Aux confins (© Sonia Marques) 16/03/2020

3 petites parties d'un grand tout : un dessin d'1 mètre

C'est l'histoire d'une image qui date de quelques années, que j'avais intitulée "Tout va bien", c'est ce qui est inscrit en grand. Mais en fait, tout ne va pas bien dans cet attroupement. Ce sont des personnages fantomatiques confinés, pieds et mains liés, au sens figuré, ils trahissent une gène, et les sourires sont obligatoires. Une table très molle parcoure l'image et divise la scène. On distingue en dessous, les jambes croisées et retenues, comme si ce groupe ne formait qu'un seul monstre à 20 pattes, limité dans une boîte, sans pouvoir bouger. Ils pourraient être tous à la selle, ce serait du même effet, mais seuls les regardants peuvent apercevoir leur constipation. Ce sont des non-sachants ou des demis experts, comme l'expression nouvelle d'un président venait de nous l'annoncer : il ne faut pas les écouter, de trop. C'est l'invention parfaite d'une confinerie imaginaire, constellée de croix, de lignes plus ou moins abrégées dans leur tracé, laissant évaporer toute possibilité figurative, comme si la suggestion et le subjectif devenaient des rêves auxquels aucune autorité n'avait de prise.

Aux confins est un dessin initiatique qui ouvre la voix aux bras de Morphée. C'est une sensation délicieuse, car le trait est délicat, d'une finesse d'acuité, mais la poudre, ou la poussière déposée, parsème le doute sur ce que l'on a vu, ce que l'on a perçu. Ne reste que la trace d'un mouvement dont on pressent qu'il peut s'évanouir si on souhaite trop fort le capturer. La phénoménologie est si abstraite et si commune au numérique, qu'elle nous distrait de nos artifices convenus, car elle s'anime soudain, alors qu'elle est figée, comme s'il avait fallu saisir le moment même, la dixième de seconde où l'on est sur le point de s'endormir, tel un relâchement d'une pression incommensurable, chaotique, paradoxale et dramatique. Cette relâche apporte tout le réconfort et la sécurité qu'une page blanche est toujours envisagée, même si des visages fantômes, de croix christiques ou mortuaires, décorations sommaires et graphiques, pétillent comme les dernières étoiles d'un grésillement d'électricité.

Retenir Aux confins du monde, avant qu'il ne tombe...

Et si l'humour était délicat, il serait cryptique, afin de ne pas froisser les âmes aux diamants bruts, ainsi, et pour tout dire, seuls les non-percevants, seraient exclus de cette kinesthésie radieuse, au bord du précipice de l'art. En plus clair : on y verrait que du feu !

Aucun subterfuge, que des connaissances libérées, non transmises, gravées dans les cortex insulaires.