sans relief aux sons qui ont trouvé également des supports adaptés et clefs USB et téléphone, l'écoute ne produit pas les mêmes sensations physiques. Ainsi, il est plus aisé de détruire sa qualité, du glitch au cut à la saturation, surimpression, peu importe car le son est déjà mauvais. C'est dans ces dysfonctionnements et failles du système qu'opère la création aujourd'hui, on ne compose qu'avec des imperfections.
Un réseau social n'est pas représentatif d'une collection de sons, ni de souvenirs de voyages et de rencontres d'où naissent vraiment la musique, le refrain d'un sentiment. Pump up the volume !



Cet ami doué d'écoute m'a dit aussi que j'avais pas mal de ressources, un ami comme ça, on le garde précieusement, et pas pour Facebook mais pour la vie ;.)