crayon.jpg

Synopsis du film sorti ces jours-ci de Valérie Donzelli :
Maud Crayon est née dans les Vosges, mais vit à Paris. Elle est architecte, mère de deux enfants, et remporte sur un énorme malentendu le grand concours lancé par la mairie de Paris pour réaménager le parvis de Notre-Dame... Entre cette nouvelle responsabilité, un amour de jeunesse qui resurgit subitement et le père de ses enfants qu’elle n’arrive pas à quitter complètement, Maud Crayon va vivre une tempête. Une tempête, qu’elle devra affronter pour s’affirmer et se libérer.

Valérie Donzelli, sur son film :

C’est un peu Adèle de La Reine des Pommes  qui a grandi. Une parisienne, mère de famille de classe moyenne, qui travaille. Maud a une énergie folle, elle gère tout ! Ses enfants et son ex, Martial, qui vient squatter chez elle chaque fois qu’il se dispute avec sa nouvelle copine ; elle est constamment en train de courir. Elle est increvable, elle ne se pose jamais, elle remplit le temps - c’est une femme qui court mais sans savoir après quoi. Elle est incapable de s’arrêter un moment pour regarder les choses et prendre les décisions qui s’imposeraient pour se rendre la vie plus douce. En ne voulant rien perdre, elle ne peut rien gagner. Je tenais à rendre cette sensation de vitesse et d’énergie dans le film parce que Maud a cette force en elle, et cette névrose qui l’empêche de s’arrêter. Maud Crayon c’est un peu moi, mais aussi un peu toutes ces femmes qui vivent dans de grandes villes, qui travaillent, qui assument tout.

Une femme qui vit en permanence dans un sentiment de culpabilité, si bien qu’elle donne beaucoup à tout le monde sans réussir à se faire respecter. Mais, elle ne se laisse jamais abattre et c’est ce qui m’amuse. Les personnes un peu soumises ont toujours de fortes personnalités : si elles ne se rebellent pas, c’est précisément parce qu’elles sont capables d’encaisser cette soumission. Maud prend sur elle, c’est une vraie force de la nature.

Je voulais traiter de l’histoire d’un échec lié à l’architecture. Qu’est- ce qui pouvait faire scandale dans ce domaine aujourd’hui ? Cela ne pouvait concerner qu’un monument ancien auquel on proposait d’apporter de la modernité. Le seul endroit réaliste qui me paraissait à la fois symbolique de Paris et qui pouvait permettre un projet architectural était le Parvis de Notre-Dame. Je me suis beaucoup renseignée sur les polémiques, innombrables, autour d’aménagements urbains à Paris : le plug de Paul McCarthy place Vendôme en 2014, Beaubourg, la Pyramide du Louvre, l’Opéra Bastille, les colonnes de Buren dans la cour d’honneur du Palais-Royal en 1986... C’est finalement le concours de l’Opéra Bastille et le scandale autour de l’œuvre de Daniel Buren qui m’ont le plus inspirés.

Le 15 avril 2019, Notre Dame de Paris brûle...

J’étais catastrophée. J’ai filmé un monument que j’aime. J’ai vécu avec Notre-Dame pendant toute l’écriture du film, qui a été longue. J’allais régulièrement lui rendre visite, je m’y suis attachée, je ressentais la blessure de l’incendie. Je savais que tourner là-bas ne serait pas simple, que les autorisations seraient longues, bref que c’était un peu la star de mon film. Filmer dans Notre-Dame et sur son parvis, c’était un vrai défi. En fait, dès l’écriture, en faisant ce choix, j’ai vécu dans la hantise d’un événement de ce type. C’est drôle mais j’ai réalisé un documentaire pour Arte « Le cinéma de maman » en 2017, qui parle de l’acte de filmer, pour laisser une trace, une mémoire, pour ne pas mourir. Je ne pensais pas pouvoir l’illustrer à ce point avec un de mes films. Aujourd’hui, Notre dame a cet écho particulier avec Notre-Dame, c’est vrai. Je crois que je suis la dernière personne à avoir filmé la cathédrale telle qu’elle était, ce n’est pas un film sur Notre-Dame. Tout ça est un pur hasard, et depuis la polémique qui oppose modernistes et conservateurs, le film est au cœur du sujet. Cela me dépasse un peu..

BIOGRAPHIE :
Après des études d’architecture, Valérie Donzelli commence une carrière d’actrice (avec Sandrine Veysset, Thomas Bardinet, Guillaume Nicloux...). Son premier court-métrage comme réalisatrice, Il fait beau dans la plus belle ville du monde est sélectionné à Cannes en 2008. Puis elle tourne La Reine des Pommes, son premier long-métrage (Locarno, 2009). Son deuxième long-métrage, La Guerre est déclarée fait l’ouverture de la semaine de la critique à Cannes en 2011 et connaît un succès international. Son troisième long-métrage, Main dans la main est sorti en France en décembre 2012. Elle réalise en 2013 un téléfilm Que d’amour ! en collaboration avec la Comédie Française et Arte qui fut projeté à Locarno. Son quatrième long-métrage Marguerite et Julien a été présenté en première mondiale en sélection officielle au festival de Cannes 2015, en compétition.

*

J'ai vu tous ses films :.) Quel peps !

Énergie, entrain, vitalité, dynamisme, voici une belle année 2020 qui commence sous un astre optimiste !