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mardi 14 janvier 2020

ℯη⊥яℯ ʟ❝ℑηⅾґε ℮☂ ℓ℮ ☾нεґ

Nous étions garés là au numéro 7 : les timorés.

Où sont ces courageux du Cher ? Chère école d'art ? Les indignés, les syndicalistes, les grévistes, les écologistes, les féministes, les anarchistes, les artistes ? Tous ces ISTES ? Ne serait-ce que des bourgeois calfeutrés à Bourges, avec leurs images contre les policiers, pour toutes les ZAD, contre et contre et contre... Mais en fait, nul part, le courage, nul part. Le train train, avec ou sans train, refrain quotidien, zones privilégiées, confort rétro-viseur. Regarder, ne rien dire, ne pas voir, mais la délation... Toujours. L'imprévu est arrivé. Adieux timorés.

Berbères, marocains, algériens, années 50-60-70, broches de nacres et porte-bonheur cœur rose, la vie qui bat et qui s'arrête de battre. À la recherche de l'oasis, dans un désert d'amour et de dunes, aux tortures de sables mouvants et des maladies de mouches. Les gazelles en fuite car les cornes, je me souviens, artistes berruyers et berruyères encornés, qu'un correcteur informatique remplace par serruriers, parce qu'ils ont perdu les clés de la sincérité. Travestir la vérité et inventer des rumeurs, afin de fermer les portes à clés et qu'aucune joie ne souffle sa fantaisie. Aux militaires l'organisation, aux marais, les noyés sur fond d'explosions nostalgiques de guerres jamais déclarées. Le racisme file doux, on ne l'entend pas vous rejeter Cher Bourges, aux rives des silencieux des croches pattes ivres et rougeâtres, mais au trans punk politiquement correct.

Adieux le Cher, bonjour l'Indre. Une visite au hasard : « Je pense donc je suis » de l'artiste Paul Bonnin, à l’école municipale des Beaux-Arts de Châteauroux. Nous quittions Bourges, l'artiste fut diplômé de l'école des serruriers, mais non, des bourgeois, mais non, des cornes, mais non des manipulateurs de wikipédia... Les rois sont nus et les reines se prennent pour la crème des crâneuses en chiant sur les vieux art press. Qu'est-ce qu'ils écrivent mal...

Qui se souvient de lui ? Qui se souvient de moi ? Nous voici réunis par le plus grand des hasards, et celui-ci se nomme René, né une seconde fois. Persévérants, logiques et intelligents, ils sont efficaces, les Renatus. Réfléchis et raisonnables, ils ne prennent pas de décisions à la légère. Cent ans de réflexion. Qu'est-ce que le désert ?

RENATUS

Photographies de l’œuvre "Chaînon manquant" de Paul Bonnin

Photographie de sa documentation

Photographies de l’œuvre "Albinos" de Paul Bonnin

Vue de« l'exposition " Je pense donc je suis" de l'artiste Paul Bonnin, à l’école municipale des Beaux-Arts de Châteauroux

cogito ergo sum

Le vernissage allait se dérouler le soir, pendant que je discutais avec l'artiste, quelques interférences se sont produites, comme autant de bruits et de parasites. Les essais du micro pour la présentation du soir, un ancien enseignant interrompant notre échange, des visiteurs et visiteuses... Cela ne nous a pas empêché de continuer le lien de la conversation. Oui, car comme l'exprime si bien le titre, nous pensons, donc nous sommes. Descartes savait déjà supposer qu'un malin génie pouvait nous empêcher de penser, si nous nous arrêtions à ce que nous percevons, nous entendons, nous répétons :

“Je supposerai donc qu’un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, a employé toute son industrie à me tromper; je penserai que le ciel, l’air, la terre, les couleurs, les figures, les sons, et toutes les autres choses extérieures , ne sont rien que des illusions et rêverie dont il s’est servi pour tendre des pièges à ma crédulité; je me considérerai moi-même comme n’ayant point de mains, point d’yeux, point de chair , point de sang ; comme n’ayant aucun sens , mais croyant faussement avoir toutes ces choses; je demeurerai obstinément attaché à cette pensée ; et si, par ce moyen, il n’est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d’aucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement : c’est pourquoi je prendrai garde soigneusement de ne recevoir en ma croyance aucune fausseté, et préparerai si bien mon esprit à toutes les ruses de ce grand trompeur , que, pour puissant et rusé qu’il soit, il ne me pourra jamais rien imposer“

Sans évoquer sa pathologie, l'artiste est atteint de mucopolysaccharidoses, une maladie génétique dégénérative qui le contraint à se déplacer essentiellement en fauteuil roulant, je demandais si je pouvais photographier 2 de ses céramiques et quelles étaient leurs noms. "Chaînon manquant", une bête entre caniche et sirène et "l'Albinos" sont venus me dire bonjour. J'étais loin de savoir que nous aurions pu nous croiser à l'école supérieure des beaux-arts de Bourges, chassé-croisé au milieu de tant de courageux...

Ainsi, de ce périple, et nos échanges, je réfléchissais à la connexion entre la monstruosité et la beauté.

La peur que suscitent ces 2 entités phénoménologiques, le rejet, la haine, la cruauté, la jalousie, l'envie, le dégoût...

Pierre Ancet, (dans son livre : Phénoménologie  des  corps  monstrueux, 2006.) écrit :

Le monstre met en péril la confiance que nous avons placée en la régularité de la forme humaine, cette confiance qui nous empêche d’envisager une déformation trop impressionnante de notre propre corps ou de ceux des autres. La monstruosité va trop loin dans la plasticité du corps pour les capacités de tolérance de l’observateur, il se protège donc en portant ce jugement qui le nie dans son humanité : « c’est un monstre » (quand bien même il est évident pour tout le monde qu’il est un être humain avant tout). La condamnation de l’autre permet à peu de frais de se protéger soi-même contre une trop grande proximité. Sans être dite, cette même idée de monstre peut être suscitée par le grand handicap physique ou le polyhandicap. L’atteinte du visage est tout particulièrement frappante. Mais là encore, nous le nions : dans le discours commun, le monstre n’existe pas, il n’y a que des personnes. Nous sommes tous égaux. N’en parlons plus. Et le silence se substitue à l’effort de verbalisation. La bonne conscience peut elle aussi être redoutable. Elle peut condamner par avance tout effort pour comprendre l’origine des représentations associées au corps monstrueux, pour dévoiler ses propres craintes, ses propres tendances au recul, masquées sous le rappel forcé des principes moraux.


Je pensais à ce qui repousse et attire, et comment repousse-t-on une personne qui nous attire ? J'ai vécu cela, sans comprendre ce que cela signifiait, mais entre la saleté et la sexualité il n'y a qu'un pas, un pas d'un passé que j'ignore et dont j'ai été, un moment, le réceptacle, seul miroir de l'histoire d'une femme qui souffre. Le rejet s'effectue alors à l'insu de la personne qui souffre, elle n'ose s'avouer son désir envers l'autre, et cet autre devient un repoussoir qu'il faut rejeter hors du monde. Cette sorte d'accouchement involontaire ou d'avortement avant que le désir ne s'affiche, permet à la personne souffrante de ne pas ressentir sa souffrance. Et pour s'en convaincre, elle doit convaincre le groupe où elle se manifeste, c'est-à-dire, la communauté même qui avait vécu sans se soucier des vices cachés de la personne souffrante. Pour convaincre, il faut user de la langue de la communauté, il est interdit d'interdire, mais il faut interdire sans le dire, c'est-à-dire : au nom de la liberté d'expression. Priver l'expression du non-dit, c'est avorter du désir, avant qu'il naisse aux yeux de tous. Et comme le désir était déjà là, avant la souffrance, la communauté est témoin du vice, toute la communauté est sommée de se taire. Et par ce seul secret, elle devient communautaire. Taire.

Le  désir  que  cet  être  difforme  pourrait  avoir  pour  moi,  ou
pire, que je pourrais éprouver pour lui, est selon la psychanalyste
Simone  Sausse  l’une  des  grandes  peurs  associée  à  la  figure  du
monstre viable. La sexualité est en effet un lieu où l’étrangeté peut
être attirante (ne serait-ce que par l’étrangeté des organes de l’autre
sexe).  Mais  cette  attirance  pour  l’étrange  doit  rester  cachée.
Qu’elle  appartienne  à  notre  sexualité,  qu’elle  soit  partie  prenante
de  notre  désir,  voici  qui  est  aussi  inavouable  qu’inacceptable.  Et
pourtant, ce qui est repoussant peut aussi attirer, voire séduire.
Voilà  pourquoi  les  images  apparemment  valorisantes  des
portraits  de  famille  deviennent  grâce  aux  monstres  l’envers  exact
de  ce  qu’elles  sont  censées  être :  elles  sont  une  exhibition  de  la
différence. L’image permet de regarder à loisir cette scène étrangement 
inquiétante,  avec  l’excuse  de  valoriser  l’individu  et  son
intégration  sociale  réussie.  Ce  recul  historique  nous  permet  de
réfléchir aux formes contemporaines d’exhibition du handicap. La
frontière  est  ténue  entre  le  voyeurisme  et  le  fait  de  montrer  la
différence dans le but de la rendre acceptable.

(Pierre Ancet)



Ce que je percevais des lâches, c'était leur facultés mentales de la délation. Elle était rapide, et irrévocable, au seul doigt levé. Non pas que tous ne voyaient pas la lune et seulement le doigt, mais qu'ils se pensaient ainsi tous cachés derrière un doigt levé, pointé vers autrui. Cette faculté historique, laissait feutrés et calfeutrés, les uns et les unes et les autres, attendant qu'un doigt se lève et pointe l'ahuri, le désinvolte, le négligeant, le distrait, le rêveur, le paresseux, le naïf, le brut, le figurant, tout ce que l'art nous permet, lorsque l'on est artiste, d'être, afin de créer. Si la création disparaît peu à peu, c'est qu'elle est jugée, elle ne peut plus figurer, elle doit se draper, ne plus se montrer, monstrueuse, si belle et si intelligente, si rusée, que les philistins prirent peur, et rejetèrent ce dont ils n'avaient guère l’appréhension, sensible.

La question de la nature du monstre n'est donc pas à entendre dans un sens métaphysique. Elle n'est pas qu'est-ce que ?, mais plutôt qu'est-ce que c'est que ça ? : ça, cette chose que j'ai sous le regard, ici et maintenant. Elle formule une interrogation pratique qui nous met en quête d'autrui, de cette trace de notre propre corps qui est un constituant fondamental de notre perception. Percevoir autrui, c'est pouvoir se repérer dans son propre corps, ressentir ses actions possibles comme de l'intérieur, d'une manière beaucoup plus profonde que dans une simple projection de soi sur l'autre. Autrui est toujours déjà donné, y compris dans la manière dont nous nous rapportons à notre propre corps. La correspondance entre le corps d'autrui et le mien n'a pas à être constatée : elle est vécue avant d'être constatée. Elle se vit sur le mode d'une correspondance entre ses actions et mes actions possibles (réelles ou imaginaires, puisque je peux sentir cette correspondance en suivant les actes d'un sportif de haut niveau). Dans ce cadre, la forme précise du corps importe moins que l'ensemble des actions possibles . Ainsi Merleau-Ponty ne parle jamais directement de la saisie de la forme corporelle de l'autre dans la Phénoménologie de la perception, mais du corps propre, comme moyen d'appropriation du monde et d'autrui, saisi à travers son action et son dessein plus que sa forme.

Je pensais à cette forme de cet oiseau pataud en terre noire, d'un gris profond que j'ai formé les lendemains d'un incendie qui a mis en péril nos vie. J'apprenais les jours suivants une révélation qui changea ma compréhension, toute une défiance disparue, la lune enfin dévoilée, plus besoin de voir et d'être vue, puisque le précieux fut reconnu. Si la communication se veut sauver les plus faibles et les plus pauvres, si elle revêt le costume du parfait gauchiste, du gilet jaune, ou de l'écharpe rouge, si les filles sont aussi serveuses en boîte de nuits qu'aux directions des écoles d'art, nous sommes bien là devant des incendiaires, d'une volonté qui n'est ni courageuse ni une évolution, mais un masque terrifiant sous la bienséance, une nouvelle vilénie qui n'a d'opportunités que les amertumes d'un passé inassouvis. Ces interdits d'interdire et ces désirs d'importuner l'autre toujours plus, comme si l'autre était l'objet, l'étranger toujours, le monstre à jamais, que l'on montre du doigt, afin qu'il devienne l'immonde, jugé par tous dans un instant de folie pure, de terreur, nous sommes bien là devant un nouveau diktat, qui a tout l'apparence de la liberté, et qui cache les vices les plus vils. Si l'on te nomme le monstre, c'est que les désignants ne savent ni dessiner ni désigner la lune. Si l'on te conspue, aussi vite que l'éclair, sans que tu ne puisses sentir la foudre, c'est que ton corps est si répugnant, si monstrueux et beau, ton intelligence déforme la réalité crasse des désignants. Tu es chosifié, mais tu sais que tu es sujet, qu'il échappe à l'entendement des mortels déjà morts sans avoir été cette feuille sensible où s'imprime le ténu, le temps, le vide, l'ennui et le manque, et que c'est par ton ouverture d'esprit que la liberté de penser passe dans ton corps et ton esprit.

Pourquoi les vielles personnes sont-elles rejetées de notre société ? Pourquoi ces vielles personnes détournent-elles leurs regard ? Pourquoi les jeunes personnes sont-elles violées par notre société ? Pourquoi les jeunes personnes détournent-elles le regard ? Pourquoi le regard disparaît ? Pourquoi ne dit-on plus bonjour ? Pourquoi part-on sans rien dire, ni au revoir ? Parce que seuls les corps parlent et disent adieux, même en fauteuil roulant, parce que seules nos pensées se rejoignent lorsque le même sentiment d'injustice s’égare, lorsque ce même espoir d'être compris se conjugue à l'instant : cela nous regarde.

Renatus, Repose en paix.

Pourquoi alors, la beauté se voile ?

Parce que la bêtise viole. Pourquoi les autorités se cachent derrière les indignés ou les policiers, parce qu'elles rejettent ce qu'elles sont, elles ne pensent plus, elles ne sont plus. Elles ont la fièvre.

La pudeur de se dire au revoir, comme baisser le regard au croisement d'un regard.

Et puis l'humour est arrivé d'un bateau d'Australie...

"Je pouvais me faire cueillir au moindre faut geste au moindre soupir. Il fallait faire très attention à la sécuritate. La sécuritate ramassait tout ce qui bougeait. Je me souviens les agents de la sécuritate de l'époque étaient tout en noir. Ils avaient des lunettes noires, des costumes, des chaussures et des voitures noires. Pour ressembler à l'ombre noire du pouvoir. Le rêve du dictateur de l'époque, c'était d'avoir un agent de la sécuritate par habitant. C'est-à-dire que la moitié de la population va surveiller l'autre moitié. Et vice-versa. Tu as fini de me surveiller, c'est à mon tour. Dans toute dictature, tout citoyen est présumé coupable tant qu'il n'a pas prouvé qu'il est innocent. Ce qui fait que les agents de la sécuritate circulent par millier au milieu de la population et ils ramassent n'importe qui au hasard, des échantillons de citoyens et ils les torturent pour voir s'ils sont innocents. Un gars de mon quartier a été emmené pendant 6 mois. Il a été torturé, comme il était innocent, il a été relâché, 3 jours après ils lui ont envoyé la facture pour rembourser l'électricité qu'il avait consommé durant les séances de… torture. Et en plus de cela il avait remboursé 14 matraques qu'il avait cassé avec son dos. Dans le procès verbal, c'était marqué : Pour détérioration, pour détournement de matériel de l'État à destination collective."

Extrait de Mohamed FELLAG - Un bateau pour l'Australie(spectacle complet)
Mohamed Saïd Fellag, de son vrai nom Muhand Fella, est né le 31 mars 1950 à Azeffoun, Kabylie, en Algérie est un acteur, humoriste et écrivain algérien. En 1991, Babor Australia est créé en kabyle, puis joué en arabe algérien à Paris. Au théâtre de l'Europe en 1992, il est joué alternativement en kabyle et en arabe algérien. Babor Australia, actualisé en Un bateau pour l'Australie en 2002, est basé sur une rumeur, évoquant l'arrivée prochaine à Alger d'un bateau australien supposé emmener des chômeurs pour leur procurer là-bas emploi et logement, qui provoqua une file d'attente devant l'ambassade d'Australie.

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OPALE A ENVOYÉ SES VŒUX EN AUSTRALIE EN FEU

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Photographies © Sonia Marques

dimanche 6 novembre 2016

ᙓﬡℱᗩﬡ♈ᔕ ᕍᗴᔕ ﬡᘎᗩᘐᙓᔕ

En octobre 2010, plus de 20 000 Sahraouis ont quitté El Aaiun pour installer à Gdeim Izik dans le désert un camp de 8000 tentes pour défendre leurs droits politiques, économiques et sociaux.  Depuis l'assaut des forces de sécurité marocaines le 8 novembre 2010 (6 années se sont écoulées depuis) pour démanteler ce camp, les manifestations se succèdent au Sahara occidental. Toujours pacifiques, elles sont réprimées, avec de nombreux blessés et de nouvelles arrestations.


En ouverture du deuxième festival du film d’Ici et d’Ailleurs, a été projeté dans la salle de la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges, le 4 novembre dernier, le film « Enfants des nuages, la dernière colonie », réalisé en 2012, par Alvaro Longoria et Javier Bardem. Un débat intéressant fut animé par Sdiga Dauger, membre de la délégation Sahraouie en France. J'ai pu rencontrer de dynamiques personnes associatives et apprendre des Saharaouis, et revoir une bonne rencontre au début de mon arrivée à Limoges.

Cultures Maghreb-Limousin est une association, culturelle, apolitique et non confessionnelle. Elle rassemble tous ceux et celles qui ont des affinités culturelles avec le Maghreb ou ceux et celles qui souhaitent aller à la rencontre des différentes cultures du Maghreb. L'action culturelle et éducative de l'association s'inscrit dans une démarche d'ouverture à l'autre pour un enrichissement mutuel des peuples des deux côtés de la méditerranée. Ainsi, l'association espère faire reculer l'intolérance, le rejet de l'autre et l'extrémisme. La présence de Sdiga Dauger, sahraouie a favorisé le partage d'une expérience et de son histoire, bien au-delà du film américano-espagnol (dont l'acteur Javier Bardem et Victoria Abril pour la voix off, ajoutent une autre teinte cinématographique) En découvrant le documentaire, on comprend comment celui-ci n'a pas trouvé assez de salles pour le diffuser, pourquoi il a été peut-être censuré aussi. Les intérêts de la France sont intrinsèquement mêlés à l'histoire des ces peuples nomades pacifistes, toujours réfugiées, qui ont connu pendant 18 années la guerre, dans le Sahara occidental.

Extrait de l'article "« Enfants de nuages, la dernière colonie » : le conflit oublié du Sahara occidental, Ce documentaire engagé, récipiendaire d'un Goya en 2013, affiche  une volonté pédagogique manifeste" de Sandrine Marques, journaliste au Monde :

Le Sahara occidental fut, jusqu'en 1976, une colonie espagnole. Depuis quarante ans, la région est à l'origine d'un conflit entre le Maroc, convaincu de sa souveraineté, et de l'Algérie qui a apporté son soutien au Front Polisario, constitué d'indépendantistes. Les opposants au gouvernement marocain continuent de subir une répression violente, dans le plus grand mépris des droits de l'homme. Depuis 2008, l'acteur espagnol Javier Bardem (dont la mère œuvrait avant lui en direction des femmes sahraouies), est allé à la rencontre des hommes politiques du monde entier pour les rallier à cette cause, ce que montre le documentaire.

Pour se présenter Sdiga Brahim Dauger dit ceci :

Je ne sais pas exactement en quelle année je suis née. Je sais que c’est au début des années soixante dix. Ma mère m’a dit que c’était par une nuit pluvieuse, sous une « bénia », tante sahraouie en tissus légers utilisée par les jeunes mariés pour camper dans la « badia ». Mais une chose dont je suis sûre, c’est que je suis une sahraouie ! En octobre 1979, lors des bombardements de Smara par l’armée marocaine, ma famille et beaucoup d’autres familles sahraouies, ont dû fuir au milieu de la nuit sous les bombes et les balles en abandonnant maisons et biens... Avec l’aide du Front Populaire de Libération de Saguiat el Ramra et Rio de Oro (Front Polisario), nous avons atteint les campements de réfugiés implantés par le HCR près de Tindouf en Algérie en 1975, année de l’invasion de notre pays, le Sahara occidental, par la Mauritanie et le Maroc... Dès le début de l’exil, beaucoup de pays, dont Cuba, ont offert leur aide aux réfugiés. Cuba n’ayant pas les moyens de fournir une aide matérielle ou financière, a proposé au Front Polisario de prendre en charge la scolarité secondaire et supérieure d’enfants sahraouis. En 1982, ma famille a accepté la séparation et j’ai été accueillie à Cuba avec un très grand nombre d’autres enfants des campements... A La fin de mes études supérieures en 1994, je suis rentrée dans les campements de réfugiés où j’ai vraiment découvert avec des yeux d’adulte les conditions terribles faites aux miens.

Le débat après le film m'a permis de compléter mes recherches sur les dynamiques de l’État, les crises politiques et les transformations politiques des conflits, quand l’État ne protège plus ses citoyens. Dans des contextes de fragilités de l’État, qui ne remplit pas ses fonctions, de crise politique, quand il est contesté, ou lors de conflit armé, des organismes de paix agissent. Par la réalité des pays riches en ressources naturelles stratégiques et les géants de l’économie française, il y a aussi des entreprises qui s'implantent afin de travailler sur la paix ou favoriser les échanges de connaissances. Les ressources naturelles sont généralement entre les mains de l’État, et peu redistribuées, elles contribuent à maintenir au pouvoir des régimes non démocratiques.

    Mieux comprendre les dynamiques des conflits
    Approfondir les connaissances et le savoir faire sur « comment transformer le conflit »
    Concevoir une action dans le conflit et une action sur le conflit
    Donner à voir des expériences existantes

L'association Irénées.net (site de ressources) s'emploie dans ce sens. C'est sur leur site que j'ai pu trouver un bon résumé concernant les Origines, enjeux et perspectives de paix du conflit du Sahara occidental. Malgré la projection du film, quelques repères historiques me manquaient dans l'histoire du Sahara occidental, très complexe concernant les conflits.


Le Sahara occidental est situé à l’ouest du Maghreb et présente comme voisins frontaliers : Le Maroc au nord ; au nord –est l’Algérie avec qui il partage une courte frontière; et enfin la Mauritanie à l’est, et dans tout le sud. Toute sa frontière ouest donne sur l’atlantique. Sa superficie est de 266000 km². A l’époque de son occupation par l’Espagne en 1884, le territoire du Sahara Occidental est essentiellement occupé de tribus guerrières, maraboutiques et tributaires, organisées et indépendantes entre-elles.

Les Sahraouis sont des nomades du désert, « enfants des nuages », fiers, libres, peu enclins à la violence. Les femmes, belles et racées, vêtues de leurs tissus aux magnifiques couleurs bleutées ou rosées, jouissent de plus d’autonomie que les femmes des sociétés arabes sédentaires. Leur islam s’apparente à une forme de panthéisme, proche de la nature, sans fanatisme. À la question posée à Sdiga Dauger, la place de la religion chez les sahraouis, elle nous informe qu'elle est mineure, d'autant plus que ces nomades sont d'une organisation matriarcale, et tribale, qu'ils n'ont pas le temps de prier et que la religion ne gouverne ni leurs pensées, ni leurs décisions. Jusqu’en 1975, ils sillonnaient le Sahara, avec leurs chèvres et chameaux, voyageant sans entraves entre le Maroc, la Mauritanie, l’Algérie et le Nord Mali. Mais en cette année 1975, alors que l’Espagne, puissance coloniale, s’apprête à se retirer du Sahara occidental, le destin du peuple sahraoui bascule. Pour comprendre ce passé dont les douleurs transversales se prolongent jusqu’à aujourd’hui. Depuis près de quarante ans, la question du Sahara occidental se perd régulièrement dans les sables de la diplomatie internationale. Dans une région constamment sous tension.

Il y a eu "la marche verte" en 1975 qui a été doublement bénéfique au roi, en écartant le danger qui venait de l’armée en la mobilisant pour défendre cette province du sud et de gagner en popularité en faisant des Sahraouis les boucs émissaires de tous les maux du Maroc. 

Bouc émissaires

La Marche Verte du 16 octobre 1975 se veut une récupération symbolique et pacifique du territoire du Sahara « marocain » par le Maroc. Cette Marche a à sa tête la personne même du roi Hassan II du Maroc, suivi par une grande foule brandissant le coran et le drapeau marocain; le coran se voulait un symbole pacifique de l’action de récupération, alors que le drapeau traduisait un signe indicateur de l’appartenance de ce territoire au Maroc.
Pour les membres du front polisario, la présence de l’armée marocaine sur le territoire (celle-ci y a précédé les marcheurs) représente une nouvelle occupation étrangère, alors même que l’Espagne n’y a pas encore achevé son retrait. Ses derniers soldats en partiront en janvier 1976, et elle mettra officiellement fin à sa présence sur ce territoire en février 1976. Ceci explique pourquoi les combattants du front polisario allaient prendre les armes une nouvelle fois pour se défaire de cette nouvelle occupation. Dans la même période, plus précisément le 24 novembre 1975, le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne signent à Madrid (Espagne) les accords (tripartites) de Madrid. Ceux-ci voient l’Espagne octroyer à la Mauritanie et au Maroc, l’administration conjointe du territoire du Sahara occidental. Partant du territoire quelques mois après, l’Espagne devait signifier aux Nations Unies sa démission du titre de puissance administrante du Sahara occidental, titre que les Nations Unies n’ont pas eu à octroyer à un autre Etat.

Le plus grand mur du monde dans le désert : Le mur des sables (mur de la honte, mur de la sécurité)

Depuis la chute du Mur de Berlin, les murs frontières ne disparaissent pas, mais au contraire se multiplient. Certaines de ces barrières sont connues : le mur entre le Mexique et les États-Unis, justement ou celui séparant l'Espagne du Maroc. D'autres le sont moins, comme le «mur de sable» dans le Sahara occidental, ou encore les barrières qui séparent l'Inde du Bangladesh et du Pakistan. Le mur de sable, appelé aussi le «Berm», est un mur long de 2700 km construit par le Maroc au Sahara occidental entre 1980 et 1986. Malgré un nom qui pourrait évoquer une certaine fragilité, le mur de sable est un véritable ouvrage militaire composé de remblais de sable sur 2 ou 3 lignes, de champs de mine, de barbelés  et surveillé en permanence par 120 000 soldats marocains.
Le Sahara occidental est un territoire désertique de 284 000 km2 (un peu plus de la moitié de la France), frontalier du Maroc et de la Mauritanie, avec une population en partie nomade. Par ailleurs, ce désert contient 28% des réserves internationales de phosphate avec un minerai pur à 80%. Les 1’200 kilomètres de côte représentent des ressources énormes en pêche, surexploitées par le Maroc, l’Union européenne, la Russie, la Corée. Ils viennent avec des bateaux usines et pêchent sans limites. Cette côte est la seule qui ne bénéficie pas des deux mois de repos obligatoires qui existent dans toutes les autres les mers. Pour contrer les attaques éclairs de la guérilla, le Maroc construit en 1981 un mur de 2’500 kilomètres qui divise le Sahara occidental entre un territoire contrôlé par le Maroc (80%) et par le Front Polisario (20%). Rabat militarise massivement la zone et y pose des millions de mines antipersonnel, en en faisant, selon l’ONU, l’un des territoires les plus gravement pollués par les mines au monde.

Photo du Berm

Je me suis intéressée à la dignité des sahraouis, l'émancipation et l'organisation tribale des femmes, leurs rapports au pacifisme, enserrés dans des territoires pris dans des conflits indéfectibles et de luttes armées.

Les Sahraouies sont héritières d’une société matriarcale et ont su conserver leurs droits bien avant la nouvelle Moudawana (droit de la famille marocain codifié en 1958). Un article de la journaliste Laetitia Grotti installée au Maroc (Femmes sahraouies: L’avant-garde de l’émancipation) décrit bien les enjeux de cette organisation matriarcale.

Ce que femme veut, Dieu le veut

Il existe chez les Sahraouis une image première des femmes qui est semblable à l’opinion dominante dans la plupart des cultures du monde, l’idée qu’elles sont physiquement moins fortes que les hommes. A la différence fondamentale « qu’argument est tiré de cette faiblesse pour justifier tous les moyens et les institutions capables d’assurer le pouvoir économique et social des femmes » explique l’ethnologue Hélène Claudot-Hawad. Ce que confirme Elazza Likhili, de l’Union Nationale des Femmes Marocaines (UNFM) section Laayoune, « la femme sahraouie a toujours eu un rôle dans notre société et dans nos familles. Elle joue le rôle de l’homme dans une société nomade ». La même souligne, « qu’historiquement, la seule activité était le commerce, via les caravanes. Or, il fallait trois mois pour rejoindre Goulmime qui était le premier point commercial. Du coup, il incombait à la femme la gestion des biens et de la tente. C’est ce qui a donné sa force et son indépendance à la femme sahraouie ». Ce raisonnement conduit à une représentation donnant au pôle féminin une nécessité vitale, image pour le moins marginale dans la pensée du monde méditerranéen. « La femme représente le chaînon stable et permanent de la communauté, le point fixe autour duquel évolue et s’agite le reste du monde » précise encore Hélène Claudot-Hawad.
Le Maroc, matriarcal jusqu’au 17ème siècle Pour Batoul Daoudi, de la tribu des Aït Lahcen et responsable de l’Agence de développement social des provinces du sud, il faut remonter dans le temps pour comprendre cet état de fait. « N’oublions pas que jusqu’à l’arrivée des Beni Hassan au 17ème, venant d’Arabie, les tribus sahraouies, essentiellement senhaja, étaient régies selon le modèle matriarcal. Ce n’est qu’avec les Beni Hassan que les tribus basculeront peu à peu vers le modèle patriarcal, tout en gardant des caractéristiques senhajas, notamment en ce qui concerne le rôle des femmes ». Ainsi, même si la législation islamique a gagné du terrain et se trouve adoptée partout, la construction du monde autour du principe féminin résiste encore sur le plan idéologique. Pour preuve, Salka Benabda, de l’association Basmat Al Amal, section Laayoune précise que « depuis sa naissance, la fille sahraouie est sacrée, elle est placée au centre de l’attention familiale. D’ailleurs, insiste-t-elle, les tribus les mieux cotées sont celles qui prennent soin de leurs filles ». Ainsi, toutes sont unanimes pour dire que de l’enfance à l’adolescence, la fille sahraouie est choyée et qu’une fois devenue femme, son avis est primordial. Elle est d’ailleurs consultée pour toutes les affaires du foyer comme de la tribu. Ce que relève une fois encore notre ethnologue, « dans les assises ou les conseils, qui réunissent hommes et femmes d’une même lignée, la voix féminine pèse autant et même davantage que celles des hommes. Une décision ne peut être arrêtée que si les femmes sont d’accord ».
Autant dire que la femme sahraouie jouit d’un respect, tant familial que tribal, que peuvent lui envier bien des femmes du « dakhil ». C’est, à n’en pas douter, ce qui explique l’absence quasi-totale du phénomène de la violence conjugale chez les Sahraouis, « les relations de mariage empêchent les relations guerrières entre tribus, d’où le respect envers la femme, car la violenter, reviendrait à infliger cette violence à toute la tribu » détaille Batoul Daoudi.

Le divorce, fête de la liberté des femmes

Et a contrario, c’est aussi ce qui justifie le taux si élevé de divorces dans la région. La même souligne, « la femme sahraouie quitte le foyer à la moindre injure qui touche sa dignité ou en cas d’adultère ». Loin de lui valoir l’infamie, le divorce est souvent l’occasion de faire la fête. « On signifie à l’ex-mari que ce n’est pas la fin du monde, que la vie de son ex-femme vient à peine de recommencer » explique Batoul. Pour l’anthropologue Mohamed Naïmi, cette fête symbolise également l’acquisition d’une entière liberté, « quand elle se marie, la femme passe de la tutelle du père à celle de son mari. Une fois divorcée, elle devient libre. C’est précisément ce que l’on célèbre ».
Quand le droit tribal prime sur le droit d’Etat. Du coup, nos trois amies sourient franchement quand on leur parle de la réforme de la Moudawana, visant à rendre effective l’égalité entres sexes, énoncée dans la constitution. « Dans notre société, la Moudawana n’a jamais été appliquée, ce sont les lois tribales qui prévalent » précise d’emblée Elazza Likhili. C’est sans doute ce qui explique que les concepteurs du nouveau texte se sont largement inspirés des propositions formulées par la section de l’UNFM des provinces du sud.

C’est la femme qui prend époux

A titre d’exemple, depuis toujours, la femme sahraouie est consultée pour son mariage, c’est elle qui « prend époux ». L’expression est d’autant plus explicite qu’il existe, selon l’anthropologue Mohamed Naïmi, des « tribus donatrices » de femmes. Ce qui signifie, non pas que l’on « donne » une femme à la tribu du mari mais qu’au contraire, le mariage permet de « prendre » l’homme à la tribu en question, renforçant ainsi le poids de celle dont est issue la future mariée. Pour Naïmi, les « tribus donatrices » sont celles qui dominent économiquement. Plus intimement, la tradition veut que les deux époux se vouent une vie de respect ou une séparation à l’amiable. Pas de communauté de biens dans le mariage. D’ailleurs, en cas de divorce, la femme emporte tout : tant les biens légués par son père au moment du mariage (c’est lui qui achète tout pour que sa progéniture n’ait rien à devoir à son époux) que ceux que lui aura achetés son mari pendant l’union. La tradition veut que l’homme ajoute encore des biens pour garder de bonnes relations avec la famille de son ex-femme.

Le divorce, une simple formalité  tribale

Du coup, il est aisé de concevoir que le divorce, véritable chemin de croix des Marocaines du Dakhil, n’a jamais été vécu comme tel par nos sahraouies. D’autant qu’au sud, le moment pénible passé devant les tribunaux de famille ne représente qu’une simple formalité. « Les problèmes se règlent au sein de la tribu. Nous allons au tribunal juste pour le tampon. Il est honteux pour un homme de pousser sa femme à se présenter devant un juge pour réclamer ses droits ou ceux de ses enfants. Ces derniers sont d’ailleurs automatiquement pris en charge par la famille » ajoute B. Daoudi.

Pas de polygamie

Et la polygamie dans tout ça ? Un extra-terrestre. Le contrat de mariage des Sahraouies comprend depuis des décennies une clause stipulant que « la sabiqa wa la lahiqa, wa ida tamma dalika fa amrouha biyadiha », ce qui signifie approximativement, « ni précédente, ni suivante et si cela se passe, c’est à la femme de décider de son sort ». Voilà qui est clair.
Bouleversés par l’administration sédentaire

Lumineuse également, la conclusion de Mohamed Naïmi précisant que « les tribus sahraouies ont connu un bouleversement radical avec l’arrivée de l’administration marocaine et la sédentarisation forcée. Reste que la dimension nomade est enracinée… et non l’inverse ». Un enracinement tel, qu’il a permis le maintien d’une indéniable construction symbolique, centrée autour de la femme, pilier de la famille, de la tente, de la tribu, de l’univers.


Ci-dessus Galuha, 66 ans (à droite)

Du 16 au 24 octobre 2015, des pluies d’une exceptionnelle intensité ont entrainé des destructions importantes dans les camps de réfugiés sahraouis. Si les fortes pluies sont un phénomène courant dans les camps à cette période de l’année, l’ampleur de ces inondations fut sans précédent. Galuha a eu 66 ans à cette période, peut-on lire sur la newsletter de la voix du désert de décembre 2015. Un mois après les plus graves inondations ayant frappé les camps de réfugiés sahraouis, Galuha est catégorique : « C’est la première fois que je vois autant de maisons détruites en 40 ans. Pratiquement toutes les familles ont été affectées ». Elle et sa famille n’ont pas été épargnées. A l’intérieur de sa maison, les fissures sont nombreuses et l’habitation menace encore de s’effondrer à tout moment. Alors, comme depuis le début des inondations, Galuha et sa famille vivent dans la tente traditionnelle familiale, la jaima : « Nous étions dans une situation de panique généralisée. Mes enfants, petits-enfants et voisins sont venus dans notre tente. Nous étions une quinzaine à y vivre, avec ce qu’on a pu sauver de nourriture. Nos effets personnels, nos vêtements ont soit été détruits, soit endommagés ». « Il a plu pendant plusieurs jours, mais il a suffit de 20 minutes intenses pour qu’un véritable fleuve se constitue entre notre quartier et le voisin ». A ce moment-là, raconte-t-elle, la tente familiale menaçait de s’effondrer sous le poids de la pluie. En catastrophe, ils ont monté une autre petite tente de fortune pour y placer les enfants : « Il s’agissait de sauver des vies ». Elle raconte ainsi comment, avant même l’arrivée de l’aide humanitaire, la solidarité entre familles s’était constituée pour organiser des repas communs dès les premières heures.

Galuha se souvient de toutes les catastrophe auxquelles ont fait face les réfugiés sahraouis. Les inondations de 1994, se rappelle-t-elle, avaient ravagé son quartier, faisant 7 morts au sein des camps. Aujourd’hui, elle déplore de voir sa famille et ses amis reconstruire avec les mêmes matériaux si fragiles. Avec calme, Galuha s’indigne : « Mais quel autre choix avons-nous ? Où pouvons-nous aller? Avec quel argent pouvons-nous reconstruire ? Tant que ce conflit existera et que nous ne pourrons pas voter pour l’autodétermination, nous continuerons de subir ces mêmes catastrophes, années après années ». (Oxfam et le désert du Sahara occidental : Oxfam International est une confédération composée de 18 organisations indépendantes de même sensibilité qui agissent « contre les injustices et la pauvreté ». Elles travaillent ensemble et en collaboration avec des partenaires locaux répartis dans plus de 90 pays.)

Coïncidence, pendant l'écriture de cet article, des inondations sont de nouveaux arrivés chez les sahraouis. Les autorités marocaines n'ont présenté aucune aide aux sinistrés, ni pris de mesures d'urgence pour gérer la situation provoquée par les inondations de la rivière de Saguia El-Hamra le 31 octobre 2016, mais elles ne respectent pas leurs souffrances, leur chagrin et le respect à donner à leurs morts, c'est le mépris d'un peuple sous l'occupation. Les autorités sont seulement préoccupées par les préparatifs des festivités de la « marche verte » qui commémore l'invasion du Sahara Occidental par le Maroc, les drapeaux marocains brandis dans toutes les rues, la musique qui sort des hauts parleurs, les photos du Roi partout et bien gardées par la police, des centaines de colons marocains transportés par des bus pour scander "vive le Roi" ; de célèbres joueurs  de football y sont présents ; l'important pour les autorités marocaines est de transmettre une image (même si c'est une image fausse) au monde : celle du territoire occupé du Sahara Occidental célébrant dans la joie les festivités de la « marche verte ».

(information transmise par Michèle Decaster (AFASPA) le dimanche, 6 Novembre, 2016 pour Humanite.fr)