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lundi 23 septembre 2019

ℓε sιℓεŋ¢ε

mardi 30 juillet 2019

ḯL ρʊʟḉїη☺ ♭i@η¢☺

J'ai vu ce documentaire qui passe sur Arte, visible en ligne, Tanzanie, l'enfance volée des albinos, réalisé en 2018 par Catherine Monfajon. Les images sont délicates, quelques unes sont en visuel de cet article. Mes derniers enseignements portaient sur un sujet que je nommais "Il pulcino nero". Cette histoire du poussin noir illustrée sous différents angles, de la fable au dessin animé, aux animations, aux films était un prétexte pour l'analyse des discriminations, un prétexte à dessiner. La vie réelle m'a rattrapée puisque j'ai été ostracisée des écoles nationales, du moins de deux, liées, par des rumeurs, dont j'ignore la portée, la couleur, mais certainement nauséabondes et fausses. Sujet tabou, sujet incompris, dessins trop noirs, trop beaux, trop parfait, trop et trop, tout en retrait et dans une ligne minimale, un trait, une idée. En toute inconscience, car il n'y a pas de lecture, on se sait plus regarder des images et les analyser, ni lire un texte, alors on coupe, sabre, raye, biffure, on rejette, on fantasme, on inverse, on perverti les faits. Cela reste, de mon côté, l'un des plus fort sujet que j'ai pu donner aux étudiants. C'est pour cela que l'on m'a pris mon salaire, afin de supprimer ce sel de la vie d'une intellectuelle, une artiste, une femme. "On" c'est une institution, c'est ce qui nous gouverne, ce qui devrait être un modèle, et nous protéger. Et qui plus est, cela s'est passé dans des écoles. Il y avait une sorte d'anticipation, de ma part, à vouloir apprendre, enseigner. Mais il est très difficile d'enseigner lorsque les institutions ont elles-mêmes abandonné d'apprendre.

Et puis je tombe sur ce documentaire et cette histoire que je connaissais des albinos rejetés, méprisés. Ils vivent enfants solidaires, parfois orphelins, ou très loin de leurs parents, en tous cas dans un lieu, une sorte de prison, mais il faut dire "école", institution où ils seraient protégés des leurs et c'est le gouvernement qui insiste sur le fait qu'ainsi, ces enfants sont protégés. Protégés ou abandonnés ? Oui, l'abandon a été, non pas autorisé, mais rendu obligatoire. Des parents disent que s'ils n'avaient pas été obligés d'abandonner ces enfants pour qu'ils soient enfermés dans ce lieu, cette "école", jamais ils n'auraient laissé leurs enfants loin de chez eux. Dans ce contexte terrorisant, puisqu'il s'agit bien de terreur instiguée, oui ils préfèrent imaginer que leurs enfants sont en sécurité dans cette "école", bien plus que chez eux, même s'ils admettent que la sécurité est revenue. Ces enfants souffrent de cet abandon familial en plus de leur ostracisme, mais cela va plus loin, c'est une ségrégation. Leur communauté, parce qu'ils sont nés albinos, les rejette, et les tue. Et plus pervers, c'est-à-dire que l'on a quasiment inversé les choses, ils sont recherchés et coupés en morceaux, car, selon une rumeur, "ils rendraient riches", ils sont devenus des objets, des marchandises. En pensant à ces poussins blancs, dans le cadre de mes enseignements du poussin noir, en pratiques artistiques à dessein, j'accédais à la connaissance de ce que les croyances d'un groupe peuvent avoir de mortel et stigmatisant. Est-ce seulement la couleur de la peau ? Non. Il y a une fragilité apparente chez ces enfants, même en grandissant, ils sont en quête d'amour, attachant, et déjà petits, leur regard peut avoir une maturité, et pourtant, ils ne savent rien faire (entendons, ni compter, ni lire, ni écrire) pour les institutions. D'ailleurs, le centre qui les enferme a cette ambiguïté, il ne faut pas dire que c'est un centre, mais bien une école qui "devrait" les protéger, justement de leur propre communauté qui les tue. Pourtant dans ce lieu clos aux barbelés de guerre, ils sont voués à eux mêmes, pacifistes, se solidarisent, s'entraident, voués aux tâches ménagères, esclaves enfants, sans aucun regard d'adultes, ils vivent en toute transparence, l'adulte ne les voie pas, mais les ignore. On peut dire, que les adultes sont ignorants. Ces enfants mangent la même chose, chaque jour, une monotonie, la diversité ce n'est pas pour eux, ils sont définis "semblables" et non autorisés au mélange, ni aux mets variés. Ils sont considérés invariables. Il fut un temps, où il n'y avait pas assez à manger pour tous. Ils pouvaient dormir à 3 dans un lit, enfants. Drôle d'école. Un pays peut faire cela, au nom de la protection : exclure. Cet ostracisme montre de petits êtres doués d'amour et entourés de mépris et de haine. Ce sont des insularités, de mon point de vue, ces terres humaines, sont des continents qui recèlent évidemment des trésors, des qualités que l'on ne peut trouver chez celles et ceux qui méprisent. La peur parcourt ces êtres, ils sont traqués, menacés, leur vie est une menace, leurs parents, certains, n'en veulent pas, ou plus. D'un point de vue d'artiste, ils sont très beaux et je pense à cette peinture de Marlène Dumas, que je dispose en visuel dans cet article. Dans le documentaire, je suis frappée par la manière qu'ils ont, ces jeunes, de se toucher, s’agripper, se grouper, comme se rassurer, comme s'ils avaient réussi à créer du lien, à former une fratrie par leurs sens et leur empathie, alors même que l'on a déployé une féroce manie, en œuvre du mal, de les démembrer et les séparer, de défaire leurs liens, leurs familles, de les désunir de la vie. C'est une capacité, "réunir", créer des liens, que l'on peut difficilement développer dans note société, par exemple, ou bien elle se trouve rejetée, ou convoitée. On valorise le guerrier qui désuni pas l'art de créer du lien, du sens. On peut mesurer les climats délétères, dans cette visée. Faculté aussi d'apprendre à apprendre, lorsque, tous débutants. Le pardon est tout proche, lorsque l'on reconnait les erreurs. Cette amabilité, rare, chez ces enfants qui se pardonnent en s'aidant à s'habiller, est nouée dans ces gestes simples et tendre, quelque chose de maternant alors qu'ils sont en âge d'être materné, protégés par leurs parents, par l'école, l'institution.

On le sait, il existe des ravages dans le faux maternage de nos institutions, c'est de faire pour les personnes, sans les personnes. La critique du fonctionnement de la plupart de nos institutions, de soins, de formations, d’accueils, politiques, se trouvent dans la gratuité, l'infantilisation, le sur-handicape, c'est-à-dire chosifier l'autre. Il existe des écoles où l'on n'apprend plus rien, les enseignants ont déserté leur condition civique et sont rivés dans leurs intérêts personnels, les jeunes sont quasiment voués à eux-mêmes et à l'entretien des murs, du patrimoine. Ils sont surprotégés, c'est-à-dire, enfermés. Ils évoluent entre eux durant quelques années, de même milieu social, parfois de même famille, à l'abri du monde extérieur, et on les décrit "en liberté", libres de s'exprimer. Évidemment que c'est faux. On peut même rajouter "ils ont tout gratuit", accès aux salles, aux matériaux, ils sont véritablement libres. Libre de quoi exactement ? Si les enseignants ne pensent qu'à se servir de ces établissements, pour leurs propres intérêts, en laissant les petits prisonniers se débrouiller, ceux-ci, en sortant, ne savent pas grand chose pour faire société, prendre des décisions, mais ils peuvent devenir de véritables soldats d'idées nauséabondes, tant ils ne savent pas discerner, ils n'ont rien appris et seront les plus aptes à être dociles d'idées extrêmes, sans le savoir. Dans ces écoles, dans notre pays, les critères de sélection sont toujours racistes, sexistes, sinon nous ne nous retrouverions pas dans cette situation de se demander pourquoi la reproduction de ces critères sociaux fonctionne aussi bien. Devenues des machines de tri sélectif, comment s'étonner encore, sans jamais interroger les critères de sélection par les enseignants, les institutions, que l'ascenseur social est en panne depuis longtemps.

En France, on a cette triste et fâcheuse tendance à penser à des pédagogies alternatives, où l'enfant serait libre et découvrirait la vie, qu'il serait même adulte plus tôt en se frottant aux autres adultes, plutôt que les adultes restent dans leur rôle d'enseignant un savoir. Le résultat est toujours le même : ce sont les adultes enseignants qui se frottent aux enfants, les dérives s'accumulent, les déviances cachées, se trouvent donc être protégées par l'institution même, qui a abandonné son rôle de contrôle, ou plutôt, l'institution ne sait plus, elle n'apprend plus. C'est justement dans cette défaillance que s'installent des confusions entre liberté et apprentissage. Non le viol n'est pas un rite de passage obligatoire pour atteindre cette liberté (de penser souvent aboyée à gauche), mais ce sont bien les enseignements et les savoirs sur ces questions qui doivent être r-enseignés. Il y a un retard considérable, car sont cachés et inavoués des pratiques condamnables, et l'institution ne sait pas regarder, avoir un regard instruit, sur les violences à l'école. On le voit surtout, partout où ces écoles déviantes, accusent à tort des enseignants qui font juste leur travail : enseigner. Pour cacher la forêt, on lynche, en groupe, l'arbre innocent. Car cela prend du temps de lyncher, juger, et cela en fait perdre aux bonnes actions, cela masque une profonde désertion de la pensée, avec la force d'un groupe ignare, dans le costume de l'école, l'institution, vénérable donc. Tout semble respectable, mais on a laissé des enseignants avec de lourdes pathologies exercer, des directions, des chercheurs, tout ce qui encadre. D'ailleurs, lorsque l'on enseigne, on doit souvent s’accommoder avec des collègues aux pathologies remarquables, les élèves en font les frais, en premier lieu.

Pour protéger un des leurs, qui déconne, un petit nombre va s'organiser pour faire sortir d'un corps enseignant la personne morale, puisque l'immoralité doit perdurer et les pratiques rester secrètes. L'école en bateau créée en 1969, est un exemple de structure pédagogique pédophile mais pas si exceptionnel, puisque cela a donné plusieurs autres écoles alternatives. L'objectif masqué est toujours le même, soumettre des jeunes à la déviance d'adultes. Pour que cela fonctionne, il faut en faire bonne publicité. La communication devient le fer de lance de ces lieux clos. Liberté, création, joie même et pourquoi pas le bonheur absolu, tout est possible en matière de communication. On peut même inventer des chartes qui décrivent la bonne tenue morale de ces lieux : pas de racismes, pas de sexisme, pas de violence et de discrimination. Bientôt, à force de révélations, il faudra écrire sur ces chartes : pas de pédophilie, même si...

J'ai lu récemment un petit paragraphe de syndicat d'école d'art qui m'a fait réfléchir :

Au titre de ses forces, se trouve la neutralité des fonctionnaires qui préserve tout citoyen de la corruption, du favoritisme, du népotisme, du fait du prince. Certes, il arrive que des fonctionnaires trahissent leur devoir de neutralité, mais il s’agit de cas isolés et relevant de pratiques déviantes, d’individus eux même déviants, qui, quel que soit le cadre juridique de leur action, aurait agit de façon identique. Hormis ces cas anecdotiques et regrettables, la fonction publique est globalement exemplaire du point de vue de sa neutralité et de sa probité.

Il y a une peur, dans ce paragraphe, car insister sur la neutralité semble effectivement, de mon point de vue et de mon expérience, manquer de lucidité ou mentir car l'institution ne se réforme pas, a du mal, avec toutes ces anecdotes accumulées qui finissent par donner une mauvaise forme globale. Mentir afin que les mêmes gardent leurs privilèges et leurs déviances, protégés. Les problèmes sont posés depuis longtemps, seuls les syndicats craignent de perdre leurs avantage dans une réforme, pas les victimes d'un système caduque. Qu'est-ce qui est exemplaire lorsque les déviants sont aux manettes ? Probité ou opprobre ? Neutralité ou coups de canifs dans la déontologie ?

Albino (1986) Artist: Marlene Dumas
South African, born 1953
About this artwork :
Since the early 1980s, Marlene Dumas has created figurative paintings and ink-wash drawings that raise provocative questions about gender, beauty, sexuality, race, and the resultant conditions of oppression and violence. The artist takes her images from the mass media, particularly newspapers and television, and she manipulates them to achieve her desired effect. Characterized by spontaneous brushwork and a subjective use of color, her works merge art-historical and popular-culture references with private, autobiographical allusions. As a white woman who was raised under Apartheid rule in South Africa, some of her strongest works tackle the complicated themes of racial politics. This representation of a black African albino exposes race as a social construct that fails to correspond to identity. By choosing a subject whose very existence complicates the notion of racial categorization, and by rendering his skin tone and hair color in a sickly green hue, Dumas insisted on destabilizing the division between black and white. This work ultimately questions the ability of both skin color and paint to carry meaning.

Évidemment, j'étudie ces croyances, comment elles arrivent à obtenir l'adhésion de plusieurs. Ils semblerait que pendant les élections, les massacres des albinos décuplent, car, une des croyances serait que l'on peut gagner des élections, plus on obtient de morceaux d'humains, d'albinos. Nombre d'enfants sont mutilés, et se retrouvent sans un membre, sans bras, car des hommes sont rentrés dans leur maison pour leur prendre un bras, ou un autre membre. Évidemment, c'est extrapoler que d'écrire que me couper une partie de mon salaire, par derrière, par surprise, relèverait d'une même ignominie. Pourtant je vis depuis avec une prothèse invisible, psychique et elle est assez efficace : l'écriture. Il faut le penser. Couper le salaire, couper un bras. Car de toutes les formes de rejets, nombre d'illustrations et actions s'avèrent possibles, selon la communauté, le pays, les croyances et les outils mis à disposition. Manière de faire des mondes. Dans des administrations, ce sera le papier administratif, la forme la plus usitée, et inodore, ou presque, par décrets, on signe votre arrêt, votre mort psychique, jusqu'au rejet social, vous devenez un déchet, même on vous l'écrit, au cas où, comme vous savez lire, on ne vous le dit plus, on vous le fait parvenir, par la poste. Cinglés, piqués, sonnés, toqués, des courriers timbrés, qui sonnent faux, le mensonge et la mauvaise foi, alambiqués à souhait.

Les formes de rejets de harcèlements, en France sont inscrites dans la gouvernance du pays. Une société étatique comme France Telecom (vers Orange), les télécoms, un service industriel de l'État français, dont le procès n'est arrivé que cette année, a laissé des suicides en série (35 en une année, et certain par immolation, période 2009), un nombre infini d'employés cassés, on peut dire démembrés, sans ressources, ni soutiens, et cela touche d'autres membres de leurs familles, leurs amis, leurs conjoints, bref, cela revient à exterminer, par le seul mouvement étatique. C'est une forme de gouvernance maltraitante de notre pays, à l’organisation kafkaïenne. Il faut comprendre là, que nombre d'autres entreprises, administrations, que ce soit du service public ou privé, sont du même modèle. Un modèle en sourdine, avec la complicité, de tous les employés, à tous niveaux. C'est une société entière qui ne sait pas, elle tue, mais elle ne le sait pas, et pire, ne sait pas faire autrement.

On peut décrire qu'est-ce qu'un esprit faible pour être embobiné dans des croyances qui créent le mal, sans le savoir ? Faible parce que manipulable et manipulateur, les deux coexistent. Il est là le rôle de l'école, qu'on se le dise, le rôle d'apprendre, le rôle du savoir transmettre. S'il n'y a plus de savoir, comment peut-on apprendre aux plus jeunes, à discerner, à penser, à acquérir une critique nécessaire pour plus de clairvoyance. Étudier, les études c'est très important. Pourquoi sacrifier le fruit de nos savoirs vieillissants au profit d'exclusions de nos savoirs débutants ? Ce serait penser instruire sans l'autre, sans les personnes même qui demandent à être instruites.
Penser faire le bien en accusant une personne, parce que d'autres personnes se plaignent, par jalousie, par haine, par ignorance, par lâcheté, et penser devenir grand dans cette obsession de l'accusation, du procès, jusqu'à devenir un modèle avancé dans le procédé criminel. Qui a décrété que ces enfants albinos avaient un pouvoir ? Il devient convoité ce pouvoir. Ce serait des sorciers qui commencèrent ces rumeurs. Des sorciers sont déjà ceux qui se sont élus, sans électeurs. Ces représentants, très peu, deviennent des guerriers, ou mieux, désignent les guerriers qui vont aller chercher les albinos. Les sorciers ces syndicalistes qui manipulent les gouverneurs grâce à leurs rumeurs. Je reprécise : ces syndicalistes, petits sorciers déviants et méprisants, notre pays a fabriqué ces âmes en peine, petit scribouillards sans esprit. Par laxisme et raccourcis, on dira juste : esprits brouillons. Par affection ou histoires communes, on donne bien des médailles à des nazillons. Allez une récompense, et qu'on n'en parle plus. Allez, on enlève la récompense d'un bien moindre mal pour en faire un modèle de rigueur et protéger les plus mauvais, chut.

Le lynchage est devenu un outil bien rodé, dans notre pays, il trouve adhésions et d'ailleurs bien plus que dans des bonnes idées (qui n'attirent pas foule ici) C'est une force centrifuge, au moindre virage, tout le monde est emporté, peu importe les arguments, ils peuvent être discordants, c'est même mieux, incohérents, la lâcheté de désigner un coupable, au hasard, ou au gré des opinions affadies et psychorigides, car le chaos doit l'emporter, plus besoin de démocratie. Nous pouvons observer le tourniquet politique, toujours en mouvement et les passagers immanquablement attirés vers l'extérieur, force centrifuge encore. Mais dans un vrai tourniquet, il y a des barrières de protections, dans la politique, seuls les plus hauts placés s'accrochent à une barrière, sinon tout est emporté, dans un même mouvement centrifuge, vers l'extérieur. On connait le programme essorage d'une machine à laver. Chaque virage politique et contradictoire entraîne un essorage définitif, on lave les cerveaux. Les procès sont basés sur du flou, de la fumée, des cendres, et une rumeur en remplace une autre comme si la fin d'un ou d'une des nôtres ne nous touchait plus, comme enjamber des corps sans domicile fixe afin d'acheter sa baguette de pain et revenir en marchant sur ces mêmes corps gisants, jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que ces corps sont des proches, des membres de notre famille. Non, il faut bien nommer une différence, celui-ci est blanc, moi je suis noir, par exemple.

Je me suis concentrée sur des mouvements rectilignes afin d'économiser mes forces. Il n'y a pas de raison d'essorer ou pressuriser un employé, une femme, un homme. Dans un mouvement rectiligne, tout doit pouvoir se déplier et se replier, selon son rythme. Les problèmes doivent pouvoir être posés, ouverts et étudiés. Le repos est mérité, de la durée qu'il convient pour replier les énergies, après les avoir transmises, le temps que chacun chacune les étudie. Je préfère la glisse, parce que je n'ai pas d'autre moyen, je vais parfois trop vite. Mais enseigner le dessin et la ligne claire, c'est visualiser des desseins sur lesquels on peut glisser ensuite, penser avec aisance et maîtriser des outils, ses gestes et ses logiciels, ou petits outils pratiques, il n'y a pas de sacré dans la technique, il y a sa propre technique, son adaptation entre la manipulation et son confort des gestes, c'est ce qui fait l'unique possibilité d'être en phase avec ses outils, sa pensée, selon mon expérience, dans la création et la capacité d'être en possession de ses moyens, et d'en être fier. L'erreur que j'ai commise, c'est de croire, que l'on pouvait aller aussi vite, penser aussi rapidement, et donc, d'imaginer qu'il serait possible à un plus grand nombre d'être égal à ce rythme. Sauf qu'un nombre très infime de la population à des fulgurances de pensées. J'ai dénié nombre de jalousies et de frustrations, dans des écoles qui peinent encore et ont un passé lourd de cachoteries inutiles et peu glorieuses. Je suis passée trop vite, là où des institutions demandent plus de temps, voire s'enlisent en attendant doucement la fermeture. Parce que l'on pense possible que cela reste ouvert, on oublie, avec lucidité de mesurer les forces en présence, et beaucoup sont dans l'incapacité de penser l'avenir d'une école et de l'orienter à bien. C'est pour cela, qu'il y a des mouvements où toute idée d'ouverture ne peut qu'être clôturée, parce que la majorité des participants au mouvement institutionnel ont déjà décidé de mettre fin à leur parcours, (et donc par mauvais ricochet aux parcours des autres, même des plus jeunes) puisque la majorité part à la retraite et décide de l'avenir, toujours élus et décisionnaires, ils n'ont pas su passer la main, transmettre et ne peuvent que réduire les effectifs. On inaugure plus facilement des édifices architecturaux énormes, que l'on souhaite lumineux et transparents et vastes, on s'amuse à couper tant de rubans, mais jamais on a pensé aux êtres qui allaient travailler dedans, en effectif bien réduit, aux pressions inhumaines à venir. C'est pour la photo, un futur patrimoine classé, une signature, mais lorsque l'on regarde qui va travailler dans ces lieux, et comment, on comprend qu'il y a là des manques, les forces en présence ont toutes été exclues par les tourniquets politiques. Peu importe, car la photo sera toujours la même, l'édifice magnifié encore des années, la complexité des relations humaines qui s'y trame, jamais montrée ni valorisée, puisqu'il faut pour cela un dessein clairvoyant, du vivant avec le minéral, et non plus minéraliser les matériaux, seuls. On trouve toujours un benêt pour couper le ruban et une cohorte de benêtes pour pousser l'autre et rester dans le petit cadre d'une petite photo. Ils suivent de bonne foi toute machination et force centrifuge, c'est pour cela qu'ils semblent si bien incarner, à ce moment seulement, le geste de l'inauguration afin d'enterrer la politique passée et nous permettre de croire que tout sera bien mieux, c'est promis.

Que fabrique-t-on, des écoles ? Vraiment ? Ou des centres de rétentions (d'idées) ? Des Musées ou des écoles ? Des cimetières d’œuvres climatisés au milieu de villes étouffantes habitées par des migrants, nous tous ? Des lieux sacrés de culture pour qui, pourquoi, quand leur accès sont interdits, quand les objets enfermés ne représentent qu'une famille ou un groupement de benêts. Des études pour qui, pourquoi ? Pour décorer ces Musées interdits et nettoyer les traces des pas, les toilettes ? Et insulter à loisir tout employé, le traiter de saleté parce qu'il n'aurait pas assez bien nettoyer la merde des autres ? Bel édifice, écrin de bêtises et de niaiseries.

Une question plus large comme notre vaste monde, pour revenir à ce documentaire : pourquoi ne faisons-nous rien pour ces enfants albinos ? Mais nous pouvons faire des images, ce qui sous-entend que nous pouvons (pas moi, hein) être payés pour ces images capturées. Mais pas ces enfants. Jamais ces enfants. Est-ce que ces images, ces films iront dans ces Musées interdits ? Est-ce que des enfants albinos deviendront les employés de ces Musées, afin d'en nettoyer les toilettes ? Si j'intègre des images de ces enfants (c'est moi, hein), je suis dans ce même rapport au monde et aux images, ce sont des images mais elles viennent de ces conflits, elles sont conflictuelles, hors, elles n'ont aucune apparence d'un conflit. Il y a des personnes malintentionnées qui veulent à tous prix mettre du conflit, là où il n'y en a pas, à priori. Des personnes qui passent leur temps à décréter un conflit là où le pacifisme règne. Envenimer une situation, pour passer le temps. Ces personnes s'ennuient assurément.

Comme la première image, un enfant albinos qui porte une casquette, où il est écrit : Angry birds... Nous ne pouvons qu'être des oiseaux en colère, nous aussi, très en colère. Je suis en colère. Mes pensées filent à toute allure et posent des questions à l'épreuve de mon vécu, arborescence, petites feuilles qui poussent, déjà un jardin en une nuit, le matin, est arrivé.

Ce qui emmerde les gens, celles et ceux témoins, ou auteurs des méfaits, ou complices, c'est de voir ces enfants albinos, devenus forts, en faire une vie, un parcours de ces attaques, de ces questions du rejet et de les porter fièrement à un niveau politique, beaucoup rêvent d'être avocats, des femmes, elles ont des idées, elles savent. Ce qui emmerde les gens, c'est de voir ces oiseaux en colère, de toujours les voir, c'est ce miroir constant tendu, consternant, une femme avec un bras en moins qui écrit ou s'habille en toute beauté. Ce n'est pas seulement physique c'est aussi entendre ces idées. Ce qui emmerde les gens, c'est que constamment ils sont face à ce que produit leur haine, et cela leurs est insupportable. Comme l'épée Damoclès, tant que les choses ne changeront pas, ils seront toujours face à des oiseaux en colère, qui leurs rappelleront leurs manquements à la question "être humain".

Et qu'on puisse y réfléchir sans cesse, cela emmerde profondément celles et ceux qui n'ont rien fait, qui n'ont pas avancé d'un iota. Que l'on puisse se hisser sur les traces des crimes et raconter notre histoire, depuis ce que l'on a victimisé, peut être insupportable et les gens préfèrent être sourds et aveugles et illettrés, ne pas savoir, pour pouvoir continuer à faire semblant, semblant de vivre. Vivre c'est reconnaître la colère d'où l'on vient. Et des visages d'anges naissent les colères et la rage de vivre.

À l'ombre du soleil...

Dans les villages reculés de Tanzanie, toutes sortes de conseillers, guérisseurs, sorciers ou devins, appelés waganga en swahili, sont consultés pour des problèmes allant de la vache tarie à l’épouse abstinente. Les prescriptions peuvent inclure des racines pulvérisées, des infusions d’herbes ou encore du sang d’animal. Mais aussi des restes humains de personnes atteintes d’albinisme.
Certains waganga pensent que les cheveux, les os, les organes génitaux ou les pouces de personnes albinos auraient des pouvoirs spécifiques. Séchés, pilés et empaquetés, ou répandus en mer, ces morceaux d’êtres nés avec un déficit de production de mélanine dans un pays ou la majorité des habitants ont la peau noire sont réputés gonfler un filet de pêche, révéler la présence d’or dans un terrain ou faire gagner des voix à un politicien.
Comment ces parties corporelles ont-elles acquis leur réputation magique ? Nul ne le sait précisément, mais des chercheurs en situent l’usage comme marchandise vers le début du XXe siècle, quand les petits agriculteurs ont pensé que la pêche ou l’extraction de l’or offraient davantage d’opportunités, mais comportaient plus de risques.

https://www.nationalgeographic.fr/photographie/tanzanie-pourquoi-les-albinos-sont-ils-persecutes

jeudi 20 juin 2019

ϴϟ✝ℜѦḲÅ

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Les graffitis sur les ostraka athéniens
Certains tessons de poterie qui furent utilisés dans le cadre de la procédure athénienne de l’ostracisme sont gravés d’un dessin, de facture médiocre, qui représente un animal et/ou une figure humaine. La présence de ces dessins surprend dans la mesure où la procédure n’exigeait rien de plus que d’apposer le nom du citoyen à ostraciser. Ces images étaient pourtant loin d’être ornementales : leur analyse montre qu’elles servaient à rendre compte des vices de caractère, des inconduites voire des postures idéologiques inadmissibles de l’individu pris pour cible. En somme, donc, elles dispensaient un discours qui visait à justifier, du moins à expliquer, le vote.
(Studying Ostracism in Drawings, Graffitis on Athenian Ostraka : Jean-Noël Allard)

Aujourd'hui j'ai étudié un mot, comme chaque jour, j'étudie les mots.
Chaque puzzle de cette langue écrite, en signe, entre en résonance avec ce chemin de vie.
Alors voici celui-ci :

OSTRACISME

Définition : À Athènes, décision de bannissement d'un citoyen votée par l'assemblée du peuple (Ecclesia) pour une durée de dix ans. La procédure est la suivante : chaque année, l'assemblée vote sur la question de savoir s'il y a lieu de recourir à l'ostracisme (ostracophorie) : le vote intervient lors d'une autre assemblée plénière. Si d'autres cités ont connu cette procédure, elle demeure dans notre esprit comme une disposition plus particulièrement liée au fonctionnement des institutions athéniennes pendant une durée d'environ soixante-dix ans. Le premier ostracisé fut un parent de Pisistrate (488/487) (Aristote, Constitution d'Athènes), le dernier un certain Hyperbolos (417) dont nous reparlerons (Thucydide, La guerre du Péloponnèse).

Origine du mot : ostrakismos, dérivé d'ostrakon; qui désigne un morceau de poterie, sur lequel on inscrivait le nom de celui qu'on voulait bannir (Plutarque, Vie d'Aristide). Le mot peut désigner la peine de l'ostracisme comme la sentence d'ostracisme.

Quelques exemples célèbres : Aristide en 483, Thémistocle en 471, Cimon en 461, le gendre de Cimon, Thucydide fils de Mélésias, en 443.

Ce que nous savons de la vie de ces personnages, nous permet de comprendre comment les choses se passaient : - La cause de l'ostracisme et les conditions dans lesquelles un homme politique était frappé sont variables mais toujours sa présence dans la cité était devenue insupportable au dèmos (Plutarque, Vie de Thémistocle). Il peut y avoir une raison précise : Cimon fut tenu pour responsable d'un affront que les Spartiates avaient infligé aux Athéniens (renvoi par ceux-ci d'un contingent venu les aider à combattre les hilotes) (Plutarque, Vie de Cimon). D'autres fois, un citoyen est condamné pour sa conduite ou pour les arrière-pensées ou les ambitions qu'on lui prête : la défiance du peuple est attisée par un rival politique : Thémistocle se débarrassa ainsi d'Aristide (Plutarque, Vie d'Aristide).

- Il découle de ce qui précède que ce sont les hommes politiques jouant un rôle important qui sont exposés à cette sanction (Plutarque, Vie de Nicias,). La popularité dont ils jouissent pour services rendus les rend suspects : l'ostracisme est en quelque sorte une mesure préventive. Il n'est pas une peine infamante Le banni conserve ses biens Il peut être rappelé ou autorisé à rentrer avant le terme (Plutarque, Vie d'Aristide). Il retrouve alors la plénitude de ses droits. Aristide et Cimon furent rappelés mais non Thémistocle. De ce point de vue, l'ostracisme qui frappa Hyperbolos, personnage de peu d'envergure, surprend : il avait surpris les Anciens (Plutarque, Vie d'Alcibiade).

"Rejet d'une personne du milieu auquel elle appartient"

Ostracisme en français : le mot est naturellement employé avec le sens qu'il a en grec. Depuis le XVIIIe siècle il s'applique à l'éviction d'un personnage politique de la fonction qu'il exerce dans l'état ou dans un groupement politique puis, par extension, du rejet d'une personne du milieu auquel elle appartient.

À l'origine, le terme d'ostracisme n'avait pas la valeur péjorative qu'on lui donne aujourd'hui. Il sanctionnait un vote des Athéniens contre un citoyen suspect, qui était alors banni pour dix ans. Ce jugement devait atteindre les citoyens trop avides de popularité ou à qui leurs actes avaient valu une popularité jugée excessive. Il s'agissait donc en droit d'une réaction de défense d'une collectivité nationale éprise de justice et redoutant les coups d'État.

Sous couvert de défendre la communauté, on prenait le risque de niveler ; sous prétexte de préserver la liberté, on prenait celui d'immobiliser ;  sous couvert d’organiser la vie, on prenait celui d’exalter la mort. 

Un tel processus supposait l'existence d'un groupe de citoyens se connaissant entre eux, théoriquement aptes à distinguer la vie privée de la vie publique et à porter les uns sur les autres un jugement sans passions inspiré par un idéal civique commun. Il impliquait en fait la possibilité d'exclure un citoyen à cause de son esprit critique (ou pour ce qu'on appelle aujourd'hui, dans les pays totalitaires, le « révisionnisme », dans les démocraties conservatrices, la « subversion »). Il condamnait la remise en cause et la contestation par un individu isolé, pouvant alors être accusé de sacrifier au « culte de la personnalité » ou au star system ; de plus, sous prétexte d'éviter les à-coups politiques, il prêtait des intentions obscures à des citoyens exagérément populaires. La possibilité de bannir pour délit d'opinion avait ainsi pour corollaire celle de bannir pour délit d'intention. Cette critique réciproque des citoyens les uns par les autres, qui se fondait sur une philosophie de la liberté, de la solidarité et de l'idéal civiques, portait donc son principe de destruction, car le passage est étroit qui mène de la critique publique à la justice dite populaire et à la délation, du bannissement à la chambre à gaz, de la suspicion à la jalousie, de la divergence de points de vue à l'accusation de trahison, de la discussion à la haine, de la perception de la différence à l'assassinat. Sous couvert de défendre la communauté, on prenait le risque de niveler ; sous prétexte de préserver la liberté, on prenait celui d'immobiliser ;  sous couvert d’organiser la vie, on prenait celui d’exalter la mort. 

(Encyclopædia Universalis)

Aujourd'hui l'ostracisme, sa définition est celle-ci :

Action de tenir quelqu'un qui ne plaît pas à l'écart d'un groupe, d'une société, d'une manière discriminatoire et injuste : Être frappé d'ostracisme.

Une étude émanant de la School of Business de l’université de Colombie-Britannique au Canada atteste que l’indifférence à l’égard d’un employé sur son lieu de travail est plus néfaste que le harcèlement moral.
« On nous apprend qu’il est socialement préférable d’ignorer quelqu’un : quand on n’a rien d’agréable à dire, mieux vaut se taire », explique Sandra Robinson de l’université de Colombie-Britannique.
Un point sur le harcèlement tout d’abord. Une enquête du Workplace Bullying Institute estime que plus d’un quart des Américains sont harcelés au travail, et ce, le plus souvent par leurs supérieurs.
Des effets on ne peut plus sérieux tels que : anxiété, dépression, ou encore dans certains cas, stress post-traumatique.

L’indifférence, plus grand des mépris ?


Il serait pire d’être ignoré sur son lieu de travail. Cette affirmation nous vient d’une étude publiée dans la revue Organization Science (article universitaire ICI) par Sandra Robinson qui, avec son équipe, a entrepris l’analyse d’enquêtes mettant face à face harcèlement et ostracisme. Le sentiment d’appartenance à l’entreprise et de bien-être au travail serait mis à mal dans les deux cas, mais entrainerait un taux de démission plus important en cas d’ostracisme.

L’ostracisme se matérialise par la négligence d’un collègue de travail, son exclusion. Par exemple, les faits d’être mis à l’écart des conversations, l’absence d’échanges, ou encore d’être ignoré dans les couloirs entrent dans le cadre de l’ostracisme. Une forme de maltraitance face à laquelle il devient difficile de réagir. Selon Sandra Robinson, cette forme de discrimination n’a pas besoin d’être intentionnelle pour être nocive. Ainsi, une surcharge de travail générale où la présence de certains employés d’un naturel distant pourrait impacter d’autres employés peut être plus propice aux échanges sociaux.

Voici une définition du mot « ostracisme » disponible sur Larousse.fr : « Action de tenir quelqu’un qui ne plaît pas à l’écart d’un groupe, d’une société, d’une manière discriminatoire et injuste : Être frappé d’ostracisme. »

Les mots sont durs, cependant Benjamin Lubszynski, thérapeute et coach à Paris pense qu’il faudrait prendre les résultats de cette étude avec retenue. Il explique (pour atlantico.fr) qu’« Une personne qui souffre aura forcément tendance à penser que la souffrance qu’elle est en train de vivre est la pire que l’on puisse ressentir. Il est profondément humain finalement de penser que l’on souffre du pire des maux», mais il admet volontiers, en plus des relations cordiales et amicales jouant un rôle bienfaiteur que « même quelqu’un ayant confiance en lui aura besoin d’un minimum de reconnaissance, d’une validation de la part de ses supérieurs et de ses collègues sur la qualité de son travail, sur la pertinence de son action. »

De plus, l’ostracisme peut provenir d’un personnel entier au sein d’une entreprise et non seulement des supérieurs qui eux, seraient plus friands d’intimidation. Le harcèlement quant à lui, laisserait entrevoir tout de même une once d’attention envers l’individu concerné, quand bien même négative, alors que l’ostracisme est réellement synonyme d’exclusion par l’indifférence.

Il semble qu’une ambiance positive sans exclusion au sein d’une entreprise permet d’être dans une position de bien-être. Ainsi, toujours selon Benjamin Lubszynski, l’ostracisme rendrait l’individu sujet à la solitude, cette dernière occasionnant un stress qui enfermerait l’employé concerné dans la seule pratique de son travail et à terme, entrainer au moins une dépression, puis une véritable détérioration physiologique médicale dans des cas plus sérieux.

Une question que l’on pourrait peut-être se poser : la concurrence entre employés et la productivité exigée dans bon nombre d’entreprises seraient elles directement sources d’ostracisme ? N’est-ce qu’un « combat » entre extravertis et introvertis ? Ou encore, devrait t’on simplement penser que ce genre de situation relève du cas par cas et qu’une multitude de paramètres peuvent entrer en ligne de compte dans les relations sociales en milieu professionnel ?


Être ostracicée, un chemin, une étude, une meilleure compréhension du monde... Il est bon de savoir, et dans la réalité, dans les usages des vocables, il est très difficile de se faire entendre, lorsque l'on sait. Car, je rencontre peu de savants, même dans le milieu des professeurs et des hautes fonctions. Savoir est une chose, savoir transmettre le savoir en est une autre, mais "pouvoir savoir" est une association de mot volcanique que des artistes comprennent bien. De mon point de vue, on peut savoir mais sans avoir de pouvoir, on peut avoir le pouvoir mais sans savoir, et même sans le savoir (ce qui est très différent)
Un jour, il y a quelques années, je me retrouve à la direction de la création artistique au ministère de la culture, pour traiter des questions de discriminations, car j'avais observé une série assez incroyables et encore d'actualité, d'ostracismes. À l'entrée, une œuvre d'art siégeait, au-dessus d'une très jeune femme d'origine étrangère qui me demanda ma carte d'identité. Ce sera la seule femme d'origine étrangère que je vis ensuite aux étages supérieurs. Cette œuvre "SAVOIR C'EST POUVOIR" de la féministe Brabara Krugguer, et américaine, me signifiait là tout ce que j'allais observer de la compréhension d'une œuvre. C'est-à-dire, que dans ma situation, le pouvoir n'était pas associé au savoir. Ne serait-ce que la signification de cette œuvre à cet endroit, allait me donner la couleur même, de l'ignorance du sens  de cette œuvre. C'était devenu un achat, avec son explication, mais rien, de ce que j'allais observer, n'était en réalité, en actes, au sein même de l'institution qui en avait acquis les droits (CNAP) Ce qui est intéressant de noter, c'est qu'en explicitant un contexte américain, la France s’exonère totalement de sa responsabilité même des droits des citoyens, en matière de discrimination, dans une institution où les droits des femmes ne sont pas respectés, ni les égalités de traitement. En discutant avec cette très jeune femme au guichet, face au gardien de sécurité qui la matait sans arrêt, elle ne savait pas ce que représentait cette impression rouge et l'incidence de cette œuvre. Ainsi ai-je pu comprendre que le pouvoir, pouvait, ne pas savoir. Et le comprendre, c'est avoir accès à la terrifiante histoire de notre pays. Non, savoir ce n'est pas pouvoir, dans notre pays, savoir c'est être ostracisé par le pouvoir. Pas toujours je l'espère, mais, à ce jour, c'est l'état de ma réflexion. La majeure partie des citoyens préfèrent "ne pas savoir" au risque de cette ostracisation. Pire, dans les écoles, sont transmis ces notions à tel point que des élèves choisissent d'être médiocres, de ne pas apprendre, ni savoir, afin d'avoir une vie plus libre. Lorsque l'on observe cela, la notion de liberté, ne peut aller avec celle de la pensée. Je rencontre peu de penseur-es, avec lesquel-les, j'ai la liberté de penser ces notions d'ostracisme aujourd'hui, dans notre pays, et comment prévenir et exposer sa vision, lorsque l'on visionne assez bien ces phénomènes installés, depuis l'histoire ?

Cette œuvre fait partie de la suite “Estampes et Révolution, 200 ans après”, commande du Ministère français de la Culture dans le cadre du Bicentenaire de la Révolution française.
Pour commémorer le Bicentenaire de la Révolution française, Barbara Kruger a choisi deux modes d'expression complémentaires. Comme dans tous ses photomontages, elle a utilisé une image stéréotypée et un slogan d'une apparente banalité. Le propos initialement formulé par le philosophe empiriste anglais Francis Bacon en 1597, " Nam et ipsa scientia potestas est ", mieux connu sous sa forme proverbiale actuelle " Savoir c'est pouvoir " conduit le spectateur vers une double réflexion. Le portrait d'une beauté sans faille, figé dans une implacable dualité, renvoie à l'expérience de l'artiste elle-même : le parcours intime et professionnel d'une femme américaine dans les milieux essentiellement masculins que sont l'art conceptuel et le monde publicitaire des années 80. Plus largement, l'image de cette Marianne en papier glacé assortie de sa légende péremptoire, met en garde contre les clichés de l'Histoire.

Simultanément, la même image a été utilisée par Barbara Kruger aux Etats-Unis dans le cadre des revendications féministes portant sur le droit à l'avortement. Sous le slogan Your Body is a Battleground elle s'insurge contre les tentatives de réduction du champ d'application de l'arrêt Roe v. Wade qui reconnaissait depuis 1973 l'avortement comme un droit constitutionnel. Une autre version, sous forme d'affiche invite à une manifestation organisée à Washington le 9 avril 1989 en faveur du droit à l'avortement et à la contraception.

Des inconduites voire des postures idéologiques inadmissibles de l’individu pris pour cible

Sur les tessons de poterie, il est remarquable que ma situation professionnelle ait prit tout son sens dans une école de céramique. Je ne désespère pas de continuer à cheminer du sens dans l'insensé. "Attitude inadmissible" fait partie des mots reçus par courrier administratif, du harcèlement subit, sans aucune autre qualification. J'ai trouvé très intéressant d'apprendre que les animaux qui étaient, dans cette pratique antique de l'ostracisme, médiocrement dessinés sur les tessons de poterie avec le nom de la personne, servaient à mettre en avant des facettes peu amènes du citoyen ciblé par l’ostracisme.
Ex : Associé au renard et au serpent, Mégaclès est ainsi présenté comme vil et sournois. Comparé pour sa part au bœuf, Ménon serait, si l’on s’en tient à Aristote « doux, nonchalant et sans obstination ». Il convient cependant de reconnaître la plasticité de cette grammaire qui confère des caractères singuliers aux espèces animales. En effet, si le bœuf est associé à la nonchalance par Aristote, il semble aussi pouvoir désigner des hommes lourds et incapables. Ce dernier sens pourrait bien convenir à Ménon qui est qualifié, sur une série d’ostraka, d’aphelès, c’est-à-dire de « simple », « sans recherche », « naïf », voire « niais ». L’assimilation d’un individu à un animal peut de surcroît constituer un outrage dans la mesure où les Anciens, à l’instar de très nombreuses civilisations anciennes comme contemporaines, ont pu faire de certains noms d’animaux des insultes en se fondant notamment sur les caractéristiques qui leur étaient attribuées. Si l’on imagine que le dessin accolé à Ménon n’est pas un bœuf, mais un chien, cette dimension injurieuse est probablement essentielle dans la mesure où « chien » (kyon) apparaît déjà dans l’Iliade comme une insulte véhémente. Une telle insulte demeure néanmoins polysémique et le sens de ce dessin s’en trouve difficile à démêler. Le chien est un animal à la « personnalité complexe », qui, loin de n’être que la bête affectueuse et fidèle décrite par Aristote, est encore insubordonné, traître, impudent, perfide et lâche. Appliqué à un homme, un tel qualificatif peut ainsi mettre à l’index ces vices, mais également l’avidité, l’opportunisme ou la vulgarité.

(Voir les études de Jean Noël Allard, Docteur en histoire grecque de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Cela me fait penser au film Chien réalisé par Samuel Benchetrit en 2018 (de son roman) dont l'art de l'observation est traitée avec perfidie... à la perfection.

Hyppokratos et chouette, cela me correspond, finalement. Ne voit-on pas mieux la nuit ?

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Mémoires présentés par divers savants étrangers à l’Académie Année 1913 par A.Martin

jeudi 25 avril 2019

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Le Bouddha couché est un motif iconographique et statuaire important du Bouddhisme. Il représente le bouddha historique lors de sa dernière maladie, sur le point d'entrer dans le parinirvâna. Allongé sur le flanc droit, il a la tête posée sur un coussin ou s'appuie sur son coude droit, soutenant sa tête de la main. Ce motif semble être apparu en même temps que les autres représentations du Bouddha, dans l'art gréco-bouddhique du Gandhara.








Images de Sonia Marques d'après le Bouddha gisant de Polonnâruvâ au Sri Lanka

Polonnâruvâ, est une ville du district de Polonnaruwa dans la Province du Centre-Nord du Sri Lanka. Elle est l'un des sites du « triangle culturel » et l'une des anciennes capitales du Sri Lanka, dans le Royaume de Polonnaruwa. Le Gal Vihariya fait la célébrité de Polonnâruvâ. Il s'agit de trois grands bouddhas sculptés dans une paroi rocheuse. Le premier se présente assis en méditation, le deuxième debout les bras repliés sur la poitrine, posture synonyme de son illumination, et enfin le troisième couché. Le grand Bouddha gisant, parvenu au nirvāna, passe pour être à la fois la plus parfaite et la plus mystérieuse des statues du passé de Sri Lanka. Elle a été mise au jour il y a cent ans dans le site archéologique. Long de 15 mètres, le Bouddha est sculpté à même le roc.

Le Sri Lanka pleure et moi aussi, depuis ce 21 avril 2019. Guerres de religions, christianophobie, un mot nouveau. Une île magnifique. Beauté du monde. Je faisais honneur au bouddha (de Chine) en porcelaine dans l'un de mes derniers articles. Au Sri Lanka, c'est la principale croyance. Nombre de site de tourisme relatent bien les différentes religions qui se côtoient, et ces crimes nous révèlent encore que le voisinage de croyances n'est pas sans violence. Vouloir atteindre la foi de l'autre en le tuant, c'est être sans foi, ni loi, c'est ne pas connaître, l'ignorance fait des dégâts. La foi ne se tue pas, en définitive. Atroces actes de violence.
En février dernier, le commerce du tourisme annonçait fièrement que le Sri Lanka était la destination n°1 et que le pays souhaitait atteindre les 3 millions de touristes d’ici 3 ans. La barre des 100.000 touristes français au Sri Lanka a été atteinte et dépassée en 2018. Le pays vise la clientèle des millenials en France et au Royaume-Uni. Les programmes et circuits touristiques couvrent désormais tout le pays. Je ne suis jamais allée dans ce pays. Je pense que le tourisme est néfaste dans tous ces pays et îles, dont l'histoire est complètement déniée. Je fus étonnée de découvrir des milliers d'images de touristes, sur Internet, au Sri Lanka et si peu de documents des habitants, de leurs origines. Seuls les sites touristiques ont un monopole sur l'information du pays. On peut déplorer les méconnaissances de ces masses de touristes au pouvoir économique grandissant, pour participer à ces tour-opérateurs et revenir avec des images d'eux, selfinesques, au milieu des paysages, sans s'inquiéter du climat, certes. Mais viser volontairement celles-ci, au nom d'une foi, afin de faire une démonstration de qui est le plus fort... Stupidité absolue de l'être humain, capable du pire, alors que la beauté même est accessible à tous, et sans tourisme. N'est-ce pas en cette foi intérieure qu'on la recherche et trouve ? Anéantir des civilisés en pleine prière, que ce soit en Nouvelle Zélande par islamophobie ou au Sri Lanka par christianophobie, au nom de la vengeance... On en est là, faire le mal à distance, par lâcheté absolue. Mais les guerres ne sont-elles pas souvent effectuées à distance, ordonnées par des lâches qui se cachent, élus par des ignorants ? La haine, les mauvaises rumeurs, sont des propagations de longues distances, d'interprétations, de médias en bouches à oreilles distraites et ennuyées, des passes-temps sans méditation, des obsessions vertigineuses et attractions du mal, des phobies de la vie, des amours funèbres. Quand vivre dans le corps d'un humain devient une peur, et quand l'extermination de l'autre et de soi entrent en symbiose dans un acte de folie, des individus persécutés en proies à la persécution. Peut-on enseigner la sagesse ?
Si je réfléchis, dans mon quotidien, ou dans ce qu'il m'est arrivé, en France, il est vrai que lorsque l'on reçoit des courriers malveillants, à distance, et outranciers, signés d'une institution qui se montre exempt de toute discrimination, par l'intermédiaire de sa propre direction, de son école d'art, dans sa propre ville, et que l'on est envoyé au tribunal sur de fausses accusations, et que l'on ne peut plus travailler dans sa ville où l'on aimait son métier, tout en y habitant... Des agissements qui ne choquent personne, dans l'indifférence même. Et bien, il est vrai que ce sont des appels à la violence, à la haine, à devoir réagir de manière encore plus négative, ou bien, il ne reste qu'à prier, prier pour apprendre de la sagesse et ne jamais copier ces actes malveillants, qui ordonnent la vengeance, qui donnent le plus mauvais modèle que l'on puisse voir de ses propres yeux, dans une école, dans un lieu de transmission du savoir. Comme dans toutes institutions, il y a des savoirs qui se transmettent, mais qui ne sont pas bons. Et il n'y a pas de justice pour tous. Le discernement est un apprentissage, long, mais salvateur. Comprendre s'il est bon d'enseigner dans de telles institutions, si les mauvais signes reçus ne sont-ils pas révélateurs d'un malaise devant des célébrations ou expositions sans aucun sens ? Chacun pour soi dans un égo affiché assez idiot ? Mais il faut célébrer, les célébrations sont importantes, comme les anniversaires. Les messages violents que j'ai reçus, j'ai compris, avec le temps, qu'ils m'ordonnaient d'y répondre avec violence, avec autant de procédures et injures. C'était là, le message. C'est là où j'ai compris la paix.
Ma réponse c'est la paix.
Je suis un peu gisant ces derniers temps. Il faut parfois méditer en paix. Cela impose un temps, non quantifiable, le temps de la méditation propre à chaque situation.
Chaque jour, une étape vers la paix. La limite est le dénuement, même s'il doit s'envisager. Ce sont dans des sociétés d'excès que l'on massacre les plus faibles (désignés comme tel), celles et ceux qui ne répondent pas à l'agression par l'agression. Cela me fait penser à la tuberculose, en ces temps où la sous-alimentation décimaient des victimes de la guerre, dans un état de dénuement total. Ce temps n'est jamais loin, il n'est point besoin d'être sous les bombes pour arriver dans un parcours de vie dans un état de dénuement total, en vivant et œuvrant dans une société d'abondance, parmi les ogres.
Le dénuement c'est aussi le manque. Apprendre à vivre dans le manque et la frustration, c'est très différent que combler un vide, en agressant les autres, en désirant prendre leurs places.

Bouddha affirme que la souffrance naît du désir ou de l'envie. La cause de la souffrance est l'envie basée sur l'ignorance. La suppression de cette envie doit donc faire disparaître la souffrance. Si la vacuité ne vide pas les choses de leur contenu, et qu'elle est leur véritable nature, c'est un grand effort pour un occidental animé par le monothéisme de comprendre la nature. Nous vivons dans l'appât du gain, de la productivité et de la surconsommation. Même les créations collectives, comme le bâti, récemment l'église Notre-Dame à Paris, perdent de leur spiritualité et, celui-ci, a révélé par son incendie, l'appât du gain et le moteur de l'argent comme seule source d'espoir, et le tourisme le transformant en machine à sous, ou storystelling politique, ce qui est pire. La montée de l’extrémisme religieux n’épargne pas les bouddhistes, théoriquement pacifistes. Les extrémistes bouddhistes sri-lankais (en Birmanie ou en Thaïlande) agissent aussi et ont commis des atrocités à l'encontre d'autres minorités religieuses, comme les musulmans. Et de même, sont utilisés des rumeurs et une propagande afin de semer un climat islamophobe. C'est de la terreur. Se radicaliser advient dans toute institution, religion, il n'y a pas de meilleure situation. On ne peut qu'être responsable de notre propre ignorance et de notre sagesse. Les lieux de prières n'ont encore pas mis en place des modes de sélections d'entrée, à savoir, qui est le plus croyant, écartant les pêcheurs et les âmes perdues de leurs antres, à l'aide de caméras, badges, tickets ou autre scanneurs de corps. Mais ces terreurs inclinent les responsables des pays de faire payer l'entrée, de monnayer l'accès au silence et à la prière. C'est-à-dire que les plus démunis seront exclus de ces lieux pour lesquels des bâtissent ont été construites par plusieurs et souvent, des esclaves. Déjà toute entrée dans une pyramide se paie. Mais on ne sait plus déchiffrer ce qu'il s'y trouve. Trésors et mystères. La recherche est infinie.

Les écoles publiques disparaissent.


Bouddhisme


Les bouddhistes, majoritairement cinghalais, représentent 74 % de la population du Sri Lanka. Religion et ethnie se confondent et être cinghalais, c’est être bouddhiste et vice versa même si une petite communauté cinghalaise embrasse le catholicisme sur la côte ouest autour de Negombo. Cette religion, à l’origine d’un fort sentiment identitaire qui perdure aujourd’hui, joue un rôle important dans le pays, à la fois spirituel, politique et culturel. Les arts, la littérature et l’architecture sont influencés par le bouddhisme.

Au Sri Lanka, le bouddhisme du « Petit véhicule » ou bouddhisme du Theravada suit la « voie des Anciens » en préservant la foi dans sa forme la plus orthodoxe comme à Myanmar ou en Thaïlande. Selon cette doctrine, le nirvana ne peut être atteint que par un effort spirituel de tous les instants et implique donc la responsabilité du fidèle dans son salut qu’il atteindra au fil de moult vies. Introduit au Sri Lanka au IIIe siècle av. J.-C. par les émissaires de l’empereur indien Ashoka, le bouddhisme s’est développé et enraciné grâce à la conversion du roi cinghalais, Devanampiya Tissa. Le Sri Lanka détient une dent de Bouddha, relique oh combien vénérée et protégée à Kandy dans le Sri Dalada Maligawa, plus connu sous le nom du Temple de la Dent. Les vestiges des cités anciennes d’Anuradhapura et de Polonnaruwa, les grottes du temple de Dambulla témoignent de la prééminence du bouddhisme au Sri Lanka depuis des siècles.

Statues de Bouddha, temples et dagobas sont omniprésents sur tout le territoire. Chaque jour de pleine lune, « poya » est un jour sacré et jour férié du calendrier sri lankais. Les fêtes religieuses adossées sur les jours de pleine lune ponctuent le calendrier annuel : Vesak, la fête des lumières en mai, Poson en juin qui célèbre l’introduction du bouddhisme dans l’île et les « Peraheras », « processions » en cinghalais, qui se déroulent tout au long de l’année dans les principaux temples du pays. La plus connue est celle de Kandy, l’éblouissante Esala Perahera aui a lieu en juillet ou août.

Indouisme


Les Tamouls représentent 15 % de la population sri lankaise et sont majoritairement hindous. Les rois tamouls d’Inde du Sud ont introduit l’hindouisme dans le nord de l’île. Cette religion existait bien avant l’arrivée du bouddhisme, favorisée par les incessants échanges culturels avec l’Inde voisine. Aujourd’hui, la communauté hindoue se concentre principalement dans le nord de l’île, l’Est et la région centrale des plantations de thé où les Tamouls immigrèrent pour y travailler au XIXe siècle. Au Sri Lanka, les Hindous vénèrent principalement Shiva, ses deux fils, Skanda aussi dénommé Murugan et Ganesha, le dieu à tête d’éléphant. Les temples appelés « kovils » sont généralement très colorés. C’est dans la péninsule de Jaffna qu’ils sont les plus nombreux : le Kandaswamy de Nallur est le plus imposant.

Islamisme


On dénombre près de 2 millions de musulmans au Sri Lanka. L’islam est pratiqué par environ 9% de la population sri lankaise. Cette religion monothéiste a été introduite dans l’île par les premiers colons arabes qui, dès le VIIIe siècle, créèrent des comptoirs sur la côte Ouest, de Galle à Jaffna. A l’arrivée des Portugais, ces premiers musulmans sri lankais, autrefois appelés Maures, sont contraints de migrer vers la région montagneuse de l’île et de se placer sous la protection des rois kandyens.

Pendant la colonisation hollandaise, des colons Malais viennent grossir la communauté musulmane alors que des Indiens originaires du Kerala, du Tamil Nadu, du Gujarat et du Pakistan s’installent sur l’île à l’époque britannique. Aujourd’hui, les musulmans sont implantés un peu partout et surtout présents à Colombo, Puttalam, Galle, la côte Est et la région de Kandy. Majoritairement sunnites, ils suivent les paroles et actes du Prophète et respectent les 5 piliers de l’islam : la prière, le ramadan, le pèlerinage à la Mecque, la shahada (déclaration de foi) et la zakat (donation sous forme de taxe). Les musulmans sri lankais célèbrent les grandes fêtes islamiques dans l’une des 5000 mosquées que compte le pays. La plus grande, celle de Kachimalai, se trouve à Beruwela, là où s’établirent les premiers colons arabes.

Les grandes fêtes religieuses comme celles du Vel à Colombo, de Kataragama ou du temple Kandaswamy donnent lieu à de longues processions de chars bariolés. Les pénitents se livrent à d’impressionnants actes de mortification : ils marchent sur les braises ou se criblent le corps de broches métalliques.

Christianisme


Le christianisme représente environ 7,5% de la population sri lankaise. Il a été introduit au XVIe siècle par les missionnaires portugais qui déployèrent un zèle considérable à convertir les pêcheurs de l’île de Colombo jusqu’à Jaffna. Ces catholiques romains vivent essentiellement sur la côte Ouest de l’île. Negombo et sa multitude d’églises est même surnommée « la petite Rome ».

La communauté catholique de l’île est aussi fortement représentée chez les Tamouls des plantations de thé tout comme chez les Burghers de la côte ouest, ces sri lankais largement minoritaires d’origine portugaise, hollandaise ou britannique. Les Hollandais ont introduit le calvinisme prôné par l’Eglise Réformée et les colons britanniques sont à l’origine de la création de l’Eglise anglicane de Ceylan et de l’introduction des confessions chrétiennes pentecôtiste, baptiste et méthodiste. Aujourd’hui, le catholicisme reste prépondérant et représente 90% des fidèles chrétiens.

L’une des églises les plus importantes, « Notre dame de Madhu », fut érigée en 1872 dans le nord de l’île, près de Mannar. Madhu est un haut-lieu saint pour les pèlerins catholiques qui s’y rendent chaque 15 août. Au Sri Lanka, les religions se mêlent les unes aux autres joyeusement. Les statues du panthéon hindou se retrouvent dans les temples bouddhistes, Jésus côtoie Bouddha. Les pèlerins hindous, bouddhistes, chrétiens et musulmans s’acheminent ensemble vers le sommet de l’Adam’s Peak, lieu de pèlerinage pour les quatre confessions.

 

lundi 18 février 2019

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Les narines (Photographie © Sonia Marques - 2016)

Texte à propos des photographies nommées "Les narines", écrit en 2016

Tout d’abord il y a une marche sans carte dans le limousin, loin des villes et de la route. Tout en marchant, à la fin de l’hiver et en s’engouffrant dans un sentier qui traverse un hameau, il y a la découverte d’un trou. Plus précisément d’une porte, qui mène à un souterrain, tapie sous un arbre, ou plutôt d’où jaillissent des racines. Une petite colline recouvre cette ouverture, le paysage est bombé et plusieurs arbres autours semblent protéger l’issue de ce souterrain. Un être humain peu s’y engouffrer seulement s’il accepte de se baisser suffisamment pour être à la taille d’un petit enfant. Il faut qu’il rapetisse. D’ailleurs aucun adulte ne peut voir cette porte seuls les enfants et les petits animaux peuvent la voir. Tout cela me rappelait Alice au pays des merveilles, mais aussi la possibilité que ce souterrain ai servi lors de guerres où l’ennemi occupait les terres. Alors j’ai regardé à travers le trou. J’ai vu un passage, celui-ci devenait une grotte.

Le reste m’appartient, la suite de l’histoire. J’ai réalisé 4 photographies pour ce souvenir.

Puis j’ai pris des notes. Réaliser des photographies d’un tel paysage était auparavant inconcevable dans mon travail artistique. La réalité que représentent mes prises de vue documentaires, je m’en sers comme croquis ou point de vue, n’est jamais posée et travaillée comme une réalisation artistique. Hors, ce qui diffère ici, c’est cette ouverture. Même si cette ouverture est cachée, et tenue secrète, elle fait office d’un accès à l’imaginaire qui est devenu infini et propice à une trace, des photographies en guise de document de cet accès.

Le saut dans le monde de la fantaisie ou des fantasmes est spécifique, il est à l’écart de toute conscience. S’attarder dans ce domaine c’est accéder à la rêverie, lambiner, parvenir au monde des merveilles. Que celui-ci se situe dans un paysage naturel, que personne ne peut voir, en passant tout le temps devant, est d’autant plus surprenant et magique.

Pénétrer dans le trou, par la porte de l’impossible possible. S’avancer dans le tableau de l’origine du monde de Gustave Courbet pourrait exciter les psychanalystes, mais ce n’est pas de cet ordre là, dont s’occupe cette porte ouverte. Elle mène à un souterrain, rentrer sous terre par cet interstice c’est passer du côté des racines. Celles-ci sortent à l’extérieur, comme si elles n’avaient même pas le droit d’entrer sous terre.

Ce souterrain serait sans racines.

Ce trou désigne un savoir interdit, impossible. Il troue le savoir. Il est même hors de portée de toute analyse et des spécialistes des analyses, des psychanalystes. Et pourtant, hors-je, j’y ai eu accès très simplement. Je suis même revenue, le revoir et l’expérimenter. Ce savoir qui échappe, qui est bien là, retrouvable, quelque part, mais hors de portée, je l’ai bien trouvé. Et cette découverte est assez géniale.

La porte ne s’ouvre pas à tous, elle s’ouvre à l’ami et se resserre face à l’ennemi.

Retrouvable la porte s’entrouve de nouveau. Personne ne frappe à la porte car elle est ouverte à qui sait la voir. Sinon, elle reste le seuil impénétrable à qui n’est pas apte à se tenir face au nombre, à l’illimité, car elle n’a pas de limite.

S’il n’y a pas de porte, il y a le corridor à traverser, l’accès à une caverne, ou deux, ou trois, lieux de choix initiatiques, de transformations. Ces espaces-grottes sont des temporalités étendues de repos et extensibles.

Bachelard dit : « La grotte est un refuge dont on rêve sans fin. Elle donne un sens immédiat au rêve d’un repos tranquille, d’un repos protégé ». Elle a la fonction d’un « rideau naturel ». Lieu idéal de refuge pour les poètes et écrivains, les combattants, résistants ou terroristes.

Dans « Le roman d’un enfant », l’écrivain, Pierre Lotti décrit sa grotte (1890) avec affection, comme une régénérescence : “C'est aussi le coin du monde auquel je reste le plus fidèlement attaché, après en avoir aimé tant d'autres comme nulle part ailleurs, je m'y sens en paix, je m'y sens rafraîchi, retrempé de prime jeunesse et de vie neuve. C'est ma sainte Mecque, à moi, ce petit coin-là; tellement que, si on me le dérangeait, il me semble que cela déséquilibrerait quelque chose dans ma vie, que je perdrais pied, que ce serait presque le commencement de ma fin. La consécration définitive de ce lieu lui est venue, je crois, de mon métier de mer; de mes lointains voyages, de mes longs exils, pendant lesquels j'y ai repensé et l'ai revu avec amour.”

Ici, j’ai vu ces ventres, dans lesquels, je me suis endormie, acceptant de laisser la géographie terrestre pour accéder à la céleste, sans intermédiaire.

Un jour, je regarde sur un petit miroir mon visage. Ce que je vois est extraordinaire, je tombe nez à nez, avec mes narines. Je vois exactement ces 2 cavernes prises en photos, dans un jardin secret. Avoir du nez !

Il est dit de ce terme « narine » ce qui désigne chacun des deux orifices extérieurs du nez, bordés par les ailes du nez. Chez les vertébrés, les narines sont généralement des organes pairs situés au-dessus de la bouche. Elles sont impliquées dans les systèmes respiratoire et olfactif.

Leur fonctionnement est assez magique :

L'air entre dans la cavité nasale en passant par les narines. Grâce à la présence de poils et de mucus, les narines permettent une filtration de l'air inspiré pour le débarrasser des particules étrangères. Les narines jouent aussi un rôle d'échangeur thermique : l'air inspiré est réchauffé et, en même temps, la fraîcheur de l'air peut être récupérée par le circuit sanguin pour rafraîchir le cerveau. 

Chez les mammifères, le nom change, on dit pour le cheval, les naseaux. Pour l'éléphant, le nez et la lèvre supérieure forment la trompe. L'animal peut dresser sa trompe en l'air afin de détecter des odeurs. Chez les cétacés, la narine forme l'évent, simple ou double, qui s'ouvre généralement au sommet de la tête.

Les trous de nez que j’ai observé sont semblables à ces cavités nasales que j’ai photographiées. Ce rafraîchissement de cerveau est d’autant plus surprenant, qu’il arrive dans un moment, ou respirer devenait très important, dans mes activités artistiques et pédagogiques.

Lorsque l'on se recroqueville dans un coin, sous un drap, dans un silence, dans la nuit, dans un abri confiné, la première chose que l'on entend, c'est sa propre respiration, son souffle, sa vie, son être vivant.

J’étais en disposition de changer d’école et mon enseignement trouvait une autre place. L’ambiance nauséabonde de l’école d’art de Limoges, me sortait littéralement par les trous de nez. D’où cette expression magnifique. Les marches dans le limousin furent des espaces de réflexions privilégiés et préservés, lors desquelles, j’ai fait plusieurs découvertes. L’acte de chercher en arpentant, tout en cheminant, à ouvert des portes, alors que je découvrais, comme pour ce travail, que les portes n’étaient même pas fermées.

J’étais assez dégoûtée de l’école d’art et sa direction, et jamais je n’aurai pu l’être autant si celle-ci ne m’avait pas accusée d’être une saleté remarquable, jusqu’à m’envoyer au tribunal de Limoges pour me faire payer, par l’intermédiaire d’une dette inventée, le droit d'enseigner et d'être honnête. Une punition déguisée, un abus de pouvoir, pour, en vérité, me juger d’être intelligente, créative et excellente professeure. Et comme ce n'était pas assez, celle-ci me saisi une part importante de mon salaire, le sel de la vie, sans me prévenir, jalouse que j'enseigne dans une autre école, avec un contrat règlementaire. Et comme ce n'était jamais assez, celle-ci me remplaça par un étudiant de l'école, afin que je reste sans travail, et que soit usurpée ma fonction. C'est ainsi que je suis restée dans ma ville, Limoges, tandis que cette école, dans cette même ville, tentait d'organiser ma disparition, d'effacer mes traces. Mais peut-on effacer la respiration singulière, invisible, de l'air que nous partageons, que nous respirons tous ? Il fallait bien que mes collègues trouvent une raison : j'étais devenue une feignasse, c'est pourquoi, il fallait absolument me remplacer et au plus vite, puisqu'on ne me voyait plus et puisque l'on m'avait trop vue, trop habiter ma ville, être là, présente au territoire. Les injonctions paradoxales qui pétrifient et sidèrent nous inclinent à l'immobilisme, à la mort. N'ayant pas cette habitude de paresser dans mon enseignement, je me suis lovée dans ce mot nouveau, de celle qui ne fait rien. Je n'ai rien fait. Plus rien. J'entendais juste ma respiration, la priorité des êtres vivants, gisants.

Cette connaissance du dégoût, je le découvrais par la discrimination en milieu professionnel. Je l’analysais comme dégoût de cette perversion de domination, de ce vouloir avoir un pouvoir sur l’autre. Ce qui était très loin de mes préoccupations poétiques.

Ce dégoût n’était pas de l’ordre esthétique ou hygiéniste comme ces accusations tentaient de m’emmener sur un terrain très confus, celui  du rejet de l’autre que cette direction avait clairement écrit.

Hors, des saletés remarquables sont l’apanage des œuvres d’art. L’histoire de l’art, la beauté et le laid, la mauvaise peinture, la mauvaise fille, sont des sujets forts recommandés pour s’affranchir des conventions et de la bienséance petite-bourgeoise.

Cette découverte fut le signe d’une grande respiration et aussi du couloir des possibles, afin de rejeter fermement les racismes et les maltraitances.

Les narines célestes sont le chemin sous terre pour accéder au divin, de façon directe et sans intermédiaire.


LES NARINES




(Photographies © Sonia Marques - 2016)

Que reposent en paix les narines.

mardi 30 octobre 2018

℃€ИÐℛ∃ϟ

Un peu plus et nous n'étions plus de ce monde...

Asphyxiés par la négligence des autres, des cendres sous notre vie.
Le droit d'importuner l'autre, ici-bas à pris trop d'importance, au détriment de la vie.

 

Ma dernière sculpture...était noire, et cohabite avec mes gagas blanches...
Prémonitoire ? Elle m'a alertée... superbe oiseau noir cendré, figure de pierre et magicienne.
Halloween veille de la Toussaint, fête païenne célébrée dans la soirée du 31 octobre,
veille de la fête chrétienne de la Toussaint qui honore les saints, connus et inconnus...

Bonjour la vie <3 De retour les amis.

Fumer tue. Oublier les autres aussi.


lundi 29 octobre 2018

℃@ґḉαяá

C'est un temps sans soleil... Souvenir

samedi 18 août 2018

✞ℌ℮ ℜα℘ε ◎ḟ ☂♄℮ $@ßїη℮ ₩☺μ℮η

L'Enlèvement des Sabines (1574-1580), Florence, Loggia des Lanzi > Sculpture réalisée par Jean Bologne (Giambologna)

L’enlèvement des Sabines est, pendant la mythologie romaine, le moment durant lequel la première génération des hommes de Rome se procure des femmes en les enlevant aux autres villes de la région, notamment aux Sabins. Cette histoire a inspiré de nombreuses œuvres d’art de la Renaissance et de la post-Renaissance, puisqu’elle réunit des exemples propres à montrer le courage et la hardiesse des anciens Romains tout en ayant l’opportunité de dépeindre des personnages à moitié nus et dans une lutte intense et passionnée. On retrouve des sujets artistiques similaires dans l’Antiquité, comme la bataille entre les Lapithes et les Centaures ou celle entre Thésée et les Amazones, ou dans le christianisme, avec le massacre des Innocents.

Selon la Légende, Rome fut fondée en 753 av.J.C. par Romulus et son frère jumeau Rémus, mais ce dernier  est tué lors d’une querelle entre les deux frères. La ville et son enceinte construites, Romulus se proclama roi, créa des lois et une armée. Dans le but d’agrandir la population et sa force guerrière, il accueillit toutes personnes de sexe masculin, hommes libres, proscrits, esclaves qui le désiraient, si bien que très rapidement la ville se trouva en manque de femmes. Romulus, désireux de régler ce problème, envoya des émissaires dans les cités voisines, leur proposant une alliance confortée par des mariages, mais celles-ci refusèrent unanimement cette proposition. Romulus invita alors les populations voisines à assister aux fêtes de Consualia qu’il venait de créer en hommage au dieu Consus, assimilé à Neptune sous son aspect de dieu des chevaux. Au moment où toute l’attention se portait sur les jeux équestres, les jeunes romains surgirent et s’emparèrent des Sabines non mariées dont les plus belles furent amenées aux sénateurs de la ville. Les Sabins, venus non armés, s’enfuirent en maudissant ce peuple qui venait ainsi de violer les lois de l’hospitalité. Romulus se rendit le lendemain auprès des captives les assurant que ce mariage qui leur était imposé les rendra heureuses par l’amour de leur mari romain, les intégrera à la Cité et leur donnera ce que toute femme désire, des enfants. Les cités de Cenina, Crustumérie et d’Antemne dont les filles avaient été enlevées entrèrent en guerre avec Rome mais furent défaites les unes après les autres. Lorsque le roi Sabin, Titus Tatius, après une longue et dissimulée préparation, attaqua Rome, celle-ci fut tout près de succomber, et seule l’intervention des épouses sabines, à présent romaines, se jetant entre leurs maris et leurs pères et frères, mit fin au combat. A la grande joie des Sabines, le conflit se termina par la signature d’un traité créant un seul Etat avec à sa tête Romulus et Titus Tatius.

Pour le philosophe et moraliste Plutarque (45 - 120 ap.J.C.) qui suit ainsi Tite-Live, cet événement marque l’acte fondateur de Rome et son hégémonie sur l’Italie. D’après lui, la tradition pour le mari de porter sa jeune épouse pour franchir le seuil de sa nouvelle demeure est directement liée au souvenir de l’enlèvement des Sabines.

Jean Bologne (né Jehan Boulongne, anciennement Jean de Bologne, Jean Boulogne, italianisé en Giovanni Bologna plus tard contracté en Giambologna), est un sculpteur maniériste d'origine flamande né à Douai Flandre romane en 1529 et mort à Florence le 14 août 1608. C'est lui qui réalisa "L’enlèvement des Sabines".



J'ai grandi avec une copie en marbre de cette sculpture, ramenée d'Italie, par ma mère et posée sur une table, celle-ci fabriquée par mon père, en partie en marbre et en bois. Le socle est noir. La petite table disposée devant la télévision. Je pense que sans avoir vu l'original, j'ai eu bien l'occasion d’observer celle-ci et son mouvement hélicoïdal. À la période de mon adolescence, le sens de cette sculpture m'interrogeait, ces 2 hommes et cette femme qui semblait vouloir toucher le plafond, ou grandir. Je ne savais pas, alors, que j'étudierai dans une école des beaux-arts, celle de Paris, ni même que je serai artiste et que j'enseignerai l'art, d'une toute autre manière, que le maniérisme. Cette œuvre n'a jamais été commentée, ni montrée, ni le contexte de cette période de l'histoire de l'art, lors de mes études, dans l'institution parisienne des beaux-arts, et pour cause, si la misogynie est structurelle à ses formations et directions, cette sculpture ne peut être montrée, le sens est dénié, sinon, plus aucune femme ne viendrait passer le concours, ou alors, celui-ci serait actualisé, aurait beaucoup évolué. De mon côté, cette copie avait présagé quelque chose, de familier, puisque familiale, non loin de la télé. Elle avait annoncé quelque chose, qui ne pouvait s'énoncer. Elle était un motif de l'art, dans un décor contemporain, un signe associé aux médias et à l'information en continu. Ces temps-ci, je suis dans une lecture passionnante d'une recherche précise, celle de Jérôme Deplanche. Il est chercheur en histoire de l’art, spécialisé dans l’art des XVIIe et XVIIIe siècles.

Donc son enseignement, et ses études, bien que dans le même domaine, furent très différentes de ce que j'ai pu expérimenter lors mes activités artistiques. Il a publié un livre (Le ravissement) qui m'a rappelé à cette sculpture familiale de Giambologna. Si personne ne m'avait proposé un point de vue sur le sujet, j'avais eu le temps de consteller des signes, associés à ma prime enfance de l'art et à ma volonté de suivre un autre chemin, que celui des Sabines et de leurs représentations, classiques. Son livre rassemble une recherche sur la représentation du désir sexuel dans les œuvres d'art exprimée à travers l'iconographie du rapt amoureux : enlèvement de Proserpine, enlèvement des Sabines, enlèvement d'Europe ... Mettant en scène les rapports entre les sexes sur un mode à la fois passionné et conflictuel. Ces sujets ont permis aux artistes de déployer leur virtuosité dans la description du mouvement, du muscle et de la fuite contrariée. Dans son étude, est noté que la qualité de victime n'est pas reconnue à la femme enlevée. Son corps ravissant provoque le désir de l'homme, lui enlevant ainsi toute responsabilité dans sa prédation. Le mot ravissement, titre du livre, entre violence et jouissance, raconte l'ambiguïté entretenue par les artistes et l'histoire de l'art, tout ce qui a fabriqué et modelé une forme, des peintures, selon le regard masculin et uniquement selon son désir.

D'ailleurs cette dame à la Licorne, sur cette tapisserie mystérieuse, n'avait-elle pas lancé un message codé : À mon seul désir... resté si secret et pourtant bien affiché, bouleversant toutes ces histoires des enlèvements ?

L’auteur explique « Les représentations d’enlèvement définissent un système entièrement masculin. Ce sont des œuvres d’art créées par des hommes, pour des hommes, et illustrant des récits imaginés par des hommes, pour des hommes. Elles présentent les femmes enlevées de telle sorte que nous sommes associés à la convoitise masculine, nous offrant l’image érotisée et complaisante d’une victime frémissante ». L’auteur raconte comment le « rapt » serait aussi une autre face, désuète, pour parler de viol. L’enlèvement, le ravissement est donc, comme il l’affirme, « une forme de viol ».


Prenant l'exemple du thème de l'enlèvement des Sabines, Lomazzo insiste sur la nécessaire représentation de la résistance des femmes :

 Elles doivent se défendre, mélancoliques et souffrantes, frapper avec leurs poings, faire des gestes vifs, en agitant les jambes, en voulant échapper. Elles doivent aussi mordre, tirer les barbes, crier, implorer humblement leur liberté. Les ravisseurs doivent les tenir dans les bras de diverses façons. Cela ne peut réussir sans montrer des jambes nues, des vêtements déchirés, des bras et des poitrines, et des gestes violents faisant gonfler les seins, tourner les cous et ouvrir les bras. Il y a également de la sueur, des morsures, des griffures, des coups. Tous ces gestes réunis ensemble produisent un agréable spectacle de robustesse et violence.


L'auteur offre ici une description fort détaillée des facteurs qui rendent érotique un enlèvement. Le rapt devient « un dilettosa mostra di violenza ». Cette violence n'est pas seulement une exigence de vraisemblance par rapport au sujet : elle joue le rôle d'amplificateur de la charge érotique en insistant sur l'invasion transgressive qu'elle représente dans la conquête du corps de l'autre.

Soulignons que le texte de Lomazzo parut tout juste un an après le dévoilement de l'Enlèvement d'une Sabine de Giambologna sous la Loggia dei Lanzi à Florence (1583). Dans ce célèbre groupe de marbre qui devint rapidement l'archétype de la représentation d'un enlèvement, la combinaison des mouvements opposés est aussi variée que savante. Il faut tourner autour de l'œuvre pour découvrir les effets ménagés par le sculpteur. Vue depuis l'intérieur de la loggia, on découvre le détail du bassin sensuel de la jeune femme que le Romain presse contre sa poitrine. Le corps-à-corps de l'enlèvement est une sensualité contrainte. Certains artistes décrivent le rapt comme une fusion des êtres : peau contre peau, chairs qui se collent.

Extrait de l'article "Images d'une pulsion. Les représentations d'enlèvement à travers les arts", par Jérôme Delaplanche, Libres cahiers pour la psychanalyse, vol. 25, no. 1, 2012, pp. 151-164.

Cette œuvre réalisée entre 1575 et 1580 dans un seul bloc de marbre de 4m10 de haut devait prouver l’habileté de Giambologna. Le groupe de trois personnages placé, difficulté supplémentaire, sur une base unique doit être regardé sous différents angles. En effet l’œuvre,  réalisée dans un mouvement giratoire s’élevant sur un seul axe en spirale avec des corps à la musculature puissante et des visages expressifs, ne peut être appréciée dans sa totalité que de cette manière.

C'est un groupe de corps nus. Le Sabin, à la barbe abondante, est écrasé entre les jambes puissantes du romain, et le visage effrayé, impuissant, il tend sa main dans un geste implorant. Le ravisseur, la chevelure et la courte barbe bouclées, bien campé sur ses jambes, regarde avec attention sa captive, comme pour s’assurer d’avoir fait le bon choix. La Sabine, aux cheveux bouclés, ceints d’un étroit bandeau, crie son désespoir en tendant vers le ciel sa main ouverte. Elle est étroitement maintenue par les bras de son ravisseur qui la tient fermement par le dos et le bas du corps.

Giambologna était un admirateur de l’œuvre de Michel Ange et de la sculpture hellénistique. Une scène d’enlèvement offre l’opportunité aux sculpteurs de rivaliser avec la statuaire antique et même de la surpasser. Mais représenter dans un seul bloc de marbre et en grandes dimensions des personnages saisis en plein déséquilibre constitue un véritable défi technique et esthétique. Le sculpteur risque de voir sa statue se briser. La réalisation d’une telle œuvre relève de savants calculs sur la répartition des masses et leur équilibre. Le premier artiste à relever ce défi, en 1583, est donc Giambologna, le sculpteur officiel des Médicis, avec L’Enlèvement des Sabines pour la Loggia dei Lanzi à Florence. Un jeune homme y enlève une femme à un autre plus âgé. En forme de spirale, la composition offre de multiples angles de vue sans en privilégier aucun. Sa virtuosité formelle et technique a valu à ce groupe un immense succès.

« Au signal donné, la jeunesse romaine s’élance de toutes parts pour enlever les jeunes filles. » Raconté par l’historien Tite-Live, l’enlèvement des Sabines par les premiers Romains est un récit fondateur de l’histoire de Rome. Afin de former des familles, la première génération de Romains doit se procurer des épouses. Ici, la femme est une prise de guerre. Le fait de la considérer comme un objet, un bien à convoiter, vient d’un choc. Celui de la prise de conscience de la responsabilité des hommes dans la reproduction, racine de la fierté virile. Vers 330 av. J.-C, le philosophe grec Aristote l’explique dans De la Génération des animaux: les hommes possèdent le « pneuma », la puissance créatrice, dans leur sperme. Ce qui laisse au corps féminin le rôle de « contenant ». Cette vision de la femme-objet ne s’est pas éteinte avec l’Antiquité.

Au contraire, les thèmes antiques reviennent en force dans l’art après la Renaissance. Au XVIIe, sous le marbre sculpté par Le Bernin, les femmes sont des proies, comme dans L’Enlèvement de Proserpine. Elles le sont aussi sous le pinceau de Jean-Léon Gérôme, peintre du XIXe, avec sa Phryné devant l’Aréopage: le procès d’une prostituée mise à nue devant une assemblée d’hommes. Au cours du XXe siècle, malgré les mouvements pour l’égalité, cette violence symbolique perdure. Et elle se traduit en actes. Le 21 août 1974, dans les calanques de Marseille, deux femmes belges sont violées par trois hommes. Médiatisé, le procès de cette affaire révèle que la société, toutes sensibilités confondues, semble tolérer ces agissements et met en cause les victimes. « Le fait de porter des jeans moulants, de se parfumer, de se maquiller est-il sans effet? » s’interroge un commentateur classé à gauche, cité dans Et le viol devint un crime de Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti (éd. Vendémiaire). Le procès permet de faire évoluer les mentalités. Mais ce n’est qu’à partir de 1980 que le viol est défini dans le Code pénal comme un crime.

(Extrait de l'article de Anne-Laure Pineau, paru le 8 mars 2018, dans Ça m’intéresse)

Dans ces représentations du désir de l'homme, celui de la femme n'existe pas. Françoise Héritier, nous disait qu'il n'est pas moindre : Il est occulté et redouté.

"On observe toujours une image "duplice" des femmes : elles sont à la fois la vierge folle et la vierge sage. Ce sont des stéréotypes, des instruments de contrôle. Mais il existe aussi un stéréotype masculin dont les répercussions sont désastreuses : celle du mâle à la libido exacerbée, naturellement irrépressible, qui a besoin de corps disponibles pour s'épancher. Tous les hommes ne sont pas ainsi. Dans un autre discours, l'homme est un être de raison capable de se dominer et de résister à l'appel des sens. Il reste que ce discours dominant justifie le port du voile, du hidjab, la clôture des femmes, voire le viol : seule la femme est responsable du désir qu'elle suscite."

Pour exprimer le rapport orienté et hiérarchique entre les sexes, Françoise Héritier parle de la "valence différentielle des sexes". Ce rapport, profondément inscrit dans la structure sociale, a été construit sur la première différence observable, celle du corps des hommes et des femmes. Il s'ensuit que toute pensée de la différence est aussi une classification par doublets, comme on peut le voir dans les catégories cognitives : haut/bas, chaud/froid, sain/malsain, etc. C'est ainsi qu'hommes et femmes partagent des catégories "orientées" pour penser le monde. Or les valeurs masculines sont valorisées et les féminines dévalorisées. Ainsi en Europe, la passivité, assimilée à de la faiblesse, serait féminine tandis que l'activité, associée à la maîtrise du monde, serait masculine. Selon Françoise Héritier, ce rapport émanerait de la volonté de contrôle de la reproduction de la part des hommes, qui ne peuvent pas faire eux-mêmes leurs fils. Les hommes se sont appropriés et ont réparti les femmes entre eux en disposant de leur corps et en les astreignant à la fonction reproductrice.

Je me souvenais, et je glanais, ce que Françoise Héritier, notre anthropologue, ethnologue et féministe française racontait :

"Je ne nie pas le pouvoir des hormones, le fait que les femmes ont la voix douce et une pilosité réduite par exemple. Mais si elles n'avaient pas été culturellement contraintes, la différence de force si souvent évoquée n'aurait pas une telle importance. Le travail de Priscille Touraille, dont la thèse vient d'être publiée aux éditions de la Maison des sciences de l'homme, montre que la différence morphologique de poids et de taille entre homme et femme n'est pas une question de nature mais d'accès à la nourriture. Depuis la préhistoire, les hommes prennent pour eux les protéines, la viande, les graisses, tout ce qui est nécessaire pour fabriquer les os ; tandis que les femmes ont eu accès aux féculents, à ce qui est calorique, qui donne des rondeurs. C'est cette alimentation différentielle qui, au fil des millénaires, a " anormalement " et progressivement produit une sélection dangereuse pour les femmes au moment de l'accouchement. Aujourd'hui, dans les pays occidentaux, où les enfants des deux sexes ont accès à la même nourriture, la différence a tendance à se gommer. Mais il faudra encore des générations avant que les femmes atteignent leur réelle stature."

"Dans la majorité des sociétés, on a pensé que les hommes mettaient l'enfant dans la femme, par le sperme. Les hommes sont à l'origine des enfants et de la société. On trouve cette idée partout : chez Aristote et dans la culture grecque, par exemple, dans la tribu des Samos d'Afrique de l'Ouest, l'actuel Burkina Faso, ou chez les populations indiennes ou asiatiques… Dans certaines cultures, on disait que les ancêtres, petits dieux ou génies, mettaient dans le corps des femmes des graines déjà sexualisées, arrosées ensuite par le sperme de l'homme. Il faut l'intermédiaire masculin, pour que ces graines viennent au monde. On observe des traces de cette manière de penser dans des gravures du XVIe siècle, où l'on voit un corps de femme, habillée d'époque, dans un costume fait de collerettes, avec l'utérus ouvert, et des étagères, où sont rangés des petites filles en vertugadin et des petits garçons en pourpoint… « L'homme met l'enfant dans le corps de la femme » signifiait à leurs yeux que la nature ou les dieux le voulaient. Et cela avec le but de leur faire des fils. L'idée parcourt toute l'histoire de l'humanité : les femmes sont des corps, matrices, matériaux, marmites - métaphore culinaire que l'on retrouve en Afrique ou en Grèce, pour expliquer le rôle de marmite où l'homme fait cuire ce qu'il a de plus précieux, obtenir un descendant. A partir de là s'opère un dangereux glissement de la pensée qui va alors presque de soi : les hommes ont autorité et droit absolu sur le corps des femmes. Les femmes sont vues à la fois comme des cadettes et des enfants. Soumises doublement. On disait, dans beaucoup de sociétés, que les hommes sont aux femmes comme les parents aux enfants, et les aînés aux cadets. Ils sont donc supérieurs et elles sont inférieures. Tout se passe comme cela, avec cette représentation, pour que les hommes puissent avoir un droit sur leur corps."

"Le genre est ce que l'on attend de l'un et l'autre sexe en fonction d'une culture donnée. Cela n'est rien de plus, mais ça marche extrêmement fort. Prenez un exemple qu'on trouve dans les médias, quand on y parle de la place des femmes ou des hommes dans l'entreprise. On annonce qu'il est bien d'embaucher davantage de femmes. Pourquoi ? Parce qu'on apprécie les « qualités féminines » qu'elles apportent au fonctionnement de l'entreprise : l'attention portée au travail des autres, par exemple… La capacité de décider seul ou occuper la place du chef demeure des qualités listées dans l'entreprise comme étant principalement masculine. Si la parité est de principe, le leadership revient toujours à l'homme, perçu comme meilleur pour mener les projets. Or, les qualités réelles, l'homme et la femme les possèdent tous les deux, de manière égale, par le jeu naturel des gènes."

"Je fais le constat historique et anthropologique que le corps des femmes est mis à la disposition des hommes. Et cela, sur l'enchaînement des millénaires, a entraîné un destin. Cette position a perduré. La conséquence culturelle et sociale est terrible : c'est l'impossibilité pour les femmes de décider de ce qu'il advient de leur corps. Tout mon travail sert à mettre au jour comment les femmes sont conçues comme des cadettes. Au mieux des objets à protéger, au pis des objets à exploiter. Non pas des objets comme un vase - encore qu'on dise bien des femmes qu'elles sont parfois « potiches » -, mais je dis bien « objet », en ce sens que les femmes ne sont pas encore, loin de là, les sujets de leur propre vie. Il faudra encore longtemps avant d'y parvenir."

"Dans nos pays à nous, un phénomène reste puissant : l'inégalité d'accès des femmes aux situations de pouvoir. Monter dans l'échelle professionnelle ou politique reste difficile. Il y a là encore beaucoup à faire. Cette injustice et cette inégalité sont parallèles à un système de représentations mentales, système permanent de mépris et de dénigrement. Les stéréotypes sur les femmes sont tenaces : « frivoles », « paresseuses », « fragiles », « menteuses », « coquettes », « imprévisibles », « dénuées du sens de l'orientation, au volant »."

Et puis, je me disais que c'est tout un rapport au pouvoir qui change, et non pas d'égalité. Cette copie de sculpture me fait penser à tout cela, c'est un poids, mais la copie est très légère. Je ne crois pas qu'un monde qui continue à glorifier le pouvoir et l'échelle professionnelle, l'exploitation des uns, des unes, des ressources, soit un monde meilleur, qu'il soit diriger par des femmes ou des hommes. Et puis, je me suis dit, que le droit à la paresse était formidable. Ne dit-on pas de femmes dévouées qui travaillent trop, au bord du burn out, qu'elles sont "faignasses" ? Histoire d'entretenir tout harcèlement ? C'est une rumeur qui confirme le mode du pouvoir et l'exploitation des uns des unes et des autres, les animaux, les organismes... Surtout si ces rumeurs sont relayées par des femmes, c'est que le pouvoir est bien en place, il est confirmé. Il y a celles et ceux qui seraient observateurs-trices et dicteraient leurs lois, celles de la performance, de la prédation, et décideraient que les autres seraient corvéables à merci et toujours traités de faignants, de ratés, celles et ceux qui n'ont pas réussi... Réussi à quoi déjà ?

La paresse de penser est au pouvoir, et chacun, chacune à le pouvoir de changer.
Et là, ont grandi des sujets, près de cette sculpture en copie. Elles ont quitté la destinée des objets et ne seront jamais des marmites.

samedi 30 juin 2018

∀ḉ¢èṧ ґéṧℯяVéṧ

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Lettre lue le 28 juin par des étudiants, destinée au directeur de l'école nationale des beaux-arts de Paris

Pour mémoire, le ministère de la culture a nommé un directeur il y a quelques années, tout en connaissance de ses idées contre les femmes artistes et l'accès aux études en art pour les étudiantes.
Reconnu pour ses propos misogynes dans la presse :

"L'homme a besoin de conquérir des territoires, la femme trouve son territoire et elle y reste ; alors que les femmes cherchent un homme, un homme veut toutes les femmes. La femme, dès qu'elle a trouvé son territoire, elle y reste, d'Agnes Martin à Tracey Emin. Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires vierges."

Ou encore :

"Les hommes prennent des risques beaucoup plus grands, comme d'être détesté, d'être dans la polémique, d'être longtemps dans des champs difficiles."


Ces opinions sur les femmes artistes sont énoncées par l'artiste français Jean-Marc Bustamante au cours d'un entretien avec Christine Macel, conservatrice au Centre Pompidou, et Xavier Veilhan, autre artiste. Leur dialogue figure dans la monographie consacrée à Bustamante publiée par Flammarion, en 2005, dans la collection "La création contemporaine". Elles seraient peut-être passées inaperçues si l'artiste française Orlan ne les avait lues et n'avait attiré l'attention sur elles pour en dénoncer ce qui lui apparaît comme un machisme flagrant. Depuis quelques jours, le milieu de l'art contemporain parisien fait de cette polémique son premier sujet de conversation.
Il existerait donc une essence de la femme et une essence de l'homme et leurs différences se révéleraient de façon particulièrement frappante dans l'activité artistique. L'artiste masculin serait possédé par le désir de conquête, la dépense d'énergie, l'invention permanente. L'artiste féminine aurait "du mal à tenir la distance". Donc, elle s'installerait dans un système : "Chez Nan Goldin et Cindy Sherman, tout est au point très vite, et après elles ne bougent plus vraiment", affirme Bustamante. En réplique, Orlan fait observer que cette remarque s'appliquerait de façon plus juste à bien des créateurs masculins, de Daniel Buren à Niele Toroni en passant par James Turrell ou Lawrence Weiner.
Au cours du dialogue, les deux interlocuteurs de Bustamante ne marquent aucun désaccord avec lui, encore moins une gêne. Xavier Veilhan s'en prend "à ces femmes artistes qui se retranchent dans la case sociale où l'on veut bien les voir". Christine Macel paraît tout aussi convaincue. Après avoir lancé "que peu de femmes arrivent à dépasser les dix ans", elle répond à Bustamante : "Je dois être un homme, alors", et voit dans les thèses qu'il affirme la raison pour laquelle l'exposition "Dionysiac", qu'elle a organisée à Beaubourg en janvier 2005, ne comptait aucune artiste.

(article de Dagen, de 2006)

En 2018, rien n'a bougé en fait. Cette école fut l'une de mes écoles où j'ai étudié, dès 1996. Ce directeur était l'un des professeurs de celle-ci. On peut constater l'impuissance du ministère (de la culture) et nos différents présidents, à faire évoluer ces idées préconçues de l'homme au gourdin et la femme que l'on tabasse auprès de sa marmite artistique, la sorcière, et celle aussi belle de l'homme colonialiste conquérant de nouveaux territoires et corps vierges pour déterminer les castes en accès réservés et les nouveaux artistes esclaves ; avec la confirmation et la validation de telles attitudes de rejet. Ces attitudes, ou comportements, deviennent des idées, mais elles ne sont ni idées, ni projets. Hélas, ces vues de l’esprit, rabougries, deviennent des modèles, auxquels, femmes et hommes de toutes origines, de tout milieu social, dans les familles, dans les milieux de travail, que ce soit dans les domaines artistiques ou pas, dans des moments où les étudiants souhaitent faire des études en art et où l'on observe, dans les familles, de mêmes attitudes de rejets, alors même que ces familles n'ont ni accès aux expositions, ni aux études et aux idées des femmes artistes, les mêmes attitudes d'indifférences, de violences, de négations, de dénis. Ce sont des parcours de vies impactées par ces vues de l'esprit rabougries.
> Comment sommes-nous passés de ces comportements à des idées, que l'on applique lors de sélection, de candidatures, par exemple ?

Professeure dans les écoles d'art depuis 2001, artiste, et enseignante auparavant dans des ateliers en banlieue 93, depuis les années 90, je ne peux qu'observer l'ignorance, de celles et ceux à des postes de directions, pesante, de tout leurs poids, afin de faire disparaître les noms des femmes artistes "vivantes" (parce que les mortes, un paquet de femmes sont utilisées pour utiliser leurs temps de cerveau disponible pour le matrimoine, on préfère toujours les femmes mortes à vivantes), et de ne pas projeter les jeunes femmes étudiantes dans un avenir où elles auront une place décisive. J'ai œuvré pour mes idées, des explorations, mais rien n'était vierge, sur le terrain, ce serait considérer qu'il n'y a point de culture, et j'ai transmis mes savoirs, à mon niveau, celui admissible, que j'ai toujours dépassé. C'est de ma pensée, cette inconnue, que je découvre sans cesse, et rien de ces modèles ne peut s'y accrocher. Elle passe, elle avance vite. Lorsque je lis ces tentatives, cet enfarinage (le directeur a été enfariné lors de son discours le 28 juin dernier) cela fait partie de notre folklore, comme les syndicats. Cela ne pense pas mais cela fait manifestation. Il n'y aura jamais rien dans la presse de ce que notre quotidien et nos avancées abritent, car trop en avance. Il y a toujours des vues de l'esprit rabougries, parfois elles se propagent de façon assez étonnantes, déguisées avec des machines, pour donner l'illusion d'être "dans le coup". N'est-ce pas là, des illustrations pour des vues de l'esprit rabougries ? Pour exemple, je viens d'être remplacée dans mes fonctions par un homme, certainement ignorant de ma situation, à l'école où j'ai enseigné 8 années et dans la ville où j'habite, et c'est la décision d'une femme directrice, validée par le ministère (donc une femme ministre) et peut-être des professeurs syndiqués sous anonymat (en majorité des femmes). Intéressant non ? Et de toutes, elles affichent "le féminisme" comme argument de vente sociale (afin de garder leur emploi et le faire perdre aux autres) Ainsi, comme les Christine Macel, les Catherine Millet, qui sont dans l'ignorance, des directrices décident de suivre ces préceptes contre les femmes, contre les études artistiques, contre notre avenir et pour l'exclusion, tout cela afin de garder leur emploi au sein du patriarcat. Sans le savoir et par ignorance, elles perpétuent le système qu'elles dénoncent à tort et à travers : continuons à être importunées et importunons davantage. Faire du sur-place et accepter toutes les violences. Ces modèles de rejets sont validés et confirment les places attribuées aux uns aux unes et aux autres avant même que les plus jeunes aient pu expérimenter, étudier, devant même l’expérience des plus âgés. Je pense que le pire sera dans le domaine du multimédia, ce que l'on a fait des arts dits "numériques" et leurs enseignements, ce que l'on donne comme crédits à l'intelligence artificielle (beau nom n'est-ce pas) pour l'avoir vu de très près, tant d'ignorance et d'inculture se trouvent hissées en modèle, en professionnalisation, dans les écoles d'art, et là, le rejet des femmes est flagrant, indécent. Soyons certaines d'observer tous les petits cerveaux égocentriques exposer leur rejet, et leurs progénitures, et des femmes pour les applaudir. C'est là tout le paradoxe de notre société, elles leurs donnent tout le crédit qu'elles ont obtenu, toutes leurs économies. Nous sommes restés au temps où les femmes donnaient tout leur salaire à leur père, lorsqu'elles commençaient à travailler. Toutes ces vues de l'esprit rabougries peuvent se propager, avec le soutien indéfectible, de toutes ces femmes aux différents salaires, à différents niveaux, les secrétaires, les directrices restées secrétaires, les ministres restées secrétaires, les cheffes et les surveillantes, les greffières et les juristes, les factrices et les journalistes, ainsi va notre société : avec un gros melon, à présent miniaturisé. Nos intelligences artificielles ont un avenir invisible devant elles, sans résistance mais que des applaudimètres génétiquement modifiés.

Et que diront les ignares : tous ces gens sont des privilégiés, l'art ne sert à rien dans la vie. C'est ignorer beaucoup, et à commencer qu'il n'y a pas de société civilisée sans culture et que l'art arrive bien après, lorsque la culture est reconnue, par nos sœurs, nos frères, nos mères, nos pères et les adoptifs, nos amoureux, nos anciens amoureux, nos grands-parents, de pays différents, nos enseignants, nos commerçants, nos médecins, ce que font les animaux, ce qu'ils fabriquent, ce qu'ils créent, toutes ces espèces capables de création et d'invention, pour vivre, survivre, pour enterrer leurs proches ou les incarner dans le minéral, l'eau, le vent, les nuages. Il n'y a donc pas de jugement sur ce que les uns seraient capables de faire mieux que d'autres ou que les autres seraient incapables de faire et d'apprendre, tellement, ces autres seraient incapables de penser, se mouvoir, s'émouvoir, fabriquer, vivre en paix. Là commencent les divisions, les communautés, les sectes, les critères de sélections, qui abolissent l'accès aux études supérieures, qui terrorisent et participent des idées terroristes, elles bien fertiles, dans notre pays.

Souvenir 2007

femmeusesaction#18

les femmes ont du mal à tenir la distance

Vidéo de 6’11 réalisée par Cécile Proust et Jacques Hoepffner, reprenant l'intégralité des inoubliables propos de Jean-Marc Bustamante (nommé directeur de l'école nationale des beaux-arts de Paris, par notre gouvernement, suite à ces propos misogynes) et Xavier Veillant, 2 artistes français avec Christine Macel, commissaire d'exposition qui rejetait les femmes artistes dans son exposition…CNDC Angers 2007


mercredi 14 mars 2018

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BEAUX ARTS L'ÉCOLE ABRITE LE RACISME : Affiche réalisée par les étudiants de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (mars 2018)

« Les noirs ne sont pas propres »

« Vous faites reculer la France en faisant trop d’enfants »

« Est-ce que ta femme est propre, comment elle a préparé ça ? »

« Elle ne nous serre pas la main parce qu’on “pue”, elle ne touche pas la anse de la bouilloire après nous, quand on ramène des baguettes pour le petit déjeuner, elle coupe la partie qu’on a touchée. »

« Vous êtes des animaux, vous ne devriez pas être en France. »

« Il ne me reste plus qu’une seule personne dont je dois me débarrasser, c’est la vieille. » 

« Les Sri Lankais c’est des connards, vous êtes sales. Ta bouche pue car tu bois de l’alcool. »

« Les noirs sont tellement feignants, sont tellement connards, sont tellement des bons à rien. »


« Est-ce que tu te sens toi-même ? Tu sens quoi ? Tu sens le noir. Va travailler ! »

«Tout est propre à part la couleur de ta peau »

Cela se passe aujourd'hui dans une école nationale des beaux-arts à Paris

Bon nombre des étudiants, indignés, attendent aussi une réponse ferme de leur école. Le soir du vernissage de l’exposition « Images de mai 68 », en février, ils ont ainsi distribué 3.500 tracts pour alerter. Un collectif s’est monté, qui veut interpeller la ministre de la Culture. (Article du 12 mars 2018)

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Affiches des étudiants de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (mars 2018)

Cela me rappelle mon histoire :

J'ai été harcelée moralement par la direction de l'école nationale d'art de Limoges et envoyée au tribunal pour avoir rendu un ordinateur portable dans "une saleté remarquable", avec des "déchets", de la "terre", selon la directrice, ce qui justifiait que je ne "prenais pas soin des équipements de l'école"... Des étudiantes de l'école d'origine étrangère n'obtenaient pas leurs crédits comme les autres étudiants, car elles présentaient leurs installations sur le sol "sale" de l'école. Hors, le sol est le même pour tous, dans cette école, ce que j'ai toujours défendu. La symbolique du sol est celle de notre démocratie. Elle se trouve salie selon certain.es et il faut désigner des coupables : les pauvres. Ce qui est une richesse pour notre pays, des étudiants d'horizon divers et cultivés, comme des professeurs, des employés, se transforme en souillure pour les racistes (et à tous niveau de poste) . Silence du ministère : la directrice serait une débutante, il faut la laisser continuer insulter qui elle veut. Les sociétés de nettoyages sont insultées, renvoyées, sous pression, rien n'est jamais trop propre pour valoriser une architecture (l'école) que même Catherine Millet est venue saluer lors d'une conférence publique, une référence que l'on ne nomme plus, rejointe dans ses propos récents en début d'année par des politiciens des extrêmes droite de notre pays. Ces écoles forment à l'exclusion par ces modèles institués, et hissent le déchet social comme norme, pendant qu'elles font nettoyer par d'autres toutes traces de leurs sévices. Honte !
Je soutiens ces employés dévalorisés dans leurs fonctions, à l'école nationale supérieure des beaux-arts de Paris (où j'ai étudié également), moi professeure artiste ayant subis des discriminations, humiliations, racisme et sexisme dans une autre école nationale du même réseau, dans ma ville, sur les mêmes thématiques de la saleté. J'ai réalisé des cours artistiques et philosophiques afin d'enseigner sur ces problèmes de racisme dans les écoles d'art, j'ai été exclue, mise à l'écart et actuellement l'école a mis mon poste en vacances. Silence du ministère, des collègues, "tout le monde savait", "tout le monde se tait"
Ces méthodes racistes sont légions et il est bien plus à la mode de faire des affiches pour les droits des femmes dans une école supérieure d'art le 8 mars afin d’effacer que ces droits sont bafoués dans l'enceinte de l'école, tout comme réaliser, dans une autre, une exposition sur mai 68 dans le même temps où ces pratiques quotidiennes du racisme qui semblent d'un autre temps sont impunies. Des expositions contreproductives et aveugles, dans la bienséante ambiance nostalgique du communisme quand des professeurs s'inventent révolutionnaires en lisant l’insurrection qui vient et en embrigadant les jeunes filles en fleurs, sélectionnées pour leur aptitudes à faire la cuisine et la bonne communication pour graisser les tuyaux, une école où souffle un vent de liberté... et de poésie proprette mais surtout pas sale ! Et comble de la bonne décoration : obligation d'utiliser l'écriture inclusive, au cas où "les autres" pourraient s'apercevoir que l'exclusion sert à l'affichage d'une sélection réussie, entre-soi.

Ce qui est visible demeure "invisible" pour certains, certaines. Honte !

Il est bien plus à la mode de réaliser des pétitions pour des personnalités artistiques de renommées internationales licenciées, signées par un name dropping de noms de personnalités, afin de se montrer "sur le marché" du capitalisme, que de soutenir des employés aux basses tâches. Je suis professeure et j'ai été associée à ces employés de ménage bien souvent dans les écoles d'art. J'ai dédiée une œuvre d'art (Cendrillon) à une employée à l'école de Limoges, la seule qui me disait bonjour le matin, la femme de ménage. Nous travaillions dans les cendres, avec des couleurs et les nuances brunes pour la peau et le biscuit en céramique, afin de révéler les véritables icônes à l’œuvre.

Et puis le salaire, va avec la saleté, il faut le saisir et le supprimer pour les sales pauvres (ce qui m'est arrivé) Étonnant non, je n'ai jamais eu le droit aux tickets restaurants contrairement aux autres employés administratifs, cela me faisait penser aux femmes de ménage de l'Assemblée, dont Ruffin a communiqué leurs conditions de travail le 8 mars dernier. Cette communication m'a mise mal à l'aise, car (pas encartée "France insoumise", ni d'un autre partis politique) cet exemple est un peu "facile", et nombre d'intellectuels que je connais ont relayé cette vidéo, du haut de leurs principes de familles socialistes (et non de leur éthique), et pour vite passer à autre chose, c'est-à-dire, se taire lors d'injustices sociales véritables entre collègues de la même profession. Cet exemple rentre bien dans la case. Chacun son groupe, pas de mélange de genre. Non ce qui est plus difficile à dénoncer, ce sont ces situations de services, dans lesquels, aujourd'hui, les exclusions et discriminations ne se font pas seulement avec les employés de ménage, mais aussi, avec les professeur.es, avec toute personne qui ferait un peu trop d'effort pour être intégré et qui, malgré les injustices, aurait réussi à s'intégrer, si bien, que cela est devenu, pour de petits chefs, des cheftaines, des directions, insoutenable, pour toutes ces personnes qui n'ont aucune qualité pour diriger les autres et leurs donner des directives, des directions. Non, ce n'est pas la bonne direction que notre pays doit prendre, mais c'est celle-ci que des directions s'arrogent le droit de prendre par force, par abus de pouvoir et sans aucune sanction, avec la complicité des exécutifs. C'est moche. Il n'y a plus d'art, mais je ne vois que des politiques de l'extrême se fondre dans les écoles. Cela m'a inquiété, beaucoup, des nuits d'insomnies. Aujourd'hui, je ne suis plus étonnée, car il n'y a plus de justice. Il y a la moitié de la France qui votait extrême droite, tous éparpillés, et dans nos écoles à des postes divers. Employés, directions, professeurs, théoriciens, artistes, oui, la pensée raciste s'est immiscée partout, dans une conversation, un mail, untel n'est pas de "chez nous", "ils viennent d'ailleurs", "ils sont toujours ensemble car ils ont les mêmes origines, ils s'isolent, ils complotent, il faut les exclure", "untel n'est pas artiste, cet écrivain est mauvais, ses références sont mauvaises, elles sont étrangères", "on se comprend", "ils ne sont pas compréhensibles", "il faut supprimer leurs références de leur mémoire, diplôme", "il y a des vols de livres, c'est eux", "le sol est sale, ils doivent le nettoyer pour tous", "on leur enlève la caution", "on ne leurs donne pas leur bourse", "il ne faut pas aller dans cette ville étrangère, elle pue", "il ne doit pas mettre de tongs à l'école", "il doit changer de tenue pour sa soutenance", "note-le, moi je ne perds pas de temps à corriger les étrangers", "ils vous donnent des cadeaux, ils sont tellement soumis", "son travail artistique vient des îles, des prostituées", "c'est comme ça chez eux, il ne sont pas cultivés", "elle vient d'un milieu pauvre, elle n'a aucune ressource, une année de plus, elle mérite un redoublement", "regardez comme ce dessin est sale", "comme elle écrit mal, venez voir", "ils n'ont pas d'expositions majeures dans leurs pays", "ils viennent étudier ici pour nous piquer nos références et puis s'en aller dans leurs pays avec", "ils ont appris à dessiner sous la dictature, ils n'ont aucune sensibilité", "ils ne sont pas aussi libres que chez nous", "ils ne s'expriment pas, on ne comprend rien", "il est insoumis, il a répondu, il a critiqué, il mérite le redoublement", "elle est prostrée quand je vais la voir, elle doit avoir un problème psychiatrique, il faut la renvoyer dans son pays", "c'est une menace pour nous, on a prévenu l'ambulance", "il est parano et croit que nous sommes racistes parce qu'il est noir", "il est agressif, il veut plus nous voir, cela tombe bien", etc. etc. Toutes ces phrases quotidiennes finissent par vous sculpter un cerveau qui acquiesce à tout, c'est un lavage. Nombre de collègues commencent à être d'accord, c'est facile, ce sont les autres désignés, puis après ils s'y mettent chacun à leur tour, et les administratifs aiment à faire un peu de zèle. La délation, les procès, les rumeurs, les accusations, les fautes, les avertissements, les menaces, puis les exclusions, la fin de la carrière, et parfois de la vie. Au fur et à mesure s'installe sur plusieurs années une vraie collaboration à la pensée raciste qui a trouvé un terreau fertile dans notre pays, dans ces terres où plus rien ne se passe, et les idées ont disparues. Les belles idées, les inventions, la sensibilité, la solidarité...

Les intégrations réussies et irréprochables sont, pour certains, certaines et tant de racistes qui s'ignorent, impensables, elles ne doivent plus exister et doivent être rendues invisibles, il faut les masquer, les dénier, les dévaloriser, les raturer, les supprimer, par tous les moyens. Cela se nomme le tri collectif et individuel, d'où l'importance des déchets et de la qualification de ce qui est une saleté remarquable. Il faut inventer des motifs pour rendre incompétents les compétents, il faut leur supprimer leurs outils de travail, leur lieu, leurs liens professionnels, leurs attachements affectifs, leurs lieux de vie, leurs résidences. Il faut les désunir, surtout quand ils unissent trop facilement, il faut saboter, saboter lâchement, par derrière, toujours à l'insu et par surprise. Il faut terroriser. Le mot est lâcher : le modèle terrorisant. Il faut les désigner "fous", les enfermer, les envoyer chez les psychiatres, ceux de chez nous, sous nos valeurs. Quand la pensée a totalement disparu des écoles au niveau supérieur, il faut se rassurer quotidiennement, et entre-soi, des critères de sélections et d'exclusions, par rumeurs, humiliations, harcèlements. Afin que le tri s'opère de façon tacite collective, sans laisser aucune trace visible. Il faut punir celles et ceux qui alertent encore et les mettre en prison, ou soustraire les esprits critiques, supprimer les analyses et les bonnes actions. Ne pas révéler tout ce qui serait sain, salvateur, les soignés, soignants, soigneux. Comment poursuivre son œuvre, son travail, son engagement dans de telles situations malsaines ? Comment continuer à étudier, se concentrer ? Trop de temps passé à éviter les mines, les bombes, les insultes, enlève du temps au sel de la vie, comme le décrivait Françoise Héritier.
- Sommes nous dans l'obligation de militariser nos vies ?
- Oui
, avait répondu le gouvernement antérieur, nous sommes en guerre.

Non, réponds-je, artiste et pacifiste.

Pour info, mes articles sur la saleté :



À méditer :

« Vous êtes des animaux,
vous ne devriez pas être en France. »

lundi 12 mars 2018

∀ṧρℌ⑂✄їε

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En observant toutes ces directions d'écoles d'art, ces expositions artistiques en France,
tous ces projets débiles, et sur le numérique, ces @, et ces @,
et l'état d'urgence attentat qui empêche toute circulation et nomadisme :
désir profond de partir de ce pays, étouffement, entre-soi, manque de circulation,
d'air de bonheur !

Je suffoque !



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La robe à baleines...
« Je m’appelle baleine. Mettons. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n’ayant plus d’argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l’envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l’eau. C’est ma façon à moi de chasser le cafard et de me purger le sang. Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un bruineux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est grand temps de prendre le large. Ça remplace pour moi le suicide. »
En hommage à Herman Melville, Moby Dick (1851)


vendredi 2 mars 2018

V̸̲̅I̸̲̅O̸̲̅L̸̲̅E̸̲̅N̸̲̅C̸̲̅E̸̲̅S̸̲̅ ̸̲̅C̸̲̅O̸̲̅N̸̲̅J̸̲̅U̸̲̅G̸̲̅A̸̲̅L̸̲̅E̸̲̅S̸̲̅

Photographie © Sonia Marques

Dans le monde, une femme sur trois subit des violences physiques et sexuelles par son partenaire. En France, une femme est tuée tous les trois jours par son conjoint.

La zone de non-droit :
En France, une femme sur quatre a subi des violences physiques par un partenaire depuis l'âge de 15 ans. Chaque année, plus de 225.000 femmes sont victimes de violences conjugales, 42.000 femmes de viols conjugaux, et plus de 120 femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Les violences conjugales sont d'autant plus fréquentes que les femmes sont jeunes, vulnérables (grossesse, maladie, handicap), discriminées, et qu'elles ont déjà été victimes de maltraitances physiques et sexuelles dans leur enfance (avec seize fois plus de risque). Et les hommes sont d'autant plus souvent violents qu'ils ont subi des violences dans l'enfance ou y ont été exposés (avec quatorze fois plus de risque). Ces violences sont très traumatisantes avec un lourd impact sur la santé et la vie des femmes et de leurs enfants. Elles aggravent les inégalités et sont un facteur de précarité, d'autant plus que les femmes qui en sont victimes restent dans leur grande majorité isolées, à devoir faire face aux violences sans protection, ni secours, ni soins, ni justice.

Le médicament-drogue
La violence de ces hommes est souvent rationalisée, voire excusée par la frustration. Les violences répétées, souvent depuis l'enfance, ont un impact psychotraumatique majeur à long terme sur les victimes et elles sont une véritable entreprise de coercition. Elles sont une arme très efficace pour les soumettre au service de leur conjoint, les transformant en esclave, en "médicament-drogue" servant à calmer leurs tensions. Les violences sidèrent les victimes et déclenchent des mécanismes de sauvegarde mis en place par le cerveau. Ils entraînent une dissociation traumatique avec une anesthésie émotionnelle, ainsi qu'un trouble d'intégration de la mémoire, qui fait revivre les violences et les mises en scène du conjoint violent à l'identique, comme une torture qui n'en finit pas. Tant que la victime reste en contact avec son agresseur, ces mécanismes de "protection" et l'anesthésie qu'ils provoquent restent enclenchés. Les victimes sont ainsi comme déconnectées, privées de leurs émotions, de leur volonté et de tout moyen de défense. Elles semblent "tolérer" des niveaux très élevés de violence. Les faits les plus graves, vécus sans affect ni douleur exprimable, semblent si irréels qu'ils en perdent toute consistance et paraissent n'avoir jamais existé (amnésie dissociative). Elles donnent l'impression qu'elles sont indifférentes, leurs interlocuteurs ne vont rien ressentir, ils n'auront pas peur pour elles, considéreront qu'elles ne sont pas vraiment traumatisées et qu'il n'est pas nécessaire de les protéger.
(Source + vidéo)

Photographie © Sonia Marques
Détecter les violences conjugales à la maternité
Entre 3 et 8% des femmes enceintes sont victimes de violences conjugales. Parce que les femmes enceintes sont vulnérables, c'est souvent pendant la grossesse que les violences s'aggravent ou s'exacerbent. C'est la raison pour laquelle dans les Hauts-de-Seine, le département a décidé de mettre en place un dispositif pour repérer ces femmes, et les aider à se sortir de ce cycle de violences. Un dispositif qui s'est mis en place directement au cœur des maternités.
Les violences sont aussi à l'origine d’assez nombreuses demandes d'IVG. Femmes victimes et hommes violents ont très fréquemment subi des violences dans leur enfance ou ont été témoins de violences conjugales. Les troubles psychotraumatiques qu’ils vont développer, vont être à l’origine d’une mémoire traumatique, de troubles dissociatifs et de stratégies de survie. Si on n’est pas responsable des violences qu’on a subi, ni de leurs conséquences traumatiques, en revanche on a le choix des ses stratégies de survie (conduite d’évitement et conduites dissociantes anesthésiantes). La violence exercée sur autrui en est une, elle fait partie de ce qu’on appelle une conduite dissociante qui permet de s’anesthésier, comme une drogue. Une société inégalitaire où les hommes peuvent facilement choisir de mettre en scène une prétendue supériorité au dépens des femmes, facilite le choix de s’autoriser à être violent, en s’identifiant à l’agresseur de son enfance, pour «traiter» une mémoire traumatique qui, se réactive lors de la grossesse de sa conjointe (La grossesse à l’épreuve des violences conjugales : une urgence humaine et de santé publique / Salmona)

Escalades des tensions
La violence conjugale n'est pas un conflit de couple dont l'issue est incertaine, mais un processus de domination sexiste. Elle s'exerce dans le cadre familial. Les enfants témoins en sont également victimes, mais ils peuvent également subir des maltraitances parfois mortelles [LHT]. Personne n'est à l'abri de ce type de violences. Elle sévit dans toutes les catégories sociales, économiques et culturelles, en milieu urbain ou rural et quel que soit le contexte éducatif ou religieux. Dans leur très grande majorité, les victimes sont des femmes en raison des stéréotypes culturels sexistes. Les hommes victimes sont moins nombreux et subissent essentiellement des violences psychologiques.

La violence conjugale se manifeste très souvent par cycles d'escalade de tension : agressions psychologiques, verbales puis physiques :
La femme tente désespérément de contrôler de la situation en la minimisant, en la niant, voire en s'attribuant la cause de la violence de son partenaire qui ne manque pas de lui reprocher son attitude soi-disant insupportable pour se justifier. Les violences, de plus en plus sévères s'inscrivent dans une escalade qui commence par exemple par une série de paroles de disqualification, des attaques verbales ou non verbales qui se transforment en harcèlement moral [LHT], lequel embrouille la victime, la met sous emprise psychologique, diminue sa résistance et l'empêche d'agir.
(Azucena Chavez, Institut de victimologie)

Le secret du privé
La violence conjugale bénéficie du secret du privé, ce qui permet aux auteurs d’asseoir leur contrôle dans l’impunité. Elle constitue la forme la plus fréquente de violence envers les femmes. Elle fait partie de l’héritage patriarcal qui est caractérisé par le déséquilibre des rapports de pouvoir entre les sexes dans nos sociétés. La violence masculine à l’égard des femmes a un coût social et économique dont l’ampleur est encore trop méconnue. Les conséquences de cette violence qui s’exerce encore en toute impunité sont multiples pour nos sociétés. La violence conjugale est une question qui ne doit pas être considérée comme une affaire privée. L’usage de cette violence est un obstacle à l’égalité entre les hommes et les femmes, aux droits fondamentaux des femmes.

Les insoupçonnables


L'homme dont la fonction force le respect
, insoupçonnable
La violence conjugale n’est pas un héritage inéluctable, on ne naît pas violent, on apprend à le devenir. L’histoire collective et personnelle, la construction sociale, le poids d’une culture patriarcale conduisent certains hommes à des comportements sexistes et violents envers les femmes. L’homme violent à souvent deux visages : charmant, merveilleux dans la vie sociale, tortionnaire, méprisant et jaloux à la maison. L’homme violent avec sa compagne n’est pas systématiquement un alcoolique, un rustre, une personne issue de milieu défavorisé, un personnage autoritaire ou violent avec tout le monde. Très souvent l’homme violent n’est pas soupçonnable, il ressemble à monsieur tout le monde, votre voisin de palier, l’homme courtois qui rend service à tous dans le quartier ou le village, ce séducteur à qui personne ne résiste, le cadre dynamique que toutes et tous trouvent fantastique, ce chef d’entreprise performant, l’homme aux multiples responsabilités, l’homme dont la fonction force le respect...

La femme, les femmes
, insoupçonnables
Il n’existe pas de profil type de femme victime de violence conjugale, toute femme peut un jour dans sa vie se retrouver sous l’emprise d’un conjoint, ami ou partenaire violent. Mais l’histoire personnelle, des périodes de fragilité, de vulnérabilité, peuvent devenir facteurs de risque. La personne qui souffre de cette violence par la faute d’autrui, n’est pas responsable de la violence qu’elle subit. La femme victime de la violence de son compagnon n’est pas nécessairement une personne sans ressources. C’est peut-être votre collègue de travail, cette chaleureuse commerçante, cette enseignante, votre médecin, cette jeune cadre dynamique à qui tout semble réussir... et dont on ne soupçonne pas l’enfer quotidien.

La violence psychologique
La violence psychologique s’exprime par des attitudes diverses, des propos méprisants, humiliants. Le compagnon violent renvoie à la victime une image d’incompétence, de nullité. Il l’atteint dans son image à travers le regard des autres. Progressivement la victime perd confiance en elle-même en ses possibilités. Peu à peu s’installe le désespoir, une acceptation passive de ce qui arrive. Elle s’isole, s’enferme dans sa honte, n’ose plus prendre d’initiative.

La violence sexuelle
La plus cachée. La personne violente oblige sa compagne à avoir des rapports sexuels malgré elle, avec lui ou avec d’autres partenaires selon ses propres fantasmes, parfois il la forcera à se prostituer. Les viols, les agressions sexuelles, les rapports acceptés sous la contrainte ou pour le calmer sont réguliers. Les victimes ont beaucoup de mal à en parler parce qu’elles restent associées aux obligations du mariage et devoir conjugal.

Devoir conjugal / viol conjugal

Le viol conjugal est une forme de violence exercée par le partenaire intime. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les violences entre partenaires comme « Tout comportement au sein d’une relation intime qui cause un préjudice ou des souffrances physiques, psychologiques ou sexuelles, aux personnes qui sont parties à cette relation, y compris des actes d’agression physique, des rapports sexuels forcés, entre autres formes de coercition sexuelle, de la violence psychologique et des comportements autoritaires ou tyranniques. » Toutefois, le viol conjugal est une notion qui reste taboue dans nos sociétés actuelles. Cela s’explique principalement par la notion de « devoir conjugal », qui est encore très présente dans les esprits. Mais il est important de rappeler que cette notion n’a aucune valeur légale. Dans la partie du Code civil consacrée aux mariages, il n’y a aucune mention du devoir conjugal et le viol conjugal est condamné par la loi depuis 1989. Selon les chiffres, près d’un viol sur deux a lieu au sein du couple. On estime aussi qu’une femme sur quatre subit, à un moment ou à un autre de sa vie, des violences sexuelles de la part de son partenaire. Dans la plupart des cas, les personnes qui obligent leur partenaire à avoir des rapports sexuels avec eux pensent agir légitimement vu le lien intime qui les unit.

Le viol n’a rien à voir avec de l’amour ou avec une relation sexuelle souhaitée. L’homme qui viole ne cherche pas à faire l’amour à sa partenaire ni même à assouvir un désir sexuel : il veut dominer, faire mal, humilier et avilir.

    "Violer, ce n’est pas une relation sexuelle, c’est un déni de son humanité, c’est dénier l’humanité de l’autre, c’est lui refuser d’être propriétaire de son corps, de son psychisme… " (Docteur Mukwege)

Contrairement aux violences physiques, les violences sexuelles arrivent assez tôt dans la relation en arborant des formes différentes et de plus en plus graves. L’homme violent va commencer par dire à sa compagne que, si elle refuse, cela signifie qu’elle ne l’aime pas assez. Puis, au fur et à mesure de la relation, il va prétendre que les hommes ont plus de besoins, qu’elle doit se soumettre au devoir conjugal et, peut-être, la menacer d’aller voir ailleurs, car les autres femmes sont plus dociles. Enfin, il va faire fi de son ressenti, de ce qu’elle souhaite et va la violer. L’évolution des violences sexuelles suit l’emprise qu’exerce l’homme violent sur sa femme. La dame, qui a perdu ses repères, éprouve du mal à réagir, à s’opposer et à distinguer ce qui est un viol de ce qui ne l’est pas.

Ordre moral supérieur d'antan

Le « devoir conjugal », voici une expression qui sent le papier jauni. Et pourtant ce « devoir » existe encore, même s’il n’est mentionné par aucun texte légal.
La loi sur le mariage prévoit seulement que les époux « se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » (article 212 du Code Civil), et qu’ils « s’obligent mutuellement à une communauté de vie » (article 215 du Code Civil).
Il n’y a aucune obligation explicite d’entretenir des relations sexuelles. Ce sont les juges qui ont affirmé historiquement que les époux ont l’obligation d’entretenir une sexualité régulière, non seulement au début de leur mariage qui doit être « consommé », mais encore de manière renouvelée pendant toute la durée du mariage. Au départ, il s’agissait de préserver un ordre moral supérieur. Il fallait que le couple procrée, pour assurer la transmission du patrimoine, dans un cadre stable. Il fallait éviter aux conjoints toute « tentation du vice » et permettre l’observance de l’obligation de fidélité – source d’enfants illégitimes.
Sous couvert de préserver l’ordre, le Code Napoléon dans sa rédaction de 1804 était rude avec la femme. La puissance du mari était érigée en système juridique : la femme devait « obéissance à son mari », qui n’était pas encore tenu par la loi de respecter son épouse.
A partir de ces textes, il n’était fait aucun cas du consentement de la femme à l’acte sexuel demandé par son mari.
(La suite... Anne Marion de Cayeux, Avocat au Barreau de Paris )




J'ai vu récemment le film Magnolia (1999) du réalisateur américain Paul Thomas Anderson (né en 1970) et plusieurs de ses films dont le dernier. La cellule familiale est souvent le sujet et nombre de désordres exposent l'échec du modèle patriarcal. Les aspirations économiques et la réussite individuelle entrent en conflit avec la moralité et les injonctions de normes. La perfection et la compétition font exploser la cellule familiale à travers plusieurs générations. Le tabou des violences conjugales est transgénérationnel et provoque de multiples dysfonctionnements.
Dans le film Magnolia, il y a une relation au père avec le fil qui est un petit génie, utilisé pour ses performances de mémoire, il récite des définitions potasse des livres divers afin de gagner un jeu télévisuel dans lequel il participe. Le père délaisse le bien-être de l'enfant et cela se manifeste dans ce moment où le surdoué demande à aller aux toilettes et cela lui est refusé à maintes reprises, afin qu'il reste à l'écran, sans faire de pause. La pression opère car l'enfant se fait pipi dessus, et provoque une humiliation disproportionnée entre l'enfant qui ne peut plus jouer et le père qui puni son fil pour ce "lâcher-prise" naturel, se soulager. L'enfant choisi son instinct plutôt que l'exigence de son père et la pression sociétale (le jeu télévisé, l'équipe, etc.) On néglige le caractère infantile en lui demandant d'être l'adulte intelligent, mais se faisant, paradoxalement, il est infantilisé. L'enfant s'affirme en urinant sur lui et en refusant de servir encore de petit génie dans l’émission télévisuelle. Il rompt ainsi le fardeau familial en disant à son père que celui-ci n'accorde pas d’importance à sa personnalité mais bien plus à son image. Dans le même temps, l'homme qui présente l'émission fait face à un cancer, qu'il est le seul à savoir, et a des difficultés à rester à l'antenne. Son conflit avec sa fille toxicomane explose, lorsque sa femme l'interroge sur sa relation avec celle-ci qui ne souhaite plus le voir, même si son père lui annonce l'état de sa maladie, elle n'a aucune empathie. Il lui dit que sa fille lui reproche des attouchements jeune, mais il ne se souvient plus vraiment, ce qui provoque le dégoût de sa femme. Cette fille va faire la rencontre amoureuse d'un policier, tous deux recherchent "la vérité" et vont faire le pacte de "tout se dire", et rien dénier, afin que leur relation débute sainement. La morale se cache à cet instant où ne rien se cacher l'un à l'autre prédestinerait à un avenir plus radieux, délesté des problèmes familiaux qui se transmettent de générations en générations, avec des sentiments de culpabilité, de honte, de mensonge et de vies dissociatives, de dénis et d'exclusions.
Ce que je trouvais intéressant, dans ce film, c'est la description de modèles masculins, des générations de fils, qui représentent la faiblesse de leurs modèles défaillants, leurs pères, et leurs échecs. L'acteur Tom Cruise a un rôle assez détonnant, qui conjure avec le stéréotype du héro, dans lequel nombre de films l'ont confiné. Il est gourou de la suprématie masculine et ses performances publiques, son jeu scénique, sont captivants, pour coacher la virilité des hommes. On apprend bien plus tard, qu'il est traumatisé par la mort de sa mère, causée par les violences de son père, et de l'abandon de son père face au cancer de sa mère. L'affirmation de sa virilité serait liée à sa volonté de protéger les femmes. Ce jeu surjoué (Respect The Cock ! Voir l'extrait vidéo) est aussi le jeu d'une violence masculine et de domination sur les femmes, comme le père infidèle le faisait auprès de sa femme, il la violentait, se sentant supérieur. "Frank" (rôle de Tom Cruise) a refoulé toute sa vie, l'amour pour sa mère. Ce sera sa faiblesse ultime lorsqu'il devra répondre à une question d'une journaliste qui connait le décès de sa mère, alors qu'il ment et cache cette disparition à tous. Il réalise ainsi, en passant par une palette d'émotions contradictoires et violentes, que la haine qu'il porte à son père (en train de mourir d'un cancer) vient de cet amour déchu et de sa propre défaillance en prise avec les exigences d'une société patriarcale, car il se présente comme un célibataire endurci et sans famille. Auprès du chevet de son père, qu'il accepte de voir, in fine, il revit la même scène que lorsqu'il était enfant auprès du chevet de sa mère mourante, lui seul à l'accompagner alors que son père les a abandonnés tous les deux. Après l'avoir insulté, ce fils l'implore de ne point s'en aller. Cette scène est réussie et montre la complexité des liens familiaux : il condamne son père et le pardonne en même temps, en affirmant sa force et sa faiblesse, sa fragilité qu'il masquait avec sa secte suprématiste masculine. Et c'est à ce moment qu'il assume sa masculinité sans la misogynie, en endossant le rôle patriarcal.
Dans les films de Paul Thomas Anderson, les mères sont mortes, ou négligentes ou présentent des failles émotionnelles. Dans le dernier film que j'ai vu, Phantom Tread, ces jours-ci à l'écran, la mère défunte du héro modéliste, s'impose comme fantôme en mariée, la seule à être autorisée à hanter ses souvenirs et à lui donner une voix professionnelle, autoritaire. Il en vient à oublier sa femme jusqu'à la soumettre aux lois et emplois du temps de son métier. Cette dernière aura, également à s'émanciper de règles officielles et officieuses du patriarcat en observant que ce n'est que dans la maladie, que son amoureux reste avec elle, et qu'elle peut le guérir en lui apportant ses soins. La suite est masochiste, car c'est en l'empoisonnant juste un peu, qu'elle le met à terre, afin qu'il reparte travailler avec plus d'amour dans son cœur. Ce couple affirme ses liens affectifs dans une relation aigre-douce, où la femme domine l'homme après l'avoir empoisonné. On dit bien d'un individu qui embête, qu'il empoisonne la vie. Mais cette femme reprendra ainsi le même rôle de la mère de son amoureux, qui, tel un fantôme, hantait sa vie, dominait sa carrière, jusqu'à ce qu'il entende sa voix, l’entraperçoive dans sa chambre, malade, habillée en mariée, comme s'il s'était en fait marié à sa mère. Ce lien indéfectible, fait qu'une femme souhaitant rester auprès de ce mari, devra s'y superposer, à cette image de la mariée-mère, se soumettre à sa silhouette, ses robes, et qu'ainsi elle pourra le maltraiter à son tours, afin de le posséder totalement.
Dans le film Magnolia, aucune des femmes n'a l'opportunité de prendre la place de l'autorité des hommes, et aucune ne s'affirme contre les erreurs des hommes (père-mari-fils...) Elles participent toutes à l’effondrement du patriarcat et ne sauveront pas la cellule familiale. Ce film dure 3 heures mais on le les voit pas passer. Dans un jeu interactif, nous suivons différents personnages avec leur mémoires traumatiques, enfances brisées, amours perdus, espoirs de renaissances, transformations émotionnelles. Cela dit, pour d'autres raisons, j'ai particulièrement apprécié le film "Inherent vice" (2014), peut-être dans un autre article.

Le pardon


Dans le film Magnolia, j'ai perçu une ode au pardon et je me suis souvenue de deux notions que la philosophe Hannah Arendt avait introduit en politique, le pardon et la promesse.

« Ces deux facultés, écrit-elle, vont de pair : celle du pardon sert à supprimer les actes du passé, dont les ‘fautes’ sont suspendues comme l’épée de Damoclès au-dessus de chaque génération nouvelle ; l’autre, qui consiste à se lier par des promesses, sert à disposer, dans cet océan d’incertitudes qu’est l’avenir par définition, des îlots de sécurité sans lesquels aucune continuité, sans même parler de durée, ne serait possible dans les relations des hommes, et des femmes, entre eux. »

jeudi 1 mars 2018

Il Barone rampante

Photographie © Sonia Marques

Il est un moment où le silence de la campagne se forme, au creux de l'oreille, d'une menue poussière de bruits: un croassement, un glapissement, un froissement furtif dans les herbes, un clapotis dans l'eau, un piétinement entre terre et cailloux, et, dominant tout autre son, le crissement des cigales... Les bruits se mêlent l'un à l'autre, l'ouïe parvient toujours à en discerner de nouveaux, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore. Les grenouilles ne cessent de coasser et cette basse continue ne trouble pas plus le fourmillement sonore que la continuelle palpitation des étoiles ne change la lumière de la nuit. Mais que s'élève ou passe le vent, tous les bruits aussitôt se transforment et se renouvellent. Seul reste, au plus profond de l'oreille, l'ombre d'un mugissement ou d'un murmure - celui qui vient de la mer.

Le Baron perché (titre original en italien : Il Barone rampante) est un roman d'Italo Calvino publié en 1957

Séquoia

Dans ma ville, Limoges, un homme est monté dans l'arbre devant la mairie le 14 février dernier. Perché en haut du Séquoia, il est resté la nuit, le jour. Il voulait dire quelque chose au maire. Le maire, psychiatre retraité est venu le prendre en nacelle avec une psychologue, mais au lieu de l'entendre, ils l'ont envoyé à l'asile des fous. Ce baron perché est grimpeur-élagueur de profession. Il a 47 ans et vit à cieux. Quel nom de ville prédestiné ! (lire l'article de presse locale)
Ce qu'il souhaitait exprimer : une injustice. Convoqué au tribunal, car il n'avait pas payé une amende lorsqu'il a été arrêté pour avoir fumé un joint, se soignant ainsi d'une sciatique chronique, il a attendu 3 heures au tribunal et a été condamné sans avoir été auditionné alors qu'il était bien présent. En colère, il s'est senti abusé, que l'on se soit moqué de lui et a souhaité aussi se moquer des injustes en se perchant dans le plus grand arbre, la fierté de la mairie, souvent décoré à Noël : un Séquoia.
Depuis il est enfermé dans un asile.
Non seulement, il n'a pas été entendu au tribunal, mais pas non plus après sa rencontre avec le maire.

Installation des écoutants (terre, peinture, tissage) © Sonia Marques


Profession professeure

Cette histoire m'a interpellée car il m'est arrivé la même chose dans ma ville. En septembre 2016, la veille de ma rentrée scolaire, j'ai été convoquée à ce tribunal, à côté de la prison de Limoges. Le lendemain, je devais me rendre à l'école d'art de Bourges pour une réunion pédagogique. J'avais alors 43 ans et 16 années d'expérience dans ma profession d'artiste professeure en multimédia. Le motif : selon la directrice de l'école d'art de Limoges, j'aurai rendu un ordinateur portable dans un état de "saleté remarquable", avec des "déchets", "de la terre", ce qui prouvait que je ne "prenais pas soin des outils de l'école". Sans aucune preuve et l'ordinateur rendu 2 années auparavant fonctionnait très bien. Sur cette convocation, ma profession n'était pas inscrite et mon lieu de travail non plus. À la place était inscrit mon lieu de naissance, c'est-à-dire en banlieue de Paris, dans le 93.
J'étais donc accusée d'avoir détérioré un ordinateur portable d'une école d'art nationale (sous la tutelle du ministère de la culture), moi, une femme de la banlieue du 93, sans profession, qui souille volontairement les équipements de l'école.
Somme réclamée : 134 euros et quelques.
Le tableau impressionniste : Touche après touche, humilier une professeure, dans le cadre de ses fonctions, en modifiant son statut, c'est-à-dire, en déniant sa profession et son lieu de travail, afin que les juges ne puissent juger à bien. L'interprétation première lorsque l'on a ni le temps de lire, ni le temps d'enquêter, lorsqu'un tribunal est bondé et que plusieurs erreurs sont déjà dans le décor c'est :  une femme qui vient de sa banlieue 93, doit être jugée pour avoir été sale et souiller les équipements de l'école. Et pourquoi ferait-elle cela ? Parce qu'elle est bête, n'a pas fait d'étude; une sauvageonne qui mérite la prison et vole le travail des autres...
En attendant dans ce tribunal, une vingtaine d'affaires, des avocats partout, des affaires de viols, j'étais parmi les violeurs. Un homme est même tombé à terre évanoui, les pompiers sont arrivés, il y avait tellement d'attente, 2 ou 3 heures de retard, les inscriptions sur les salles d'audiences étaient erronées, chacun rentrait dans une salle d'audience comme s'il rentrait dans sa boulangerie chercher son pain, alors qu'une autre affaire était en cours et se faisait insulter pour refermer la porte aussitôt. Ce décor de film à la Tati, dans ce tribunal tout neuf et glacial, provoquait quelques pas de danse mécanique et en rétropédalage.

Comme le baron perché, j'ai attendu que l'on m'appelle et l'affaire fut jugée sans moi. Il se trouve que la directrice avait envoyé une comptable de l'école nouvellement recrutée, donc ni elle ni moi ne nous connaissions, n'avions jamais été présentées. L'employée déléguée ne devait même pas connaître l'affaire, ni ma profession. Et un autre nom que le mien a été appelé, puisque mon nom a été écorché. Le temps passant très long, l'ouïe parvenait toujours à en discerner de nouveaux sons, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore, je me suis adressée à l’accueil pour savoir quand est-ce que je devais passer, car cela faisait 2 heures que j'attendais. Quelques pas de danses mécaniques et rétropédalages plus loin, on m'apprenait que l'affaire venait d'être passée, sans moi et que tout était déjà jugé, sans ma présence avec seulement la partie adverse. En me présentant et décrivant mon identité devant la juge, elle me dit ceci : "Si vous étiez vraiment professeure, vous seriez plus concentrée" car rien n'indiquait que j'étais professeure. Le président qui s'occupe du tribunal a vu la scène, tous les avocats présents avaient bien remarqué ma présence également et se plaignaient de la désorganisation ce jour là, mais cela semblait être comme cela tous les jours. Ce président m'a épaulé afin que l'audience soit reconduite et m'a dit que ma convocation c'était n'importe quoi.
En recevant ma nouvelle convocation, je suis devenue un homme sur les papiers et ma profession ne fut toujours pas inscrite, malgré ma demande. Puis un report plus tard, la comptable ne s'est jamais présentée, ni au 2e, et la somme m'a été enlevée de mon salaire, sans aucune information, sans que je ne sois convoquée de nouveau. D'autres procédés de harcèlement se sont succédés, par cette direction, jusqu'à ce jour, mon poste est en vacances, afin que je sois remplacée.

Ce baron perché me rappelait vraiment mon histoire, j'ai été assez traumatisée de la désorganisation du tribunal qui juge sans que l'on soit présent. Ma convocation était fausse, l'identité et le motif. J'en ai conclu, malgré mes courriers, sans réponses, que l'on pouvait être accusé à tort et que l'on pouvait avoir une saisie sur le salaire sans avoir été jugé, sans avoir même pu être entendu ou pire, sans être vu (tout en étant présent)

Serions-nous devenus des hommes et des femmes perchés sur un arbre :

"Pour bien voir la terre, il faut la regarder d'un peu plus loin." Ecrivait Italo Calvino.


On imagine ainsi le nombre d'affaires réglées par la justice lorsque des directions ne vous apprécient pas, parce que vous êtes trop pauvre, trop brillante, trop belle ou trop moche, trop sale, selon l'appréciation, trop incompétente ou pas assez, qui sait, …selon l'humeur du jour.
Et ainsi on fini par vous enlever votre poste, et votre carrière s'arrête.

Comment dénier l'être femme, l'être professeure.
En sélectionnant la bêtise, qui ne sait ni lire ni écrire, pour vous juger.
Apprenons que dans la bêtise, une société entière se cache, la plus contemporaine, celle de maintenant.

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Les écoutants (sculpture, terre, peinture) © Sonia Marques

Il est un moment où le silence de la campagne se forme, au creux de l'oreille, d'une menue poussière de bruits: un croassement, un glapissement, un froissement furtif dans les herbes, un clapotis dans l'eau, un piétinement entre terre et cailloux, et, dominant tout autre son, le crissement des cigales... Les bruits se mêlent l'un à l'autre, l'ouïe parvient toujours à en discerner de nouveaux, comme, sous les doigts qui cardent un flocon de laine, chaque nœud se révèle fait de brins plus fins, plus impalpables encore. Les grenouilles ne cessent de coasser et cette basse continue ne trouble pas plus le fourmillement sonore que la continuelle palpitation des étoiles ne change la lumière de la nuit. Mais que s'élève ou passe le vent, tous les bruits aussitôt se transforment et se renouvellent. Seul reste, au plus profond de l'oreille, l'ombre d'un mugissement ou d'un murmure - celui qui vient de la mer.

À ce moment, mes œuvres étaient prédestinées en écho à ces actes malveillants obstinés. J'ai réalisé une série de sculptures en terre, nommée "Les écoutants", car, à force de se taire, ces habitants ont eu les oreilles plus grandes, elles ont poussé, car ces habitants écoutaient tout en se taisant. Il veillent la nuit car ils transforment leur peinture en lumière, une fois le soleil couché. J'ai bénéficié d'une aide à la création de la DRAC du Limousin, pour laquelle, en toute indépendance, j'ai réalisé des tissages différents. Ce long travail de recherche m'a mené à une conférence à l'école d'art de Bourges où j'ai décrit toutes ces réalisations. Dans les photos ci-dessus, on peut voir également une sculpture nommée "La main de Bouddha". C'est une réalisation au nom du pacifisme qui m'a animé durant le harcèlement moral subit. Je reste une artiste soigneuse, de l'écrit aux images et tissages, de la sculpture aux photographies, à ce blog, au multimédia, qui s'est bien intégrée dans son nouvel environnement, le Limousin et a célébré, de façon singulière, la discrétion de son regard sur ce monde touffu, tout fou.

samedi 13 janvier 2018

Ḻε﹩ ḟ℮﹩﹩é℮ṧ

"Le 9 janvier 2018, à l’heure où Oprah Winfrey affirme aux États-Unis, lors des Golden Globes, « Nous avons tou•te•s vécu dans un monde brisé par des hommes puissants et brutaux… […] Mais leur temps est révolu. Leur temps est révolu ! », au même moment, en France, une tribune publiée dans Le Monde par des femmes majoritairement blanches et bourgeoises (qui n’emploient pas l’écriture inclusive) vient au secours de ces hommes puissants, revendiquant leur “droit à importuner” les femmes. Elles nous informent que de toute façon « les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité ». Et que « le viol est un crime. Mais… ». Mais quoi ? « La drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. »

Extrait du texte : Les féministes peuvent-elles parler ? Des auteures : Hourya Bentouhami, philosophe, Isabelle Cambourakis, éditrice, Aurélie Fillod-Chabaud, sociologue, Amandine Gay, réalisatrice, Mélanie Gourarier, anthropologue, Sarah Mazouz, sociologue, Émilie Notéris, auteure et théoricienne queer.

Je suis signataire de ce texte, car ok, il en fallait un auquel je puisse un peu me référer en ce début d'année, avec des auteures dont les travaux ont un intérêt, intellectuel, que je peux suivre. Je déteste les pétitions et ne les signe pas, surtout lorsqu'il y a une pelleté d'artistes qui ne signent que pour valider leur intégration dans le système de l'art. Signer des textes que l'on juge, après lecture posée, comme faisant partie des paroles que l'on pourrait porter, ok, et après ? Le titre, je ne le trouve pas bien (Les féministes peuvent-elles parler ?) De mon point de vue, c'est de l'écriture que nous manquons, d'auteures et non de blablas, il y en a tant relayé par nos médias. Fatigance.
Le logo, peu faire mieux, le blog wordpress, bon, c'est vite fait. J'avais déjà signé le texte "Not surprised", versus américain, sur le site, il était vite fait aussi. J'avais écrit un article sur mon blog, Il pulcino nero, avec mon expérience, des dessins. Parfois je me dis, à quoi bon ? Je ne fais que devenir une aquoiboniste qui philosophe et questionne la nécessité d'entreprendre toute action, quelle qu'elle soit, au risque de parfois ne rien réaliser car est-ce que l'action mérite autant d'effort ? Tant de pédagogie après cette tribune, ce petit monde ne mérite pas tant d'attention, tant d'explication de textes... En tous cas, mes efforts ne vont pas dans ce sens, ainsi ne sont-ils pas lus de ce petit monde ;.) Poésie mon amie.

Partir d'une tribune mal écrite par des femmes désespérées et anciennement starisées, du porno à l'art au cinéma... c'est un mauvais départ. Surtout s'il n'y a que les extrêmes (droite) pour y adhérer ou les dictateurs (d'Italie à d'autres bientôt). Honte plutôt. Car, en fait, on ne s'y intéresse pas à cette tribune protégée dans le journal étatique LeMonde... Ces femmes veulent être frottées ? Qu'elles commencent par publier de façon autonomes, et non protégées, dans une presse entièrement conçue par des hommes aux portefeuille pas du tout riche, ni intérieurement puissants (à inverser aussi). Ce qu'il nous manque, évidemment c'est la visibilité d'auteures vraiment précises, sensibles, d'artistes de notre temps, d'inventeur.es, tout cela est effacé par ces starlettes tristounes que l'on doit supporter davantage, tant elles alourdissent toujours un peu plus les débats, rejointes par leurs copains, si ce ne sont leurs copains qui les commandent à distance (aller hop, au boulot ma grande ! Defend mon merdique comportement, et puis blanchie mon viol au passage, le tout en une phrase)  Et oui la Suède peut bien rire de ce qui est montré en France. Cela parle bien, blabla, inefficace, c'est cela que l'on montre fièrement. On préfère toujours maltraiter des femmes, les lyncher. Mais les plus intéressantes on ne les montre pas, car on ne sait les reconnaître. Gros problème de critères en France, c'est le foutoir en quelque sorte ! L'extrême désordre, la perte de sens, mais aussi ce foutoir, ce lieu de débauche. Tout débat se termine par des insinuations culculs inintéressantes. Le débat médiatique peut prendre en France, s'il contient ce supplément de sexe à l'ancienne et ces fantasmes d'un autre monde, un monde sadien, triste et peureux, dans de petits salons poussiéreux. Cacher ce sein que je ne saurai voir, ce sexe... Ha les femmes et leurs dures histoires de passations. La filiation... On écrit nos pairs, côté université, mais nos mairs, cela existe cela ? Marâtre oui, mais parâtre, on n'utilise pas ce mot, il existe pourtant. On préfère lyncher les femmes. Donc dures histoires, ça passe mal, ça fracasse et ça fait pleurer. Je ne suis pas pour le panthéon matriarcat, quelle horreur. Nombre de femmes veulent le pouvoir pour faire exactement la même chose que l'on a détesté chez les hommes, leurs décorations militaires, etc. Alors elles s'activent dans le mauvais sens, et vas-y que jt'e file une légion d'honneur de mère en fille, d'une année sur l'autre... Ridicule. Comme Harvey Weinstein, elles veulent la légion d'honneur. Ok. Chacun son truc. Observer ces tragiques circonvolutions post-mortem de femmes en groupe pour mettre un nom oublié sur Wikipédia, motiver les troupes pour écrire des textes sur des femmes, qui, de leur vivant, n'en aurait pas voulu, se battre pour obtenir la signature, son nom, son édition, en profitant des morts. Stop. Pfff ! Fatigance.
Gratter, gratter, faire les fonds de casseroles pour espérer avoir son icône, son effigie, qui représenterait toutes les autres, besoin d'un modèle, d'une présidente, à manipuler. Tout cela ne m'intéresse pas. Ainsi, la recherche au féminisme correct ou provoquant, politique ou archaïque, régressif, extrême, tout cela ne m'intéresse pas du tout. D'ailleurs tous ces textes qui cherchent des électeurs, électrices potentiel.les, savoir si l'on peut trouver des suiveurs et des suiveuses... Mais déjà tous les followers du monde à cliquer sont à disposition de façon virtuelle, pour celles et ceux que la recherche horripile, penser plus besoin, je te veux dans mes followers, le programme fera le reste. Le programme ? Mais par qui et comment est-il fait ? Cela intéresse-t-il ? Femmes artistes, actrices des hommes, comme les Catherine déchues, cliquent comme de jeunes connectées sur tous les réseaux sociaux, afin de récolter des suiveurs et suiveuses et exposer leurs photos, leurs trucs et babioles. A quoi bon ?

Ce que j'observe ce sont des monopoles, surtout dans l'art et les médias et la finance (ils marchent ensemble ces systèmes) Celles et ceux qui écrivent ou peuvent avoir une tribune dans un journal étatique sont celles et ceux en marge de notre monde. On a cru pouvoir nous faire croire l'inverse (cette phrase est un peu escarpée, croire pouvoir, mais cru, pas cuit). Pourtant ces gens, ces groupes, sont en marge de notre monde. On les regarde, on les lit, parfois on ne veut plus, on s'éloigne, trop c'est trop. Le "on" c'est l’anonyme, nous tous. Ils et elles ne savent pas, ils ne connaissent rien, ils ont peur de perdre, de vieillir, de mourir et font confiance aux images, ce sont leurs illusions. Pourquoi en marge ? Parce qu'ils et elles ne vivent plus mais aimeraient tant, tant être frottés aux autres, être violés, être sous une tente (combien de riches soutiennent haut et fort aider les migrants)... Halala. Et puis, ils et elles s'embarquent pour représenter les pauvres. Les artistes et leurs milles résidences et projets bien corrects. Ça craint non. Les images se brisent. Et les actrices comprennent qu'elles ont été manipulées, quand d'autres espèrent encore devenir actrices, être manipulées.

Fessées pour tous. Mais pas pour toutes !

J'aime bien l'image qui illustre cet article. Je n'ai pas de référence, c'est rare. Surtout les 2 souris qui regardent la fessée, attendent-elles leur tour ? Ou bien, leur tour est déjà passé. Peut-être que les 3 souris ont harcelé la grande souris juste avant ? Je ne sais rien, mais cette illustration me faisait penser à cette tribune débile donnée à ces femmes désespérées qui tapent au hasard, sans discernement, en commençant par la première souris qu'elle voit, le #metoo ou le #balanceonporc. Ces # ont terriblement réduit les phrases et les échanges. Enfin, cette illustration représente, de mon point de vue, toutes ces tentatives vaines de moralisations de la vie publique et privée, tandis que notre monde s’éteint, devient inaudible, dans ces tornades et coups de vent, ces naufrages métrologiques, ces inondations, ces violences, oui, tant et tant d'impunis. On ne sait pas, après ce monde... le grand jugement, transformation en carotte ou concombre selon tes fautes, en endive ou en ortie.
Tu piqueras plus tard, en attendant tu polis.

Il y a eu plusieurs textes, certains je trouve ok aussi :

"A vouloir les défendre (les hommes), vous les méprisez, au même titre que les femmes. Vous méprisez les hommes et leurs possibles remises en question, leurs réflexions et solutions sur la question. Voire leur pardon et prise de conscience! Pire vous les infantilisez... pour les élever au statut des enfants rois. De ceux qui ne géreraient ni leurs caprices et leurs agissements, si englués qu'ils sont dans leur misère sexuelle. Et donc n'en auraient à assumer encore moins les conséquences de leurs actes. La sentence. La punition!"

Mathilde Bourmaud, journaliste : article du 11/01/2018 , "Madame Deneuve, vous n'aurez ni notre peur, ni notre renoncement"


«Ceux qui s’inquiètent d’une disparition de la séduction à la française opèrent un glissement très problématique entre séduction et harcèlement, explique Catherine Achin. Même s’il y a eu quelques dénonciations brutales, ce mouvement ne veut pas dire qu’on refuse les relations de séduction mais qu’il n’est pas normal de penser que les femmes sont disponibles.» En toile de fond, la tribune d’un collectif de 100 femmes publiée par le Monde défendant «la liberté d’importuner». «La séduction, c’est l’art de s’assurer que l’autre veut aller plus loin, explique la sociologue Irène Théry. Ce qu’on reproche à DSK, Weinstein… ce n’est pas d’être des séducteurs, cette confusion doit cesser. C’est d’avoir agi comme des prédateurs sexuels.»
«Certes, sous l’ancien régime des femmes tenaient des salons, avaient des positions de pouvoir, mais elles étaient quand même exclues de la politique. On fait comme si l’universalisme républicain, l’idéal d’égalité, nous mettait à l’abri des discriminations. Ce n’est pas le cas», juge Catherine Achin, professeure de sciences politiques à Paris Dauphine.
«La France est l’endroit où naît l’amour courtois : le chevalier s’adresse à la femme du seigneur qui est inaccessible. Nous avons un système de pensée dans lequel il y a les femmes pour lesquelles la sexualité serait une souillure, et les autres.»
C’est aussi la thèse de l’historienne Michelle Perrot : «La galanterie est une merveilleuse invention du siècle des Lumières, qui fait des femmes les maîtresses des salons de la société en leur refusant l’égalité.»

Charlotte Belaich, journaliste : article du 11/01/2018, "La «séduction à la française» est-elle en danger ?"


"Or, loin d’être politique ou critique, ce texte semble l’expression d’un fantasme sexuel construit à l’époque où Catherine Deneuve, la signataire emblématique de cette tribune, tournait Belle de Jour (1967). En effet, la scène sexuelle qui hante ce pamphlet est née à l’époque où les femmes investirent en masse les universités et le monde du travail tandis que dans leur vie sexuelle et familiale, elles continuaient à être dominées par les hommes. Les femmes émancipées de l’époque fantasmaient un érotisme «ancillaire» qui leur servait de compensation à leur nouveau pouvoir social."
"Les signataires n’imaginent même pas une seconde que ce soient les femmes aux pulsions bestiales et incontrôlables qui importunent les hommes de leurs assauts. Ce sont toujours elles les objets que l’on convoite. On dira que c’est juste un tout petit détail qui n’entame en rien la revendication de la liberté d’importuner, le cœur de la liberté sexuelle que les signataires revendiquent avec tant d’ardeur."
"Pourtant, c’est cette inégalité supposée naturelle dans la position sexuelle des hommes et des femmes que rend cette tribune si réactionnaire, si terriblement ringarde. En effet, si les hommes et les femmes s’importunaient réciproquement, à égalité, il n’y aurait plus de domination de genre dans la scène érotique. Bien sûr, il y aurait toujours des abus sexuels liés à des situations de pouvoir, mais ils ne seraient plus du tout le reflet d’une domination structurelle exercée par les hommes sur les femmes, comme c’est le cas aujourd’hui."

Marcela Iacub, journaliste : article du 12/01/2018, "Que truies et porcs s’importunent réciproquement !"


Un autre article écrit quelques jour après cet article sur mon blog BMK, me paraît clair, celui de Françoise Vergès. Alors, je l'ajoute, en joutes. Il est intéressant, dans chacune des parties exposées, des articles de femmes (Iacub, Vergès) d'y lire leur "pâte" depuis leur parcours écrit (Iacub et son livre, "Belle et bête" de 2013, où déjà le porc était décrit depuis l'affaire de viol franco-américaine du politicien DSK ; Vergès et son parcours familiale de pouvoir, complexe, et ses récents engagements sur l'écriture post-coloniale) Cela dit, chacune défend sa paroisse, et là, aucune d'entre elles n'a souhaité être associée à cette tribune ringarde et a souhaité le dire et l'écrire... au cas où. Peut-être fallait-il, pour ces femmes, se mettre du côté du gouvernement, qui s'est tout de même engagé à faire bouger les lignes, contre les violences faites aux femmes...

Il est intéressant de noter qu'aucun homme, jeune ou vieux, ou pas tout à fait homme, ou nouvellement... que sais-je... ne s'est encore prononcé dans les médias. CQFD : Ils ne sont pas concernés par l'égalité entre femmes et hommes, ni par les violences faites aux femmes, ou bien, ils ont trop peu d'expérience pour la relater, trop peu de volonté politique pour se joindre, ou apposer un autre regard, avec celui de toutes ces femmes armées, ou désarmées, interrogées sans cesse.

"Le manifeste des 100 femmes (qui défend la « liberté d’importuner » est une ode à l’idéologie néolibérale. Dans leur perspective, l’individu.e fait librement son marché choisissant parmi toute une panoplie de possibilités. Cet individu.e vit dans un monde impartial où toutes les femmes jouissent des mêmes facilités, ressources, moyens, droits et opportunités. C’est un monde enchanté et enchanteur où ne s’exerce aucun pouvoir ni aucune distinction de classe, d’ethnicité ou d’âge. Mais ce monde-là n’existe pas."

"Il ne me semble pas qu’il soit utile de leur reprocher un manque d’empathie et de solidarité. Certes, il est tentant d’opposer l’action des actrices nord-américaines qui ont rassemblé plusieurs millions de dollars pour un fonds consacré à l’aide judiciaire de femmes victimes de violence et harcèlement sexuels (ouvrières agricoles, ouvrières dans les métiers de services…) à celle de ces actrices et auteurs françaises."

"Face au vide abyssal de leur argumentation, on aurait également envie de leur rappeler l’action des femmes salariées d’une entreprise effectuant le nettoyage des trains de la gare du Nord qui se sont battues pendant cinq ans pour faire reconnaître que le harcèlement sexuel — avec attouchements, gestes obscènes, humiliations, licenciements, et racket — n’était pas une attaque contre la « liberté d’importuner », mais une demande légitime de respect et de dignité.
"

"Elles sont persuadées que leurs fantasmes sont la preuve d’une culture, d’une éthique et d’une esthétique supérieures à celles de ces pauvres gens qui s’imaginent que faire l’amour dans un lit est source de plaisir ou qui n’ont rien compris au marivaudage. Ce sentiment profond de supériorité culturelle leur sert de bouclier. L’ennui nous saisit d’ailleurs à voir se recycler de vieilles lunes sur le pouvoir au cœur des jeux sexuels. Peut-on avouer la fatigue d’avoir affaire à des adversaires qui nous obligent à une pédagogie que pourtant nous savons être inutile ? Leur ignorance est intentionnelle — en effet, vouloir apprendre, vouloir comprendre c’est toujours d’abord, ne plus se mettre au centre — leur intérêt profond est d’ignorer des faits, de nier l’existence d’abus de pouvoir, de la manière dont sexisme et racisme agissent quotidiennement dans la vie de millions de femmes."

Françoise Vergès, politologue : article du 15/01/2018, « La liberté d’importuner est une ode à l’idéologie néolibérale »

Tuning et maquillage complet ce soir, paillettes et vestiges du chaos *



mardi 19 décembre 2017

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La vérité

© Sonia Marques (2013-2016)

lundi 11 décembre 2017

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