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samedi 17 août 2019

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Photographies © Sonia Marques

dimanche 31 mai 2015

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"Professeur Suicide", 1995, © Alain Séchas (Moulages polyester, acrylique, bois entoilé, film vidéo, spots lumineux 280 x 300 x 300 cm)

Dans cette œuvre d'Alain Séchas, que j'ai découverte en 1997 à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, intitulée "Professeur suicide", l'autorité est mise en jeu dans cette installation de sculptures avec animation vidéo. Violente, symbolique, cette métaphore de la leçon face à des élèves studieux, rend témoins les spectateurs de la scène, où le professeur, serein est souriant et montre un film avec des personnages se faisant exploser la tête (des ballons) piqués par une aiguille. En regardant le catalogue en rétrospective des Soirées nomades, j'ai pu revoir quelques évènements, retracer des pièces, des souvenirs qui forment une certaine idée de l'art, du système, d'une époque. Il y avait des activités assez fécondes et des expériences dans tous les sens qui préfiguraient un nouveau millénaire, d'associations libres de médiums, d'expressions et aussi de formes d'éditions.

Je pensais à Balloon Land (1935) dont j'avais fait un petit post dans BMK (Comicolor).

En 2007, il avait été invité au Musée Bourdelle à faire une exposition, sous la forme d'une carte blanche. J'avais noté la série d'article à son sujet. Des cercles de l'art avaient été déçus de ce qu'ils nommaient un changement dans sa pratique, notamment car il n'y avait plus les chats, sa mascotte, à travers laquelle il transposait le rôle de l'artiste, le sien. J'imaginais des cercles d'art interdisant à des artistes de chercher, se métamorphoser, être dans une multitude de création et médium.

Cette date est si proche. J'avais le souvenir que c'était très loin dans le passé. Il avait exprimé lors de cette exposition : "Mon travail procède d’un refus positif." Il lui avait fallu même se justifier.

Il ne fallait pas être suivi par les cercles d'art. Je pensais à Mike Kelley, ses expositions répétées dans tous les lieux reconnus pesaient sur son travail, sa vie. Sa disparition brutale à l'aune de rétrospectives laisse de marbre sur les systèmes de l'art et la course à la (re)production. J'avais écrit un article sur BMK (Forteresses de la solitude)

Mike Kelley, aussi, pratiquait un croisement incessant de références d’ordinaire cloisonnées, procédait à des juxtapositions impensables. Il a retracé l’histoire de la couleur “sale” (en référence aux toiles de Rembrandt jusqu’à l’abstraction des années 40) Il disait : “J’adore la couleur sale, je trouve cet espace érotique”
La circulation des idées et des désirs ne viennent-elles pas de ce processus libre de création dégagé des autorités qui réorganisent la pensée, la nettoient, passent commande, sans comprendre le vivant ? Parfois cela va plus vite, et beaucoup restent à la traine, voir, n'accèdent jamais à la création, aux œuvres métabolisées. La rencontre avec des auteurs de tous domaines artistiques provoquent des transformations, souvent par le partage, l'énergie ou la douceur, la provocation ou la réserve, dans son propre travail, lorsque l'on créé au quotidien, pense la création. Lorsque l'on crée seul ou avec un partenaire, des amis, ou autres artistes inconnus, ou, sans jamais les voir, ou, avec ceux qui ne sont plus de ce monde, la justification ou la reconnaissance ne se posent pas. La naissance des mouvements artistiques viennent de ces élans de créations métabolisés. Lorsque s'instaurent des dépendances aux autorités, la recherche de la reconnaissance devient l'unique objet artistique. Autant dire qu'il n'y en a plus. Cela peut se voir et se ressentir assez vite lorsque l'on fait face aux protocoles de l'exposition. La lecture des expositions demande du temps, pas forcément sur place, mais en présageant une nouvelle ère de création, vingt ans plus tard par exemple. On peut rester marqué par une forme de monstration, qui peut ne pas être l'exposition : par l'exposé d'une œuvre par une personne, son regard. La médiatisation revêt différentes formes, est transmise par nombre de personne, plus ou moins cultivées. Et pour le regard il n'y a pas de niveau recommandable, le professeur suicide nous l'indique et la couleur sale aussi.