Après descendre, on ne peut que remonter.

DES CENDRES

Photographies © Sonia Marques

Parmi tous les anniversaires, ces jours-ci, je fête les 10 ans de l’œuvre d'art : Cendrillon. Le vernissage fut ouvert au public un 10 mai 2010, début de la découverte, à l'école nationale supérieure de Limoges-Aubusson. Conçue, fabriquée et produite, par mes soins, au sein de l'école, je venais de prendre mes nouvelles fonctions d'artiste professeure, depuis le 1er janvier. Je faisais déjà des gâteaux, je faisais déjà 37 ans.

"C'est du gâteau"

L'expression est une extension de celle du XVIIIe siècle, c'est du nanan, qui désigne la réussite gustative d'une friandise. Les gâteaux étant simples à faire, quand quelque chose est facile, c'est du gâteau.

Pourtant, on entend assez souvent, c'est pas du gâteau, avant de réaliser une tâche qui semble très difficile à faire, dans tous les domaines... Lorsque j'ai conçu l’œuvre Cendrillon, je me suis lancée un défi, quasi mathématique, mais aussi celui d'un savoir faire, que je mettais à l'épreuve économique et écologique : réaliser une œuvre avec, comme matière première, les rébus destinés aux déchets, aux poubelles de l'école. Mais, en sublimer la représentation, puisqu'il s'agit bien de "représentation" comme se préparer pour aller à un bal, un vernissage, où l'on met ses plus beaux souliers et costumes, on laisse ses haillons derrière, après avoir durement travaillé. Pour ma part, lors du vernissage, le 10 mai, je suis restée dans la cuisine, ou plus exactement, dans les cendres, au sous-sol, et je n'ai pas été invitée au restaurant des élus. Quelques biscuits (de céramique) sortaient encore du four, mais les élus avaient vraisemblablement très faim. Dans ma conception, le destin du processus, n'était pas réalisé pour les élus, mais pour partager un savoir faire, pour tous. On dira plus prosaïquement, j'y ai laissé ma pantoufle de vair, véritable chaussure d’intérieur confortable, ouverte à l’arrière comme les mules, et non une pantoufle de verre ou cristal... C'est à la "maison de la pantoufle moderne", historique, à Limoges que je trouvais mes souliers de bal, en fourrure d'écureuil, en vair. Dans la version du conte de Perrault, la fin est la plus cruelle : les sœurs se mutilent jusqu'au sang pour faire entrer leurs pieds dans la pantoufle, et les pigeons, amis de Cendrillon, leur crèvent les yeux. Pourtant, la solidarité entre femmes doit permettre de surmonter la jalousie, une rivalité, sournoisement entretenue par les hommes.

Je devais donc quitter les haillons du travail, parfois, pour vernir quelques biscuits...
  • guenille, hardes, loque, nippes, oripeaux, lambeau, chiffon, défroque. ...
  • chiffon, guenille, serpillière, loque, oripeau-eaux, charpie, harde...
  • loque, lambeau-eaux, chiffe, épave, serpillière.
J'aime beaucoup qualifier les bouts de tissus, ils ont tous une histoire. C'est la connaissance de l'histoire qui révèle un patrimoine, ou matrimoine pour les plus "à cheval" sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Récemment, une localité se plaignait qu'elle avait fait fabriquer des masques pour les habitants, et les protéger du virus, qui ressemblaient à des morceaux de serpillère. Les habitants d'une ville au décor idyllique des eaux thermales, se sentaient méprisés. Pourtant, le tissu de la serpillère est utilisé pour plusieurs réalisations de modes et de design. À l'origine, la serpillière était une toile épaisse et claire servant aux marchands à emballer leurs marchandises. De coût moindre que la toile classique, elle servait aussi de tablier, de pare-soleil, de tapis de selle ou même de linceul. La serpillière usée servait alors de torchon. Plus tard, cette toile fut dévolue au nettoyage du sol, pour des raisons d'économie, puis pour des raisons de meilleure hygiène, elle remplaça le balai.

On peut penser que je m'éloigne du sujet de ma réalisation en céramique, mais non, c'est pour insuffler un point de vue historique dans les arts de faire, 10 ans plus tard, la ménagère de moins de 50 ans, a des choses à écrire. Si nous fêtons son anniversaire (son jeune âge, 10 ans), c'est qu'elle est très riche, de sens, un modèle, qui ne doit rien au hasard, ou presque, avec sa part merveilleuse, mais pensée et librement inspirée de la terre d'où elle vient, d'où vient l'auteure. N'oublions pas que Cendrillon est un conte de fée. C'est avec mes chaussures fourrées, qui me vont comme un gant, que je retrouvais mes créations, le soir, et que je dessinais à la tombée de la nuit.

Je ne me suis, depuis, jamais déchaussée, ni n'ai abandonné mes pantoufles, ni n'ai été épousée, mon histoire personnelle n'est pas du tout associée à l'histoire de l'héroïne de Cendrillon, ni même un autoportrait. J'ai aussi réalisé une autre œuvre vidéographique dédiée au conte d'Hansel et Gretel, très noire et cartographique. Artiste, il m'intéressait, dans cette autonomie totale de création, que je me suis donnée, de symboliser l'indépendance féminine et déchoir l'idée qu'une femme doit attendre un homme, un patron, une promotion, pour vivre, et / ou créer. Plusieurs années plus tard, c'est à l'Opéra de Limoges, que je rencontrais, Élisabeth Lemirre, chercheure, pour son livre qui venait de paraître : "Sous la cendre. Figures de cendrillon" (en collaboration avec Nicole Belmont) Cette anthologie m'a fait comprendre, en échangeant avec elle, spécialisée dans les contes, et sur son ouvrage de céramique, que je lui ai montré, que les contes africains, pouvaient être plus proches, de mon œuvre. Car Cendrillon, me dit-elle n'est pas une fille, mais une garce, un garçon manqué et, elle est noire. Il n'y avait là rien à voir avec ce que les Disney ont réalisé, côté occidental, en liftant les origines de ce conte noir. La couronne de fleurs sur les cheveux blonds de cette icône de pixels bronzée, à la fois douce et forte, presque dessinée au marqueur noir, pouvait aussi faire penser à un dessin-diadème sorti du "street art", de l'art de la rue. Cette figure peut aussi ressembler à une surfeuse des temps modernes, aux sourcils noirs et épais, broussailleux, stylisés à un motif de rayures sur carreaux, et ses yeux translucides blancs et bleus, comme allumés, emplis de lumière. Ce qui m’intéressait, c'est qu'avec 2 ou 3 carreaux, comment pouvais-je dessiner une bouche, des yeux, des sourcils, des fleurs ? Ce que je laissais aussi ouvert, c'est que peut-être, cette reine, ou princesse, était aveugle, ses yeux reflétaient le bleu du ciel. Si elle ne pouvait voir, elle ne pouvait savoir qu'elle était regardée, seul le ciel pouvait la reconnaître. La représentation, l’exposition, n'étaient pas les rites les plus importants, toute cette extériorité éclatante, mais plutôt l'intériorité retrouvée, par la réflexion qu'elle parsemait chaque jour. Dix années de réflexions, un nombre important, une étape couronnée de sagesse et d'audace.
De ces passionnants échanges et conférences à Limoges, je me suis dit que ce choix inconscient du nom de Cendrillon, continuait de révéler des questionnements féconds et très actuels, sur une histoire de masques, de cendres. Quelque chose qui semble très cadré, encadré, carrelé, ordonné, mais aussi, insaisissable, et pas encastrable quelque part, très désordonné, dans son approche, sauvage.


Cendrillon est bien avant tout, comme le rappelle l'anthropologue Nicole Belmont, une « affaire de femmes » et plus précisément même, une affaire de mère et de fille. Éclairant subtilement le motif de « la jeune fille affamée » par la marâtre et nourrie par la mère disparue (ou par ses substituts), présent dans les versions les plus « archaïques », celui du « feu sous la cendre », célèbre motif de la symbolique des corvées « discriminantes » (filer, trier, tamiser, etc.) que Cendrillon est la seule à réussir (au contraire de ses sœurs ou demi-sœurs), l’ethnologue revient dans sa riche synthèse sur l’ambivalence de la figure maternelle. Mères, marraines et autres marâtres dessinent une partition fondamentale dans le récit « entre une mère absente et aimante et une mère malveillante et présente ». La première fait vivre et gagner en autonomie (c’est elle qui donne aussi les parures somptueuses qui feront de la fillette une femme accomplie, capable de trouver son prince) ; la seconde, répressive, la maltraite et l’enferme dans la maison paternelle, la condamnant de fait au célibat. Ce que le conte dit ici, au fond, c’est la dure loi qui gouverne la condition des filles dans les sociétés patriarcales, qui doivent « se garder » tout en trouvant un mari. Comme il dit aussi que dans ce passage de la filiation à l’alliance, dont les préalables sont bien la mort de la mère et son deuil, « l’identité et la féminité s’acquièrent ainsi : grâce à la mère et contre elle, tout à la fois. »

Les tâches ménagères ont une place importante dans les différentes versions du conte. La Cendrillon de Perrault s’occupe du ménage et de la vaisselle, celle des Grimm plutôt du feu, de la cuisine et de la lessive. Le feu, voici que cela nous intéresse, dans ces arts du feu, qui me concernent, ici Dans le conte des Grimm, la belle-mère de Cendrillon verse à deux reprises un plat de lentilles dans les cendres et demande à Cendrillon de les trier. Bien qu’il s’agisse à première vue d’une tâche servant à séparer le bon grain du mauvais, « les bonnes graines dans le petit pot/les mauvaises dans votre jabot », il ne s’agit pas d’une tâche ordinaire. Elle sert d’obstacle pour empêcher Cendrillon d’aller au bal. Nicole Belmont voit l’opération de triage que fait Cendrillon comme un exercice servant à séparer ce qui est vivant (les grains) de ce qui est mort (les cendres de la mère). Le triage dans Cendrillon, illustre un passage initiatique dans lequel l’héroïne doit accomplir des tâches afin de s’initier à la différenciation sexuelle. Cette pratique de séparation introduirait chez l’héroïne un apprentissage de la distinction entre « bon et mauvais, entre consommable et non consommable, entre consommable et consumé » Une tâche ordonnée du rite de passage.

La cendre qui barbouille le visage et les vêtements de Cendrillon agit en quelque sorte comme un masque qui camoufle sa véritable identité et la retient dans l’espace domestique. Par exemple, dans la version des Grimm, la jeune fille reste prisonnière de son statut de servante jusqu’au moment où elle décide de laver les cendres qui la couvrent : « Alors, Cendrillon se lava d’abord les mains et la figure et s’inclina devant le fils du roi, qui lui tendit la pantoufle d’or. » (Grimm) Par le lavage, elle se libère de son ancienne identité et, surtout, se défait métaphoriquement des emprises qui la retiennent pour mieux se reconfigurer d’une autre façon : elle quitte ainsi sa robe de cendres pour en revêtir une nouvelle.

Ainsi, la cendre préfigure la première étape du rite de passage de Cendrillon, situant de ce fait la jeune fille comme apprenant le nécessaire, à la réussite de son passage initiatique vers l’âge adulte.


Si pour certains, certaines, c'est du gâteau, pour d'autres, ce n'est pas du gâteau, selon !
J'ai réalisé 400 carreaux de céramique à la main, pétris, étalés, découpés, calibrés, cuits, émaillés, peints, re-cuits... Pourtant, c'était dans mon studio de création que tout a été pensé et que la première chose à laquelle j'ai pensé, c'était la couleur. J'ai passé 2 mois à faire des recherches de couleurs.

La figure de Cendrillon provenait des écrans, au moment où leur définition était aussi économe, et se définissait en très peu de pixels. Encore une question d'économie. Dans mes travaux, que je pourrai nommer, des formes d'exercices et des défis, que je me lance, sinon, quel ennui cette vie de formulaire !,  j'essaye toujours de voir des limites, qui sont celles de mon économie, je ne fais pas d'excès, et pour ma survie mais aussi pour les autres, l'impact dans la société. Il est vrai que certains, certaines, le regrettent et voudraient avoir des preuves avec un impact énorme pour la société, comme beaucoup d'artistes, plus ils sont vus et ils font du mal, plus cela est visible et pour beaucoup, c'est ce qui est vu de loin, qui a eu énormément de presse, donc ce qui est validé, comme ayant un fort impact. De mon côté, je n'ai aucun impact sur la société, et même, sur mon proche entourage. Je suis discrète, bien que je corresponde à la ménagère de moins de 50 ans, je n'en suis pas moins, pas plus, surtout et principalement, une artiste de moins de 50 ans, qui ne rentre dans aucun formulaire (hormis la ménagère) Donc, de tout ce que j'ai produit et réalisé, j'ai minimisé l'impact, j'ai réduit l'effet de serres (c'est quoi déjà ? c'est comme la ménagère de moins de 50 ans, c'est ce que l'on entend le plus souvent) Je n'alimente aucune machine à gaz, de l'art, ce qui m'a fait disparaître même de mes fonctions pour lesquelles j'ai beaucoup œuvré, l'enseignement. J'ai mis ma vie, jusqu'ici, au service des autres, et des plus jeunes, des plus défavorisés. On en revient à la serpillère, les tissus ont tous une histoire, pas plus ingrate que d'autres, il faut juste la reconnaître.

La palette, les tâches, le barbouillage, mais un dessin extrêmement précis, exécuté, sur une grille réalisée à la mine bleue, millimétrée. La gouache a été mon médium favori pour faire mes mélanges. Cela me fait penser que dans un de mes albums sonores, réalisé avec un musicien autrichien, enfin cap-verdien, habitant à Vienne, Rico, avec ma voix et mes poèmes (Cocoriste) l'une des plage sonore, se nomme "Papier millimétré" et parle d'un dessin où je circule, un de mes poèmes. Il y a toujours cette question de ne pas dépasser les limites, tout en s'en affranchissement. Il faut pour cela, aimer les contraintes et dessiner des formes dans un labyrinthe de création, jusqu'à ce que l'on ne puisse plus voir les contraintes, mais un ingénieux maillage de circonstances, croisées, de rencontres. La maille est un tissu bien armé et solide.

Je travaillais quasiment nuits et jours. Je donnais des cours à tous les niveaux du cursus en début de semaine, durant 2 journées bien remplies, sans vraiment faire de pause. On ne me voyait pas à la machine à café, le temps de préparation était aussi conséquent, pas d'assistant technicien ou technicienne pour l'infographie, et le soir je m'activais à ma table, entre mon minuscule ordinateur de poche, qui datait de mes cours angevin, acheté à crédit, et mes dessins et calculs mathématiques et croquis. Et dès mes cours terminés, des premiers jours, destinés aux années 1, 2, 3, 4 et 5 niveau Master (tout était découpé pour que je donne des cours à tous les étudiants de l'école sur les ordinateurs de l'école pétants neufs, je n'en avais pas à ma disposition, quand j'y repense c'était assez dingue), je retournais dans les cendres, voir comment cuire mes pâtes et biscuits et les teindre, les colorer. Histoire de coller au conte de fée, j'ai eu, des années plus tard, avec surprises, des pénalités, qui faisaient de moi, la plus crasseuse des professeures : celle qui ne méritait que la prison, car elle souillait ses outils ! C'est un peu le sort de toutes les Cendrillons, leurs matrones sont jalouses. Heureusement, elles font vœux de métamorphoses et, des cendres, elles renaissent. Les lendemains, je finissais la semaine dans les ateliers situés au sous-sol, mi-rez-de-chaussée, mi sous-sol, ils donnaient sur le jardin, ceux dédiés à la céramique, les cendres donc. Je terminais ma semaine, et le week-end je travaillais de nouveau à la conception de Cendrillon. Je découvrais la ville de Limoges, je faisais, seule, des visites, selon les conseils des habitants. Durant les premiers mois, je n'ai quasiment vu aucun professeur, dans cette école, sauf les techniciens de céramique, hommes taciturnes et hommes bavards, au choix. Les autres venaient de Paris ou d'ailleurs et logeaient dans l'école ou les grands chalets en bois, plutôt, en fin de semaine. C'était une ambiance très particulière, car d'une part, je voyais et suivais "tous" les étudiants de l'école et d'autres part, je ne voyais aucun professeurs. Plus tard, ils s'exclameront : "On ne la voit pas". Mais être assidue et présente ne peut être vue des fantômes, c'est le secret des artisans du savoir être. Et trier le bon grain de l'ivraie, prenait tout son temps, auprès du feu. Je n'étais conviée à aucun bilan de ces professeurs, pourtant j'étais bien une professeure au même statut que les autres, c'est ce qui était écrit sur le décret officiel. Ainsi l’œuvre Cendrillon est née sans avoir été vue, lors de sa confection. L'enseignement que je prodiguais alors, n'avait pas de crédit. Les étudiants m’apprirent, que mon enseignement n'était pas validé lors des bilans. Tout cela était finalement assez évident, car j'enseignais dans une discipline qui n'avait alors aucune reconnaissance de l'État, dans les écoles d'art, le reste, ne suivait donc pas. Mais cela, je le savais, car j'avais déjà 10 années d'expérience d'enseignement dans une autre école, et à chaque fois, il faut quasiment repartir de zéro. Pour une femme artiste professeure, il n'y a aucune antériorité ni suivi d'effectué. Nous sommes vouées à disparaître peu à peu des organigrammes et de l'histoire. Au mieux on peut figurer comme un chiffre dans des statistiques de rapports nombreux, destinés à alerter sur la situation française. Mais c'est tout : un chiffre. Autant faire des mathématiques et créer des chiffres et jouer avec, ce que la conception de Cendrillon, avec persévérance, produisait, et si faire figure de figurante était la tradition, autant créer sa figure, autant imaginer une représentation fidèle à ce moment magique. J'étais déjà très heureuse d'être là et d'enseigner, car mon enseignement était constant et n'a jamais failli, ni n'a fait de différence entre les classes et les milieux sociaux des étudiants, tous avaient accès à mon enseignement, de qualité et d’exigence. Mais très peu, voir prou, ne savait que j'étais artiste et que je réalisais, à côté de cet enseignement des formes de pensées qui animaient ma vie depuis longtemps. La situation des bienheureux et bienheureuses et celle-ci : ne pas être mise sur un piédestal c'est déjà pouvoir enseigner et travailler, se mettre à l’œuvre, car l'ouvrage n'est pas encore réalisé, le chemin est long.
Chez moi, il y avait des rideaux, des voiles de couleurs qui laissaient passer la lumière, c'était une fenêtre sur un arc-en-ciel, que j'avais fabriqué à partir de voiles différents de couleurs. Je visitais la cathédrale St-Étienne, et j'étais assez contemplative de ses vitraux et les lumières qui se diffusaient sur la pierre. Lorsque je retournais à l'atelier en faisant mes couleurs, en recherchant les pigments, toutes mes visites et rencontres m'inspiraient et ces raies de lumières colorées. J'étais allée visiter l'ancienne école, très belle, qui était un Musée et l'est toujours : Le Musée Adrien-Dubouché, un musée national français portant sur la porcelaine de Limoges et l'histoire de la céramique. Fondé en 1845 et situé à Limoges, il fait partie de l'établissement public Cité de la céramique - Sèvres & Limoges.  J'aimais beaucoup remarquer, que sur les grilles, étaient inscrites des mentions dont une : École et Musée. Ce Musée est juste en face de la prison de Limoges. Plus tard, une nouvelle cité judiciaire fut construite à côté, ouverte en 2016, qui regroupe le tribunal de grande instance, le tribunal d'instance et le tribunal de commerce, mais la construction ne vieillit pas forcément bien, selon nombre d'usagers. Il se trouve que je ne savais pas, en réalisant ma pièce et en enseignant et visitant l'ancienne école-Musée, en regardant cette prison en face, de l'un de ses balcons, que j'allais être convoquée par l'école, dans ce nouveau tribunal, certainement pour que je puisse en évaluer le traitement ainsi fait des professeurs. Mes recherches m'ont menées aussi au cimetière de Louyat. Un des techniciens m'avait recommandé de m'y rendre pour y voir des rébus d'assiettes de céramique sur les tombes, m'informant que c'était le plus grand cimetière du monde. Je n'avais pas de moyens de locomotion, je m'y suis rendue à pieds. Une heure après, je découvrais, effectivement un vaste cimetière, quelle drôle de ballade, me suis-je dis. Mais cela n'avait pas beaucoup à voir avec ce qui m'intéressait dans mon travail. Puis ce technicien m'a avoué qu'il n'y avait jamais mis les pieds. Mais finalement, c'était très intéressant, car mon histoire des cendres commençait à prendre conscience, de ce que descendre signifiait.
La poudre des pigments pouvaient être toxique, tout pouvait être toxique, il me fallait interroger tous les usages et les métaux, le plomb, d'usage. Les produits qui étaient utilisés étaient tous toxiques, le masque était obligatoire, car les ventilation de l'atelier, défaillantes. La poussière était partout. Déjà trouver des pigments sans plomb. Tout mon parcours, à la recherche de matériaux était un parcours de chercheure, mais je ne pouvais pas vraiment m'opposer aux us et coutumes, il y avait une tradition, il me fallait trouver un juste milieu. C'est comme les artistes professeures dans les écoles d'art, elles ne sont pas historiquement installées et ne bénéficient d'aucune transmission dans l'histoire qui leurs permettent d'être légitimes, ou soutenues. Rien, le mythe de Sisyphe, reste à bien étudier, pour monter et descendre.
Le logo de la ville de Limoges symbolise les "arts du feu". On m'avait posé cette question à mon oral, mon concours, si je connaissais, ce que signifiait ce logotype, les arts du feu. J'ai répondu en étayant mes connaissances sur l'Azulejaria, mais personne à la table ne semblait en connaître l'histoire. Ainsi j'ai appris ce que le feu voulait vraiment dire, car cela n'était pas qu'un logo pour une ville. Il y avait là, quelque chose de la pré-histoire, car le feu, il faut le maîtriser. Je me suis donc transformée en artisane du feu, pour aller vers la lumière.

Cette œuvre m'a accompagnée et m'a aidée à m'inscrire dans cette ville, Limoges, avec mes connaissances et mon histoire personnelle et familiale. L'Azulejaria étant un art qui s'ancre au plus profond de mes souvenirs heureux et familiaux et le carrelage aussi, comme la cuisine, faire des gâteaux, j'apportais un regard singulier, mais secret. Les lusitaniens et lusitaniennes forment un peule indo-européen qui a connu beaucoup d'histoires de voyages. Le brun de la peau de ma figurine, que je calculais, je dessinais, divisée en multiples carreaux, devenait de plus en plus important. Je recherchais une teinte chaude comme celle, que je devais inventer de toute pièce, mais proche de la "terracota". Terracotta, comme la terre cuite, dont nombre de couleur empruntent son nom. En 2020, 10 ans après ma création, cette couleur est devenue très tendance, mais avant, en 2010, elle n'était pas bienvenue, ni bien traitée. Dans les ateliers où je travaillais, elle était même méprisée, et quand la peau de Cendrllon si brune fut révélée au grand public, aux agents administratifs même de l'école : cela a choqué. Je ne pensais même pas que ce serait un sujet tabou. La terracota est pourtant un nom en usage dans la décoration et la mode ainsi que parfois en description botanique, pour désigner des teintes brunes, d'après celle des céramiques brutes (« terre cuite », terracotta en italien et en anglais) Dans les beaux-arts, le terme est aussi très remarqué, à cause de la variété de terres, de coloration plus précise, qu'on y emploie (terra rosa, terre blanche, terre de Sienne, terre d'ombre, terre de Cassel ou de Cologne, terre de Sienne, terre verte ou de Belgique ou de Hesse ou de Vérone) Donc, pour ma pièce, j'ai inventé le nom de la couleur, le brun majoritairement peint sur les biscuits confectionnés, se nomme : la couleur Cendrillon. Je suis assez fière de l'avoir inventée, en 2010. Et ce 10 mai, on pouvait apercevoir la couleur Cendrillon, sur les biscuits (il en manquait, donc, la pièce était encore en téléchargement (des cuisines, des cendres, du sous-sol, au vernissage) Ce jour avait aussi son importance, car Le président de la République française, Jacques Chirac, avait décidé de faire du 10 mai la Journée commémorative de l'abolition de l'esclavage en métropole.
La date du 10 mai correspond à l'adoption par le Parlement, le 10 mai 2001, de la loi Taubira "reconnaissant la traite négrière transatlantique et l'esclavage". Cela semblait un détail, que personne n'a remarqué, mais ma recherche de couleur et le métissage de l'histoire ce cette œuvre, venait apporter sa couleur et une histoire des voyages à l'heure des pixels. La question de l'esclavage, de l'exclusion et des rébus étaient inscrits dans la conception et la fabrication de cette œuvre. Hormis cette date qui interférait dans l'histoire (aussi le jour de mon anniversaire, mais ça, personne ne le savait, je crois) du vernissage, je suis retournée dans ma petite habitation, souffler les bougies dans mes rêves et me reposer, car j'avais, dès les lendemains, des cours à réaliser. Du feu donc, de petites flammes, et du tissage.

Ma principale histoire et mes souvenirs ravivés proviennent de l'Azulejaria portugaise. Une histoire de tuile.

Mais en France, la tuile c'est aussi un accident (de l'expression. C'est la tuile ! : Sur un toit, avec le temps, les tuiles peuvent casser sous l'effet de la grêle, du gel, d'une visite de la toiture, ou encore glisser. Il arrive qu'un morceau de tuile tombe sur un passant, d'où l'expression « c'est une tuile », suggérant un malheur accidentel et inattendu)

Oui, il y a quelque chose de l'accident, pour trouver ce chemin de recherche sur la couleur Cendrillon.

Alors, de mon côté, c'est plutôt de l'art que me sont venus des souvenirs de nombre de mes visites et photographies d'Azulejos et musées, et façades populaires dans l'espace public. Le nom "Azulejo" vient de l'arabe et a acquis une tradition dans les pays portugais. La tuile a 500 ans de production nationale et est un cas unique en tant qu'élément décoratif et architectural. Elle a couvert des églises, des palais et a changé le paysage urbain. L'art des carreaux prendrait racine dans la péninsule ibérique sous l'influence des Arabes, qui ont amené les mosaïques sur les terres conquises pour décorer les murs de leurs palais, leur donnant éclat et ostentation, à travers un jeu géométrique complexe. Le style a fasciné les Espagnols et les Portugais. Les artisans ont pris la technique mauresque, qui a pris beaucoup de temps, l'ont simplifiée et ont adapté les motifs au goût occidental. Les premiers spécimens utilisés au Portugal viennent des Maures hispaniques, venus à la fin du XVe siècle de Séville et ont servi à tapisser les murs des palais et des églises. Après environ soixante-dix ans, en 1560, des ateliers de poterie ont commencé à apparaître à Lisbonne qui produisent des tuiles en utilisant la technique de la faïence, importées d'Italie. L'originalité de l'utilisation des tuiles portugaises et le dialogue qu'il établit avec les autres arts, feront de lui un cas unique au monde. Au Musée National de Lisbonne consacré à l'Azulejo et au carreau de céramique que j'ai visité, des panneaux témoignent de l'évolution et de la monumentalité de cette pièce en céramique décorative qui s'adapte aux besoins et suit les styles de différentes époques. Le retable de Nossa Senhora da Vida de la fin du XVIe siècle, composé de 1384 tuiles qui ont survécu au grand tremblement de terre, est pour l'historienne de l'art, Alexandra Curvelo, un exemple de l'importance des tuiles au Portugal. La nouvelle industrie des tuiles est en plein essor avec les commandes de la noblesse et du clergé. De grands panneaux sont faits sur mesure pour remplir les murs des églises, couvents, palais, manoirs et jardins. L'inspiration vient des arts décoratifs, des textiles, des bijoux, des gravures et des voyages des Portugais en Orient. De grandes compositions scénographiques apparaissent, caractéristique frappante du baroque, avec des thèmes géométriques, figuratifs et végétaux de la faune et de la flore exotiques. Ce sont les classes dominantes qui cultivent le goût du carrelage en premier, en choisissant le thème le plus approprié pour la décoration des bâtiments; des campagnes militaires, des épisodes historiques, aux scènes de tous les jours, religieuses, mythologiques et même certaines satires. Les potiers étaient chargés de satisfaire les demandes, de copier les modèles, d'adapter les modes et les styles. À la fin du XVIIe siècle, la qualité de production et d'exécution est plus élevée, il y a des familles entières impliquées dans cet art de fabriquer des carreaux, et certains peintres commencent à s'affirmer en tant qu'artistes, et signent leurs œuvres, débutant ainsi le cycle des maîtres. Dans les carreaux portugais, des scènes insolites apparaissent, surprenantes à la fois par leur originalité et par l'audace de l'artisan, de substituer les êtres humains aux singes, jaguars et poules, par exemple, construisant ainsi des histoires fantaisistes et ironiques qui suscitent le rire. Le souci d'apporter de nouveaux thèmes aux arts décoratifs, est souvent basé sur une certaine improvisation associée à cette façon unique de vouloir faire autrement. La polychromie des jaunes, des verts, des bruns violacés fera place au bleu sur fond blanc, deux couleurs héritées de l'influence hollandaise et de la porcelaine orientale. Après le tremblement de terre de 1755, la reconstruction de Lisbonne imposera un autre rythme dans la production de tuiles standards, aujourd'hui appelées pombaline, utilisées pour décorer les nouveaux bâtiments. Les carreaux sont fabriqués en série, combinant des techniques industrielles et artisanales. A la fin du XVIIIe siècle, la tuile n'est plus exclusive à la noblesse et au clergé, la bourgeoisie riche passe les premières commandes de leurs fermes et de leurs palais, les panneaux racontent parfois l'histoire de la famille et même de leur ascension sociale. A partir du 19ème siècle, la tuile gagne en visibilité, laisse les palais et les églises aux façades des bâtiments, en étroite relation avec l'architecture. Le paysage urbain est éclairé par la lumière réfléchie sur les surfaces vitrées. La production de tuiles est intense, de nouvelles usines sont créées à Lisbonne, Porto et Aveiro. Plus tard, déjà au milieu du XXe siècle, la tuile entre dans les gares et les métros, certains décors sont signés par des artistes de renom. La tradition est devenue encore plus populaire, se présentant comme une solution décorative pour les cuisines et les salles de bain, dans un test de résistance, d'innovation et de rénovation de cette petite pièce en céramique.

Une façon unique de vouloir faire autrement... J'ai aimé improviser.

Mes parents sont originaires de Pombal, et m'ont très tôt fait côtoyer la cité pombaline. Mon père, carreleur de formation, a été l'un de mes premiers inspirateurs, bien avant de découvrir l'histoire de l'art, lorsque je le regardais réaliser nombre d'espace carrelés, et les nôtres. Lorsque j'ai commencé à réaliser Cendrillon, c'est sans la présence physique, de tous ces pairs. En effet, je me suis affranchie de bien des traditions, car j'ai réalisé tous les carreaux à la main et de façon peu orthodoxe, pas vraiment mécanique, ou presque, et le sujet ne respectait aucun modèle jusque là entrevu, si ce n'est sur les écrans, avec une figurine sortie des jeux de pixels et d'art ASCII. J'aimais beaucoup les arts des codes ASCII des créations de l'art informatique qui dataient des années 60. Je m'intéressais à la phénoménologie et les arts de la perceptions, et j'avais déjà, à mon actif, une expérience reconnue dans ces arts diffusés avec un collectif que j'avais co-fondé et également un enseignement et un catalogue très prisé (Iconorama, sur les icône et les GUI, les interface,le design des interfaces, du bureau) Il faut dire que faute de pouvoir réaliser des fresques, j'ai principalement travaillé avec des artistes, qui codaient et nous avions réalisé nombre de fresques animées sur écrans et projetées au grand public un peu partout en France. Ce jardinage écranique, était bien réel.
Cendrillon est comme un tapis, aussi, car située au sol, elle est tissée de carrelages juxtaposés et travaillés chacun individuellement à la main. La polychromie de mon ouvrage : des jaunes, verts, bleus indigos et turquoises, de noirs et blancs, sortes de damiers, des roses magentas et fushias, mauves et violets, le vert émeraude si rare, ou le gris souris, et évidement cette terracota inédite : la couleur Cendrillon.


Ce qui est admirable, c'est que je ne n'ai jamais eu besoin de me servir de "moules" pour reproduire. Car, dans les ateliers de l'Ensa de Limoges, ils passent tous par des "moules". Ici, pour ma recherche et création, chaque motif, chaque carreaux est fait "à la main", aucune projection de "mécanisation" et de paresse, puis-je écrire, fortuitement, n'est venu, simplifier le travail. Chaque parcelle est une création en soi, unique et façonnée à la main. Il n'y a eu aucune duplication. C'est un détail technique, très important, qui confère à cet ensemble de pièces uniques, un attachement très tendre et exigeant en la confiance en "la main", aux doigts de fée. S'il y a eu très peu d'erreur, c'est tout simplement, que ma pensée, accompagnée des habilités des mains, ont guidé ces tâches, chacune, ingrates, pour moi si belles, que l'ensemble, comme un orchestre synchronisé n'avait plus qu'à jouer la partition imaginée, par une stakhanoviste, mais qui s'assume néophyte. L'aspect manufacturé est remarquable, alors qu'il ne semble pas l'être, tant j'ai épousé les qualités infographiques et mon histoire liée à l'informatique et ses interfaces dédiées aux utilisateurs-trices. J'ai finalement emprunté un chemin tombé en désuétude, avec l'industrialisation et la mécanisation, de la manufacture, qui a comblé mes souvenirs du charme des multiples facéties de l'art de la fabrique à la main des carreaux de faïences, des beautés imprégnées, à jamais dans ma mémoire affectives, visuelles, et familiales, mais aussi, olfactive (l'odeur de la terre crue, puis cuite, puis la fraîcheur du carrelage en plein été brûlant, qui fait tant de bien lorsque les pieds se déposent dessus, lorsque l'on marche ou lorsque l'on s'allonge sur un carrelage, les nuits d'été) Bref, je pense que ce fut un moment magique de création, où "je devais le faire", j'ai eu cette volonté déterminée à la tâche, parce qu'il fallait que cela soit ainsi.


La matrice, ma gamme colorée de biscuits et motifs, beaucoup de dièses musicaux, pour les connaisseurs et -sseuses, ou de "hashtag" : #, avant l'heure (utilisé par les réseaux sociaux plus tard, notamment par "twitter" que nous ne connaissions pas encore bien) Ce motif anticipait donc la vague de ces signes incongrus, aujourd'hui utilisés partout (et des #metoo)  Chaque carreaux de 10 centimètres environ, chacun unique, sur une surface de 4m2, cela faisait au minimum 400 carreaux de céramique émaillés. Je me suis transformée en robot, ou, du moins en machine à produire des petits biscuits, pour la confection d'un très grand gâteau. Je n'ai d'ailleurs jamais réussi à prendre en photo l'entièreté de cette œuvre. Et étrangement, comme à son processus : spectaculaire et presque inédite, elle fut aussi, peu visible, paradoxalement, car on l'a protégée de la presse. Je crois n'avoir eu aucun article sur son sujet, et fort heureusement. Non pas, parce que je ne l'ai pas souhaité, mais parce que cela gênait beaucoup. Je ne faisais pas partie des classes dominantes et pourtant, je signais là une œuvre originale, réalisée avec peu de moyen, quasiment traitée comme une clandestine, et cela correspondait à l'idée que l'on se faisait (et encore de nos jours) des artistes femmes. Et pourtant Cendrillon ne cesse de me surprendre à la fois par son originalité et par l'audace de l'artisane que je suis. La scène et le théâtre qu'elle fait apparaître, quasiment sous son manteau, brillent par la juxtaposition des couleurs et leurs vibrations réfléchies par la lumière. Le caractère ostentatoire conféré uniquement par celles et ceux qui l'on aperçue en 2010, m'a vraiment plu et j'assume cette chaleur et générosité, brûlante, un feu de Dieu, une flamboyante idée, dans le cadre où je l'ai fait naître, plutôt austère, grisâtre et sombre, sans aucune couleur, et parfois triste, opaque, mortuaire, cendres d'une autre école (disparition de l'école liée d'Aubusson, à la tapisserie, à la couleur même et aux teintures) mais infiniment modeste, là fut mon processus : modeste, retenu, réservé, pudique, alors qu'en fait, il cache d'infini combinaison fantaisistes de créations artistiques libres et magiques. Cela peut choquer, et s'entrechoquent des couleurs peu communes, la différence est une force de créativité. Je la considère comme un jeu de carte, un grand puzzle, dont je ne cesse de reconsidérer les combinaisons possibles qu'elle me laisse. Très inspirée, évidemment le conte en est une trame possible et manifestement un conte fabuleux de terre cuite, venant des cendres et qui ne fait que renaître, ad vitam æternam. Ainsi renaissait la couleur, et quelque part une forme de tissage, de tapisserie de céramique.

Renaître de ses cendres

Se manifester de nouveau après la destruction, apprendre de ses échecs pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
Cette expression française puiserait ses origines dans la mythologie grecque et plus particulièrement dans le mythe du Phénix. Il serait un oiseau ressemblant beaucoup au héron et serait le symbole de l’immortalité et de la résurrection puisque supposé mort et ressuscité dans les flammes. Cet oiseau fabuleux quittait tous les cinq cents ans l’Arabie à destination de l’Egypte pour s’y régénérer. Il y construisait un nid et s’y installait jusqu’à être brûlé par le soleil d’Egypte. Il renaissait de ses cendres pour redémarrer une nouvelle vie.

Le pouvoir de la résilience, pouvoir guérisseur, préfigure dans plusieurs de mes réalisations artistiques. Dans un livre de Carl Gustav Jung " Métamorphoses de l’âme et ses symboles", l’être humain et le Phoenix présentent de nombreuses similitudes. Cette créature de feu emblématique capable de renaître majestueusement de ses cendres symbolise aussi le pouvoir de la résilience, cette capacité inégalable nous permettant de nous renouveler pour devenir des êtres bien plus forts, bien plus courageux et bien plus lumineux. On dit de lui que ses larmes avaient un pouvoir guérisseur, qu’il présentait une grande résistance physique, qu’il maîtrisait le feu et qu’il se caractérisait par une sagesse infinie. C’était, en essence, un des architectes les plus puissants pour Jung, car dans son feu se trouvait aussi bien la création que la destruction, la vie et la mort… « L’homme qui se relève est encore plus fort que celui qui n’est pas tombé. »
Quand on traverse un moment traumatique, nous « mourrons tou-te-s un peu », nous laissons aller une part de nous-mêmes qui ne reviendra jamais qui ne sera plus jamais pareille. De fait, Carl Gustav Jung établit notre similitude avec le Phoenix car cette créature fantastique meurt elle aussi, elle favorise les conditions nécessaires pour mourir car elle sait que de ses propres restes émergera une version d’elle-même bien plus puissante. Ainsi, et parmi tous les mythes autour de cette figure, c’est le mythe égyptien qui nous offre, comme nous vous le disons, ces points clés sur lesquels nous devrions nous arrêter pour mieux comprendre la relation du Phoenix avec la résilience.

Faire autrement




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Ce qui est fabuleux, c'est que plusieurs versions existent, puisqu'elle est un puzzle, l'image obtenue, ici, une figure, peut être toute autre, se métamorphoser, comme un sablier, devenir une représentation plus abstraite. Les boules d'or et motifs sont disséminés dans un carré, mais peuvent être autrement dispersés. C'est une œuvre qui propose d'infinie combinaisons, celles que je choisies. Une artiste s'amuse aussi et dispose de son œuvre, comme bon lui semble. Cendrillon un jour, lapin le lendemain, carrosse ou citrouille, gamme musicale, partition d'un nouveau genre, fresque mauresque, retable d'église...
À 10 ans, tout se reconfigure.