Le feu et le souffle chaud

Anita Molinero : Sans titre de la mort , 2015 (Poubelle fondue, 303 x 150 x 160 cm, Pièce unique, Photo © Rebecca Fanuele)

Chez Anita Molinero, nous entrons dans des décors de films de science-fiction. J'ai pu apprécier, plus récemment l'organisation de petits soutiens, de supports, qui maintiennent légèrement les monstres fondus. Autant il y a des artistes qui ont besoin d'un grand soutien avec des œuvres invisibles, autant, chez cette artiste, peu de soutien (au sens figuré comme au sens propre du terme) Dans les dernières expositions, on peut remarquer la présence de ces micro échelles. Mutants objets de matières fondues, objets qui perdent leurs formes dédiées pour en présenter leur face éprouvée par l'outil (le regard) de l'auteur, qui ravage les formats et reformule, par un vocabulaire savant de couleurs, des familles que l'on côtoie, sans jamais les déformer (autant) Elle a su ne pas être récupérée par le discours moralisateur sur les déchets, sans devenir une illustration de la pollution, tout en déployant un imaginaire qui explose les contenants et les contenus, parfois les réduisant, les racornissant, leur faisant perdre toute gonflette, avec le goût du risque et les frayeurs offertes. Ça décape !
Apocalyptique, si son œuvre est mieux observée, depuis nos catastrophes écologiques médiatiques (différences entre celles non médiatiques) c'est qu'elles peuvent rassembler dans un lieu prestigieux artistique, des parcelles de nos désastres humains. Je vois des personnages, des familles expressives et plastiques, brûlées par leurs excès. Elle travaille par série aussi, comme pour les maisons en plastique d’aires de jeux d’enfants défoncées au lance–brûleur. Elle étire l'habitat à un réceptacle d'image de films d'horreur : un plafond en polystyrène rose rongé par l’acétone, des murs de cauchemars de film adhésif déformé, ou brûlé en polystyrène orange. Dans le film Toxic Dream, Anita Molinero parle de Tchernobyl et des images toxiques (de l'insaisissable) de cette catastrophe et du travail qu'elle met en œuvre avec la dangerosité, non sans un certain contrôle de l'incendie déclaré, feu, flamme, combustion, soudure, collage, décolorations… En expliquant bien que cette réflexion sur les catastrophes n'est pas apparue aussitôt, mais dans le temps et la digestion, par capillarité. Cette tragédie collective, a pu être associée à son rapport à la matière. Elle raconte les maladies, dérives de ces explosions, ou si beaux nuages, maladies du corps, qui ne se voient pas, mais qui déforment le corps de l'intérieur.
En parlant de l'explosion des Twin Tower, elle dit : Comment ils sont arrivés là ? Où ils sont nos ennemis là ?
Est-ce que les guerres se déclarent encore ? Elles arrivent… Dit-elle. Ces apparitions la questionnent.

"L'objet se défait et devient un geste de création positif et presque joyeux"

En exposition en ce moment (Anita Molinero. Le Bayou, 30 mai — 4 juill. 2015 à la Galerie Cortex Athletico à Paris, France)

Anita Molinero : exposition collective (L’HEURE DES SORCIÈRES  / Le Quartier, CAC Quimper / DU 1 FÉVRIER AU 18 MAI 2014)

Vu d'ici, les critiques sont mutiques ou ringardisés, attendant les échos professionnels outre-Atlantique avant d'envisager qu'il y avait bien quelque chose de fabuleux dans nos terres... Et hautement transmissible, puisque professeurs (dont les étudiants devenus artistes exposent, comme Stéphanie Cherpin)
Quoique le mot "territoire" est un mot de tueurs (j'ai vu ça dans un atelier qu'elle a mené dans une école, c'est pas mal ;.)

Comme les excellentes sculpteur et peintre, Louise Bourgeois et Shirley Jaffe... Trop longtemps cachées et effacées, non exposées... parce que trop en avance sur leurs temps.

Créer en France reste un solo show toute sa vie, envers et contre tous, en vers, verts et... rouge orangé, avec ses amis les fruits. La poubelle me faisait penser à un oiseau... qui s'entraîne au décollage.
Des odeurs chamaniques cramées sont venues me souffler le chaud à travers les pots d'échappement.