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mardi 24 mars 2015

ℒℯ﹩ ƒεμღ℮ṧ ṧ‷ℯη мêłℯᾔ⊥



Roniia, en concert à Limoges (Festival les Femmes s'en Mêlent) Photographies © Sonia Marques

Roniia : projet électro de l'américaine Nona Marie Invie. La chanteuse chantait dans son groupe, Dark Dark Dark. Sa voix, ses textes introspectifs... À présent, voici Roniia... Ballades denses, basses profondes et voix douce dans l'électro dark de Mark McGee (Father You See Queen) et Fletcher Barnhill (Joint Custody).
Chanter au milieu de nul part, tout n'est pas perdu. Je ré-écoutais mes démos de Kate Bush, sans me douter que
Nona Marie Invie s'y poserait aussi un peu. Des louanges aux abandons, sauvages mémoires de filles.

Le festival Les Femmes s'en Mêlent # 18
Le festival Les Femmes S'en Mêlent célèbre la scène féminine indépendante depuis maintenant 16 ans. A sa naissance en 1997, il ne s'agissait alors que d'un unique concert parisien, le 08 mars, journée internationale de la femme. Gardant cette même idée de départ mais s’affranchissant de cette journée de célébration, les Femmes S'en Mêlent s'étend désormais dans toute la France et sur plusieurs soirées à Paris et Grenoble. Porté avec passion et curiosité, reconnu pour son éclectisme et son exigence, le festival met en avant des artistes innovantes, téméraires, affranchies et profondément singulières. Prenant appui sur une scène féminine de plus en plus riche et variée, il s'est développé au fil des années pour devenir un rendez-vous européen incontournable. Tirant partie de sa renommée il accueille de nombreuses artistes internationales et fait la part belle à la découverte et à l’émergence de nouveaux talents. Les Femmes S'en Mêlent, hormis ce subtil jeu de mots dénotant avec un certain plaisir la présence de plus en plus importante des femmes dans la musique ; est un festival militant, solidaire, défricheur et indispensable.

En témoignent les passages, dans les éditions passées, de Feist, Cat Power, Emilie Simon, Camille, CSS, MIA, Yelle, Regina Spektor, Daphné, Ebony Bones, Austra, Christine & The Queens… à leurs débuts anonymes, avec la réussite qu’on leur connaît depuis. D’autres artistes, confirmées celles-là, s’y sont produites. Ainsi Kim Gordon (Sonic Youth), Maria McKee (Lone Justice), Brigitte Fontaine, etc.


Nona Marie Invie: I grew up reading feminist authors and participating more in women’s rights groups and actions. Women that I met in high school and college encouraged me to become an independent woman reaching for my dreams. I wouldn’t be able to write if it weren’t for the poems of Gloria Anzaldua. And I probably never would have sang in front of anyone if I hadn’t started out singing Hole and Babes in Toyland covers. I think a lot about women who have worked hard for their success in music and beyond and they inspire me to keep working harder and writing better songs. Kate Bush is an example of an amazing woman who started writing early and was able to keep control over her career, even when tempted with a big label deal. And women like Chan Marshall and Mary J. Blige are examples of women who have overcome addiction and still make amazing records. I am always searching for female role models who are working hard and leading healthy, sustainable lives. I usually look to my friends who tour without abusing drugs and alcohol for support. But it is hard for me to find accessible role models for the way that I want to live as a touring musician.

(...)
I’ve noticed that I am often the only woman performing at show out of all the bands. I wonder if other people notice this; if this changes the way they watch our band and other bands. I usually have the most fun watching other women sing and play music. Most of my closest musicians friends and muses are women. Women are magical. It’s true. Sometimes it feels powerful and important to be the only woman singing at a show. If I wasn’t there it would just be a bunch of guys on stage. When I first started going to shows it always bothered me when there were no women performing. I found those shows to be boring. I found myself seeking out bands with more women in them. Now I put pressure on myself to sing and perform better because it feels like people might be paying more attention, or paying attention in a different way to our music.  I know that my voice and music stands out amidst all of the male voices.

mardi 25 juin 2013

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Pigeon et ours (Photographie © Sonia Marques)

Les enfants sauvages (Photographie © Sonia Marques)

J'ai travaillé une journée au ministère de la culture, en compagnie de femmes théoriciennes, artistes, secrétaires, inspectrices, directrice d'école d'art, et un homme, artiste, une rare situation. Une salle de réunion sans fenêtres. J'imagine que les fenêtres c'était nous ;.) Nous avons échangé sur quelques points et celui au combien criant de la disparition des femmes dans l'enseignement en école supérieure d'art et en particulier des artistes, malgré une charte décisive du gouvernement afin d'y remédier et dans une de ses priorités nationales à ce sujet. Mais dans les faits, après statistiques et partages de l'expérience, et nous étions de différentes villes de France, écoles régionales et nationales, rien n'a changé. Ces deux dernières années, on remarque que les récents recrutements des professeurs au sein des écoles supérieures d'art nationales sont majoritairement des hommes. Après l'analyse de ce pourquoi des femmes professionnelles, compétentes, démissionnent de leurs fonctions, sont obligées de changer d'école, parfois de fonction ou arrêtent brutalement leur carrière dans l'enseignement, ou tombent malades, ou meurent (c'est très tabou), n'est absolument pas à l'ordre du jour et cela demande encore du temps et des rapports. Avec intelligence et bon sens, pratiques artistiques et histoires de l'art, nous savons, femmes et hommes, bien analyser et annoter cet état. Il est évident que pour persister et poursuivre dans une vie professionnelle et artistique, qui est souvent intimement liée à la vie privée, les femmes qui ont un minimum de culture féministe et outre-atlantique, si ce n'est de notion d'histoire de la grande histoire, des genders studies aux cultural studies, et donc, nos étudiantes, sont celles qui peuvent continuer librement leur travail, inventer, créer, confronter leurs idées et trouver les moyens d'être soutenues en cas de censure. Et les hommes aujourd'hui qui empruntent volontiers des concepts féministes et s'allient des femmes les plus actives en ce domaine, sont ceux, assurés, de faire partie de notre monde contemporain, en tous cas, d'en prendre part, avec plaisir et intellectuellement pleins des échanges féconds de cette nouvelle relation.

Bref, à ma petite échelle, je ne peux que remarquer, que les personnes qui s'excluent de ces questions et continuent de dénier les combats des unes et des autres, de ne pas les porter, ni les seconder, ne sont plus à même de saisir les enjeux alternatifs et férocement trépidants, dans l'art et dans l'enseignement aujourd'hui. Les formes, les couleurs, les idées, les réalisations. Je suis donc assez fière d'avoir porté plusieurs travaux, individuels et collectifs, ces dernières années, de les avoir diffusés et de toujours les avoir partagés, même avec les plus sexistes, hommes ou femmes. Et nos parcours nous arment assez, car l'expérience est truffée de fantaisies intéressantes à commenter ensemble. Ceci dit, je ne peux qu'être étonnée de voir des femmes cultivées et d'un certain âge, au même niveau, que des étudiantes débutants leurs vie artistique et intellectuelle sur des sujets qui peuvent paraître aujourd'hui, les autoroutes du savoir. Pour les hommes, c'est tout autre chose et ces questions ne sont vraiment étudiées que lorsqu'elles croisent une expérience de vie et de cohabitation, sans cela, il n'y a pas de réveil et la société elle-même, ne leur fournit aucune carte, car leur place est assurée d'emblée quelque part, sans besoin de se préoccuper de la deuxième moitié de l'humanité, ni même, du sort de celles qui les ont engendrées. Souvent, les femmes favorisent la place assurée aux hommes de diriger leur vie (sociale et privée), quand bien même, elle ne le font pas pour elle-même, et donc pas pour les autres. Donc, c'est une responsabilité partagée et à relationner, il me semble, prioritaire et tellement belle et féconde lorsque les mots se tissent.

J'ai donc été informée d'une audition de Giovanna Zapperi, professeure à l'école d'art de Bourges pour le Sénat sur ces questions. J'ai donc décidé de le retranscrire ici, tant il est joint à d'autres auditions. Je travaille avec des étudiantes (majoritaires en écoles d'art) qui s'étonnent encore de cette disparité à bien des égards, mais ne se doutent absolument pas des parcours des unes et des autres professeures avec lesquelles elles et ils travaillent. Et quand les choses s'éclaircissent, c'est un bond en avant de plusieurs années que nous leur proposons de faire. Les étudiants ne peuvent que nous remercier de ne pas les disposer dans un casier de prêt à penser, durant toutes leurs études, comme s'ils étaient des légumes. Leur vie étant bien plus crue que la nôtre au même âge et sans accompagnement, ne serait-ce que dans l'éducation sexuelle, qu'il y a tout à inventer et à pister de ce côté-ci. Il semblerait que notre époque a oublié la courtoisie dans bien des formes, et des formes de travail ensemble.

(Le blog de Giovanna Zapperi : Acegami)

Compte-rendu au Sénat (8 avril 2013)

Femmes et culture - Audition de Mme Giovanna Zapperi, professeur d'histoire et de théorie de l'art à l'École nationale supérieure d'Art de Bourges, chercheur associé au Centre d'histoire et de théorie des arts de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Mme Brigitte Gonthier-Maurin, présidente. - La délégation va maintenant entendre Giovanna Zapperi, à qui je souhaite la bienvenue.

Vous êtes professeur d'histoire et de théorie de l'art et nous souhaitons donc approfondir avec vous l'accès des femmes aux professions artistiques et à celles qui ont, d'une façon générale, trait aux Beaux-Arts.

Il semble en effet, qu'en ce domaine, nous retombions sur un paradoxe que nous avons déjà rencontré ailleurs : alors que les jeunes filles sont majoritaires parmi les étudiantes en histoire de l'art, elles n'accèdent pas, semble-t-il, dans les mêmes proportions, aux fonctions de conservateurs ou aux fonctions de direction des établissements d'enseignement ou des établissements muséaux.
Et l'on peut se demander si la prépondérance masculine dans les postes où se forme le goût et s'écrit l'histoire de l'art ne contribue pas, à son tour, à rendre moins visibles les créatrices féminines et à priver de modèles les jeunes femmes qui seraient tentées de se lancer, aujourd'hui, dans des carrières artistiques.
Je vous remercie de la contribution que vous pourrez apporter à notre information et à notre réflexion sur ce sujet, et nous serons très attentifs aux suggestions que vous pourrez nous proposer pour faire évoluer les choses et qui permettront à la délégation de formuler des recommandations dans son prochain rapport annuel qui portera sur la situation des femmes dans le milieu de la Culture.
Les auditions que nous avions menées dans le cadre de notre précédent rapport sur « les femmes et le travail », nous avaient déjà montré que le secteur de la Culture, que l'on aurait pu croire préservé, n'était pas exempt de fortes inégalités et de stéréotypes sexistes.


Mme Giovanna Zapperi, professeur d'histoire et de théorie de l'art à l'École nationale supérieure d'Art de Bourges, chercheur associé au Centre d'histoire et de théorie des arts de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

- Je suis professeur en histoire et en théorie de l'art à l'École nationale supérieure d'Art de Bourges (ENSAB) et également chercheure associé au Centre d'histoire et de théorie des arts de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) où j'ai conduit pendant 6 ans un séminaire de recherche, à l'attention de jeunes doctorantes chercheures, sur les questions portant sur le genre, la femme artiste, la différence des sexes dans le domaine de l'histoire de l'art.
J'examinerai la situation des femmes dans les arts plastiques en France en examinant deux questions connexes : celle de l'histoire de l'art et de l'enseignement artistique.
En effet, la situation des femmes dans les écoles d'art, qu'elles soient enseignantes ou étudiantes, demeure particulièrement alarmante tant sur le plan de la sous-représentation des femmes dans le corps enseignant que sur celui de la banalisation de comportements sexistes auxquels sont soumises les étudiantes.
L'éventail des comportements sexistes est large, allant de l'insulte sexiste ou homophobe jusqu'au harcèlement sexuel, véritable fléau qui sévit dans l'enseignement artistique.
J'aborderai ces questions par le prisme de mon expérience en tant que chercheuse féministe et enseignante en école d'art car, à ma connaissance, elles n'ont pas fait l'objet d'études quantitatives.
Seule la remise en cause d'un certain nombre d'idées reçues sur les arts plastiques, en les examinant à l'aune des interactions entre l'enseignement et l'histoire de l'art, permettrait de changer la situation alarmante existant à tous les niveaux des institutions artistiques.
Le domaine de l'histoire de l'art ne se limite pas à une simple discipline enseignée dans les universités mais s'étend aussi aux institutions artistiques, musées et centres d'art, ainsi qu'aux savoirs et pratiques des artistes, des critiques d'art, des commissaires d'exposition et des historiens.
Le récit de l'histoire de l'art se lit au masculin faisant la part belle à une succession de « grands maîtres », ne laissant aux femmes que la portion congrue, quand il ne les exclut pas purement et simplement.
Enseigner l'histoire de l'art selon une vision féministe passe tant par l'affirmation de la présence féminine dans l'art - quoiqu'elle ait pu être marginale à certaines époques - que par l'interrogation sur les rapports existant entre l'histoire de l'art et les structures du pouvoir masculin.
L'invisibilité de la production artistique féminine passée et présente conforte l'impression que peu d'artistes femmes existent.
Le canon qui structure l'histoire de l'art doit être révisé comme le précise une grande historienne de l'art, Griselda Pollock, qui préconise de « différencier le canon » en examinant comment la création artistique, ses mythes, ses imaginaires et les rapports de force qui la sous-tendent s'inscrivent dans une approche sexuée.
Poser de simples questions : « l'art n'a-t-il rien à voir avec le genre ? », « Qui fait l'art, qui le reçoit et qui en fait l'histoire ? », « Quelle place y occupent les femmes ? » permet de s'interroger sur le caractère implicitement universel et neutre de l'art mais aussi les pans exclus de l'histoire de l'art.
Dans un essai paru en 1971, l'historienne de l'art américaine Linda Nochlin demandait, non sans provocation, pourquoi l'histoire n'a pas retenu les noms de grandes artistes femmes.
Si cette question apparaît désormais datée dans d'autres pays, elle provoque encore des émois en France où la réflexion féministe appliquée à l'art demeure marginale.
Elle y montrait notamment comment les institutions de l'art entre le XVIIème et le XIXème siècle empêchaient l'accès des femmes à un statut d'artiste à égalité avec les hommes, l'artiste se définissant historiquement par son appartenance au genre masculin.
Ensuite d'autres chercheures ont pointé l'asymétrie structurelle entre les sexes dans le domaine de la création artistique, révélée de manière paradigmatique par les expressions de « vieux maître » ou « maître ancien » qui, une fois déclinés au féminin, se muent en une caricature misogyne ; ainsi, une femme artiste ne serait donc qu'une « vieille maîtresse ».
Ce jeu de mot révèle la manière selon laquelle l'autorité masculine s'oppose à un féminin sexualisé relégué au rôle d'objet érotique.
Les artistes femmes y sont confrontées inévitablement, notamment en France où le sexisme imprègne les institutions artistiques, et ce même dans le domaine de la création contemporaine où, pourtant, la présence des femmes n'est plus marginale.
L'affirmation selon laquelle l'art serait un domaine neutre et universel est battue en brèche si on analyse la structure de l'histoire de l'art à l'aune de la différence des sexes.
Cette apparente neutralité cache en réalité un sexisme manifeste qui considère que les femmes ne sont pas dignes de la position d'artiste, laquelle s'inscrit dans un schéma masculin à orientation hétérosexuelle.
Examiner quelques manifestations d'importance ayant eu lieu récemment en France suffit pour se rendre compte de la prégnance de ces idées dans le monde de l'art.
Ainsi, la manifestation biennale dénommée « Monumenta », organisée par le ministère de la Culture, propose chaque année à un artiste contemporain de renom de créer une oeuvre spécialement conçue pour l'espace monumental de la Nef du Grand-Palais. Un défi relevé par Anselm Kiefer en 2007, Richard Serra en 2008, Christian Boltanski en 2010 et Daniel Buren en 2012.
Par cette sélection d'artistes hommes, le ministère de la Culture confirme donc qu'un artiste contemporain de renom capable de créer une oeuvre monumentale financée par l'état français est forcément un homme.
Autre exemple, en 2009, « La Force de l'art », triennale d'art contemporain organisée par le ministère de la Culture, qui devait dresser un panorama exhaustif de la création contemporaine en France ne comptait que 7 femmes parmi les 42 artistes sélectionnées.
Ainsi que le mettait en évidence une lettre ouverte publiée dans le journal « Le Monde », cette situation consternante ne résultait pas seulement d'instances de décision composées exclusivement d'hommes mais renvoyait à l'existence d'un problème plus général au niveau national.
En effet, si l'on considère la proportion dans les collections publiques des oeuvres produites par les femmes (environ 15 %), l'édition 2009 de « La Force de l'Art » ne doit pas nous surprendre et ne reflète pas un sexisme ponctuel.
En revanche, l'édition de 2012 de la Triennale, dirigée par un commissaire américain entouré d'une équipe majoritairement féminine, faisait une part plus belle aux femmes. Ne s'agit-il que d'un hasard ?
Le 8 mars 2013, la section française de l'Association internationale des critiques d'Art a organisé, en collaboration avec le Palais de Tokyo, une compétition réservée à une dizaine d'artistes féminines dont les travaux devaient être présentés par autant de critiques d'art femmes devant un jury international, chacune disposant seulement de 6 minutes 40 secondes.
La lauréate de la compétition y gagnait le droit d'exposer dans un musée français et faisait l'objet d'un article présentant ses travaux dans un magazine d'art contemporain.
Cette initiative a soulevé un tollé d'indignation qui s'est cristallisé dans une pétition signée par des centaines de critique d'art et d'artistes. Elle illustre de manière assez caractéristique cette manière insultante de promouvoir les femmes tant artistes que critiques dans le monde de l'art en France, à la façon d'un « concours de beauté ».
Les comportements sexistes sont tolérés, voire banalisés, dans les établissements d'enseignement artistiques français où règne une situation alarmante.
Les enseignantes, soumises à une entreprise de délégitimation systématique de la part des collègues masculins et du personnel technique, en souffrent. Mais les étudiantes sont encore plus exposées aux effets dévastateurs de la banalisation de comportements sexistes.
Les étudiants inscrits dans les écoles d'art sont majoritairement des jeunes femmes. Elles sont confrontées à un corps enseignant majoritairement masculin, surtout en haut de la hiérarchie, et à un enseignement faisant fi des femmes et de toute question liée au genre et à la sexualité.
Aussi, le désir d'une jeune femme de devenir artiste se trouve-t-il d'emblée délégitimé par l'omniprésence des modèles masculins.
Si on y ajoute le peu, voire l'absence, de réflexion sur la pédagogie, cela concourt à altérer une relation entre l'enseignant et l'étudiant(e) qui peut confiner au non-droit dans les cas les plus graves.
On peut certes arguer qu'un certain flou est propice à la liberté dont se nourrit la créativité et qu'une école d'art a vocation à encourager l'expression de soi et des autres. Néanmoins, cette absence de réflexion finit par déboucher sur de véritables formes d'arbitraire.
Selon une conception communément acceptée, l'enseignement artistique reflète l'autoritarisme qui caractérise les institutions françaises et se nourrit de stéréotypes sexistes sur l'art exaltant la figure du créateur masculin hétérosexuel.
Aussi, les étudiantes sont-elles invitées à rechercher une légitimation auprès des enseignants hommes et hétérosexuels qui incarnent au mieux l'autorité masculine.
La proximité entre l'enseignant et l'étudiant peut déboucher sur une relation asymétrique dans laquelle l'étudiant est confronté à l'arbitraire de la part de l'enseignant.
En témoignent les fréquents récits d'étudiantes devant constamment se battre contre des propos déplacés, des sous-entendus sexuels ou des comportements ambigus : une étudiante m'a rapporté qu'au cours d'un entretien l'un de ses enseignants avait fermé la porte à clef.
Quant aux relations sexuelles entre professeurs et étudiantes, elles sont banalisées et tolérées par l'institution quelle que soit la nature de cette relation : recours au sexe comme monnaie d'échange, relation occasionnelle consentante ou relations d'ordre sentimental, celles-ci existant aussi...
Cependant, dans tous les cas, l'omerta règne dans l'institution rendant impossible toute discussion sereine sur ces comportements. Cette situation révèle une incapacité à prendre en charge de manière responsable et ouverte les inégalités et le sexisme ordinaire au sein des écoles d'art. Elle résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : la sous-représentation des femmes dans le corps enseignant et aux postes de direction des établissements d'enseignement artistique ainsi que l'absence d'une réflexion approfondie sur la pédagogie.
Un épisode survenu l'année dernière à l'École nationale supérieure d'Art de Bourges en fournit une illustration parlante. Une matinée, j'ai découvert que les couloirs étaient recouverts de confettis roses comportant des insultes à caractère sexuel. Il s'agissait, évidemment, d'une intervention artistique de la part d'étudiants, mais le ton et la violence des propos ainsi que leur caractère sexiste et homophobe étaient frappants.
Au cours de l'après-midi, l'alarme anti-incendie a retenti, obligeant l'ensemble des personnes présentes dans l'établissement à rejoindre la cour ; elles y ont alors entendu une voix ambivalente proférer, par le truchement d'un haut-parleur, les mêmes insultes que celles qui étaient inscrites sur les confettis.
Par ces actions, des étudiants, restés anonymes pour ne pas s'exposer à des sanctions, voulaient dénoncer des comportements réitérés de harcèlement sexuel au sein de l'établissement.
Par la suite, ils ont expliqué dans une lettre ouverte qu'ils voulaient réagir à une série de propos sexistes tenus par des enseignants à l'encontre de certains élèves, et rendre public un malaise jusqu'alors caché. Ils ajoutaient qu'un problème latent existe dans les écoles d'art en France : la normalisation d'attitudes, remarques et propos sexistes et homophobes de la part de personnes auxquelles leur statut d'enseignant confère le pouvoir de briser ou de promouvoir la carrière de leurs étudiants.
En « sonnant l'alarme » - la symbolique du geste était frappante -, ils entendaient provoquer un dévoilement. Celui-ci a permis un choc salutaire pour l'établissement et la prise de conscience de l'existence de ces comportements sexistes. Nous devons être reconnaissants à ces étudiantes qui ont eu le courage de dénoncer et de s'opposer à une atmosphère intolérable.
Les enseignants et la direction de l'établissement ont dû débattre de ces comportements sexistes ce qui a permis d'y faire évoluer les comportements.
La situation des femmes dans le domaine des arts plastiques en France est désastreuse et impose d'engager des actions urgentes pour transformer ces institutions.
Il est aussi urgent d'établir la parité dans le corps enseignant et lors de la nomination des directeurs d'établissements d'enseignement artistiques.
Une réflexion approfondie sur la situation des femmes dans ces milieux doit aussi être menée en impliquant l'ensemble des acteurs et des institutions artistiques : écoles d'art, musées.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin, présidente.
- Nous vous remercions de vos propos très construits qui recoupent des préoccupations que nous avions déjà mises à jour lors de précédentes auditions.
L'absence d'alternative au modèle masculin hétérosexuel proposé aux jeunes filles pose effectivement problème ainsi que l'incapacité institutionnelle de prendre en charge des comportements inacceptables.
L'instauration de la parité au sein de ces établissements d'enseignement artistiques rejoint des préoccupations de la délégation. Quant aux comportements que vous nous avez rapportés, il me semble que ceux-ci pourraient tout à fait tomber sous le coup d'une incrimination pour harcèlement sexuel.


M. Roland Courteau.
- Vous avez évoqué l'existence du sexisme au sein des établissements artistiques français, le fait que le corps de leurs enseignants est majoritairement masculin et les stéréotypes sexistes qui prévalent en art.
Je suis surpris que de telles pratiques aient encore cours dans la France du XXIème siècle et pensais que le milieu culturel était particulièrement avancé sur ces questions de genre et d'égalité entre les hommes et les femmes.
D'autres pays européens sont-ils confrontés aux mêmes problèmes ?

Mme Giovanna Zapperi.

- Des dispositifs de prévention existent dans les pays anglo-saxons et en Allemagne. Dans ce pays, il y a toujours, au sein des commissions chargées du recrutement, un membre délégué par un organisme chargé de la parité qui assiste aux débats comme observateur et rend son rapport.
En France, une telle pratique délégitimerait l'établissement qui y procéderait.
En Allemagne, il existe une disposition qui précise que lorsque deux candidatures sont de même valeur au regard de leurs curriculum vitae respectifs, c'est la candidature du sexe sous-représenté qui doit l'emporter.
Dans le monde anglo-saxon, ces questions sont débattues depuis les années 1970. Elles ont acquis une légitimité qui a fait évoluer les choses.
En Italie, la situation est comparable à celle de la France si ce n'est pire.
Des avancées ponctuelles ont lieu en Espagne où, pendant une dizaine d'années, le directeur d'un centre d'art contemporain au Pays Basque a veillé à ce que celui-ci respecte la parité, tant dans l'organisation de manifestations que pour le recrutement du personnel.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin, présidente.
- Nous vous remercions pour vos propos qui jettent un éclairage sur les rapports existant entre l'organisation, l'histoire et l'enseignement de l'art, d'une part, et le sexisme ordinaire, voire l'homophobie, de l'autre.

Lire le Rapport Reine Prat, 2006 / pour l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilités, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation.

Extrait de l'affiche du film "Foxfire, confessions d'un gang de filles" réalisé par Laurent Cantet, sorti en 2013
Adaptation cinématographique du roman, Foxfire: Confessions of a Girl Gang, de Joyce Carol Oates
(Infographie : Sonia Marques)

vendredi 8 mars 2013

ḟїяℯ

jeudi 8 mars 2012

ℕѺ☾†∀ℳℬṲℒ∃ ⒿÐ & ✞ℜ☮ℙℑ℃Ѧℒ ⒿÐ

Noctambule JD & Tropical JD © Sonia Marques

Noctambule JD & Tropical JD © Sonia Marques (Vue studio : photo-compositions, 100 cm x 75 cm, chaque - Mars 2012)

"Quand les ombres du soir s’allongent dans la vallée, quand les jardins du jour s’emplissent de mystère et de musique, qu’est-ce donc qui fait ainsi battre le cœur ? C’est la nuit qui lentement s’approche et substitue aux claires différences la confusion, c’est la nuit qui passe l’estompe sur les frontières soigneusement dressées par la lumière du jour, et submerge dans son loisir infini les durs dilemmes du savoir. Les cloisonnements et les compartimentages de la raison diurne fondent dans la ténèbre diffluente, dans la nuit indivise : l’homme découvre un nouveau monde où toutes sortes d’espérances et de facilités magiques s’offrent à sa liberté. Car ce sommeil nocturne qui peu à peu nous enveloppe n’est pas une torpeur vide mais un sommeil peuplé de songes merveilleux : c’est le sommeil d’une conscience noctambule qui découche et se promène sur les toits. L’enchantement de minuit dédommage pour la perte de ses illusions l’homme copernicien désenchanté : il compense la résignation des individus à exister ici ou là ; il nous refait en somme une chevalerie et une magie. À minuit, n’importe quoi déteint sur n’importe quoi, les contradictions nouent dans l’ombre des pactes occultes, l’armée immense des possibles envahit les chemins de la causalité. Ce doux naufrage, cet envoûtement qui est l’effet de la nuit, sont nécessaires à notre existence ; oui, nous avons besoin de cette parenthèse enchantée ; nous avons besoin de ce ciel clandestin et d’une causalité féerique qui échappent aux obligations prosaïques du jour, nous avons besoin de cette poussière des scintillements et des constellations où s’embrouillel'écheveau des déterminismes, où s'enchevêtrent les fils de la causalité."

(Vladimir Jankélévitch, extrait de Quelque part dans l’inachevé, en collaboration avec Béatrice Berlowitz , 1ère éd. 1978, Gallimard; éd. de réf. 1989, Folio essais, 319 pages)

JD

Les nuits nous appartiennent et les jours effacent les nuits. Les noctambules vivent la nuit et les tropicaux dorment le jour. Ces photo-compositions sont post mortem, tombeaux blancs de jours noirs, nées à la suite d'un drame nocturne où scintilla la perte, l'absence et le manque. Sources de résilience, elles sont dédicacées à l'inconnu, à Joe Dallessandro, sex-symbol du cinéma underground, qui a été une référence, depuis une quinzaine d'années, dans mes oeuvres artistiques ou dans ma réflexion, notamment les vidéos songes, dans un travail de redéfinition de l'image en jouant avec ses imperfections, ses parasites, artefacts, bug, glitch, tout en questionnant le modèle masculin dans sa fragilité sensuelle et ses métamorphoses sensibles. Souvent ces images, sont pour moi, des visions sonores. Leur musicalité, qu'elle pleure comme la pluie ou pique comme des éclats, s'associent également à une recherche de couleur, comme ici aux blancs liquides, aux gris noirs et veloutés.

♀♂

Merci à l'ami pour m'avoir permis de piocher dans sa bibliothèque. J'ai ainsi pu lire 2 livres du philosophe et musicologue Vladimir Jankélévich en une nuit et en prêter d'autres à une étudiante. C'est la journée internationale de la femme. Elle a 30 ans aujourd'hui ce 8 mars 2012. Je la dédie aux hommes, de ces jours-ci :
Un porteur de ukulélé, la rose rouge entre les dents montrant bientôt sa galipette dans une exposition commune ; un fan de Britney Spears lui fabriquant un château à son effigie, bientôt dans l'exposition commune ; un programmeur qui chante dans une chorale et qui ajuste tous les projets comme des costumes sur mesure, un commissaire d'exposition aux cheveux blonds qui roule avec le vélo de sa mère, un professeur blagueur attentif et patient avec ses étudiants, un autre programmeur qui vit au au Canada toujours réactif tatoué, un musicien de chiptune qui vit en Suède et aime Cendrillon, un artiste inaccessible qui vit en Espagne et dessine des cyborgs virtuels qui dit 'oui' tout de suite, un autre artiste de Londres qui dit 'oui', un ami qui revient d'Arménie et vous accueille comme une reine en faisant la cuisine, un musicien qui vit en Autriche affichant publiquement son soutient indéfectible, un ami arc-en-ciel artiste qui vit à Berlin qui aime vos sources sonores et les écoute comme un autre ami artiste japonais qui vit à Paris et un autre ami français artiste qui a de bonnes enceintes, un professionnel des tirages numériques sympathique au centre de la France qui comprend votre travail et ses exigences colorimétriques et qui ressemble à un autre professionnel des ordinateurs qui réussit à récupérer toutes vos données perdues, un JD artefact toujours présent passé dans les souvenirs, un autre qui est tombé du ciel et qui s'absente de la Factory où j'habite, un voisin exotique qui vous invite à boire un café, un vieil Atlas qui porte un anneau bientôt en ligne, un père qui fête ses 40 années de mariage, un oiseau bleu qui mange des framboises et dit : "Mmm, c'est bon !", deux inséparables mâles qui se baignent ensemble et s'aiment pour toujours...