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jeudi 5 octobre 2017

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La reine (© Sonia Marques) - 2016, techniques mixtes - 100 x 100 cm

"Il y avait des orphelinats de jeunes filles par vraiment de jeunes femmes tenues par des femmes plus vraiment toutes jeunes. Ces jeunes filles très peu éduquées et cultivées, étaient livrées par des familles afin de recevoir quelques notions, du bon maintien de la maison et de sa décoration, afin d'être mariées. Elles y apprenaient le travail domestique, les arts appliqués. Les tenancières les circoncisaient autours d'elles et leurs rappelaient ce que c'était être des femmes soumises à la souillure. Elles recevaient l'ordre de se laver, de porter des gants si elles avaient leurs règles de protéger tous les outils qui seraient en contact avec elles lors de ses périodes. Quelques garçons parfois restaient auprès des matrones, ils n'étaient pas devenus des hommes, avaient été formés par ces femmes, mais ne sortaient que très peu de l'orphelinat. Les matrones ne leurs transmettaient aucune discipline, ils étaient livrés à eux-mêmes et pouvaient, au loisir éduquer les jeunes filles, se servir dans les arrivées. Toutes les insoumises avaient un traitement spécial. Elles étaient soumises au vote des garçons pas devenus des hommes validés par les jeunes filles les moins douées, cultivées. Le vote était toujours en leur défaveur jusqu'à ce qu'elles finissent pas partir d'elles-mêmes, ou soient torturées in vivo.
Ces orphelinats sectaires avaient habilement inventé une publicité avantageuse, où de jeunes femmes sortaient les plus belles et éduquées, obéissantes, afin de servir de bonnes familles. Les hommes de ces bonnes familles avaient la garantie qu'elles ne révèleraient rien de leur expérience, aussi terrifiante soit-elle, car, à leur tour, ils leurs promettaient des cadeaux et des parures, des expositions, et une publicité sans égal, auprès du beau monde.

Les orphelinats étaient soutenus par plusieurs villes, plusieurs hommes dirigeants d'entreprises ou d'institutions vénérables. Pas une ombre ne pouvait alors entacher la réputation de ces établissements très dotés. Et surtout pas les insoumises. Leurs étaient réservés le cachot ou la prostitution à vie.

Dictateur, gouvernant le pays par le viol des femmes, ne pouvait être élu sans la complicité et en premier lieu des femmes devenues matrones, qui livraient leurs jeunes filles. À leurs tours, les femmes violées devenaient des matrones. Toutes les femmes devenaient des taiseuses, au service d'un roi et élevaient les fils du roi, futurs rois dictateurs. Les femmes devenaient des esclaves et les autres hommes des policiers."

(Orphelinat - 2014)


J'avais réalisé une œuvre, une photographie avec un redesign de peinture. Aujourd'hui je peux nommer cette action de "Resign", pour laquelle j'ai déjà réalisé un catalogue de photographies en noir et blanc. Je l'avais nommée "La reine". Et puis il y avait un texte que j'avais écrit bien avant, sans rapport avec cette réalisation. La reine était restée sans aucune information dans mon portfolio mais intriguait. Je viens de relire mon texte nommé "Orphelinat" et je pense bien que cette réalisation, des années après, a pu matérialiser (si je puis dire étant donné mes immatérielles créations) cet ornement, cette idée d'une matrone, son rôle dans une société, un patron contemporain qui collabore aux dénis de l'histoire. Ma réalisation s'est effectuée à partir d'un mannequin pour le luxe aux antipodes de sa transformation. Mais le modèle et le nouveau modèle ne font qu'un. C'est une lignée dans un même projet : gouverner.

Il y a des jours comme ça, les choses s'articulent avec une évidence déconcertante. Malgré le brouhaha des informations violentes sans aucun sens, où rien ne fait œuvre de rien, tout se commente et s'évide de penser. Et dans le chaos, ou en deçà, à distance, des personnes pensent et créent, parce que leur route n'est pas tracée par d'autres et ne le sera jamais. Imprévisible. Tout arrive, tout se coordonne et ouvre un pan entier de créations nouvelles. J'ai juste frotté mes plantes mais pas de lampe d'Aladin, feuille par feuille, elles me sont si reconnaissantes qu'elle se gorgent de soleil et s'étirent vers le ciel. Je les remercie infiniment de me montrer cette nouvelle exploration imaginaire.

samedi 7 décembre 2013

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Capture du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

Nói albínói est un film islandais réalisé par Dagur Kári, sorti en 2003. Je l'ai découvert il y a 10 ans à Angers, il avait reçu un prix. J'avais particulièrement apprécié l'univers et la justesse des dialogues, la poésie exotique et contrastée des couleurs et paysages, l'aspect minimal et aussi radical du propos. Si l'ensemble m'apparaissait comme des haïkus, le revoir aujourd'hui permet de confirmer ma règle des pierres précieuses, qui ne se partage pas avec tous.

.En marge.

.Outsider.

Nói, le héro du film n'est pas majeur et vit à Bolungarvik, temple glacier, comme un dessert bleu frigo qu'on ne peut pas modifier, sauf rêver s'y échapper, par des images, à pieds, en voiture, dans une cachette sous terre, mais pas en creusant une tombe… Nói le comprend très vite et négocie les mètres à creuser pour disposer les cercueils dans un cimetière, seul travail qu'on lui propose. Il ne veut pas respecter le protocole imposé, mais suggère de réduire le nombre de mètres, car il fait trop froid. Faire moins de travail en moins de temps, lorsqu'on réfléchi un peu, Nói rend possible cette devise, voir, avec moins d'études, moins de temps passé en classe.

Captures du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

Il triche car il est trop intelligent pour ces vies tracées dans une scolarité qui n'éveille pas beaucoup un beau jeune homme différent, sans cheveux, qui préfère aller feuilleter des magazines et autres vintage-lectures chez un libraire ermite, qui est le seul a avoir un esprit critique. Ni le psychologue, ni le directeur de l'école, ni même son père n'ont cet esprit qui manque cruellement dans ce paysage où tout semble figé pour l'éternité. Rien est fait pour Nói, et même s'il parvient à transformer un peu le paysage, de ses inventions ; la présence d'un dictaphone qui enregistre le cours lorsqu'il ne vient pas, ou, en se servant de pièces de monnaie dans un bar, suite à la modification d'une machine à sous à trois rouleaux en alignant les 3 fruits afin d'obtenir directement le jackpots sans argent ! Même s'il séduit une jeune femme qui n'a plus grand espoir en ce monde, en l'emmenant découvrir de nouveaux lieux par improvisation, un musée d'animaux empaillés, découvrir que leur ville ne figure pas sur une carte mondiale, mais tomber par hasard sur l'île d'Hawaï, il est le seul magicien à faire apparaître les choses et sera le seul de son entourage à subsister à la disparition, sous une avalanche, de toutes ces vies. La moralité serait presque un avertissement : ceux qui n'ont pas tenté de partir, bouger, jouer, imaginer, seront confinés à creuser leur tombe plus tôt que prévu, avant d'avoir pris connaissance d'autres terres.

Nói fuit, mais voulait emporter ses amis dans sa conquête de l'espace. Ils n'ont pas souhaité le croire, ni l'aimer assez pour l'aider. Exclu à l'école, il tente le tout et braque une banque, la sienne. Comique de situation, personne ne le croit, donc il décide d'emprunter la voix du protocole, ce qu'il peut encore faire, vider son compte, afin de s'acheter un beau costume et se faire la belle avec son amoureuse. Mais elle le laissera partir, encore sous surveillance modérée du père (l'ermite libraire).

Captures du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

Le rêve virginal est préservé jusqu'au bout. On ne saura rien des îles et des indiens, des palmiers, seules les vagues rentrent dans le film à la fin, animant cette rêverie à travers la visionneuse de diapositives que lui offre sa grand mère, complètement rétro. Sa grand mère fantaisiste qui travaille un long puzzle, réalise un gâteau exotique, fait de la gymnastique et préfère croire à un bel avenir pour son petit fils en l'envoyant chez un ancien devin qui lit dans le marc du café, mais ne lira que la mort partout, comme destinée. Regarder cette grand-mère, dans son univers, celui de Nói à côté faire des crêpes, c'est comprendre le lien qui les unis. L'air de rien, avec une légèreté marraine, elle lui tend des signes, des symboles, l'invitant à partir. Pourtant l'exotisme c'est elle, décalée, gaufrette amusante, juste ce qu'il faut de clownerie afin de ne pas ébranler le cadre, l'espace des tableaux colorés.

La naïveté brute des acteurs est restituée par ces cadrages-tableaux. La composition de chaque espace, est scénarisée comme dans une petite boîte. Nous sommes dans ce petit espace nostalgique, égal à la chambre souterraine, cachette de Nói, ou bien un cabinet de curiosité modeste, ou une boîte à bijoux d'où seule une danseuse tournerait au son d'une musique à pleurer, propice aux infortunés, sans cadeaux. Cela me faisait penser à une ancienne histoire.

Captures du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

Cette histoire, d'après moi, aurait pu inspirer le réalisateur. Celle de l'éruption de la montagne Pelée en 1902, en Martinique, la plus meurtrière, première catastrophe volcanique, dont un prisonnier, Louis-Auguste Cyparis, fut survivant. Au moment de l'éruption, Louis-Auguste Cyparis, un ouvrier de 27 ans, était enfermé seul dans une cellule de la prison pour avoir participé à une bagarre dans un bar. Sa cellule n'avait pas de fenêtre, ventilée par une simple ouverture sur la face opposée au volcan. L'éruption du volcan fit environ 30 000 morts, d'après l'observatoire volcanologique de la montagne Pelée et détruisit Saint-Pierre. Parmi les survivants, Louis-Auguste Cyparis. Il risquait la peine de mort pour meurtre. Il fut gracié et rejoignit le cirque "Barnum & Bailey's", traversa l'Amérique et, racontant les horreurs de l'éruption, devint célèbre comme « l'homme qui a vécu le jour du jugement dernier » ou « l'homme le plus merveilleux au monde ». En tant qu'élément du « plus grand spectacle au monde » de Barnum and Bailey's, il fut le premier noir célèbre dans le show-business durant la ségrégation.

C'est une histoire qui a parcouru ma découverte lors de mes recherches sur l'île de Seuqramainos. Pas étonnant que ce film m'ait marqué, il correspondait à ces années de recherche sur l'insularité. Dix ans après la diffusion du film, il y a ce quelque chose entre exclusion et intelligence, ou précocité et ignorance, qui reste vivant encore dans mes recherches. Ou comment le handicap dicté par une communauté révèle-t-il la pauvreté de réflexion de ladite communauté, la pauvreté du milieu (pauvreté affective, des émotions, des connaissances…) La part du génie compromis, du génie contraint est quelque chose qui m'intéresse particulièrement. Peut-être que c'est une part de l'action de chercher et de trouver, de retrouver, et de rechercher, qui se pose là ? En roue libre dans une société du contrôle.

Captures du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

Le voyage sourd, d'un personnage, le voyage intérieur, le regard vers l'inconnu. Dagur Kari dit de son personnage qu'il doit s'enterrer pour se sentir à l'aise. Iris, le personnage féminin, vient de la grande ville, donc de l'extérieur et symbolise pour le personnage d'autres possibilités, le fait qu'il est possible de s'échapper, de rêver.

Captures du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

Nói est celui qui a encore de l'espoir. Que ce soit celui qui donne du travail (creuser des tombes dans un cimetière), le professeur (celui qui est perturbé par les inventions de Nói et menace de démissionner), le père (alcoolique qui vit dans le passé, sans connaître son fils, ni ses rêves) l'amoureuse (qui a de mauvais souvenirs de l'urbanité) l'ami (qui se soumet aux interdictions de ses parents de sortir avec Nói), aucun ne peux élever le niveau d'une espérance, d'un idéal, d'une utopie. Le désir utopique n'est porté que par un original, qui fait figure d'idiot, ou de retardataire (en fait, trop rapide), auprès de la petite civilisation en panne d'idée.

Captures du film Nói albínói de Dagur Kári (2003)

La synthèse graphique de ce film, est comme un petit objet de méditation, que l'on peut retourner un peu dans tous les sens, comme le rubik's cube, (le jeu casse-tête inventé par le Hongrois Ernő Rubik), dont il ne faut que quelques minutes à Nói (le temps d'un entretien intrusif avec un psychologue) pour retrouver toutes les faces de couleurs. On peut l'avoir toujours en tête, le secret se tient au centre du cube comme au centre de soi. Cet objet filmique de méditation se trouve pas très loin dans le désordre du quotidien et les jugements hâtifs, les exclusions, mais aussi dans la fabrique des images des utopies réalisables. Je le perçois comme un objet philosophique pacifiste.

Le jackpots sans argent.