bmk

blog m kiwaïda

Tag - illustration

Fil des billets

mercredi 1 avril 2020

ℬℒÜ∃ ♏ϴϴℕ














Images © Sonia Marques (Blue Moon)

jeudi 19 mars 2020

℘øяḉ℮ℓαiᾔℯ




Dessin © Sonia Marques

mardi 3 mars 2020

℉ℒϴ





Directed & Animated by Jamie Wolfe jamiewolfe.com Stream "Sedative" by Hollis levelmusic.lnk.to/sedative Written and produced by Hollis and Chucky Kim Live Drums by Stefan Litrownik Recorded by Chucky Kim and Elan Wright, Ruby Room, Seattle Mixed by Mikaelin 'Blue' BlueSpruce, Lounge Studios, NYC Mastered by Joe LaPorta, Sterling Sound, NYC

mardi 25 février 2020

η☺ᾔ ṧℯ∂ü¢⊥i◎ᾔ

Les femmes françaises trainent, les femmes françaises s'ennuient, n'aiment ni la politique, ni l'économie, ni le tennis, elle ne sont pas cultivées, n'aiment pas le porno, ni la censure, et achètent des tas de vêtements. Elles vieillissent en aimant regarder la télévision et en aimant manger de plus en plus et en aimant se coucher tôt. Un portrait sincère de Claire Brétécher, illustratrice française née le 17 avril 1940 à Nantes et morte le 10 février 2020 à Paris. Agrippine et Les frustrés. Et les hommes ? Ils disent tout le contraire. Il en va d'être un homme un vrai, un Charlie ou un Piotr, entourées de belles femmes, il faut qu'elles soient toujours amoureuses... et consentantes. Ainsi va notre pays, un pays complètement syndiqué, au dualisme marqué, sans nuances et sans couleurs, aux conflits animés et désirés plus que tout, dans une fascination de la violence, toujours renouvelée, la violence des autres... Il faut suivre le protocole, la retraite c'est aussi simple que cela, qui veut réformer... s'oppose à la culture française. Ce que j'aime chez Claire Brétécher, c'est sa non séduction. Elle n'a jamais cherché à plaire, et aujourd'hui, la recherche de like et d'achat d'amis, dans le monde de la culture (c'est-à-dire tout le monde, si l'on comprend un jour que la culture s'incarne dans chacun.e des êtres vivants, et même des pierres minérales...) a complètement miné la visibilité de telles créatrices, celles d'aujourd'hui, qui ne sont, ni dans la séduction, ni dans l'hyper-visibilité, ni narcissiquement auréolée par un débile qui s'expose, ou se cloue les couilles... Ni suivie par tous les syndicats qui aiment faire du papier, dans la culture et contre les artistes, in fine... du vent. Pourtant, les créatrices sont là, un mot décalé, des idées singulières, un monde à part, une vision, cela ne plait pas à tous, ni aux journalistes, ni aux élus, cela ne séduit pas ni ne glisse dans le sens attendu, cela ne suit rien, aucun groupe, aucun parti, sans adhésion aucune, impossible de copier des créatrices, de les soutenir même, de les aider, de leur donner la parole : non, trop risqué, cela pourrait donner des idées <3 C'est pour cela que l'on donne la parole aux femmes qui ne créent pas ou n'en font pas leur vie, et que l'on lisse des portraits de femmes qui travaillent dans l'administration, sans goût, sans sensibilité, censé soutenir des femmes créatrices : faut pas rêver ! La création n'est pas un métier, et il n'y a aucun modèle... C'est hélas ce qui est soutenu, ces stéréotypes de la création des femmes françaises, en France, seulement des femmes qui travaillent dans des institutions et payées par l'État. La création n'est pas libre, loin de là.

Claire Brétécher est née à Nantes, après un passage à l'école des beaux-arts de Nantes, elle monte à Paris à 19 ans ! Elle n'aime ni sa ville natale ni s’accoutume de son père violent (juriste) et sa mère au foyer. De difficiles débuts, mais une indépendance d'esprit, et une expérience de la vie qui a pu s'exprimer dans ses dessins, pionnière de l'auto-édition. Si l'on suit son parcours, personne n'a bien regardé ses virages et sa manière d'appréhender la vie, ainsi, ses dessins figeaient, à toute vitesse (il y a une notion d'urgence et de trait vif et jeté) ce que l'on peut voir, dans des modèles de femmes créatrices, accompagnées de façon trop lente et passive, alors qu'en fait, la vie bat son plein et avec énergie. On a trop longtemps cru que les femmes n'avaient pas de culture, on a créé un ministère pour régenter cette croyance, dirigé par un nombre assez important de femmes, cheffes et responsables et directrices. Mais cela s'est basé sur une fausse croyance. Les femmes n'avaient pas besoin d'être régentées, ni dans leur parcours, ni dans leurs choix, ni dans leur façon d'appréhender la création et les outils de création. L'indépendance est une condition sine qua none, pour créer, suivie par la recherche de son autonomie, une chambre à soi, bien plus qu'un réseau d'amis Piotr à la noix.

vendredi 17 janvier 2020

ℒÅ ÐѺℵℵ∀ ℙℑṲ’ ℬ∃ḺℒŠЀḺ ℳѺИḎѺ

Piero Fornasetti est un graveur et un décorateur d’intérieur d’origine italienne. Né le 10 novembre 1913 à Milan en Italie, il étudie à l’académie d’art de Brera dont il se fait expulser. Il se fait ensuite expulsé du pays tout entier durant la Seconde Guerre mondiale et se développe en tant qu’artiste en Suisse. Fornasetti est connu pour son éventail de motifs fantaisistes comme le soleil, la lune, des cartes à jouer, des animaux et d’autres imageries surréalistes. Il est surtout connu pour le visage de la chanteuse d’opéra Lina Cavalieri, qu’il crée à travers de nombreuses œuvres, notamment une série de 350 assiettes individuelles. La plupart des pièces de l’artiste sont réalisées en noir et blanc, pour un nombre total de dizaines de milliers. Le design intérieur est un de ses autres talents ; il crée des objets fantaisistes comme des porte-parapluies, des commodes et des pièces remplies à l’instar de la « Suite Zodiac » du casino de San Remo dont les murs sont recouverts des créatures du zodiaque. En 1959, Fornasetti reçoit un prix Neiman Marcus pour ses « services rendus dans le domaine de la mode ». ll meurt le 9 octobre à Milan en Italie.

Piero Fornasetti, Uccelli, épreuve d’impression, couleur sur papier, projet pour un foulard de soie, 1950

Le monde enchanté de Piero Fornasetti : Enfant, Piero Fornasetti avait fait de sa chambre le centre de son imaginaire, dessinant et peignant sur les murs et au plafond des machines volantes et des figures en trompe-l’œil. Ce monde merveilleux, nourri d’images venues des siècles passés, a fini par constituer une œuvre multiple et singulière, un décor aux mille facettes. Un univers. Après des études à l’Académie des Beaux-Arts de Brera, à Milan, brutalement interrompues pour cause d’indiscipline, Fornasetti fonde une imprimerie d’art. Il édite non seulement ses propres dessins mais aussi les œuvres d’artistes comme Carlo Carrà, Giorgio De Chirico, Lucio Fontana ou Marino Marini. Remarqué par Gio Ponti en 1933, à la Triennale de Milan où il présente ses foulards imprimés, Fornasetti devient le complice de l’architecte. À partir de 1940, ils réalisent ensemble meubles et décors, des fresques du Palazzo Bo (Padoue, 1942) aux cabines et salons du paquebot Andrea Doria (1952).

Astuces des graveurs :Né de sa fascination pour les livres à gravures, l’art de Fornasetti consiste à plaquer sur des formes modernes un répertoire issu de gravures anciennes. Architectures classiques, vases antiques, poissons, flacons de parfumeries, personnages divers, planches de botanique, tous ces motifs sont agrandis, multipliés, recadrés de manière inattendue ou cocasse, imprimés en lithographie puis collés sur l’objet à décorer, du célèbre cabinet Architettura (1951) aux petits meubles, porte-parapluies ou plateaux. Sérigraphiés, ces décors sont également appliqués sur le verre, le tissu, la porcelaine. Le génie de Fornasetti est d’avoir créé des objets d’un modernisme intemporel en les couvrant d’éléments décoratifs désuets. L’agrandissement des images laisse apparaître les trucs des graveurs anciens, les hachures, les pointillés. Ce vocabulaire graphique au service d’une représentation illusionniste devient, sous la loupe du créateur, un langage graphique en soi, une marque de fabrique. La grande réussite de l’exposition des Arts décoratifs réside incontestablement dans la mise en scène de l’accumulation, dans la présentation de séries vertigineuses, confrontées aux dessins et aux peintures de Fornasetti, à sa documentation. Aucun domaine n’échappe au facétieux créateur, de l’affiche publicitaire à la mode et au décor de théâtre. Jadis enfermées dans les livres, les images sagement didactiques ont pris le pouvoir et envahissent le monde, avec une allégresse teintée d’ironie. Elles colonisent les intérieurs modernistes des années 40 et 50, dans un superbe pied-de-nez au purisme. Fornasetti signe le retour massif de l’ornement à une époque qui croyait s’en être débarrassée à jamais. Mais son décor parfaitement lisse ne vient jamais troubler les surfaces qu’il habille, qu’elles soient de bois, de verre, de papier ou de porcelaine. Et ses trompe-l’œil ne trompent personne. Qu’il s’agisse de biscuits disposés sur un napperon en dentelle ou d’une Vénus antique ornant une feuille de paravent, ils exhibent le jeu des hachures et des pointillés des vieux maîtres de l’estampe. Fornasetti est un illusionniste qui captive son public en lui révélant les dessous de ses tours de magie. Superbe livre-objet, le catalogue reflète cette foisonnante inventivité. Saisi par le vertige de ces images multipliées, le visiteur sort de l’exposition hanté par un regard qui hanta Fornasetti lui-même :  elui de la cantatrice Lina Cavalieri, beauté fatale des années 1910-1920. Ses grands yeux impénétrables ornent des centaines d’assiettes, de cendriers et d’objets divers…

(Article dans Connaisance des Arts pour l'exposition de 2015 aux Arts Décoratifs de Paris)




La cantatrice Lina Cavalieri, beauté fatale des années 1910-1920







Et bien c'est lui !














Je l'ai découvert dans les années 90, alors que j'étudiais à l’École supérieure des arts appliqués Duperré, le design et la mode, le graphisme, à Paris... Dans laquelle j'ai poursuivi mes études 4 années jusqu'au diplôme supérieure des arts appliqués. En feuilletant des livres à la bibliothèque, et puis nous avions des enseignants cultivés qui nous enseignaient une période très féconde et créative en Italie. Je garde de merveilleux souvenirs de ces études, si précieuses, peut-être même plus formatrices que celles de l'école des beaux-arts de Paris, où entrent en jeux des phénomènes de pressions et de dominations masculines, et des jalousies féminines, avec lesquelles il faut soit se battre soit, les ignorer, soit se soumettre, mais cela n'aide pas à se concentrer pour étudier. Toutes les écoles des beaux-arts sont restées murées dans cet immobilisme. Aux arts appliqués, peut-être y avait-il plusieurs femmes et les designers hommes ou artistes plasticiens étaient respectueux, même si les esthétiques n'étaient pas du tout dogmatiques ou univoques. Peut-être est-ce aussi le lieu, mes découvertes, mes amis, la liberté de créer et d'inventer, sans autorité institutionnelle. La figure n'était pas interdite, et nous faisions de la peinture, le mot même de "l'art contemporain" n'était pas martelé dans nos têtes, et nous étions aussi avides de connaître des mouvements comme l'art brut, l’expressionnisme, les arts naïfs, la culture de la mode à travers des ethnies si éloignées, des tribus ancestrales, l'art minimal, tout ce qui était mou, ou vertical, ou le land art, un tas de choses comme l'art pauvre, celui d'Afrique et la musique, des instruments hybrides, les défilés de mode, les tendances, les motifs, les couleurs, tout était intense, joyeux, très créatif, sans arrêt, il n'y avait aucune barrière à produire des formes en volume, des dessins, je dessinais beaucoup, il n'y avait aucune pression ou difficulté liée à des partis politiques, comme nous pouvons en rencontrer dans les écoles des beaux-arts avec des revendications et des violences du côté de celles et ceux qui n'étaient pas doués pour créer, ils se tournaient vers l'activisme, quelque chose d'assez moche en fait, sans culture, mais juste l'envie d'être révolutionnaires, de quoi ? Et là, je découvre que Fornasetti avait également réalisé un cahier main. Moi aussi j'en ai fait, mais je ne savais pas qu'il avait réalisé des almanachs. Ces livres se vendent une fortune. Une enseignante, designer, m'avait demandé d'emprunter mon album de dessins réalisé et dessinés. Elle était partie avec, avait fait toute l'école pour faire des photocopies couleurs. À l'époque c'était très coûteux, personne ne pouvait en faire, que des photocopies en noir et blanc. D'ailleurs mes collages étaient en noir et blanc puis coloriés en couleur, avec des feutres et des crayons. Elle s'était fait un paquet pour elle, c'était pour elle. Elle jalousait mes albums. J'ai bien cru qu'elle allait les garder. Elle n'était pas méchante, mais j'avais perçu là une envie très forte. Alors que je ne savais même pas que c'était si bien, ce que je réalisais. Je ne le mesurais même pas avec son geste de prédation. C'est toujours ainsi, il en a toujours été ainsi. On ne peut dérober l'idée, l'esprit, la facture, le geste. Mon mémoire se nommait : l'énergie du geste. C'était aussi liée à la danse contemporaine que je découvrais, danseuse et scénographe. Cette époque est très lumineuse dans mes souvenirs, je parcourais de longs kilomètres à pieds pour étudier, et j'avais la soif d'apprendre, car nos enseignants étaient excellents, et ils s'entendaient tous très bien. C'était une élite, mais modeste, nous étions sélectionnés, mais peut-être aussi pour nos talents mais aussi parce que nous ne savions pas que nous avions un truc en plus, pour notre modestie aussi, pour notre capacité à travailler en équipe, à se stimuler. Les écoles des beaux-arts recrutent sur de tous autres critères, qui ne sont pas ceux de la modestie, mais la prétention et la prédation sont des facteurs qui sont à l'image des enseignants. Lorsque notre parcours vient d'ailleurs, on peut remarquer ces différences, et avoir une bonne distance, voire rire de la médiocrité et fuir les lubriques.
Fornasetti arrive à point dans mes souvenirs, car ces yeux et cette beauté, de la plus belle femme du monde, cette cantatrice qui sera aussi l'inspiratrice d'un film, où l'actrice italienne Gina Lolobrigida joua son rôle, restent des motifs très graphiques où la trame du noir et du blanc, est toujours remarquée et copiée à l'infini. Lui aussi, on voulait prendre ses dessins, et Fornasetti a lui aussi, désiré prendre le regard de sa plus belle femme du monde. Il l'a représentée. Ces jours-ci, on oublie tout de ce que la création fabrique, l'inspiration, ce qui subjugue, ce qui est sublimé, fantasmé, ce qui devient icône. On détruit les icônes, car on n'a plus de culture, on ne sait d'où viennent les choses, ce qui apparaît et on ne veut plus les voir, on les voile ou on les viole. Chez mes camarades, élèves et étudiants, je percevais souvent les manques de culture, la difficulté de dessiner, et puis parfois l'ennui, la jalousie, le dépits, l'envie. Cela ne fait pas forcément de bons artistes, ni de bons enseignants, pourtant on les retrouve en majorité enseigner et parfois même diriger des écoles. Que s'est-il passé en France pour que la beauté soit si voilée ou violée, avec violence ? Pour que l'on ne reconnaisse plus les œuvres et que l'on ne sache plus ni lire les images, ni les commenter ? Ne nous reste qu'un flux de police et d'attirance pour cette violence, et de médiocres groupes, qui se disent si éthiques, que la communauté et la participation sont  devenues autant de langues de bois pour accéder à un piètre pouvoir, que le sensible est rejeté, c'est-à-dire, que rien ne s'imprime plus.
Heureux sont celles et ceux, même sans avoir étudié en art, qui, par leur bon sens, et leur intelligence, peuvent encore discerner et admirer des œuvres, des écrits, doués d'imagination et de ce qui fait de nous des êtres humains, gracieux, éloquents, facétieux, dubitatifs, songeurs, paisibles, émerveillés, curieux, paresseux, nonchalants, résistants, troublants, endormis, vaillants,mystérieux, fantaisistes, informes, magiciens, volubiles, bavards et silencieux à la fois, secrets et spirituels, âpres, acétiques, économes et généreux, fous et savants, génies de personne et nul part, au monde, partout, et pour toujours.
La délation est en vogue, le lynchage, rien de bon, la volonté de bloquer, bloquer sans arrêt, interrompre, séparer, diviser, au nom de la solidarité, belle langue de bois, que de massacre de notre langue et de notre culture. Mon pays est en dépression au dessus du jardin, les français s'égarent et ne se reconnaissent plus, ils méprisent leur passé, leur histoire, et veulent s'en débarrasser à coup de justice, à coup de saisie, au régime sans sel, des gagnes petits sans visions, sans expression, mécaniques, ils volent la vedette aux robots, leur intelligence est devenue un artifice de mauvaise rumeurs, de bêtises et de murmures suicidaires. Des sabotages de nos vécus aux sabotages de notre avenir. Celles et ceux, plutôt celles, elles ont mon âge, sont aux abonnées absentes ou très consentantes, elles répètent et se taisent, ne répondent pas aux appels, mais se chargent de communiquer. C'est schizophrénique. D'un côté on veut montrer qu'on est féministe, qu'on est pour l'égalité, de l'autre, on est incapable d'énoncer un seul mot à ses comparses qui sont démunies, ou affaiblies par tant d'ignorance. Quelles ont été les éducations de ces personnes pour faire la morale et juger les unes et les autres et les dessaisir de leur passion, de leur souhait d'apprendre à apprendre ? Comment ce pays a-t-il pu former autant de décideurs, et décideuses très décidées à décider, qui ne savent pas qu'elles oppriment au nom de leur soumission aux communications héroïques. Point de héros, ni même éros, ni même une arme et des larmes, rien, c'est comme le pouvoir unilatéral de la sidération, une emprise telle, que personne n'ose plus bouger. Quel étrange sensation, celle de ne pas pouvoir articuler. Il y a comme un labeur à la réflexion, il choisi la facilité, et tape sur la gamelle, sur la femme ou l'homme, afin que la purée tombe dans l'écuelle. Chacun grappille sa portion individuelle, au nom d'une solidarité soliloque, un troupeau qui préfère couper ses membres que de les guider faire des réserves et s'assurer que tout le monde va bien.
Il y a eu des excès, des abus, et les "ok boomers" pleuvent, pourtant nous ne sommes pas au pays des "snowflakes", mais bien dans un pays où longtemps, les enfants et les femmes n'étaient pas entendus et servaient d'esclaves ou de manne à la prostitution, même couverte par des héritiers aux hautes fonctions de responsabilités. On s'étonne des plaintes dissonantes et tardives et vieillissantes, c'est qu'elles n'ont pas eu le temps de la maturité que toute personne ayant le beau rôle se fraye dans l'écriture, les médias, le politique et les arts, le sport, les religions. Alors une chaotique brume, chaque matin, s'essaie à dire. Quelles confusions ! Quels retards ! Les plus jeunes, déjà plus jeunes font le procès aux plus vieux : ils ne vivront pas dans leurs us et coutumes, sans emploi et sans miroir, caméra male-gaze. C'est la bataille à qui va copier ce regard, répéter celui-ci, hélas, des féministes, déjà, espèrent trouver la même place et s'évertuent à distribuer les bons et les mauvais points. Nous assistons alors à l'immaturité au pouvoir, comme la maîtresse qui se donne aux male-gaze pour excuser son mari, mauvais président. Quel bordel ! Tous au chômage du bon sens.
C'est un répétitif refrain, c'est une rengaine, chacun, répète ce que l'autre dit, en boucle, c'est comme si plus personne ne pouvait penser ni même avoir un point de vue différent. C'est une sorte de danse macabre, aux défilés de drapeau rouge, de comptes, de statistiques de sociologie mal dégrossie, de fiertés si mal placées.
Quel sale temps !

Heureusement, j'ai vu de superbes créatrices très inspirés de Fornasetti, qui sont autonomes, mais complètement invisibles. C'est peut-être mieux ainsi. Elles risqueraient d'être récupérées pour illustrer des drapeaux et des affichent pour des blocages et des violences, à leur insu. L'art se fait rare.
Mais oui la création est toujours là, mais elle est dans l'obligation de cacher sa joie, de replier ses connaissances, de faire des réserves, c'est la guerre des ignorants, nous entrons dans l'ère caverneuse du rase moquette.
Ambiance.

vendredi 4 mai 2018

ℙ☮ℐḺÜ∃

boobtape1.jpg

© Tara Booth : Kim Kardiashian tape trick

Corps imparfaits, grassouillets, poilus

 «Au moment où je commence à me sentir gênée ou à avoir peur de partager une illustration, je dois la diffuser» Tara Booth, illustratrice américaine, réalise depuis 3 ans des dessins audacieux. Elle défie les représentations conventionnelles des fantasmes érotiques des femmes à travers ses personnages attachants. Son prochain livre "Nocturne" raconte l'histoire d'une jeune femme avec des difficultés de sommeil qui prend trop de médicaments pour dormir et qui entre par conséquent dans un état de rêve surréaliste. "Je ne quitte pas beaucoup ma maison, donc je ne peux pas dire que j'ai une très grande expérience. Mais je suppose que mon expérience personnelle est partagée car plus de personnes partagent leur vie personnelle". L'illustration est un outil puissant car elle supprime la barrière du langage - c'est simple et direct. 

A girl struggles with procrastination, pimples, and socks in this painted comic by Tara Booth.

live.jpg

© Tara Booth : How to be alive

Entre dessins et peintures, le travail de Tara arrive à nous lier d'amitié, avec ses personnages, nous devenons leur copine. Elle décrit souvent son expression artistique résultant de l'anxiété et la dépression chroniques, en prenant appuis sur les expériences de sa vie qui la laissent sans espoir ou hors de contrôle. Elle les transforme en choses stupides à travers la peinture, comme une thérapie. Pour autant, je trouve que son art de la narration rime avec un art du motif, proche du textile. Son expression peut très bien devenir picturale avec les masses du corps de son personnage nu et ses fines bretelles noires par exemple, dans son rêve érotique, ou bien avec ses galipettes faire un pied de nez à la peinture et l'art traditionnel féministe, avec ses "nanas" d'aujourd'hui, connectées à Instagram, qui n'attendent pas de faire un lourd et laborieux jardin-Musée à la Niki de Saint Phalle en suprématie des femmes. Non ici, la légèreté et l'accessibilité de son travail se passent de toute institution.
Les différentes poses que ses personnages adoptent (affalés dans un lit, dans la baignoire... nus mais avec des chaussettes...), font, de ses caractères, des gestes de l'enfance que les adultes cachent mais pratiquent dans leur maison.
D'ailleurs, cette illustratrice préfère travailler seule à une table à dessin dans sa chambre plutôt que dans un studio partagé: «Je suis une personne socialement anxieuse, dessiner ou peindre quelqu'un d'autre n'est vraiment pas une option»
Elle utilise de la gouache. Par sa formation en peinture (BFA à la Tyler School of Art) elle a l'habitude de travailler sur de grandes toiles. Avec une distance critique, elle raconte de ses études et comment elle a trouvé une certaine autonomie, malgré ce que l'on n'autorise pas dans les écoles d'art : "Produire du travail à l'école d'art n'était pas un problème pour moi, mais je n'étais pas une bonne élève. Il devenait de plus en plus difficile de se connecter aux idées enseignées dans mes cours de peinture et de théorie de l'art, plus axés sur l'abstraction et l'art conceptuel que la représentation directe ou narrative, ce qui a toujours été mon intérêt. Le langage et les concepts que nous avons étudiés me semblaient vraiment inaccessibles et détachés de mes expériences de dramaturge et d'ivrogne de 21 ans. J'ai commencé à me concentrer davantage sur l'art populaire, Lowbrow et les artistes autodidactes. J'ai commencé à lire plus de bandes dessinées et j'ai décidé que je voulais faire des peintures directes, accessibles et peu coûteuses à produire. J'ai donc commencé à travailler sur papier avec de la gouache, avec l'ambition de créer ma propre bande dessinée."
On retrouve souvent les mêmes difficultés, en occident, dans ces formations artistiques. Combien de fois ai-je observé de très bons étudiants, jeunes femmes et jeunes hommes, s'estimer mauvais dans le cadre de ces formations où le cloisonnement est propice à exclure tous talents, et d'autant plus aujourd'hui, où des réseaux d'artistes fonctionnent avec de riches influences inédites et non connus des institutions (dans lesquelles, le plus souvent, l'art conceptuel des hommes est dans l'incapacité de faire de bonnes sélections avec de bons critères) C'est ainsi que ce mauvais ménage exclu également les artistes qui sont parvenus, malgré tout, à enseigner avec l’expérience de leurs pratiques sans citations d'une histoire dépassée par les genres qui se chevauchent dans des médiums diversifiés. Si l'on ajoute à cela, un bon usage du partage et de la diffusion de son travail, on supprime d'un coup, le rôle des institutions, dont c'était le rôle, et qui ne comprennent plus rien à la création actuelle. On ne peut ainsi qu'assister aux exclusions multiples des artistes joyeux, laissant les costumes d'historiens cloisonner ce qui ne peut plus l'être, et inventer des règles limitées à ne pas dépasser, pour satisfaire les formulaires politiques devenus de l'art officiellement acceptable. Il faut du temps pour apprendre, du temps pour désapprendre et ne pas se laisser embobiner par des enseignements politisés, et du temps pour apprendre sa politique à travers la pratique de ses savoirs-faire. Superposés, ils deviennent singuliers, par la transparence de leur accumulation, par l'histoire de leurs usages, et tant d'erreurs si justes finalement.
Sur le format pas formaté de son travail pour la bande-dessinée, elle explique ceci : "Pendant longtemps, je me suis sentie vraiment ralentie par mes antécédents en peinture traditionnelle. J'ai acheté un tas de bandes dessinées, et j'ai essayé de reproduire les techniques que j'ai vues, mais travailler dans des cases me semblait toujours très gênant. J'avais peu d'expérience avec Photoshop, la narration, les principes du design ... Cinq ans après l'obtention du diplôme, je n'avais toujours rien produit de solide. J'avais fini par abandonner, et finalement décidé que faire une bande dessinée merdique valait mieux que ne rien faire du tout - que je devrais m'inquiéter moins de ce à quoi je pense qu'une BD est censée ressembler, et plus à peindre dans le domaine de mes compétences. Une fois que j'ai jeté toutes mes idées préconçues par la fenêtre et que je me suis forcée à me mettre au travail, j'ai commencé à obtenir une reconnaissance pour ce que je faisais plutôt rapidement. Adopter une partie de ma naïveté et me concentrer sur les qualités picturales de mon travail a compensé les obstacles techniques qui se dressaient sur mon chemin..." Elle utilise ses personnages comme des poupées de papier qu'elle habille avec des vêtements qu'elle souhaiterait porter. D'autre part l'attrait autobiographique et confessionnel de ses histoires visuelles, humiliantes ou embarrassantes, provoquent des effets comiques. Son humour et sa fantaisie peuvent masquer des situations tristes et les transformer en gentilles scènes colorées surréalistes. Elle est inspirée par les artistes Marie Jacotey (artiste française) et Aidan Koch (artiste multimédia américaine), dont le travail artistique transcende le monde de la bande dessinée.
Mais aussi, d'autres artistes de différents âges et nationalités  :
> En peinture / Misaki Kawai (Artiste japonaise), Austin Lee (Artiste américain), Mogu Takahashi (Artiste japonais)-, Katherine Bernhardt (Artiste américaine), et Danny Fox (Artiste anglais).
> En illustration / Aart-jan Venema (des Pays-bas) et Monika Forsberg (de Suède))
> En céramique / Benjamin Phillips (Anglais), Janie Korn (américaine)

booth2.jpg


© Tara Booth : Vase shirt