L'Île aux chiens (Isle of Dogs) est un film américain écrit et réalisé par Wes Anderson, sorti cette année.Technique : animation en volume (stop-motion). Wes Anderson remporte l'Ours d'argent du meilleur réalisateur, mais, le Chien d'or aurait été plus judicieux ;.)

Synopsis :

Dans un futur dystopique, dans la ville japonaise de Megasaki, un virus de la grippe se propage dans toute la population canine. Le maire autoritaire, Kobayashi, signe un décret bannissant tous les chiens à Trash Island ("l'île des déchets" où sont stockés les détritus de la ville), bien que le scientifique Watanabe fasse savoir qu'il est sur le point de trouver un remède. Le premier chien à être banni est Spots, qui appartenait à Atari Kobayashi, le neveu orphelin et pupille du maire. Six mois plus tard, Atari s'enfuit de chez lui, vole un avion et s'envole vers Trash Island pour retrouver Spots. Après un crash, l'enfant est sauvé par les chiens Rex, King, Duke, Boss et Chief. Ces derniers décident d'aider Atari à retrouver Spots, bien que Chief, un ancien chien errant, se refuse à fraterniser avec les humains. Croyant initialement que Spots est mort après qu'Atari a trouvé la cage de Spots verrouillée et des ossements à l intérieur, les chiens apprennent que Spots est vivant ailleurs sur l'île. Après une escarmouche avec une équipe envoyée par Kobayashi pour récupérer Atari, et sur l'insistance d'une chienne nommée Nutmeg, Chief change d'avis et décide d'accompagner Atari et les autres chiens dans leur quête. Ils cherchent conseil auprès des chiens sages Jupiter et Oracle, qui les informent qu'une tribu cannibale de chiens se trouve sur une partie isolée de l'île. Pendant ce temps, le professeur Watanabe découvre un remède, mais est empoisonné par Kobayashi afin que les chiens restent sur l'île. Tracy Walker, une étudiante étrangère, soupçonne une conspiration et commence à enquêter. Elle exhorte à l'action l'assistante scientifique de Watanabe, Yoko Ono, qui confirme ses soupçons et lui donne la dernière dose restante du remède. Au cours du voyage à travers l'île, Atari et Chief sont séparés des autres. En lavant Chief, Atari remarque qu'il est de la race de Spots et en déduit qu'il pourrait être son frère. Chief révèle qu'il a été autrefois un animal domestique, forcé de fuir après avoir mordu la main de son maître, probablement par crainte. Ils rejoignent le groupe des autres chiens, arrivent à localiser la tribu isolée, mais se retrouvent une fois de plus dans une embuscade tendue par les hommes de Kobayashi. Spots arrive avec une petite armée de chiens, qui aident à repousser les assaillants. Grâce à des flashbacks, il révèle qu'il a été sauvé à son arrivée par cette tribu et est devenu plus tard leur chef. Spots confirme également que Chief est son frère, et demande à Atari de transférer ses fonctions de protection à ce dernier : les deux sont d'accord. Un hibou arrive, révélant que Kobayashi prévoit d'exterminer tous les chiens sur Trash Island lors de sa réélection imminente. Atari et la tribu des chiens décident de retourner à Megasaki City pour tenter d'empêcher cela. Lors de la réunion électorale, le maire se prépare à donner l'ordre, mais Tracy présente la preuve de sa corruption et de l'existence du remède. Atari et les chiens arrivent aussi et prouvent que le remède est efficace. Kobayashi réalise que ses actions étaient cruelles, mais son bras droit, le major Domo, insiste pour l'extermination des chiens. Une bagarre s'ensuit au cours de laquelle le bouton d'activation de l'opération extermination est enfoncé, mais le poison destiné à euthanasier les chiens est envoyé aux assaillants grâce à un piratage informatique réalisé par un ami de Tracy. Pendant la bagarre, Atari et Spots sont gravement blessés. Le seul rein restant d'Atari est abîmé, mais Kobayashi, admettant ses erreurs, donne le sien pour sauver le garçon. Selon la loi électorale, la fonction de maire de la ville échoit à Atari, qui décrète aussitôt que les chiens sont autorisés à réintégrer la société. Spots se remet de ses blessures et élève ses chiots sous le manoir Kobayashi, Tracy et Atari forment un couple, tandis que Chief se rapproche de Nutmeg et assume le rôle de garde du corps d'Atari.


Le téléphérique que prennent les chiens et autres déchets pour aller et venir sur l'île

Une fable fantastique sur l'exclusion. Je découvre ce film d'animation, sorti en salle, en avril dernier. Ce film a mobilisé durant près de deux ans, dans un studio londonien, plusieurs centaines de savoir-faire : 700 personnes, dont plus de 70 aux commandes du département des marionnettes et 38 au sein du département d’animation. 1 000 marionnettes ont été confectionnées de manière artisanale – 500 chiens et 500 humains –, et les poupées de chaque personnage principal ont été déclinées en cinq échelles différentes, d’un modèle d’une quinzaine de centimètres à des figurines miniatures, destinées aux plans très larges. Il faut 4 mois de travail pour fabriquer chaque marionnette d’un personnage clé. Et pour donner vie à toutes ces poupées, dans des décors fabuleux, une tâche de titan a été confiée à Kim Keukeleire, cheffe animatrice sur "L’Île aux chiens" ! Plusieurs défis techniques l'attendaient, Kim Keukeleire fut formée à La Cambre, en Belgique, même si elle n'était pas assidue, puis a déménagé à Londres, et dans d'autres pays, tâter du terrain et apprendre son métier.


Kim Keukeleire en train d'animer l'un des chiens (voir son interview)

Ce que je relève de ce film, c'est la précision, les détails, la maniaquerie, les émotions de ces marionnettes, leurs larmes...  mais surtout, l'histoire. Force est de constater que cette thématique de l'exclusion, des déchets et de la saleté, depuis l'affreuse expérience qu'il m'est arrivé dans mon lieu professionnel, une école d'art, se trouve être la même réflexion, pour plusieurs créateurs, créatrices. Ici, le dictateur (Le maire autoritaire, Kobayashi), n'est pas une directrice, mais, il fait aussi signer des décrets pour bannir les chiens et les éloigner de leurs lieux de vie, en transformant une île comme isolement total des déchets, de l'immondice, une vraie expression xénophobe. Dans le film, ce maire change de point de vue à la fin, ce qui ajoute du sel à l'espoir, dans de telles situations à venir. J'en ai même fait des rêves-cauchemars, à la suite d'avoir vu ce film, et mon retour, dans l'école qui m'a rejetée, dans une île à déchet social : celle des artistes !
Ce que nous apprend le film : la mise en place d'une résistance, le développement de la propagande institutionnelle, et peut-être même, l'invention du virus, afin de faire peur à la population et exterminer les races qui dérangent, telle une épuration ethnique. Cette épidémie de grippe canine, cette menace de la pandémie (telle la peste noire ou le Sida) est un moteur législatif tenu en laisse par l'édile tyrannique, afin que la population puisse l'élire de nouveau, prolonger son mandat. La petite bande de résistants, née dans les écoles et seule soutien du scientifique-chercheur qui a trouvé le remède, l'anti-virus (il sera tué), cartographie le pouvoir, les héros (le petit pilote et la bande de chiens solidaires) recherchent la vérité en-deça des discours officiels et démiurgiques. Les détails sont de véritables éclosions techniques miniatures de fleurs, comme ce parachute argenté, qui s'ouvre et se referme et disparaît. Automates, marionnettes, poupées, tout ce qui est à la portée de la main, de l'enfant. Imaginons que de grands enfants fabriquent des décors pour animer leurs poupées et partager leurs créations, leurs histoires, à travers un grand écran, des heures, des années de manipulations, d'espoirs et de rêves, d'erreurs, d'accidents, de découragements, de rencontres, de pressions, d'humilités, toute une esthétique de la manipulation. Ce film se passe au Japon, et il est dit que dans cette île-pays, l’opposition entre le naturel et l’artificiel est amoindrie par une sorte de continuité entre l’homme et ses créations. Le théâtre du vivant se substitue à la précision des manipulations techniques des marionnettistes et des fabricants d’automates. Robotique, théâtres de marionnettes, pantomime de poupée, pantins d'autorités, bunraku, ningyo karakuri, kabuki, noh, kyogen, autant d'histoires ancestrales, au Japon, et avec l’apogée d’une société de plus en plus technique, tout repose sur l'idée de contrôle.

Bunraku : Femme montrant une marionnette

rebut  

      nm 
  • 1    ce qui est considéré comme sans valeur 
  • 2    lettre sans destinataire stockée au service des rebuts de la Poste 

mettre au rebut 
se débarrasser 
rebut de l'humanité
ce qu'il y a de plus vil 

rebut , s 
rognure, déchet, détritus, ordure, lie, scorie, dépôt, résidu, battiture, ramas, débris 
[antonyme]   élite     (au figuré)   racaille, tourbe    (vieilli)   populace 
[antonyme]   gratin 

au rebut 
      adv   à jeter 
jeter au rebut 
      v   jeter à la poubelle, se débarrasser de quelque chose, jeter au rencart 
matières de rebut 
      nfpl   déchets 
mettre au rebut 
      v   ranger, exclure, mettre au pilon 

rebuter :
rebuter, rebut de l'humanité, mettre au rebut, se rebuter
rebuter n.
décourager, dégoûter, détourner, ennuyer


Et dans une poésie du détritus, ici, vraiment, remarquable ;.) Là, oui, on peut écrire : une saleté remarquable ! C'est ce que la directrice, si propre et point rebutante, de l'école d'art de Limoges, m'a écrit plusieurs fois, définissant à la lettre, mes qualités pédagogiques, dans ses missives, dénuées d'analyses, mais point de cruauté, histoire d'inverser la réalité par abus de pouvoir, mais aussi bêtise maîtresse... et crasse (effet boomerang très lisible). Dans le film, la saleté révèle le sens poétique de la beauté, celle que la cruauté rejette, et souhaite exterminer. Les chiens pouilleux et ingénieux, fatigués et malades, contaminés, sont magnifiés dans la représentation de leurs poils où circulent et frémissent des tiques, des mouches et tant d'autres insectes. La poussière, dans cette île, les ordures et la vermine deviennent des textures brillantes, scintillantes, gigotantes, les souris, les rats, les animations de toutes vies après la mort, dans cette morbide insularité un combat valeureux surgit des tréfonds de solitudes.
C'est le merveilleux.
"Abandonnés comme des chiens", peut-on entendre des âmes tristes et errantes humaines. L'identification et l'interaction entre animal et être humain est formidable. On aimerait voir d'autres films avec d'autres espèces, s'animer de telles inventions artistiques. Ici, l'attention à l'animal domestique et la fonction de la domestication, celle du soin apporté et des échanges entre l'animal et son maître, sa maîtresse, la fidélité, la loyauté à toute épreuve, orientent les imbéciles qui osent encore abandonner leurs animaux, ou les maltraiter, vers une prise de conscience, comme celle du maire, qui comprendra cet enfant, parti à la recherche de son chien. Notre société et ses amoncellements de déchets, ces monstres de nos consommations excessives et destructrices de notre environnement, trouvent, dans ce film, une représentation d'un avenir peu ragoûtant, mais si semblable aux esprits qui rejettent la saleté en eux, loin, ailleurs, et si proche. La résistance, face au lavage de cerveaux, représentée par des hordes de gens assis dans des séminaires retransmis par écrans vers des lieux privés (restaurant, famille, etc.), des gens muets, soumis, qui se taisent, et obéissent, votent, elle, cette résistance, est tenue par l'obligation de rechercher la vérité, par comparaison, confrontation des sources, analyses, rechercher le bien à travers ce qui est montré de mauvais, puant, malade, contagieux, néfaste, et mal. Cette déconstruction, de ce qui est admis comme pensée unique, n'est pas l'axe principal du film. Le décor sublime de la décharge gargantuesque, ou des mécanismes de gazages, ou d'incinérations (qui ne fonctionnent pas bien, heureusement pour la bande des chiens solidaires) est une ruine pestiférée grandiose, presque romantique, car la romance entre chien et chienne se frotte un peu, par hasard et dépression, ou pessimisme, et la rencontre s'effectue par renoncement à l'amour et la procréation plus que par un coup de foudre gâté par une vie matérialiste, dans un carrosse doré et une filiation bien déterminée. La filiation, est souvent, dans ce film, un questionnement, "d'où je viens", "qui sommes-nous". Les races sont mélangées, les repères sont perdus et les pères et mères aussi. Les chiens sont contaminés et n'ont plus d'espoir de faire de famille, ou même de s'accoupler. L'errance, la violence, la fièvre et les jours sont comptés, comme autant de zombis parmi des carcasses qui jonchent les sols. La cage est ici représentée comme un objet qui permet d'abandonner l'animal, mais aussi de le laisser sans possibilité d'en sortir, voir de mourir dedans. Il y a dans ce film, une réflexion sur le deuil de l'animal et son impossibilité de retrouver ceux que l'on a perdu, comme autant de noms, de médailles, perdues, d'enterrements et cimetières non rendus possible, et sur la recherche du caractère unique de l'être aimé. Une truffe rose ou noire, un humour, un numéro de cirque... Une voix susurrée dans l'oreille... inoubliable.

Une fable sur les attachements, les détachements, les liens qui nous unissent et désunissent, sur l'abandon, et l'espoir de guérir des pestes des diktats.


C'est Katsuhiro Ōtomo, le célèbre dessinateur de manga, scénariste et réalisateur de films d'animation, et créateur d'Akira, qui a réalisé ce poster pour le film L'île aux chiens de Wes Anderson





Et une chanson, rien à voir avec ce film... ou presque, de Miel de montagne :
"Slow pour mon chien"