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blog m kiwaïda

29/04/2019

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Beau bizarre (Graphisme © Sonia Marques)

Depuis longtemps, toujours, ou depuis que je réalise des choses, je crée, l'écriture était associée à mes œuvres artistiques, mes ouvrages, qu'ils soient collectifs ou individuels. J'écris pour préciser ma pensée, mais souvent à postériori de mes créations. Cela a fait de mon parcours, une singularité, pour ne pas dire, un écart. Les artistes plasticiens courraient après un critique d'art, les critiques d'art avaient besoin d'un artiste (je conjugue tout au masculin) pour illustrer leur propos, il devait être dans la tendance. Les magazines d'art et toute la presse courraient après des personnes qui savent un peu écrire, on ne sait plus si ce sont des critiques d'art, car la presse avait surtout besoin d'articles élogieux sur les expositions dont elles étaient partenaires. Mais dans tout ce vase clos de chasse folle, et psychotique, peu de ces écrivants sont payés, et quasi aucun artiste rémunérés pour leurs expositions, ne serait-ce que pour leurs productions. C'est dans ce contexte, en France, que j'ai écris, assez tôt et sans m'en rendre compte, c'était immédiat, vital, et si joyeux. Lorsque je créais, je ne recherchais aucun critique pour avoir ce regard complaisant ou tentant de trouver une tendance louable pour le marché, les galeries. Mais, en fait, comment s'y préoccuper, lorsque l'on ne connait aucune tendance et lorsque nous ne sommes ni estampillés, ni entraînés dans un mouvement remplaçable et instrumentalisable... En lisant des écrits ou essais, ils m'ennuyaient fermement, je pensais qu'il n'y avait plus de regard vraiment : Qu'est-ce que ces critiques regardaient ? Leurs références philosophiques étaient souvent les mêmes, Derrida, Bourdieu, Deleuze, Foucault, et le pire du pire, Debord (mais ce ne sont pas tous des philosophes ???), en changeant d'école, en France, on tombait toujours sur les mêmes, et puis il y a eu Bourriaud... Pfff, et Catherine, la Millet avait fini par m'éloigner des écrits sur l'art. Dans les revues dédiées, si j'avais visité la même exposition, le jargon utilisé était celui d'une personne qui n'avait jamais pratiqué (l'art) ou qui ne s'était jamais exprimée à l'aide d'outils, ou ne connaissait aucun plaisir à faire, ni contempler, c'était de la souffrance, il fallait en ch... pour apprécier l'art. D'ailleurs c'est grâce aux bibliothèques que ces revues ont pu perdurer, et aux écoles (la honte) sinon, chez tous les artistes on retrouvait une pile dans les toilettes. Hors, lorsque l'on pratique vraiment, la gravité et le sérieux ne sont pas les plus moteurs, l'expérimentation, la maladresse, les hasards et l'incertitude du temps, la sensation de ne pas être de son temps, dans son époque, oui, cela jalonne l'esprit, les doutes sont envahissants, rien n'est aussi dur et imposé comme des barres de fer dans le cerveau, c'est très différent, être artiste, très différent. Souvent j'ai rencontré des personnes qui s'engageaient dans la critique d'art, mais n'avaient jamais osé faire quelque chose ou créer, de peur de ne pas être à la hauteur, hauteur de quoi ? Ou bien c'est un reste de parents opposants à la vie d'artistes de leurs enfants, leurs préférant une carrière administrative, certains, à regret me l'ont dit et regardent alors les artistes jalousement, en leurs mettant des bâtons dans les roues. Alors ces personnes avaient choisi un raccourci, devenir critique d'art, c'était dépasser cette peur première et être directement à la hauteur, celui du jugement, du classement, du choix, de la sélection, du tri et de l'exclusion, bref du regard aveugle. Mais ils leurs restait un mystère, comment cela fonctionne ? Car pour certains, l'art doit "fonctionner" et le mode d'emploi doit leur être dédié. C'est une question de contrôle et de maîtrise, jusque dans les recoins de la pensée, les références, point de hasard là-dedans, il faut "savoir" et savoir tout à l'avance, par à priori. Le jargon utilisé et repris, devait, comme une poudre de perlimpinpin, faire caisse de résonance à un groupe autoproclamés "juge" de l'art, jusqu'à en perdre le fil conducteur, l'artiste, son parcours et sa pensée. Pourtant, tout tournait, en France autours de l'autorité de la critique d'art. Mais je ne la voyais pas vraiment dans notre temps. Et puis écrire était devenu si naturel, de mon côté, car lorsque je commençais à enseigner, je commençais aussi à préciser mon regard et mes jugements sur les choses créées par les étudiants en écrivant, en les appréciant et en évaluant leurs tentatives, au regard de mes connaissances artistiques mais aussi culturelles, qui n'étaient pas liées spécifiquement à une production visuelle et dite artistique, ou reconnue comme telle auprès desdits critiques d'art.

Donc oui, mon activité d'écriture a été de plus en plus importante, mais elle demeure singulière.

Depuis longtemps j'ai trouvé le système de l'art très peu spontané et cultivé, en quelque sorte, enfin, restreint, et il fallait pour questionner et dialoguer, en connaître surtout les limites, pour rester dans la case bien communautairement validée. Les limites se dépassaient à mesure que les outils changeaient et évoluaient et aussi que le regard sur l'histoire de l'art se déplaçait également. Si on lustrait sa lampe de génie, les histoires d'antan devenaient belles et éclairaient notre temps, alors que les idées, déjà anciennes et véhiculées, s'étaient évaporées dans cette crispation de faire de l'art contemporain. Lorsque je vivais en banlieue nord et que j'étudiais au centre de Paris en école d'art, je voyais un profond décalage entre la culture "admise" et celle "ignorée", non pas qu'elle était exclue, mais tout simplement, elle n'avait aucun médias, ni d'écriture, ni d'organisme qui savait en décrire tous les aspects créateurs, il y en avait tant. Et pas de street art, ni de graffitis, ni du rap, mais non, pourquoi encore cette case à la Jack Lang. Des délicats et des amoureux des mots et de la danse, partout la création. Je faisais partie de ces artistes de banlieue, ni répertoriés ni regardés, depuis la capitale, là où les expositions pensaient encore détenir, ou délimiter des territoires artistiques réservés. Alors un temps assez long d'expérimentations et d'expositions, de manifestations ont été réalisées, j'ai aussi fondé un collectif d'artistes aussi en banlieue, sans être inquiétée de "l'hypervisibilité", tant demandée par celles et ceux qui s'exaspèrent de ne jamais êtres assez vus, ou exposés à leur goût, jamais assez soutenus, en trouvant toutes sortes de mobiles (territoires éloignés, pas assez d'argent, donnez-nous en plus, pas assez de diffusion, de photographes, de blabla, de visiteurs, etc.) Avancer vers l'avenir, c'est cela, gravir des échelles et des perles d'espoirs. Mais, combien, comme moi, réalisent ces choses, qui ne sont pas analysées, ni vues des critiques, et autres : beaucoup.

Donc, lorsque je lis que le petit milieu de la critique d'art se lamente de ne plus savoir comment faire, je souris un peu. Elle se pose la question légitime, mais un peu trop tardivement : Y a t-il encore une critique d'art ? Est-ce que ce milieu est timoré ou destiné à passer de la pommade, trouver les mots, les jolis mots, et corriger les fautes d'orthographes de textes déjà écrit par un journaliste ? Ou décider, par vengeance, et par non paiement, de ne pas les corriger, en lisant, avec délectation les plus belles bourdes dans la presse, les noms erronés, les photographies mal cadrées dont la référence n'est pas la bonne, et tous les commentaires qui vont avec. C'est aussi cela, la critique d'art, les mauvais papiers viennent aussi du journal qui fait un peu à sa sauce, selon son parti politique, avec la pression et le harcèlement d'une direction qui veut "à son image", enfin "refaire toute son image"... Donc ça grince, et le lecteur, la lectrice, habitué aux réseaux sociaux, re-balance le tout ailleurs toujours plus loin, point besoin d'aller sur une presse spécialisée, il faut avoir sous la main, le texte, et le partager à milliers d’illettrés devenus par la copie de copie et y ajouter son petit commentaire débile, ou son icône cœur, pouce ou en colère, son hashtag, son tag. C'est tout de même beau la technologie. Le changement c'est maintenant. Oui on s'en souvient.

Je repense à une théoricienne doctorante, qui enseignait, prenant soin de séparer les étudiants "qui savaient écrire", ce serait celles et ceux "qui ne savent pas faire des choses plastiques" et celles et ceux "qui ne savent pas écrire", ce serait des étudiants qui ne savent que créer plastiquement, incapable de parler ni avoir un point de vue. C'est assez pathétique, mais souvent, ce sont des enseignants qui n'ont ni pratique artistique, ni activité d'écriture, et pourtant toutes les fonctions officielles déléguées, qui opèrent dans ce rapport erroné du travail des étudiants. Il faut les caser, de peur qu'un étudiant artiste commence à écrire ou qu'un étudiant écrivant sache d'un seul coup créer aussi des formes. Donc oui, dans les questionnements des élus des critiques d'art, qui ont perdu tous repères, il faut déjà regarder dans les formations, comment les catégories se cloisonnent.

Dans ces écoles et formations artistiques, on formate encore et est perçue la critique (d'art) comme une pratique du jugement, du blocage artistique et de la création, plutôt qu'une superbe arborescence pour la pensée, une observatrice de notre époque, une visionnaire (oui pourquoi, un visionnaire ?)

La critique d'art est devenue (enfin, je l'ai connue toujours ainsi) complaisante et se réduit à un outil de communication et de promotion pour vendre les revues de presse. Dans notre système bizarre, les galeries ont besoin de la critique pour légitimer et valoriser leurs œuvres auprès du marché, des collectionneurs et des institutions. Et aussi traduire pour le grand public, de façon pédagogique souvent, littérale, vulgarisant les pensées complexes, en tous cas, les détruisant au passage, car rien ne doit être flou, tout doit être expliqué, pour des petits, on infantilise, c'est criant.

C'est ainsi que les critiques d'art sont plutôt à la course à l'actualité et souvent de piètres relais d'agences de communication. Elles ont déjà balayé le terrain, dès qu'une grosse exposition arrive. Tout est déjà écrit, avec les vignettes, et pour chaque public visé. Il faut faire des entrées. Et puis il y eu (toujours ?) une espèce d'autorité, plutôt, de validation d'un label "art contemporain", comme si le public, si défiant, face aux excès des uns et l'hypervisibilité des autres, imposés comme légitimes, était seulement réactionnaire à un art d'aujourd'hui, perdu dans le "tout est possible", "tout est vendu".

En France, j'ai assisté, avant les années 2000 (le passage a été très dur en France à tous niveaux) à une critique d'art qui s'était opposée aux évolutions, elle était perdue mais très conservatrice et misogyne, et elle a réussi à cristalliser une séparation débile : la peinture c'est de l'art, le reste n'est que fumée et disparaîtra. Sous entendu que la peinture reste la discipline réservée aux hommes et à sa cohorte de critique d'art, dans les petits papiers. Dès lors, tout le reste devenait de l'art contemporain, avec l'avènement de la vidéo et des installations et plus tard de la numérisation de tout, ou bien de la performance, du théâtre, c'est le mercato, faut suivre, voici les écolos et les reines de la popote, des envies d'être plus pauvres que les migrants et de faire avec rien pour montrer une solidarité au millier de "likes" et de pétition "change.org" (Oh nooonn)... La critique d'art en était restée à ce clivage très français et difficilement créateur. Encore aujourd'hui, elle a beaucoup perdu de ses plumes à s'être cristallisée ainsi. Les formations en écoles d'art conservatrices, sont restées toutes dans cet état : pour faire du nouveau, il fallait ne plus faire de la peinture, à cause de cette critique d'art mal passée, sglupp ! Ridicule ! Le blocage demeure et tout artiste qui ose écrire dessus, est foutu en France (tant mieux !) Tout artiste qui a dépassé ces clivages et aime la peinture avec sa digitalisation est voué à errer seul et s'aventurer dans d'austères chemins, personne ne le suivra, ne la suivra (tant mieux !) Dans d'autres pays, il n'y a pas eu cette cristallisation, la peinture est partout.

J'en reviens aux territoires de France complètement oubliés de la critique d'art. Elle ne défriche pas, ni ne recherche à mettre en lumière des artistes, des courants et des pratiques en marge du marché et des institutions. Car, sous prétexte que des territoires sont oubliés, lorsqu'une critique est écrite, elle ressemble plus à un packaging de vente, car si "on dit pas du bien, personne ne viendra nous voir, nous les espaces d'art si éloignés de Paris". Hors ce n'est pas du tout ainsi, que s'élabore un accompagnement d'une œuvre, qui demande plus de proximité et non dépendante aux espaces (ceux-ci dépendants de Paris) Tant de temps à attendre d'être relié. Avant c'était "parce qu'on n'avait pas Internet", "le câble", "la fibre", qu'on ne captait pas, ou que le Wifi, le bluetooth ne passait pas bien, il y avait toujours une raison pour expliquer que l'information n'arrivait pas, que l'exclusion du grand partage était symptomatique de la dépression, de la crise, de la pauvreté, du manque de création, ou d'une création qui n'avait pas les outils pour être à la mode et être vue. Enfin, tout y est passé, résultat, la France est hyper-connectée, mais il n'y a toujours pas d'artistes, ni de penseurs (?) moteurs... Ha ! Oui, c'est l'essence, c'est trop cher !

Je vis dans une région qui se vante d'avoir le plus d'espace d'art contemporain de toute la France. J'ai découvert cela... Une étudiante désespérée à montrer son travail "contemporain" me le répétait et me disait "Mais où sont les artistes ?" Elle allait montrer son travail à droite et à gauche, mais qui s'intéressait ? Personne, les espaces et institutions sont des salariés, souvent des administratifs qui invitent des artistes très éloignés (venant d'Angleterre, selon des conseils de Paris) Mais aucun ne s'intéressent aux artistes locaux, et encore moins celles et ceux qui ont reçu une formation, non on préfère à la rigueur, les bruts, les autodidactes, ou les artisans. La version cultivée, non, on n'en veut pas, parce qu'elle pourrait être critique. Et si elle était un peu débrouillarde, elle développerait des espaces autogérés... Difficile, les artistes réclament toujours de l'argent et souhaitent être vus dans des institutions qui attirent le mondain. Dommage.

Il faut bien écrire la vérité (car dire, c'est ce que n'importe quel habitant dit déjà), dans cette région où il y a le plus grand nombre de centres d'art contemporain... on va aussi chercher les visiteurs dans les écoles, les bibliothèques, à coup d'affiches fluorescentes et de missionnaires délégués, des fonctionnaires qui fonctionnent bien, obligés de ne voir que par ces lieux dits d'art, car, en fait... il y a très très peu de visiteurs, dans de très grands espaces, et pour voir un artiste qui expose durant des mois (sur des territoires où il y a beaucoup d'artistes mais non institutionnalisés) Cela fait beaucoup, beaucoup de déceptions, frustrations, malentendus. Combien de temps encore, dans ces vides et fonds de l'art et collections dans les caves, aussi jamais vues, ni entretenues, toutes ces œuvres achetées, mises de côté, en mauvais états depuis, qui ne circulent pas assez, ni ne sont exposées, ou, finalement, toujours les mêmes... Et dont les artistes eux-mêmes rechignent à ce qu'elles soient montrées... car elles datent. L'artiste évolue, que faire de ses œuvres achetées au moment où il était le copain du directeur du Frac ? Quand c'était pas encore très bien peint ? Parce que tout dépend du repas, il faut être invité au repas (défrayé par l'état) Et bien non, personne n'a envie de faire ce jeu de l'oie. Je n'ai jamais entendu autre chose que ces déceptions, dans la région au grand nombre de centres d'art. Un jour, j'ai mis 3 heures, cette fois-ci en voiture, pour aller dans l'un de ces centres d'art : aucun visiteur, toutes les vidéos éteintes, aucune ne marchait, et surtout, pas un café, ni une machine à café. Le personnel avait l'habitude et lorsque l'on ne ressemble pas à un élu ou délégué, il ne prend pas la peine d'allumer les vidéos, parce que... c'est la lassitude... Et bien, j'étais avec une personne qui ne connaissait pas la région, je l'entends encore me décrire l'état de ces centres en région, moi qui lui révélait combien ma région était riche en art contemporain... Hum, hum. Depuis, je fais des balades, le paysage ici, est nettement plus inventif et ses métamorphoses permettent un peu d'échanges, d'UV positives et de cheminements de pensées créatives.

Les critiques d'art formés ainsi, sont lassés de leurs propres formats sans savoir comment en changer, ou bien trop marginalisés lorsqu'ils tentent de nouveaux formats, ils sont aussi complètement dépendant des calendriers des évènements, des galeries, et n'ont pas eu l'idée d'avoir un propre calendrier personnel, selon de vrais regards personnels. Les critiques d'art sont aussi de petits moutons, ils sautent toujours sur l'artiste qui est le plus visibilisé, du moment, en espérant ainsi être un peu "touché" par leur visibilité évanescente, donc en imaginant participer un peu de la chose, mais un texte de plus, un artiste de plus, sur lequel un pari ne peut tenir. On a plus confiance au temps, car le temps c'est devenu de l'argent.

Et il y a les interdits, la censure très présente en France, dans l'art.
La presse censure les articles critiques, et les critiques n'osent plus écrire, tout est re-lissé, enlevé, supprimé après lecture éditoriale. Les annonceurs qui achètent de la publicité dans les revues sont les mêmes institutions qui verront leur programmation traitée dans les colonnes de ces publications, par des critiques qui ne s’expriment donc plus, mais jouent le rôle de la publicité.
Liberté de la critique ? Oublions. La critique est un relais de stratégies de communication, docile et descriptive, tremblante sous le glas des pressions pour obtenir des articles élogieux. On se demande comment les critiques d'art parviennent à épouser encore leur fonction, si mal payés (très souvent en retard pour une pige), et leur travail n'est défendu par aucune organisation. Simples comptes-rendus, ou petits plus des artistes qui écrivent "merci pour votre article", outil de visibilité. C'est humiliant, d'autant plus que les formations sont plutôt longues et sélectives, laborieuses et demandent une bonne culture, que l'on ne peut plus partager ensuite. C'est un peu dégeu., non ?

Cet objet d'écriture comme métier "critique d'art", a trop longtemps été séparé de la création. Car la création d'écrire, est aussi une création de l'esprit et de la connaissance des formes.

Ainsi, j'explique, que dans mon travail, écrire est important, tout autant que faire et créer, sans séparation aucune, et que souvent, l'écriture est une ré-création, comme un accompagnement critique. Il est quasiment "interdit" d'écrire sur soi, sur son travail en France. Les écoles d'art nous l'apprennent, l'écriture arrive seulement comme mémoire universitaire, mais elle ne saurait être une création. Ou bien il faut changer d'enseignement, et se diriger vers la littérature. Et les mémoires universitaires sont une plaie en France, dans les écoles d'art que l'on traine à sa convenance entre petits arrangements avec les jurys, pas la peine d'être universitaire ni faire objet d'art, on ménage la chèvre et le chou et on demande d'être clément, encore une fois, de ne pas être regardant : bref de ne pas avoir de regard critique sur ces mémoires, tant il fut difficile de motiver une équipe de plasticiens et de théoriciens, pour trouver "le temps" d'écriture dans les emplois du temps pharaoniques et anarchiques. Le temps, toujours le temps. Parce que, l'écriture, c'est du temps, mais j'ajouterai, pas du tout "scolarisable". On n'écrit pas à l'école, pour le maître et la maîtresse, on écrit d'abord pour soi, sur soi, sur les autres et la nature, et plein de choses, mais c'est un temps savant qui défie toute inscription dans un emploi du temps monnayé pour un diplôme en art.

Et puis être interrogés par des administratifs parisiens qui comptent le nombre de fois où vous êtes allés visiter l'île de Vassivière (le truc impossible à visiter quand tu n'as pas d'essence, ou de voiture) car "c'est dans votre région" (à une journée en vélo ou 2 jours selon, sans pluie) et de conclure que vous ne connaissez ni l'art ni les expositions, rien qu'avec ce compteur. Mais ils sont incapables d'avoir un regard critique sur lesdites expositions (les leurs donc), mais bien de savoir compter combien il faut de médiateurs et médiatrices (stagiaires pas payés) pour joncher les centres d'art avec un texte appris par cœur pour le public (lui sans cœur ni d'yeux, une sensibilité propre ? Faut pas pousser, il ne comprend rien, il n'aime pas l'art contemporain, alors il faut manœuvrer sec) Est-ce que l'on peut parler d'art avec ces compteurs d'entrées, non. Surtout ne pas parler de son art, car si on n'a pas fait le fameux jeu de l'oie (passer par toutes les résidences du système, avoir tel ou tel écrit de tel critique d'art, et tel prix, blablabla) et bien vous ne pouvez avoir aucune légitimité de parler à ces personnes, elles lisent une programmation, c'est ficelé, c'est fléché, c'est la machine à sou qui fait du bruit, dring dring. Et puis à 30 ans c'est fini, faut pas déconner non plus, le jeu de l'oie c'est pour les bleus, pas les critiques avec une démarche toute atypique. La retraite plus tôt ? Le placard ? Mais non : l'invisibilité à vie. Ha ! Donc, la liberté ;.) Oui la voilà ! Un peu plus et le jeu de l'oie me donnait le tournis.
- En fait quand est-ce que l'on parle d'art ?
C'est en dialoguant avec un artiste d'origine allemande et parce que je ne comprenais pas ce système français des résidences obligatoires pour les étudiants et autres petits artistes en herbe, qu'il a trouvé cet attribut du jeu de l'oie, pour m'expliquer ce temps assez long et dévastateur du pèlerinage institutionnel. Mais il avait de l'humour, nous avons eu une crise de rire intellectuelle, car qui pouvait comprendre cet humour. Celui-ci décelait des années de non-dit, nombre de réunions auxquelles il assistait, il faut sélectionner les artistes au départ et à chaque étape, ils risquent de retourner au départ. Il n'y a pas d'arrivée, car les artistes élus sont vite fatigués, et sont remplacés aussitôt s'ils s'aperçoivent qu'ils ne sont en fait, pas obligés de faire tout ce parcours, pour bien développer leur travail, parce que cela coûte. Nombre d'administratifs obtiennent salaire pour s'occuper du jeu de l'oie, mais jamais l'artiste, c'est un niais qui aime l'art contemporain et veut en être, alors il fait ses valises et à chaque case, il les dépose quelque part, et va faire des ateliers pour enfants dans le coin (c'est obligatoire), quand ce n'est pas une animation pour un ehpad, ou une peinture au mur. C'est un clown triste, comme tous les artistes.

Sur le plan symbolique, l'oie renvoie à un animal qui annonce le danger. Ce mot aurait les mêmes racines que « oreille » et « entendre ». Le jeu de l'oie permettrait ainsi de mieux comprendre le monde. Son tracé en forme de spirale rappelle le labyrinthe à parcourir pour arriver à cette connaissance. Pont, puits, prison, mort sont autant de figures du parcours qui font référence à la mythologie...Qui fait 9 au premier jet, ira au 26 s'il l'a fait par 6 et 3, ou au 53 s'il l'a fait par 4 et 5...

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Recueil. Jeux de l'Oie depuis 1850 - Pellerin et Cie, Imprimeur - BnF, Estampes et photographie

Une femme qui écrit ? Tu veux pas devenir un homme plutôt ? Les seins coupées, la coupe garçonne et faire des vidéos pour montrer que ton opération s'est bien passée ? C'est accepté cela, on n'aime pas les femmes tu sais, faut se transgenrer pour dépasser le plafond de verre, faire de la muscu, laisser pousser ta barbe et ta moustache. Devenir un petit bonhomme comme tous et devenir un prédateur de femmes. Et bien didonc, en voilà un programme qui fait rêver... Botticelli il est loin, il est venu le temps des cathédrales pour les fêtes technos et les bars à pizzas-bière sur l'autel. Ololo... Sonorisation parfaite, il faut incendier ce qu'il reste et récupérer les ruines. Olala.

Quand on voit que pour obtenir ensuite un poste enseignant dans l'écriture ou la critique d'art, il faut obligatoirement avoir écrit pour certaines revues spécialisées (les mêmes qui attendent des complaisances et de la pub) et faire une liste des piges, avec le nom de la presse et le numéro (et cela suffit !) et c'est ce qui validerait la légitimité d'être sélectionné, par des personnes qui n'auront jamais lu un seul article. Ceux-là même pour lesquels, les critiques d'art sont lassés, d'empiler des lignes sur leur CV, de textes auxquels ils se sont pliés, sans même les avoir pensés. Tristes.

Quand on écrit, on est inclassable. Mes cours ont toujours été des sujets d'écriture, et très peu de collègues lisaient ou s'intéressaient aux cours, aux contenus, ils attendent de juger "des formes" en se plaçant toujours du côté du jugement, et non, de celles et ceux, qui également écrivent et précisent leurs pensées par écrit. Ainsi, je pense que les formations supérieures ont encore beaucoup à apprendre de leur rôle dans cette lassitude décriée par les critiques d'art et leur dévalorisation, la mésestime de leur métier.
Ici, on craint l'écriture, alors on fait court, quelques lignes sous le nom d'un artiste dans un dossier de presse, ni vu, ni connu, ça passe (toute l'équipe de la mairie a écrit le dossier) on écrit qu'il est du coin, ainsi personne ne le connaîtra, jamais, et puis faut aider les petits, alors une petite étoile sous un nom * SVP pas de critique, c'est un débutant, il faut l'aider à percer dans le musée... Et puis on voit une vignette : un string à terre, des barbelés, une femme à poil, les cuisses ouvertes, des gens à poils, partout ou partouzes... Malaise. Il y a  du vécu, ça va mal. Catherine Millet aimerait ça. Un artiste émergent, il donne des cours amateurs dans l'école d'art, il est formé, faut rien dire, ni écrire, il faut l'aider. Je ne sais pas, pourquoi ne doit-on plus voir ce que l'on voit, écrire ce que l'on voit, et dire quand on n'apprécie pas ce que l'on nous montre comme art si contemporain ? C'est vous là, dans le tableau, avec Monsieur et Madame, c'est pour cela que la mairie est estampillée partout-ze ? Parfois je me dis qu'il n'y a tout simplement plus de lecture, on ne sait plus ce que l'on voit (plutôt que la critique n'ose plus écrire) et puis on regarde les lecteurs, en fait, ils ferment les yeux et soupirent, l'art ce ne sera pas pour eux, c'est tout. Et moi je tente de me remémorer Botticelli, la première renaissance, quand même, quelles beautés contemporaines. J'interroge un artisan qui expose une autre artiste qui a réalisé une grande fresque en émail : je lui dis, c'est exactement une copie des Delaunay (en moins bien). Il me répond : je ne connais pas, je lui dis, mais si, "Sonia et Robert", je lui pose la période artistique, il me répond : Désolé je n'ai pas la culture (?) 2000 euros. Avec une licence à l'université, pas la culture ? Dans la boutique qui vend des cartes postales, il y a Sonia & Robert, pionniers de l'abstraction sur l'une des cartes... Voilà c'est cela, la région. Je pensais avec effroi, ici la culture picturale a été décimée, peut-être à cause de cette exportation de l'art conceptuel, la décentralisation. Ne pas connaître sa propre culture, son histoire, dans son pays. Pas facile d'être critique d'art dans ces contrées. Je pensais à la notion d'abandonware, les logiciels abandonnés...

C'est difficile d'admettre que l'on est en échec dans ce domaine, très difficile. Je lisais la façon dont le design français tentait de s'intégrer dans des rendez-vous internationaux comme La Triennale de Milan. Il faut en faire la publicité bien avant l'évènement et marteler que le design français est un design de la pensée, au cas où, il serait interrogé sur sa production, ou bien sur la pensée, quelle est-elle ? Comme elle n'a pas de contenu, il faut, telle la méthode Coué, écrire dans le titre même de l'évènement qu'il y a une pensée. C'est un paravent aux critiques, justement, si jamais ils devaient vraiment lire la pensée, et qu'ils ne trouveraient rien à retenir, il faut retenir le titre avant tout : il y a de la pensée.  Sinon le design qui représente la France est un empilement de trucs mis ensemble mais sans aucune cohésion, qui ressemblerait à ce qui serait dans la tendance environne-mentale, comme des commentaires, mais nullement un véhicule, un moteur d'une pensée, pas même fédératrice, mais il faut paraître et prétendre un peu, sauver les meubles (il n'y en a pas). Un grand "tweet". Une émission radiophonique, sans déplacement ferait tout aussi mieux. L'histoire est si récente en France, qu'on tente de faire une grande histoire du design, hors, il suffit de circuler dans les provinces, ou en banlieue, le design n'est pas une culture partagée et ne fait ni histoire ni pensée. Alors oui, inventer une petite histoire, pour être dans le coup, comme un match de foot, où l'équipe française doit être absolument inscrite. Comment se croire au même niveau qu'une équipe italienne ?

Et puis on sort une petite référence en croyant être défricheur : Vilém Flusser. Quelqu'un de si rare et qu'on ne connait pas. Hein ? Cela fait des années que dans les écoles de design, d'art et appliquées, cette référence est partout ! Surtout pour les photographes.

Ces supermarchés et palais lointains où les rencontres d'art et de design font la publicité de nouvelles tendances : ce serait là qu'on défriche, qu'on innove (j'aime de moins en moins ce mot "innovation") sont de véritables manifestations d'impuissance. Elles ne savent ni transmettre à tous, ni diffuser, ni permettre à l'heure de nos grandes technologies, que l'on puisse accéder aux contenus. Les conférences retransmises de mauvaise qualité, les sites Internet, une anarchie de graphisme du moment mais indéchiffrables et déjà périmés, une dépense d'énergie et d'argent complètement scotchée sur des vitrines de selfies et de personnalités dont on ignore toute la stature, et pour cause, elle n'épouse jamais notre cause. Mais le climat c'est la mode, alors... Palais des glaces, ou fonte des palais.

Le graphisme aussi, j'aime le graphisme, mais quelle revue de graphisme donne envie d'aimer le graphisme ? Que des compilations désordonnées de noms et vignettes, des mille-feuilles indigestes, dont on ne peut plus apprécier ce qu'est un fond, une forme, un tracé, un équilibre, une délicatesse graphique, non. Pourquoi tout doit être imbuvable ? C'est de la piquette tout cela ! Hargh ! Et aucune critique ! Il faut boire cela pour en être ?! Mais je ne suis pas alcoolique !

Décidément, mon Rodin en perd son équilibre, et sa plume défie le rocher... Trop de mercatos !

Un peu d'air, ce que je vois de très contemporain, ma tendance :

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Le Printemps de Botticelli. Peinture sur panneau de bois de dimensions 2,03m x 3,14m peinte vers 1478

Cela fait du bien : Dans ce jardin, il y aurait plus de 500 espèces de plantes; les orangers fleuris indiquent que nous sommes au mois de mai.
Bientôt Vénus... J'oublie le reste.


Animal Par kiwaïda at 20:04

26/04/2019

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Illustration © Sonia Marques


Philosophie Par kiwaïda at 01:15

25/04/2019

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Le Bouddha couché est un motif iconographique et statuaire important du Bouddhisme. Il représente le bouddha historique lors de sa dernière maladie, sur le point d'entrer dans le parinirvâna. Allongé sur le flanc droit, il a la tête posée sur un coussin ou s'appuie sur son coude droit, soutenant sa tête de la main. Ce motif semble être apparu en même temps que les autres représentations du Bouddha, dans l'art gréco-bouddhique du Gandhara.








Images de Sonia Marques d'après le Bouddha gisant de Polonnâruvâ au Sri Lanka

Polonnâruvâ, est une ville du district de Polonnaruwa dans la Province du Centre-Nord du Sri Lanka. Elle est l'un des sites du « triangle culturel » et l'une des anciennes capitales du Sri Lanka, dans le Royaume de Polonnaruwa. Le Gal Vihariya fait la célébrité de Polonnâruvâ. Il s'agit de trois grands bouddhas sculptés dans une paroi rocheuse. Le premier se présente assis en méditation, le deuxième debout les bras repliés sur la poitrine, posture synonyme de son illumination, et enfin le troisième couché. Le grand Bouddha gisant, parvenu au nirvāna, passe pour être à la fois la plus parfaite et la plus mystérieuse des statues du passé de Sri Lanka. Elle a été mise au jour il y a cent ans dans le site archéologique. Long de 15 mètres, le Bouddha est sculpté à même le roc.

Le Sri Lanka pleure et moi aussi, depuis ce 21 avril 2019. Guerres de religions, christianophobie, un mot nouveau. Une île magnifique. Beauté du monde. Je faisais honneur au bouddha (de Chine) en porcelaine dans l'un de mes derniers articles. Au Sri Lanka, c'est la principale croyance. Nombre de site de tourisme relatent bien les différentes religions qui se côtoient, et ces crimes nous révèlent encore que le voisinage de croyances n'est pas sans violence. Vouloir atteindre la foi de l'autre en le tuant, c'est être sans foi, ni loi, c'est ne pas connaître, l'ignorance fait des dégâts. La foi ne se tue pas, en définitive. Atroces actes de violence.
En février dernier, le commerce du tourisme annonçait fièrement que le Sri Lanka était la destination n°1 et que le pays souhaitait atteindre les 3 millions de touristes d’ici 3 ans. La barre des 100.000 touristes français au Sri Lanka a été atteinte et dépassée en 2018. Le pays vise la clientèle des millenials en France et au Royaume-Uni. Les programmes et circuits touristiques couvrent désormais tout le pays. Je ne suis jamais allée dans ce pays. Je pense que le tourisme est néfaste dans tous ces pays et îles, dont l'histoire est complètement déniée. Je fus étonnée de découvrir des milliers d'images de touristes, sur Internet, au Sri Lanka et si peu de documents des habitants, de leurs origines. Seuls les sites touristiques ont un monopole sur l'information du pays. On peut déplorer les méconnaissances de ces masses de touristes au pouvoir économique grandissant, pour participer à ces tour-opérateurs et revenir avec des images d'eux, selfinesques, au milieu des paysages, sans s'inquiéter du climat, certes. Mais viser volontairement celles-ci, au nom d'une foi, afin de faire une démonstration de qui est le plus fort... Stupidité absolue de l'être humain, capable du pire, alors que la beauté même est accessible à tous, et sans tourisme. N'est-ce pas en cette foi intérieure qu'on la recherche et trouve ? Anéantir des civilisés en pleine prière, que ce soit en Nouvelle Zélande par islamophobie ou au Sri Lanka par christianophobie, au nom de la vengeance... On en est là, faire le mal à distance, par lâcheté absolue. Mais les guerres ne sont-elles pas souvent effectuées à distance, ordonnées par des lâches qui se cachent, élus par des ignorants ? La haine, les mauvaises rumeurs, sont des propagations de longues distances, d'interprétations, de médias en bouches à oreilles distraites et ennuyées, des passes-temps sans méditation, des obsessions vertigineuses et attractions du mal, des phobies de la vie, des amours funèbres. Quand vivre dans le corps d'un humain devient une peur, et quand l'extermination de l'autre et de soi entrent en symbiose dans un acte de folie, des individus persécutés en proies à la persécution. Peut-on enseigner la sagesse ?
Si je réfléchis, dans mon quotidien, ou dans ce qu'il m'est arrivé, en France, il est vrai que lorsque l'on reçoit des courriers malveillants, à distance, et outranciers, signés d'une institution qui se montre exempt de toute discrimination, par l'intermédiaire de sa propre direction, de son école d'art, dans sa propre ville, et que l'on est envoyé au tribunal sur de fausses accusations, et que l'on ne peut plus travailler dans sa ville où l'on aimait son métier, tout en y habitant... Des agissements qui ne choquent personne, dans l'indifférence même. Et bien, il est vrai que ce sont des appels à la violence, à la haine, à devoir réagir de manière encore plus négative, ou bien, il ne reste qu'à prier, prier pour apprendre de la sagesse et ne jamais copier ces actes malveillants, qui ordonnent la vengeance, qui donnent le plus mauvais modèle que l'on puisse voir de ses propres yeux, dans une école, dans un lieu de transmission du savoir. Comme dans toutes institutions, il y a des savoirs qui se transmettent, mais qui ne sont pas bons. Et il n'y a pas de justice pour tous. Le discernement est un apprentissage, long, mais salvateur. Comprendre s'il est bon d'enseigner dans de telles institutions, si les mauvais signes reçus ne sont-ils pas révélateurs d'un malaise devant des célébrations ou expositions sans aucun sens ? Chacun pour soi dans un égo affiché assez idiot ? Mais il faut célébrer, les célébrations sont importantes, comme les anniversaires. Les messages violents que j'ai reçus, j'ai compris, avec le temps, qu'ils m'ordonnaient d'y répondre avec violence, avec autant de procédures et injures. C'était là, le message. C'est là où j'ai compris la paix.
Ma réponse c'est la paix.
Je suis un peu gisant ces derniers temps. Il faut parfois méditer en paix. Cela impose un temps, non quantifiable, le temps de la méditation propre à chaque situation.
Chaque jour, une étape vers la paix. La limite est le dénuement, même s'il doit s'envisager. Ce sont dans des sociétés d'excès que l'on massacre les plus faibles (désignés comme tel), celles et ceux qui ne répondent pas à l'agression par l'agression. Cela me fait penser à la tuberculose, en ces temps où la sous-alimentation décimaient des victimes de la guerre, dans un état de dénuement total. Ce temps n'est jamais loin, il n'est point besoin d'être sous les bombes pour arriver dans un parcours de vie dans un état de dénuement total, en vivant et œuvrant dans une société d'abondance, parmi les ogres.
Le dénuement c'est aussi le manque. Apprendre à vivre dans le manque et la frustration, c'est très différent que combler un vide, en agressant les autres, en désirant prendre leurs places.

Bouddha affirme que la souffrance naît du désir ou de l'envie. La cause de la souffrance est l'envie basée sur l'ignorance. La suppression de cette envie doit donc faire disparaître la souffrance. Si la vacuité ne vide pas les choses de leur contenu, et qu'elle est leur véritable nature, c'est un grand effort pour un occidental animé par le monothéisme de comprendre la nature. Nous vivons dans l'appât du gain, de la productivité et de la surconsommation. Même les créations collectives, comme le bâti, récemment l'église Notre-Dame à Paris, perdent de leur spiritualité et, celui-ci, a révélé par son incendie, l'appât du gain et le moteur de l'argent comme seule source d'espoir, et le tourisme le transformant en machine à sous, ou storystelling politique, ce qui est pire. La montée de l’extrémisme religieux n’épargne pas les bouddhistes, théoriquement pacifistes. Les extrémistes bouddhistes sri-lankais (en Birmanie ou en Thaïlande) agissent aussi et ont commis des atrocités à l'encontre d'autres minorités religieuses, comme les musulmans. Et de même, sont utilisés des rumeurs et une propagande afin de semer un climat islamophobe. C'est de la terreur. Se radicaliser advient dans toute institution, religion, il n'y a pas de meilleure situation. On ne peut qu'être responsable de notre propre ignorance et de notre sagesse. Les lieux de prières n'ont encore pas mis en place des modes de sélections d'entrée, à savoir, qui est le plus croyant, écartant les pêcheurs et les âmes perdues de leurs antres, à l'aide de caméras, badges, tickets ou autre scanneurs de corps. Mais ces terreurs inclinent les responsables des pays de faire payer l'entrée, de monnayer l'accès au silence et à la prière. C'est-à-dire que les plus démunis seront exclus de ces lieux pour lesquels des bâtissent ont été construites par plusieurs et souvent, des esclaves. Déjà toute entrée dans une pyramide se paie. Mais on ne sait plus déchiffrer ce qu'il s'y trouve. Trésors et mystères. La recherche est infinie.

Les écoles publiques disparaissent.


Bouddhisme


Les bouddhistes, majoritairement cinghalais, représentent 74 % de la population du Sri Lanka. Religion et ethnie se confondent et être cinghalais, c’est être bouddhiste et vice versa même si une petite communauté cinghalaise embrasse le catholicisme sur la côte ouest autour de Negombo. Cette religion, à l’origine d’un fort sentiment identitaire qui perdure aujourd’hui, joue un rôle important dans le pays, à la fois spirituel, politique et culturel. Les arts, la littérature et l’architecture sont influencés par le bouddhisme.

Au Sri Lanka, le bouddhisme du « Petit véhicule » ou bouddhisme du Theravada suit la « voie des Anciens » en préservant la foi dans sa forme la plus orthodoxe comme à Myanmar ou en Thaïlande. Selon cette doctrine, le nirvana ne peut être atteint que par un effort spirituel de tous les instants et implique donc la responsabilité du fidèle dans son salut qu’il atteindra au fil de moult vies. Introduit au Sri Lanka au IIIe siècle av. J.-C. par les émissaires de l’empereur indien Ashoka, le bouddhisme s’est développé et enraciné grâce à la conversion du roi cinghalais, Devanampiya Tissa. Le Sri Lanka détient une dent de Bouddha, relique oh combien vénérée et protégée à Kandy dans le Sri Dalada Maligawa, plus connu sous le nom du Temple de la Dent. Les vestiges des cités anciennes d’Anuradhapura et de Polonnaruwa, les grottes du temple de Dambulla témoignent de la prééminence du bouddhisme au Sri Lanka depuis des siècles.

Statues de Bouddha, temples et dagobas sont omniprésents sur tout le territoire. Chaque jour de pleine lune, « poya » est un jour sacré et jour férié du calendrier sri lankais. Les fêtes religieuses adossées sur les jours de pleine lune ponctuent le calendrier annuel : Vesak, la fête des lumières en mai, Poson en juin qui célèbre l’introduction du bouddhisme dans l’île et les « Peraheras », « processions » en cinghalais, qui se déroulent tout au long de l’année dans les principaux temples du pays. La plus connue est celle de Kandy, l’éblouissante Esala Perahera aui a lieu en juillet ou août.

Indouisme


Les Tamouls représentent 15 % de la population sri lankaise et sont majoritairement hindous. Les rois tamouls d’Inde du Sud ont introduit l’hindouisme dans le nord de l’île. Cette religion existait bien avant l’arrivée du bouddhisme, favorisée par les incessants échanges culturels avec l’Inde voisine. Aujourd’hui, la communauté hindoue se concentre principalement dans le nord de l’île, l’Est et la région centrale des plantations de thé où les Tamouls immigrèrent pour y travailler au XIXe siècle. Au Sri Lanka, les Hindous vénèrent principalement Shiva, ses deux fils, Skanda aussi dénommé Murugan et Ganesha, le dieu à tête d’éléphant. Les temples appelés « kovils » sont généralement très colorés. C’est dans la péninsule de Jaffna qu’ils sont les plus nombreux : le Kandaswamy de Nallur est le plus imposant.

Islamisme


On dénombre près de 2 millions de musulmans au Sri Lanka. L’islam est pratiqué par environ 9% de la population sri lankaise. Cette religion monothéiste a été introduite dans l’île par les premiers colons arabes qui, dès le VIIIe siècle, créèrent des comptoirs sur la côte Ouest, de Galle à Jaffna. A l’arrivée des Portugais, ces premiers musulmans sri lankais, autrefois appelés Maures, sont contraints de migrer vers la région montagneuse de l’île et de se placer sous la protection des rois kandyens.

Pendant la colonisation hollandaise, des colons Malais viennent grossir la communauté musulmane alors que des Indiens originaires du Kerala, du Tamil Nadu, du Gujarat et du Pakistan s’installent sur l’île à l’époque britannique. Aujourd’hui, les musulmans sont implantés un peu partout et surtout présents à Colombo, Puttalam, Galle, la côte Est et la région de Kandy. Majoritairement sunnites, ils suivent les paroles et actes du Prophète et respectent les 5 piliers de l’islam : la prière, le ramadan, le pèlerinage à la Mecque, la shahada (déclaration de foi) et la zakat (donation sous forme de taxe). Les musulmans sri lankais célèbrent les grandes fêtes islamiques dans l’une des 5000 mosquées que compte le pays. La plus grande, celle de Kachimalai, se trouve à Beruwela, là où s’établirent les premiers colons arabes.

Les grandes fêtes religieuses comme celles du Vel à Colombo, de Kataragama ou du temple Kandaswamy donnent lieu à de longues processions de chars bariolés. Les pénitents se livrent à d’impressionnants actes de mortification : ils marchent sur les braises ou se criblent le corps de broches métalliques.

Christianisme


Le christianisme représente environ 7,5% de la population sri lankaise. Il a été introduit au XVIe siècle par les missionnaires portugais qui déployèrent un zèle considérable à convertir les pêcheurs de l’île de Colombo jusqu’à Jaffna. Ces catholiques romains vivent essentiellement sur la côte Ouest de l’île. Negombo et sa multitude d’églises est même surnommée « la petite Rome ».

La communauté catholique de l’île est aussi fortement représentée chez les Tamouls des plantations de thé tout comme chez les Burghers de la côte ouest, ces sri lankais largement minoritaires d’origine portugaise, hollandaise ou britannique. Les Hollandais ont introduit le calvinisme prôné par l’Eglise Réformée et les colons britanniques sont à l’origine de la création de l’Eglise anglicane de Ceylan et de l’introduction des confessions chrétiennes pentecôtiste, baptiste et méthodiste. Aujourd’hui, le catholicisme reste prépondérant et représente 90% des fidèles chrétiens.

L’une des églises les plus importantes, « Notre dame de Madhu », fut érigée en 1872 dans le nord de l’île, près de Mannar. Madhu est un haut-lieu saint pour les pèlerins catholiques qui s’y rendent chaque 15 août. Au Sri Lanka, les religions se mêlent les unes aux autres joyeusement. Les statues du panthéon hindou se retrouvent dans les temples bouddhistes, Jésus côtoie Bouddha. Les pèlerins hindous, bouddhistes, chrétiens et musulmans s’acheminent ensemble vers le sommet de l’Adam’s Peak, lieu de pèlerinage pour les quatre confessions.

 


Enseignement Par kiwaïda at 15:52

20/04/2019

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Photographies © Sonia Marques

Ma douceur d'un paysage limousin. Ni contrasté, ni relief puissant, lorsque je marche dans ce pays du limousin, c'est une douceur du paysage avec des nuances subtiles, sans excès. Point de pics, ni de hautes montagnes, point de versant pentus, mais quelques vallées profondes et ouvertes, on peut définir des plateaux aux collines qui se rencontrent. Les sommets sont arrondis. Artiste dans ce paysage, photographier ou prendre ses marques, fidèle à mon nom de famille, ressemble fort à un regard de peintre sur cette douce campagne. On peut y passer sans prendre garde aux multitudes variétés et pétales et délicieuses sources, tant cheminant, on se laisse songeurs à nos turpitudes quotidiennes. Mais, si tel une peintre dans l'âme, que je suis, avec beaucoup plus d'attention, je dévale les plateaux aux boutons d'or et pissenlits sous la fraîcheur d'un soleil pur de printemps débutant, de ce petit printemps pétillant, alors je parcoure les ruisseaux comme je regarderai une cascade du pauvre avec admiration : on ne peut rêver plus grand, quand tout se love dans votre main. Les terrains de bruyères, ses châtaigniers et puis comme le disait l'agronome, l’anglais  Arthur  Young  qui parcourait  le Limousin en 1787 : "Aucune trace d’habitation humaine ; ni  village,  ni  maison,  ni  hutte,  pas  même  une  fumée  qui  trahisse  la présence de l’homme ; un paysage américain, si sauvage qu’on s’attend à  y  rencontrer  le  tomahawk  de  l’Indien.  Les  routes,  dans  toute  cette région, sont vraiment superbes, très supérieures à tout ce que j’ai vu, en France ou ailleurs."

Le vert, oui le vert, mais aussi le rouge et le bordeaux, le bleu du ciel et les nuages blancs, le jaune partout, et ce rose sombre des racines, de ce que l'on observe en transparence des eaux ruisselantes bordées de cailloux et pierres, vallées et le turquoise du fond des paysages, celui qui projette les arbres au loin, comme des ombres paupières, ce bleu d'orient qui se noie dans le ciel, alors que nous sommes devant un parterre vert brillant, étincelant même, une mousse qui ne s'est jamais asséchée, un drôle de tapis. Oui cette terre limousine serait donc drapée d'une tapisserie verte, mais non poussiéreuse, pas celle d'Aubusson que l'on conserve encore. Non la limousine est sauvage mais douce, c'est-à-dire que cette campagne n'est pas faite pour les m'as-tu vu. Pourtant, on ne peut pas dire que le paysage est modeste non plus, il est dense et sait protéger qui souhaite trouver refuge.

Nos enfances d'anniversaires rassemblent tous les ruisseaux de ces vies limousines, sauvages et douces,
tel les pissenlits, semés à tous vents.


Paysage Par kiwaïda at 19:44

18/04/2019

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Art Par kiwaïda at 00:36

15/04/2019

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Le vent, l'énergie solaire.

Photographies © Sonia Marques




























Paysage Par kiwaïda at 13:18

04/04/2019

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Animal Par kiwaïda at 23:17

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Photographies © Sonia Marques


Paysage Par kiwaïda at 01:02

01/04/2019

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Dessin du livre "les picolores" © Sonia Marques
Aujourd'hui 1er avril, je repensais aux poissons et à mon livre réalisé : Les picolores. Le 25 mai 2016, je donnais une conférence sur une sélection de travaux artistiques de ces dernières années à l'École nationale supérieure d'art de Bourges, Intitulée Mouvance. Il y avait un seul professeur (de la théorie) présent, et pour cause, je ne faisais partie d'aucun parti, ni de propagande, ni d'élus, ni syndiquée. Tous mes étudiants présents. D'ailleurs, je n'ai jamais eu cette idée saugrenue comme c'est le cas cette année, dans les écoles d'art nationales en région, de bloquer les cours, les notes, ni les concours d'entrée, ni de faire grève pour gagner plus et travailler moins. Il y a tellement de problème de racismes, de harcèlements, de violences, dans ces écoles, que faire grève pour les statuts desdits violents professeurs est bien une signature de leur impuissance à faire réellement bouger les choses (c'est pour avoir l’adhésion obligatoire de tous sur, justement leurs pratiques, et surtout ne rien faire bouger pendant encore les années à venir). D'ailleurs, je me suis toujours demandée, avec de tels arguments que rien n'avait bougé durant au moins vingt années, comment des professeurs pouvaient encore adhérer aux mêmes élus représentants syndiqués depuis toutes ces années, sans faire le constat alarmant qu'ils avaient signé et été emmenés en bateau durant tout ce temps comme des moutons, par des personnes sans aucune volonté de faire évoluer leur statut. Après, ils s'estiment tous bien représentés, et oui, cela fait un monde tout de même, sans conviction, d'artistes subventionnés. J'ai toujours enseigné jusqu'à ce que j'ai pu le faire, avec enthousiasme et une belle joie. Je n'ai jamais voulu prendre en otage les étudiants, une tendance sans courage des professeurs. Je ne me suis jamais sentie dans l'obligation de justifier de mon enseignement, ou de valoriser mon statut, ni de créer de pétitions avec une cohorte d'artistes distants et mutiques pour prouver que je suis légitime en tant qu'artiste, ou faire pression au ministère et influencer un ou deux journalistes, pour en avoir vu les dégâts et la récupération enflée par des féministes en communauté fermée (si j'étais un homme, aucune femme n'actionnerait le système "féminisme" qui espère une place au pouvoir toujours de sa communauté, à laquelle je n'ai, encore une fois, aucun parti, ni adhésion) C'est bien pour ces raisons, que j'ai été exclue, par force du cirque foutraque. Qui ne se soumet pas, ne peut travailler, ni enseigner, car il faut faire petite copie politique, pas de création. Et pour grossir les listes, même les non enseignants sont les bienvenus, les morts et les étudiants embobinés, les secrétaires, puisque le ministère a déjà abandonné de s'intéresser à ces écoles, tout est possible. Il ne faut pas s'étonner des climats délétères.
Laissez-nous cette naïveté artistique de ne pas connaître les loges du pouvoir et de continuer à travailler avec passion, et que tous ces frustrés du pouvoir et de la politique fassent un effort de plus pour se diriger vraiment du côté de la politique, en laissant les études artistiques libres de toutes démagogies, avec leur sensibilité, leur temps de création. Elles en sont envahies et suffoquent.
Je l'observe à présent, quel cirque tout ce gâchis ces énergies, ces réunions, depuis si longtemps ! Elles ne produisent rien ces réunions, parce que la pensée fait défaut. Pour dire avec expérience, c'est une pensée par défaut, ce qui va avec l'esthétique, un systématisme par manque de temps et d'engagement. Il y a une vraie paresse de la pensée. Par facilité, il y a une répétition grandiose mais si mal vécue par les professeurs qui signent sans se poser de question. Comme je l'ai déjà explicité par le passé, à défaut de, la singularité se développe, dans un jardin, un isolat inaccessible. L'imaginaire est la plus belle part de mon enseignement et y donner l'accès fut des chemins que j'ai traversé avec bonheur, avec chaque étudiant, étudiante, dans sa singularité.
 J'ai explicité ma réflexion pour ce conte à destination des adultes, lors de ma conférence, mais je n'ai eu le temps de le lire, car lire une histoire prend déjà tout le temps d'une conférence, j'ai fait le choix d'en restituer la genèse et le cheminement de pensée. J'aime beaucoup ce conte et comment il est arrivé à se créer dans mon imaginaire. Voici ce que j'ai raconté.

"C’est un conte que j’ai écrit au mois de janvier 2016. C’est l’histoire d’un dessin. Je marche souvent, sans connaître les chemins et parfois sans carte. Voici que l’hiver dernier je rencontre un chat au milieu de mon chemin, dans le lieu dit, nommé « Gain », de la commune d’Isle, dans le Limousin. On dit du gain que c’est une action de gagner, par exemple : le gain d’un procès. On dit aussi que le gain de temps ou de place fait que l’on obtient un avantage. On dit aussi que l’on peut retenir un gain énorme de ses lectures. Mais surtout, le gain est bien plus entendu comme un bien à obtenir et de nos jours, on peut facilement céder à l’appât du gain. Dans ce lieu-dit du Gain, de la commune d’Isle, le chat est venu vers moi et m’a observé, sans bouger. Ses yeux étaient ceux d’un être humain, de son fantôme. Dans ce temps d’observation mutuel, il m’a délivré une histoire. En retournant chez moi, j’ai dû réaliser un dessin de cette histoire, puis j‘ai ensuite retranscrits à la lettre, le conte. Voici ce que le chat du Gain dans cette île, me racontât. C’est l’histoire des picolores.
 Je me suis inspirée de la literatura de cordel, des productions populaires traditionnelles du monde ibérique et plus particulièrement du Nord-est du Brésil, un lien ténu entre l’oralité et le colportage, souvent dans des régions touchées par l’analphabétisme. Car c’est toute une histoire des migrations et de l’exil qui est en jeu, d’aventures sociales. L’écriture de ce conte comporte une facture et des typographies proches de celles trouvées sur la literatura de cordel mais adaptée à l’écran aussi bien qu’aux impressions papier et rejoint l’autoédition. Son sujet est aussi une fable contemporaine, un conte social et il est fait pour être colporté. Petite histoire de la literatura de cordel : A l'époque des peuples conquérants gréco-romains, Phéniciens, Carthaginois, Saxons, etc., la littérature de corde existait et est venue dans la péninsule ibérique (Portugal et Espagne) autour du XVIe siècle. On nommait cela « folhetos » au Portugal, comme « feuille », « volante ». Du Portugal au XVIIe siècle, la littérature de Cordel est arrivée par les colonisateurs au Brésil, au XIXe siècle, à Bahia, à Salvador. Ces livrets sont réalisés par des poètes du peuple, pour un journal du peuple. Les Cordels se compose principalement de longs poèmes narratifs, appelés «romans» ou «histoires», imprimées dans des séries et des brochures de 32 ou rarement 64 pages qui parlent de l'amour, les souffrances ou les aventures dans un discours de fiction héroïque, des défis, des batailles, des faits de la vie quotidienne, des épisodes historiques, des thèmes religieux, c’est un loisir et un bon moyen d’information, de revendications sociales et politiques. La littérature de cordel est d'une inestimable importance pour véhiculer les identités culturelles locales et les traditions littéraires régionales ; elle contribue à la perpétuation du folklore brésilien. Le fait que les œuvres soient publiées dans un nombre élevé d’exemplaires et fassent l’objet d’une lecture publique, favorise l’habitude de lire. Cette littérature est imprimée sur des petits feuillets de papier bon marché, avec une couverture un peu plus épaisse. Le format est d'environ 11 à 16 cm soit une feuille format A4 pliée en quatre, ce qui donne des pages multiples de 8, 16 ou 32 pages, rarement plus. En ce qui concerne la couverture des folhetos, elle est reproduite par le procédé de xylogravure, la gravure sur bois. La xylogravure est la porte d’entrée de l’imaginaire du fascicule de cordel, c'est donc elle qui attire l'attention des lecteurs et les invite à entrer dans cet univers. De ce fait, l'expansion du cordel est devenue plus grande à partir de la Révolution Industrielle et l’arrivée de l'imprimerie au Brésil. Les gravures, appelées xylogravures, représentent un important héritage de l'imagerie populaire et sont vendues dans le monde entier. Enfin, la diversité des thèmes qui touchent la critique sociale, la politique et les textes d’opinion, fait que la littérature de cordel a un impact remarquable du point de vue didactique et éducatif.

Ce conte est très important car il parle d'un phénomène grave : la maladie et le travail, le savoir-faire, les origines, les discriminations et surtout de la beauté, puisque cela se passe dans un institut de beauté. Je réalisais également tout un travail de dessin en enseignant aux étudiants l'art de créer avec des logiciels car il n'y avait aucun cours dans ce domaine dans cette école. Il y avait bien plus d'enseignements théorico-politiques, mais point de pratique. Il n'y avait pas non plus d'assistant technique ayant pu me soutenir dans cet enseignement. Dans les écoles d'art, les employés souhaitent tous devenir responsables de quelque chose, ou directeurs, directrices, coordinateurs, coordinatrices, reconnus comme chercheurs, etc, des étiquettes qui leurs permettent de gagner un peu plus d'argent, mais surtout qui leurs donne la croyance qu'ils peuvent être au-dessus des autres employés. C'est une croyance qui s'obtient par beaucoup de chantages et de manipulations des instances, et dont se soumettent très facilement tous les employés. Mais plus personne n'apprend aux étudiants. Le retard s'est accumulé, et seules les communications des expositions font la vitrine des ces lieux d'enseignement. Et lorsque l'on a le souhait d'enseigner et apporter son savoir faire, c'est toute une déflagration souterraine qui s'abat sur vous, par derrière, des syndiqués, des élus, des représentants, qui décident de votre vie ou de votre mort (plutôt cette dernière solution) comme des peureux sous des couvertures, à la bougie dans une salle de réunion, s'inquiétant d'une révolution des arts et des pratiques clarifiant d'un coup l'absence de maîtrise des outils techniques des écoles, l'absence de pensée.

Quelques mois plus tard, un professeur de l'école me menaça afin que je n'enseigne plus dans cette école, évoquant des rumeurs de l'école de Limoges où j'avais subis de graves actions de harcèlements (humiliations grossières, discriminations en tous genre, menaces par courriers très mal écrits, convocation au tribunal sans preuves, saisie illégale sur salaire, sur de faux motifs, sans que personne ne soit informé, sauf ma banque, vers un interdit bancaire, tout cela sans avoir aucune faute professionnelle, ni aucun motif concernant la pédagogie ou l'art, que des calculs assez fous, d'horaire, d'heures, de dates, de crédits, de réunions, avec des mots très symboliques comme "saletés remarquables", "déchet", "exécution"... de la haine, de la terreur, parfois jusqu'à 2 ou 3 courriers par semaine, avec injonction de répondre aussitôt). Le ministère de la culture n'a aucune main sur ces pratiques, et depuis longtemps, quelques représentants (ces professeurs acharnés) font la loi, et même la justice, en fait ils peuvent tout faire dans votre dos, les grèves aussi, les blocages, sans avoir de retenue sur leur salaire. Ainsi les couteaux sont envoyés sans même que vous ne sachiez qui les envoie.
Avancer dans ces zones c'est comme le jeu 1,2, 3, soleil. Quand vous êtes touché et que vous vous retournez, les employés ne bougent plus, afin que vous ne sachiez pas d'où vient l'attaque, ni comment. Mais ils apprécient votre retournement, ils se sentent ainsi valorisés. S'ils avaient des missions avec un sens, alors leur activité ne s'attacherait pas à harceler, celles et ceux qui donnent un sens à leur travail et s'investissent. Ils seraient alors valorisés par leur propres initiatives dans le cadre des missions suivies par leur employeur. Un climat délétère favorise les harcèlements à toute hiérarchie, ascendante, descendante et du même niveau, entre collègue. Et lorsqu'il n'y a plus de suivi, sur plusieurs années, lorsqu'il n'y a aucune reconnaissance, lorsqu'il n'y a plus de formations pour suivre les évolutions d'une société, pour s'adapter, pour participer de sa richesse et sa diversité, alors il y a une peur de cette diversité, des fantasmes sur l'étranger, sur ces nouveaux professeurs, sur ces nouveaux logiciels, sur les étudiants. Avec le moindre petit pouvoir, ne reste que l'exclusion, ne pas intégrer celles et ceux qui sont dynamiques et proposent des idées, apportent des connaissances et les partagent, ne reste que le harcèlement pour soumettre l'autre à se taire et se terrer dans la peur de dire, ne reste qu'à s'enfermer, à devenir sectaire et organiser une institution, entre-soi, avec des règles tacites, momentanées et contradictoires et en travaillant uniquement dans l'urgence.
Lorsque j'enseignais à l'école de limoges, j'ai fini par ne plus prendre de café à la machine à café pour ces raisons, car il y avait toujours une bande d'employés derrière, puisqu'ils restaient tout le temps à la machine à café, à comploter, je ne prenais donc jamais de pauses, ni de poses. Et comme quasi tous les employés passaient la majeure partie de leur temps devant la machine à café, s'ils ne vous voyaient pas c'est que vous ne travaillez pas. Beaucoup de professeurs dorment dans l'école, j'ai déménagé dans la ville où je travaillais, car j'estimais que c'était normal, mais aucun professeur n'avait fait cette démarche. Ils venaient de Paris ou d'autres villes, et craignaient de perdre une réputation s'ils choisissaient vraiment la ville dans laquelle ils enseignaient. Bref, ce manque d'engagement se ressentait dans chacun des cours et des réunions de travail, peu connaissait la ville, ils avaient tout loisir pour la critiquer et médire sur sa pauvreté, se sentir plus riche. Ils dormaient ensemble, et moi non, je ne dormais pas à l'école. Alors oui, je n'étais pas présente les nuits sur mon lieu de travail et cela en préoccupait quelques uns. Je n'étais pas avec eux, j'avais une vie privée, ainsi "on ne me voyait pas" ou "pas assez". Les décisions se prenaient principalement dans ces dortoirs, ou dans les soirées arrosées, j'étais d'emblée exclue des négociations. J'ai même entendu la directrice me convoquer pour me dire "on ne vous voit plus" alors que j'enseignais chaque semaine dans l'école sans aucune pause, tandis que je ne voyais plus de collègues enseigner, ni même m'adresser la parole (c'est un concept artistique emprunté à l'art minimal, c'est un mini mal, cela fait un peu mal, mais pas trop, multiplié par beaucoup de mini maux, cela fait très très mal) Tout en me disant "on ne vous voit plus", elle me demandait de "ne plus me voir" en m'excluant de la vie de l'école et des réunions. Une injonction paradoxale qui situe bien la folie des entretiens.
Et ce professeur enseignant à Bourges, à plusieurs kilomètres de là (donc lié quelque part de façon très rapide, comme un bouche-à-oreilles stratège) s'arrogeait le droit de me virer en faisant pression sur le directeur (qui se soumis finalement) lors d'une instance (le conseil d'administration) mais sans aucun motif, ou celui d'avoir été blessé dans son propre enseignement (la peinture) Il ne connaissait ni mon travail, ni mon enseignement, ni mon parcours. D'origine espagnol, je l'ai croisé quelque fois s'amusant à me draguer en chuchotant mon nom de famille d'origine portugaise. Il aimait se vanter auprès de moi d'avoir été commissaire d'exposition au Portugal. Mais en parlant avec lui en portugais, il ne connaissait pas la langue. Voilà ce qu'il reste de mon souvenir de cet homme grincheux. Que j'enseigne le dessin avec mon expérience le rendait sans doute jaloux et anxieux, comme cela arrive souvent lorsqu'une femme enseigne dans une école d'art. La bêtise n'a pas de limite lorsqu'elle s'enracine dans l'ignorance. Alors oui, nous ne pouvons pas apporter notre expérience et notre savoir faire dans ces lieux où la raison n'a plus sa place. Mais il n'était pas seul aveugle dans la grotte, il faut tenir la bougie, il faut une autre personne pour la rallumer si elle s’éteint, il faut répéter plus fort au creux de l'oreille, si d'autres n'entendent pas bien, et il faut aussi se mettre d'accord pour choisir qui va sortir de la grotte, et cela peu durer une année. Chose faite ce professeur m'a envoyé un message, il n'avait pas de messager, mais beaucoup de rumeurs dans son oreille fatiguée, il m'a dit être très malade et épuisé et avoir déjà tant souffert dans cette école et sa famille aussi. Quand je repense aux picolores, mon conte, c'était devenu une prophétie. Que pouvais-je faire si ma présence causait tant de soucis, ne plus revenir pouvait alors apaiser ses affres libidineuses, en le laissant à celles et ceux qui l'avait élu dans la grotte. C'est la peur qui dominait.
Platon, dans son allégorie de la caverne raconte cela. Si l'un d'entre eux (dans la grotte) se libère de ses chaînes, accompagné de force vers la sortie, il sera d'abord cruellement ébloui par une lumière qu'il n'a pas l'habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l'on veut lui montrer. Alors, « ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure » ? S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir « le monde supérieur », ce que Platon désigne comme « les merveilles du monde intelligible ». Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n'est qu'en se faisant violence qu'il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d'imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? ». Hostilité des personnes dans leur confort illusoire et leurs habitudes de penser.

Décidément, dans les yeux d'un chat, on peut lire l'avenir, l’œil de l'âme. Artiste, ma difficulté, est de réussir, à travers ma création, d'apporter la nouvelle et la bonne. Une œuvre est souvent un assemblage sensible d'expérience, de rencontres, de joies mêlées aux peines, et c'est toujours quelque chose de nouveau, qui renouvelle le regard, la façon de penser, et qui donne beaucoup d'espoir. Comme l'écrivait si bien Platon: « Il s'agit de tourner l'âme du jour ténébreux vers le vrai jour »

Les picolores, c'est un conte qui me fait penser à Agnès Varda. Elle savait raconter ce que l'on ne peut pas dire à travers sa création. La culture, n'est-ce pas cela ? Lorsque l'on cultive, quelque chose advient pousse et subit les saisons. C'est de cette expérience de la culture, cultiver son jardin, son esprit que naissent les bonnes et mauvaises récoltes. Années de cultures, années de récoltes. Cette année, je glane, je re-découvre le chemin parcouru, je vois très loin, derrière et devant, je cultive.

On trouve un nombre considérable d’adhérents à l'appât du gain. Celles et ceux qui veulent trouver des adhésions pour leur pouvoir, ont compris depuis longtemps, que seule cette carotte rendrait louable toutes leurs actions, même les plus malhonnêtes.
C'est à ce jour, 1er avril, avec un poisson dans le dos, que se perdent sur les flots, de bonnes âmes sans réflexion, espérant richesse en flottant sur des costumes de pauvres. Il y avait pourtant de petits artistes qui courraient sur la rive en s'écriant :
- Je le vois, je le vois, le poisson qui brille, je vais l’attraper, c'est peut-être une pièce...

♒♒♒

Non, non, c'est un poisson qui se mord la queue.

Philosophie Par kiwaïda at 13:31

31/03/2019

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Agnès Varda (article bmk de 2014) et Cléo de 5 à 7 ces jours-ci... Belle artiste ❣


Art Par kiwaïda at 14:59

29/03/2019

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Féminin plurielles est un film de Sébastien Bailly réalisé en 2018 dans ma région. C'est mon ami qui a choisi de voir ce film et c'est un homme qui a réalisé ces images. Ce sont des femmes qui interprètent les rôles principaux, dont ceux-ci transcendent des tabous, et, avec intelligence, ces femmes font des choix singuliers, dans des formats collectifs, quasi mécaniques .

J'ai visité la ville de Tulle et j'ai été très marquée par l'ambiance mortifère qui régnait dans ces lieux vides, mais vides de conscience. J'ai photographié et je suis rentrée dans un café, où la dépression était bien plus que perceptible, les murs transpiraient d'une odeur étrange dont je ne mesurais pas à quel point, le passé terrifiant avait imprégné les choses vivantes ou défuntes. J'ai eu un vrai choc, dans mon corps et mon esprit car rien ne m'avait préparé à ce que j'ai vu. Tout ce que j'entendais de cette ville, venait de médias et d'une politique victorieuse et conquérante et je ne m'attendais pas à voir la pauvreté aussi durement. Je ne cessais de penser comment la politique se sert des plus démunis et des plus pauvres pour marquer sa puissance et étendre son pouvoir aux yeux de tous. Dans ces paysages bucoliques, pas ceux que l'on aime dépeindre en peinture (les impressionnistes de la creuse ou autre, que j'apprécie) mais dans ces paysages de ville, de maisons et d'immeubles, de villas, de hauteurs et de bassesses, et de balcons aux fenêtres fermées et volets opaques, ces boutiques abandonnées, tous ces logements vétustes et ces enseignes qui manifestent l'avoir été, sans n'être plus, jamais. Là, dans ces contrées, le pouvoir fut criminel et a laissé les plus pauvres mourir dans indifférence totale, ou dans une impuissance ravageuse. Et souvent, encore, certains, certaines ont tiré plus loin l'infâme, en se tirant d'affaire et s’accaparant l'histoire et le passé comme un drap bien lourd paré, afin d'en montré qu'ils étaient du côté des victimes et ont été mêmes décorés. Celles et ceux qui ne peuvent parler et qui ont vu, celles et ceux qui savent ne peuvent plus instruire les autres, tel est le principe même de l'histoire de la collaboration. Ce film vient confirmer mes pressentiments physiques et sensibles. L'histoire des pendus de Tulle, ce massacre d’innocents, des habitants, par les nazis et avec la collaboration du maire et des élus de la ville, est encore tabou. Pourtant ce sont bien les élus eux-mêmes qui désignèrent celles et ceux qui ont été pendus et abattus par les nazis et devant les habitants, qui se sont depuis murés dans le silence. Il y a un impensé national et aussi de l'histoire de la politique française qui se rejoue. Un autre maire de cette ville devient président de la république, il est élu. Diriger un pays, avec cette histoire, c'est-à-dire endosser le costume de ceux, des élus, qui naguère, ayant le même costume, ont collaboré au nazisme, en laissant des dizaines d'années, dans le silence et la terreur, les habitants et cette région, n'est pas sans reprendre ce chemin de la représentation qui masque les crimes. Il s'est rejoué, avec ce même président d'autres massacres, les attentats terroristes, encore des innocents. Ce film pose là des faits et des marqueurs sociaux, et toute la vie politique française et sociale, semble vouloir effacer les responsabilités des élus à chaque fois, les habitants eux-mêmes ne peuvent plus parler.
Ici à Limoges, il y a ce même silence sur le passé, et ces mêmes histoires qui se rejouent indéfiniment, dans chacune des petites histoires sociales. J'ai toujours été étonnée de l'atmosphère des murs, et des institutions, elles transpirent de leur passé. Travailler dans un de ces lieux, où la tragédie a marqué les espaces et le temps (qui semble comme s'être arrêté) c'est côtoyer des habitants dont ont a enlevé, soit le rire (lors du massacre de Tulles, les habitants dirent : "Après cela, on ne pourra plus jamais rire"), soit la possibilité de dire, c'est travailler avec des taiseurs, des taiseuses, comme on dit ici, mais aussi avec celles et ceux qui se disent "faire de la résistance", ou des grèves, mais n'en sont pas moins en train de collaborer avec le pouvoir et désigner celles et ceux à exclure. C'est une vraie leçon de vie que d'observer en une dizaine d'années, comment des habitants rejouent l'histoire, et la répétition, avec une contemporanéité (des objets, des technologies, des idiomes et une sémantique en apparence renouvelée) qui retapissent l'histoire pour maintenir l'oubli, et que l'on soit, en parcourant ou travaillant dans ces contrées, confronté à ce silence mortifère, devient comme une obligation de se résigner à cette tâche du non dit.
Un jour, j'ai dû contacter la médecine du travail, elle était située dans la rue même ou bien l'immeuble même où se sont joués d'atroces tortures des nazis, à Limoges, pendant la seconde guerre. Le lieu respirait ce passé, il était comme à l'abandon. Moi-même j'étais dans une situation où je ne pouvais absolument plus parler, dans l'école d'art de Limoges et le harcèlement était devenu structurel, la base des liens de travail et les habitants, les étudiants avaient banalisé ces formes, elles faisaient parties des murs, et personne ne pouvait les dire. Cela reste d'usage. Un autre jour, comme les nazis pouvaient le faire, c'est la direction qui m'envoya à une autre médecine du travail (entre-temps, celle dédiée avait déménagé et le médecin avait démissionné, d'ailleurs les démissions se font toujours en silence, personne ne doit être informé d'un départ) sans m'avertir ni me parler, comme si j'avais une maladie contagieuse, ou grave, ou un truc qui vient de l'étranger. Le nouveau médecin m'informa que ce n'était pas légal, car une direction prend cette décision si l'employé est alcoolique ou s'il a le sida, sans l'avertir, ce n'était pas mon cas, mais c'était tout aussi très bizarre). En fait, cette direction (toujours en poste) avait l'idée qu'il fallait que le médecin du travail me trouve une maladie, afin de m'exclure, et elle avait jointe une lettre m'accusant d'un comportement que je n'avais pas, et comme cette lettre était très mal écrite, c'est le médecin qui m'alerta. Ce que j'écris là, c'est ce que l'on ne peut pas dire, et qui restera toujours impunis. Le médecin m'a informé que régnait, dans les services de l'école un esprit de sabotage connu par le passé, et qu'il n'y avait plus de hiérarchie dans l'administration, les secrétaires étaient sans arrêt en conflit. Je devenais une cible collatérale de ce climat délétère. Plus tard, et après avoir analysé aussi l'histoire, j'ai compris que les lieux étaient symptomatiquement des paysages oubliés, où seules les architectures (modernes ou contemporaines, ou bien séculaires) condamnaient chacun des passants à revivre des formes de martyrs avec des élus toujours protégés face aux drames. On pouvait changer les employés, les fonctions (faire du numérique à la place de la peinture ou de la sculpture, faire du neuf dans des locaux bétonnés et impudiques, à la place des bois et des modestes chaumières) mais rien ne changeait l'odeur que l'on respirait et la transmission du non dit. Les employés étaient condamnés à ne plus rire, ni apporter leur histoire, ils devaient s'éteindre, et même mourir devant ce passé funeste, car rien, depuis, n'a jamais été analysé, ni compris, de ce temps de la collaboration. Les élus doivent rester des élus, et les employés sont remplacés comme s'ils étaient recyclables, avec un tri sélectif, au moyen de lettres discriminantes et sidérantes. Et il faut faire vite, car rien ne doit se transmettre, celui ou celle qui sait, ne doit absolument rien transmettre à celui ou celle qui débarque sans savoir. Ils ne doivent même pas se croiser. J'ai eu l'occasion d'être convoquée au tribunal de ma ville par cette même directrice, et c'est une agente comptable qui ne m'avait jamais vue qui a été envoyée pour la représenter et dont je ne connaissais ni le visage, ni le nom. Nous nous sommes croisées, sans nous voir également. C'est dans ce quasi fantôme historique, que se jouent, les exclusions, par à priori, de genre, de sexe, de race, en un mot : c'est la bêtise qui a le pouvoir (le film parle bien de cette intelligence sensible et intérieure face à la bêtise et au chantage, notamment sexuel, dans le premier petit film, avec cet interne très bête qui joue de la rumeur pour faire licencier Douce, l'infirmière)
Le gouvernement avait donc laissé, en l'état, ces formes de travail, de harcèlement, de manipulation et je l'apprenais par la médecine du travail, "de sabotage", des dizaines d'années, et tant d'exclusions, d'employés, démissionner, ou être en arrêt, ou en dépression, sans jamais se remettre en question sur de tels agissements structurels, ni oser analyser, comprendre. La seule solution trouvée : le changement. Le remplacement des êtres vivants, des fonctions, et donner l'apparence que tout va bien, car celles et ceux qui ne vont pas bien ont été mis au rébus, à la casse.
Le film relate sans relater, mais expose des faits les uns à la suite des autres dans un intervalle de 70 années (pour l'histoire de Tulle). C'est avec maestria que ce film laisse aux spectateurs une place de témoins, avec la voix de femmes qui travaillent et affirment leur territoire.
J'ai apprécié aussi, dans un autre petit film (ce film est composé de plusieurs scènes différentes) l'expression de la pudeur à travers l'analyse du tableau d'Ingres, l'Odalisque. Une jeune femme en études en histoire de l'art va choisir ce tableau pour affirmer justement son territoire et ainsi s'affranchir du cliché posé par sa professeure (la société), celui de la femme musulmane au foulard. Comme dans les autres petits films, la femme, a un rôle émancipateur des clichés que notre société ficellent si fermement. Et pour l'interprétation du tableau d'Ingres, la jeune femme sportive au hijab va déplier l'histoire empruntée de l'orientalisme et du fantasme masculin pour y définir sa propre conception de la féminité et de la pudeur : la chevelure. Nous sommes témoins, du dedans et du dehors, de ce que ressentent à l'intérieur, ces femmes, et de leurs désirs intimes : elles vont poursuivre leur désir plutôt que ce que conditionne une collectivité (l’hôpital, la politique, l'école) Ce sont des passages forts, d'apprentissages de la vie, de ce que l'on apprend par soi-même.
Les questionnements intérieurs sont exprimés tout de même, face à un état censeur (les institutions) La partie instruite n'est pas socialement reconnue et ne peut se transmettre.
Nombre d'oraux, en études d'art, constituent nos parcours, et de ce point de vue, de femme, nombres d'oraux, face à des jurys (le plus souvent majoritairement ou entièrement composés d'hommes) sont des rites de violations de l'intimité, tant les à priori de genre les constituent encore aujourd'hui. L'intelligence peut gagner, car, le montre ce film, ces exercices face à la bêtise, peuvent être d'autant plus finement compris, que ces défis sont relevés avec brio (sans même que le jury ne puissent comprendre ce qu'il se passe, puisque dépassé)
Il y a des fois où des films ravisent nos esprits lorsqu'ils côtoient nos réflexions quotidiennes et éprouvées, mais que l'on ne peut en relater à quiconque, dans notre milieu professionnel, ce pourquoi, ils nous redonnent envie de vivre et de dire, de décrire et d'écrire, de se trouver en résonance avec le sel de la vie.
Merci à l'amoureux dont l'esprit me hisse toujours un peu plus haut, et me donne du courage dans l'épreuve subie.
Les pendus dans l'espace public de Tulle, nous rappellent chaque jour, que de tels agissements se décident par des élus, et que les solitaires, les marginaux, les plus pauvres sont désignés par leurs collègues, leurs voisins, les habitants pour être exécutés. La raison de telles haines : ils et elles sont désignés parce que ce sont des innocents. Et dans l'histoire de Tulle, ces innocents avaient peu de chance d'être pleurés. Je pense aussi au livre de Judith Butler, la philosophe (Qu'est-ce qu'une vie bonne - 2012), décrivant qu'une vie non sujette au deuil est une vie qui ne peut être pleurée parce qu'elle n'a jamais vécu, autrement dit parce qu'elle n'a jamais compté comme vie.
En lisant son livre, il y a quelques années, en attendant que la direction, les
collègues professeurs et l’administration, trouvent un accord, car les concours d'entrée destinés aux les étudiants étaient très mal organisés, et non préparés, sans direction aucune, et le sont toujours hélas, j'ai vraiment pris conscience de ce que je vivais et comment petit à petit, les décisions de m'exclure, se sont tournées vers moi, qui ne savait pas, pas encore, et dont il fallait au préalable me donner tout le gros dossier : je devais avant tout remplacer celles et ceux qui avaient décidé de ne plus travailler, jusqu'à être la plus visible et désignée en cas de faute des directions et petits chefs avec la complicité des syndicats (dont les représentants sont des collègues avec un échelon très supérieur aux autres employés). Plus simplement, aucun professeur ne peut plus faire carrière ni enseigner, ni même espérer être en mobilité, aller ailleurs, bloqué par les réunions et commissions paritaires, destinées naguère au dialogue social, devenues des lieux de pouvoir et d’exclusion, par simple désignation ou intégration des amis d'un jour et d'exclusion des inconnus ou des sérieux bosseurs avec des idées nouvelles (Nein !) Cible aussi d'un jour, car j'étais celle qui savait encore écrire, et j'avais comme seule réponse celle de décrire, ce qui ne se décrivait pas, ce qui était interdit de dire. Ce n'était pas prévu. Le bleu.
L'accord tacite des réunions sans parole, sans points de vue, sans partage de connaissance était celui-ci : ne jamais décrire ce qu'il se passe, ne jamais dire, se taire, ne jamais aider le ou la maltraitée, ne jamais poser la main sur une épaule, ne jamais épauler, s'épauler, se soutenir, fermer les yeux et dernière règle se boucher les oreilles si jamais une voix expose l'injustice. Cela ressemble à la sagesse chinoise des 3 singes, ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre, et pourtant il n'y a rien de bouddhisme dans ces alcôves. C'est une injonction destinée aux déclassés, c'est un détournement de la sagesse pour diviser et définir des castes sociales.
Je souhaitais travailler, il ne fallait pas et surtout pas expliquer comment je le faisais si bien et comment d'autres pouvaient en faire autant. La pédagogie interdite, on me l'a dit : il faut arrêter de penser. Partager ses connaissances était devenu extrêmement dangereux, surtout à destination de celles et ceux qui en manquaient, non pas les plus idiots, mais celles et ceux qui étaient là pour apprendre et étudier. Mais comment pouvais-je le savoir ? Le savoir, qu'un seul savoir s'octroyait le pouvoir, dans ces arcanes, de se transmettre entre mêmes, adhérents, élus, sans diversité aucune, entre celles et ceux qui savent déjà et donc, ne recherchent plus, ne sont plus en recherche (ceux-là qui demandent toujours des crédits à la recherche en demandant l’adhésion à celles et ceux sans aucun crédit). L’adhésion est obligatoire aux élus syndicaux, aux professeurs autoproclamés au-dessus des autres, par une administration sans conscience aucune ni passé. Comment peut-on adhérer à une organisation sectaire lorsqu'il est déjà prévu que les plus riches seront protégés ? Et quand ces sectes se trompent sur la notion de richesse et de patrimoine culturel, quand les choix sont si mauvais que le sabotage de notre culture devient un maelström si puissant, prompte à ne faire penser qu'au fatum, et non à chacune de nos responsabilités. Il y a de la résignation dans l'air.

Ce fait historique tulliste, nous donne accès à penser, à plus de pensées et à ce que peut être la collaboration, de ce qu'elle est de sidérations, de ce qu'elle impose de corruption, de l’indicibilité, de l'immoralité, lorsque l'on se retrouve dans des situations très éloignées, dans le temps et dans l'histoire et les agissements, mais aussi, très proches, dans le sentiment d'abandon de ses semblables et l'indifférence, seules solutions envisagés par l'humain, pour sa survie, sa lâcheté. Il est peu de force morale dans des regroupements de lâches, mais bien plus d’adhésions. Le pouvoir tel qu'il se construit encore, de nos jours, est avant tout adhésion.
Peut-être qu'un jour, adhérer sera pouvoir se dire et non adhérer à un seul pouvoir.
Se dire, ce courage.

Film Par kiwaïda at 12:16

27/03/2019

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Musique Par kiwaïda at 01:35

25/03/2019

¢ℓé☺ ḓε 5 à 7

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Comment continuer à vivre lorsque la maladie vous guette ? Cléo, une très belle chanteuse, attend les résultats d'un examen médical, avec d'autant plus d'anxiété qu'une cartomancienne lui a prédit qu'elle était malade. Hantée par la peur, elle erre sans but dans les rues de Paris. Au fil de sa dérive, elle se débarrasse de ses oripeaux. Dans le parc Montsouris, un jeune homme l’aborde…


Le film "Cléo de 5 à 7" réalisé par Agnès Varda en 1961 est accessible sur Arte en ligne ces jours-ci. Très beau film graphique avec ses noirs et ses blancs, ses interrogations miroirs et ce goût mélancolique de fin du printemps et de l'arrivée de l'été qui se délie avec la journée la plus longue, comme cette ballade dans le parc avec l'inconnu, le bonimenteur prédit par la cartomancienne, un joueur de mots en permission. Il renverse le cours des choses et s'invite au hasard, comme l'ange qui souffle la vie aux morts vivants. Un parfum d'ailes du désir. Un film de chatons, avec des chatons, filmé par une dame chat. Miaou ! Gâteries, Gato, chat... Seulement pour les précieux, capricieux, féminins d'avant le féminisme et du harcèlement de rue, des trognes et des contes de fées face à la finitude et tout ce que l'on garde en ayant peur de la mort, tout ce que l'on garde avant la fin, sans avoir vraiment goûté à la vie. Magnifiques plans des paysages et des rues mais aussi d'une circulation en voiture comme une boîte à musique, tel un manège où l'on chevauche sa voiture comme un jouet-cheval qui monte et qui descend avec volupté.
Courtiser la vie et la mort.

*

Vendredi 29 mars, quelques jours après la publication de cet article, Agnès Varda décède à l'âge de 90 ans.
Je retiens cette phrase d'elle : Mon travail n'est pas dans l'ombre mais dans la discrétion.

R.I.P.


Film Par kiwaïda at 00:18

24/03/2019

✞нε ṧ℮¢ґ℮т ρ♄ø⊥☺❡я@℘нεґ

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I’ll tell you a secret: I’m a photographer, for a very, very long time, before I came into the world, I was a photographer. I looked at life in detail, your hair, your feathers, your buttons, the grain of your skin, your shadows and your lights, your black hair became blonde, your clouds became smoky, your sweat beads became rain and storm, the beauty of the world streamed, everything was so beautiful and so funereal, everything was so calm and so frightening, everything was so diaphane and trouble, everything was so limpid and inconspicuous. I hate photographers who call themselves photographers, so I found strategists not to appear as a photographer. I chose poetry, the invisible, the slow down, the resign,  the disappearance. Before the world was the world and moving, I lived beneath the earth, I was this photographer of the night, the one who lived beneath your days and that one day sparkled like a star before dying under your ignorant eyes.

Je vais te dire un secret : je suis une photographe, depuis très très longtemps, avant même de venir au monde, j'étais une photographe. Je regardais la vie en détail, tes poils, tes plumes, tes boutons, le grain de ta peau, tes ombres et tes lumières, tes cheveux noirs devenaient blonds, tes nuages devenaient fumées, tes perles de sueurs devenaient la pluie et l'orage, la beauté du monde ruisselait, tout était si beau et si funèbre, tout était si calme et si angoissant, tout était si diaphane et trouble, tout était si limpide et si imperceptible. Je déteste les photographes qui se disent photographes, alors j'ai trouvé des stratèges pour ne pas apparaître photographe. J'ai choisi la poésie, l'invisible, le ralentit, le retrait, la disparition. Avant que le monde soit le monde et se déplace, je vivais sous la terre, mais je voyais tout, j'étais cette photographe de la nuit, celle qui vivait sous tes jours et qu'un jour étincelait comme une étoile avant de mourir sous tes yeux ignorants.

PHOTOGRAPHIES © SONIA MARQUES

Art Par kiwaïda at 19:33

18/03/2019

¢εґiṧiεґ﹩ ε☂ ℘ê¢нℯґ﹩

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Photographies © Sonia Marques


Art Par kiwaïda at 22:42

07/03/2019

ⒶⓁⒺⒼⓇⒾⒶ

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Photographies © Sonia Marques

mini.png

Dédicace à notre souris locataire du loft
la plus courageuse.

Animal Par kiwaïda at 21:38

04/03/2019

Ḡøт т◎ ω@ℓк øʊт ◎ḟ ♄ℯґℯ

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Musique Par kiwaïda at 23:43

28/02/2019

ℙÅϴℕ

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L’œil du paon représente le troisième Œil, celui qui détruit l'illusion et apporte une compréhension de la vérité universelle.


Mon tableau préféré et une vue de plus près...


J'écrivais un article récemment située dans le décor de la gare Montparnasse avec les fresques de l'artiste Vasarely, sans savoir qu'une exposition monographique allait se dérouler au centre Pompidou quelques mois plus tard. Elle est très belle. Je n'avais jamais vu de réalisations en nombre de cet artiste visionnaire. Je découvre comment de nos démos de Téléférique, jusqu'à tant de réalisations programmées de tant d'artistes, graphistes, musiciens, informaticiens, de produits dérivés, de publicités, nous sommes imbibés de son art. QR code, mire télévisuelle, écrans de veille, signalétique urbaine, affiches, couvertures de livres philosophiques, assiettes, robes, tissus, motifs à répétition, il y a quelque chose d'obsessionnel et qui donne le vertige dans cette exposition. En sortant j'ai vu du Vasarely partout, dans l'architecture et les vitraux de métro, dans les grillages, et ne parlons même pas des logiciels et tous leurs effets visuels, dans l'architecture du centre Pompidou ses tubes et ses croisements, bref, on devient dingo complet. Un demomaker avant l'heure, un zèbre. Alors comment cet artiste est-il tombé en désuétude après avoir eu une renommée folle dans les années 60-70 avec ce début publicitaire où le graphisme et la mode vendaient tant de produits et le pixel télévisuel aussi, nous a tous fait tourner la tête. À la fois l'exposition fait renaître une nostalgie de ces formes géométriques connues, défier l'illusion et l'optique mais surtout elle nous donne une vision plus précise de ces aplats colorés et collages, dont on a oublié que c'étaient avant tout, de la peinture. Une espèce d'artisanat sensible de la programmation, avec un plaisir de la couleur non dissimulé, mais mieux : partagé. On ne peut comparer des Vasarely à l'écran ou imprimés sur catalogue avec la physicalité de ses peintures et la fragilité des assemblages. Voir les tableaux et se tenir en face, est une action de l’œil à l'esprit, une appréhension physique et kinesthésique, une rencontre avec la chromie, et les nuanciers divins des étalonnages fins et subtils qui font chavirer nos perceptions.
Vertige complet.
D'ailleurs, je me demande à quoi sert-il de le reproduire à ce point ? Même si l'on ne peut se poser la question, à quoi sert-il de reproduire autant de tableaux, une question Vasarelienne qui rejoint celle que j'ai entendue devant un très beau tableau composé de 3 cercles blanc cassé, noir et brun : Un enfant pourrait en faire autant. L'éternel commentaire iditot. Non, un enfant ne pourrait pas en faire autant, ni si peu, ni de façon aussi affirmée et décisive pour un long parcours artistique. Non Madame. Non, je me pose plutôt la question : à quoi sert-il de le reproduire à ce point ? Ou plutôt, il est incroyable qu'il ait autant été copié, aussi avidement que ses propositions ont été divulguées, vulgarisées, et partagées au Public. C'est peut-être plus un problème de discrimination, lorsque les institutions étatiques qui frisent avec la publicité et la communication, diffusent à outrance un artiste (masculin) durant une dizaine d'années en discriminant celles et ceux qui sont moins vendeurs, et adhèrent moins aux politiques et à la mode. J'ai eu du mal à faire une sélection de photographies et peut-être une seule suffisait. La multiplication nous fait rentrer dans la matrice de la folie. Je pensais à ces personnes qui ont la phobie des boutons, la fibulanophobie. Si leur plus grande phobie serait de tomber dans une piscine remplie de boutons, je pense que les tableaux de Vasarely ont cet effet vampiriques et angoissant. Ou bien aussi, ils sont méditatifs et par leur monotonie, peuvent faire planer l'habitué des rêves cosmiques, le contemplatif (ou la) en accédant au spirituel. Kandisky nous avait averti, il existe du spirituel dans l'art.
Tous ces chemins de l'abstraction, en passant par le cubisme, nous mènent à ce "dérèglement" esthétique et phénoménologique. On peut nommer cela le numérique, mais j'ai toujours trouvé ce terme inapproprié. Je pense que l'avènement du "programmable" de tout ce que l'on pense comme une liste de chose à faire, est de cet ordre et a transformé certaines représentations artistiques vers un art emprunt de chiffres et de nombres et de calculs savants. L'art de la programmation, pour y avoir laissé quelques plumes, dans mon modeste parcours artistique, est un art réalisé par les plus grands paresseux. On dit souvent que la souris, cet objet informatique, a été inventé par des paresseux, surtout pour la molette qui permet de circuler plus vite de haut en bas de la page de l'écran. Ces raccourcis, pour aller plus vite, sont aussi ceux de la pensée lorsqu'elle programme. Les tableaux de Vasarely me font penser à ces effroyables productions de paresses de la pensée, ce petit empire chiffré de carrés, ronds, couleurs et géométries multipliés. En circulant dans ces galeries de nombres peints, telle une synesthète, je voyais une ode morbide. On peut s'ennuyer ferme en circulant dans cet univers, comme lorsque l'on est face aux œuvres dites "numériques", on peut s'ennuyer ferme, je confirme. Et même, je dirai, en échangeant durant des années avec des informaticiens, et leur programmation du monde (car ce n'est pas une idée, des idées, mais des programmations), on s'ennuie fermement, on peut même mourir d'ennui s'ils prennent le contrôle. Ainsi, pour reprendre un autre article (Les clés de St Pierre) on donne souvent les clés des salles informatiques à de grands paresseux, dont on imagine qu'ils sont les seuls à savoir programmer, mais surtout, ils peuvent se sentir puissants avec ces clés, imaginant nous contrôler à distance plus facilement. Rassurons nous, ces grands paresseux ont une faille immense, elle est béante lorsque l'on regarde ces tableaux monomaniaques, c'est que la qualité du lien a disparu face à une efficacité redoutable et grandiose. Ne cherchez pas là l'inattendu et la complexité des relations humaines, non cherchons là, à nous rassurer, à nous divertir un peu, car ces tableaux apparaissent animés, tandis qu'ils sont inanimés, figés et déterminés. Ils se présentent face à nous tel le paon, cet oiseau qui fait la roue pour nous séduire. Avec tous ses yeux surgissant devant nous, nous sommes subjugués comme une femelle devant cette parade nuptiale. Cette efficacité comble une peur du vide. Ce monomaniaque peintre est tout de même singulier, sa production démentielle. Je ne sais si ces tableaux exposés ont été créés spécifiquement pour cette exposition, tant les peintures ont conservé quelque chose de très contemporain, comme si elles étaient peintes la veille. Les couleurs ne sont pas passées, et les découpages toujours impeccablement bien collés. Peut-être est-ce pour réparer la fondation Vasarely ? Bref, c'est une véritable histoire de l'art et de la programmation qui défile sous nos yeux, avec cette exposition, et de nos outils inventés pixelisés, écraniques et toutes ces animations captivantes, qui nous ont hypnotisées durant des années, en occident. Nous avons colonisé le monde avec ces myriades de formes et d'informations cathodiques et catholiques. Mais il est certain, que nous sommes passés à une autre époque. Nous ne pouvions plus nous mirer indéfiniment tandis que ce même monde s'écroulait sous nos pieds. De moins en moins de personnes, de public, peuvent regarder ces exploits, se divertir et faire perdurer l'illusion que ces miroirs tendus sont bien les nôtres. Tendus trop loins, trop distants, trop spirituels, trop intelligents. Dans notre ère matérialiste à souhait et du consommable, l'essence de la voiture et l'alimentation très près, sont devenus les seules ressources auxquelles la majorité croit, avec une confiance aveugle aux plus médiocres pour nous diriger. Je suis restée du côté du spirituel, même en me rapprochant de plus près de ma source de nourriture, c'est mon paradoxe humain.
À nos zébritudes à jamais incomprises.



Nous étions dans un abîme miroir  : celui de prendre en photo le tableau.



Nous étions nous même vêtus des tableaux. Les tableaux épousaient nos corps.





Ce jeu me faisait penser au dessin généalogique que je suis en train de faire et qui est resté... en attente.



C'est un extrait d'un dessin, un collage de sa période du tout début, première salle d'exposition. Il me faisait grandement penser à ce dessin décidément spirituel de ma généalogie et qui attend toujours d'être repris par le guide.



Zèbres toujours, zèbres figure des différents, des intelligents et des sensibles...



Charmant tableau premier (peut-être années 1932 !) Et dire que l'on protestait lorsque j'enseignais la ligne noire et j'apprenais à maîtriser les logiciels de création permettant de réaliser de grands dessins en noir et blanc. Nombre d'étudiantes que j'accompagnais ont réalisé de très beaux dessins, et les plus âgés craignaient de perdre leur pouvoir de supervision, n'ayant pas reçu ces enseignements.



C'est gonflé tout de même. Des tutoriels sur Photoshop sont dédiés à la réalisation de tels effets. Sacrés et sacrilèges, privilèges et démocratie.



C'est beau cet équilibre... C'est un peu comme si je pouvais tomber en regardant ce tableau, mais tout en ne tombant pas.



Et bien voilà, il fallait bien illustrer l'intelligence, et pas des livres romancés à l'eau de rose pour jeunes filles ou femmes à la maison. Pourtant, Monsieur Vasarely, votre défi futur est celui-ci, ne pas répéter, car la redondance c'est ronronnant. Il faudra prendre le risque de s'adresser à un public versatile et non rigide, non obsessionnel, mais complètement inculte... Attention à la littéralité ;.)

Art Par kiwaïda at 17:05

27/02/2019

ᴉʇʇnzɹǝɅ ɐʞᴉɹƎ

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Dans le cadre de la troisième édition de « Mutations / Créations », le Centre Pompidou vous propose de découvrir pour la première fois en France une riche exposition consacrée à l’artiste brésilienne Erika Verzutti reconnue internationalement pour son œuvre autour du vivant. Principalement composé de sculptures, le travail de l'artiste, non dénué d’humour, est caractérisé par la sensualité de ses formes, la tactilité des matériaux et l'inclusion de détails inattendus. Réalité et fiction, naturel et artificiel sont autant de relations de dualité qui sous-tendent ses recherches. Une scénographie inédite a été imaginée en étroite collaboration avec l’artiste pour cette exposition. S’articulant autour d’une sculpture qui fait office de socle pour les autres œuvres, telle une arche de Noé, elle revient sur dix-huit années de création foisonnante.



Un peu par hasard, en passant devant la verrière transparente du centre Pompidou, sous un soleil éclatant traversant la salle d'exposition, je vois une installation étonnante. Je décide donc de privilégier une visite de cette salle d'exposition. C'est la brésilienne Érika Verzutti qui expose. J'ai beaucoup apprécié cette découverte. La lumière était limpide et donnait aux éléments exposés une animation toute particulière, ceux-ci déjà, habitant le lieu, et les visiteurs, aussi traversant que les rayons de soleil, invités à circuler entre les "choses", les bêtes, l'espèce de gros piano préhistorique (c'est mon interprétation) avec ses planètes à demi-sphériques posées dessus, ou ces morceaux de rues urbaines et ces colonnes infinies malicieuses. Entre ces pierres précieuses de roches ou ces familles ludiques, je voyais là une liberté assez joueuse de l'histoire de l'art qui la précède, sans en faire un plat, ni respecter bien des principes conceptuels. La couleur se pose partout même dans le mur d'exposition par des touches vives picturales intenses. Parfois je trouvais ses objets comme sortis d'une grotte, réalisés avec les matériaux récoltés sur le passage, à même la roche, ou dans les interstices des murs, tout de bronze et si jamais elle trouve des bananes, une papaye, ou des pavés, elle se raconte des histoires, dans lesquelles, oui, nous pouvons circuler. Le catalogue du centre n'est pas très bien réalisé (comme beaucoup de catalogues de Pompidou, hélas, format inadéquat, mise en page bâclée et iconographie pas bien prise en photo, bref, à ne pas acheter), ni l'article de la commissaire d'exposition très intéressant (Celle qui avait tant médis sur les femmes artistes, en compagnie de Bustamante et de Xavier Veilhan... s'est-elle repentie depuis ?) alors j'ai pris des photos et j'ai préféré lire les articles portugais.
















Extrait de "Um bicho de sete cabeças" (2016) de José Augusto Ribeiro

Para além de representar, as esculturas de Erika Verzutti dão forma
a sensações e fantasias – querem ser e fazer delícias e horrores...
Evocar um bicho, um monstro, aparentar-se com um objeto utilitário,
lúdico, ritualístico, incorporar à própria constituição física a moldagem
de frutas e legumes em bronze e concreto. Mas, ao fazê-lo, querem
revolver, combinar essas e outras coisas e matérias na construção de
unidades ativas, irresolúveis, que não se deixam apreender por uma
única identidade ou um significado só. Cada figura é uma e contém
diversas: num tripé de galhos de árvore, um avestruz; numa jaca, um
sólido com um desenho geométrico fatiado; e numa estrutura formada
por dois cocos e um cacho de bananas fundidos em metal, há uma
silhueta feminina e uma máscara africana. Ora, de início espanta
que a partir de poucas operações com elementos triviais essas peças
adquiram força sugestiva capaz de articular o que categorias, reinos
e classes separam nos domínios da arte, da natureza e da vida social.
Depois, são as experiências com pesos, consistências, texturas,
contornos, cores, brilhos e temperaturas que contribuem para a
indução de estímulos contraditórios e solicitam do observador um olhar
tátil, se possível gustativo, numa percepção quase sinestésica. O que
se desprende daí é tão composto quanto a própria obra: envolve humor,
beleza, erotismo, estranhamento e violência, a uma só vez. Para falar
de outra maneira, o trabalho é suculento e ácido e doce e amargo e
azedo, em vários sentidos.
Como realizações da libido, essas esculturas parecem também
cheias de vontades, e não é por acaso que assumem conformações
heterogêneas. Talvez nem seja exagero dizer que são dotadas de
comportamento, a julgar pela maleabilidade, movimentação e animação
interna que sugerem. Meio cambaleantes, meio desengonçadas,
adaptam chifres,
focinho, orelhas e pescoço compridos, forjam penas,
pelos, pintas, rabo, patas e genitália, casca, polpa, talo e caroço.
 Obtêm um caráter orgânico impetuoso e, numa estranha existência biológica,
insinuam estrelar um filme pornô, ser atração de parque temático,
dão pistas do ânimo para repousar na prateleira de uma estante, na
mesa de centro da sala, numa cozinha, ao ar livre, no museu. Usam as
ferramentas da educação artística, os pincéis, as tintas, a massa de
modelar, a espátula. Algumas têm pedestais próprios, outras refazem
um Pablo Picasso (1881-1973), uma Tarsila do Amaral (1886-1973), um
Constantin Brancusi (1876-1957), um Sergio Camargo (1930-1990)...
Umas vestem saia, outras maquiam-se, descansam, beijam e morrem.
Com a condição de que possam manter ainda, depois de tudo, as formas
frescas, tentativas e para sempre provisórias.
Esse vitalismo da produção de Erika Verzutti só podia surgir
mesmo de um desembaraço, uma desenvoltura que é por natureza
liberatória, tanto na lida com os materiais como nos modos de aparecer
em público. O trabalho não aspira a nenhum tipo de perfeição, e
o que nele parece primário não tem inocência, senão um tanto de
malícia. Fora as etapas de preparação do bronze e do concreto,
os procedimentos de formação das esculturas são elementares,
dispensam habilidades específicas. Consistem em justapor e empilhar
elementos, modelar formas simples, espichar as magricelas, tornear as
bojudas, espetar objetos ou imprimi-los em pedaços de argila. Tarefas
que requerem, se muito, a destreza de um aprendiz, um principiante.
Realizadas, porém, para tomar licenças, romper protocolos e
desautorizar as chamadas normas cultas; para abrir caminho à
coloquialidade e insolência de uma obra cuja linguagem opera em
desalinho com o suposto caráter edificante da cultura – seja aquela
de expressão sisuda e impostada, seja aquela atividade subsidiária
de benfeitorias, seja aquele passatempo mensageiro, do tipo que traz
ensinamentos “produtivos”.
Além de ambíguas, essas figuras são tortas, irregulares e
instáveis, aparentemente sujeitas a uma inversão. Seriam apenas
desajeitadas, não fossem a graciosidade e o garbo de suas posturas
Avestruz (2008), Henry (2008), Painted lady (2011) e Romana (2011)
são exemplos disso. A maioria dos trabalhos tem origem na montagem
precária de seus componentes, com equilíbrios frágeis e apoios
incômodos, em que prevalece o aspecto de uma solução temporária
ou variável. Outros, de fato, se arranjam com a simples disposição
de integrantes independentes, soltos no espaço, em relação um com
o outro. E preferem restar assim, vacilantes, disponíveis, a adotar
esquemas que possam cristalizar afirmações categóricas, posições
bem assentadas e, por consequência, um conforto. Não, nada disso.
Os acabamentos são rápidos e lambuzados, em especial nos processos
manuais com argila e tinta, a informar da urgência dos gestos, da
arbitrariedade em “chutes” e apostas e das deliberações para resolver
impasses. Resoluções que deixam evidentes as marcas de feitura, os
amassados, as dedadas, as contingências com a matéria pastosa, a
despeito de virtuosismos, de condicionamentos, da possibilidade de um
controle absoluto e da eficiência.
Os mesmos flagrantes se encontram na pintura das superfícies,
com o preenchimento parcial – a rigor, inacabado – para a subdivisão
das partes, em aplicações pontuais de cor; ora na produção de
manchas e efeitos, ora em retoques e detalhes; às vezes, em ações
largas e enérgicas, noutras, cheias de capricho. Um labor mas também
uma aventura prazerosa, entre a irresponsabilidade e a dedicação, sem
esconder hesitações, erros, acidentes (alguns ardilosamente previstos),
nem o enleio com motivos decorativos e outras extravagâncias. O
trabalho não acredita na pura espontaneidade, antes, está preocupado
em conquistar as condições de ser espontâneo. Para que componentes
sujos, grosseiros e ásperos se mostrem também planejados e
meticulosos, para que motivos delicados, afeitos à ornamentação,
guardem lá o seu tônus improvisado e intuitivo.  O fato é que as
arestas, as rebarbas, essa aparência de algo por terminar, concorrem
para a manutenção das formas em aberto e febris. Um pouco como se
o material viesse à tona ainda úmido, em secagem, com o processo
latente, vicejante, e as decisões expostas em palpitação. Até segunda
ordem, nada se calcifica, nada é definitivo nem está, assim como se
encontra, finalizado. O trabalho se recusa a considerar-se pronto.














Art Par kiwaïda at 22:01

ℊґυεṧ

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Photographies © Sonia Marques

Des milliers de grues dans le ciel, des vagues et des V, des sons, des courants d'airs, des points dans le ciel bleu, des lignes élégantes, déliées, reliées, solidaires, indéfectibles... Elles partent.
Leur son est très spécifique. À chaque fois, je dois bien être la seule à entendre leurs voix, et puis je lève la tête, et puis je les vois. Nombre de passants, à ras de terre, vaquent à leurs occupations, se disputent, regardent ce qu'il y a au cinéma sur les affiches, regardent le sol ou les passants, se comparent, marchent les courses remplies, mais aucun ne lève la tête. C'est qu'aucun ne les entend. Pourtant ce spectacle est grandiose, il envahi le ciel, pas de ces avions, mais de gestes très fins. Il me faut croire que c'est un privilège de les entendre arriver et de pouvoir les admirer. Par vague, tels des poissons argentés dans l'eau, ou des sardines, leur ventre au soleil s'irise, se métallise, chaque grue à son déplié, son vol et chaque miroir argent me renvoie une étincelle, de vie. Elles partent et on aimerait les suivre ces grues cendrées car elles semblent bien connaître le chemin. Après avoir passé l'hiver en France et en Espagne, ces oiseaux, mesurant environ un mètre de haut et deux mètres d'envergure, retournent vers l'Europe du nord pour se reproduire et y passer l'été.

Les clés de Pierre

Tant que Jésus vit parmi ses disciples, Pierre figure parmi les apôtres et témoigne avec eux. Il se distingue essentiellement en ce qu'il est le premier d'entre eux, celui auquel Jésus confie la destinée et les clefs de son Église : " Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du royaume des morts ne prévaudront point contre elle. " Quelques événements resteront attachés à son nom et continueront à le caractériser : la pêche miraculeuse et sa première rencontre avec Jésus : " Je vous ferai pêcheurs d'hommes " ; la marche sur les eaux : " Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? " ; sa résistance lors de l'arrestation de son maître en coupant l'oreille de Malchus ; son triple reniement : " Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois " ... Tous ces faits sont rapportés dans l'Évangile et font partie du message que l'Église a transmis jusqu'à nos jours.

Ces épisodes sont porteurs de leur propre symbolisme. Celui de la pierre de fondation tout d'abord ; mais les traditions populaires retiendront surtout le mot "pierre", et ce sera parfois l'existence d'anciennes pierres sacrées - pierres naturelles ou mégalithes érigés par l'homme - qui induira des consécrations à saint Pierre, ces pierres païennes devenant ainsi des "saintes pierres". Celui de la clef ensuite : " Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. " Saint Pierre est de fait le plus souvent représenté avec deux clefs (d'or et d'argent), parfois avec une seule (celle du Paradis), ou encore avec trois (celles du Ciel, de la Terre et de l'Enfer). Mais ce qu'on lui demande souvent de délier, c'est la fièvre, ou bien la rage (saint Pierre n'a-t-il pas mis en fuite les chiens enragés de Simon le Magicien, et n'est-il pas apparu à saint Hubert pour lui remettre les clefs ayant pouvoir contre ce mal ?) : on appose aux hommes ou aux bêtes les "clefs de saint Pierre" (en fait un fer chaud).

" Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. "

Drôle de grue, je retourne souvent dans les lieux où j'ai vécu, afin de reprendre le fil d'une pensée non élaborée, restée en filament et qui n'attend que mon retour pour poursuivre sa destinée. Ces filaments sont éternels. Je me retrouve dans une église que j'ai côtoyée durant au moins 10 années, sans jamais y mettre les pieds. Hors des églises, j'aime les rencontrer et les aborder comme lieux de représentations et de méditations et d'étranges défis de silence dans notre société. Pourquoi ne l'ai-je jamais visitée ? Elle possède des clés, notamment, la représentation des clés de St Pierre.

Aujourd'hui le monde catholique est dynamité et son silence devient argent et la parole déliée d'or. La prise de risque des enfants devenus adultes touchés par la pédophilie dans l'église devient une parole précieuse, et l'irrévérencieuse injustice des autorités croyantes recevant la complicité de tous les pratiquants au silence partagé n'est pas encore questionnée. Je voyais donc ces clés partout. En donnant les clés à ces Saints et à tous ces curés, à ces autorités, étaient désignées également les personnes qui allaient fermer les portes aux innocents. Le plus souvent, des personnes qui se sont enrichies sur cette idée que les innocents ne savent pas et ne parlent pas. Et si un innocent parvient à faire entendre sa voix, c'est encore sous les vœux des puissants et des hautes autorités, la justice également, qu'il meurt, et en silence, oublié des siens. Pléthore de films ont été réalisés et arrivent avec ces nouveaux mouvements et les coupables éclairés. Mais n'est-ce pas encore s'enrichir sur le dos des innocents ? Comment se reconstruisent ces proies, en lutte à ne pas devenir prédatrices à leur tour, en lutte entre le pardon et la condamnation ? Ou la résignation ? En confiance en la vie ? Le bien et le mal sont réunis et intimement mêlés dans ces institutions coupables dont la vocation est de transmettre les comportements du bien, ce costume ecclésiastique sacré, qui enrobe ses déviances, sans trop de peine, pour les uns et la peine toute une vie pour les autres. Comment inverser la notion de pêché, comment remettre à l'innocent ses propres fautes, sous cette robe et ses sermons et forcer le respect derrière sa loge dorée, après avoir imposé le serment secret de se taire, après avoir violé, ces sermons et les valeurs du bien. Or violet vert blanc, des couleurs d'un drapeau, des capes et des toges, des simulacres, des illusions de toute une vie, des mensonges élevés au rang du sacré, des saints et des Dieux. Ni la faute, ni le mal ne sont nommés, effacés par les institutions de foi, ce sont les victimes innocentes qui payent, et ne prient pas assez, des pêcheurs et pécheresses, aux vies brisées.

La médiation est une entité forte et sur laquelle notre société contemporaine se repose complètement, sans jamais interroger, ni les outils, ni les personnes médiatrices, ni le message véhiculé. Les médias m'ont toujours intéressée pour ces raisons, les questionner. Dans des institutions, il n'est plus possible de questionner l’appareil. Ni même de travailler, d'enseigner. Les écoles de journalisme sont aussi gangrénées par ces "club de garçons" (boys club) qui deviennent les seuls modèles adoubés par les directions des publications et journaux, avec comme moteur principal, le harcèlement. Exclure l'autre du monde du travail, devient une profession active, puisqu'il n'y a pas assez de travail pour tout le monde et puisque le gouvernement nous oblige à trouver un travail. Il nous oblige à nous entretuer. Ce gouvernement entretien ce hiatus et ces harcèlements sous le vernis de la "justice pour tous", mais avec des niches bien protégées par la bienpensance.

Comme dans l'Église, il faut pour protéger son club, des règles, des règlements, des contrats, des lois, réservés qu'à certains, cela veut dire des arrangements entre amis, entre intérêt (le système de l'art ne fonctionne que dans cette opaque taciturne éthique, de l'arrangement et de l'implicite, il faut des dizaines d'années pour en saisir ne serait-ce qu'une règle commune, et quasi aucun contrat officiel. Des formations d'écoles publiques ou privées ne suffisent pas à sélectionner les héritiers des clés, les familles jouent leurs héritages. Il faut comprendre là, qu'il est interdit aux classes populaires d'y accéder, de participer et donner sa voix à ces enjeux économiques, éthiques, esthétiques. Ces classes ont une place attribuée : elles forment le public, qui paie un droit d'entrée aux Musées). Tout serait tacite, ou chuchoté dans des alcôves étriquées bourgeoises, et les grandes lois officielles seraient écrites en grand, sur des banderoles, et même gravées dans le marbre.

Innocence de celles et ceux qui ne connaissent pas ces ligues de pouvoir, ces clubs secrets, ces modèles impertinents et hors la loi, pour qui rire et se moquer n'est qu'un clin d’œil et qu'il n'y a pas mort d'homme. Le cynisme devient une marque de camaraderie, et trouver la cible idéale, l'enthousiaste, une recherche de tous les moments afin de consolider des liens mortuaires fugaces, l'envie que le bien disparaisse, que ce qui est bon devienne très mauvais, que ce qui est beau devienne la chose la plus dégueulasse à exclure de notre monde.

Inverser les principes peut être finalement ce que les institutions enseignent le mieux, mais pour le pire des individus sans discernement.

Être face à son ignorance.

N'est-ce pas ce Dieu qui dit à St Pierre : Mais qu'est-ce que tu as foutu !!! Trou du cul !!! Je t'avais donné les clés, ce n'était pas pour les enfoncer dans tous les trous !!!

Les Saints ne cherchent plus toute leur vie, ils s'amusent à trouver. La vie passe trop vite. Et comme plus personne ne distingue qui est Saint, les clés sont données et même vendues, sans qu'elles ne véhiculent plus de message, sans médiation.

Le Vatican est un temple troué, un panier percé... à jour. Un refuge d'humains complice dans l'inhumanité, une impunité totale.

Avoir les clés dans la tête sans jamais trouver de serrure dans la société.

Les cinémas abandonnés sont peut-être la plus belle idée du cinéma.

Les métros sont des expériences réelles de la vie souterraine.


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