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samedi 12 août 2017

J℮ mℯ ﹩üїṧ ṧ℮яяé ʟα ρ℮їηтüя℮

Je me suis serré la peinture (Photographies © Sonia Marques)

vendredi 18 novembre 2016

ℊ☺û⊥


Quelques jours encore pour cette exposition :

J’ai rêvé le goût de la brique pilée

à la galerie La Box, l'un des principaux outils pédagogiques de l'école nationale supérieure d’art de Bourges jusqu'au 26 novembre 2016. J'ai réussi à me trouver un peu de temps pour visiter cette nouvelle et très belle exposition des commissaires Natsuko Uchino et Sophie Auger-Grappin, avec Chloé Nicolas, responsable de La Box / Véronique Frémiot, médiation et responsable des résidences / Edwige Belair / Jessie Morin, régie de la galerie.




Il y a eu une production in situ à La Box : Merz Bau Torchi (ci-dessus)
Une proposition de Natsuko Uchino pour une œuvre collective avec Audrey Calmel, Yun Da Chen, Ève Dufour, Bahar Kocabey, Nicolas Mazzi, Grégoire Messeri, Camille Savre et Manon Vallé, étudiants à l’Ensa de Bourges. Un projet encadré par Laurent Gautier, responsable de l’atelier modelage-céramique et suivi par Florentine Lamarche-Ovize, professeure.
Certaines des étudiantes ont travaillé ou travaillent avec moi cette année, dans une production de dessin, ce fut un plaisir de voir leur collaboration artistique dans cette entrée.

Les œuvres exposées sont de :
Laëtitia Badaut Haussmann, Pierre Baey, André Bloc, Katinka Bock, Karine Bonneval et Charlotte Poulsen, Michele Ciacciofera, Johan Creten, Patrick Crulis, le collectif Campbell Works de Harriet Murray et Neil Taylor avec Christine Cynn et Valentin Manz, Thierry Fontaine, Élisabeth Joulia, Anne Kjærsgaard, Ana Mendieta, Sophy Naess, Cécile Noguès, Mel O’Callaghan, Brigitte Penicaud, Marie Preston, Selma et Sofiane Ouissi, Janneke Raaphorst, Richard Serra, Natsuko Uchino, Claude Varlan, Michel Wohlfahrt, ainsi qu’une sélect ion de poteries traditionnelles de La Borne (centre de céramique contemporaine).
Les tapis de scénographie sont de Kilims Ada.


Pierre Baey : Cité, 1986 / Grès

Généreuse exposition, chaleureuse et sensorielle, de la terre au son, au feuilles et tissages, couleurs, tapis, photographie...
Il y a eu à cette occasion une découverte exceptionnelle des Grands feux sur un autre site, celui de de La Borne.

L’exposition prend pour point de départ, un projet transversal autour des pratiques de la terre, mis en forme de manière hybride avec la résidente Natsuko Uchino invitée à travailler conjointement au Centre céramique La Borne et l’Ensa de Bourges en 2016. Elle met en œuvre une réflexion sur la céramique contemporaine, ses liens avec l’artisanat et son rapport à l’environnement. Dépassant le clivage entre cultures savante et populaire, entre savoir gestuel et intellectuel, entre technique et concept, l’exposition J’ai rêvé le goût de la brique pilée… propose d’explorer et de mettre en relation les différentes appropriations artistiques de la céramique au travers d’une sélection de sculptures et d’objets utilitaires, de photographies, de vidéos, d’installations, de constructions architecturales… Qu’elles s’inscrivent dans une tradition fonctionnelle et utilitaire, qu’elles s’emparent de ce matériau pour faciliter l’exploration de la matière et l’expérimentation des formes ou qu’elles déconstruisent le vocabulaire traditionnel de l’art, les œuvres rassemblées dans l’exposition explorent les différentes pratiques autour du matériau terre, son rapport intrinsèque et métaphorique à la nature et au paysage autant qu’à l’espace domestique. À travers une curiosité toujours maintenue en éveil pour les pratiques silencieuses et subtiles, les gestes non académiques, les inventions spontanées, les artistes nourrissent un intérêt pour l’anti-discipline et la «liberté buissonnière des pratiques». Citation que Michel de Certeau, dans son ouvrage «L’invention du quotidien», mentionne pour évoquer les mécanismes de résistances qui émergent face à la standardisation. Appropriations d’histoires, d’images, de gestes, de rituels, mais aussi inventions de narrativité insoupçonnées, les artistes ne sont pas des «faiseurs d’objets». Ils cherchent au contraire à se positionner du côté de l’activité créatrice de l’être humain dans l’idée d’échapper à la catégorisation, au conformisme et d’inventer une autre dimension esthétique du monde. 


Télécharger le journal de l’exposition ici

 

À gauche : Michele Ciacciofera> Sweet Dance, 2014 (Plâtre, gaz, polyuréthane) et Cécile Noguès > Chou fleur, 2016 (Faïence émaillée)
À droite : Karine Bonneval et Charlotte Poulsen > Sarracenia II, 2016 (Grès émaillé, produit par Résidences La Borne)

L’anti-discipline et la «liberté buissonnière des pratiques»

Dépassant le clivage entre culture savante et populaire, entre savoir gestuel et intellectuel, entre technique et concept, l’exposition J’ai rêvé le goût de la brique pilée se pose comme une exposition résolument hybride. Elle aborde les différentes appropriations artistiques de la céramique, au travers d’une sélection de sculptures et d’objets utilitaires, décoratifs, de photographies, de vidéos, d’installations, de constructions architecturales...


Karine Bonneval et Charlotte Poulsen > Doek III, 2016 (Grès émaillé, produit par Résidences La Borne)

Le chant des céramiques
Tubes circulaires enroulés ou dressés, prolongés d’une ou plusieurs corolles évasées, les pièces puisent dans le registre floral autant que dans celui des instruments à vent. Évoquant le pétale unique de l’arum, de la plante carnivore, comme celui de la trompe du gramophone, les objets interpellent tout d’abord visuellement le visiteur qui s’approche spontanément et tend l’oreille pour écouter. La forme appelle la fonction, mais elle est aussi évocatrice d’un univers plus large. Elle réveille au passage notre mémoire et notre capacité à nous émerveiller, comme le souvenir du coquillage qu’enfant nous avons tous porté à notre oreille pour écouter le bruit de la mer. Dans une seconde approche, les œuvres révèlent une autre intensité. Ce sont des murmures, des chants, des langues bien réels qui s’échappent des pavillons et activent puissamment les mécaniques de l’ima­ inaire. Ni connectiques filaires, ni constructions dissimulant une régie technique ne troublent l’appréhension des pièces. Autonomes, posées comme des vases à même une simple planche de bois ou une table, elles racontent pourtant chacune leurs histoires, telles des fantasmagories contées. Cet effet est évidemment obtenu par l’hybridité technique de l’installation à laquelle Karine Bonneval a souvent recours dans ses œuvres. Notamment récemment, dans le projet Dendromité (Berlin), déployant de longues ramifications organiques, tel un système racinaire tentaculaire dont la structure se compose d’une enveloppe de fils de différentes textures végétales renfermant une structure technique complexe invisible. La pièce s’anime au contact des visiteurs qui activent des pistes sonores prélevées dans l’environnement de dix neuf arbres remarquables de Berlin. Par ce dispositif ambivalent, l’artiste nous propose une expérience unique, celle d’entrer en contact avec le monde silencieux de ces grands sujets auxquels nous ne prêtons rarement d’importance. Si Karine Bonneval et Charlotte Poulsen associent des éléments a priori hétéroclites — ici la terre, matériau primitif de l’expression, renfermant un matériel high tech composé d’un kit d’enceintes à vibration sans fil — ce n’est assurément pas pour créer un effet d’anachronisme plastique ou visuel. Au contraire, le projet réside dans la force mystérieuse du non visible, où chacun des éléments mis en présence conserve sa propre puissance d’évocation.
(Extrait du texte Chanson de gestes, par Sophie Auger-Grappin)



Laëtitia Badaut Haussmann > Daybed : Bordeaux brown, 2015 (Bois MDF, carrelage, colle enduit, plante unique, Courtesy Galerie Allen) / Michel Wohlfahrt > Armée Nie, 2012 (bronze) /Sophy Naess > A Tergo, 2016 (Tapisserie en coton peinte et fibre de soie tissées à la main)

Les différentes œuvres qui composent cette exposition ont été choisies non pas dans une exclusivité du médium, mais plutôt dans une approche transversale du rapport à la terre. Ces œuvres diverses ont en commun, une complicité avec la matière, comme pour affirmer que l’essence du geste créatif et de l’activité humaine réside dans la rencontre avec ce matériau ; la capacité à le modeler et le transformer. Ainsi ces pratiques multiples cherchent toutes à se positionner du côté de l’activité créatrice de l’être humain dans l’idée d’échapper à la standardisation, au conformisme et d’inventer une autre dimension esthétique du monde.


Photographie de la maison bornoise d’Élisabeth Joulia

La scénographie des expositions est conçue selon le modèle des installations d’artistes céramistes, tel que Jacqueline Lerat l’envisageait dans la mise en scène de ses pièces, associant des fleurs à ses arrangements et créant comme un souffle entre l’art et un certain style de vie. De la même façon, à La Box, la scénographie se construit à partir d’une photographie de la maison bornoise d’Élisabeth Joulia révélant un intérieur sobre où les objets en céramique dédiés aux aliments, aux fleurs ou à la dégustation du thé participent à l’harmonie sereine d’un environnement déployé au sol. Au centre céramique, ce sont les rapports entre paysage, terre native, céramique et agriculture qui se dessinent dans un dialogue dé-hiérarchisé d’objets artistiques et fonctionnels déployés de façon horizontale sur un ensemble de matériaux naturels.


Sophy Naess > A Tergo, 2016 (Tapisserie en coton peinte et fibre de soie tissées à la main)

Sophy Naess > A Tergo, 2016 (Tapisserie en coton peinte et fibre de soie tissées à la main) / Détail

Sophy Naess > A Tergo, 2016 (Tapisserie en coton peinte et fibre de soie tissées à la main) / Détail

Extrait de l'interview de l'artiste Natsuko Ushino :

Les différentes œuvres qui composent cette exposition ont été choisies non pas dans une exclusivité du médium, mais plutôt dans une approche transversale du rapport à la terre. Ces œuvres diverses ont en commun, une complicité avec la matière, comme pour affirmer que l’essence du geste créatif et de l’activité humaine réside dans la rencontre avec ce matériau ; la capacité à le modeler et le transformer. Ainsi ces pratiques multiples cherchent toutes à se positionner du côté de l’activité créatrice de l’être humain dans l’idée d’échapper à la standardisation, au conformisme et d’inventer une autre dimension esthétique du monde. Ces questions de formations ont évidemment intéressé l’École nationale supérieure d’art de Bourges. Si les systèmes d’enseignements professionnels et supérieurs sont relativement cloison- nés, quelles sont les possibilités offertes aux étudiants des beaux-arts qui souhaiteraient se perfectionner dans la technique céramique qui exige un grand savoir-faire ?


Il existe une formation technique en tournage, émail et création au CNIFOP de Saint-Amand-en- Puisaye, environ à une heure de Bourges. Il y a peu d’échanges entre ces programmes, partielle- ment à cause de la réforme des écoles d’art de 1976, ayant imposé une séparation entre les formations techniques — l’apprentissage des métiers — et celles des beaux-arts devenues de plus en plus théoriques et identitaires. Dans tous les cas, si les passerelles sont rares, la question de l’enseignement de la technique et des savoir-faire dans les écoles des beaux-arts est aujourd’hui bien d’actualité. On identifie clairement un manque de technicité lors des premières années d’apprentissage aux beaux-arts alors qu’apparaissent des post-diplômes qui découlent du format actuel des laboratoires de recherches pour expérimenter les usages avec le médium ou des articulations avec les nouvelles technologies. Le programme Kaolin de l’ENSA de Limoges, ou encore le programme du CERCCO à la HEAD de Genève en sont de très bons exemples. L’atelier technique de céramique de l’ENSA de Bourges a été rétabli depuis huit ans en réponse à l’intérêt croissant des étudiants pour la céramique. À eux désormais de tisser le lien avec le patrimoine et son voisinage céramique pour acquérir ce savoir-faire original du grès et profiter du lien privilégié à l’humain. Personnellement, je ne pense pas que l’ENSA de Bourges gagnerait à s’aligner sur les recherches qui ambitionnent de développer de nouvelles technologies avec la céramique. Son atout est ailleurs. Historiquement, l’enseignement du couple Lerat depuis 1944 et jusqu’en 1988, a profondément marqué les générations d’artistes céramistes. Il témoignait d’une relation forte entre le village de La Borne et les beaux-arts de Bourges. C’est aussi cette même génération qui a su renouveler avec dynamisme un regard sur la production potière populaire qui répondait à des pratiques de conservation alimentaire devenues obsolètes.



Natsuko Uchino > Sculpture tournée, 2015 (Grès émaillé) / Détail

Anne Kjaersgaard, Vase et carafe (Grès émaillé, coll. Hervé Rousseau)

Faire collaborer différents acteurs à un système de production exemplaire associant l’artisanat à une réflexion riche sur le design et l’art. Ne serait-ce pas l’une des entrées les plus porteuses pour dynamiser la production artisanale ?

Les mondes de l’art, de l’artisanat, du design, (et) de l’architecture ont des modes de fonctionnement autonomes et peu perméables. Pas seulement à cause des conflits d’auteurs engagés mutuellement dans une production commune, mais surtout car chaque domaine répond à un secteur de production spécifique et à une économie qui n’implique pas les mêmes prescripteurs et développe des logiques de diffusion différentes. Oui, je pense que pour connaître un nouveau développement, l’artisanat doit résoudre deux contraintes : la première, celle de la transmission technique ; la seconde : celle d’un essor économique dynamique soutenu par les demandes d’autres industries collatérales, qu’elles soient agricoles, culinaires, ou ménagères. En l’absence de ces prescripteurs, il faut un projet pour insuffler une vision, réactiver le village et fédérer une activité commune. Et de ce souffle créatif, le village est devenu pour un temps la nouvelle usine.



Michel Wohlfahrt > Armée Nie, 2012 (bronze) / Détail

Michel Wohlfahrt > Armée Nie, 2012 (bronze) / Détail

Michel Wohlfahrt > Armée Nie, 2012 (bronze) / Détail

Michel Wohlfahrt > Armée Nie, 2012 (bronze) / Détail

Tapis de scénographie :  Kilims Ada

Campbell Works (Harriet Murray, Neil Taylor, Valentin Manz et Christine Cynn)
Bread Head,
2011-2016
(Farine de blé et levain, moules en terre cuite)

Have You Fed Your Mother ?

Avez-vous nourri votre mère ?
     

Bread Head (Tête de Pain, ci-dessus) a été développé par le collectif d’artistes Campbell Works à Londres, en 2011, en collaboration avec les artistes Harriet Murray, Neil Taylor, Valentin Manz et Christine Cynn. Le terme bread head est souvent utilisé dans le langage populaire anglais pour décrier une personne obnubilée par la valeur monétaire des choses, signifiant que pour éviter ce genre de pensée il vaut mieux avoir un cerveau et pas du pain creux entre les oreilles ! Le projet de confectionner des Breadheads tant pour l’exposition que pour leur consommation pose alors la question de la valeur monétaire investie dans l’alimentation par les individus et par la société. Le projet est élaboré comme une boulangerie ambulante, avec un four à bois portable et des moules à pain en forme de masques. Ce protocole permet au public de “gagner son pain” dans des dispositifs participatifs. Le levain fait aussi partie de la réflexion, pour sa manière de privilégier un rapport au temps et à l’attente, laissant les ferments naturels se développer lentement, digérer la farine et se multiplier.

Voir les photographies du projet Bread Head sur le site de Campbell Works ici.

Join us in the creation and devouring of this most noble food. For two days we will collectively create a fearsome feast of Bread Heads. Crafted faces of dreams or nightmares baked in our bespoke wood oven and displayed for a few hours among the detritus of their making.
Break bread with friends and strangers on Sunday 16th, 4pm onwards, for an evening as bacchanalian or puritan as you choose. Bring cheese, wine and a small jar for some ‘Mother’ sourdough starter’.


Photographie, ci-dessous, du projet Bread Head sur le site de Campbell Works

Janneke Raaphorst > QR Quilt, 2016 (Soie recyclée)

Janneke Raaphorst > QR Quilt, 2016 (Soie recyclée) / Détail

Pour connaître le parcours de l'artiste Natsuko Uchino, lire l'interview de Jeanne Granger :

Paysage, usage du paysage, droit des terres

Les recherches de Natsuko portent sur une notion qu’on nomme en anglais « the commons » soit biens communs ou comment imaginer autrement que par le modèle du secteur privé de nouveaux équilibres à l’image des éléments qui composent une écologie vivante.

Commons - appelé biens communs en français –

Les biens communs correspondent en économie à l’ensemble des ressources, matérielles ou non, qui sont rivales et non-exclusives. Traiter un bien commun comme un bien privé conduit à sa destruction, comme l’a souligné Garrett Hardin. Dès lors se pose la question de sa régulation. En politique économique on oppose souvent le bien public, assuré par l’Etat, au bien privé, réglé par le marché. Les frontières entre l’un et l’autre sont mouvantes. Le bien commun a connu un regain d’intérêt de la part de courants qui tentent de trouver une troisième voie entre marché et État. Les biens communs se distinguent des biens publics et d’un bien privé individuel. Ils cristallisent de nombreux enjeux juridiques, politiques, intellectuels et économiques dans la mesure où il proposent une alternative au modèle marchand et génèrent de nouveaux espaces de diffusion de la connaissance.

❤❤❤

J'ai trouvé beaucoup de points communs avec l’œuvre Cendrillon, que j'avais réalisée en 2010 à Limoges, composée de 1600 carreaux travaillés à la main sur une surface de 16 m2. Exposée à Saint-Yrieix-la-Perche, l'été 2010, lors de l'exposition collective « Design and Co », j'associais techniques et technologies, infographie et céramique dans la conception et fabrication d'une grande mosaïque représentant une jeune fille métisse, Cendrillon, icône inspirée de l’art ANSI/ASCII (langage codé spécifique) des premiers ordinateurs des années 80 conçue à partir de rebuts de terre de céramique et porcelaine, dans un projet écologique, des biens communs. Tous les autres exposants étaient des designers qui s'inscrivaient dans cette démarche (aussi avec le bois, le châtaignier)




(Toutes les photographies sont de Sonia Marques)


vendredi 1 mai 2015

ℭℯ ⓠʊℯ ṧαї⊥ ł@ м@☤η

Aleksandra Domanović (3 œuvres  : Relay runner (Sanija Hyseni, 1979 ; Torches of freedom, 2013 ; Little sister II, 2013)

L'exposition collective : L’USAGE DES FORMES (20 mars - 17 mai 2015) au Palais de Tokyo, à Paris, du commissaire Gallien Déjean, avait tout pour me séduire. Les références, la bibliographie, le toucan (mais ça c'est pour les proches), le damier de la mise en scène, la thématique des usages et des outils, l'alliance entre art et artisanat et le nombre des projets réalisés que je reconnaissais ou des designers et artistes, mais aussi quelques pièces dont j'avais écrit un article dans ce blog d'Etorre Sotssas, l'hiver 2013. Et puis, cela a confirmé la pièce Cendrillon, de céramique, en damier, réalisée à Limoges en 2010, exposée dans le Limousin, mes cours avec les étudiants et les collègues de l'école, tous ces échanges passionnants, qui ont fait évoluer mon travail artistique mais aussi fait comprendre la difficulté, dans laquelle se trouvaient les enseignements des arts décoratifs dans le paysage français. Belle exposition. Que dire : il faut y aller !
Cette année mes cours se sont programmés avec des intitulés choisis : L'iconothèque libre, Une projection, des médias multiples et Post Internet, pour une évolution de la 3e année, 4e année à la 5e année option art. Les années préparant le diplôme et surtout la 5e année, sont toujours tendues. Ce semestre j'ai accompagné ces étudiants dans leurs installations tous médiums. Ils travaillent aussi bien la céramique, la porcelaine, le bois, l'image (la vidéo, la projection, l'installation), le virtuel, le son et plus profondément, selon moi, les espaces urbains (liberté, Post Graffiti, justice), les théâtres des sentiments (scénographies et acteurs, improvisations), la chimie des matériaux et des cuissons, le détournement de l'industrie à l'art, les identités virtuelles, l'invisibilité des formes et la disparition de l'image, sa dissolution dans des installations et illusions, mais aussi des attitudes punk qui amalgament des cultures dérivées du manga et des geek cultures, des études du rapport entre basse culture et haute culture avec l'agriculture, des entre-deux cultures entre Asie et Europe, entre des milieux sociaux opposés, entre des genres différents, des codes et formats sexués qui se transforment, un peu de jeux de mots érudits sortis du surréalisme et des insultes courtoises. Tant de notions abordées, tant de richesses. Bref j'ai apprécié accompagner et suivre ces étudiants, avec si peu de moyens, tous différents, les faire évoluer dans le bon sens, leurs apporter des références, même éloignées de leur monde. Leur résistance est remarquable et cette année, ils ont été concentrés dans leurs projets, malgré toutes les fuites des incertitudes tombées d'un seul coup. Merci pour cette année ;.)
Ici, je fais référence aux textes mis en forme par Gallien Déjean, qui sont aussi des outils de pensée...à propos des outils de travail et de leur esthétique. Je me suis demandée si le fétichisme n'était pas loin, avec l'ésotérisme et les secrets de fabrications. À présent, il n'y a plus de secret mais que des diffusions d'espoirs trop longtemps gardés. Souvent des étudiants m'apprennent cela : la difficulté de la transmission du savoir, dans les alcôves de la porcelaine, seraient dus à une trop grande prétention à garder des savoirs faire secrets. Ils se retrouvent après en solitude totale et dépassés par les formules artistiques habiles à présent de leurs mains, habiles de l'usage des mots, habiles des nouvelles technologies. De toutes ces habilités, je dis, bravo l'enseignement supérieur en art, quelle belle entreprise que d'enseigner encore, entre crises. Car il est bien question de cela : allier ces nouveaux usages avec les anciens savoir faires et les maintenir en vie jusqu'à élever les esprits. Point de méprise, voici venus les nouveaux intellectuels qui œuvrent aux belles réalisations. Clin d’œil à tous nos échanges intellectuels. Et puis à toutes nos histoires des outils technologiques et de leurs démos ;.)

Pour une fête du travail, je devais rendre hommage au travail effectué.


Syndicat, œuvre réalisé par David Rosemblum, Sans Titre, Collection 2015 (6 livres avec étiquette de cuir, dorure à chaud, étagère gainée, toucan)

L’exposition L’Usage des formes, par son commissaire, Gallien Déjean.

"En 1930, l’ethnologue Marcel Griaule publie dans la revue Documents un article intitulé « Poterie » dans lequel il dénonce les archéologues et les esthètes qui admirent, dit-il, « la forme d’une hanse » mais se gardent bien « d’étudier la position de l’homme qui boit ». La forme de chaque objet, dans son contexte d’émergence, est liée à un usage – qu’il s’agisse d’un ustensile, d’un objet d’art appliqué ou même d’une œuvre d’art. Dans ce texte, Griaule déplore le processus de décontextualisation que l’on fait subir aux objets lorsqu’ils intègrent le musée pour acquérir une valeur esthétique. Dévitalisés de leur fonction d’usage dans cette enceinte sacrée, ils deviennent des objets de contemplation qui n’ont pour seule justification que la classification qui les subsume. «L’Usage des formes » est une exposition qui regroupe des objets et des œuvres issues d’époques et de domaines variés : métiers d’art, arts plastiques, design et architecture. Chacun de ces artefacts témoigne d’une valeur d’usage. La plupart appartiennent à la catégorie des instruments techniques dont le champ d’action est infini : certains servent à transformer la matière, d’autres à révéler l’invisible, extraire des données, produire de l’information, ou permettent de communiquer. Ils prolongent nos organes dans leur fonction d’appréhension du monde. À travers cette accumulation de prothèses, se dessine en creux le corps humain dans son rapport au réel. Selon le philosophe Gilbert Simondon, les instruments techniques sont des êtres « allagmatiques », c’est-à-dire des éléments d’échange entre l’homme et son environnement ; de cet échange naît la culture.

Deux entités complémentaires incarnent le rapport à l’outil. L’Homo faber construit des instruments pour façonner la matière. L’Homo ludens joue à détourner les outils de production et les instruments de la connaissance créés par l’Homo faber afin de faire surgir de nouvelles possibilités. Parfois, ces deux attitudes coexistent au sein de la pratique d’un même créateur. En exposant les outils et les échantillons prélevés dans les ateliers d’artisans d’art, mis en regard avec ceux des plasticiens et des designers, l’exposition «L’Usage des formes » rend hommage à ces deux conceptions entrelacées de l’invention, du savoir-faire et du rapport du geste créateur au monde qui l’environne. Dans «Les Gestes », le philosophe Vilém Flusser décrit le moment où, à l’issue d’une production, « les mains se retirent de l’objet, ouvrent leurs paumes en un angle large et laissent glisser l’objet dans le contexte de la culture [...], non quand elles sont satisfaites de l’œuvre, mais quand elles savent que toute continuation du geste de faire serait insignifiante pour l’œuvre ». Ce geste est aussi celui du don, affirme-t-il. C’est «le geste d’exposer» que «L’Usage des formes » met en scène au sein d’un espace scénographique où flotte encore la survivance de l’usage des formes présentées."

À lire le dossier de presse de l'exposition. Le fassicule papier avait l'avantage, avec les numéros, d'avoir toutes les informations sur les pièces présentées.

Avant chaque nouvelle production les céramistes enregistrent leur nuancier de couleurs sur des vases ou des assiettes

Kristin Mckirdy (Coffre, 2013 : Porcelaine de Sèvres) / Outils pour travail à chaud du verre

À droite le travail d'Éric Benqué et Emmanuel Joussot, Frédéric Richard : Sellettes, 2012 (Liège, or, bois)

outils11.jpg

La scénographie de l’exposition conçue par le designer Robert Stadler
L’espace d’exposition, imaginé par Robert Stadler et réalisé en collaboration avec des artisans, s’apparente à un damier, conçu comme une grille de classification des objets exposés. Certaines cases de ce damier restent cependant vides, symbolisant l’impossibilité de traiter de façon exhaustive la question transhistorique de l’outil, qui s’avère être un sujet de recherche potentiellement infini. De nombreux artisans ont reçu pour l’exposition des commandes pour réaliser la scénographie : le dinandier Nathanaël Le Berre a créé des socles en feuilles de métal martelé. L’ébénisterie ARCA a fabriqué une partie du mobilier de l’exposition. Le jeune duo nantais GLASS FABRIK, spécialisé dans les collaborations avec des plasticiens, est l’un des représentants les plus innovants au sein de la verrerie française. Dans le cadre de l’exposition, GLASS FABRIK a produit des vitrines colorées composées à partir des chutes de verre issues de leurs collaborations passées avec des plasticiens. Objets utilitaires de monstration, ces vitrines constituent également la sédimentation mémorielle des activités de l’atelier. Jean-Paul Mahé, quant à lui, est un ancien complice de Robert Stadler puisqu’il a participé à la conception en 2012 d’Irregular Bomb le canapé aux courbes singulières imaginé par le designer qui remporta le prix «Dialogues» en 2012. Pour L’Usage des formes Jean-Paul Mahé a réalisé un rideau en cuir pour délimiter l’espace de documentation.

Toutes les photographies de l'exposition la nuit au Palais sont de Sonia Marques, avec un petit outil digne des héritiers des grands déménagements, des petits voyageurs expérimentés.
...Et c'est très intéressant car le journal papier de l'exposition fait référence au dominotier... cela m'a fait penser à mon Domino, une pièce que j'élabore en recherche entre tapisserie et peinture... Références de l'article encore à compléter...