bmk

blog m kiwaïda

Tag - poussin

Fil des billets

mercredi 15 juin 2016

ℱѦℛ☾∃

samedi 28 novembre 2015

ᖺᗢᙢᙢᗩᘐᗴ

L'arme (Dessin © Sonia Marques, pour les étudiants du cours "Il pulcino nero")

Journée d'hommage aux victimes et démo de mon cours de dessin "Il pulcino nero" aux étudiants en art de 2e année,
et Roy pas très loin.

Exclusion, discrimination, despotisme, tyrannie, humour, fantaisie, préciosité, soin, précision, délicatesse, écoute, stigmatisation, harcèlement... poussins.

Il faisait froid dehors, il faisait chaud travailler ensemble.
Droit des larmes.

mercredi 4 février 2015

Їł ℘üʟ¢ḯηø ᾔεґ◎

Il pulcino nero


Calimero è un personaggio dell'animazione pubblicitaria italiana, un pulcino piccolo e nero. Appare per la prima volta nel Carosello della società Mira Lanza: essendo caduto nella fuliggine si sporca e diventa nero e non viene più riconosciuto dalla madre. Vive qualche piccola avventura, nella quale rimane sempre colpito negativamente, ma grazie al detersivo pubblicizzato, Ava, torna ad essere bianco, lindo e contento.


"tu n'es pas noir, tu es sale"


On se souvient, en France, de la mascotte du petit poussin qui pleure et dit : "C'est vraiment trop inzuste". Mais on ne peut se souvenir aujourd'hui, en 2015, que cette animation italienne est le produit d'une réclame pour une lessive, dans les années 60. Ce petit oiseau, auquel il n'arrive que des malheurs est séparé des autres petits oiseaux jaune poussin car il est de couleur noire. Et celle-ci est attribuée dès la naissance, du moins, d'un laisser aller de la mère, qui ne s'en est pas occupé, le petit dernier. Il tombe dans la boue, ce qui le tâche et le rend différent aux yeux de sa mère qui ne le reconnait pas comme le sien, ainsi maculé, souillé. Cette injustice sociale, sera alors utilisée, dans cette réclame pour montrer différents scénarios aux spectateurs et demander réparation, reconnaissance, justice pour ce Caliméro en prise avec les vilains de sa société. Une gentille hollandaise lavandière Mira Lanza (la marque de la lessive, Lanza) blanchira le poussin considéré comme sale aux yeux de sa mère et donc, de la société, en le lavant. Caliméro à la fin de chaque épisode, grâce à la lessive, retrouve sa couleur jaune. Toujours avec sa coquille sur la tête, le petit Caliméro n'a pas fini pas de naître (et renaître), de n'être qu'un demi poussin chapeauté d'une demi-coquille, considéré sale et qui doit être propre afin d'être accepté par ses semblables, sa communauté, sa famille. La morale pourrait être que les méchants sont celles et ceux qui excluent et attribuent la saleté, sans connaître l'histoire du poussin, sa maltraitance, mais avec cette lessiveuse, elle apparaît plus comme l'interminable cycle du lavage (rendre pur un être impur) sous couvert qu'il faille en payer le prix, la lessive qui blanchie. Snif. Les spectateurs pourront ainsi aider le petit poussin noir et tous les enfants sales à devenir plus propres (ne plus avoir de soucis en société) en consommant et achetant le produit miraculeux. Une histoire avant, Caliméro, son nom, vient du Saint Calimero (évêque de Milan de 270 à 280) converti à la foi chrétienne, puis condamné à mort par l'empereur Hadrien et jeté dans un puis. On peut noter qu'il fut vénéré par les milanais (presque martyr ?) et l'eau du puis considérée comme miraculeuse. Le 31 juillet, lors des fêtes de Saint Calimero, il est distribué aux malades une bouteille d'eau du puis.

L'eau du puis, la lessiveuse… hum hum.

Se faire traiter de sale n'est jamais un indice de paix sociale et cache souvent, de la part des lessiveuses, un laisser aller coupable, culpabilisant, recherchant, dans la différence, un responsable, afin de ne jamais assumer ses actes, ni ses mots.
La saleté ne peut pas s'énoncer comme telle sans dévoiler l'arbitraire de la discrimination.

Mira Lanza montre qu'en réalité Calimero n'est pas noir : il est seulement sale. Sic.
À la fin des années soixante-dix, l'exportation de Caliméro aux États-Unis ne fut pas concevable dans la culture américaine. Le personnage de fiction fut rejeté car il était noir et pas politiquement correct. Aujourd'hui, en Italie, on parle de discrimination à propos du poussin noir (et de l'origine de la poule padouane) La publicité fait polémique (comme la polémique sur la mascotte de Banania) C'est-à-dire que le monde à bien changé et qu'on ne regarde plus Caliméro comme avant, ni même les publicités de lessive et la folie de la propreté, celle qui détériore l'écosystème. Et on ne dit plus à quiconque qu'il est sale, ou qu'il salit ce qu'il touche à moins d'être envoyé au tribunal et payer une amende, salée… en cette période conflictuelle focalisée sur l'identitaire.

Malgré son rejet, Caliméro n'abandonne jamais sa coquille, son lieu de naissance. C'est ce qui le rend charmant, réservé, son honnêteté reconnue et sa générosité révélée. Petit sale, petit pauvre. De la part de celles et ceux qui ont le pouvoir, on n'écrit pas, ni on ne dit publiquement "saleté de pauvres". Tant de stratagèmes sont inventés et déguisés dans des enclaves afin de cliver et cultiver le mépris de ce que l'on ne connait pas. Les systèmes perdurent dans l'obscurité.

Un peu plus loin, je lisais la philosophe Julia Kristeva (Pouvoirs de l'horreur. Essai sur l'abjection, Seuil éd., 1980) Elle définit l'abject comme un non-objet de désir, un non-être en quelque sorte. L'abject menace le propre qui sous-tend toute organisation sociale dans sa mise en ordre et donc dans son système d'appartenance et d'exclusion. Rien de commun ne nous lie avec celui qui est touché par l'abjection. Celui qui est abject est méprisé et intouchable: c'est un paria, un déchet d'humanité non fréquentable. C'est ainsi que l'abjection réalise la mort sociale de l'autre constitué en radicalement différent de soi parce qu'impur ou, plus largement, parce que n'appartenant pas au règne de l'humain. L'effroi de l'abject ou du non-être nous entraîne vers ce qui est différent de l'homme civilisé, vers ce qui peut être entendu comme étranger à notre humanité. L'abjection tend moins à éloigner l'autre qu'à l'ignorer ou le renier dans son statut d'homme. Cette qualification de l'autre comme radicalement étranger à soi-même conduit à la discrimination des populations mais aussi à leur éviction ou à leur élimination physique et réelle. Les conflits actuels sous fond de purification ethnique ne sont pas des métaphores. Le discours nazi associant les juifs aux poux, aux rats ou à la vermine était basé sur l'idée d'une souillure à la fois morale et physique se propageant et infestant le corps social tout entier. D'où l'impossibilité pour l'individu qualifié d'exclu de devenir un acteur agissant sur son environnement. Non acteur car interdit de parole et non sujet car radicalement étranger au règne de l'humain, l'exclu est condamné à porter le masque, ô combien tragique, que la réalité du discours lui impose, un masque qui fait de lui un personnage supportant l'altérité et sécrété par la collectivité dans son désir de "faire" société.

Je ne sais pas ce que penserait Julia Kristeva de Caliméro, mais il porte le masque que la réalité du discours lui impose, un masque qui fait de lui un personnage supportant l'altérité et sécrété par la collectivité dans son désir de "faire" société (il aspire à). Sans même l'associer à une religion, ou à un corps social, à l'identité sexuelle ou ethnique, Caliméro est un petit poussin, à priori anodin, signe animé pour les masses, qui m'amène à l'extraire, comme objet philosophique. Il est d'autant plus intéressant, que nous sommes tous des caliméros à un moment, l'identification se fait facilement et individuellement, dans l'histoire intime et subjective. Mais elle ne saurait être imposée par un pouvoir et de façon univoque. Dans ce cas, nous ne pourrions pas être tous Caliméro.

Je rejoins Sophie Wahnich, historienne en entretien avec Alain Badiou, philosophe, sur la nécessité de prendre soin du langage à l'aune de la confusion ambiante. Car je suis professeure également, dans une école supérieure nationale et liée par la pensée à ces questionnements, que je partage. La transmission du savoir doit être protégée avant tout. Dans ce texte, je suis partie d'une mascotte populaire des industries culturelles, mais on part aussi, souvent de son expérience sur le territoire et de l'expérience des déterritorialisations, de la réception des mots, des expressions, situées, de notre ressenti. Les modes d'exclusions du pouvoir posent questions. Seuls celles et ceux qui les reçoivent, peuvent témoigner de leur ressenti. C'est dans la réciprocité que l'on peut inventer d'autres modes constructifs, qui admettent les zones de conflits et leur histoire.
Que Caliméro se rassure, sa coquille n'est pas vide, ni pleine.

(・⊝・)

Un poussin est bien celui qui est en apprentissage. Et que volent en éclat les mauvais esprits.