bmk

blog m kiwaïda

Tag - lumière

Fil des billets

lundi 13 janvier 2020

Ḻℯ ℘αłмїεя

palm.jpg
Puits à traction animale à Djanet. Montants en tronc de palmier (Photo G. Camps)

L'encyclopédie berbère

« Le palmier est un arbre monumental, puissant, royal ; il a en partage la force, la majesté et l’élégance parfaite ; sa tige isolée remplit un cadre de plusieurs lieues et peuple une solitude. » Ainsi s’exprimait L. Lehureaux dans les premières lignes d’un ouvrage consacré au palmier-dattier du Sahara algérien. Cette phrase, peut-être trop enthousiaste, révèle combien le palmier-dattier, l’arbre de l’oasis, a exercé tant auprès des autochtones que des touristes ou fonctionnaires des temps coloniaux une attirance quasi idolâtre. Dans l’imaginaire du voyageur ou de l’émigré, le dattier est inséparable du mystère bruissant de l’oasis qui n’existe que par lui... On surprendrait bien des Européens et bien des Maghrébins du Tell en leur affirmant qu’il peut exister des oasis sans palmier (il est vrai qu’on parle alors plutôt de jardins ou de centre de culture) et que cet arbre dactylifère n’est pas pansaharien. Il n’est vraiment prospère et productif que dans une large bande de territoires du Sahara septentrional, le Blad ed-djerid (le pays des palmes) ; ailleurs, dans le désert, il ne donne pas des produits de même qualité ni en quantité comparable ; au sud, domine et fructifie un autre palmier d’un genre différent, le palmier doum* qui est un Chamerops et non un Phœnix. Mais le palmier-dattier n’en est pas moins l’arbre roi du Désert et l’homme, dans sa reconnaissance, admet qu’il a une origine divine particulière puisqu’Allah le tira des débris d’argile dont il venait de modeler Adam, donnant ainsi au dattier une place prééminente dans la Création.

L’oued Rhir

Plus à l’ouest, l’oued Rhir, appartient au grand ensemble des régions berbérophones du Sahara septentrional qui comprend, outre le Mzab, le Touat, et tout le Sud Marocain, alors que les oasis des Zibans, comme le Souf, le Djerid et le Nefzawa, sont arabisés depuis longtemps. L’oued Rhir, qui pas plus que l’oued Souf n’est un cours d’eau, est le principal producteur de dattes du sud Constantinois, en particulier de la variété Deglet en-nour. L’oued Rhir est la première région mondiale exportatrice de dattes de qualité. Les 40 palmeraies qui s’égrènent du nord au sud, regroupent près d’un million et demi de dattiers dont le quart de Deglet en-nour, la production de cette variété atteint 57 % (en 1970). Dans cette vaste gouttière d’une vingtaine de km de large, l’irrigation est assurée par des puits artésiens qui, aujourd’hui, sont forés jusqu’à la nappe du Continental intercalaire (Albien). Pour éviter la stérilisation par les dépôts de sel, il est nécessaire de drainer en conduisant les eaux par un long canal depuis Touggourt jusqu’au chott Melrhir. L’ensemble de palmeraies le plus important entoure Touggourt, la seule ville de la région avec M’rayer, les autres sont voisines, jusqu’à l’oued Mya, de gros villages dont les maisons sont, comme dans le Djerid, en briques crues.

Les oasis de Ouargla* prolongent vers le sud celles de l’oued Rhir. Elles possèdent une demi-million de dattiers adultes (estimation de 1971) et produisent 50 à 60 000 t de dattes dont un cinquième de Deglet en-nour qui atteignent ici les limites méridionales de leur zone de prédilection. Les oasis de Ouargla bénéficient, comme celles de l’oued Rhir, de forages profonds qui suppléent les vieux puits artésiens ou à balancier. Le développement urbain de Ouargla et la croissance des secteurs secondaire et tertiaire, en relation avec l’exploitation pétrolière et gazière, réduisent l’importance des palmeraies dans l’économie locale.

Les Zibans

A l’extrême nord de la zone dactylifère, s’étendent les riches palmeraies des Zibans, de part et d’autre de Biskra* qui joue le rôle de capitale régionale. Dans la partie occidentale, piémont des monts du Zab, la culture des dattiers bénéficie d’importantes ressources hydrauliques ; dans le Zab oriental (chergui), autour de Sidi Okba, les conditions sont moins favorables ; l’apport en eau est assuré par le seul ruissellement et le pays souffre de crues souvent catastrophiques séparées de longues périodes de sécheresse qu’atténue le barrage de Foum el Gharsa. Les palmeraies les plus importantes se situent dans le Zab gharbi : Biskra, Tolga, Doucen et Ouled Djellal ; c’est, pour l’Algérie la région de plus forte production des Deglet en-nour. Les 750 000 palmiers font vivre une vingtaine de villages alors que le Zab chergui, sur le piémont aurasien, ne possède que 250 000 dattiers.

LES DOIGTS DE LUMIÈRE

La culture du palmier dattier

L’irrigation

Le dattier a besoin de soleil et d’eau. Si le premier ne fait jamais défaut, la seconde, en revanche, lui est fournie par le travail de l’homme. Pour irriguer leurs palmeraies les jardiniers sahariens (Harratin ou Chouchan) ont fait preuve d’une ingéniosité et d’un courage dignes d’admiration. Nous ne ferons que rappeler les différents procédés traditionnels pour amener l’eau au pied du palmier, en mettant à part le procédé inverse qui consiste, dans les ghout du Souf, à faire descendre le palmier au voisinage de la nappe. Les puits traditionnels à faible rendement sont de deux sortes :
- Le puits à balancier, appelé khottara dans l’Oued Souf, l’Oued Rhir et le Fezzan, Aroudid dans l’Ahaggar, utilise une longue perche dont une extrémité porte un contre-poids qui fait remonter sans trop d’effort la poche de cuir (tagnint, dalou*) remplie d’eau suspendue à l’autre extrémité ; c’est le principe du chadouf déjà figuré sur les peintures de l’Égypte pharaonique. Il ne fonctionne que lorsque la nappe phréatique est à faible profondeur, de trois à six mètres.
- Le puits à traction animale s’impose lorsque la nappe aquifère est trop profonde. Cet engin appelé tanout, en pays touareg dalou dans l’Oued Souf, khottara au Mzab (terme qui au Maroc désigne la foggara) nécessite une structure en bois et l’usage d’une poulie pour éviter une usure trop rapide de la corde ; la remontée de l’eau est assurée par le déplacement sur une rampe ou une allée d’un animal, chameau, bœuf ou âne, attelé à la corde qui remonte une grosse poche de cuir, le dalou (delou*), d’une contenance de 40 à 60 litres. La longueur de la rampe égale la profondeur du puits.
- La noria ou roue à manège à traction animale fut introduite à Ouargla vers 1920, mais sa fragilité relative et son coût l’ont fait progressivement abandonner ; en 1975 il en existait encore quelques-unes dans l’oasis de N’Goussa et une seule à Ouargla.

*

J'essayais de me souvenir de tous ces mots nouveaux, de comment on faisait des dattes, des palmeraies... SOUF, BISKRA, OUARGLA, M'RAYER, TOUGGOURT...

"Il faut aller chercher de l'eau, là où il y en a..."

Les zibans :

Le nom de la région se réfère à un groupe d'oasis (en berbère, zab (pluriel ziban) signifie « oasis »). Il n'aurait aucun rapport avec la thèse arabisante ; la racine zâba indique l’instabilité et signifie, en outre, boire à grands traits, en se dépêchant ; ou la racine zâba peut signifie "couler", en parlant d’eau.

matisse.jpg

Rue de Biskra - Matisse (vers 1907)

Henri Matisse part en direction de l'oasis de Biskra au printemps 1906 avec l'intention d'y séjourner une quinzaine de jours mais la durée de la traversée en bateau jusqu'à Alger puis le voyage en train jusqu'à Constantine lui prennent une semaine. Lorsque Matisse arrive enfin à Biskra il éprouve un sentiment qui marquera à jamais son imaginaire. Il ignore le folklore et l'exotisme de pacotille pour se concentrer sur les sujets développés par l'orientalisme post - moderne (le harem, les bédouins et le désert). Durant cette période il peindra deux tableaux majeurs "Rue de Biskra" et "Nu bleu (souvenirs de Biskra)" dans lesquels il schématise le corps de la femme. Présenté au Salon des Indépendants en 1907 le "Nu bleu" sera en concurrence avec "les demoiselles d'Avignon" de Picasso. Cependant la critique sera virulente et Matisse décidera pour un temps de délaisser les problèmes plastiques.

« Dans l’oasis de Biskra, surprenante
de fraîcheur au milieu du désert,
l’eau court dans une rigole, qui
serpente dans les palmiers [...]
Au bord d’un ruisseau, dans un coin
ombreux, un jeune arabe enveloppé
de lainages blancs était étendu,
et une jeune femme lui épongeait
le front. Je pense que l’Arabe pouvait
avoir un accès de fièvre. En tout
cas, c’est cette image, transformée
par mon imagination, qui m’a
donné l’idée du tableau « Souvenir
de Biskra. » L’oasis de Biskra est très
belle. Mais on a bien conscience
qu’il faudrait passer plusieurs années
dans ces pays pour en tirer quelque
chose de neuf et qu’on ne peut
prendre sa palette et son système
et l’appliquer. »
biskra.jpg
Emile FRECHON (1848-1921) Algérie, Biskra, photographie vers 1920

mercredi 13 avril 2016

Ḱƴяḯ℮ ∃ʟε☤ṧøᾔ



Bachar Mar-Khalifé - Kyrie Eleison


J'aime beaucoup la musique de Bachar Mar-Khalifé, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste franco-libanais, aussi joueur de oud. Il est arrivé à l'âge de 6 ans en France avec sa famille qui a fuit la guerre du Liban, s'est formé au Conservatoire de Paris, avec son frère Rami Khalifé. Il a obtenu le prix du Conservatoire en piano.
J'avais découvert son album "Who's gonna get the ball" de 2013, c'est mon ami qui me l'a fait écouter. Je ne sais comment l'exprimer, mais en l'écoutant, c'est arrivé à un moment où cet album exprimait ce que je ne pouvais exprimer, par le son, le chant, les percussions. Je l'ai beaucoup écouté, il y avait quelque chose de ténébreux, sombre et très joyeux, percutant. Puis j'ai découvert "Ya balad" son album de 2015, que je trouvais plus dans la lumière, à la différence du précédent, vraiment beaucoup aimé. Il le dit lui-même, qu'il y a quelque chose d'utopique dans cet album, son pays de souvenir, sans le nommer, le Liban, quelque chose qui n'existe pas. Dans celui-ci, si l'exil s'illustre, il vient peut-être aussi de son parcours à trouver sa voix. Ardent, révolté, chuchotant, gémissant, criant.
Son père, Marcel Khalifé, est une icône de la chanson arabe au Moyen-Orient, sa mère est ancienne choriste dans l'orchestre paternel, Yolla Khalifé est revenue à la musique après avoir élevé ses enfants.

J'apprends ces jours-ci qu'une de ses chansons, "Kyrie Eleison"de son dernier album, celle que je préfère vient d'être censurée par la Sûreté générale, pour "atteinte à l'entité divine". La Sûreté générale motive sa décision en se fondant sur trois passages précis de la chanson. Dans l'un d'eux, il chante en arabe les mots "Prends pitié de nous ("erhamna" en arabe). La SG reproche à M. Mar-Khalifé d'avoir pratiqué une césure dans la prononciation de ce mot,  la première partie signifiant ainsi "sexe masculin" en langage familier. Le deuxième reproche concerne les mots "fiche-nous la paix" qui suivent, s'adressant à Dieu. Enfin, dans le dernier passage mis en cause par la Sûreté, il est dit ceci: "Seigneur, cela fait cent ans que je jeûne et que je prie". La SG reproche au chanteur d'émettre dans cette phrase l'idée que Dieu l'a forcé à faire quelque chose. La loi au Liban interdit la publication de ce qui incite à la discorde confessionnelle et porte atteinte à la religion ou au culte. Le code pénal interdit également tout ce qui porte atteinte à l'entité divine. (source : L'Orient le jour)
Son père défend son fils et écrit (sur Facebook) :
"Je m'excuse, fils. Il s'agit de l'une de tes premières déceptions, dans ce pays où l'homme vit des déceptions quotidiennes et écrasantes, en raison de l'absence de justice et du déni des libertés fondamentales qui témoignent de l'effondrement, de l'explosion et de la décadence de notre civilisation", écrit-il notamment, dénonçant "la langue bien pendue" de la Sûreté générale. "A la Sûreté générale, je dis : 'prenez pitié et laissez-nous tranquilles'", conclut-il, reprenant les paroles incriminées par la SG de la chanson de son fils.
Bachar Mar-Khalifé répond (sur Twiter) :
 "Pardonnez à la Sureté générale libanaise, elle ne sait pas ce qu'elle fait".

Il sera vendredi 15 avril programmé au Printemps de Bourges, et bien d'autres dates ailleurs.

Hier je découvrais le film français "Réalité" réalisé par Quentin Dupieux, sortie en 2014, avec du Philip Glass tout en longueur en unique bande son, avec son "Music With Changing Parts" (des années 1970-1994) Un film sur la duplicité et le rêve-cauchemars ou sur la folie, avec une quête du gémissement ultime, le meilleur. Partir à l'expression de cette douleur, souffrance, ce fantasme du cri de l'intérieur jusqu'à imaginer, voir des êtres humains imploser. Nous ne sommes pas très loin de notre indicible sentiment, ou inaudible douleur collective, ou l'impossibilité de se réveiller du monde réel. Je lis que Bachar Mar-Khalifé, est aussi inspiré par Philip Glass. Et dans le même temps je redécouvrais les albums sonores d'Ash Ra Tempel (groupe allemand de Krautrock des années 70), dont certaines plages m'avaient inspirées au moment de réaliser mes contemplations (et celles de Terry Rilley). J'écoutais la bande son d'un autre film ("Le berceau de Cristal", de 1975) du réalisateur français Philippe Garrel, avec Nico, Frédéric Pardo le peintre, dont j'ai appris qu'il y avait une rétrospective de ses peintures récemment à la Villa Tamaris (centre d’art situé à La Seyne-sur-Mer consacré à l’exposition de l’art contemporain) J'aime beaucoup "Le Sourire Volé" d'Ash Ra Tempel dans cet album. Et j'écoutais leur album de 1976, "New Age Of Earth"

Bref, tout cela forme un contexte d'écoute. Les écoutes permettent de s'isoler d'autres contextes et d'informations. C'est très beau l'écriture libanaise, ces signes, le texte du père de Bachar Mar-Khalifé est crypté pour ma lecture, ses signes et cette calligraphie c'est du dessin. L’arabe libanais vernaculaire est généralement écrit en lettres arabes.

بعشقك

Parlée par plus de 300 millions de personnes dans le monde, l’arabe est la langue officielle de 23 pays ainsi que de plusieurs organisations internationales (ONU, Ligue arabe, Unesco, OMS, Organisation de la conférence islamique, etc.). C’est également la langue religieuse - que l’on apprend pour lire le Coran - de plusieurs pays non-arabes de culture musulmane (Turquie, Pakistan, Iran, Indonésie, Bangladesh...). Mais la langue arabe se meurt.  Pour les jeunes, au Liban, parler cette langue n’est pas 'cool'. Ils panachent leurs conversations de mots étrangers.  Aucun Libanais n’envoie de CV rédigé en arabe. Au restaurant, on prend soin de mélanger au dialecte arabe des mots étrangers pour faire chic. Enfin en littérature, en poésie ou au théâtre, il y a de moins en moins d’œuvres en arabe. Dès l'école, de nombreux écoliers ont du mal à lire leur langue maternelle. Certains n’hésitent même plus à écrire l’arabe en caractères latins, en langage dit 'sms'. (dixit , Suzanne Talhouk, présidente de l’association "Fiil Amr" (un verbe à l’impératif, ou une action à mener impérativement) qui mène, avec la Fondation de la pensée arabe, une campagne pour protéger la langue arabe) Ce phénomène d’acculturation ne se limite malheureusement pas au Liban. La quasi-totalité des pays arabes subit l’hégémonie de l’anglais, dans les conversations comme dans les publicités. Seule la Syrie fait encore de la résistance.

J'ai toujours trouvé cela merveilleux des personnes qui apprennent une langue étrangère sans connaître les pays ou habitants, une façon de s'évader et d'apprendre d'autres cultures. J'ai rencontré une femme médecin, avec laquelle nous devions avoir des échanges sur un contexte difficile de travail, il y a quelques années. Nous avons parlé de cultures étrangères, elle apprenait l'espagnol et était d'origine marocaine. Sa découverte de la langue fut totale. Quelques mois après, je partais en Espagne et elle au Maroc, et nous avons échangé des cartes postales. Je lui ai appris où nager dans quelle piscine et elle, elle m'a appris à rester comme je suis, saine d'esprit, que j'avais le bon comportement dans un système très nocif. Elle m'a enjointe à partir en Espagne avec ma sœur pour découvrir les terres de ma grand-mère, lors de vacances. Son rêve était aussi de découvrir l'Espagne et elle se formait en dehors de son métier, la médecine du travail, avec différentes personnes, pour apprendre une langue étrangère. Plus tard elle a démissionné de son travail, je pense inversement que je l'ai guérie. Elle a quitté un système nocif.

La plage sonore nommée Kyrie eleison, interprétée par Bachar Mar-Khalifé sur son dernier album, ce que j'aime c'est ce mélange messianique, de l'ordre de la messe, avec ce que je me souviens de mes découvertes d'une Meredith Monk, artiste américaine  totale pluridisciplinaire, compositrice, chanteuse, réalisatrice, scénariste, actrice, danseuse et chorégraphe, notamment pour ses innovations vocales en matière de techniques de jeu étendues. Je l'imaginais ainsi, ce mélange dans mon écoute. Mais le "Kyrie eleison", dans le dictionnaire de la musique (Larousse) sont les premiers mots d'une invocation grec, "Seigneur, prends pitié", qui inaugure le commun ou ordinaire de la messe latine.

Au Liban, Bachar Mar-Khalifé vient de donner un concert exceptionnel qui a enflammé le Music Hall tant attendu, il savait à l'avance qu'il serait réduit au silence à un moment ou un autre. Il a d'ailleurs choisi en photo de couverture de son album, "Ya balad", de cacher sa bouche par sa main.

Une occasion comme une autre de poster l'adresse du Discog de Kiwaïda récemment mis en ligne. C'est vrai, il n'y en avait pas avant, de répertoire. Merci pour la réalisation. Beaucoup de références et de révérences gravitent ici, en voici une ligne pour moi, sans qualificatifs.

mardi 11 août 2015

ϟт Åღ☺υґ à ʟ❝îℓℯ ☂

Reprise des oeuvres (Photographie © Sonia Marques)

Petite pause (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Green and blue (Photographie © Sonia Marques)

Green and blue (Photographie © Sonia Marques)

Smiley (Photographie © Sonia Marques)

Cirque turquoise (Photographie © Sonia Marques)

Panda des bois (Photographie © Sonia Marques)

Bird skating (Photographie © Sonia Marques)

Murmures (Photographie © Sonia Marques)

Désolés (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Enfant je regardais les feux d'artifice de mon balcon avec ma sœur et ma mère. Ils étaient situés loin au bord de la Seine, et, par chance, ma chambre avait un petit balcon, sur lequel, petites, nous pouvions nous asseoir avec des coussins et contempler ou tenter d'atteindre le regard tendu vers le ciel étoilé, un petit jet coloré, afin de viser où celui-ci pouvait éclabousser, au dessus de quel toit. Au loin une cheminée d'une usine, des lampadaires, mais rien ne pouvait cacher ces palmiers exotiques, en banlieue, même s'ils demeuraient en partie non visibles, notre imaginaire recouvrait la totalité d'un spectacle à chaque fois intacte et festif. Parfois mon père faisait un saut nous voir, mais nous prenions toute la place. Décharge d'énergie dans l'obscurité. Cinématographiques, ces projections de lumière dans le noir, sont restées imprimées comme les premières œuvres d'art contemporaines, dont l'accès restait rare, périlleux, aux vues imprenables. Nous étions déjà intrépides et sauvages.
Marquée par les feux d'artifice, ces formations synesthésiques convoquent une certaine confusion des sens, entre la guerre et la fête. Les feux d'artifice des festivités locales au mois d'Août, au Portugal étaient très inventifs et joyeux dans ma mémoire et très différents de ceux rendus majestueux en France. De petits feux suspendus sur des dispositifs tournants, comme des parasols de feux, de fumées roses et nous entendions de milles accents différents, fogetes, fogetes. Sur les bas-côtés, en déambulant dans la nuit, nous assistions, noctambules, lors de ces soirées sacrées, à des manifestations de lucioles improvisées, dans nature sombre et incertaine, étoilées sur des surfaces inclinées, comme des tapis clignotants. Leur bioluminescence révélait un phénomène magique, vert jaune lumineux. Leurs noms devenait multiple, chacun avait sa version:
Vaga-lumes, pirilampos, caga-lumes, caga-fogos, cudelumes, luzecus, luze-luzes, lampírides, lampírios, lampiros, lumeeiras, lumeeiros, moscas-de-fogo, noctiluzes, piríforas, salta-martins, uauás, lumicus...
Les procédés sculpturaux et performatifs de l'artiste suisse Roman Signer trouvent aussi leurs inspirations dans son enfance et son observation des feux d'artifice, surtout dans la phase de préparation, de construction.
Au XVIIIe siècle, dans l'article « Feux d'artifices » de l'Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, Jean-Louis Cahuzac emploie, pour décrire le travail des artificiers, le terme de « peinture par action ». Les premiers spectacles pyrrhiques qui apparaissent en Europe dans l'Italie du XVIe siècle étaient conçus comme des installations. Selon Biringuccio (La Pirotecnia, Venise, 1540), ce sont les Siennois et les Florentins qui, les premiers, inventèrent d'illuminer des théâtres en bois peint et de les orner de statues qui jetaient du feu par les yeux et par la bouche. Dans le livre, Sketches. Histoire de l’art, cinéma, et sa partie « Stylistique des fantômes », Philippe-Alain Michaud illustre son propos avec des gravures, et, dans un autre chapitre, étend son étude sur les mouvements et surfaces d'un tapis, de son décor, son ornement, sa vibration...
Ces effets spéciaux rappellent les célébrations de batailles, par des guerres d'étoiles, de bombes et de serpentins. Le son de ces péplums anachroniques sont des films de combat moderne, aux dispositifs savants.
Selon les origines, les feux artificiels sont liés à l'invention militaire de la poudre à canon (fin du XIIIe siècle), en Occident. En Orient, l'origine des feux d'artifice est festive. Les villes françaises ont vu leurs dépenses augmenter avec ces illuminations. Paris avec un coût de 700 000 euros, Marseille (300 000 euros), Toulouse (96 000 euros), Montpellier (90 000 euros) et Lyon, avec 80 000 euros. Je ne sais à combien se résume celle de la Saint Amour sur l'île de Vassivière, mais elle avait tout d'un petit Versailles, d'un micro Las Vegas.

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Feux sur le sable (Photographie © Sonia Marques)

Artiste : Roman Signer, Tisch mit Raketen, 1999 © Stefan Rohner