bmk

blog m kiwaïda

Tag - solitude

Fil des billets

lundi 4 juillet 2016

ᙓᓰﬡ ḰᗝᒪᒪᙓḰ♈ᓮⅤᘐᙓᔕᓰᑕᖺ♈

Einst wohnte in der Brauergasse ein junger Herr mit Namen Ziegler. Er gehörte zu denen, die uns jeden Tag und immer wieder auf der Straße begegnen und deren Gesichter wir uns nie recht merken können, weil sie alle miteinander dasselbe Gesicht haben: ein Kollektivgesicht

(Ein Mensch Mit Namen Ziegler/ Hermann Hess)

Il était une fois un jeune homme du nom de Ziegler, qui a vécu sur Brauergasse. Il était de ces gens que nous voyons tous les jours dans la rue, dont nous ne pouvons jamais vraiment nous  souvenir des visages, car ils ont tous le même visage:

un visage collectif

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Des les premières images du film documentaire de Chantal Briet, Alimentation générale, tourné durant 4 ans à Épinay-sur-Seine, les mots sont donnés :

L'homme au manteau :

Bon alors, dans ces petites boîtes, il y a un tas de gens, il y a en vrac, parce que je suis pressé il fait froid, le Maghreb, marocains, algériens, tunisiens, en bas, la Mauritanie, la côte ouest Africaine, Liberia, Gabon, Côte d'Ivoire, Togo, Centre-Afrique, Soudan …

Un autre homme  :

Bon alors, il y a des faucons, y a des canaris, y a des chardonnerets, y'a des serins, y a des perroquets, y a des perruches, y a des pies, y a des pigeons… qu'est-ce qu'il y a d'autre encore, j'ai oublié…

L'homme au manteau :

Alors l'Europe, portugais, espagnols, italiens, yougoslaves, avec tout ce puzzle que la Yougoslavie représente, euh…

Un autre homme  :

Ouaih mais y a aussi les chiens, y a les Rottweilers, moi j'vais commencer parc'que j'aime surtout, le Rottweiler, Dogue argentin, Pit Bull, Berger allemand, euuuuh, bon après y a Yorkshire, Caniche, euh, Pékinois, le Pékinois le chien du chinois quoi, et, puis voilà quoi…


L'homme au manteau :

...Roumains et même on a eu un syrien il y a quelque jours et tant mieux cela enrichi un peu la communauté, il y a des Corses, des bretons, des basques, et, et, et…

Un autre homme  :

Un peu de tout quoi, et quelques chats errants, 2, 3, errants pas vraiment errants, il appartiennent à des gens, quelque part c'est des chats de race, voilà, c'est OK.


Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Dans ce documentaire tourné dans le quartier de la Source, la réalisatrice Chantal Briet livre un beau portrait de l'épicier Ali Zebboudj :

Lorsque je suis entrée pour la première fois dans l’épicerie de la Source à Epinay-sur-Seine, Ali m'a offert le café — servi sur les congélateurs, entre la machine à jambon et le journal destiné à tous... Les clients et les habitués qui défilaient chez lui racontaient comme à l’habitude les mini-évènements de leur vie... la pluie, le beau temps, les angoisses du moment, la vie dans la cité, les émissions télé... De ces diverses conversations sortaient des accents de solitude, de détresse, mais aussi beaucoup de bonne humeur et une sacrée dose d’humour — comme pour faire passer le goût un peu amer de la vie... C'était en 1999. J’ai rendu des visites régulières à Ali pendant plusieurs mois, surtout le matin, pour partager le rituel du petit déjeuner avec Jeanine, Bertho, Jamaa et les autres... Je crois bien que je suis devenue, moi aussi, une habituée... J'ai rapidement compris que ce lieu me donnerait la possibilité de poursuivre ma quête : filmer le temps dans un lieu, filmer le temps qui passe sur des êtres, des visages, et sur leurs destinées. Filmer également une manière d’exister ensemble — un petit « commerce », qui reprendrait à son compte l’origine du mot lui-même : un lieu d’échange, où l’on s’alimenterait de manière générale...

(Sélection ACID Cannes 2005 /  Prix du Meilleur Documentaire de long-métrage 2005 /  Festival Doclisboa Lisbonne, Portugal / Grand Prix du Jury 2006 Festival Documenta Madrid, Espagne)

Synopsis :

Ali tient une "épicerie" oubliée des opérations de rénovation de sa Cité à Épinay-sur-Seine. Il voit défiler dans sa boutique bien plus que des clients. La caméra s'efface et l'on rencontre des personnages tout en âme, en désespoir parfois : des humains !

✎✎✎

Ce qu'il faut savoir, c'est que l'épicier aimé de son quartier est décédé des suites d'une agression, en 2007 (2 ans après la sortie du film documentaire où il occupe le rôle principal) : La mort d'Ali Zebboudj, le charismatique épicier d'Epinay, mort à 56 ans sous le couteau d'un marginal en errance, a laissé orphelins les habitants, ont titré les journaux parisiens. 

2010, le Parisien :

Irremplaçable, l'homme qu'était Ali Zebboudj le reste aussi. Même un peu émoussés, les souvenirs restent lumineux. Ce n'est pas pour rien que le patron de l'« Alimentation générale » était souvent décrit comme « le soleil du quartier ». « Tous ici, on n'a que des bons souvenirs avec lui, quand en parle, c'est toujours en bien, comment en serait-il autrement? » continue Christian, le pharmacien. Pour lui, Ali était comme un ami. Pour d'autres, il était un repère, presqu'un patriarche, patient et tolérant, généreux de cœur, et même animateur.
Dans cette cité de 1500 habitants, Ali Zebboudj était aussi connu pour ses talents de musicien. Lorsqu'il sortait sa darbouka (NDLR : un instrument de percussion oriental) et entonnait des airs kabyles, les cœurs fondaient et la gaieté gagnait le quartier. Ali avait fait quelques scènes, et notamment les premières partie du chanteur kabyle Idir et de la star algérienne Souad Massi.
« L'homme qui l'a tué n'a pas idée de ce qu'il a détruit », observe un jeune homme, croisé sur la petite place centrale, à deux pas de la stèle gravée à la mémoire de l'épicier. Un bouquet de fleurs a été déposé là par une main nostalgique. « Le devoir d'un homme qui a souffert dans le passé est de se rapprocher de ceux qui souffrent au présent », lit-on en épitaphe d'un homme « à qui on pense toujours, même si l'on n'a plus envie de trop parler des choses tristes », sourit le jeune homme.
Parce qu'Ali ne devait pas mourir ainsi, de six coups de couteau, dont un en plein cœur, infligé par un homme imprévisible et rarement sobre. Peut-être schizophrène, en tout cas plusieurs fois interné en hôpital psychiatrique. Lors de son arrestation sur place, Eric Kokoszka, aujourd'hui âgé de 43 ans, avait parlé de sa rancœur à l'égard d'Ali. Il s'était senti « mal considéré » et avait décidé de laver dans le sang son amertume accumulée. C'est pour cela qu'il répond cette semaine d'assassinat, un crime prémédité pour lequel il encourt la prison à vie.

En 2010, au procès de son agresseur, celui-ci prend 12 ans de prison (article Libération, 2010). La réalisatrice, citée à la barre par la partie civile, au tribunal dit ceci :

«Pour moi, c’était un résistant. Il faisait vivre un lieu devenu presque trop essentiel», Chantal cherche une raison : «Il portait trop tout tout seul. Il devait combler beaucoup de manques dans la cité.»  

Le meurtrier est né dans un hôpital psychiatrique :

Eric est né à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard (Val-de-Marne). Sa mère y était traitée pour schizophrénie. Elle était alcoolique. Comme son père. A l’adolescence, les quatre enfants se sont retrouvés «livrés à eux-mêmes». «C’était une vie avec des cris», a expliqué dans une déclaration Nadine, la sœur cadette, qui est graphiste dans la vie. «Eric est né quasiment en hôpital psychiatrique.» Nadine a décidé de ne pas avoir d’enfants par peur de «transmettre cette pathologie». Longtemps, elle a essayé de s’occuper de son frère, qui multipliait les petits boulots avant de toucher le RMI. Selon elle, son traitement médicamenteux le «fossilise». Le meurtre qu’il a commis, elle l’analyse comme ça : «Tuer quelqu’un et attendre la police, c’est une forme de suicide.»

Depuis, en 2015, un square a été nommé en son nom, Ali Zebboudj.

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Lorsque j'ai découvert l'existence de ce documentaire, je ne connaissais pas la triste fin de l'épicier. Ce quartier je le connais très bien et ce documentaire est assez fidèle à la vision humaniste et sociale que j'ai observé dans mon enfance, adolescence, vie de jeune femme. À la première lecture, je fus étonnée de voir que rien n'avait changé et que je pouvais connaître l'archétype de tous les acteurs et actrices filmés, dans leur quotidien, Jamaa, Janine, Mamie, Papi, Bertho, Akram, Nadia, Abel... Et en voyant cet homme, j'ai aussi compris qu'il portait beaucoup et que tous les clients, puisqu'il avait quasiment le seul commerce, attendaient beaucoup de lui, et surement son agresseur, malade mental. S'il était proche des opprimés, en dialogue constant, ce documentaire montre la disparition des actions sociales, dans une ville où le parti socialiste a été sacré en 1971 (congrès d'Épinay, qui favorisa l'accès au pouvoir de François Mitterrand)

Cette philosophie de vie, dans ces parcelles oubliées du véritable "vivre ensemble", des grands ensembles, forment autant d'individus et de chemins différents (futurs et passés). Ma mémoire s'y confronte ainsi en plafond de verre, mais ne s'y échelonne pas. Cette horizontalité rencontrée, radicale et jamais égalée par ailleurs est un fondement de ma vision critique de la politique, de l'éducation, et mon engagement artistique, indéfectibles du sens de la vie dans les enseignements pour les plus jeunes. Ce sont les mots dictés d'Hermann Hess (1877-1962 / romancier, poète, peintre et essayiste allemand puis suisse), dans ce film, en allemand puis en français, interprétés par le poète ami d'Ali qui transitent. Le poète communique ses doutes, philosophe par bribes et rassemble sa pensée autour de la notion de "visage collectif", que l'on retrouve dans la petite histoire de "'L'homme au nom de Ziegler", en citation au début de mon article. Dans ces croisements de personnages, si communs, les blessures existentielles sont aussi présentes que celle de la question ontologique du "qu'est-ce que vivre ?" Cette question, chaque protagoniste du film s'y cogne quotidiennement, en comptant les quelques sous pour acheter des bonbons, du jambon, du pain, ou bien à crédit. Ali, comme le début du mot alimentation, est celui qui donne la béquée comme il le fait, à un moment, à un enfant, il lui donne, comme un oiseau le ferait à son oisillon, quelque chose à manger. Une image furtive du film symbolise toute cette demande et ce don.

Dans le dossier de presse à la sortie du film (bien avant le décès tragique d'Ali) Chantal Briet dit ceci :

Oui, Ali est généreux. Il garde les principes, les beautés de sa culture kabyle, de l’hospitalité. N’oublions pas tout de même que nous sommes dans un lieu de commerce, dans l’échange, rien n’est gratuit. En écrivant ce film, j’ai beaucoup travaillé sur les notions de don et de dette. Qu’est-ce qui se donne, qu’est-ce qui se prend ? Jamaa se révolte à un moment, quand la notion d’échange ne devient plus si évidente... Et, de la même manière, dans ma relation avec Ali, quel était le contrat moral, puisqu’il n’y avait pas d’échange d’argent ? Qu’est-ce que j’allais lui apporter en échange de ce que je lui prenais ? Une autre image ? A la racine du mot don, il y a « dosis », la dose de poison...

Son souhait était d'évoquer une utopie, mais aussi une épicerie comme Agora. Mais aussi mettre en valeur le petit (épicerie) et non le gros :

Dans cette épicerie, les gens viennent chercher quelque chose qui ne peut être pensé ni mis en place par les politiques ou par les responsables de grandes surfaces.

On sent le malaise avec les politique de la ville et l'attente de la réhabilitation des lieux durant plusieurs années, la résignation, l'abandon, ou le combat, la patience inouïe, la soumission aussi.

Dans une interview Ali Zebboudj répondait gentiment aux questions :

Le film a-t-il aidé certains élus et responsables à mieux prendre conscience de cette réalité ?

AZ :
Le maire d’Epinay a pris ça à la légère au début, et puis son regard a changé. De toute façon, quand les banlieues ont flambé, ils ont pris conscience qu’il y avait un malaise. Et depuis, ils font très attention. On leur avait dit avant, gentiment, entre autres avec le film, mais ils ne nous ont pas écoutés. 

Justement, Alimentation Générale a été tourné avant ces émeutes de l’automne 2005. La situation vous semble-t- elle plus tendue aujourd’hui ?

AZ :
C’est une situation qui pourrait s’arranger, mais pas en créant des lois plus répressives. Il y a eu une prise de conscience. Les gens qui vivent dans les cités ne sont pas des légumes. Beaucoup sont des gens très réfléchis, et qui voudraient s’en sortir. Comme ils n’ont pas d’argent et ne sont pas lettrés, ils font avec la Cité, mais ce n’est plus comme avant. Même les jeunes ne veulent plus casser pour casser, ils ont passé un cap. Plutôt que casser la voiture du voisin, ils iraient plutôt casser dans les beaux quartiers de Paris. Quand un enfant est turbulent, c’est qu’il veut attirer l’attention. C’est une façon de dire : « On existe, pensez un peu à nous... »

Positiver, c’est plutôt ce que fait le film...

AZ :
Justement, c’est ce qui me fait plaisir. On a toujours montré de la banlieue les voitures brûlées, les bagarres... Tout n’y est pas rose, mais c’est ce qui fait le sel de la vie. Si vous saviez les peurs de ces jeunes que nous montrent les informations télévisées : ils voient un car de police à cinq cents mètres, ils sont tous dans les halls ! Vous croyez qu’ils ont envie d’aller en prison ? En tant que commerçant, on préfèrerait payer des animateurs que des voitures brûlées. Mais au lieu de ça, on laisse se créer un désespoir profond chez les gens. Ce qui n’empêche pas une grande solidarité dans le malheur, qu’on ne montre jamais.est turbulent, c’est qu’il veut attirer l’attention. C’est une façon de dire : « On existe, pensez un peu à nous... »

Toujours la même ambiance ?

AZ :

Oui, Jamaa vient de moins en moins, mais d’autres ont pris le relais. En fait, il y a quatre ou cinq personnes, Mamie, Jeanine, Aimée... qui me tiennent, qui m’empêchent de partir — des dames extraordinaires... Sinon, je pourrais prendre ma retraite. Ça fait bientôt vingt ans que je suis là. Je n’en connais pas beaucoup qui auraient tenu plus d’une année ! J’ai été volé onze fois, et pourtant toujours respecté. Un jeune a été voler au Leclerc pour me rembourser, un autre a tagué mon mur pour que plus personne ne le casse ! Les vieux ne veulent pas que je parte. J’ai de belles histoires d’amour avec eux. Hier, Kader a eu un fils, il l’a ramené direct de la clinique jusqu’à chez moi..

Comment imaginez-vous l’après- Ali ?

AZ :
Je n’y pense jamais ! Ça va vous paraître prétentieux, mais celui qui va me succéder ne restera pas longtemps. A moins que ce soit quelqu’un du quartier. D’ailleurs il y a deux grands de la Cité auxquels je pense. Je suis même prêt à leur faire un bon prix pour qu’ils puissent assurer cette continuité.

La musique ?

AZ :
La musique est ce qui me fait vivre. J’ai commencé à chanter très jeune. Mon père jouait du violon, ma sœur chante... Je chante pour marier les gens, égayer les soirées, alors que mon frère lave et chante pour les morts. Mon père faisait les deux. Il aimait la vie. Il est arrivé en France à douze ans et n’est pas souvent retourné en Kabylie. Il est mort ici, à Bichat.

Comme tous, sont passés à l'hôpital Bichat, ou sont nés à la clinique. L'existence est longue et parfois raccourcie comme celle d'Ali. Celle-ci est remerciée, et combien ne le sont pas. Le film de Chantal Briet amène à réfléchir sur ces boîtes. Beaucoup seraient d'accord pour envisager de détruire ces boîtes, mais celles et ceux qui ont un vécu sensible vous diront le contraire. Entre construction (invisible) et destruction, là s'opposent des forces politiques et économiques. Je pense aux indiens de la forêt Amazonienne. Ce sont les mêmes revendications. Leur forêt est sans cesse détruite, et leurs paroles n'ont que peu d'échos. Ils sont voués à une petite parcelle de vie, un petit territoire. Comme nous tous, en lutte contre l’ennui, la solitude, la dégradation matérielle environnante, l’indifférence extérieure, sans travail ou en prise avec de multiples "métiers à la con", phrase du film qui résume la stupidité des qualifications et des échelles de valeurs. On s'en va, tout nu, comme on est arrivé, dit aussi un autre acteur du film.

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale

Il y a des plans assez magiques comme frotter une petite lampe d'Aladin, un conte arabo-perse. Ali se retrouve à être massé par un Papi, qui disparaîtra aussi dans le film. Habité par ses mains magiques, il frotte le dos d'Ali, et on voit son torse nu, jusqu'à sentir le plaisir de ce massage jusqu'en dessous des oreilles. Un moment sensuel dans ce film qui révèle la cassure, coupure, séparation, autant de liens brisés avec l'autre, que relient Ali. Ce manque cruel d'amour, dans ces lieux concentrés des mal aimés. Un autre plan montre Ali en train de se perfectionner la voix, il chante et fait des vocalises avec l'aide d'une professeure. Chaque décor reste celui d'un cagibi, le fond de graffitis, de poussière, d'où sortent des mélodies humaines, des pensées magiques, là c'est la poussée de la voix, la caresse. Chaque décor misérable est là pour nous tromper. Ce n'est pas ce qu'il faut voir. Chaque être humain habite une mémoire de cette civilisation fossilisée, parquée. Les matinées ont été propices pour filmer car sinon, les jeunes n'auraient pas favorisé la capture. Au moment des endormis, peu de plans de nuit ou du soir.


Image du film documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale, 2005 (1h24)

Ce n'est pas dans le film, mais Hermann Hesse dit ceci dans son livre Le Loup des steppes (1927) :

Ma vie avait été pénible, incohérente et malheureuse, elle conduisait au renoncement et au reniement, elle avait le goût de l'amertume humaine, mais elle était riche, fière et riche, souveraine même dans la misère. Qu'importait que le petit bout de chemin qui restait jusqu'au crépuscule fût, lui aussi, lamentablement perdu; le noyau de cette vie était noble, elle avait de la dignité, de la race : je ne misais pas des sous, je misais des étoiles.

Nabile Farès écrivain, poète et psychanalyste dit du film :

Ce film montre quelque chose d’une étrangeté familière qui construit, pour elle même et pour l’entourage, une façon de parler ensemble dans des lieux relégués, mis à l’écart — des lieux de souffrance qui sont à la fois communautaires et font partie de la communauté française. Dans ce film, les personnages voyagent tous à travers une langue qu’ils connaissent, celle dans laquelle ils ont tous étés élevés, reçus, accueillis — ou moins bien accueillis — le français. C’est la langue que tout le monde partage, mais avec des accentuations différentes, des formes d’humour différents, ce n’est ni une langue totalitaire, ni une langue de plomb, ni une langue de slogan. Au contraire, c’est une langue de la brisure, de l’écueil, mais qui dit cela avec beaucoup d’humanité. Ce film dit comment les gens arrivent à se débrouiller : ils n’ont pas attendu qu’on vienne à leur place inventer quelque chose qui corresponde à la façon dont chacun se perçoit. Ce film est un dialecte, une parole singulière inventée au quotidien, dans ce lieu là, contre une langue d’exclusion. Là, la parole circule, elle invite, et elle évite l’effondrement...

Le titre “Alimentation générale” est un titre d’adresse, c’est une métaphore concrète de tout ce qui s’échange comme épices, de nourritures nourricières. On voit bien qu’il y a l’objet concret de la nourriture : parce que les gens sont pauvres, ils achètent ce qu’ils aiment, mais en petite quantité. Dans cette épicerie, ils y viennent pour y trouver ce qu’il n’y a pas dans les supermarchés : les caddies qui débordent, le manque de parole, etc

“Alimentation générale”, c’est une métaphore à propos de ce qui se réinvente, cela dit la nécessité d’une histoire à dire là où beaucoup de choses vont mal : le contraste est saisissant entre l’étroitesse de cette épicerie et la vastitude d’un dehors qui ne sert à rien, si ce n’est à isoler les gens dans leur cité, dans des places où ces gens ne se rencontrent pas, ne se rencontrent jamais...

Documentaire de Chantal Briet, Alimentation genérale
Il y a eu beaucoup d'hommages pour Ali Zebboudj, il ressemble a beaucoup d'autres personnes qui ne peuvent porter le fardeau du monde. Peut-être faut-il parfois laisser le monde et ses habitants à leurs solitudes.

La solitude est synonyme d'indépendance ; je l'avais souhaitée et atteinte au bout de longues années. Elle était glaciale, oh oui, mais elle était également paisible, merveilleusement paisible et immense, comme l'espace froid et paisible dans lequel gravitent les astres.

Hermann Hesse (livre Le Loup des steppes, 1927)


lundi 9 mai 2016

я℮ḯᾔℯ

Caribou (photo : National Géographic Kids)

Cervidae

Les Cervidés (Cervidae, du latin cervus, « cerf », venant du grec κεραός / keraos, « cornu »), forment une famille de mammifères ruminants présentant un nombre pair de doigts, qui comprend entre autres les cerfs, les chevreuils, les rennes et les daims mais aussi des espèces moins connues appelées pudus.

Terminologie :

    Le mot « faon » peut désigner le jeune de différentes espèces, notamment celui du cerf, du chevreuil, du daim, du renne.
    Le hère est un jeune cerf de six mois à un an, qui ne porte pas encore de bois.
    Le daguet est un jeune cerf qui porte ses premiers bois.
    Le brocard est le mâle de plus d'un an chez le chevreuil.
    Pour certaines espèces, la femelle porte un nom spécifique :
        cerf : biche ;
        chevreuil : chevrette ;
        daim : daine.
La particularité des Cervidés est de porter des bois, des organes osseux caducs présents sur la tête des mâles. Il existe toutefois quelques exceptions :
    - chez le renne, les deux sexes portent des bois;
    - chez certaines espèces, les bois sont absents (Hydropotes inermis), ou à l'état de vestiges (genres Pudu et Mazama).
Les bois des Cervidés forment un trophée (terme cynégétique employé aussi bien pour la parure sur l'animal vivant, que dans le sens plus connu de trophée de chasse). Ils muent chaque année ; le produit de la mue (les bois morts délaissés) s'appelle la mue.
Les Cervidés constituent les derniers grands ruminants sauvages des régions tempérées. À travers le monde, il en existe quarante-quatre espèces réparties en dix-sept genres.
Les Cervidés les plus fréquents dans les forêts d'Europe sont le cerf élaphe, elaphus, le chevreuil, capreolus ; le daim, dama, quant à lui, n'y est plus présent à l'état sauvage. En Scandinavie, s'y ajoutent le renne, Rangifer tarandus, et l'élan, alces, également présent en Europe centrale. D'autres espèces ont été acclimatées en Europe et peuvent s'y rencontrer occasionnellement, comme le cerf Sika, Cervus nippon.
Ils sont nettement divisés en deux ensembles phylogénétiquement cohérents : l'un, paléarctique et asiatique : Cervidés européens ; l'autre, néarctique et néotropical : Cervidés américains. Trois espèces seulement échappent à la règle, avec une répartition holarctique : le cerf élaphe, ou wapiti, en Amérique, le renne, ou caribou et l'élan, ou orignal.
La taille des Cervidés varie de celle d'un lièvre pour le pudu à celle d'un grand cheval pour l'élan.


Image du film Finisterrae du catalan Sergio Caballero (2010)


Je me suis posée quelques questions sur le nom des cervidés, qui du cerf ou du renne figurait dans le film que je venais de voir.

"J'en ai marre d'être un fantôme"

C'est une phrase du film "Finisterrae" du catalan Sergio Caballero (2010). La fin des terres. C'est un peu comme en avoir marre d'être invisible et d'aller voir plus loin, à la fin de la terre, une quête de sens. La fin du chemin de Compostelle, en Galice d'Espagne, est l'objectif des deux fantômes que l'on suit dans le film. Comme dans un roman médiéval, de chevalerie, mais ici dans un monde contemporain (où l'on peut voir d'anciens petits films d'artistes vidéastes des années 80 dans le trou d'un arbre) Le film me rappelle Don Quichotte et son inséparable écuyer Sancho Panza. D'ailleurs José Saramango, écrivain portugais disait ceci du roman de Miguel Cervantès de 1605, El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha :
Don Quichotte s’obstine à ne pas être lui-même, mais à être celui qui sort de chez lui pour entrer dans ce monde parallèle et vivre une nouvelle vie, une vie authentique. Je crois qu’au fond, ce qui est tragique, c’est l’impossibilité d’être quelqu’un d’autre.
Ce roman est une critique des structures sociales d'une société espagnole rigide et vécue comme absurde. Je me souviens enfant d'une petite sculpture, ou reproduction, dans ma chambre aux meubles blancs des pays du Nord de l'Europe, anciennement celle de mes parents. C'était Sancho Panza et Don Quichotte argentés, sur un socle noir. De quoi méditer sur leurs gestes. Elle appartenait à ma mère, je me demande bien ce qu'elle est devenue. Je pensais au Livre des Solitudes de Bernardim Ribeiro, écrivain portugais du XVI siècle et au roman pastoral, un genre littéraire du XVIe siècle et du XVIIe siècle ayant pour personnages des bergers et bergères, l'une des premières œuvres introduisant la notion de saudade et le premier roman du genre pastoral de la littérature lusophone et de la péninsule Ibérique. Il est antérieur au Don Quichotte de l'espagnol Miguel de Cervantes Saavedra. Un goût pour l'aventure.

Image du film Finisterrae du catalan Sergio Caballero (2010)

“Finisterrae” raconte l’histoire de deux fantômes qui en ont assez de vivre dans le monde des ombres. Ils décident donc de faire le pèlerinage de la route de St-Jacques de Compostelle jusqu’à la fin du monde pour, une fois rendu à la fin de leur périple, commencer à vivre dans l’univers terrestre et mortel des vivants. On se retrouve à vivre avec eux l’expérience d’un voyage introspectif à travers des paysages inhospitaliers et la rencontre d’étranges êtres vivants, d’animaux sauvages et de créatures surréalistes. Les deux fantômes se verront confrontés à des situations inattendues et devront faire face à leurs propres tensions.

Dans le film espagnol de 2010, c'est masqués d'un drap blanc que les acteurs peuvent appréhender une nouvelle route. J'imagine aussi que c'est une critique de la fabrique d'acteurs et d'actrices, du cinéma, tel qu'il nous est encore donné de voir, avec un hyper-narcissisme concentré sur les identités privées et publiques et leurs starisations par la presse imprimée et écranique. Ici point de figure, si ce n'est des draps blancs qui effacent toute reconnaissance ou assimilation réaliste avec notre monde, mais cette fiction est pourtant bien jouée par des personnages qui se recouvrent d'un voile. Très intéressant renversement des crispations sur l'interdiction du voile. Cette disparition de soi, laisse place aux interactions avec le paysage et la part est offerte aux animaux rencontrés, aux situations de déambulations, de défilement dans le cadre.

Image du film Finisterrae du catalan Sergio Caballero (2010)

Image du film La cicatrice intérieure du français Philippe Garrel (1972)


Si la quête existentielle de ces deux fantômes parait saugrenue, plein d'humour, leur errance n'en demeure pas moins une inspiration du film français La cicatrice Intérieure, de Philippe Garrel (1972) avec une superbe citation du cercle de feu et de la chanson de Nico, célèbre et mystique "Janitor of lunacy" de son troisième album Desertshore de 1970. Mais contrairement au film de Garrel, dénué d'humour, celui-ci, Finisterrae, en citation et en hommage, restitue bien ainsi notre mode contemporain. Celui de la revisitation de signes et mythes, avec une distance, celle du pastiche parfois, du décalage, sorte de re-enactment (pratique dont les artistes s’emparent depuis une dizaine d’années pour interroger l’écriture de l’histoire et ses résonances dans le temps vivant) Les deux fantômes parlent russes, l'absurde jouxte le stupide surtout si l'on imagine que deux burqas blanches se dirigent vers St Jacques de Compostelle, sur une route médiévale, en traversant des forêts et des paysages enneigés qui peuvent vraiment rendre invisibles deux fantômes blancs sur fond blanc. Leurs draps attrapent toutes les couleurs du sol, mouillés, enneigés, dans la boue, peu importe, ils doivent conquérir l'espace imaginaire et tant de fois emprunté d'une voix spirituelle d'un autre temps, dans notre temps où disparaître devient un vœux pieux.

Image du film Finisterrae du catalan Sergio Caballero (2010)

Image du film La cicatrice intérieure du français Philippe Garrel (1972)


Fantastique périple, avec l'envie de devenir ces enfants vêtus d'un drap, afin de réaliser plein de choses dans un monde d'adultes qui ne rêvent plus. Le réalisateur plasticien et multidisciplinaire Sergio Caballero, nous offre des tableaux que l'on peut contempler, avec de belles photographies, comme cette dernière scène surréaliste d'un renne qui déambule dans les fresques et motifs d'un château. La pensée magique de l'enfance interprétée par deux trous noirs dans un drap blanc, me faisait penser aux histoires des livres pour enfants de Inger et Lasse Sandberg, un couple d'auteur suédois, dont Per Ahlin, Lasse Persson, Alicja Jaworski se sont inspirés pour réaliser les films d'animations de Laban, le petit fantôme, dont j'ai intégré une petite scène animée quelque part dans ce blog BMK.

Images du film, Der Rechte Weg, des artistes suisses, Peter Fischli et David Weiss (1983)

Je me suis souvenue de l'exposition au musée d'Art moderne de la Ville de Paris qui accueillait en 2007 la rétrospective des deux artistes suisses Peter Fischli et David Weiss qui travaillaient de concert depuis les années 80, via des supports aussi divers que la photographie, la vidéo ou le modelage. Et en particulier du film "Le droit chemin", (Der Rechte Weg) tourné en 1983, ou l'on suit ces deux artistes vêtus de costumes de peluche, un ours et un rat. Ils jouent de la trompette et du tambourin au sommet d’une colline et disent : “Tu crois que quelqu’un nous entend ?” demande l’un. “Il faut jouer plus fort”, répond l’autre.
Dans ce road-movie naturaliste des deux hommes, cachés sous leurs costumes d’animaux, traversant la campagne suisse, cette fois-ci, en franchissant différents obstacles naturels, comme un fleuve, souhaitant sauver le monde, je voyais des échos avec le film de 2010, Finisterrare. Par ce mélange de burlesque, d'humour désespéré, de la confrontation avec le milieu naturel et du retrait du monde, de ses hyperconnexions. Ce conte philosophique et politique intègre avec une incroyable distance toutes les contradictions de notre société, ceci avec un ton satirique et humoristique qui est devenu la marque et le style du travail de Peter Fischli et David Weiss. 

Images du film, Der Rechte Weg, des artistes suisses, Peter Fischli et David Weiss (1983)
On retrouve dans le film espagnol avec les fantômes et dans le films suisse avec les peluches, un moment d'angoisse exprimés sans ambages :

« je dois partir d’ici, je ne veux pas mourir, je veux rentrer à la maison » (dans le film de Fischli & Weiss) et dans le film de Sergio Caballero, la fatigue d'être un fantôme, de demeurer dans l'ombre ou de ne pas être vu, remarqué. Il y a là quelque chose à voir avec la reconnaissance. Et dans chacun des films, il y a également des sentiments de bien-être à contrario (d'être en retrait, sans être vus) comme celui de se baigner dans une eau chaude au sein d'une grotte (dans le film de Fischli & Weiss) ou se faire un feu le soir dans l'obscurité, pour les deux fantômes, quitte à sauter dans un split screen et bénéficier d'une rencontre dans une autre scène où trône un fauteuil en osier qui rappelle celui du film érotique français Emmanuelle (1974) réalisé par Just Jaeckin. Dans cette scène, la rencontre impromptue avec un autre fantôme qui montre ses seins et donne une pierre à écouter au petit fantôme devenu, supprime tout érotisme mais est digne d'une installation de sculptures (Famille invisible) de l'artiste français Théo Mercier (avec Desperanza, au Tri postal à Lille, en 2013). Encore une manière d'interroger les sujets désirants, en quête de sens. La satire des films vidéos d'artistes dans un trou d'arbre est aussi une vision archéologique du tube cathodique comme relique, tombé en désuétude, abandonnée, mais aussi comme critique de l'utilisation des animaux manipulés et torturés. Car, dans ce film, l'animal est un sujet, comme le fantôme, que l'on laisse déambuler, et que l'on suit. Un crapaud, c'est à son niveau que le regard se pose, il peut devenir une princesse. Un bisou suffit.
Sujets à des sentiments contradictoires, parfois les fantômes vivent les évènements de façon séparée tout comme dans le film de Fischli & Weiss, le rat souhaiterait être assez dur pour abandonner l’ours qui est affaibli et représente un poids pour lui, mais il n’y parvient pas.

Image du film Finisterrae du catalan Sergio Caballero (2010)


Dans l'errance à deux, un binôme, un couple, il y a toujours un moment qui questionne la séparation, comme dans La cicatrice intérieure de Garrel, un film représentant bien ce sentiment de crise, où le couple, à la vie comme dans le film, en tenues médiévales et traversant des paysages grandioses, arides et extrêmes, (d'Islande et d'Égypte) dignes de vestiges de planètes sauvages, crient, chantent leur douleur en toute beauté, s'abandonnent mutuellement, fardeau de l'un et de l'autre, comme s'attachent et se fusionnent, dépendants devenus, nus dans l'intime. Le repli vers les origines archaïques, celles du dénuement, sont souvent des sources d'inspirations dans des contextes d'excès de nos sociétés contemporaines qui jouxtent l'extrême précarité de populations entières, et leurs exodes.
Si ces films expriment souvent assez bien la détresse de génération entières, marginalisées par un système marchand où le guichetier aux finances, accordent ou non des faveurs, et donc défavorise en grand nombre, ils nous apportent aussi leurs inventions, leur poésie, leur imaginaire, absurde, biblique, apocalyptique, mais aussi leur dialogue entre l'amitié et l'amour, entre des peluches ou des animaux, des paysages dont on oublie la force lorsque les éléments se déchaînent... L'errance et le vagabondage, comme je l'ai souvent écrit ici, sont des chemins que j'emprunte dans l'écriture et dans l'association d'images, de mots, et à travers des réalisations artistiques diverses. Cette liberté provoque des rencontres et allume un petit feu dans l'obscurité. Écrits issus d'un ardent travail, de croisements de références et de recherche, dans l'objectif d'en partager quelques parties émergées. Un temps pris en dehors des temps contrôlés et évalués, des mots ciselés échappés de ma mémoire, ils ravivent ce qui n'est plus et sont à dessein de l'inconnu.

L'aventure des personnages, métaphores du chemin de la vie, ont des certitudes malmenées par les doutes au fil du parcours. Souvent le brouillard, ou la brume, ou les fumées ou fumigènes diverses, les nuées symbolisent l'inconnu ou la mort, que l'on trouve dans les peintures romantiques, les interrogations philosophiques (dans sa dimension céleste par Bachelard dans L'air et les songes, par exemple) Nombreux sont les écrits sur Caspar David Friedrich, le peintre qui a incarné l'âme émotive et spirituelle du romantisme, avec sa peinture comme méditation sur le sens de la vie. Ces sensations d'émerveillement et d'impuissance se sont retrouvées partout en Europe du début du XIXe siècle. Le romantisme, un état d'âme, qui s’est développé parallèlement au néoclassicisme et réagissant contre ce dernier, par le besoin d’un retour à l’expression des sentiments, trop longtemps réfrénée, par l’emphase baroque d’abord, puis par les règles néoclassiques. Dans un autre mouvement Géricault va saisir dans ses portraits d’aliénés des lueurs troubles, des regards voilés, des expressions vides, et offrir une image désenchantée d’une condition de marginalisation, de solitude. C'est un héritage, dont j'observe les réalisations artistiques contemporaines. Des éclats de nos tragiques actualités.

Dans notre époque bien sous le signe de l'évasion, à tous point de vue (fiscal, mystique, humaine, politique, chimique…) des voies artistiques, qui se cherchant, trouvent, se fraient un chemin, ardu, sensible. Ce n'est pas pour tous, l'accès est difficile.

Ces temps-ci je travaillais dans la couleur noire, mais voici que des teintes différentes du blanc arrivent, avec ces réalisations artistiques. Désert de craie pour les errances de Nico, son cheval, son manteau, son petit chevalier, les glaces, les neiges, les fantômes, les cerfs et les rennes...

Mais les costumes, c'est aussi un peu lourd en fait... à porter. Demain je serai la reine d'un seul jour, mais c'est un costume bien invisible, qui commence à peser tout de même. Je porte des bois quelque part, des organes osseux caducs. Trophées fantomatiques.


Renne entre deux séquoias géants (Photographie © Sonia Marques - Août 2014)

Rencontre (Photographie © Sonia Marques - Août 2014)

Bonjour (Photographie © Sonia Marques - Août 2014)

Extrait du film d'animation historique et fantastique japonais de Hayao Miyazaki :
Princesse Mononoké
(もののけ姫,  litt. Princesse des esprits vengeurs) - 1997.