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lundi 26 septembre 2016

ṧε℘Tℯღ♭яℯ

Toutes les photographies ci-dessous : Sonia Marques

...Un torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillonne jusque dans tes violettes...


L'or et l'argent, statue vivante cowboy d'une ville, un budget, simple, flexible, une banque, des téléphones : septembre 2016

Trash, crash, ville excessive, nuit de fièvre et d'alcool, de cris et de perdition, pissotière béante, tous les jus mènent à la Garonne, reflets dorés, rosés, bleutés, gris sous la couverture du ciel, transparentes pour les oiseaux et les êtres fourmis.
Les habitants n'ont que faire de l'art et peu connaissent le festival du printemps de septembre en plein automne, les soirées sont plus animées dehors et ne s’embarrassent pas de ce qu'une poignée d'hommes organisent, d'ailleurs est-ce pour tout le monde ?
De quelle pluralité si nous connaissons ces noms, ces tables et chaises musicales ? Du monde rétréci, du théâtre de poche, d’associations et de juxtapositions. Les cartes sont déjà battues et rebattues, les prestidigitateurs, en train de placer autour d'eux, des images extraites de collections de contextes. Imaginaires bankable.


Nous ne finissons pas de prendre connaissance du monde en même temps que de sa fin imminente, cernés de réseaux fermés qui s'affichent comme ouverts et pluriels.

Génération de retardataires tous petits en face des statues de pierre, ou bien statues vivantes dorés à la feuille, décorations du monde qui disparait, billes de grande densité baignant dans des océans de vide.

Je suis trop en avance et je ne cesse de devoir reculer, m'effacer, je m'ennuie, la salle d'attente se remplie. Trop de théâtres politiques leur langage nous importe peu, émancipés déjà de tant d'excès de bêtises, nous étions obligés de tout échanger, logements, vêtements, idées, tout partager.

La conversation et ses intensités, ses mots, tous les mots que l'on nous interdit de dire, tous les pairs et repères, la fête est finie, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, de vivre encore, après, puisque nous sommes déjà morts.

Notre Néo-Zélandais accueillant nous parle de sa grande école très connue dans le monde, dédiée à l'économie, la TSE, non loin de l'espace EDF Bazacle, poésie fluviale... Rencontres entre insulaires.

La Nouvelle-Zélande, (en māori Aotearoa), est un pays d'Océanie, au sud-ouest de l'océan Pacifique, une île située à environ 2000 km de l'Australie dont elle est séparée par la mer de Tasman, la Nouvelle-Zélande est très isolée géographiquement. Cet isolement a permis le développement d'une flore et d'une faune endémiques très riches et variées. Voici que nous avons beaucoup en commun, nous sommes de passage.

Il y a des années que je n'avais pas vue Toulouse, je gardais un souvenir d'ombres du Tage lisboète, mais c'était sans être guide. Il n'y a rien de Lisbonne dans ces rues, le temps n'est pas suspendu, l'anarchie impose ses reflets, êtres déchirés aux dessins de craies, des vacillations du petit matin, où vont-ils tous perdus ?

Milliers de marches tout azimut, d'envies, de folies, de dragues, de libres échappées, pas de barrière pour se jeter à l'eau, vent, soleil, pluie, fièvre et extinction de voix, noisy, noisy, noisy... Crier la nuit, le jour.

Le cri muet de la gargouille. Quinze et une gargouille au Musée des Augustins de Toulouse exposées dans le cloître. Figurations gothiques d'Église des Cordeliers de Toulouse, détruite en 1873.

Sunset : La seizième gargouille du mois de septembre 2016 porte un pull imprimé, du designer Thejazzist, de sa boutique jazzjazz, plus léger que les nuages et plus rare que les larmes de licorne.

Une œuvre de Julia Isidrez, au Musée des Augustins, dans le cadre du Printemps de septembre, le Musée préparé, collection de la Fondation Cartier pour l'art contemporain. Mal indiquée, exposée sous des vitrines étriquées en plexiglas pas très transparents... Alors Julia Isidrez, la chercher ailleurs, très loin, d'un pays d'Amérique du Sud, sans accès à la mer. Céramiste du Paraguay. Ses sculptures me faisaient penser aux personnages que j'ai modelé récemment... Je ne crois plus aux grosses écoles de céramiques qui mangent les petites, plus de mal que de bonheur de création. Ses œuvres me rappellent une vie d'ancêtres auprès d'humbles maisonnées, que des prestidigitateurs souhaitent enfermer dans leurs mains mortes. N'y allez pas disaient-ils, ce n'est pas beau, ni chic. En attendant, les savoirs s'effondrent.

Julia Isidrez vit avec sa mère Juana Rodas, dans une toute petite maison au bord de la route, avec un jardin planté de manguiers, des poules, un chien méchant, un tatakua (four rond traditionnel en terre) pour la cuisine et un grand four en brique pour les poteries... Elles travaillaient ensemble. Julia est toujours là après le décès de sa mère Juana. Formée par son arrière grand-mère.
"Je ne suis pas mariée. Ma mère qui m'a éduquée était pauvre. Elle ne voulait pas d'enfants de mère célibataire à la maison. Il faut pouvoir les nourrir. Et puis avoir un compagnon, c'est une autre façon de vivre. L'homme veut qu'on s'occupe de lui et de la maison. Mes amies ont des compagnons qui les maltraitent, qui prennent l'argent pour se saouler. Je vis très bien de mon art. Mais je suis la dernière de la famille. J'aimerai enseigner, trouver quelqu'un qui me succède."
Autours de Julia grouille un monde fantastique : les plats ont des pattes et un museau de renard, les pichets ventrus un bec de poule, des mille-pattes, des lézards et des pucerons géants grimpent aux flancs des cantaros, d'énormes boules portent des yeux et un nez recourbés dans une interrogation narquoise.

(Extrait du livre "Les Paraguayens, généreux")

Lorsque le plastique est arrivé et le Thermos, sa mère pour survivre à inventer les animaux, pour continuer la terre, puis elle a commencé à travailler avec le Musée El Barros. Depuis la fille expose dans de multiples Musées internationaux, avec des figures anthropomorphes. Peu bavardes seules, un parcours imaginaire puissant, magique.


Le pied de la sculpture d'Antonin Mercié, au Musée des Augustins (Toulouse 1845) David vainqueur de Goliath. Combat entre des adversaires de forces inégales. Trop d'ignorances pour les arts et la littérature, béotiens et philistins, qu'allez-vous faire des êtres fourmis ?

Sous la vigne, le zizi de David vainqueur de Golliath... Et dans l'art, les procéduriers qui décident de tout jeter au cachot, les fanatiques des ordures et des déchets. Quand ils décident que les plus pauvres sont des saletés.

Quand ils décident que les femmes doivent nettoyer ce qui leurs parait sale et qu'elles doivent ordonner des procès débiles dans une justice à bout de souffle, la confusion des gaulois, le grand n'importe quoi. Architectures moroses. Marbre. Les seins de Diane, sculpture d'Alexandre Falguière (1887)

Dans le salon rouge du Musée des Augustins, une toile de Louis François Lejeune, La Chasse à l'ours vers la cascade du lac d'Oo, près de Bagnères-de-Luchon, 1834. Huile. Peintre de batailles, topographe, portraits et uniformes de ses compagnons d'armes, il participa à toutes les campagnes napoléoniennes et fut général de brigade en septembre en 1812. Blessé plusieurs fois, il fut décoré Grand Officier de la Légion d'Honneur. Après la Révolution de Juillet, il peignit surtout des paysages et devint en 1837, directeur de l'École des beaux-arts et de l'industrie de Toulouse, ville dont il devient maire en 1841. Nous y voilà. Une histoire de passe d'armes. L'art de la guerre.
 
À gauche la peinture de 1834, à droite le lac d'Oo de 2016... Les écoles d'art sont devenues des écoles où les étudiantes sont largement majoritaire. Les artistes devenus, eux sont majoritairement des hommes, des professeurs aux invités à exposer, des commissaires d'expositions au festivals. Nombre de médiatrices, stagiaires et bénévoles, étudiantes de l'école d'art... sont des jeunes femmes. Impensé en matière d'éducation à l'art, non partagé, pourtant, logements, idées, vêtements :  tu dois partager dorénavant ton trophée mais pas ta fraude fiscale. Il faut rendre les armes.

Paul-Léon Gervais, sa grande peinture : La Folie de Titania, 1897, exposée au salon rouge du musée. L'amour magique qui unit la reine des fées au tisserand métamorphosé en âne, référence au Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare. La nuit espace de fantasmes, de rêves et de désordre, astre de lune. Des femmes nues autours d'un âne.

Claudia Comte, The curves, the corners, and the machines, Installation à l'Espace EDF Bazacle. On ne rêve plus du tout. Qui est l'âne ?

Les industriels ont besoin des artistes. Il faut armer les artistes, sinon ils n'ont pas droit à l'exposition, ni aux tombeaux.

En 1934, l’architecte Philip Johnson, avait entrepris de présenter au MoMA une sélection d’objets manufacturés. Fasciné par la précision de l’industrie de son temps, Johnson voyait dans les lignes pures de ces objets la matérialisation d’un idéal de beauté platonicien. Dans les années 90, avec 60 ans de recul sur les conceptions modernistes des années 30, Johnson s’est amusé de ses propres réflexions tout en louant la qualité de la mise en scène qu’il avait conçue. C’est à la lumière de cette analyse rétrospective qu’a été imaginé le présent projet. Son principal enjeu consiste à jouer du vocabulaire muséographique dans le contexte d’une exposition d’art incluant des objets industriels. La démarche de la jeune artiste suisse Claudia Comte est à la fois celle d’une sculptrice, d’une peintre et d’une scénographe qui élabore pour chacune de ces formes un environnement spécifique.
Exposition en partenariat avec les sociétés MECAPROTEC INDUSTRIES, AIRBUS, RATIER FIGEAC, LOUIS GENTILIN S.A, RECAERO, LATECOERE, R-MECA, CGR

Le soir, elle fait une performance fluviale, OUI NON. L'attente est terriblement longue, 2 heures de retard ! La star.

Sur les grandes enceintes, de la musique est diffusée, c'est DJ Shadow et son album en entier : Endtroducing, son premier album de 1996. Souvenir d'une copie-party à l'espace Gantner, à Bourogne, apprentie poète dé-frankensteinisée, sur les traces d'Ada de Lovelace.

Ok, mais rien à voir avec la musique qui vient après... Bazars, bazars. Entre oui et non, je choisi : NON. Le ni oui ni non, pour la période électorale, pas terrible comme message.

Les oiseaux, Las aves, originaires de Toulouse, l'école, l'ISDAT, institut supérieure des arts de Toulouse beaux-arts spectacle vivant, accueille des musiciens pour des soirées concerts. Punk rockeurs, les Las Aves se réinventent en fers de lance d’une pop moderne, lorgnant vers le hip hop ou le r’n’b. Une musique plus futuriste, arrangée, électronique. Les jeunes n’ont plus de barrières. Des oiseaux sans cage. Agréable set, mais trop court, plus expérimental que leur album Die in Shanghaï, comme s'ils bricolaient dans leur cuisine, pas du tout frontal, une installation de côté, discrète, la chanteuse, sans fard, tout droit sortie du lycée, faux amateurs et vraie nonchalance caméléonienne.

À voir leur interview, et leurs clips :
LEO
Réalisé par Focus Creeps, il a été tourné à Los Angeles et suit une bande de skateuses et surfeuses qui n’ont pas peur de montrer leur côté bad ass.
N.E.M.
Leur série sur des bandes de filles à travers le monde, Las Aves s’installe directement dans un salon de coiffure. Réalisé par Daniel Breton, le clip se déroule à Peckham, dans le district londonien de Southwark, tissages, nattes et colorations bien stylées.

Gigotations, petit public d'étudiants avant la rentrée, une école tout feu tout flamme, un très jeune gardien de sécurité qui s'ennuie sympathique, pas de machine à café, encore un emploi à la con.

David Shrigley, est exposé à l'intérieur de l'école d'art, à la mode, son nom est avant tout associé à ses combinaisons de dessins maladroits et de commentaires satiriques.

Une salle remplie de dessins. C'est toujours plaisant de voir du dessin dans une école d'art. La bande dessinée non considérée comme l'un des beaux-arts, s'offre les murs. Passer du Louis François Lejeune, directeur de l'école d'art de Toulouse et maire, et peintre de paysages ou de chasse à l'ours à David Shrigley. Involution. Digressions entre amis. Il y a une salle de concert dans le fond, amis, d'amis, d'amis. Principe d'exclusion. Tu as le droit à la vitre et aux écouteurs, les artistes font ce qu'ils veulent.

Dans cette salle, nous avions exposé des étudiants de l'école d'art d'Angers, en 2005 et leurs icônes apaches... Première fois que je découvrais la ville, fast food. Et puis le projet de recherche Magic Ring en 2012 avec l'école d'art de Limoges. Pourquoi y a-t-il un "s" à la fin des noms de ces villes ? Expérience de l'oubli. Les villes sont des pissotières à ciel ouvert.

Il y a une semaine cette école a accueilli un séminaire d'été, de l'Andéa (réunion des directeurs des écoles d'art) sur les fonctions sociales et politiques des écoles supérieures d’art.

Réunions, réunions... Pas de synthèses, reports, procrastinations, bombes à retardement...

Théâtre Garonne, une vidéo de Stan Douglas, Luanda-Kinshasa, de 6 heures. Qualité d'écoute très appréciable après le long trajet. Il est né à Vancouver, souvenir, souvenir en continu.

De la bonne musique, le pianiste et compositeur de jazz Jason Moran a rassemblé autour de lui les musiciens Kahlil Kwame Bell, Liberty Ellman, Jason Lindner, Abdou Mboup, Nitin Mitta, Antoine Roney, Marvin Sewell, Kimberly Thompson et Burniss Earl Travis. Ont également collaboré au film le monteur Christopher Martini, la maison de production Trivium Films, le producteur et arrangeur Scotty Hard, le directeur de la photographie Sam Chase et le chef décorateur Kelly McGehee.

Stan Douglas reconstitue avec soin le légendaire studio de la Columbia Records à New York dans les années 70, studio aménagé dans une ancienne église arménienne (New-York Times journal déjà passé par là)
Enregistrement fictif au cours duquel des musiciens improvisent ensemble dans un environnement visuel, depuis le style vestimentaire jusqu’au matériel d’enregistrement, qui contribue à recréer l’atmosphère de l’époque et en resitue les enjeux.

Réflexion sur les racines africaines de la scène musicale, afrobeat...

Dans la même veine, One.Two.Three, la vidéo de Vincent Meessen. Superbe grand clip, musique et cadrage et couleurs, une dette colonialiste en filigrane apparaît dans ce commissariat suisse. Et ici l'artiste est belge, historiciste, a déjà dirigé à la 56e édition de la Biennale d’Art Internationale de Venise, en invitant une dizaine d’artistes du monde entier dont, pour la première dans le pavillon belge, des artistes africains avec son exposition « Personne et les Autres », un projet autour de la thématique du post-colonialisme.

Sa vidéo ici présentée à la Fondation entreprise espace ecureuil pour l'art contemporain, très long nom pour un petit espace... sur 3 écrans avec délais et synchronisation, très bon son, et rencontres d'écureuils garantis, désargentés. Présentée pour la première fois au WIELS, à Bruxelles, souvenir, souvenir, sa vidéo prend pour point de départ le projet avorté de l'Internationale situationniste de construire une ville expérimentale sur une île inhabitée au large de l’Italie. La phrase « Sire, je suis de l'autre pays », adaptée par Meessen suivant la logique phonétique des langues créoles, renvoie à un texte fondateur de l'Internationale situationniste « Formulaire pour un urbanisme nouveau » (1953). L’idée même de l’île offre la possibilité d'une aventure, proposant à la fois une séparation du monde et une possible re-création de celui-ci. Nous y revoilà, à l'île, décidément.

Kain the poet était en concert à l'ISDAT, pour continuer dans la dette. Histoire de  la scène new yorkaise fin des années 60. “Ye that hath seen me, hath seen Baby Kain and no one cometh to my father except by me. My name is Kain The Poet and I just got here!” Spoken word et la poésie-performance, avant le rap. Superbe show, trop court encore, petits arrangements de CD, erreurs inconnues, Jeff Hollies au saxophone, (déjà œuvré avec Frank Zappa), et de Percy Jones à la batterie, fils du batteur de jazz américain Al Jones. La poésie n'est pas attendue, le vent est fort et les étudiants attendent le groupe Jessica93, pour s'abrutir en violence de bruit, plutôt qu'écouter des mots, orange et bleu, tomber amoureux, vaudou, singularité perdue, le poing levé tendu, "nigger nigger", mais il n'y a pas de noirs dans la cours. Personne ne lève le poing, les élections approchent, silence radio. Le poète repart voir ailleurs. Ailleurs.

L'exposition aux Abattoirs de Toulouse prend beaucoup de temps, mais après on regrette de l'avoir pris, pris au piège. Deux années pour préparer cette exposition, deux artistes, des hommes en dialogues, Raphaël Zarka et Aurélien Froment, commissaire Olivier Michelon, ex directeur du Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, Annabelle Ténèze a pris sa succession, à Rochechouart puis là aux Abattoirs... Il y a sans doute un parcours, une ligne tracée. On les croise, ils se croisent, robe à fleurs et touriste inconnu au sac à la mode. La médiatrice ne connait ni le commissaire, ni ce qu'il se passe à l'étage au-dessous, mais est très contente d'avoir un petit job jusqu'en octobre et découvre le rhombicuboctaèdre. Ça marche auprès d'elle. Zarka a un ticket d'entrée pour son expo. Une petite dérive de transformation du dépliant programme en origami, les deux exposants récidivistes singent ce qu'ils glanent, recyclent, à mort le sensible. Ridicule. Mépris des singularités. Esprit totalisant en sortant de ce cul de sac. Et pourquoi on ne peut rien dire, pourquoi c'est interdit. Déjà cela ne va pas, si on peut rien écrire dessus.

Théâtre de poche d'Aurélien Forment, en référence au magicien Arthur Llyod. Mais alors le Facteur cheval, mon pauvre ami, socle de manifestations d'art contemporain, le savais-tu ?... Te voici bien avancé avec ton tombeau dont on photographie tes sculptures en les isolant de ton tout-monde avec un drap de prestidigitateur, un fan de skate. De cette exposition, comme de toutes ces théories des tables et chaises musicales, on ne retient que celui qui part et celle qui arrive, des croisements, ils sont tous là à veiller au grain. Si on échange les œuvres-objets, on échange les artistes et commissaires, dans les mêmes routes tracées. Interchangeables, énergie perdue.

À l'étage, des sexes d'hommes, parce qu'il n'y en avait pas assez, le photographe Hans Wolfgang Silvester et l'art éphémère des Suri en Ethiopie (2007) de belles photographies d'un peuple de guerriers vivant au Sud de l'Ethiopie, isolé. Des idées pour mon prochain workshop : tous à poil ! Peinture obligatoire (ouf !)

Pigments, zébrures, hachures, pointillés. On retrouve les mêmes photographies pas encadrées pareil, au Musée Paul-Dupuy, là où se trouve l'exposition nommée Musée des égarés, et la conférence entre amis.

L’Hôtel-Dieu Saint-Jacques, et donc une coquille (Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle), est aussi le siège de l’Institut européen de télémédecine et abrite le Centre européen de recherche sur la peau et les épithéliums de revêtement CERPER (groupe Pierre Fabre). Site protégé et classé au patrimoine national.

Eva Kot'átková a installé ses œuvres à l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques, dans le cadre du Printemps de septembre, The blood is less impressive on green (Conference of body parts)

Il y a quelques mois, j'emmenais les étudiants de l'école d'art de Bourges voir son exposition  "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger, à Pougues-les-Eaux pour laquelle j'ai écrit un article. Sa première monographie.

Nouvelle disposition, lieux choisi, opération à cœur ouvert. Sang vert.

Son projet prend sa source à Toulouse avec la découverte, au Musée des instruments de médecine à l’Hôtel-Dieu, d’un dessin d’enfant – celui du docteur Anne Boucays alors âgée de neuf ans –, représentant une chirurgie cardiaque réalisée par son père en 1959 à Toulouse.

Eva Kot’átkovà conçoit à partir de ce motif une installation multimédia composée entre autres de marionnettes, qui rejoueront dans un théâtre anatomique une étrange opération où le corps du patient est absent.

Espace scénique circulaire. Tribunal, robes et dessins, chaises et mots.

Théâtre des maladies et des maltraitances.

Environnements immersifs à haute intensité symbolique dans lesquels photographies détournées, dessins, collages, photomontages. Critique des institutions (administratives, psychiatriques, éducatives)

Au Musée Paul-Dupuy, le printemps de septembre, fait son Musée des égarés. Commissaire: Charles Esche  et Commissaire associée: Elodie Lebeau.
Une gouache sur papier d'aquarelle de l'artiste suisse Georgik Braunschweig (Sans titre, 1978).





Derrière, des miroirs et des horloges, œil de sorcière... Une fissure dans la porte.

Eduardo Galeano (1940-2015) écrivain journaliste dramaturge, d'Amérique Latine écrivait ceci :

12 octobre 1492
Découverte de l’Amérique & Histoire officielle :

Faces et masques


Christophe Colomb a-t-il découvert l’Amérique en 1492 ? Ou bien ce sont les Vikings qui l’ont découverte avant lui ? Mais, avant les Vikings, ceux qui vivaient là, n’existaient-ils donc pas ?
L’Histoire officielle nous raconte que Vasco Núñez de Balboa a été le premier qui a vu les deux océans du haut d’une montagne du Panama. Mais ceux qui vivaient là, étaient-ils donc aveugles ?
Qui a donné leurs premiers noms au maïs ; et là la patate, et à la tomate, et au chocolat, et aux montagnes, et aux fleuves de l’Amérique ? Hernan Cortés ? Francisco Pizarro ? Mais ceux qui vivaient là, étaient-ils donc muets ?
On nous a dit et on continue de nous dire que les émigrants du Mayflower sont venus peupler l’Amérique. Mais l’Amérique était-elle donc inhabitée ?
Comme Christophe Colomb ne comprenait pas ce que les Indiens lui disaient, il a cru qu’ils ne savaient pas parler.
Comme ils étaient nus, comme ils étaient pacifiques et comme ils donnaient tout en échange de rien, il a cru qu’ils n’avaient pas d’intelligence.
Et comme il était sûr d’être entré en Orient par la porte de derrière, il a cru qu’il était en présence d’Indiens de l’Inde.
Ensuite, au cours de son second voyage, l’Amiral a dicté un arrêté qui stipulait que Cuba était une partie de l’Asie.
Ce document est daté du 14 juin 1494 et il stipule que les équipages de ses trois caravelles reconnaissent que telle est la vérité et que quiconque osera soutenir le contraire sera condamné à cent coups de fouet, à dix mille maravédis d’amende et à avoir la langue tranchée.
Le notaire, Hernan Pérez de Luna, a signé l’acte et au bas de la page ont signé aussi les marins qui savaient signer.
Les conquistadors exigeaient que l’Amérique fût ce qu’elle n’était pas. Ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient, mais ce qu’ils voulaient voir : la fontaine de jouvence, la ville de l’or, le royaume des émeraudes, le pays de la cannelle. Et ils ont décrit les Américains comme ils avaient cru, auparavant, qu’étaient les païens d’Orient.
Christophe Colomb a vu, sur les côtes de Cuba, des sirènes avec des visages d’homme et des plumes de coq, et puis il a été convaincu que, non loin de là, les hommes et les femmes avaient tous une queue.
En Guyane, selon Sir Walter Raleigh, les gens avaient les yeux sur les épaules et la bouche au milieu de la poitrine.
Au Venezuela ; selon Frère Pedro Simón, il y avait des Indiens avec des oreilles si longues qu’elles traînaient par terre.
Sur les rives du fleuve Amazone, selon Cristóbal de Acuña, les natifs avaient les pieds à l’envers, avec les talons devant et les orteils derrière et, selon Pedro Martín de Anglería, les femmes se mutilaient un sein pour pouvoir tirer à l’arc plus facilement.
Anglería qui a écrit la première histoire de l’Amérique, mais qui n’y a jamais mis les pieds, a aussi affirmé que dans le Nouveau Monde il y avait des gens avec des queues, comme Christophe Colomb l’avait dit, et que leurs queues étaient si longues qu’ils ne pouvaient s’asseoir que sur des sièges percés.
Le Code Noir interdisait la torture des esclaves des colonies françaises. Mais si les maîtres fouettaient leurs noirs ce n’était pas pour les torturer, mais pour les éduquer et quand ils s’enfuyaient, ils leur coupaient les tendons.
Elles étaient émouvantes les lois des Indes qui protégeaient les indiens dans les colonies espagnoles. Mais bien plus émouvants encore étaient le pilori et le gibet plantés au centre de chaque Grand Place du Centre Ville.
Elle était rudement persuasive la lecture de la sommation qui à la veille de tout assaut livré à toute bourgade expliquait aux Indiens que Dieu était venu sur Terre et qu’il avait mis à sa place Saint Pierre et que Saint Pierre avait pour successeur le Saint Père et que le Saint Père avait fait don à la reine de Castille de tout ce territoire et que c’était pour cela qu’ils devaient quitter les lieux ou payer un tribut en or et que s’ils refusaient ou s’ils tardaient à s’exécuter bataille leur serait livrée et qu’ils seraient faits esclaves, eux, mais aussi leurs femmes et leurs enfants. Malheureusement cette sommation était lue en rase campagne, à l’extérieur du bourg, en pleine nuit, en langue castillane et sans interprète, en présence du notaire, mais sans la présence d’un seul Indien parce que les Indiens, à cette heure-là, ils dormaient à quelques lieues de là sans se douter le moins du monde de ce qui allait leur tomber dessus.
Jusqu’à il n’y a pas très longtemps, le 12 octobre c’était le Jour de la Race. Mais est-ce qu’une telle chose existe?
Qu’est ce que la race ? Est-ce autre chose qu’un mensonge utile pour dépouiller et exterminer son prochain ?
En 1942, quand les Etats-Unis sont entrés en guerre, la Croix Rouge de ce pays a décidé que le sang noir ne serait pas accepté dans ses banques du sang. On évitait ainsi que le mélange des races, interdit au lit, se fît par voie d’injection. Mais quelqu’un a-t-il jamais vu du sang noir ?
Ensuite, le Jour de la Race est devenu le Jour de la Rencontre. Est-ce que les invasions coloniales sont des rencontres ? Celles de hier et celles d’aujourd’hui, ce sont des rencontres ? Ne faut-il pas les appeler plutôt des viols?
Peut-être l’épisode le plus révélateur de l’histoire de l’Amérique est-il advenu en l’année 1563, au Chili. Le fortin de Arauco était alors assiégé par les Indiens ; la garnison n’avait plus ni vivres ni eau, mais le capitaine, Lorenzo Bernal, refusait de se rendre. Du haut de la palissade, il cria :
- Nous, nous serons de plus en plus nombreux !

- Avec quelles femmes ? demanda le chef indien.

- Avec les vôtres.
Nous leur ferons des enfants qui deviendront vos maîtres.
Les envahisseurs ont appelé cannibales les anciens Américains, mais plus cannibale encore était le Cerro Rico de Potosí dont les puits de mine dévoraient de la chair indienne pour alimenter le développement du capitalisme de l’Europe.
Et on les a appelés idolâtres parce qu’ils croyaient que la nature est sacrée et que nous sommes tous frères de tout ce qui a des jambes, des pattes, des ailes ou des racines.
Et on les a appelés sauvages. Sur ce point au moins ils ne se sont pas trompés, car ces Indiens étaient tellement ignorants qu’ils ne savaient pas qu’il leur fallait demander un visa, un certificat de bonne conduite et un permis de travail à Christophe Colomb, à Cabral, à Cortés, à Alvarado, à Pizarro et aux émigrants du Mayflover.


Les femmes au perroquet de Fernand Légers, 1952. Bas relief en bronze polychrome. 342 X 394 cm devant le Musée d'art moderne et contemporain,  Les Abattoirs de Toulouse.

Comme elles étaient nues, comme elles étaient pacifiques et comme elles donnaient tout en échange de rien, elle a cru qu’elles n’avaient pas d’intelligence.


lundi 2 mai 2016

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Code moral du judoka, l'escalier (Photographie © Sonia Marques)

Code moral du dessin, la politesse (Photographie © Sonia Marques)

Code moral du sol, la sincérité (Photographie © Sonia Marques)

Code moraux disséminés par le vent, courage... (Photographie © Sonia Marques)

Organes mâles et femelles

lundi 7 décembre 2015

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David Hammons, Bliz-aard Ball Sale, 1983, New-York

David Hammons est un artiste américain né en 1943 à Springfield dans l'Illinois. Il travaille dans une variété de médias, y compris la performance, l'installation, la sculpture, la gravure, entre autres modes de production. Une grande partie de son travail intègre au début le corps et des matériaux ordinaires, organiques, cheveux, os de poulet, graisse, instruments de musique, pelles, sacs en papier. Avec des objets fonctionnels David Hammons crée un art qui résonne avec les jeux de mots et l'humour de l'art conceptuel avec une approche spirituelle et la présence corporelle et sociale de la vie afro-américaine.
Sa célèbre action, des boules de neige à vendre, Bliz-aard Ball Sale, en 1983, se trouvait sur ​​la rue à New York, à côtés d'autres vendeurs sur Cooper Square. David Hammons vendait des boules de neige dans différentes tailles, aux passants. En attribuant une valeur et apparaissant à rechercher un profit à partir d'un banal objet éphémère (la neige fond), David Hammons attire l'attention à la fois sur la nature arbitraire du marché de l'art et les conditions financières précaires de la classe ouvrière New-Yorkaise.
Sa pratique unique qui mêle art de l’assemblage, culture populaire, musique de jazz, mémoire de l’esclavage et identité noire, lui permet de rester insaisissable. Ses œuvres sont des contributions incontournables à l’histoire de l’art contemporain et des influences majeures pour plusieurs générations d’artistes depuis les années 1970.
Il voyage en Italie et collabore avec des artistes italiens, ce qui lui a donné l'occasion de partir dans toute l'Europe et à la rencontre de son public artistique comme dans les Magiciens de la Terre au Centre Georges Pompidou (exposition légendaire !) et à la grande Halle de la Villette à Paris en automne 1989.
L'année dernière, le 10 décembre 2014, le Crédac (Centre d'art contemporain d'Ivry), donnait une conférence d'Elvan Zabunyan (David Hammons, sur les traces d'une partition urbaine à la médiathèque d'Ivry) qui s'intégrait dans une réflexion sur les liens parfois méconnus entre l’histoire de l’art contemporain, le contexte colonial et l’héritage de l’esclavage aux États-Unis et dans les Caraïbes. Je n'y ai pas assisté mais je remarque qu'Elvan Zabunyan (historienne de l’art contemporain, travaille depuis le début des années 1990 sur les problématiques issues des cultural studies, des théories postcoloniales et des études de genre), depuis sa publication "Black is a color, une histoire de l’art africain américain"  (aux édition Dis Voir, 2004) reste une référence dans les deux écoles d'art où j'ai le plus enseigné, souvent contextualisé selon les étudiants et le climat de la ville, de l'école, du pays. Mes apports de plus en plus minoritaires, les références auxquelles j'aspire, de plus en plus effacées, ma voix de moins en moins audible. Les boules de neige seront toujours là et la fonte des neiges n'a pas besoin de voix pour nous impacter climatiquement, mais d'actions. Ces jours-ci, les élections et l'emprise des vieux extrémistes politiques français sur nos valeurs, des votants contre l'art, contre l'autre, contre la différence, successivement après la folie meurtrière des jeunes extrémistes français. Triste pays où nous vivons, qui ne connait l'inconfort et la misère et méprise la poésie, un pays qui a peur, celui où j'ai eu accès aux plus belles expositions, des moins valorisées aux plus soutenues, et où je vis, tout ce qui fait que j'aime l'art et l'enseignement, la création et la liberté des formes artistiques. Un pays qui m'a appris beaucoup de l'art, et auquel je retransmets ce que je peux, de moins en moins ce que je veux, je pense être juste, au regard de mon expérience.
- Sommes-nous si peu à reconnaître ses valeurs à les défendre ?
Des amis intellectuels et artistes que je n'entends plus, des cachés entrés en résistance, des muselés, des absents, des partis ailleurs, des isolés, des interdits de manifester, des S.O.S. sans réponses, le désengagement de tout, des interdits de penser de se réunir sur des idées. Seules les réunions festives restent autorisées pour une image surannée de liberté d'expression, exposée aux vents mauvais.
- Sommes-nous si volontaires pour faire semblant ? Pour être exposés aux vents mauvais ?
De l'indépendance d'esprit, nous avons besoin.

David Hammons, Bliz-aard Ball Sale, 1983, New-York

Je repensais à cet accès, et pour ma part, il vient des MJC, ces Maisons des Jeunes et de la Culture, ces lieux initiés des mouvements issu de la résistance de 1944. Là où ma mère m'y a inscrite et y participait, en banlieue, dans les années 70, elles sont devenues des lieux de résistance à l’isolement, à l’intolérance, à l’individualisme, à la morosité, au formatage, ont favorisé l'épanouissement personnel, les rencontres, l'amitié, l'amour, les échanges avec des jeunes si différents, tournés vers des projets communs, des valeurs humaines et riches qui nous rassemblaient au-delà de tout. J'ai tout appris, enfant, de la lecture, de la musique du monde, des métissages culturels, de la danse contemporaine... J'y ai invité des amis, à participer, à apprendre, depuis la capitale ils venaient se nourrir, voir, écouter, des spectacles, danser, dire, dessiner. C'est un beau bagage et il est précieux, une denrée rare dans d'autres contrées. Dans mon parcours, bien avant les grandes villes, la capitale, j'y ai pris goût bien avant, à tout ce qui se joue dans le domaine artistique et se diffuse dans tous les autres domaines. Il est long le chemin et plein de traverses.
J'ai croisé tant de David Hammons, inconnus aux yeux du milieu de l'art, aux visages différents, aux idées singulières, aux styles et attitudes multiples, des jeunes femmes, filles, des danseuses avec des espoirs, des beautés saisissantes, d'Afrique, du Nord de l'Europe, des pays que je n'ai jamais visité, tous comme moi, avec juste le souhait d'apprendre, de créer, dans une économie de moyen, qui ne craignent ni le dépouillement, ni l'ornement, la décoration, ni l'invisibilité médiatique des instants partagés. Une intensité qui dure finalement dans le temps. Mon esprit est contemplatif.

dimanche 8 mars 2015

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Photographie © Nickolas Muray, Titre : Frida with pet fawn Granizo (1940)

Un jour je devais siéger dans un jury pour le concours d'entrée de jeunes étudiants dans une école d'art. Il y a un an. Je suis arrivée un peu en avance dans la salle dédiée. C'était un petit atelier où étaient entreposés des cônes de fils de couleurs et des machines à coudre et des morceaux de tissus. Il y avait le bruit d'une perceuse derrière la cloison et les autres membres du jury tardaient à venir. Je trouvais un mannequin de femme nue qui se tenait debout, sans les bras. Je suspendis ma veste sur une de ses épaules et me posait sur un tabouret maculé de tâches de peinture, de la même hauteur que la table. J'avais, dans mon sac, le livre de la philosophe, Judith Butler, Qu'est-ce qu'une vie bonne, qui venait de sortir, traduit en français. Je décidais de commencer à le lire.

"Ce qui est ici en jeu, c'est un type d'enquête consistant à se demander quelles vies sont déjà considérées comme n'étant pas des vies, ou considérées comme des vies ne vivant que partiellement, ou comme des vies déjà mortes et envolées, et ce avant toute destruction ou abandon explicites. Bien sûr, cette question devient très douloureusement tangible pour qui se comprend déjà comme une sorte d'être dispensable, un être qui enregistre à un niveau affectif et corporel que sa vie ne vaut pas la peine d'être sauvegardée, protégée et considérée. Il s'agit de quelqu'un qui comprend qu'il ne sera pas pleuré s'il perd la vie, et donc de quelqu'un pour qui l'affirmation conditionnelle "Je ne serais pas pleuré" est vécue concrètement au moment présent. S'il s'avère qu'aucun réseau social, aucune institution ne me prendrait en charge en cas d'effondrement, alors j'en arrive à relever de la catégorie du "qui-n'est-pas-digne-d'être-pleuré. Cela ne signifie pas qu'il n'y en aura pas certains pour me pleurer, ou que celui qui n'est pas digne d'être pleuré n'a pas de manières d'en pleurer un autre. Cela ne signifie pas que je ne serai pas pleuré à un endroit et pas à un autre, ou que la perte ne sera pas enregistrée du tout. Mais ces formes de persistance et de résistance interviennent toujours dans une sorte de pénombre de la vie publique, faisant occasionnellement irruption pour contester ces systèmes par lesquels elles se voient dévaluées en affirmant leur valeur collective. Alors, oui, celui qui n'est pas digne d'être pleuré participe parfois à des insurrections publiques de grande tristesse, raison pour laquelle il est difficile dans tant de pays de distinguer la procession funéraire de la manifestation."


Un collègue rentre dans la salle et s'installe un peu plus loin et il attend les autres membres du jury, en regardant sa montre et rouspétant dans son coin. Une heure de retard et les étudiants candidats sont à la porte. Perchée sur le tabouret, je continue de lire mon livre.

"La raison pour laquelle quelqu'un ne sera pas pleuré, ou a déjà été jugé comme n'ayant pas à être pleuré réside dans l'inexistence d'une structure d'appui susceptible de soutenir à l'avenir cette vie, ce qui implique qu'elle est dévaluée, qu'elle ne mérite pas d'être soutenue et protégée en tant que vie par les systèmes de valeur dominants. L'avenir même de ma vie dépend de cette condition de soutien. Si donc je ne suis pas soutenu, alors ma vie est jugée faible, précaire, et en ce sens indigne d'être protégée de la blessure ou de la perte, et est donc une vie qui n'est pas digne d'être pleurée. Si seule une vie digne d'être pleurée peut être considérée, et considérée à travers le temps, alors seule une vie digne d'être pleurée pourra bénéficier d'un soutien social et économique, d'un logement, de soins médicaux, d'un emploi, de la liberté d'expression politique, de formes de reconnaissance sociale, et d'une capacité de participation active à la vie publique. On doit, pour ainsi dire, être digne d'être pleuré avant d'être perdu, avant que se pose la question d'être négligé ou abandonné et on doit être capable de vivre une vie en sachant que la perte de cette vie que je suis serait déplorée, et donc que toute mesure sera prise afin de prévenir cette perte."


Le collègue me dit : "Je vais voir ce qui se passe". Je reprends ma lecture. La perceuse fait encore plus de bruit.

"Si nous en revenons alors à notre question de départ – comment pourrais-je mener une vie bonne dans une vie mauvaise ? –, nous pouvons repenser cette question morale à la lumière des conditions sociales et politiques sans tirer un trait ce faisant sur l'importance morale de la question. Il se pourrait que la question de savoir comment vivre une vie bonne dépende du fait d'avoir le pouvoir de mener une vie tout autant que du sentiment d'avoir une vie, de vivre une vie, ou effectivement d'avoir le sentiment d'être vivant."


La perceuse s'arrête. Ma lecture se concentre mieux et est plus rapide. Mes yeux percent le papier.

"Il est permis de dire qu'Adorno, à de tels moments, écarte l'idée de résistance populaire, de formes de critique s'incarnant dans des corps réunis dans les rues pour articuler leur opposition aux régimes contemporains de pouvoir. Mais la résistance est également comprise par lui comme un "dire-non" à ce qui, dans le moi, souhaite prendre part au statu quo. Nous avons donc là à la fois l'idée de résistance comme une forme de critique que seuls quelques élus peuvent mettre en œuvre, et l'idée de résistance en tant qu'une résistance à ce qui en moi cherche à rallier ce qui est mauvais, un frein interne contre la complicité. Ces affirmations limitent l'idée de résistance de plusieurs manières qu'en définitive je ne saurais accepter. Les deux affirmations entraînent à mes yeux des questions supplémentaires : quelle part du moi est refusée, et quelle autre est investie à travers la résistance ? Si je refuse ce qui en moi pactise avec la vie mauvaise, ai-je alors atteint à la pureté ? Suis-je intervenu pour changer la structure de ce monde social dont je me retire ? Ou me suis-je isolé ? Me suis-je joint à d'autres dans un mouvement de résistance, et un combat pour la transformation sociale ?"


Le collègue revient et me dit : "Il y a un problème, le président du jury n'est pas là, et il n'y a personne pour représenter la théorie". Il s'installe en soufflant : "C'est toujours la même chose, chaque année". Il ne sait pas quoi faire et tapote sur la table. Il me demande un crayon pour écrire son nom sur une des feuilles. Je lui donne celui qui me sert de marque page et continue ma lecture. Il me demande quel jour on est. Je ne réponds pas plongée dans ma lecture. Je tourne les pages à toute allure.

"Si en effet la résistance doit entraîner une nouvelle manière de vivre, une vie plus vivable s'opposant à la distribution différentielle de la précarité, alors les actes de résistance diront non à une manière de vivre dans le même temps où ils diront oui à une autre. L'action concertée qui caractérise la résistance se trouve parfois dans l'acte discursif verbal ou dans le combat héroïque, mais elle se trouve également dans ces gestes corporels de refus, de silence, de déplacement, de refus de bouger, caractérisant ces mouvements qui promulguent des principes démocratiques d'égalité et des principes économiques d'interdépendance en en appelant à une nouvelle manière de vivre plus radicalement démocratique et plus substantiellement interdépendante. Un mouvement social est lui-même une forme sociale, et lorsqu'un mouvement social en appelle à une nouvelle manière de vivre, une forme de vie vivable, alors il doit à ce moment promulguer les principes mêmes qu'il cherche à mettre en œuvre. Cela signifie que lorsqu'ils y parviennent, de tels mouvements, qui seuls peuvent articuler ce que pourrait signifier mener une vie bonne au sens d'une vie vivable, sont les auteurs d'une promulgation performative d'une démocratie radicale."


Un autre collègue débarque en nous disant : "Il n'y a pas de président du jury…" Il me tend un paquet de feuilles  "… et il a été décidé que ce serait toi". Je regarde les feuilles mélangées avec des post-it. Je demande qu'est-ce que c'est que l'autre paquet rempli de copies écrites. Ils me disent tous deux, se relayant : "Ça ce sont les copies des étudiants qui ont travaillé deux heures sur le sujet d'histoire de l'art présenté… Il faut les corriger pendant les entretiens des candidats pour inscrire les notes et les appréciations sur chaque feuille". Je ne connais pas le sujet donné. Je demande si l'un d'eux peut corriger le sujet qu'ils semblent connaître. Ils disent qu'ils ne sont pas théoriciens. Je demande à ce qu'une personne qui est en charge de la théorie se joigne à nous. Le collègue me dit qu'il va voir s'il y a d'autres collègues dans les couloirs. Je descends du tabouret et choisi un siège de bureau plus bas rembourré de mousse, un peu décousu, pour être face aux candidats. Il y a plus d'une heure et demi de retard. Je termine mon livre.

"Notre exposition partagée à la précarité n'est rien d'autre que le terreau de notre égalité potentielle et de nos obligations réciproques de produire ensemble les conditions d'une vie vivable. En reconnaissant le besoin que nous avons d'autrui, nous reconnaissons tout autant les principes de base qui inspirent les conditions sociales, démocratiques, de ce que nous pourrions encore appeler "la vie bonne". Celles-ci sont les conditions critiques de la vie démocratique au sens où elles sont partie intégrante d'un état de crise permanent, mais aussi parce qu'elles relèvent d'une forme de pensée et d'action qui répond aux urgences de notre temps."


Le collègue revient avec une nouvelle collègue. Elle s'installe sur un siège qui grince et je lui confie le paquet de copie. Elle ne connait pas le sujet, ni l'école. Je m'aperçois que les formulaires de présentation des candidats ne sont pas complets. Je demande à ce que la perceuse s'arrête pendant les entretiens. Je distingue les formulaires, redistribue les missions à chacun afin d'être opérationnels. L'un s'installe sur le tabouret plus haut et tient toujours mon stylo comme une béquille, l'autre sur le siège le plus confortable, délesté de toutes les copies, sort son téléphone portable comme une boussole. Je donne le feu vert pour faire entrer les candidats. Après le passage du premier, une secrétaire entre dans le petit atelier nous informant que ce n'est pas le bon tas de feuilles et repart. La perceuse reprend son travail.

« S’il est sans doute difficile d’utiliser un seul et même mot pour décrire les conditions qui rendent les vies invivables, le terme de « précarité » semble permettre de distinguer les différents modes « d’invivabilité » : par exemple celle qui frappe les personnes qui se retrouvent en prison sans procès, celle des personnes qui vivent dans des zones de guerre ou des zones occupées, des personnes qui se retrouvent exposées à la violence ou à la destruction sans sécurité ni solution, des personnes qui sont obligées d’émigrer et de vivre dans des zone frontalières dans l’attente qu’on ouvre les frontières, que la nourriture arrive et que leur statut de clandestins prenne fin ; des personnes dont la condition est celle d’une force de travail négligeable et consommable, pour qui la perspective d’une assistance stable recule toujours, qui vivent au jour le jour dans un horizon temporel effondré... »

À la pause déjeuner, un professeur d'anglais vient nous rejoindre avec son sandwich afin de corriger les copies des épreuves d'anglais. Nous le retrouvons au retour de notre pause déjeuner, son sandwich à moitié grignoté. Il repart rejoindre un autre jury.
En fin de journée, nous terminons la séance et les évaluations. Plusieurs candidats ne se sont pas présentés.

"Cette vie qui est la mienne me revient réfléchie par un monde qui distribue la valeur de la vie de manière différentielle, un monde où ma propre vie se trouve plus ou moins évaluée par les autres."


Ils prennent leur voiture. Je rentre à pieds. Je lis Rousseau.

"Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n'avons pas à notre naissance, et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l'éducation."

Jean-Jacques Rousseau, Émile, 1762.

Je m'interroge sur l'éducation. J'opte pour une hypothèse : Être un enfant sauvage dans un monde de sauvages, l'illusion d'une éducation. J'écoute un des petits sauvages à côté de moi qui dévore des noix : " C'est bon hein ? " me dit-il.
Aujourd'hui c'est un jour national pour le détecteur de fumée. Je regarde des photographies des animaux de l'artiste Frida Kahlo. Elle fume. Un faon, une femme. Flûte une nuit blanche. Ce sera le jour des F (Fumée, Femme, Faon, Frida...) de toutes les Fantaisies inventées par un monde qui distribue la valeur de la vie de manière différentielle, un monde où ma propre vie se trouve plus ou moins évaluée par les autres.

lundi 25 août 2014

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lundi 16 avril 2012

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Michael Sailstorfer

Sternschnuppe, 2002 (étoile filante) de l'artiste Michael Sails (photo prise depuis la tour du centre d'art de l'île de Vassivière)
Mercedes Benz, lampadaire, cable élastique, métal

Étoile filante est une des oeuvres les plus importantes du parcours de l'artiste allemand Michael Sailstorfer, né en 1979, que j'ai découverte en allant à l'île de Vassivière. La Mercedes est équipée d'une catapulte pour réverbère et placée en bas du Centre international d'art et du paysage. L'oeuvre porteuse d'un rêve, celui d'une potentielle éjection d'une étoile filante, littéralement un lampadaire retenu. Mais la mécanique fonctionne, en témoigne cette vidéo nocturne.

Pas au même endroit, mais dans le limousin, en étoile filante, je fais un lien avec l'exposition au Château de Rochechouart, magnifique lieu, magnifique campagne. Olivier Michelon a invité le jeune collectif IrmaVep Club à déployer dans les vastes salles du château les deux derniers volets d'un cycle d'expositions débuté en 2011 à la galerie schleicher+lange, Paris.

giovanni giaretta

Space time (The joke 1992-2010) de l'artiste Giovanni Giaretta, photo prise au Musée Rochechouart d'art contemporain  pour l'exposition IrmaWep Club

Les coupures des dessins encadrés de Giovanni Giaretta présentent des personnages isolés sur une île déserte. Ils ponctuent l’exposition, comme pour montrer l’écart entre ce que l’on voit et ce que l’on imagine exister ailleurs et autrement.

Dans le beau livret imprimé de papier fin de l'exposition IRMAWEP, on peut lire en préambule une citation d'Oscar Wilde :

"De nos jours, les gens voient les brouillards, non parce qu’il y a des brouillards, mais parce que peintres et poètes leur ont appris le charme dit mystérieux de tels effets. Sans doute y eut-il à Londres des brouillards depuis des siècles. C’est infiniment probable, mais personne ne les voyait, de sorte que nous n’en savions rien. Ils n’eurent pas d’existence tant que l’art ne les eut pas inventés."

Oscar Wilde, La Décadence du Mensonge, ed. L’Âge d’Homme, Lausanne, 1976

Et des "Messagers terrestres", intitulé du livret, un extrait :

1977, USA. Le Congrès américain accorde les fonds nécessaires à la construction du Large Space Telescope, premier nom du télescope spatial Hubble qui sera finalement assemblé en 1985. Lancé en orbite à près de six-cent kilomètres d’altitude au-dessus de l’atmosphère terrestre, le télescope fournit aujourd’hui les images les plus précises et détaillées de l’univers et constitue un fabuleux outil de communication pour la NASA. ponctuellement, dans les journaux : « le télescope Hubble a envoyé de nouvelles images de nébuleuses et de galaxies », « Exclusif ! les dernières images de Hubble ». puissante machine à remonter le temps, le télescope fait parvenir jusqu’à nous des images datant de plusieurs milliards d’années lumière, entre fresques baroques et délires pompiers futuristes : nébuleuses fluos (nébuleuse du Boomerang, de l’œil de chat), rubans de gaz pourpres, nuages de poussière céleste turquoise, ...
Les images obtenues par le Hubble sont en noir et blanc, et leurs couleurs leur sont en-suite assignées par ordinateur « pour différentes raisons ». Laurie Anderson, première (et dernière) artiste qui s’est vue allouée en 2003 une résidence d’un an à la NASA, avait demandé aux techniciens pourquoi l’emploi de ces bleus et de ces roses « Disney kitsch ». On lui a répondu qu'« on pensait que les gens aiment ça. » sur le site internet du Hubble, on peut ainsi lire : « Les couleurs des images Hubble (...) ne sont pas toujours celles que l’on pourrait voir si l’on était capable de visiter les objets imagés (imaged objects) dans un vaisseau spatial. Nous nous servons souvent de la couleur comme d’un outil (...) pour rendre visible ce qui ne pourrait normalement pas l’être par l’œil humain. (...) Créer des images en couleurs à partir de clichés en noir et blanc, c’est à mi-chemin entre l’art et la science. »

thomas merret

36°06'34'' N 5°20'42'' O
43°46'17'' N 7°52'09'' O
58°38'40'' N 3°01'31'' O
36°10'56'' N 6°02'01'' O
De l'artiste Thomas Merret (Photographie d'une vue de l'exposition IrmaVep, au Musée de Rochechouart, d'une des photographies de Thoma Merret)

En suivant les coordonnées GPS indiquant la séparation des mers, Thomas Merret a photographié des frontières invisibles, saisissant ce qui ne peut être vu et enregistrant des cloisonnements physiquement impossibles.

Des invisibles, du livret, un extrait :

Quand un photographe, qui parcourt le monde à la façon du géographe pour en rendre compte, livre le même cliché, toujours un peu le même, jamais vraiment le même, il intrigue par la monstration redondante de l’apparent indifférencié (une mer reste une mer, après tout) sauf que ses cadrages sont assortis de coordonnées géographiques ultra précises ; l’indice alors qu’il y aurait quelque chose d’autre. A voir, sûrement pas. On pointe là où l’œil ne remarque rien. A concevoir, peut-être. On pointe et soudain s’ouvre une béance : sur la cartographie mentale que l’on projette sur toutes les mers, n’importe quelle mer, se surimpressionne la géographie réelle de la frontière. Une vision fugace qui ne prend pas et ne peut résister à l’incommensurable ; l’espace de la mer (comme celui du ciel) est une immensité qui ne peut souffrir l’idée de délimitation. Ailleurs, un autre cadrage opaque qui tait ce que sa légende révèle.

Volko Kamensky

Volko Kamensky

Volko Kamensky

Volko Kamensky

Volko Kamensky

ORAL HISTORY de l'artiste Volko Kamensky
A report from the land of the Brothers Grimm
, 2009
22 min, 35 mm, couleur, allemand
Photographies prises à l'exposition IrmaVep, au Musée de Rochechouart
Extrait du livret de l'exposition :

Il était une fois un village à l’orée d’une forêt. Une caméra erre dans ses rues désertes, se fixe sur le clocher d’une église en pierre sur un arrière-plan de rochers ; l’église devient pierre, le village un générique de la terre a abandonnée. traversée lente dans un paysage sans âge, sans âmes qui vivent. Inquiétante étrangeté, les lieux ont quelque chose de familier. On dirait qu’on est déjà passés par là. Des récits sont sur le point de nous revenir mais des voix suaves, pudiques, envoient notre regard ailleurs.

J'ai beaucoup apprécié ce film étrange et envoûtant. L’artiste a demandé à des professionnelles du téléphone rose de lui confier l’histoire (fictive) d’un village qu’elles auraient fréquenté. Leur voix s’appose à de lents travellings qui révèlent à tour de rôle des lieux désertés et artificiels implantés en pleine nature. Ce film pose la question de la mémoire collective, si on peut la représenter. Ce film, « Oral History » est un reportage au pays des frères Grimm, filmé dans un village à la lisière de la forêt qui s'apparente à un décor de conte de fées. Sensualité des voix, de l'enregistrement sonore de qualité et celle des photographies, maisons comme abandonnées dans une nature envahissante. Sublime !

Rochechouart
Paysage d'une des fenêtre du château de Rochechouart (Photo : Sonia Marques)

LandscapeforFire LandscapeforFire

LandscapeforFire LandscapeforFire

Anthony McCall - Landscape for fire, 1972 Film 16mm transférésur dvd,  7mn et 30 sec.

Landscape for Fire est le premier film d'Anthony McCall (né en 1946, d'origine britannique vit et travaille à New York). Sur un terrain d'aviation militaire désaffecté flanqué d'une ancienne tour de contrôle, des hommes habillés de blanc mettent à feu de petits barils d'essence placés de manière géométrique à l'image d'une grille de jeu. On assiste à un ballet-technique, ces hommes sont présents pour les gestes qu'ils accomplissent : mise à feu des barils, enregistrement du son provoqué par celle-ci, élaboration d'une œuvre qui se frotte au land art. Par ces mimétismes, l'œuvre s'inclut dans une optique liée au process art, car le processus, l'instant de fabrication, n'est pas à étouffer mais à révéler.

Ce film des années 70 m'a fait pensé à l'album musical de Nico : Desertshore, qui est superbe (notamment "Janitor of Lunacy" et "Le Petit Chevalier")

Rochechouart
Paysage derrière le château de Rochechouart (Photo : Sonia Marques)
Rochechouart
Salle des fresques du château de Rochechouart (Photo : Sonia Marques)
De son décor intérieur, le château conserve un ensemble important de fresques du XVIème siècle. La salle d'Hercule constitue un des rares exemples de peintures murales en grisaille. La salle des chasses renferme des fresques légèrement plus anciennes qui relatent une chasse à courre. Elles sont un des plus beaux ensembles de fresques murales à thème profane.
Très beaux dessins que j'ai photographiés, il y avait une lumière traversante. Une sculpture de Stephan Balkenhol, d'un personnage tenant sa tête comme un ballon de foot, bien aimé retrouver une de ses sculptures là.


Rochechouart
Salle des fresques du château de Rochechouart (Photo : Sonia Marques)

Rochechouart
Pas dans la salle des fresques du château de Rochechouart, mais comme je n'avais pas de documents pour savoir ce que je photographiais, cela reste mystérieux mais très beau, visages sans visages (Photo : Sonia Marques)


Parc Zoologique et Paysager du Reynou © Sonia Marques
Parc Zoologique et Paysager du Reynou (Photo : Sonia Marques) Mon ami le singe siamang, poseur, modèle effronté, frondeur, clown, taquin, avec ses longs bras, peut-être pour un futur projet artistique...

Parc Zoologique et Paysager du Reynou © Sonia Marques

Salut ! Un autre copain au Parc Zoologique et Paysager du Reynou (Photo : Sonia Marques)

ZOO © Sonia Marques

Des miroirs copines dans des zoos diverses (Photomontage : Sonia Marques, photo de droite : Étienne Cliquet)

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Vernissage à la réouvertture du Palais de Tokyo à Paris, c'est grand, très grand, quelqu'un joue aux mikados avec des planches de bois, d'autres performances toute la nuit, mais trop de monde... (Photo : Sonia Marques)


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Ça c'est une photo que j'ai prise d'une peinture d'Ola Billgren, au Musée du Centre Pompidou à Paris, je suis restée scotchée, elle date de 1973, date de ma naissance et je ne connaissais pas cette artiste (1940-2001) (Photo : Sonia Marques) Les imbéciles de wikipédia n'ont même pas traduit sa biographie, ni en anglais, ni en français, ici en suédois !

Ola Billgren

Le Centre Pompidou propose un nouvel accrochage de ses collections des années 1960 à nos jours. Une présentation qui se veut plus aérée, plus contemporaine et plus ouverte sur la diversité de la création, organisée autour d'une galerie centrale chronologique. Le Musée national d'art moderne en profite pour montrer de nombreuses acquisitions récentes, que le public n'a pas pu encore voir. J'ai des photographies de jeunes designers et des architectes... Un bon moment. Je n'ai pu photographier dans l'exposition de Matisse, dont les couleurs, les motifs et les formes (la liberté des femmes qui dansent, qui lisent, qui dorment) sont toujours aussi contemporaines et remarquables, luxe calme et volupté. Sacrés lignes ! Des roses clairs et des bleus sombres avec des poissons rouge vifs ! Et dire qu'il vivait avec des oiseaux en cage... Je l'imagine faire la connaissance des ailés dans mon studio ;.) en 2012 ! Cette fois-ci, les modèles sont masculins, en dansant, lisant, dormant, comme les princes charmants.

Un gigantesque champignon, oeuvre de 2010 de Carsten Höller très récemment acquise (Giant Triple Mushroom), se dresse en point de fuite de la galerie centrale.

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"Giant Triple Mushroom"  de Carsten Höller (Photo : Sonia Marques)

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mercredi 11 janvier 2012

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ANY EVER

Ryan Trecartin

Ryan Trecartin
Installation de Ryan Trecartin et Lizzie Fitch au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris - 2012 (Photo : Sonia Marques)
Extrait du communiqué :

Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente Any Ever, première exposition d’envergure en France des artistes américains Ryan Trecartin et Lizzie Fitch. Depuis plus de cinq ans, ils développent à travers vidéos, installations et sculptures un monde où la culture consumériste et les relations intergénérationnelles sont amplifiées jusqu’à l’absurde.(18 octobre 2011 - 8 janvier 2012)

Ryan Trecartin et Lizzie Fitch travaillent ensemble, la fonction de chacun variant selon les projets. Pour les vidéos, Ryan Trecartin écrit les scénarios, dirige les acteurs et réalise le montage, tandis que Lizzie Fitch se charge de la production. Pour les installations et les sculptures, leur collaboration est fluide, quoique spécifique. Le rôle de chaque intervenant est d’ailleurs toujours détaillé dans le générique des films ou les crédits des œuvres plastiques.
Au-delà du rapport auteur(s)-collaborateur(s), leur travail invente une forme nouvelle de création collective. Dans ses vidéos, Ryan Trecartin fait figure d’homme-orchestre, bien que les rôles tenus par ses amis soient autant de performances individuelles. Les personnages se mélangent, fusionnent, se subdivisent... Le genre, l’âge, l’apparence et la fonction sont autant de données aléatoires dont la permutation sert de ressort à la fiction.
Any Ever
est un univers en expansion. On n’y pénètre qu’en acceptant de réexaminer les codes du monde réel et les règles du langage. La trilogie Trill-ogy Comp (2009) et les quatre films qui composent Re’Search Wait’S (2009-2010) se développent dans l’espace de l’ARC à l’intérieur de pièces destinées à être habitées comme la scène d’un théâtre : chaque vidéo possède ainsi son lieu propre où le son a un rôle à part entière.
Elaborée depuis deux ans avec les artistes, l’exposition du musée d’Art moderne de la Ville de Paris est conçue comme un environnement protéiforme. Le spectateur est entraîné dans un copier-coller sans fin, anarchique et jubilatoire. Cependant, aucun de ces récits n’est univoque ; les comportements s’y répètent en boucle ou soudain échappent aux motivations qui avaient semblé les guider.
Lizzie Fitch et Ryan Trecartin sont nés tous deux en 1981, respectivement dans l’Indiana et au Texas. Ils ont étudié à la Rhode Island School of Design. Ils vivent et travaillent à Los Angeles.

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Ryan Trecartin

Image de la Vidéo  "The Re’Search" de Ryan Trecartin
Cette exposition a été époustouflante, tant dans les installations et couleurs, l'utilisation des objets de magasins type Ikea ou bricolage, les sièges et les salles pour visionner les vidéos. Celles-ci peuvent se voir en passant, il y a un fond sonore, mais si l'on s'installe et l'on prend le casque, commence une cascade immersive du 'cut' au 'cut' sonore impressionnante. J'ai beaucoup aimé la vidéo "The Re'Search", avec tous ses caractères de façades de ces pré-adolescentes dans leur chambre qui expriment un monde aliéné d'images et de zapping effréné. Peintes, maquillées, les espace aussi peints et maquillés, peut-être le lociciel After Effects n'est pas loin, dans des tableaux qui vibrent, insolents, des pigments jetables que le cerveau veut rejeter ou il reste scotché fasciné à la vitre. Les voix américaines se coupent la parole, la narration filmique se trouve être entre un rap, un hip hop, un R'n'B contemporain, tandis que des personnalités multiples envahissent l'écran et s'agitent devant la caméra. Des choeurs de jeunes filles chantent, le vocabulaire très scénarisé mêle des langues vernaculaires de SMS, télé-réalité, tourisme mondial, avec une superficialité visuelle à couper le souffle ! Le flux constant de commentaires et contre-commentaires fusionnent dans un rapport synesthésique violent. L'expérience de la simultanéité caricature l'insensibilité avec laquelle nous réagissons face à l'inondation culturelle, les attitudes consuméristes, les blocs de mots et de phrases qui arrivent d'un coup. Cette exploration de la technologie du troisième millénaire, de l'identité, du consumérisme décoiffe certainement les expositions d'artistes français de la même génération parfois trop passéistes qui montrent le plus souvent une peur de l'avenir et ne représentent plus le contemporain malgré l'étiquette. Lyzzie Fitch, artiste, alter ego féminin de Ryan Trecartin, un duo, travaillent ensemble depuis une dizaine d'années sont les précurseurs d'une nouvelle forme de la création collective.

Danser sa vie

Fichier vidéo intégré


Lectures from Improvisation Technologies by William Forsythe
Reedit: Nik Haffner, Volker Kuchelmeister, Chris Ziegler
Production Management: Julian Gabriel Richter
Performance: William Forsythe
The Forsythe Company and ZKM, 2011
Paris, Centre Pompidou, 2011

Fichier vidéo intégré
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William Forsythe réalise un film vidéo à la fois pédagogique et lumineux sur l'imaginaire des formes dans l'espace et des gestes du corps, de la chorégraphie, autours, à l'intérieur, avec, sans, ces formes, ces espaces à géométries variables. Son plaisir est communicatif, c'est un jeu d'incrustations, avec brio lorsqu'il saute l'une des formes, néons, un bâton vertical, tel un magicien qui s'invente ses étapes, relais, haies, échelles à gravir : "champagne"

Exposition au Centre Pompidou jusqu'au 2 avril "Danser sa vie" :
J'ai pu découvrir également un film de performance/danse d'Olafur Eliasson, artiste contemporain danois, né en 1967, (Movement microscope, 2011).

Olafur Eliasson dit :

"En tant qu'artiste, je veux voir une exposition aussi par l'intermédiaire de mon corps. En art, on comprend physiquement ce qui arrive, sans passer par les mots. Il suffit de marcher à travers l'exposition Danser sa vie pour en prendre conscience : les danseurs y font danser les tableaux que l'on croyait statiques, comme Udnie, de Picabia, ou Le Bal Bullier de Sonia Delaunay (1913). Merce Cunningham disait que «le cerveau est dans notre corps tout entier». On reconnaît confusément quelque chose que l'on a déjà éprouvé."

Dans son film, des danseurs se sont mêlés à ses collaborateurs dans son studio de Berlin pour s’essayer au finger connect, danse des mains inspirée du hip-hop.

"Autour de moi à Berlin, j'ai des danseurs, des performeurs, des architectes, des historiens de l'art et des scienti­fiques. Le plasticien américain Bruce Nauman a filmé le vide de son atelier dans sa vidéo Mapping the Studio. Celle que j'ai réalisée pour le Centre Pompidou, Movement Microscope, filme mon studio comme un travail en cours, un processus très physique. L'espace, l'architecture et le corps sont interactifs. Plutôt que de danser dans l'espace, on peut danser un espace, comme le démontre superbement William Forsythe, vrai «space machine» dans ses performances. Je suis un fan de hip-hop depuis l'adolescence. Je pouvais danser comme un robot ! J'ai rencontré alors Steen («popper» du groupe Out of Control, NDLR). Son énergie de danseur urbain galvanise les jeunes de banlieue marginalisés. Il est mon héros."

Dans cette exposition j'ai pu revoir une vidéo mixée de Jeff Mills, avec le superbe pas de danse de Joséphine Baker (The Dancer, 2011) en noir et blanc, un film 16 mm de Jan Fabre (Quando l'uomo principale è una donna, 2004) où l'on voit une femme nue danser (Lisbeth Gruwez), enduite d'huile, aux gestes qui quittent rarement le sol, glisse et vertige du corps sculptural dont l'érotisme premier laisse place à une chorégraphie performance fascinante. Quando l'uomo principale è una donna s'inspire des femmes-pinceaux ou performances anthropométriques d'Yves Klein. L'interprète évolue sous un dôme de bouteilles d'où s'échappe de l'huile d'olive, d'abord au compte-gouttes, puis par filets formant des flaques et transformant la scène en une véritable patinoire.
Revu aussi le podium à ampoules de Felix Gonzalez-Torres, vu et revu, pour se remémorer les années 90, mais toujours sans un seul couple qui danse à l'intérieur ensemble, malgré les traces de pas et les casques près à l'écoute.

Aussi le spectacle de Jérôme Bel : THE SHOW MUST GO ON
Un spectacle repère de la fin de ces années 1990, pour un art chorégrahique qui se passe de mouvement dansé, une pièce conceptuelle, avec fantaisie et humour. La bande son des années pop et rock, airs connus et reconnus induisent ou non des actions simples et répétitives. On peut voir en ligne ou télécharger un film en 2 parties de Jérôme Bel, sur son site Internet, expliquant ce spectacle.

Et des petits Matthews Barney, un régal ! Le duel homme-bouc, mythologie moderne, enrobés plutôt qu'encadrés.

Matthews Barney


Matthews Barney  Matthews Barney


Matthews Barney
Matthew Barney ENVELOPA : Drawing Restraint 7 (kid) (détail), 1993 Diptyque d’épreuves gélatino-argentiques dans des cadres en plastique prothétique

Le sentiment des choses

Exposition au Plateau (Paris jusqu'au 26 février) / Commissaires  : Elodie Royer et Yoann Gourmel

Lenka Clayton et Michael Crowe, Isabelle Cornaro, Julien Crépieux, Robert Filliou, Martino Gamper, Ryan Gander, Mark Geffriaud, Ray Johnson, Chitti Kasemkitvatana, Bruno Munari, The Play, Bruno Persat, Pratchaya Phinthong, Chloé Quenum, Clément Rodzielski, Fred Sandback, Mieko Shiomi.

Extrait du communiqué :

Premier volet d’une série d’expositions proposée par Elodie Royer et Yoann Gourmel, commissaires invités pour la saison 2011-2012, l’exposition collective « Le sentiment des choses » prend pour point de départ le travail et l’esprit de l’inventeur, artiste, designer, écrivain, illustrateur, graphiste, pédagogue Bruno Munari, « un Peter Pan à l’envergure d’un Léonard », selon l’expression de Pierre Restany.
Déplaçant et déployant dans la vie quotidienne ses recherches continues sur la circulation et l’instabilité des formes, des signes, des couleurs, de la lumière, des mots, des images, il n’a eu de cesse d’allier imagination et méthode, invention logique et intuitive, au sein d’une démarche à la poursuite de l’essentialité des choses. Des premières peintures futuristes des années 1930 aux livres illisibles, des machines inutiles aux fourchettes parlantes, des xérographies originales jusqu’aux structures à haute tension des années 1990, Munari s’est joué toute sa vie avec une grande économie de moyens des catégories et des disciplines, dans une tentative de les fondre dans une seule pratique radicale et généreuse de l’art, incitant chacun à développer sa propre curiosité et créativité.
Plus prospective que rétrospective, cette exposition ne cherche cependant pas tant à mettre l’accent sur son héritage ou ses influences, qu’à remettre en mouvement, en idées et en formes, son travail au milieu d’autres pratiques artistiques. Elle réunit ainsi sur le même plan des peintures, des prototypes, des multiples, des objets design, des livres, des jeux de Munari, et des œuvres d’artistes de différentes générations et nationalités, partageant une attitude et un esprit animés par le jeu, la sincérité, l’économie, la poésie.
Construire puis démonter chaque été pendant dix ans une pyramide en bois au sommet d’une montagne et attendre qu’un éclair vienne la frapper, envoyer quotidiennement des lettres collages à des amis ou à des inconnus, tenir une galerie dans son chapeau, reproduire un mouvement de caméra à l’aide de peintures abstraites, bâtir une maison sur les bases d’une conversation, réaliser des dessins muraux à l’aide d’un ballon de foot, faire des sculptures à emmener avec soi en voyage ou avec un fil de laine sont ainsi certains des gestes et des œuvres que l’on peut y croiser.
Proposant une situation ouverte dont les détours importent davantage que la destination, où le processus et l'expérience partagée priment souvent sur le résultat, cette exposition « en groupe » suggère un frottement conceptuel et sensible de ces différentes pratiques, contemporaines et historiques, dans ce qu’elles ont de commun comme de dissonant. Des démarches individuelles ou collectives qui, dans une sorte de défiance face à la notion d'œuvre d'art comme objet fini et fétichisé, privilégient une relation subjective et fragmentaire à l’œuvre, entendue comme précaire, transitoire, multiple.
On ne connaîtrait « le cœur des choses » qu’à travers les sentiments qu’elles éveillent en nous. C’est ce que formule le mono no aware, principe littéraire japonais, définissant les émotions qui naissent en nous au contact des faits et des choses comme le seul moyen d’en connaître leur substance. « Le sentiment des choses » en est une traduction possible et élusive.


Robert Filliou
Affiche de © Robert Filliou, 1967 : L'immortelle mort du monde

J'ai beaucoup apprécié cette exposition et j'ai découvert un artiste Bruno Munari, sa poésie et redécouvert un autre artiste, génie sans talent, de nationalité poète, Robert Filliou, entre autres, ainsi qu'un collectif japonais : The play. Le journal de l'exposition (gratuit) est très bien réalisé, avec des documents et textes développé et généreux, des éditions de Munari sont en vente sur place. Voici des extraits de ma visite (inside/outside) :


Robert Filliou
Robert Filliou, Danse poème aléatoire collectif, 1962 © Nelson Freeman, Paris/ Michel Tabanou

ROBERT FILLIOU

Né à Sauve en 1926 – Décédé en 1987, Les Eyzies (France)
Robert Filliou fut un artiste nomade. Un nomadisme à entendre tout aussi bien au sens propre qu’au sens figuré, tant sa vie compte de pays rencontrés, tant son œuvre se caractérise par l’exploration permanente de nouveaux territoires. Proche de Fluxus, par sa volonté d’un art rendu à la vie, à la fois ludique et participatif, il refusera cependant toujours toute étiquette, nuisible à la spontanéité, moteur de la « création permanente », moment ultime de l’homme. Car tout le travail de Filliou se ressaisit comme une remise en question inexorable de la pratique artistique à partir d’une réflexion anthropologique radicale : tout homme est un génie empêtré dans des savoirs et des savoirs-faire qui lui dérobent cette génialité primordiale. Anthropologie en droite ligne inspirée par la philosophie Zen, qui, au travers des notions de non-savoir et de non-agir, alimentera sans cesse chacune de ses créations.

 
Robert Filliou
Avec des crochets et une ficelle rafistolée fixée à deux bâtons, Robert Filliou compose "Pour pêcher à deux la lune" 1962-84

La règle et le hasard

(Extrait de Parlé écrit / verbale scritto – Bruno Munari Il Melangolo, 1992, éditions Corraini, 2008)

Comme le jour et la nuit
la règle et le hasard sont deux contraires
comme la lumière et l’obscurité
comme le rouge et le vert
comme le chaud et le froid
comme l’humide et le sec
comme le masculin et le féminin
La règle rassure,
la géométrie nous aide à connaître
les structures ou à construire un monde dans lequel
on peut évoluer sans crainte.
Le hasard est l’imprévu
parfois terrible
parfois heureux la rencontre avec quelqu’un
avec qui s’établit tout de suite
l’amour et la sympathie,
l’explosion de la solution
la découverte d’un phénomène.
La règle est mentale
on la construit avec logique
tout est prévu
avec la règle on peut construire
un programme.
Le hasard naît du climat
du contexte général, social,
géographique, des récepteurs sensoriels.
Un parfum d’eucalyptus
la forme d’un caillou le rythme des vagues...
La règle seule est monotone,
le hasard seul est inquiétant.
Les orientaux disent :
la perfection est belle mais elle est stupide
il faut la connaître mais la bousculer.
La combinaison de la règle et du hasard
c’est la vie, c’est l’art
c’est la fantaisie, c’est l’équilibre.

Bruno Munari
Bruno Munari, Sculpture de voyage, 1958 11 exemplaires Courtesy Fondazione J. Vodoz e B. Danese Photographie : © Roberto Marossi
Bruno Munari

BRUNO MUNARI

Né en 1907 à Milan – Décédé en 1998, à Milan (Italie)
Bruno Munari s’est intéressé au graphisme, à l’illustration, au livre, tout autant qu’aux arts plastiques, au design, à la photographie, au cinéma. Il a traversé et participé à de nombreux mouvements artistiques des avant gardes du début du 20ème siècle. Très jeune, il participe aux mouvements Futuriste et Surréaliste. Très impliqué dans le Mouvement Art Concret, fondé à Milan en 1947, qui regroupe, entre autres, des artistes comme Max Bill, Klee, Kandinsky, Arp, Sottsass, il expérimente les formes géométriques, triangle, cercle, carré, cherchant à supprimer le superflu. Son travail concilie l’architecture, le design industriel et les arts visuels chers au Bauhaus. Dès les années 1930, le livre va devenir le support de ses recherches artistiques. Formé par l’un des maîtres du Bauhaus, Herbert Bayer, l’activité graphique de Munari commence avec des innovations radicales. Son goût pour la typographie l’amène à utiliser la lettre comme un langage en soi, à la manière du constructiviste russe El Lissitzky. S’inspirant d’anciens livres d’anatomie, il introduit des feuilles transparentes qu’il juxtapose entre des feuilles opaques, il joue sur les dimensions et les matériaux, mettant l’accent sur l’aspect tactile du livre-objet, sans oublier l’aspect ludique et l’humour. Il s’adresse tout particulièrement à l’enfant qui sommeille en nous avec ses « livres illisibles » (1949), avant la série des « Pré-livres » destinés aux tout-petits. Appliquant au livre ses expérimentations d’artiste dans un but d’appropriation par le lecteur, il vise l’art « de tous » et non « pour tous ». Passionné de pédagogie, il crée des ateliers de découverte, à l’instar de celui installé en 1977 à l’École des Beaux-Arts, dite Brera, de Milan. Il réalise des performances pour un jeune public, activité dont il ne se lassera jamais. Son influence s’étend jusqu’au Japon et en Amérique du Sud. L’exposition « Le sentiment des choses » présente l’étendue de la créativité de Bruno Munari, sous ses multiples facettes.


The play

1977-1986 Ensemble de photographies, posters, dessins documentant cette même action pendant 10 ans
The Play, Thunder, 1977 - 1986 © The Play

THE PLAY


The Play Collectif fondé en 1967 au Japon Situant « sans raison particulière » la plupart de leurs actions dans la nature en avouant simplement « aimer le temps et l’espace infinis du plein air », The Play est un groupe à géométrie variable composé d’individus aux personnalités et aux compétences diverses formé en 1966 dans la région du Kansaï au Japon et toujours en activité aujourd’hui. Au-delà de la critique des institutions sociales et artistiques caractéristiques du contexte japonais des années 1960, le groupe n’a cessé d’inventer ses propres modalités d’actions collectives et leur transmission en créant à plusieurs la possibilité qu’un événement advienne sans se soucier de son résultat. Rejetant implicitement la notion d’œuvre d’art comme finalité, le groupe a ainsi toujours mis l’accent sur sa propre dynamique fondée sur l’échange et le faire ensemble, dans sa dimension physique comme spirituelle, à travers la construction de situations éphémères. Dans l’exposition sont présentées des photographies, des dessins, des documents divers, traces fragmentaires d’une œuvre collaborative intitulée Thunder, élaborée de 1977 à 1986. « Pendant dix ans, de 1977 à 1986, nous avons attendu qu’un éclair frappe le Doraishin, un paratonnerre installé en haut d’une tour en bois constituée de pyramides triangulaires, que nous avons construites chaque année en alternance sur le mont Shubu et le mont Ohmine. Nous n’avons jamais pu observer ce phénomène. Le Thunder ne sera plus jamais reconstruit. Conclusion : environ cinquante personnes ont participé chaque année à la construction de cette tour. Et environ cinq cents sont venues visiter cette tour durant dix ans et partager avec nous ces moments d’attente ». (The Play, 1986)



The play      The play   The play

The play 

The play
1977-1986 Ensemble de photographies, posters, dessins documentant cette même action pendant 10 ans
The Play, Thunder, 1977 - 1986 © The Play


ᖘᗝ⋒ᖇ ᖰêᑕᖺᗴᖇ à ᖱᗴ⋒ჯ ᒪᗩ ᒪ⋒ﬡᙓ