Film "Gaz de France", comédie française réalisée par Benoît Forgeard, sortie janvier 2016.

Déclaration du président de la république

"Françaises, français, mes chers compatriotes,
je vous demande pardon, si par mon attitude, j'ai pu quelque fois vous croquer,
et non seulement vous croquer mais aussi vous choquer.
Sachez-le, derrière le président il n'y a pas qu'un Bird, il y a un homme.
Un homme avec des yeux, les siens, sa bouche, un homme avec un cœur qui bat,
un homme qui a parfois eu le tort d'être trop humain, vulnérable aux passions,
aux feux de joies que la vie embrasse sur le chemin.
Oh bien sûr, il m'aurait été facile d'être l'un des alligators fraîchement moulu des écoles,
j'aurai pu toute ma vie durant demeurer cette âme solitaire et sourde, imperméable aux sentiments,
et vous auriez fini par détester votre président sans saveur et sans coup de sang.
Vous aviez voté pour le pinson et vous auriez détesté le vieux coucou, qui, faisant coucou,
n'apparût plus que pour sonner les heures et renvoie l'image délétère d'un vautour dépourvu de passion
qui vient inexorablement rappeler à son peuple qu'il s'avance vers une mort certaine..."

"Je vous présente Pithiviers.
P, pour "political",  T, pour "Terrific"
et j'ai rajouté Viers pour faire bien.
Pithiviers peut résoudre n'importe quelle crise…"

"Je dois vous prévenir, si je lance Pithiviers,
je ne réponds plus de rien.
Son intelligence est telle,
qu'il finira par tous nous gouverner"

"Attendez, attendez, nous n'avons pas dit oui, quel est son bord politique au juste ?"

"Et c'est parti…"

"Je veux une égalité parfaite entre hommes et femmes,
c'est pourquoi je vais tous vous débaptiser, désormais vous porterez des noms de gâteaux, comme moi.
Françoise sera Millefeuilles,
Dizier Paris-Brest,
Ann Holignal s'appellera Forêt Noire,
vous (la petite fille) Clafoutis,
Michel devient Baba au rhum,
Samira Tiramisu,
Chris Flan
et Pierre Macaron…"

Un film qui tombe très bien, en ces périodes législatives, un an après sa diffusion : Gaz de France.

Benoît Forgeard, le réalisateur, interrogé dans l'AutreJT, au sujet du nom de ce film dit que c'était une idée un peu poétique. Gaz de France était une grande société française d'état, elle avait déjà changé de nom pour "Dolce vita", qui était le titre d'un film, et il s'est dit que finalement si les entreprises peuvent porter le nom d'un film, son film peut porter le nom d'une entreprise. Le film pastiche les modes de gouvernances et de leurs communications, dans une fine autodérision, avec une petite équipe, qui sera celle qui joue les spin doctors. En effet le "storytelling" (ou conte de faits, mise en récit) signifie "action de raconter une histoire". C'est une méthode de communication fondée sur une structure narrative du discours qui s'apparente à celle des contes, des récits. En communication politique, ses conseillers en communication, désignés sous le terme de spin doctors, sont ici représentés, dans le film sous la coupe du conseiller de l'ombre du président (le président est nommé "Bird", oiseau, et joué par Philippe Katerine, le chanteur). Ce panel regroupe, entre autres têtes pensantes, un chercheur, l'intelligent et le remake de sa créature Frankenstein, passager clandestin, sous les traits du réalisateur lui-même, apte à gouverner. Je me suis demandée si ce n'était pas une mise en abîme de l'action de réaliser (du réalisateur) avec son équipe d'acteurs et comment sont envisagés les scénarios. Avec la faculté de travailler en 3D, de manière plus froide, et l'exécution qui peut être parfois un copier coller de la première maquette, l'équipe, composée aussi de techniciens, amène une autre façon de manipuler ce que le réalisateur envisage, s'il se prend au jeu, à l'esprit du tournage et montage... Et dans le tournage n'y a-t-il pas souvent un passager clandestin, l'homme de l'ombre, qui plus tard deviendra un réalisateur (de même pour les femmes)

En ces temps moroses de prétentions aux gouvernances en unique genre en France complètement figés, ce film apporte une distance bien cynique, mais aussi futuriste, de ce que "le vouloir être gouverné" (on l'oublie souvent) anticipe des plus sombres désirs du peuple d'un totalitarisme robotisé. Fini l'humain, place au zéro faille, zéro conflit, zéro crise... ou presque. Le téléchargement du programme est un peu long, les guerres humaines et la première (rechercher des victuailles pour manger) auront le temps de se passer. Toutes les tares, dures ou molles, sont réunies pour être le président de la république, ou le rester, dans l'opinion publique. Le modèle occidental est un gros gâteau, une pièce montée (ne reste qu'à visionner le bal des blancs, ces derniers jours, de l'investiture du nouveau président américain, producteur des téléréalités)
Le mythe de la jeune fille en France et la "love affair" plane toujours, non seulement dans les faits divers mais aussi hissé au rayon des idées et manigances politiques et d'images, cinémas ou photographies (les DSK, Polansky, Hamilton, Tron, Baupin...) : faire chanter les hommes au pouvoir et révéler leurs pires faiblesses. Dans les écoles, les universités, il n'est plus difficile de trouver le violeur, le type au milieu des jeunes femmes et jeunes hommes, couvert par les gouvernements, ministères, directions, de toutes les éducations (et les églises) quand ce n'est pas le groupe de types, et de furies complices, a la blague sexiste toujours en place, pendant que l'on diminue le salaire des autres qui ne perpétuent pas ces traditions. Si les langues se délient sur les réseaux, côté storytelling, plus c'est gros, plus ça passe, comme dit l'un des acteurs du film du réalisateur Benoît Forgeard.
Le salaud reste l'élu. Comme le filmait si bien la cinéaste Claire Denis (de son film, "Les salauds"en 2013) s'attirant l'antipathie des journalistes, la traitant de ne rien faire pour se faire aimer, tout est dit. Il ne faut pas exprimer l'âpre et l'étouffant que nous vivons, sans risquer de déplaire, tandis que les extrémistes peuvent continuer à nous étouffer. Ne serait-ce que côté des femmes, le peuple français n'est prêt à élire que celles aux idées d'extrême droite. De même pour toutes gouvernances, les employés ne mouftent pas lorsque des directrices s'emploient aux gestes les moins artistiques, les plus radicaux, les plus proches d'une période que l'on croyait révolue. C'est que l'état n'a toujours pas d'idée pour combattre le fléau des extrémismes, ni l'intention de comprendre que le pouvoir lorsqu'il est attribué aux femmes et aux hommes, et est détourné, devrait être traité avec la même impartialité, par égalité aussi. Nous n'en serions pas arrivés à de telles audiences, de tels actes répressifs, de tels détournements de pouvoir dans les régions, de toutes ces fragilisations artistiques et de libertés d'expressions déniées, au nom de la seule bienséance admise. Et la rose rouge au poing, devint bleue, tige plate et sans épines, juste par un effet de communication, éteignant la flamme qui nous disait encore : Attention, ou, Brûle ! Seule une voix de robot nous répète laconiquement : "Attentif ensemble", pendant que l'alcool ronge, la pollution brouille, et les mêmes, sur leur pupitre télévisuel en campagne, appuient sur le buzzer pour faire changer le décor en bleu, en rose, en rouge, devant de gros mots : terrorisme, sécurité, emploi.
Pour le mythe de la jeune fille il y a beaucoup à écrire, et culturellement, en France, il y a quelque chose à voir avec le thème de "la jeune fille et la mort" qui puise ses origines dans la mythologie gréco-latine, et qui devint, dès le XVI° siècle jusqu'au monde contemporain, une source d'inspiration pour les poètes et les écrivains, les peintres et sculpteurs. Cette opposition entre la vie (la jeune fille, ou tout objectivation du sujet) et la mort (le politique d'un âge avancé ou tout autre position sociale dominante) interroge la survie de l'espèce. La culture européenne, ne serait-ce que dans son histoire de l'art est traversée par cette lutte entre la vie et la mort. Les séductions de la mort et de l'abandon de la jeune fille dans ses bras, sont des images toutes construites de l'imaginaire des hommes qui les fabrique, à partir de leur perception et leur fantasme ayant la femme pour objet. C'est un truc qui ne fait plus illusion, même si nombre de femmes rêvent encore de s'abandonner dans les bras d'un président milliardaire, nombre d'autres font des marches dans les villes en disant bien que cela ne marche plus, en France aussi.

Et dans ce film, la possibilité de trouver une "love affair" pour rattraper les mauvais sondages du président montre l'usage malheureux de la politique à la française, hyper chiant et hyper dépassé, analysé avec froideur et machiavélisme. Le brio de ce film est là, très référencé dans ce que l'on a pu garder comme image de l'art contemporain de ces années de gouvernances aussi fatiguées de notre pays, quelques pièces bien connues, le rectangle au plafond qui laisse entrevoir le ciel et son climat (voir l'artiste californien James Turell et ses Skyspace des années 70) dans un bunker où l'on perçoit les glitchs d'un coucher de soleil flamboyant, entre le post Internet aussi californien et les impressionnistes de France, patchwork numérique, minimal, comme dans un musée, mais ici, c'est un film. Aussi les saucisses aux touches de ketchup rouge, dont l’association d'images simulent la main et le vernis à ongle rouge, photographies dignes des magazines cannibales de l'art contemporain éditées par Maurizio Cattelan, entre mode et fast-food culture américaine. Bref, c'est assez plaisant et ravive le cinéma, avec un peu plus d'arts visuels qui incorporent subtilement les scènes, tout en mixant le grivois du politique attendu, tandis que le président ne pense qu'à chanter et aussi souhaiterait que l'on envisage plutôt sa mort, afin de disparaître de tout ce "cinema" qu'est devenu la politique.
Le réalisateur a fait les écoles des beaux-arts, pas étonnant donc de retrouver aussi dans ses parages de fines équipes (comme la réalisatrice Sophie Letourneur, aussi issue de l'école des arts décos, avec ses films de filles libérées, festives, rohmérienne) J'aime les films d'Antonin Peretjatko ("La fille du 14 juillet" et plus récemment "La loi de la jungle" dont j'ai écrit un article sur ce blog) Il s'avère que le producteur français Emmanuel Chaumet est derrière tous ces films, porteur d'un nouveau cinéma (il a créé Ecce) Les films d'Alain Guiraudie ont été aussi de belles découvertes ces dernières années. Le problème c'est que tous ces films sont écrasés et ne passent pas pour le grand public dans les salles, ou même le public connaisseur qui ne le trouve pas, ou ne le voit pas passer, écrasés par tout le cinéma canonisé (à la cannoise). Lorsqu'on enseigne ce n'est déjà pas facile de parler de films cultes ou particuliers, alors des films que personne ne voit, ou alors dans un cercle si réduit, que seuls les réalisateurs et réalisatrices sont au courant... Comment amener le public à ces films ?

Nous avons revu l'acteur Olivier Rabourdin (qui joue le rôle de Michel Battement, dans Gaz de France) il jouait le rôle principal dans le film français Eastern Boys, réalisé par Robin Campillo (réalisateur de "Vers le sud", de 2005), que nous avions vu à sa sortie au cinéma en 2014, très beau film, choc, sur des garçons de l'est, une éthique dans un chemin immoral. Bref, oui il y a des choses à voir en France, mais il faut beaucoup chercher, un peu comme dans tous les domaines, ne pas se satisfaire de ce qui est avancé au-dessus de la mêlée.

Dans le film, le rôle du scientifique, dans un fauteuil roulant, me faisait penser à un chercheur émérite, sa voix, son engouement pour l'intelligence artificielle, qui a beaucoup défendu la recherche en art dans les universités parisiennes, il y a longtemps, assez fidèle à cette notion de supériorité assez déphasée et absconse que l'on trouve dans chaque séminaire associé ou en relation avec la recherche, glacée comme un texte récité tiré de films de sciences fictions et très révérencieux sur la machine, tous robots, seuls capables de lui être reconnaissants. Le gourou et ses adeptes, éducation toujours ne nous émancipe pas beaucoup. Juste un smile et les chercheurs éprouvent un plaisir, une infra-mince idée d'une possible soumission étendue et multipliée à souhait ("jouer à Dieu"). L'histoire enfantine des gâteaux, la transformation de l'égalité entre hommes et femmes tant décriée dans les programmes politiques des hommes et jamais atteinte, en nom de pâtisseries françaises, est succulente. Pithiviers, créature de ce chercheur, comme un appât sucré, est ce gâteau qui remonte à une tradition romaine, même si elle s'apparente à la galette des rois, c'est sa crème d'amande dans la pâte feuilletée, arrivée en même temps (XVIIe siècle) qui lui confère cette saveur particulière. Grâce à ce robot, Pithiviers, dans le film, tous seront nommés tels de bons appâts sucrés, ainsi, le chercheur créateur pris à son propre piège d'addiction, son point de faiblesse, n'aura-t-il le choix que d'éteindre sa créature, avant que s'étale au grand jour son penchant sucré, comme à d'autres sont les jeunes filles.

Ne vous laissez pas faire, serait la morale de ce film, mais chanter encore, telle La rigueur en chantant.

Benoît Forgeard et son équipe se sont installés dans le Loiret pour tourner, intégralement en studio, le long métrage "Gaz de France" produit par Ecce films. "Gaz de France" a été soutenu à la production par Ciclic-Région Centre en partenariat avec le CNC.
10 techniciens régionaux ont travaillé sur ce tournage.
Synopsis :
Afin de remonter la cote en chute libre du président de la République Française, son conseiller de l'ombre, Michel Battement, réunit en catastrophe une poignée d'esprits éclairés dans le sous-sol de l’Élysée.

Bio :
Benoit Forgeard étudie aux Beaux arts de Rouen, puis au Fresnoy-Studio National des Arts Contemporains où il réalise Steve André (2002), une fiction tournée et diffusée en directes ainsi que les deux premiers épisodes de la série Laïkapark (2005). En 2006, il incarne Vincent dans les six premiers épisodes du Bureau, mise en scène par Nicolas & Bruno. Le succès de La Course nue (2006) lui offre l'opportunité d'une carte blanche sur France 2. L'année suivante, le cinéaste réalise Belle-île en-Mer, puis L'Antivirus (2009). Ces trois films constituent le récit de Réussir sa vie (2012), dans lequel Un réalisateur, modérément underground, a toutes les peines du monde à finir son film.

Coloscopia
, semble être une grosse farce, érotique... à voir.

Dernier sous-sol...



Fraisier : improvisation clavier et VJ devant un public averti (photo © JD)