Les femmes françaises trainent, les femmes françaises s'ennuient, n'aiment ni la politique, ni l'économie, ni le tennis, elle ne sont pas cultivées, n'aiment pas le porno, ni la censure, et achètent des tas de vêtements. Elles vieillissent en aimant regarder la télévision et en aimant manger de plus en plus et en aimant se coucher tôt. Un portrait sincère de Claire Brétécher, illustratrice française née le 17 avril 1940 à Nantes et morte le 10 février 2020 à Paris. Agrippine et Les frustrés. Et les hommes ? Ils disent tout le contraire. Il en va d'être un homme un vrai, un Charlie ou un Piotr, entourées de belles femmes, il faut qu'elles soient toujours amoureuses... et consentantes. Ainsi va notre pays, un pays complètement syndiqué, au dualisme marqué, sans nuances et sans couleurs, aux conflits animés et désirés plus que tout, dans une fascination de la violence, toujours renouvelée, la violence des autres... Il faut suivre le protocole, la retraite c'est aussi simple que cela, qui veut réformer... s'oppose à la culture française. Ce que j'aime chez Claire Brétécher, c'est sa non séduction. Elle n'a jamais cherché à plaire, et aujourd'hui, la recherche de like et d'achat d'amis, dans le monde de la culture (c'est-à-dire tout le monde, si l'on comprend un jour que la culture s'incarne dans chacun.e des êtres vivants, et même des pierres minérales...) a complètement miné la visibilité de telles créatrices, celles d'aujourd'hui, qui ne sont, ni dans la séduction, ni dans l'hyper-visibilité, ni narcissiquement auréolée par un débile qui s'expose, ou se cloue les couilles... Ni suivie par tous les syndicats qui aiment faire du papier, dans la culture et contre les artistes, in fine... du vent. Pourtant, les créatrices sont là, un mot décalé, des idées singulières, un monde à part, une vision, cela ne plait pas à tous, ni aux journalistes, ni aux élus, cela ne séduit pas ni ne glisse dans le sens attendu, cela ne suit rien, aucun groupe, aucun parti, sans adhésion aucune, impossible de copier des créatrices, de les soutenir même, de les aider, de leur donner la parole : non, trop risqué, cela pourrait donner des idées <3 C'est pour cela que l'on donne la parole aux femmes qui ne créent pas ou n'en font pas leur vie, et que l'on lisse des portraits de femmes qui travaillent dans l'administration, sans goût, sans sensibilité, censé soutenir des femmes créatrices : faut pas rêver ! La création n'est pas un métier, et il n'y a aucun modèle... C'est hélas ce qui est soutenu, ces stéréotypes de la création des femmes françaises, en France, seulement des femmes qui travaillent dans des institutions et payées par l'État. La création n'est pas libre, loin de là.

Claire Brétécher est née à Nantes, après un passage à l'école des beaux-arts de Nantes, elle monte à Paris à 19 ans ! Elle n'aime ni sa ville natale ni s’accoutume de son père violent (juriste) et sa mère au foyer. De difficiles débuts, mais une indépendance d'esprit, et une expérience de la vie qui a pu s'exprimer dans ses dessins, pionnière de l'auto-édition. Si l'on suit son parcours, personne n'a bien regardé ses virages et sa manière d'appréhender la vie, ainsi, ses dessins figeaient, à toute vitesse (il y a une notion d'urgence et de trait vif et jeté) ce que l'on peut voir, dans des modèles de femmes créatrices, accompagnées de façon trop lente et passive, alors qu'en fait, la vie bat son plein et avec énergie. On a trop longtemps cru que les femmes n'avaient pas de culture, on a créé un ministère pour régenter cette croyance, dirigé par un nombre assez important de femmes, cheffes et responsables et directrices. Mais cela s'est basé sur une fausse croyance. Les femmes n'avaient pas besoin d'être régentées, ni dans leur parcours, ni dans leurs choix, ni dans leur façon d'appréhender la création et les outils de création. L'indépendance est une condition sine qua none, pour créer, suivie par la recherche de son autonomie, une chambre à soi, bien plus qu'un réseau d'amis Piotr à la noix.