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jeudi 12 juillet 2018

ℯηḟ@ᾔ¢ℯ

Photographies © Sonia Marques

L'exposition, en ce moment au Palais de Tokyo :

Comment le sens de l’émerveillement, la capacité à inventer des mondes mais également les peurs et les angoisses enfantines se construisent et se déterminent- ils en fonction des contextes ? L’exposition "Encore un jour banane pour le poisson-rêve", d’après le titre modifié d’une nouvelle de J.D. Salinger, tente d’y répondre en nous faisant voyager de territoires quotidiens et intimes à des mondes fantasmés, qui sont autant de fragments d’une identité en construction permanente. Conçue avec la commissaire d’exposition japonaise Kodama Kanazawa et co-organisée avec la Fondation du Japon, l’exposition, qui fait partie de la manifestation Japonismes 2018, sera l’occasion pour le visiteur d’apprécier les œuvres d’une vingtaine d’artistes internationaux, dont six artistes japonais, et de découvrir une collaboration inédite avec le dessinateur de manga Yûichi Yokoyama.


Particulièrement apprécié les œuvres de l'artiste britanique Caroline Achaintre. Une de ses expositions (terminée en avril 2018), à la First Floor Gallery de La Warr Pavilion, (à Bexhill-on-Sean, en Angleterre, salle d'expo. en front de mer) nommée "Fantômas", dont une  vidéo retrace, avec elle, ses productions, raconte, qu'elle fait référence au masque porté par le criminel français Fantômas, inventé par les écrivains Marcel Allain et Pierre Souvestre en 1911. Dans les années 1960, une adaptation télévisée du roman a été faite, dans laquelle le visage de Fantômas était caché par un masque bleu à l'apparence rigide. Pour Achaintre, le masque est un lieu où la fantaisie et la réalité peuvent exister en même temps. Pour Fantômas, Achaintre a réalisé une série de nouvelles céramiques, accompagnées de nouvelles tentures murales. Elle a créé des céramiques avec une résidence conjointe  entre le pavillon De La Warr et le West Dean College, un collège d'arts et de conservation fondé par le poète britannique Edward James, un grand collectionneur d'art connu pour son soutien au mouvement surréaliste. Ses sculptures en céramique et ses décorations murales touffues à la main intègrent diverses références telles que la mode, le carnaval et l'iconographie death-metal, ainsi que le primitivisme et l'expressionnisme - mouvements artistiques occidentaux du début du XXe siècle et l'imagerie préhistorique.

Superbe vidéo "Lake Valley" de Rachel Rose et belle installation sur la moquette. Elle était exposée à la Biennale de Venise de 2017, à 30 ans, l'une des plus jeunes artistes de la Biennale. Coïncidence avec mon exploration du domaine de la cuniculture, l'animal de compagnie représenté ressemble à un lapin, mais peut aussi être un chien. Il vit dans une banlieue et est délaissé par son propriétaire qui emmène sa fille à l'école. Les points de vue de l’assujetti, ce pouvoir du tout petit, en bas, sur la terre, regardant les grandes choses, est techniquement bien réalisé et la création malaxée d'une pâte éblouissante de textures différentes, et de déplacements d'images et de points de vue, provoquent une immersion fantastique dans des rêves ou cauchemars. La sensation illustrée de l'eau, de ce que cet environnement peut engloutir, comme faire miroiter à sa surface est magique. Un œuf se casse et le jaune coule, mais comme coulent tant d'autres matières et découpages. Une fille rêve et flotte au-dessus de son lit, des feux d'artifice explosent. Les superpositions de films et séquences ne cessent de nous surprendre, et nous faire perdre pieds, et repères. C'est assez organique, et composé d'images transformées les unes par rapport aux autres, des torsions. Les images sont prises à partir de livres pour enfants du 19ème siècle, 12 vignettes dessinés à la main par seconde. C'est un whoosh, un souffle de stimuli sensoriels très enchanteurs.
À propos de la création de sa vidéo, elle écrit :

"Quand j'ai réfléchi à l'enfance, j'ai regardé des histoires écrites sur le fait d'être un enfant, des histoires pour enfants. Et l'un des thèmes qui ne cesse de se répéter est la solitude. Un enfant abandonné par sa famille, ou un enfant qui tente seul de retrouver sa famille."

De là, elle a développé un concept à partir duquel elle pouvait construire un récit solitaire depuis sa propre enfance. Elle a créé une banlieue fictive de New York appelée Lake Valley (un nom de lotissements de banlieue) et a développé son histoire sur la solitude. 

"Une créature vit dans une maison avec un père et sa fille, ils vaquent à leur vie quotidienne, et toute la journée, cette créature est toute seule"

Pour décrire à quoi ressemble la créature, il s'agit d'un hybride entre un lapin, un renard et d'un chien, d'après Rose.

"Elle cherche des moments de connexion, la nuit, elle sort pour sa promenade, et elle s'enfuit. Elle va dans une forêt, la seule verdure dans l'enclave suburbaine. Elle pense qu'elle se fait un ami, mais en fait c'était juste son imagination - c'est un tas de détritus avec des feux d'artifice dedans et les feux d'artifice explosent. Et peut-être que tout cela vient de son esprit - c'était l'affiche dans la cuisine."

En plus des 12 images par seconde nécessaires pour faire les animations, il y avait le collage des images des vieux livres pour enfants, pour créer le cadre que les créatures en mouvement occuperaient. Les objets familiers deviennent hyperréalistes.

"Tous les paysages suburbains familiers - à l'intérieur de la maison, l'enclave, le bureau, le parc, la voiture - je les composés à partir de ces milliers de sources d'illustrations de livres pour enfants que j'ai compilées pour créer cet espace hétérotopique. Les pâtes sont aussi des cheveux."

Cet état de solitude raconte la séparation avec son environnement, et le mélange de sensations et de souvenirs, d'interprétations fantasmagoriques qui en découle. Cet espace créé par Rose, m'a fait penser à un espace introspectif, intérieur, débarrassé du concept efficace et stratégique, une grande image en mouvement qui fait appelle à nos sens, bien plus qu'aux cases dans lesquelles sont attendues les réalisations artistiques.



Jean-Marie Appriou avait déjà exposé au Palais de Tokyo et c'était en 2014 (Sonde d’arc-en-taupe). Et l'une de ses sculptures représentait une phrase : "Le sang du poisson à l'odeur du métal". On est assez proche du titre de l'exposition collective du Palais de Tokyo, de la commissaire d’exposition japonaise Kodama Kanazawa, "Encore un jour banane pour le poisson-rêve".

La description de son exposition de 2014 révélait ceci :

Sonde d’arc-en-taupe

Les expérimentations de Jean-Marie Appriou dans le domaine de la céramique et de la fonte résultent d'un rapport technique singulier à la matière, rehaussé par un enchevêtrement de références culturelles (préraphaélites, musiques pop, artisanat, patinage artistique, mythologies médiévales, bande dessinée, etc.). Jean-Marie Appriou a conçu pour le Palais de Tokyo un parcours crépusculaire évoquant à la fois le plan basilical, la salle de concert, la grotte et le reliquaire. L’exposition est structurée par des assemblages en fonte composés d’éléments conçus dans l’atelier de l’artiste (coquillages, cristaux, tours de potier et personnages). À la fois sculptures et bas-reliefs, ces grilles reconfigurent l'espace au gré des jeux de transparence, de clair-obscur et de saturation.  Cet ensemble constitue une cosmologie personnelle élaborée par l’artiste, symbolisant le cycle des transformations naturelles et manufacturées de la matière. Le parcours évoque les états successifs du calcaire, depuis la sédimentation des coquillages au fond des océans jusqu’à la formation des stalactites. Il décrit également les métamorphoses de l’argile : l'extraction marécageuse, le façonnage, la cuisson. Cette approche tellurique et quasiment alchimique est soulignée par la dimension hermétique du titre de l’exposition : « Sonde d’arc-en-taupe » évoque deux motifs complémentaires, la galerie de la taupe et l’arc-en-ciel, formant un anneau qui réunit le cosmos et le monde chthonien, les étoiles et l’underground.









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Encore une jeune artiste britannique, Megan Rooney, (bien que canadienne, de Toronto, mais basée à Londres) Elle a rafraîchi le grand espace du Palais d'une peinture au mur, accueillant ainsi les œuvres des autres artistes. Il y a là, une veine picturale que j'avais pu accompagner, professeure, d'une artiste devenue, Emmanuelle Rosso, lorsqu'elle était étudiante, avec son travail sélectionné au salon de Montrouge, qui utilise à la fois la danse, la performance, la peinture, mais aussi les phrases jetées et la consumation de toutes ses œuvres. Une aparté :  j'ai reçu de beaux mots d'étudiantes, ou d'anciennes étudiantes (Limoges, Bourges, Grenoble), des remerciements, leurs excellents résultats, parmi les désastres de ce que peut produire une école d'art française sous une autorité mal placée, au sein de différentes écoles nationales. Cette année fut, ma foi, une belle réussite, en tant que professeure, pour ces étudiantes, et un bel échec quand à la reconnaissance de la tutelle complètement à côté de la plaque. Il faut voir l'impuissance des directions à faire évoluer les formations, et le capharnaüm des syndicats se mêlant au pouvoir, au service des mauvaises rumeurs, et des frustrations hissées, comme modèles principaux d'expression. C'est très moche, tout cela ne nous élève pas. La mauvaise tendance est de marquer des buts, peu importe le chemin de trahison. Mais plus dure sera la chute. Heureusement, que les chemins artistiques divergent et cheminent sans ces paniers de crabes. Ce sont bien les artistes accompagnant les étudiants dans leurs études en art, qui sont les mieux placés pour les orienter dans une voix singulière. Je pense aussi à Xu Lu, ses équilibres et sa grâce, aux félicitations des jurys de ces étudiantes, je pense aussi au travail de Kadi Diedhiou, une évidence, et sa poésie qu'elle m'avait fait découvrir, et tant d'autres, Bahâr Kocabey, Anna Couder, ou Iris, de niveaux différents, et parties dans d'autres pays, poursuivre leurs routes et déroutes, toutes ingénieuses... et celles qui ont encore des études à explorer, à apprendre dans un cadre scolaire. Ou encore, Anaïs Docteur, que j'ai rencontré par hasard en sortant du Palais, et qui avait été diplômée l'année dernière avec mention, que de parcours ! Je ne suis pas surprise de leurs avancées, mais infiniment heureuse. Et oui, il n'est pas facile d'être reniée par le système des écoles renfermées, et en même temps, pouvoir réussir accompagner à bien des étudiants, afin de les faire sortir du système, et qu'ils volent de leurs propres ailes... C'est un peu ce que l'on attend, finalement, des artistes professeurs, mais sans jamais comprendre la méthode, ou attendre d'eux des méthodes d'un autre temps, afin que des personnels remplissent des cases de plus en plus divisées, et sans aucune couleur.

Pour en revenir à Megan Rooney, d'autres de ses œuvres, MOMMA! MOMMA!, Tramway, (Glasgow, 2017) se suffisent à elles-seules et ne figurent pas dans l'exposition collective du Palais.

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Une vidéo montre plusieurs autres installations. Spéciale dédicace au bienheureux qui a arrêté de fumer, des cigarettes comme autrefois, avec des filtres jaunes... À la galerie Division de Montréal, on peut voir, avec si peu d'expositions à son actif, ses toiles. La question de l'exposition est quelque chose de toujours mystérieux pour les étudiants. Elle le devient moins pour tout professeur encore en activité, étant donné que le temps de sacrifice à enseigner est aussi un temps de sagesse sur ces systèmes de mise en exposition par untel, untelle, et toutes les critiques autours. Il y a les hasards de rencontres aux sorties des écoles, mais seulement des écoles avec un "haut" pouvoir (économique, côte, intérêts divers...) et rares sont les valeurs basées sur la qualité, le parcours et la richesse humaine de ces rencontres. Il y a des montées en épingle, dont, souvent, les artistes ignorent tout, de ce que l'on met en relief à leur insu. C'est de cette "apparition-disparition" que se joue ce système des expositions, et la course, parfois effrénée, de quelques artistes à espérer décrocher le Graal d'une visibilité tant attendue : une illusion de plus. De mon point de vue, je considère toute cette économie, d'affamée. Tant de structures et de personnels, un nombre considérable, dépendent des artistes, surtout de leurs productions (oui il faut bien exposer quelque chose, et trouver à écrire dessus), alors même que les artistes, la majorité, vivent dans un dénuement (volontaire ou subi) total. Ils et elles ne sont, le plus souvent, jamais rémunérés de leurs différentes expositions, en tous cas, en France, c'est indigne de ce qu'avancent les politiques. Et ce sont les personnels dépendants, qui sont rémunérés, ou éternels stagiaires, entre revenu minimum d'insertion et insertion au travail pour la médiation, avec un diplôme de cinq années derrière et une piaule en colocation chez la grand-mère d'un ami chômeur, qui a vécu les 2 guerres. C'est toujours frappant. Longtemps, on a considéré normal, la maltraitance, en France, des artistes. Après, il est très difficile de mener une politique sur "la liberté d'expression" ou des notions de "culture", quand celles-ci, sont massacrées et déniées. Challenge impossible, mais aux stratégies mesquines multiples sur tout le territoire. Le plus facile, est de favoriser des artistes ayant déjà un "haut" pouvoir économique. On ne présente jamais d'artistes plus pauvres, et surtout pas français. Car, les plus pauvres, seraient, vue, d'ici, toujours vivant dans des pays lointains. Ces gestes et actions (car ce sont des gestes, des comportements, des vues de l'esprit rabougries) sont aussi visibles dans les écoles d'art. On préfère garder des professeurs, ayant un peu d'économie, car il faut les user, plutôt que de plus pauvres, dont une centaine d'euros piqués dans leur salaire les feraient arrêter toute activité, tant le péril, à cette micro échelle devient non négligeable. C'est parce qu'ici, la négligence est au pouvoir, que les formes de pouvoir ne s'adressent pas aux plus démunis. Parce que ces gestes ont attribué leurs négligences aux plus pauvres, ils sont devenus "les négligés", alors qu'ils n'ont absolument rien demandé, ni fait pour avoir ce statut là. Ainsi, le pouvoir est devenu affamé et puise dans tous les négligés, qui ne peuvent se défendre par l'argent, en les faisant disparaître et faisant apparaître d'autres négligés, qui disparaîtront plus tard. Le pouvoir fait apparaître, puis disparaître, à mesure qu'il a besoin d'argent, de renommée, il se veut juge et initiateur. C'est de cette impuissance-là que questionnent les expositions. On ne peut qu’observer ces gestes d'impuissance, ces illusions. Les magiciens, eux, sont nombreux et savent les trucages. C'est de cette sagesse que les étudiants, certains, certaines, n'ont pas encore l'expérience. Il y aura toujours des biens vus et des mal vus, et des bien en vus, et des inconnus, même les plus âgés, celles et ceux avec une expérience incontournable. Il n'est pas un jugement qui puisse les distinguer, ni les qualifier, tant leur magie a dépassé toute méthode cartésienne.

Your age and my age and the age of the rainbow (2014)
Images du catalogue : Vocabulary of solitude / Museum Boijmans Van Beuningen / Ugo Rondinone



Vocabulary of solitude (2014) Ugo Rondinone
Images du catalogue : Vocabulary of solitude / Museum Boijmans Van Beuningen / Ugo Rondinone
Lors d'un de mes déplacements, j'avais fait le choix du catalogue "Vocabulaire de la solitude" de l'artiste Ugo Rondinone, avec ses clowns et ses arc-en-ciel. C'était il y a quelques semaines, et je n'imaginais pas pouvoir visiter une exposition, en présence de ses clowns. Voilà qui est réalisé ! Au Palais de Tokyo, une salle est destinée à cette grande installation, (une variante) que l'on ne peut photographier. Il faisait très chaud et l'air était irrespirable, un peu comme dans toutes les salles ces jours-ci, sans climatisation, mais particulièrement celle-ci, car la verrière, laissait transparaître le soleil intense (mais coloré par les filtres de la pièce d'Ugo Rondinone) L'atmosphère donc, de ces clowns était encore plus inquiétante et je souhaitais leurs demander à chacun, s'ils n'avaient pas trop chaud sous leurs masques, ou avec leurs chaussettes colorées, quand un gardien complètement accablé par la chaleur crie dans l'espace : "Pas de photo, pas de photo !" devant un visiteur plus malin que les autres sortant son téléphone pour viser l'un de ces clowns avachi, sans espoir aucun. J'aime beaucoup cette installation, mais j'avoue la préférer dans le catalogue que j'ai, et les autres, car visiter l'installation, avec les gardiens, et la chaleur, n'est pas tout à fait propice à la réflexion que promet cette création.

breathe. sleep.dream. wake, rise. sit. hear. look. think. stand. walk. pee. shower. dress. drink...

Autant de noms à ces 45 clowns, qu'ils ont de positions. L'artiste et ses figures tragi-comiques, aux couleurs gaies, expriment la tristesse, et la déception. Les visiteurs circulent dans un espace où rien ne se passe, et pourtant, la réflexion est au centre des activités représentées. C'est un artiste suisse et je suis ses réalisations qui impliquent différents médiums, je me sens assez proche de cette multitude. Suisse, né en 1964, Ugo Rondinone a ce point de vue sur une société dont les valeurs n'ont aucun sens, il est mélancolique. Photographe, sculpteur, dessinateur, et peut-être triste, cet univers est pourtant teinté de psychédélismes, d’hallucinations colorées. D'autres parties de son travail n'ont pas cette coloration, et peuvent nous renvoyer à une préhistoire imaginaire (ses sculptures  Moonrise). Cette installation, ultra protégée, figurait, dans l'exposition collective, sur l'enfance. Mais ici, un monde d'adultes a envahi les espaces depuis longtemps.








Keita Miyazaki
réalise de petites fleurs, de papiers pour carnaval, c'est ainsi que je l'ai entre-aperçu, dans un couloir. Ces petites machines sont des décorations enveloppant des tuyaux plus solides et même assez rustiques, contrastant avec la fragilité du papier. Mais tout cela pour masquer des enceintes, du son. Alors ces choses, sont des surprises, des bêtes au sol qui tentent de faire leur intéressantes. Avant, j'allais à la "Maison du papier" dans ma ville, actuellement remplacée par une boutique pour le CSP de Limoges (Cercle Saint Pierre), club de de basket-ball français, une des valeurs sûre ici, avec la porcelaine. Et cette maison était remplie d'accordéons et banderoles et toutes sortes de costumes et cotillons, c'était absolument créatif, pour tout artiste et tout enfant, et pour les grands, les grands-parents qui achetaient quelque chose pour les enfants. Seule la "Maison du fromage" est restée, avec la "Maison de la pantoufle" diffusant dans cette allée vers l'église Saint Pierre, des mélanges d'odeurs nauséabondes, infectes parfois par temps de chaleur, qui ne manquent pas de rappeler aux touristes, que dans le folklore français, il y a cette odeur indéfectible et repérable à plusieurs mètres, mêlée aux jeux d'équipes sportives dédiés aux hommes exclusivement portés sur le but (le foot en est devenue une expression patriotique, sorte de défouloir de haines racistes), avec la pause pantoufle indispensable. Donc exit le papier, la création et la décoration, notre pays n'a gardé que peu de belles inventions culturelles pour ne favoriser que l'argent et le pouvoir et le beuglement des soirs d'ivresse. Comprenez qu'il ne faille plus attendre de médailles dans ces contrées, elles ont toutes un goût qui beugle, pour le plus fanfaron des débiles. Notre victoire est pourtant notre chemin, et non le but, et c'est tout un art...



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Tomoaki Suzuki était déjà passé au Musée d'art moderne de la ville de Bordeaux (CAPC) dont cette vidéo retrace l'installation. Division, isolement, et même indifférence, ces miniatures ne le sont pas en définitive. Mais c'est que notre format du Musée et de l'exposition, s'est peu à peu orienté vers le monumental. Et les pièces de Musée sont si vastes que les œuvres de Suzuki nous apparaissent comme rapetissées. Touts est question d'échelle et notre société a accordé au visible une très grande échelle, nous empêchant de voir de plus près, mais aussi de plus proche. Comme l'Alice au pays des merveilles, ces personnages nous inspectent comme si nous nous étions un peu trop avancés sur notre époque, alors qu'ils semblent sortir des années 50 ou 60. J'ai eu cette impression que cette moquerie provocante de ces petits personnages qui posent avec nonchalance, face au mitraillage des téléphones portables de ces touristes s'agenouillant pour les capturer dans leur petit écran digital, nous toisaient, avec détermination.

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Yûichi Yokoyama au Palais de Tokyo

Yûichi Yokoyama était un peu devenue la carotte de cette exposition au Palais, mais aussi, il exposait à la galerie Anne Barault. En 2012, j'écrivais un article sur ce japonais (article nommé "Yapool"), mais bien avant, j'avais eu connaissance de cet auteur par Thejazzist, lui-même auteur de vignettes abstraites, avec qui, nous échangeons souvent sur certaines créations, entre géométries et figurations. Il m'a offert le premier livre aux éditions Matières et depuis, celui que j'ai préféré c'est Baby Boom, pour le dessin, pour l'histoire de l'oiseau-bébé, pour tout en fait et bien différent des autres, je trouve. J'avais beau le référencer dans mes cours à destination des étudiants, que de suites, les bibliothécaires avides de mes trouvailles, s'empressaient de l'ajouter dans leurs achats, car leur rayon était si pauvre et réduit, en école d'art, que je devenais, la pourvoyeuses de contenus, mais interdite ensuite d'emprunt dans ces mêmes bibliothèques... Hum, hum. Ou accusée d'avoir emprunté des livres jamais empruntés et de devoir les rembourser à l'école limougeaude (si, si, ils sont capable des pires mensonges) Il en est, que ce pauvre Yûichi Yokoyama, se trouva pris d'une effervescence médiatique, ici, dans le petit milieu parisien. De sortes, que le jour où je visite l'exposition collective au Palais de tokyo, et que je trouve un petit moment pour faire un tour à la galerie Anne Barrault, le matin même, un article sur Libération dont il est le héro paraissait. L'assistante me le brandissait très fière et je la remercie car elle m'a transmis un article plus intéressant, celui de Laurent Bruel : Durant l’hiver 2012-2013, Laurent Bruel a rendu visite à Yûichi Yokoyama. Il en est revenu avec un reportage publié en novembre 2013 dans le numéro spécial Japon de la revue Back Cover.

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Article de Libération du 9 juillet sur de Yûichi Yokoyama, à la galerie Anne Barrault (merci Manon !)

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Et photos d'une partie des œuvres présentées à la galerie.
L’article, abondamment illustré, expose pour la première fois l’environnement, les conditions et les méthodes de travail de Yûichi Yokoyama. Je ne saurai flatter la galerie, car j'ai trouvé ce qui était exploité moins exaltant que ce que j'ai pu lire et voir dans les éditions. Mais je pense, que c'est bien l'intention de l'auteur, de réduire sa portée, et travailler avec peu. J'ai beaucoup aimé ses grandes peintures, qu'il ne réalise plus faute de place. La galerie présente des rébus mis en boîtes. Ses réalisations de personnages assez froids, sont plutôt significatif d'une solitude effrayante où le lien affectif semble être rompu. Paris s'est emballé littéralement pour ses œuvres, nous pensions l'avoir connu en secret, et d'un coup, nous le voyons exposé dans 2 lieux différents à Paris, certains, ces lieux d'être les premiers à le découvrir et le montrer au public ! Ce que je trouve très intéressant, c'est que la culture du manga, populaire, par l’intermédiaire du livre, diffuse bien plus largement au public, qu'un lieu d'exposition ne sait le faire. C'est comme si un Musée avec beaucoup d'argent pensait montrer quelque chose de nouveau à une élite, que nombre d'amateurs et fans, connaissaient déjà depuis quelques temps, sans en faire tout un plat. Un jour, je discutais avec un artiste professeur français reconnu, plus âgé, et je lui apprenais qui était Hokusaï, il ne savait pas qui était-ce malgré nombre de voyages officiels et très institutionnels qu'il faisait au Japon. C'est symptomatique de ce que l'on nomme "la culture" en France et de ce qu'elle entend nous faire connaître de l'étranger (une vue très tronquée) Je déjeunais avec mes amis japonais, Aki et Makoto, je ne sais pas comment non plus cette journée rassemblait autant de coïncidences, de plus Aki Ikemura, fut artiste à la galerie Anne Barrault. Et je disais avec magie, qu'elle avait pris la photo de nous, le collectif Téléférique, dont j'avais gardé, la seule, cette photo nous rassemblant. Et tout cela lors de l'exposition personnelle de Makoto Yoshihara "Horse trailer studiolo" à la galerie ColletPak à Paris, en décembre 2009, qui était très belle. J'allais les jours suivants déménager à Limoges. Je souriais encore sur la photo ;.) J'allais m'armer de courage pour apprendre à apprendre.
Yûichi Yokoyama s'amuse un peu de ces décalages entre institution, école, Musée, tout ce qui concerne l'élection, la sélection, l'élite et le populaire, le pauvre et le riche, l'ermite et le médiatique, le médiocre reconnu socialement pour cela puis porté aux nues (Cette expression date du XVIIIe siècle. Auparavant, les nues désignaient les nuages. De ce fait, lorsque l'on porte quelque chose aux nues, c'est qu'on le met très haut, on le place sur un piédestal, on l'admire de façon démesurée) Ses propos sont rapportés ainsi :

«Au lycée, j’étais médiocre. Je suis allé à l’université par pression sociale. Naturellement, j’ai fait des études d’art. A Musashino, dans le département Peinture à l’huile. En Asie, on considère que c’est le domaine le plus généraliste de l’art, celui à partir duquel on peut tout apprendre. En sortant de la fac, j’étais un bon imitateur d’artistes. J’ai passé plusieurs concours. Vingt-quatre tentatives en tout. Aujourd’hui, quand on expose mes dessins ou mes toiles, j’ai l’impression de faire le deuil des "enfants avortés" de ma carrière de plasticien. Surtout quand on expose les œuvres réalisées pour ma 24e tentative…»

S'il adule encore des artistes de l'époque conceptuelle et minimaliste, comme ce que l'on peut encore étudier dans une école d'art en France, il est persuadé que ce n'est plus de notre temps, et pour lui, le médium n'est plus la sculpture ou la peinture, mais le livre. Quand d'autres peuvent prendre la tangente de l'immatériel, sans même matérialiser dans le livre, leurs dessins, leurs desseins. C'est que nous vivons un peu, dans des moments non linéaires, et qu'il n'y a plus de suite logique, dans l'histoire et la réappropriation de médiums, de formes. Quand l'un peu découper toute sa vie sans avoir d'outils lié à la télé (téléphone, téléchargement, téléobjectif...) l'autre coupe sur écran avec la matière déposée sur Internet, et l'autre encore, pour déplaire aux plus fanfarons français, peut faire du tricot ou repasser ses peintures au fer à repasser, tout en restant le plus macho du monde... Et un autre s'occupe de ses coiffes et bijoux, dans des peintures immenses et chiadées afin de mettre en valeur des chaussures de grandes marques... Que rajouter ? L'art est surprenant et n'a que faire des grand discours persuasifs et des tendances... Et même empiler des pierres sur la plage, est encore un acte courageux, qui brise la terreur, et notre propension à subir la violence invasive de l'espèce humaine, sans savoir jamais la raisonner, et encore moins la moraliser.


Photo de l'article de Laurent Bruel en visite à Yûichi Yokoyama

L'article raconte l'histoire d'un ermite, qui n'aime ni où il vit, ni ce qu'il y a autours. Chichement, dans une location de fortune, dans une des baraques d'un propriétaire qui exploite les ouvriers, dans ces mêmes autres baraques. Isolé, il ne connait ni les noms de ses voisins, et eux, ne le connaissent pas. C'est la source de son inspiration, avec une distance paradoxale et ses dessins de voyages futuristes, dont ses personnages aux costumes robotiques et mutiques parcourent ses vignettes, s'arment sous les avions. Dans ces conditions non confortables, on se plait à dire, oui c'est comme nous, nous sommes aussi des artistes dans nos bicoques louées ! Mais il y a quelque chose d'un peu triste. Même si, par l'imagination sublime, l'existence tel un moine peut expliquer ce dénuement, on vit dans cette solitude, que ces animaux domestiqués racontent bien (dans la vidéos de Rose). Un monde parallèle, où l'imagination serait au pouvoir, et où personne, même les voisins ne pourraient atteindre ce niveau extatique. Dans le même temps, il est poursuivis par des commissaires d'exposition et des galeristes, de vrais professionnels en business, capables de parcourir le monde jusqu'à sa bicoque pour trouver quelque chose à vendre, là où les planches sont pourries et le vent écaille la peinture des murs, et un poêle à essence, dont l'odeur est intenable, espère encore réchauffer l'humain. S'il exprime attendre les moyens pour déménager, pour sa santé, on se demande comment ces vitrines de l'art exploitant ses rébus et ses traits criants, de bruits, ne parviennent pas à le nourrir. Petite claque pour celles et ceux qui vendraient père et mère pour exposer leurs détritus, rien n'est plus enviable qu'une baraque à frites pour y parvenir ! Pas d'ordinateur, pas de lecture de média, pas d'Internet et pourtant des réalisations qui semblent sortir directement d'un as des outils numériques. Pour Yûichi, le plus important c'est le livre. C'est ainsi que j'ai connu son travail. Les expositions collectives, les produits dérivés, les dessins isolés, rien de tout cela ne l'intéresse. Il veut bien transmettre, si on lui demande, mais c'est le livre qui est prioritaire. Avant il était illustrateur pour gagner sa vie. Ce sont les éditions Matières, en France, et au Japon, la Maison East Press, qui ont changé la donne.

Beauty and the Beasts / La Belle et la Bête, exposition de Kent Monkman au Centre Culturel Canadien (extrait d'une peinture)

Plus de 3 mètres de peinture... et de bijoux

Que me reste-t-il de l’exposition de l'artiste Laure Provost, au Palais de Tokyo, ces jours-ci. Pas grand chose à vrai dire. En 2015, je la découvrais au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, et je lui ai dédié un article nommé "Désir d'ailleurs désir d'être plus proche", assez élogieux. Dans le même élan, je suis allée voir l’exposition de Kent Monkman au nouveau centre culturel canadien à Paris, assez grandiloquente, très (trop ?) communicante et vendeuse, et, de même, j'ai nettement préféré ma découverte de son œuvre au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, en 2014, dont j'avais écris également un article, nommé "Château, sur BMK, le blog en avance... C'est que ce Musée, à Rochechouart, il y a quelque temps, amenait dans le Limousin des formes artistiques d'ailleurs mais avec des scénographies chaleureuses qui conféraient aux œuvres, un sentiment de proximité, dans des odeurs boisées de ce château, au milieu d'un paysage vert et enchanteur. Alors, nous avons eu de la chance de voir ces expositions avant celles parisiennes. Le Palais de Tokyo est immense, et parfois, les artistes, perdus dans cette immensité, sont dans l'obligation de voir "grand" et d’avoisiner l'idée du monumental. Hors, je suis persuadée, que, de nos jours, ce monumental a perdu de sa superbe, et que notre regard se perd dans ces statures de grandeur, pure folie. Le Palais de Tokyo peine à combler des salles, restées vides, à croire qu'il n'y a plus assez de budget pour payer les artistes exposés ou commissaires, ou peu d'artistes (alors qu'ils sont si nombreux) sont connus des institutions, et donc les espaces dédiés sont devenus trop grands pour accueillir si peu de recrues. Souvent sont-elles puisées dans d'autres expositions, elles ont déjà tournées et se sont déjà retournées et passées à autre chose, qu'un amateur, une amatrice qui se déplace, comme nous tous, tombe fatalement sur les mêmes, qui ornent des espaces différents, avec des allures fatiguées parfois. On voit cela, alors qu'on ne connait aucun rouage ou presque, mais cela se voit, se ressent. Un épuisement. J'apprécie toujours autant visiter des expositions, bien plus par les rencontres que je peux y faire et les échanges ensuite, mais ces expositions sont quasiment inaccessibles au grand public. Tout d'abord l'accès physique, il faut au moins une voiture dans le Limousin pour visiter des expositions d'art contemporains, situées à des heures de route (et pourtant on se vante de décrire que le territoire est balisé en art contemporain, et bien pas pour tous !) et de nos jours qui a une voiture ??? Pas les artistes. Puis le prix, ce que coûte une exposition pour le grand public, dans des institutions publiques est indécent. L'accès à la culture pour tous, ce n'est pas pour demain ! Par contre, des matchs de foot retransmis partout dans les bars chaque soir, oui, il y a quelque chose de pensé là-dedans, quand ce n'est pas l'hôtel de ville qui s'y met, en fermant les stations de métro, ou bien les conducteurs de TGV (ceux-là même qui sont pour les grèves) qui nous annoncent fièrement les résultats des matchs pendant nos déplacements, au cas où, nous ne serions pas assez informés des buts de l'équipe de France. Et bien non, la culture que pour certains, et généralement, cette culture n'est adaptée que pour les fonctionnaires ayant défini cette culture et ayant décidé qu'elle serait "La culture". Donc, on comprend bien, qu'ils puissent avoir accès à toute cette culture définie et délimitée par leurs soins, tous les chemins leurs sont connus et accessibles et défrayés, toutes leurs réunions sont basées sur cette culture au format, toutes leurs discussions, mais rien, absolument rien, en dehors de ces sentiers battus, une sécheresse, le désert, rien plus n'existe à part ce qu'ils ont décidé. Et leurs maillages cartographiques sont plus des mines qu'autre chose, sur lesquelles il ne vaut mieux pas tomber, au risque d'être emprisonné par le maillage stratégique du pouvoir.

Synthèse, ce qui est grand n'est pas signe de grandeur, c'est Lapin (Tur) qui le dit.

Lapin Tur est une nouvelle écrite en 1976, une petite fable allégorique pleine d’humour qui relate l’histoire d’un lapin dénommé Tur. Méprisé par ses petits frères, Lapin Tur est mis à l’eau et, de rage, passe par toutes les couleurs avant de finir par amuser la galerie… En fait, une condamnation sans appel de la peinture de chevalet, bien mise à mal dans les années 1970.

Et oui : La peinture !

mercredi 11 juillet 2018

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Date inconnue, les années 70 en France, une photo à l'école...

Est-ce que l'on change ?

J'aurai l'audace de penser non, je n'ai pas changé. Pourtant tout a changé, l'esprit s'est adapté aux terres rencontrées où son corps s'est mis à pousser. Mais l'enfant que j'étais, dont je me souviens très bien, même de ce qu'il pensait, est toujours là et il se souvient de tout. Cet enfant sage qui n'enlevait pas sa blouse pour la photographie, en col blanc, afin de garder ce qu'il pense intacte. Cet enfant n'a pas changé, il savait déjà tout et tout lui fut difficile, l'exprimer dans les mots des grands. Alors, à travers la poésie, l'art, cet enfant a trouvé d'autres formes d'expressions, en attendant de parler, écrire pour tous ces grands imbéciles.

Années 2015 à Limoges... 
Photographies de mon amoureux, et avec Nougat, une chatte en liberté avec une petite queue.
Elle attendait des petits, notre amie d'un été.

Années 2012, la porcelaine.

Les changements de vies... Le compagnon fidèle, le bien aimé, Pépino.

Je lis sur un lit...

Années 2000, je lis sur un futon, je lis toujours n'importe comment et à travers plusieurs livres, en déplacement, en mangeant, en écrivant, mon amoureux me disait que j'avais des yeux de celle qui lit, et celle qui savait.

Année 2010, je n'aime plus que la clarté et la lumière, les livres sont lourds et remplis de mots, alors que voir et percer à jour est beaucoup plus facile et immédiat. Je sais qui tu es.

Une parenthèse, c'est l'arbre de ce qu'on devient, sans changer les racines, photo de mon amoureux, dans sa ville.

Une des seules photos que j'utilise dans mes curriculums, réalisée à la cité de la céramique, par mon amoureux... je lui souris, ce n'est pas donné à tout le monde, je n'aime pas les photographes...
Et ces curriculums ne servent à rien en réalité, alors ne reste que le sourire dédié à l'amour et pas au travail...

2018, je me rapproche de l'enfant que j'étais et qui savait déjà tout, je le vois.

Il y a quelques jours : mes racines ressemblent à ma lapine Satori japonaise (3 couleurs) celles de mon enfance à laquelle je pense.
Car dans la première photo avec ma blouse et mon col blanc, enfant, j'ai des lapins dans la tête qui retiennent mes cheveux.

Et bien, c'est ce matin au réveil ! Après un voyage plein de sagesse, comme la première photo...

Je suis cette Kiwaïda, ce yeti crabe aux bras poilus soyeux, découvert il y a quelques temps dans les profondeurs de l'océan, près de la Polynésie... Alors que je suis née il y a 45 ans d'après mes papiers d'identité...

(Photographies © Sonia Marques)

lundi 19 décembre 2016

ШЇℒÐ

Max et les Maximonstres de l'illustrateur Maurice Sendak (Where the Wild Things Are, 1963)

À force de faire bêtise sur bêtise dans son terrible costume de loup, Max s’est retrouvé puni et enfermé dans sa chambre. Mais pas seulement. Voilà qu’il se retrouve aussi roi d’une armée de bêtes immondes, les Maximonstres. Max le maudit les a domptés. Ils sont griffus, dentus, poilus, vivent sur une île et ne savent rien faire que des sarabandes, des fêtes horribles où il n’y a rien à manger. Max a la nostalgie de son chez-lui, des bonnes odeurs de cuisine et de l’amour de sa mère. Que faut- il faire pour rentrer ? Peut-être commencer par le désirer…

Originaire d'une famille d'émigrants juifs polonais, Maurice Sendak est né à New York dans le quartier de Brooklyn en 1928. Son enfance, ses racines seront déclinées sous différentes formes dans ses histoires. Il est considéré comme l'un des plus grands auteurs illustrateurs de la deuxième partie du XXe siècle. Ses livres pour enfants sont connus dans le monde entier, notamment Max et les Maximonstres et ont marqué de façon tout à fait originale le monde des livres pour enfants. En 1970, il a reçu le "Prix Hans Christian Andersen", suprème récompense pour l'ensemble de son œuvre. Maurice Sendak a quitté New York il y a quelques années pour vivre au calme dans sa maison du Connecticut. Il s'est éteint le 8 mai 2012 à l'âge de 83 ans.

Un long-métrage d'après Where the Wild Things Are est sorti en 2009, réalisation de Spike Jonze

Quand Papa était loin (Outside over there) de Maurice Sendak (1981)


Voir son père s’en aller sur son navire et disparaître par-delà les mers est un vrai cauchemar pour Ida, qui en oublie de s’occuper de sa petite sœur. Heureusement, papa veille… C’est un conte qui fait mentir le dicton «Loin des yeux, loin du cœur ». Une comptine qui rime avec la pensée magique des enfants. Une histoire onirique riche en symboles et en références picturales, mais accessible aux tout-petits par sa puissance d’évocation des terreurs enfantines. Un album de légende.

The Frog King, or Iron Henry (illustration : Maurice Sendak, The Juniper Tree: And Other Tales from Grimm, 2003)

Le Roi Grenouille ou Henri de Fer (Les frères Grimm)

La fille d'un roi aime par dessus tout jouer avec une balle d'or au bord d'une fontaine. Un jour, à son grand désarroi, la balle tombe au fond de l'eau. Apparaît alors une grenouille qui lui propose de l'aider à condition que la princesse la laisse partager sa vie. La jeune fille accepte, pensant que l'animal ne se risquera pas à quitter la fontaine, et la grenouille plonge et lui rapporte la balle. Une fois qu'elle a récupéré son jouet, la princesse tourne les talons, sans plus se soucier de la grenouille. La grenouille, cependant, la suit jusqu'au château. La princesse refuse de la laisser entrer et raconte toute l'histoire à son père le roi, lequel la sermonne et lui ordonne de tenir sa promesse. De mauvaise grâce, elle accepte d'abord que la grenouille monte sur sa chaise, puis sur la table, où la grenouille mange dans la même assiette que la jeune fille, mais, plus tard, au moment où la grenouille veut la rejoindre dans son lit, la princesse, dégoûtée, se saisit de l'animal et le lance violemment contre le mur. Alors, la grenouille se transforme en beau prince. Le prince explique qu'une sorcière lui avait jeté un sort. Il décide d'emmener la princesse dans son royaume, à bord d'un carrosse attelé de huit chevaux blancs. Henri, le fidèle serviteur du prince, les accompagne. Désespéré au moment où son maître avait été envoûté, celui-ci s'était fait ceindre le cœur de trois cercles de fer de façon son cœur n'éclate pas sous l'effet de la douleur. Au cours du voyage en carrosse, les trois cercles de fer se brisent, libérant ainsi le cœur d'Henri.

À la fin, la grenouille dit : "J'ai mangé à satiété; maintenant, je suis fatiguée. Conduis-moi dans ta chambrette et prépare ton lit de soie; nous allons dormir." La fille du roi se mit à pleurer; elle avait peur du contact glacé de la grenouille et n'osait pas la toucher. Et maintenant, elle allait dormir dans son joli lit bien propre ! Mais le roi se fâcha et dit: "Tu n'as pas le droit de mépriser celle qui t'a aidée quand tu étais dans le chagrin." La princesse saisit la grenouille entre deux doigts, la monta dans sa chambre et la déposa dans un coin. Quand elle fut couchée, la grenouille sauta près du lit et dit : "Prends-moi, sinon je le dirai à ton père." La princesse se mit en colère, saisit la grenouille et la projeta de toutes ses forces contre le mur: "Comme ça tu dormiras, affreuse grenouille !"

Dans le conte intitulé Le Roi Grenouille, la grenouille dit à la princesse : « Mach dein Bettlein zurecht, da wollen wir uns hineinlegen », littéralement : « fais ton lit pour que nous puissions nous y coucher». La princesse, réalisant précisément ce qui l'attend, « s'effraie ». Dans la version de 1837, qui aujourd'hui reste la plus lue, on peut lire : « Mach dein seiden Bettlein zurecht, da wollen wir uns schlafen legen ». L'allusion à l'acte sexuel est occultée dans l'expression « schlafen legen », littéralement « aller au lit pour dormir ». Dans cette nouvelle version, c'est à cause des salissures des draps que la fille du roi se met à pleurer. Plus la grenouille s’approche physiquement de la jeune fille, plus celle-ci est dégoûtée et angoissée, surtout quand elle doit toucher la grenouille. L’éveil sexuel ne se fait pas sans dégoût, sans angoisse, ni même sans colère. L’angoisse se transforme en colère et en haine quand la princesse jette l’animal sur le mur. Dans ce conte, comme dans de nombreuses histoires du même cycle, c’est le père qui rapproche sa fille de son futur mari. Considérer la sexualité comme étant de nature animale a des conséquences très nocives, à tel point que certains individus ne parviennent jamais à débarrasser leurs expériences sexuelles, et celles des autres, de ce rapprochement. Conte pour enfant : lui faire savoir que les choses du sexe peuvent d’abord apparaître comme repoussantes mais qu’elles deviennent belles quand on a découvert la façon convenable de les aborder.

vendredi 29 avril 2016

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Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies : Sonia Marques)

Par une journée ensoleillée, j'ai emmené les étudiants, avec lesquels je développe un studio spécifique à l'Ensa de Bourges, visiter plusieurs expositions. La première, ayant motivé mon étude, en relation avec notre sujet de réflexion et la pluridisciplinarité, est celle de l'artiste tchèque Eva Kot’átková, intitulée "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger, à Pougues-les-Eaux. Après une étude cartographique de notre parcours, une co-pilote pour la route et une autre étudiante pilote, l'équipée sauvage et très disciplinée se retrouva traverser des champs jaune, vert, de jeunes moutons blancs, mais aussi de gros nuages blancs et des arbres qui venaient tout juste de fêter le printemps, nous accompagner. Était-ce une visite dédiée à l'art contemporain ou au paysage contemporain ? Et quels beaux paysages...

L'intitulé de la directrice du centre est bien complet :

Le Parc Saint Léger est heureux d’annoncer la première exposition monographique d’Eva Kot’átková dans une institution française. L’exposition propose une traversée de son travail avec un agencement d’œuvres anciennes et de productions inédites, poursuivant ainsi un corpus intitulé « Theater of Speaking Objects ».

Au moyen d’installations, de dessins, de vidéos ou encore de performances, Eva Kot’átková explore une forme de médiation entre l’homme et le monde, ou encore les processus de subjectivation en relation avec les objets et les dispositifs. Ses installations comme ses expositions ont toujours un caractère narratif. Cependant, son récit ne se déroule jamais sur un mode linéaire; il est fragmenté, entrecoupé ou interrompu, soulignant de la sorte les difficultés de la communication. Elle développe ses dispositifs de manière à suggérer que les idées, les pensées ou les émotions ne peuvent être formulées qu’indirectement.

Dans un premier temps, elle s’intéresse aux différents modèles éducatifs largement répandus dans toutes les sociétés en prélevant des images dans des livres historiques sur l’éducation. Son iconographie s’inspire, entre autres, des pratiques de Moritz Schreber (1808-1861), médecin allemand, pédagogue et orthopédiste qui équipa sa clinique des mécanismes les plus sophistiqués de l’époque. Ces objets, entre la prothèse et l’instrument de torture, sont autant de représentations pour exprimer la surveillance, le contrôle et la contrainte et autant de métaphores pour dénoncer les mesures normatives du contexte social.

Inspirée par cette iconographie, Eva Kot’átková réalise des dessins, des collages et des objets qui s’apparentent souvent à des grilles, des cages ou des pièges pour le corps. En leur donnant un caractère anthropomorphe, elle fait de ses objets un support à des voix ou à des idées qui, autrement, ne pourraient être exprimées. Elle oriente également ses recherches de plus en plus vers un langage du corps, perçu comme un véritable moyen de communication. Ainsi, ses installations jouent consciemment avec le théâtre et ses conventions. Les différents éléments exposés sont comme des accessoires en attente d’activation, soit par un performeur, soit dans l’esprit du spectateur qui devient partie prenante de l’exposition.

Si le théâtre d’Eva Kot’átková entretient des liens avec la littérature, il explore aussi son pendant thérapeutique et politique. Ses recherches convoquent des personnalités telles que Jacob Levy Moreno (1889-1974), inventeur du psychodrame et l’un des pionniers de la thérapie de groupe, ou Augusto Boal (1931-2009), écrivain, dramaturge, metteur en scène et homme politique brésilien. Tous deux partagent un intérêt pour l’improvisation, pour l’exploration des sentiments et de l’esprit critique à travers des jeux de rôle ou des situations qui examinent les relations entre les individus et les relations interpersonnelles. Ces deux figures ont également en commun le fait de donner une voix aux marginaux, aux déficients et aux opprimés. Poursuivant cette ligne, Eva Kot’átková introduit, dans ses installations ou objets, des voix ténues ou fortes qui, souvent, traitent le thème des relations interpersonnelles dysfonctionnelles ou d’une communication altérée.

Comme dans le collage ou les films surréalistes, son théâtre convoque des éléments de pensées rationnelles et de l’inconscient, où les phénomènes d’origines incertaines côtoient des choses réelles. Son travail reste dans la désuétude, en suspens ; il dissimule plus qu’il ne révèle en utilisant l’allusion et le code secret. Et c’est de cette façon qu’il laisse toute sa place à l’invisible et au subconscient.

Catherine Pavlovic


Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies de quelques parties de l'exposition : Sonia Marques)

Trois évènements spéciaux étaient organisés par le centre : Une conversation avec Giuseppe Falchi, psychanalyste, une activation performée de l’œuvre Anatomical Orchestra, une conversation avec Jacqueline Massicot, spécialiste de la pédagogie Freinet et également à Nevers, une projection de L'Enfant sauvage (1969) de François Truffaut.

Plusieurs photographies sur le site du Contemporary Art Daily sont tirées de son exposition à l'Hôpital psychiatrique de Prague en 2015.


Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies de quelques parties de l'exposition : Sonia Marques)

Bien que motivée pour le sujet pédagogique développé, je me suis souvenue, sur place, devant la scène, de mon diplôme, cette fois-ci à l'école supérieure des arts appliqués Dupérré, qui devait dater de 1995. Mon mémoire portait sur l'Énergie du geste, période où je faisais de la danse contemporaine, des installations et de la sculpture, de la scénographie, des photographies, des objets hybrides... Mon "Cahier mains" de dessins, est issu de cette période. Également, je faisais des photographies en studio, en noir et blanc et j'avais un travail de développement et tirage papier, sur des performances que je réalisais avec des fils et des suspensions de mon corps. C'était vraiment pas mal. Mon diplôme fut aussi une installation, un ring de boxe, où toutes mes boules en tissages et laines et fils de fer figuraient. Des éléments de plâtres et de formes oblongues formaient un labo de recherche. J'avais aussi un répertoire photographique avec différents personnages, des jeunes hommes et un petit garçon (car j'enseignais à de jeunes enfants en banlieue Nord de Paris) ayant été mes modèles afin de réaliser des chorégraphies avec mes boules déliées, grandes guirlandes graffitis déployés dans l'espace et costumes propices à l'expression de gestes venant des modèles. J'indique tous les liens, car certains de mes modèles lisent mon blog et s'en souviendront... Il y a 20 ans. Bref, tout cela n'est pas visible sur mon site Internet, mais ce fut une période très créative dans mon parcours, d'une grande autonomie, avant d'intégrer l'école des beaux-arts de Paris. Ainsi, c'est avec malice et douces pensées que je regardais les jeunes étudiants en art, se déplacer dans cet espace d'exposition. Il, elles sont né-es au moment où je réalisais les œuvres citées dans ces quelques lignes, lorsque j'avais une vingtaine d'années, comme eux, elles à présent (difficile de conjuguer car il y a un jeune homme étudiant et plusieurs jeunes femmes étudiantes dans mon groupe), visiter une monographie d'une jeune artiste tchèque, Eva Kotàtkova artiste contemporaine née en 1982 à Prague, où elle vit et travaille encore actuellement. Ses premières œuvres datent de 2005. Elle a 34 ans aujourd'hui et ses premières œuvres ont été réalisées lorsqu'elle avait une vingtaine d'années également.

           
Dessins de l'artiste © Eva Kotàtkova (qui ne figuraient pas dans l'exposition)

D'un autre côté, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'émérite artiste Louise Bourgeois, en regardant ces chaises patinées et ses objets, sculptrice française, naturalisée américaine (1911-2010), première artiste à m'avoir fait aimer et comprendre la sculpture, lorsque je me suis trouvée, seule, nez à nez avec ses œuvres, dans des espaces d'expositions, lorsque je n'avais pas encore vingt ans. Bien plus tard, j'ai vu dans le métro une affiche d'une exposition de Louise Bourgeois, elle était encore de notre monde et avait 97 ans. Je me suis dit, et bien, ils en ont mis du temps en France pour l'exposer ! Deux années après, elle disparaissait. Pour Eva Kotàtkova, cette fois-ci, grâce à notre Louise, le réveil est plus tôt, même si c'est aussi la première fois qu'elle est exposée en France, alors qu'elle a déjà exposé dans plusieurs lieux, de nombreuses expositions en République Tchèque et sur la scène internationale. Des expositions personnelles lui ont régulièrement été consacrées, comme “Training In Ambidexterity”, à la Fondation Juan Miró de Barcelone (ES) et au MIT List Visual Art’s Center de Cambridge (Massachussets, USA) en 2015, ou encore “Theatre Of Speaking Objects” au Kunstverein de Braunschweig (DE) et “A Storyteller’s Inadequacy” au MAO-Modern Art d'Oxford (UK) en 2014. Elle a également participé à d'importantes expositions collectives et manifestations, parmi lesquelles la 56ème Biennale de Venise (IT) en 2015, “Report On The Construction Of A Spaceship Module” au New Museum de New York en 2014, “The Encyclopedic Palace” (commissariat Massimiliano Gioni) à la 55 ème Biennale de Venise en 2013. Son installation Re-education Machine avait par ailleurs marqué son entrée dans la scène artistique à la 11ème Biennale de Lyon en 2011. Eva Koťátková est représentée par les galeries Meyer Riegger (Berlin) et Hunt Kastner (Prague).

J'avais une belle coïncidence en dessein : enseigner à 1 heure de ce centre d'art avec la première exposition dans une institution française de cette jeune artiste, et sur des paradigmes qui nourrissaient notre étude. Ce que je ne savais pas, c'est qu'un peu plus loin, je retrouvais tout un archipel d'artistes d'une autre période passée, dans mon parcours artistique, dédiés aux nouvelles technologies, faisant des tentatives d'inscription hors les murs, dans des institutions éducatives (collèges, lycées) et de ces mondes si différents, se rassemblaient bien l'idée que je me faisais de ma discipline, mon enseignement. Finalement, assez ouvert. Nous sommes en 2016, mais je n'ai jamais autant rencontré de personnes dans l'enseignement me demandant qu'est-ce que c'est l'enseignement en multimédia dans une école d'art. Et je ne vois que des expositions dans ces domaines pourtant bien visibles. Les artistes américaines, comme Joan Jonas, font parties, comme Louise Bourgeois, de cette idée, qui malheureusement, n'est pas encore intégrée dans les écoles françaises. Laurie Anderson aussi, fut une tutrice dans mon parcours. C'est lorsque je m'exprime en anglais que cela devient évident, et avec des anglophones (même si mon anglais est un peu en ruine) Heureusement, pour les étudiants qui suivent et ont suivi mes cours, cela devient aussi, au fur et à mesure, non pas une évidence mais une pratique possible et qui reste à modeler, définir avec le temps et les usages. J'ai passé 6 ans dans une école d'art qui n'était pas du tout cultivée sur ces domaines propices à la transversalité. Alors j'ai redoublé justement d'efforts pédagogiques. Cette semaine j'ai eu un soulagement lorsqu'un artiste à Bourges qui revenait de Palestine enjoué de me voir s'est écrié : Sonia de Téléférique ! J'avais l'impression qu'il venait de traverser le mur du son. Reconnaître une aventure artistique à laquelle j'avais perdu espoir d'en parler un jour dans une école d'art. Alors peut-être, une connexion réhabilitera une partie de mon enseignement. Cette piqûre de rappel m'a fait réaliser que tout de même, j'avais bien développer des projets, depuis le collectif et j'étais partie aussi bien loin de ces épopées de programmations, dont seuls quelques hommes se souviennent finalement, et pas les plus jeunes. J'étais un petit homme comme les autres, début des années 2000, me voici petite femme bien à part en tenue de camouflage certain. Transgenre.

Aujourd'hui j'enseigne le dessin, et cela trace dans ce que l'institution française a nommé dans mes fonctions de professeure, le multimédia. J'adore dessiner, et apprendre à dessiner, regarder, observer, se saisir d'outils différents, qu'il soient anciens ou nouveaux, éloignés ou proches. Un geste est un dessein. Rien de plus. Quand je le dis, c'est toujours dans un rapport kinesthésique, au même moment où je le pense et dessine.



Exposition d'Eva Kot’átková, Group therapy, au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographie : Sonia Marques)
Group Therapy (extrait de la pièce exposée d'Eva Kot’átková :

Devenez une chaise. Étirez vos bras vers l’avant. Accroupissez-vous comme si vous vous asseyiez sur une chaise qui n’est pas là. Vous êtes la chaise. Vous êtes le siège. Vous servez à quelqu’un qui s’assied sur vous. Ou peut-être pas. Peut-être que vous restez vide.

Roulez-vous au sol. Faites le plus possible une boule avec votre corps. Continuez à rouler d’avant en arrière. Cette pose est votre forme naturelle. Vous dépendez de ce roulement et considérez les choses autour de vous.

Accroupissez-vous. Laissez vos bras en l’air, en formant les contours d’un panier. Vous êtes doux. Vous ne savez pas ce qu’il y a à l’intérieur de vous. Le contenu n’arrête pas de changer. Des gens enlèvent des choses et en remettent d’autres. Vous servez de récipient temporaire. D’outil pour porter quelque chose. Parfois vous êtes surchargé. Parfois les choses ne rentrent même plus. Parfois vous avez quelques instants pour vous reposer. C’est lorsque vous attendez d’être rempli.

Vous êtes une pierre. Agenouillez-vous. Courbez votre dos. Touchez le sol avec votre front. Couchez vos bras au sol. Ne faites pas de bruit. Sentez- vous lourd et solide. Sentez-vous isolé de votre environnement. Vous n’entendez presque pas les sons de l’extérieur. Votre peau est trop épaisse et il n’y a pas d’oreille qui puisse vous aider. Vous sentez les choses avec tout votre corps, mais rarement quelque chose vous fait mal. Vous êtes seul.



Exposition d'Eva Kot’átková, "Mute Bodies (Becoming Object, Again)" au centre d'art contemporain du Parc Saint Léger (Photographies de quelques parties de l'exposition : Sonia Marques)
Corridor of Ideas (extrait de la pièce exposée d'Eva Kot’átková) à écouter sur le mur :


— Regarde ! Ça recommence !
— Tu as raison, cette fissure n’était pas là avant.
— Qu’est ce que je t’avais dit ?
— Celle là non plus d’ailleurs.
— Ça arrive toujours quand discute, mais chaque fois de façon à ce qu’au moins l’un de nous deux le remarque. La dernière fois, quand j’étais appuyé contre le mur... Regarde ! Juste là ! Le plâtre s’est incurvé et mon coude y a laissé une trace. J’avais peur.
— Fais attention.
— J’avais peur que les gardiens le remarquent et qu’ils me demandent de payer pour les dégâts. Qu’ils mesurent les coudes de tout le monde le lendemain matin et reconnaissent le mien et me dénoncent.
— Maintenant le mur est presque complètement lisse. Comme si quelqu’un avait enlevé les empreintes. Mais par là, il semble que quelqu’un se soit battu, il y a tellement d’empreintes de doigts...
— Et ici il y en a encore plus ! Et là encore !
— Comme si quelqu’un se battait, juste en ce moment, comme si les murs n’étaient toujours pas secs et que les corps laissaient des marques à chaque impact.
— Je vais essayer aussi. Je tends la main, comme ça... Hé regarde !
— Ta main a presque disparu dans le mur ! Avance-la un peu plus ! Quoique... non, ne le fais pas.
— Ne t’inquiète pas, j’ai toujours réussi à revenir de là. J’ai toujours été libéré.
— Laisse toujours une main dehors et sois prêt à te défendre. Tu peux t’accrocher à quelque chose si on essaye de t’attirer à l’intérieur.
— Je n’ai pas peur.



Parc Saint Léger, ancienne station thermale de Pougues-les-Eaux (Photographie © Sonia Marques)


Repartis en voiture, nous avons parcouru la campagne pour aller visiter d'autres expositions contemporaines, celles-ci dédiées aux usages de nos environnements virtuels et technologiques...