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mardi 31 mai 2016

Éяüⅾḯ☂їøᾔ


Jornadas Cantianas (a 16 e 17 de Março 2012), evento em torno da obra de Paulo de Cantos, figura enigmática da auto-edição, cuja obra é largamente desconhecida do público.
As Jornadas Cantianas apresentarão, pela primeira vez, a obra (possível) do autor (livros, maquetas e objectos) ao público, convocando igualmente autores do design, tipografia e crítica cultural para um ciclo de conferências em torno de temáticas tangenciais à obra do autor.
As Jornadas abrem um ciclo dedicado a figuras pouco estudadas e amplamente desconhecidas do universo cultural Lusófono. Expansível a diversas áreas de conhecimento artístico, inicia-se com as artes da edição e da publicação.
Esta primeira Jornada intitula-se Cantiana (de canto e cantão, de cotovelo e cunhal) de Paulo José de Cantos (1892-1979), um ilustre desconhecido dos meandros bibliófilos, um prolífico pedagogo Povoense impelido pela publicação, banzado por tipografia, por acrósticos destravados e pelo universalismo da língua e da lusofonia. Paulo Cantos foi um auto-editor de invulgares, idiossincráticos, inclassificáveis e imprudentes livros que povoam (cada vez menos) as prateleiras de várias lojas de alfarrabistas.
As Jornadas vão decorrer ao longo de dois dias em que vários convidados apresentam, abertamente, analogias e possíveis referências empáticas às suas
edições. Em torno dos livros dissecados iremos falar das principais quimeras presentes na lista de obras do autor.
Os livros do autor, em exposição, serão acompanhados de outras publicações relativas às apresentações dos oradores convidados. Como pequenas extensões biográficas poder-se-á ver material epistolar, desenhos, dedicatórias, ilustrações e maquetas originais entre outros objectos ludo-documentais, encontrados no decurso da pesquisa.

Érudite /

Du latin eruditus (« instruit, éduqué, savant, habile, érudit »), participe passé de erudire (« enseigner, instruire, éduquer »). Étymologiquement, un érudit est une personne « polie » par le savoir et la connaissance.

Érudition : Savoir approfondi dans un ordre de connaissances, et en particulier dans toutes celles qui sont fondées sur l'étude des textes, des documents : Un ouvrage d'érudition.

Qui s'intéresse à l'érudition ?

L'une des personnes illustre et curieuse qui enseignait au collège d'Eça de Queirós à Povoa de Varzim au Portugal, était le professeur Paulo de Cantos. Né à Lisbonne le 13 Mars 1893 il y mourut le 9 Avril 1979. Le professeur Paulo de Cantos a fréquenté les Universités de Lisbonne, Porto et Coimbra. Il est dit de lui qu'il fut "doté d'une grande intelligence, la curiosité et le désir d'apprendre et doué d'une mémoire prodigieuse, de nombreuses formations, incluant diplômes en mathématiques, dessin, physique et chimie, sciences naturelles et biologiques, langues romanes (philologie romane), et même des cours de beaux-arts et a, entre autres, un diplôme en viticulture ". Puis il a été professeur de l'enseignement secondaire, en commençant par Pedro Nunes à Lisbonne et plus tard a enseigné au collège Eça de Queirós à Povoa de Varzim, dans lequel il a passé la plupart de sa vie professorale, et est devenu recteur pendant 10 ans. L'approche du mouvement allemand du Bauhaus ou du surréalisme tel qu'on le connait en France, est approprié pour cet auteur extravagant, original et singulier.


Plusieurs traces écrites attestent qu'il est difficile de faire la synthèse de qui était Paulo de Cantos, professeur, rédacteur en chef, graphiste, philanthrope, philologue. Son intérêt s'est porté sur des manuels d'enseignements, livrets frénétiquement édités depuis les années 20 jusqu'à sa mort. Sur plusieurs sujets, la langue, la géographie, de l'anatomie, de la littérature, les mathématiques, le folklore - et dont la particularité est le chemin utilisé pour créer la composition des caractères, des dessins stylisés, des cartes anthropomorphes. Un travail de pionnier, pratiquement inconnu, très visuel, avec un souci pédagogique. Il est rare de trouver ses livres. Paulo de Cantos a créé son propre langage. Après un voyage au Brésil, vers 1965, l'auteur a organisé dans sa maison un Congrès Luso-brésilien dédié à la langue portugaise. D'où l'idée d'unifier l'orthographe des deux langues, qu'il appelait PAK.
Paulo de Cantos a été un homme en avance sur son temps. La plupart des livres de Cantos trouvés dans les librairies n'ont même pas été ouverts. Il y a une grande distance entre le travail qu'il a produit et le public reçu, qui n'a pas été comprit à l'époque mais son travail a des choses à dire.
Cantar
veut dire Chanter, en portugais, son nom est celui d'un chant, d'un champ ?



Il est retourné à Lisbonne, où il a fondé le Centre de Prophylaxie de la vieillesse dans sa maison, et a créé une librairie adoptée par Fernando Pessoa, Cesariny, entre autres. Mais contrairement à ses contemporains, Paulo de Cantos est resté pratiquement inconnu, ce qui crée un certain mystère autour de lui, comme liés à la dictature. Dans quelle mesure il a influencé les artistes qui le connaissaient ?  Paulo de Cantos va au-delà des livres. Il a inventé un mobile construit en taille réelle, qui s'ouvre et a l'intérieur des os humains pour simuler un squelette, ou une canne bizarre avec plusieurs compartiments pour stocker de petites quantités de produits d'épicerie. La vision polygraphique de Paulo de Cantos, un artiste scientifique a permit de déplacer certains problèmes concrets, de nature technologique, vers des couches plus abstraites de la culture, impliquant la langue et la cognition, dont la théorisation arrive à des limites obsolètes ou absurdes. Comme Fernando Pessoa, Paulo de Cantos, modernistes, a construit un travail basé sur la diffusion imaginative de la science, dans des livres comme Astrarium (1940) ou O livr-o-mem (1930-1936). L'imagination dépasse toujours l'élan de la diffusion. Le travail "Cantianas" est est arrivé à connaissance de nouveaux chercheurs, car invisible et ignoré pendant longtemps, et commence tout juste à être découvert par des designers portugais. Ils sont enchantés par l'utilisation créative des éléments typographiques et rédactionnels, dans tous les livres étrangers publiés par Cantos. Cependant la langue originale et poétique conçue dans des configurations complexes par Cantos, attendent toujours une analyse systémique.
Robert Massin, graphiste, typographe, directeur artistique, français considéré comme un génie, avait été invité à une conférence à Lisbonne en 2012, sur Paulo de Cantos et avouait qu'il ne connaissait absolument rien sur celui-ci, mais plus largement sur l'art au Portugal, ou même son histoire. 

* José Maria de Eça de Queirós ou Queiroz, (25 novembre 1845 – 16 août 1900) est un auteur naturaliste et diplomate portugais.
* Fernando António Nogueira Pessoa est un écrivain, critique, polémiste et poète portugais (13 juin 1888 - 30 novembre 1935)
Théoricien de la littérature engagé dans une époque troublée par la guerre et les dictatures, inventeur inspiré par Cesário Verde du sensationnisme.






 

Tous les visuels sont de Paulo de Cantos

J'ai logé là à Lisbonne, peut-être en 2006, pour pouvoir créer un contact avec l'école angevine, lorsque j'étais professeure, juste à côté de la maison de Paulo de Cantos, dans le Bairo Alto, où il a créé en 1949, un centre de prophylaxie de la vieillesse pour la valorisation de la motricité humaine. Une institution d'utilité publique. En médecine, une prophylaxie désigne le processus actif ou passif ayant pour but de prévenir l'apparition, la propagation ou l'aggravation d'une maladie. J'ignorais cette proximité, mais j'ai photographié cette maison, comme toutes de façades d'azulejaria. Ce contact fut une  aubaine pour l'école d'art angevine qui peinait à avoir un contact bilatéral avec une capitale, au moins européenne, afin que les étudiants partent étudier à l'étranger. J'ai vu récemment de jeunes artistes angevines, ayant étudié là-bas, à la FBA de Lisbonne, par cet échange, créer plusieurs projets, exposer.

Qui s'intéresse à l'érudition ?



  

vendredi 20 novembre 2015

∀ʟlℯẕ ℤ@¢к !

Un bonheur, un cadeau, une joie... en ouvrant ma boîte aux lettres :.)

J'ai reçu le livret des étudiants de École supérieure d'art Cambrai, dessiné par Grégoire Romanet, avec les ponctuations de Betty Bone et sa superbe carte postale. Dans ces moments si tristes et dramatiques dans notre pays, de solitude et d'isolement, je peux admirer le travail d'une école d'art et d'un graphiste, qui me réchauffent le cœur et me rend fière d'enseigner dans ces domaines. Le plus kawaï des livrets, le plus exaltant. Jaime beaucoup la carte postale, l'image et son impression. Cela vaut bien un billet enthousiaste ! Ma joie m'a aussi fait prendre conscience que je ne crois pas avoir reçu, depuis quelques années, de courriers positifs de la part de mon école, hélas.
J'apprécie sa prise en main, ses calembours, et, concernant la crispation sur cet outil, qui peut coexister à sa conception et à la gestion des contenus (de l'organisation même des études), c'est un évènement heureux que de l'avoir dans la paume de sa main, le montrer, sa liberté graphique, son humour et sa légèreté, l'initiative de pousser un peu plus loin les catégories et les échelles. Et oui, nous sommes des créateurs ! La fabrication d'objets pédagogiques (ici outil de communication) nous permet de défendre l'idée que la recherche en art passe par bien d'autres façonnages et pas seulement celui des écrits universitaires aux milliers de signes que l'on compte, plus qu'on ne diffuse les idées, les contenus, la création artistique et graphique... dont les étudiants rencontrés, nous intiment de rester maîtres, et maîtresses, de nos arts et savoir faire, de continuer à enseigner la création, confirmée par nos expériences diverses et précises, nos bonheurs, nos désirs de partager ce que l'on apprend, ce qu'on fait, ce que l'on pense, ce qui est en formation... Mon enthousiasme est à la hauteur des terrifiantes nouvelles que nous apprenons ces jours-ci. Il faut compenser et retrouver l'imaginaire nécessaire à notre création, ne pas tomber dans ces sempiternelles transmissions de la terreur et de la guerre.

"sur les traces bien comprises et appropriées d’un graphisme joueur et coloré"

Dans l'ordre : Ce n'est pas la première fois que le graphiste Grégoire Romanet nous fabrique un outil graphique essentiel à la pédagogie en école d'art et celle de Cambrai a vu juste avec les cartes blanches dédiées à ce professionnel. Plusieurs de leurs livrets antérieurs furent déjà réalisés par l'attention du graphiste aux études et au sens des mots, des signes.
J'avais déjà apprécié une exposition de la graphiste Fanette Mellier qui m'avait étonnée dans la scénographie (Projet Replay aux Arts Décos avec ses flippers, mon article ici)... Et bien c'était Grégoire Romanet qui l'avait assistée.

Tout petit mais solide !


      

Dans le cadre de la manifestation "Le livre s'expose" (de Graphisme en France) programmée au Pavillon Blanc (médiathèque / Centre d'art de Colomiers, près de Toulouse) du graphisme en France, on peut écouter, voir, Grégoire Romanet ici.

Graphiste français installé à Paris, Grégoire Romanet est diplômé de l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en 2001, il s'est fait la main à l'Atelier de création graphique, aux côtés de Pierre Bernard, avant de devenir indépendant en 2006. Pour chaque projet, qu'il s'agisse d'une commande ou d'une expérimentation, d'objet imprimé, de mobilier urbain ou de supports d'exposition, il développe une économie où les matériaux et les techniques de fabrication sont au coeœur du processus de communication en recherche d'équilibre, de simplicité et de poésie. Il enseigne le graphisme à l'école d'art et de design d'Amiens (Esad-Amiens). Il travaille pour des institutions culturelles, associations, éditeurs et artistes autour de deux axes complémentaires dans sa pratique : le graphisme et la scénographie. Parmi ses dernières réalisations, on relève son travail de scénographie pour l’exposition Lieux dits à la médiathèque François Mitterrand de Poitiers (2013), La conception de l’identité visuelle de l’Ecole Supérieure d’Art de Cambrai, la signalétique du Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis (2013), la Conception de l’édition Roman Signer pour l’éditeur Dilecta (2012) et de l’édition Mourenx, paysages sous influences pour l’Ecole Supérieure d’Art des Pyrénées (2012) qui poursuit sa collaboration avec l’artiste David Coste, initiée à Colomiers en 2011 avec la conception de l’édition Territoires Intermittents.

« Grégoire Romanet est un de ces designers que l’on pourrait qualifier de «français». Ce qu’il y a dans son travail pour que l’on puisse dire cela, ce sont les traces bien comprises et appropriées d’un graphisme joueur et coloré toujours poétique et bien fabriqué que l’on reconnait facilement chez Pierre di Sciullo, Frédéric Teschner, Fanette Mellier, Mathias Schweizer ou encore Paul Cox. C’est trop évident et ça n’est pas un mal de le dire. Surtout quand ce charme national est soutenu par une habileté plus suissesse, dans tous les cas plus étrangère, à faire du livre à partir de concepts (en témoigne le très bien fait «Roman-photo» pour Roman Signer publié aux Éditions Dilecta). » (large.la/blog – Léa Carbonnet, Arthur Bonifay, Geff Pellet, Emmanuel Besse).

Photographies au pied levé (Sonia Marques)

"Cachotiers que nous sommes, vous avait-on dit que le livret des étudiants de l'École supérieure d'art Cambrai avait, en insert, une carte postale au format A5, amalgame de lieux emblématiques de notre cité? ? Toujours dessiné par Grégoire Romanet, son verso est maculé des noms des personnalités intervenantes durant notre saison 2015—16"


Pour infos techniques de la carte postale : 250 g/m² CHROMOLUX Pearl : recto nacré blanc. Impression quadri avec séchage UV, traité avec vernis UV sur toute la surface.

vendredi 31 octobre 2014

çα ♥α ʝαṧℯя !

Julien Ducourthial © The jazzist

En cette veillée de la Toussaint, aux allures insolentes d'été indien, je dédie mon article au site Internet The jazzist avec ses graphismes percussifs. It's nice that, la plate-forme de diffusion d'art et de design de Londres a écrit un article sur son auteur, Julien Ducourthial, "a cool pseudonym is a good two-fingers-up to life on the quiet side".

Improvisations ♯

Dans sa méthode artistique et dans son style, il est bien celui qui joue du jazz et donne libre cours à ses envies comme un peintre des motifs (patterns) qui métisse les palettes de couleurs et les formes. Je l'ai vu s'intéresser aux bouquets de fleurs, aux portraits, aux objets de l'atelier, au paysage, autant de thèmes abordés dans la peinture. Ses influences sont multiples, des électros joyeux musiciens 8 bit, aux femmes élégantes Dj Acid Maria & Electric Indigo, d'Uwe Schmidt et son inventif Señor Coconut, de quelques as du courant du pixel art à ceux des piques des arts contemporains, des coeurs classiques Matisse à Lichtenstein, aux plus récentes sculptures d'Aaron Curry, des fabuleuses animations de Paul Grimault, jusqu'à la féministe Linder Sterling ou les fanzines punk de Mike Kelley avant sa reconnaissance. Des trèfles de chance.

Dilletant ♭


Mais on peut en rester au nom choisi pour son site Internet, The jazzist. Il peut se comprendre en anglais comme celui qui joue du jazz, mais aussi en allemand "jazz ist", avec le verbe "être", comme celui qui est le jazz, qui habite le jazz.

Ou bien sous forme d'exclamation :

Le jazz est là !

Julien Ducourthial © The jazzist : Still life


Les origines du mot Jazz sont controversées. On dit que son étymologie vient de l'argot des esclaves noirs affranchis. Il serait une altération de JASM, traduisible par «vitalité», «énergie». La caractéristique de cette musique, Le jazz, c'est l'improvisation. Elle donne libre cours à l'invention. Ce genre musical est né à La Nouvelle-Orléans aux États-Unis, au début du XXe siècle. Croisement du blues, du ragtime et de la musique européenne, le jazz est une forme musicale afro-américaine. Musique métisse par excellence, on le dit "JAJA" des racines africaines comme le mot bantou jaja, « danser », « jouer de la musique » JASI sur le terme africain jasi, « être excité », « vivre à un rythme rapide, sous pression » JIZZ, de l'argot avec des connotations sexuelles, jizz. JASS désignerait en argot d'Afrique occidentale l'acte sexuel. Le mot se serait étendu à la musique de jazz dans la mesure où celle-ci se jouait beaucoup dans les multiples maisons closes de La Nouvelle-Orléans. Dans cette région, on évoque aussi souvent un sens dialectal obscène au verbe anglais to jazz : copuler. Certains lexicologues renvoient à un argot en usage vers 1880 dans cette même région qui signifierait « exciter » - avec une connotation rythmique et érotique. JASER, du terme français jaser (discuter, palabrer) ou qui indiquent l'énergie ou la force, aussi comme une conversation spontanée entre les instruments de musique. D'autres histoires comme celui de JAS, le nom d'un esclave, Jas, qui vivait vers 1820 dans une plantation du sud des États-Unis ; ou bien de JASBO, surnom que l'on donnait à des musiciens de La Nouvelle-Orléans, berceau de ce courant musical. Côté parfum, on évoque aussi le JASMIN, que l'industrie cosmétique française avait utilisé dans ses parfums, qui étaient vendus... également à La Nouvelle-Orléans !

 "Musique nègre", écrit Gide dans ses Feuilles de Route en 1896, "que de fois je me suis levé de mon travail pour l'entendre... A trois, ils exécutent de véritables morceaux de rythme, bizarrement haché de syncopes, qui affole et provoque les bondissements de la chair".


Ça va jaser ♩♪♫♬

Julien Ducourthial © The jazzist : Portraits
Il suffit juste de transposer ces notions aux graphismes de Julien Ducourthial, de véritables morceaux de couleurs, bizarrement hachés de syncopes, qui parfois affolent et provoquent des bondissements... donnent libre cours à l'interprétation, plein d'énergie et de force ♪♫♬ ♪♫♬

Ses palettes d'outils sont des éléments indissociables de ses formes, lisibles, précises, où la narration flirte avec la théorie de la forme (Gestalttheorie) vers un objectif toujours plus abstrait. Dans les arts, la simplicité visuelle n'est pas la plus facile. À partir d'un visuel minimal, on peut accéder à plus de complexité. Le collage, les motifs décoratifs, les trames, les icônes, les formes géométriques, les dégradés, sont autant de termes connus des graphistes, mais peu les élèvent au statut pictural. Certains dessinateurs et illustrateurs japonais sont d'ailleurs ceux qui inspirent le plus le jazzist.

Les villes devraient faire plus confiance aux graphistes dont la culture traverse les arts et la musique. Les habitants auraient ainsi des fenêtres ouvertes sur la couleur, ce domaine traversant les âges qui nécessite une culture du partage.

Côté graphisme, il y a plusieurs références auxquelles je pense. Mais je vais m'arrêter sur l'une d'elle, qui avait fait la joie de mes yeux posés sur des affiches en banlieue Nord, durant mon adolescence. Des sortes de fenêtres fluos, percussives, qui ne laissaient pas indifférentes. Je pense à Michel Quarez, une légende de l'affiche en France. Personnage engagé, intransigeant, qui a imposé une esthétique singulière, associée à des messages forts. Affichiste, né en 1938 à Dama en Syrie, formé également aux écoles des beaux-arts et des arts décoratifs, il exposait cette année au musée d’art et d’histoire de Saint-Denis. Un parcours qui serait très intéressant de revoir aujourd'hui, des étincelles dans des mouvements consensuels où la couleur et le métissage sont mis au ban. Dans ma banlieue, ses affiches ont été de véritables fenêtres, ouvertures sur l'art, la peinture, elles donnaient une direction aux habitants : Tu vois là haut, c'est le soleil  !

Julien Ducourthial © The jazzist : Objects & items

JAJA JIZZ JAS JASI JASMIN JAZZIST

dimanche 15 septembre 2013

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Roy Lichtenstein "Fishing Village [Village de pêcheurs]" (1987) Peinture | 198 x 304 cm (exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques)

Organisée par le Centre Pompidou en association avec l’Art Institute de Chicago et la Tate Modern de Londres, j'ai visité la belle rétrospective de Roy Lichtenstein qui réunit plus de 120 œuvres, tableaux, sculptures, estampes, dont beaucoup ont été empruntées spécifiquement pour l’étape parisienne. À la fois pédagogique et inédite, elle fut l'occasion de voir des toiles et des sculptures que je n'avais jamais vues. Celle à la Pinacothèque, vue en 2007, présentait déjà des oeuvres jamais exposées en France. Je partage ici quelques oeuvres exposées et appréciées. Le village de pêcheur est une vraie découverte et me faisait penser aux peintures de David Hockney, frâiches et libres. "Fishing village" est une toile réalisée par Roy Lichtenstein en 1987, à une dizaine d'années de la fin de sa vie. C'est une composition élégante qui imbrique la trame, ici comme motif (les rayures bleues) avec des coups de brosse (les Brushstrokes très connues du peintre) bien dessinés, mais aussi des coups de pinceaux, par touche, libérés de l'exécution. Il synthétise, selon mon point de vue, des années de jeux, avec les trames et les icônes de la brosse (symboles de la peinture), tout en reprenant un sujet très prisé des peintres, et amateurs : Le village de pêcheurs. On peut penser à une parodie de l'expressionnisme abstrait, convoquant la spontanéité du geste avec celui exécuté et programmé. L'ensemble est très fluide et aquatique, de sorte que l'idée que l'on a du ciel se trouvant systématiquement en haut, se confond avec l'eau, les trames circulent dans tout le tableau. Il y a aussi une influence de Matisse dans celui-ci. Je me demande juste de quel village s'agit-il exactement ? Celui où tous les peintres étaient invités à pêcher, sans aucun doute.

Extrait / Roy Lichtenstein "Fishing Village [Village de pêcheurs]" (1987) Peinture | 198 x 304 cm (exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques)

De mon côté, revisiter son oeuvre me permet de comprendre ma formation et mon parcours professionnel à travers l'art et son enseignement. J'avais à peine 16 ans lorsque je rentrais au lycée parisien Auguste Renoir pour être formée en 3 ans sur les Arts Graphiques et c'est assez jeune lorsqu'on y pense. J'ai eu cette chance, mais aussi par concours, donc le mérite de bénéficier d'un enseignement en avance sur son temps, (côté français) celui des arts et de l'image, avec de jeunes professeurs engagés, dynamiques, humains et très exigeants. C'était la fin des années 80, l'un d'eux, passionné de pop-art nous faisait découvrir Roy Lichtenstein et ses trames. Il est évident que dans les arts graphiques, ce professeur en arts plastiques avait compris l'intérêt de ce modèle pour nous jeunes adolescents. Je ne suis pas passée par la case impressionniste ni même les arts primitifs pour mon baptême de l'art, côté école. Nous avons directement été baignés dans la reproduction et la manipulation d'images et de publicité. Après une phase émancipatrice et d'activités non stop dans la création artistique de choses sur Internet, je suis devenue très vite professeur en multimédia. Je vois bien que ce parcours est très différent de mes collègues et qu'il y a très peu de femmes professeurs dans ce domaine. Pour ma part, c'est donc une partie intégrée de l'histoire de l'art. Il n'y a aucune aparté des arts numériques ou je ne sais quel intitulé stupide (net art et autre), ni aucune histoire à part de l'histoire de l'art, comme beaucoup l'ont écrit et donc surement pensé. Avec mon parcours et le développement de mes activités artistiques qu'elles soient collectives ou individuelles, elles ont toujours été véhicules de l'histoire de l'art, adapté aux outils, à nos outils. Il y a des collègues, ceux de ma génération ou plus jeunes, qui ont suivi des formations plus traditionnelles et donc, ont une méconnaissance des productions artistiques contemporaines infographiques. Je suis très respectueuse des connaissances de chacun, mais il est un domaine qui est encore plein de lacunes dans les enseignements en art, c'est celui de l'infographie et du multimédia, au sens plein du terme, dans l'art ou le traitement d'image. Lorsque l'on visite l'exposition de Roy Lichtenstein, tout devient clair. Cela existait déjà dans les années 60, bien avant l'ordinateur. Et pour celles et ceux qui négationnent voici un rafraîchissement, assez 'fun'.

"Je veux que mon tableau ait l’air d’avoir été programmé, je veux cacher la trace de ma main."

Roy Lichtenstein : Magnifying glass, 1963, Huile sur toile, 40,6 cm x 40,6 cm

J'ai apprécié l'entrée de l'exposition, avec les huiles sur toile et les icônes noires, comme la loupe, célèbre peinture qui donne les clefs de son oeuvre. De loin et de près, ou, comment prendre de la distance et reconstruire une image de loin et comment voir autre chose de près, découvrir un graphisme, une variation de couleur, un moiré... Le pneu est efficace et nombre d'artistes ont repris ce symbole, qui, même si isolé de son contexte, nous fait penser aux voitures, aux routes et l'industrie, la mobilité, les grandes distance, le pouvoir, l'argent, le marché. Un symbole bien avant l'arrivée d'Internet et bien avant que le marché de la voiture chute et que les usines de pneus ferment et brûlent...

Roy Lichtenstein : Tire [Pneu], 1962, Huile sur toile, 172,7 x 142,2 cm

Pour en revenir aux méconnaissances de l'histoire de l'art chez certains, les retardataires, les oeuvres qui utilisent l'infographie ne sont pas vues comme des oeuvres dans leur appréhension, on préfère des oeuvres plus rassurantes en France, comme s'il existait de la "vraie peinture" d'un côté et de l'autre, un truc impur, fait de documents populaires qui circulent partout. Pourquoi ce retard ? Les artistes qui travaillent avec des outils informatisés (c'est à dire tous) et enseignent dans ces domaines, vis-à-vis des autres collègues, sont taxés de "professeur d'informatique". Non pas que ce terme serait péjoratif, mais il ignore les qualités plastiques et graphiques dans l'art d'hier et d'aujourd'hui. C'est très amusant d'ailleurs, car cela permet assez rapidement, ainsi de voir quel est l'état des connaissances de chacun, chacune. Parfois c'est pathétique, mais il y a une belle discrétion. Témoin, je peux dire que nous laissons vociférer les ignorants, faire leur petit cinéma, gesticuler encore ce qu'ils peuvent, afin de ne pas voir la vie d'aujourd'hui, comment se fabriquent les images, les oeuvres. Leur énergie est concentrée à protéger leurs acquis mais ne sont plus dans la prolongation et le développement de ceux-ci. Ils se sont arrêtés, quand d'autres ont continué de créer et penser avec leurs outils, comme un David Hockney qui dessine sur son IPad, de nos jours, il n'y a rien de plus évident. Et il y a les artistes, qui, par peur de ne pas être reconnus dans l'art, s'efforcent de tout "faire à la main" et que cela se voit, au moins, ils auront le bénéfice du savoir faire, faute d'idées. Hors ce sont de fausses pistes. Le savoir faire est également, et cela demande du temps et des formations, dans l'acquisition de techniques liées à l'infographie. J'ai connu des personnes qui s'engageaient dans l'art et excluaient d'emblée le savoir faire des graphistes en les exploitant davantage, et je ne comprenais pas ce langage d'exclusion. Puis, j'ai compris que cela venait des méconnaissances même de l'art et son histoire, qu'ils n'étaient pas vraiment engagés dans l'art en fait et la fabrication des choses, leur analyse, la création. Mais que, par ignorance et lacunes, ou mépris total, que ce soient théoriques ou techniques, ils sous-traitaient la majeure partie de leur oeuvre à des "informatisés", artistes qui se laissaient bien faire au final. Mais on ne va pas très loin, lorsqu'on manque de connaissance, à moins de se rassurer dans une communauté regroupées par ses lacunes, dans la protection d'un petit patrimoine disparaissant. Il faut donc, pour comprendre ce retard, se souvenir qu'en 1961, lorsque l'américain Roy Lichenstein présentait ses immenses toiles, mécaniques et lisses, inspirées des comic strips, au galeriste new-yorkais Leo Castelli, celui-ci adhère immédiatement et son exposition remporte un grand succès commercial. La réception critique, elle, se fait attendre. En 1964, Lichtenstein est élu par le magazine « Life » « le plus mauvais peintre de l’année ». Cela n'a pas d'importance car l’artiste radicalise son écriture avec son style distancié et schématise divers sujets pris dans la culture populaire. Il s’attaque aussi aux chefs-d’oeuvre de la peinture devenus, grâce à la multiplication des éditions, des objets de consommation comme les autres.

Roy Lichtenstein "Look Mickey [Regarde, Mickey], 1961" Huile sur toile, 121,9 x 175,3 cm (exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques)

Sa deuxième femme et présidente de la fondation à son nom, Dorothy Lichenstein, dit de lui qu'il travaillait chaque jour. Il se rendait à son atelier dès 10 heures le matin, il faisait un break pour le déjeuner autour de 13 heures, puis il retournait à son oeuvre jusqu’à 18 heures. Parfois le soir, lorsqu’ils étaient à la maison, il y passait à nouveau un moment. Il aimait aussi peindre durant le week-end. L’atelier était un lieu dans lequel il se sentait très heureux. Pendant de longues années il avait dû faire des petits boulots pour gagner sa vie. Quand sa peinture a commencé à bien se vendre, il a pu enfin, et pour sa plus grande joie, s’y consacrer entièrement. Il travaillait dans son atelier en écoutant de la musique. Il adorait le jazz et le be-bop, il aimait en particulier Charlie Parker, Dexter Gordon, John Coltrane. Pour son 70e anniversaire elle lui a offert un saxophone alto. Il s’est mis à le pratiquer tous les jours, il a appris, avec application, à lire la musique, à faire des gammes. Il a commencé cet apprentissage avec l’esprit ouvert et beaucoup de volonté. 

Vue de l'exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques

Il y a une salle qui met en scène la genèse de l'infographie, avec au départ un taureau. L'image, le dessin se transforme, sa figuration, au même format, au fil de sa manipulation et emprunte des style de l'histoire de l'art en passant par Mondrian, jusqu'à ce que l'animal soit schématisé, devienne une abstraction. Cette salle montre également des peintures de la cathédrale de Rouen, véritables joyaux anticipateurs d'une grande tendance des arts graphiques et du graphisme, celui du savoir faire de l'utilisation des effets de trames, de la vue de loin et de la vision de près.

Évidemment si l'on va en Suisse, il n'y a plus de retard, et le domaine de l'édition et du graphisme dans l'art le montre bien. Riche et décomplexé est ce domaine, soutenu et vivant. J'écris cela car je suis passée au Centre Culturel Suisse et sa librairie nous montre des productions graphiques et artistiques complètement imbriquées et valorisées.

Roy Lichtenstein : Rouen Cathedral Set V, 1969, oil and magna on canvas, 161.61 x 360.36 x 4.45 cm (exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques)

Extraits de plus près : Roy Lichtenstein : Rouen Cathedral Set V, 1969, oil and magna on canvas, 161.61 x 360.36 x 4.45 cm (exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques)


J'ai trouvé que son oeuvre avait un rapport très singulier avec la représentation des femmes. Peu d'ouvrages sont consacrés au sens de ce que l'on voit mais beaucoup insistent sur la technique, la reproduction, la manipulation des images, la trame, le côté "copieur". Ce qui, aujourd'hui est complètement dépassé comme argument. Mais c'est très intéressant de lire à quel point cela a gêné les critiques de l'art, que cette méthode de piochage dans une iconôthèque (le propre de l'usage des artistes aujourd'hui avec Internet, et de toutes générations) soit devenu une méthode qui a fait son entrée dans l'histoire de l'art, comme s'il avait violé la loi de l'original, en étant du côté de la reproduction. Alors que son interprétation est le résultat et le parcours d'un peintre. Il y a là, quelque chose en rapport avec la méconnaissance de cette histoire de l'art et son évolution des acteurs et actrices du système de l'art sur l'infographie, dont j'écrivais plus haut, les lacunes. Au final, mille fois reproduite, l’oeuvre de Lichtenstein a longtemps laissé dubitatifs les conservateurs européens. Et en particulier ceux des musées français où ses toiles brillent par leur quasi-absence. Après Chicago, Washington et Londres, sa rétrospective fait heureusement étape au Centre Pompidou. Camille Morineau, le commissaire de la version parisienne, propose un parcours original, articulé chronologiquement, et qui met en avant la sculpture et la gravure. On peut alors suivre les pistes de recherches de Lichtenstein, ses allers et retours entre les différents médias, et mieux comprendre la complexité de sa démarche. Car, comme l’a fait remarquer, en son temps, l’historien d’art américain Robert Rosenblum : « Quelle est la différence entre la bande dessinée et la production plastique de Roy Lichtenstein ? L’histoire de l’art. »


Roy Lichtenstein : Landscape 6, 1967, Ten Landscapes [Dix paysages] Sérigraphie sur Rowlux moiré bleu-vert avec collage de tirage photographique chromogène, monté sur papier pur chiffon blanc quadruple épaisseur, monté sur panneau en cellulose blanc, 42,2 x 54,7 cm (exposition Centre Pompidou, Paris, 2013 / Photographie : Sonia Marques)

J'ai découvert ces paysages, collages minimalistes. Le livret pédagogique de l'exposition en relate ceci :

Après avoir essayé la peinture sur du plexiglas, la sérigraphie sur des feuilles de plastique ou la lithographie, Lichtenstein découvre le Rowlux, du nom de l'entreprise Rowland Products qui le fabrique pour revêtir des panneaux de signalisation urbains. La surface moirée de ce matériau crée des effets d'optique en 3D que Lichtenstein a l'idée d'utiliser pour représenter des ciels changeants ou des mers agitées, le Rowlux lui apparaissant comme « une sorte de nature ready-made ».

Dans Landscape 6, le papier moiré est rehaussé par une impression sérigraphique et un collage. Dans d'autres œuvres, ce sont parfois des moteurs qui font bouger une partie du tableau, accentuant l'illusion optique du matériau, ou encore des lumières qui tournent autour du paysage. Ces tentatives rapprochent Lichtenstein de l'op’art qui se développe au milieu des années 1960.

Pour revenir à la représentation des femmes, son oeuvre se compose majoritairement de modèles féminin en prise avec leurs émotions, ou demandant de l'aide aux hommes. Soit, elles sont au téléphone les appelant, soit elles pleurent, elles jouent au ballon, elles posent dans un lit, elles parlent aux hommes et s'exposent pour le regard des hommes. Mais elles ne sont pas tranquilles ces femmes. Souvent certaines toiles les montrent dans un ennui, l'attente est systématique. Maquillées, sveltes et sans poils pubiens, elles virevoltent dans les airs, gentilles, jeunes femmes, blondes ou brunes, elles ne vieillissent jamais. Tels le monde capitaliste le souhaite, majoritairement sous l'autorité des hommes. Elles sont impuissantes, ne se révoltent pas, mais elles sont expressives dans la tristesse et le tournoiement des émotions, telles des actrices de films hollywoodiens. Je me demandais alors pourquoi tant de larmes ? Il y a une belle photographie de famille à l'entrée de l'exposition montrant Roy Lichenstein avec sa première femme. Mais leur mariage fut un échec. Et cette année, en 2013, une ancienne petite amie interviewée raconte un peu mieux une période cruciale de son activité artistique.



Il est à chercher du côté de sa vie privée, car comme on le sait tous aujourd'hui, lorsqu'un homme artiste est célébré et devenu internationalement connu, il faut interroger la femme et les femmes avec qui il a eu des relations, qui ont favorisées cette reconnaissance, souvent des artistes ou galeristes. Il y a toujours une troupe de femmes dans l'ombre, qui fait à la place, qui écrit, diffuse, communique, fait rencontrer, si ce n'est, lorsque l'artiste est mort, s'occupe de l'héritage, du patrimoine, de la conservation (le gros boulot) surtout dans une époque où la femme ne pouvait être artiste et avoir un atelier, ni encore recevoir une formation artistique, devenir autonome, gagner son propre argent, être représentée et soutenue et dépendait des hommes. Ceux-ci, dans l'art, avaient pour habitude, et c'est encore le cas, de s'appuyer sur les femmes, soit par séduction, par force ou filiation, héritage, moeurs, rôle social, domination, humiliation, répétition, sans remise en question, ni évolution, pour devenir les élus d'un style, d'un mouvement, devenir le 'jokey' sur lequel les autres hommes parient (c'était un peu l'idée d'un de mes dessins...) Celui qui est admis à rentrer en course. Et les femmes n'étaient que les muses des artistes. Cette année, c'est la petite amie de Roy Lichenstein, Letty Eisenhauer, étudiante en art, qui a été interviewée sur l'époque de leur relation, juste avant la séparation avec sa première femme Isabel (avec qui il a eu 2 enfants) et après sa seconde femme Dorothy la galeriste. Lichtenstein avait déjà 37 ans quand il a peint Look Mickey (1961) Avant, il peignait depuis plus d'une décennie, mais ses toiles antérieures n'avaient pas suscitées beaucoup d'enthousiasme. Pour joindre les deux bouts, il a enseigné l'art et été secoué par une succession d'emplois de courte durée: la vente de bijoux en argent, la conception des vitrines de grands magasins, la création de tableaux de mosaïque. Pendant les deux années qu'il a vécu avec Eisenhauer, Lichtenstein a consolidé sa réputation. En 1965, Eisenhauer a demandé à un ami de dessiner une robe inspirée par l'un des levers de soleil de Lichtenstein, de sorte qu'elle aurait quelque chose à porter au vernissage de sa deuxième exposition personnelle à la galerie Ileana Sonnabend à Paris. "Le soleil était à l'arrière de la robe, sur mes fesses." J'ai dit à Roy, "C'est un coucher de soleil sur mon siège" - et il a dit : "Soyons optimistes et appellons cela un lever de soleil" Il y a quelques années, Eisenhauer a vendu la robe pour 50.000 dollars à un musée de Kyoto, au Japon. "Ce n'était pas beaucoup au regard de ce que la peinture rapportait", dit-elle. "Mais je n'avais rien. Sa seconde femme était intelligente - elle a obtenu un contrat de mariage avant de se marier. Mais je n'étais qu'un poussin dans le monde de l'art. Je ne comprenais pas ce genre de choses". Eisenhauer n'a revu qu'une ou deux fois l'artiste avant sa mort. Il l'a quitté car il a rencontré sa deuxième femme Dorothy, qui deviendra Mme Lichtenstein. Historienne de l'art, directrice de la Galerie d'art Bianchini (pionnière à New York) en 1964 où elle a rencontré Roy Lichtenstein, lorsque la galerie a présenté l'exposition "The great Supermarket". Après la mort de Roy en 1997, elle a créé la Fondation Roy Lichtenstein. Ils ont été mariés de 1968 jusqu'à sa mort en 1997. Certains, et sa femme avec qui il a vécu 30 années disent qu'il mettait la femme sur un piédestal. Il ne comprenait pas qu'elles soient moins payées que les hommes et comptait bien plus d'amies femmes que d'hommes. Représenter les femmes pleurer, pour un artiste assez timide et gentil, était une façon d'exprimer dans ses toiles ce qu'il ne faisait pas, étant très distant d'autre part. Il souhaitait pleurer comme une femme le faisait.

Letty Lou Eisenhauer dit de lui, à la question pourquoi les femmes pleurent :

“The women in these paintings are crying for him, expressing indirectly what he could not express directly. But they are also crying over him. Roy wanted some beautiful Breck girl to love him the way these women loved their men.”

Avec beaucoup d'humour, sa femme dit qu'il y avait des toiles d'explosions dans leur chambre, "Vroom !", "Whamm !" "Bang !", comme s'ils étaient en guerre ou des dessins de hot dog avec moutarde, des aspirines, Alka-Seltzer, "Il avait une ironie sur le monde." Tandis qu'il était très calme. En concurrence avec Andy Warhol, il n'avait pas ce culte des apparences mais cultivait la discrétion. À ces romances sentimentales et ces histoires de guerre il emprunte les moments les plus dramatiques, ceux où des amoureuses éplorées éclatent en sanglots, où les hommes s'illustrent par des actes héroïques, les normes sociales et le rôle de l'homme et de la femme, du couple, sont représentés, radicalisés, comme des signes révélateurs d'une époque, qu'il interpréta toujours entre parodies et hommages.

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Changement de décor, à la galerie Xippas, je découvre le travail de l'artiste Farah Atassi que j'ai bien aimé. Il y avait le vernissage de Bertrand Lavier en dessous à la galerie Yvon Lambert, mais c'était décevant. Donc par hasard, cette chance de visiter une exposition avec des toiles de cette année. Les petites villes de pixels, ces espaces aériens et ces jeux de construction pour enfant séduisent lorsqu'elles s'appliquent sur des toiles de grands formats. Assez joyeux et erratiques ces réalisations sont propices au développement de l'imaginaire, une certaine poétique de l'espace et des souvenirs.


Farah Atassi : Building the city II 2013 /Huile et glycéro sur toile 195,5 x 145 cm


Alors place à ces oeuvres, la galerie décrit ainsi :

Pour sa seconde exposition personnelle à la galerie Xippas, Farah Atassi présente un ensemble de toiles inédites, réalisées à New York lors de sa résidence à l’ISCP. Dans cette proposition, le modernisme est confronté à ses esthétiques rivales : l’expressionnisme allemand et l’ornement folklorique.

Les toiles déploient un motif en « all-over » construit à partir d’une grille, élément cardinal du modernisme. Occupant la surface entière de la toile, le motif produit un effet paradoxal où la planéité nie la perspective illusionniste du tableau. Dans un dédale de carreaux construisant efficacement la composition, trouvent à s’imbriquer des « displays » d’objets : modèles, maquettes de bâtiments ou d’usines et jouets, issus des avant-gardes européennes. Ces jeux de construction, inspirés des sets pédagogiques allemands du début du 20ème siècle, sont disposés sur des socles ou à même le sol de ces intérieurs avec lesquels ils dialoguent subtilement.

Le double dispositif (fond en all-over/display d’objets) présent dans chacune des toiles de Farah Atassi permet de créer une dialectique qui confronte le modernisme à des esthétiques généralement opposées que sont l’expressionnisme et l’ornement. Ainsi dans Toy Town II, les zigzags du fond brisent la grille moderniste et font écho aux cathédrales expressionnistes de Lyonel Feininger. Dans Tabou I et II, se greffent sur la trame moderniste des ornements issus du folklore allemand. Ces jeux d’opposition esthétique lui ont été inspirés des « Nibelungen » de Fritz Lang, où l'on retrouve étrangement, à la fois l'esthétique du Bauhaus et du folklore allemand. Avec ces nouvelles toiles, Farah Atassi propose des espaces insolites et mystérieux qui ne cessent de nous fasciner.


Farah Atassi est née à Bruxelles en 1981, et vit et travaille à Paris. Sa formation (1999-2005) est de l'ENSB-A (Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris), atelier Jean-Michel Alberola. C'est bien de voir ceci, car j'ai obtenu mon diplôme (atelier Jean Luc Vilmouth) dans cette école lorsqu'elle y entrait, en 1999. Et je n'aurai jamais choisi les ateliers de peinture dans cette école. Je n'avais aussi, jamais vu de peintures qui sortaient de cette école, en diplôme, qui pouvaient se rapprocher de mes domaines de réflexions. Cet article étant lié à l'infographie, je fais un rapprochement ici, et j'espère trouver d'autres peintres contemporains ou les rencontrer prochainement. Mes photographies étant ce qu'elles sont, et les peintures subtiles, dans le recouvrement et les blancs cassés, il vaut mieux voir les toiles sur place évidemment. Quoique toutes les images photographiques qui circulent de ses peintures sont de moindre qualité et ne valorisent pas ses toiles. J'ai tenté là de faire mieux, in situ ;.)


   
Farah Atassi : Building the city 2013 / Huile sur toile 198,7 x 160 cm (et Gros plan /////////)




Farah Atassi : Tabou I 2013, Huile sur toile 210 x 170 cm



Gros plan ///////// Farah Atassi : Tabou I 2013, Huile sur toile 210 x 170 cm

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Changement de décor, il fait froid mais il y a de la lumière... C'est la rentrée !
Je fais toujours comme Marylou, à fond la forme car il n'y a pas d'autres images d'elle, qui me parlent :

Me parle d'ailes...

   
Des trouvailles et lectures au Centre Culturel Suisse et à la galerie Sémiose...
  

Enfin une nouvelle lampe pour Pépin, c'est la rentrée ! (Photographie © Sonia Marques)

Et un autoportrait à la peinture à l'huile Wanderlust... À vos pinceaux !

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