Fresque à Verviers (Belgique) de l'héroïne de BD Yoko Tsuno, bande dessinée d'aventure et de science-fiction, créée en septembre 1970 par l'auteur belge Roger Leloup.


"La nouvelle fresque décorant le pignon d’un immeuble situé au coin des rues aux Laines et Peltzer de Clermont à Verviers, consacrée à Yoko Tsuno, l’héroïne du dessinateur BD Roger Leloup. Quelques mois après l’inauguration d’une fresque en hommage à René Hausman située place du Palais, une deuxième fresque vient ainsi s’ajouter à ce qui devrait être à terme un parcours BD dans Verviers, l’ancienne cité lainière étant un peu le berceau du 9ème art tant ils furent nombreux à connaître le succès grâce à leur talent et le charisme de leurs héros. . La fresque Yoko Tsuno dessinée à Verviers ne tient pas du hasard : le père de l’aventurière japonaise, créée en 1968, Roger Leloup, aujourd’hui âgé de 85 ans, est né à Verviers et y a passé de nombreuses années, notamment rue d’Ensival, aux côtés d’un autre monument de la BD belge, Jacques Martin (Alix, …). Roger Leloup a souhaité rappeler son passage à Verviers en autorisant le pouvoir communal d’utiliser un de ses dessins de la célèbre japonaise ; le dessin sur le pignon de la maison choisie, au cœur du quartier Ouest de Verviers qui, avec le complexe Crescendo l’Hôtel Verviers et le cinéma Pathé, retrouve une nouvelle vie, est une aventure dans l’aventure BD de Roger Leloup. C’est l’asbl bruxelloise " Art mural " qui s’est chargée de la périlleuse mission de reproduire le dessin de l’artiste : un travail remarquable de précision dans le dessin et les couleurs pour aboutir à une œuvre murale de haute qualité qui attirera à coup sûr le regard de tous les passants. Yoko Tsuno, cette amazone, domine désormais le rond-point de la Grâce avec son style aventurier tellement bien ressenti grâce au talent de son père dessinateur. La fresque a pu être réalisée grâce à l’utilisation partielle du budget obtenu par Verviers dans le cadre de la politique des grandes villes ; l’investissement aura coûté 40.000 euros, mais vu la qualité de l’œuvre, le jeu en valait la chandelle ; d’autres fresques dédiées à la BD existent encore dans les cartons des autorités communales." (RTBF)


J'avais beaucoup apprécié voir la réalisation de la fresque de Moebius à Montrouge, un des artisans de celle-ci m'avait contactée si heureux après avoir lu mon article sur BMK. Quel étonnement. J'ai appris ainsi, que celles et ceux qui réalisent les fresques murales ne sont jamais mentionnés et pourtant c'est un travail fastidieux et titanesque. Et là je découvre qu'une fresque fut réalisée en Belgique super belle de Yoko Tsuno, très bon choix. Je me suis ainsi souvenue, enfant de ma découverte avec l'héroïne japonaise, à la bibliothèque municipale de ma ville en compagnie de ma mère, car nous n'avions le droit qu'à l'accès de la bibliothèque des enfants au rez-de-chaussé et c'était devenu très ennuyeux pour moi, j'avais déjà écumé toutes les bandes dessinées, les Boules et Bill, les Astérix et Obelix, la Bécassine, les Tintins que je n'aimais pas, enfin je trouvais tout nul, et les lectures dédiées aux enfants étaient de mon point de vue d'enfant, très bêtes et infantilisantes. J'accompagnais ma mère à la bibliothèque des adultes, elle me laissait dans les bandes dessinées, un bac rempli de trucs dans le style Charlie Hebdo et des bandes dessinées que je trouvais vulgaires et très sexualisées à destinations de vieux pépés (c'est vraiment ainsi que je qualifiais, avec mes mots d'enfant la cible des lecteurs potentiels, je ne pensais pas si bien tomber, finalement, bien que mes pépés et mémés ne lisaient absolument pas ces styles de dessins et de scénarios, quelle chance ai-je eu là !), je trouvais cela très étrange le monde des adultes. Puis j'ai trouvé "Yoko Tsuno", que c'était chouette, une femme avec une bulle sur la tête, et dans l'espace, souvent, beaucoup de choses à lire. Ainsi j'ai découvert un nouveau monde. Il y avait une bibliothécaire frustrée, toujours en colère, sèche, qui surveillait. Elle me voyait lire dans la bibliothèque des adultes. Elle entreprit de faire la morale à ma mère, que je n'avais pas à être là, ma place était à la bibliothèque des enfants. Cette méthode, nous la rencontrons toujours, encore, partout, à tous niveaux. Ma mère, fidèle lectrice, n'a pas tenu compte de ces jérémiades, même menaçantes, même si elle s'était prise d'un excès de zèle et de folie pour convoquer sa supérieure, qui connaissait bien ma mère, passionnée de lecture. Évidemment, la revêche a été sermonnée et puis, nous regardait les jours suivants, très agacée, et ne manquait pas de dire à ma mère qu'elle avait oublié ceci, ou cela, que le livre, n'était pas tamponné, etc... On en retrouve toujours à tous niveaux. Il est question de niveau, de lecture, d'apprentissage. Ainsi, de Yoko Tsuno, je suis passée aux lectures de livre, à ma hauteur (ma petite taille d'enfant) et j'ai commencé par le rayon B : Bachelard, Barthes, Bataille, Baudrillard. J'étais critique, et celui qui m'a laissée le plus d'espace pour imaginer ce fut Roland Barthes, et Gaston Bachelard plus tard quand j'y suis revenue. Lorsque je suis arrivée une dizaine d'années plus tard, dans les écoles d'art, c'était les lectures des cultureux de gauche données en références aux étudiants. Normal, les bibliothèques dans les banlieues au Nord de Paris sont organisées aussi selon des références culturelles gauchistes. Mais à cette époque où c'était nos lectures obligatoires, je ne m'y intéressais déjà plus, puisque j'avais déjà tout lu, j'étais passée au rayon psychologie et j'avais lu pas mal Freud, et pu réaliser un impressionnant oral sur les rêves et l'inconscient devant ma classe, avec mes 2 camarades qui m'avaient laissés tout faire car ils étaient épatés. Quel chance ces 2 camarades, il n'existait aucune rivalité, ni même de jalousie, ainsi je pouvais apprendre d'eux et eux de mes escapades précoces en littérature très variée, sans aucune méthode d'appréhension. Avec la distance, ils ressemblaient beaucoup aux amis de Yoko Tsuno : Vic Vidéo et Pol Pitron. J'avais remporté une excellente note pour nous 3, mais je préférais nettement "Jung", Freud m'enquiquinait sur certains points. Donc, tout cela pour écrire que Yoko Tsuno m'a emmené très loin, puisque je n'ai plus souvenir d'avoir lu ces bandes dessinées ensuite. Aujourd'hui, je le souhaite, car, après tout, le reste n'a aucune importance, ni la bibliothécaire, dite "la méchante" que l'on évitait soigneusement pour se sentir libre de lire, elle aimait aussi maltraiter les petits, je me souviens encore voir des tous petits sortir en pleurs de son bureau où elle les séquestrait, pour les réprimander, ou les garder faire leur devoir. Nous, les Yoko Tsuno, nous savions qu'il ne fallait pas l'écouter, car elle était très bête et ne savait que tamponner les cartes. Finalement, il en existe tant, que ce modèle là, fonctionnaire, nous apprenait, plus tard, nous pouvions en rencontrer d'autres femmes frustrées, qui ne nous donnent ni nos cartes, ni le goût de la découverte, et nous envoient à ses supérieurs pour nous punir d'apprendre et d'évoluer. Il y avait une bibliothécaire très gentille, pour reprendre nos qualificatifs, d'enfants. En fait, elle faisait la lecture des contes, avec une vision intelligente et cultivée des diverses origines, un nombre d'enfants attendaient patiemment ses lectures sensibles et dynamiques, et pouvaient se montrer très désappointés si elle était absente. Elle avait sa vie à elle et n'était pas un gourou non plus. On sentait que c'était un repère, parfois bien plus important que leur maître ou maîtresse à l'école, et parfois qu'elle était "le savoir" même, celle qui savait. Ainsi, entre ces deux modèles de femmes, nous étions assez au fait d'un éventail possible, dans l'avenir, de couleurs et rencontres qui forment la jeunesse.
Quand je repense à Yoko, je pense à tout cela, et finalement, les choses évoluent peu. Les mêmes auteurs sont toujours enseignés, les mêmes personnes empêchent que l'on aille plus loin, autrement, les mêmes enfants pleurent ou sont harcelés par des adultes, les mêmes adultes font mine de ne pas savoir ni comprendre, et tamponnent les mêmes cartes, numériques cette fois, rentrent des données, remplissent des formulaires, l'air de rien ou publient des textes les déculpabilisant, dès qu'un jeune se plaint. Pourtant, quand on lit certaines affiches de grandes écoles graphiques, et leurs slogans, on se dit que l'on a loupé quelque chose. Nous sommes devant des mots raccourcis, des phrases vulgaires, des onomatopées dignes des messages téléphoniques les plus puérils, et tout cela fait par des adultes, à destinations des "jeunes", ce public, qui ne doit surtout pas évoluer, trop vite. J'ai même lu récemment un article d'un universitaire doctorant qui s'intitule : ta mère suce des b***... Et plus insidieux des visuels d'école : Maman j'te jure j'fais d'l'art... Comme si nos mères étaient définitivement des idiotes, pour dire poliment les choses, ce que très vulgairement et avec la meilleure goujaterie du monde, et misogynie, nous pouvons lire dans ces messages "gentillets" à destination des jeunes, pour être dans le coup ! Et après, ces écoles prétendent combattre les abus sexuels ? Je ne sais pas, je ne sais plus comment en sommes-nous arrivés là. Mais c'est ce que l'on nous montre hélas, on nous oblige, on nous déprime, on nous rabaisse au niveau sous la ceinture. Alors, nous savons, celles et ceux qui savent, que pour faire marche arrière lorsque l'on apprend qu'il y a des abus sexuels dans les écoles, de directions et d'équipes pédagogiques et administratives, de cadres, c'est impossible, la marche arrière, tous complices... Et les savants ne peuvent plus raconter comment ils content, comment ils savent, leurs paroles ne sont pas prises au sérieux.  Et là, on repense aux bibliothécaires qui tamponnent, et on comprend tout. Des enfants traumatisés s'étaient procurés des tampons et tamponnaient tout, pensant que c'était cela, avoir le pouvoir, commander. À leur tour, ils agressaient d'autres petits et les tamponnaient, puisque ces tous jeunes, certains, n'avaient pas su discerner le meilleur côté, le plus lumineux, les contes de celle qui savait.
C'était il y a 40 ans. Aujourd'hui, qui sait. Ni Barthes, ni Baudrillard, ni Freud, aucun de leurs écrits ne comprennent notre monde d'aujourd'hui, ils étaient périmés, oubliant leurs lectrices, ce qu'elles vivaient, ce qu'elles pensaient, ce qu'elles deviendraient. Et Bataille et sa pulsion scopique, toujours pas compris pourquoi des professeurs et photographes ou cinéastes.. ou directions (qui ne photographient pas ni ne filment ni n'enseignent, et ne dirigent rien, seule leur anarchie) se réclament de Bataille : c'est nul. Parfois on aimerait retourner en enfance, lorsque nous savions déjà très bien ressentir ce qui était bon pour nous, et dire en fracassant tout : c'est nul ! Avant d'être emportés, bien soumis, dans le tourbillon de mauvais professeurs, tous ces voyeurs et voyeuses tristes. Oubli total.  Je garde Bachelard, et plein de nouveaux, de nouvelles évidemment. L'ondine m'inspire.

 

Yoko Tsuno : élevée au Japon, une ingénieure en électronique très intelligente avec un brevet D planeur, pilote d'hélicoptères (Gazelle, Écureuil...) et une ceinture noire d'aïkido. Aussi belle qu'intelligente, aussi sportive que tendre, du haut de ses 20 ans cette demoiselle au grand cœur enchaîne les aventures sur Terre, dans l'espace et même à travers le temps. Yoko sait combattre, mais refuse de le faire sans nécessité et répugne plus encore à tuer.

La rentrée universitaire approche, et Yoko s'éloigne, je pense que nous sommes plutôt dans un cauchemars, vu de l'espace de Yoko, qui ressemble plus aux peintures, que j'apprécie de Jonny Negron, un américain...  Comment nager en pleine anarchie... masqués... Noyés dans les ivresses de la déconfiture.
Moi je suis restée perchée avec mon faucon, derrière une église jésuite qui cache un gymnase... tout un programme, culture et patrimoine. Y a qu'à faut qu'on !



Detail of “Rubia” by Jonny Negron at Chateau Shatto...

Jonny Negron is a self-taught artist and illustrator living and working in Austin, TX. His work is known for a highly-individualistic blend of sociopolitical satire, occult symbolism, and psychologically-charged sexual imagery rendered with a precise and flowing command of the line. Formally, his compositions engage with a worldwide history of flat imagery from Ancient Egyptian hieroglyphics to contemporary manga.