Ce titre peut paraître provoquant car on lit rapidement  "femme âgées à vendre" plutôt que "images de". Des banques d'images proposent, à vendre, des images donc, que l'on obtient par mots clés, afin d'illustrer tout article ou bien comme image. Ce sont des photographies réalisées par des professionnels et lorsqu'il y a des personnes photographiées, ce sont des modèles, payés, pour effectuer différents rôles et différentes poses. Ces photographies sont ensuite stockées sur une banque de données, et sur Internet, on peut les acheter, selon la taille souhaitée. Ce qui m'intéressait, c'était de voir quelles etaient les images réalisées sur les mots clés "femmes âgées". D'une part, parce qu'elles sont, en ce moment la cible de la réforme des retraites en France, et d'une réforme qui ne s'est jamais réalisée, en tous cas, pas depuis que je suis née, ni depuis que j'ai vieilli, et j'ai vu ma grand-mère et ma mère vieillir, ici.




Alors voir quelles seraient les images fabriquées de toute pièce pour ce sujet, permet de voir comment la communication s'effectue. Il y a des mots clés "retraites" prévu, et tout un cinéma, très intéressant, mettant en scène des personne plus ou moins âgées. Une femme mime le mal de dos, puis, toutes sortes de maux, le coude, le fait de penser à sa fenêtre, une autre s'installe sur un fauteuil roulant, plus loin, elle est debout souriante, comme sur le fauteuil, puis s'ajoutent des photographies, elles associent la retraite et les femmes âgées, le mal français du moment, on voit des mains, avec des pièces d'euros, un couple à la mine angoissée, en train de vider un bocal transparent avec une poignée de pièces, on voit une femme avec des feuilles administratives, peinée, et puis, il y a les femmes épanouies, à la retraite heureuse, c'est une réussite, elles sont toutes les pieds nus dans le sable au soleil couchant, face à la mer avec une veste, qui veut dire, je suis là, tout le temps, pas seulement en été, je n'ai pas besoin d'être en maillot de bain pour me sentir bien, je ne suis pas en vacances prise dans un tourisme de masse, il n'y a personne sur la plage, je vis ici, je souris, enfin, je suis face à l'horizon, loin des soucis.




Toutes ces images, sont des images, fabriquées d'après des codes, des stéréotypes, parfois il est indiqué ceci : femme âgée de race blanche, mais aussi ceci femme noire d'âge mûr, là toutes les pincettes ont été prises, il n'est pas indiqué "femme âgée de race noire", comme si cela pouvait porter plus à confusion que "femme âgée de race blanche", associer "noire" avec "race" serait alors raciser la description et raviver les idéologies de racisme. Mais race blanche est également curieux. Les typologies sont hésitantes, mais elles doivent pourtant décrire ce que l'on voit sur l'image, afin d'être bien répertoriées, et accessibles avec les mots clés.

Ce sont des images de consensus.

Parce que les droits réels sont ainsi délimités, ils n'entrent pas en conflits; les hostilités sont prévenues, mais il n'y a pas de concours actif, pas de consensus. Supposez un tel accord aussi parfait que possible; la société où il règne − s'il règne seul − ressemblera à une immense constellation où chaque astre se meut dans son orbite sans troubler les mouvements des astres voisins. (Durkheim, De la Division du travail social,1893)

Mais on n'a aucune connaissance des personnes, ou robots qui ont effectué ce consensus, et sur quelles bases. C'est le problème. L'image est imposée comme consensus, mais, nous pouvons nous sentir exclus de la négociations ou même des règles étudiées et appliquées.

L'intelligence artificielle nous promet bien des transformations, des façons de coder le monde et de l'organiser, selon les cultures des codeurs-codeuses, s'il y en a, très certainement leur "race" ne serait qu'un style de plus, mais est-il pris en compte dans la façon de coder ? Oui, évidemment.
Les fautes d'orthographes de la traduction en français, comme "thème des bas retraite", est remarquable. N'est-ce pas déjà le cas, pour les courriers administratifs, même écrits par des français, on peut imaginer, qu'ils ont utilisé un robot en ligne pour corriger le français ou le traduire, du français au français.
Il y a aussi des femmes âgées ridées, des femmes avec une béquille, des femmes voutées, et quelques images plus loin, les mêmes modèles non voutées. Certaines, sont des modèles jeunes, avec les cheveux teintés en gris, plus loin, elles sont blondes, la trentaine. Tout cela est un art de maquiller.
De mon point de vue, c'est une façon de peindre les corps, les maquiller, mais avec les outils d'aujourd'hui. La photographie est retravaillée, les roses rouge posées derrière dans un vase, les dents blanches, les yeux bleus... Tout peut faire très peur, la volonté est visible : neutre, universel (comme la recherche d'un régime universel de retraite), sur fonds blancs ou gris, il n'y a pas de place au clair-obscur, à moins de lui donner un mot clé, car tout doit être noté, décrit, mesuré, organisé, rangé. Tout peut faire très peur, comme des masques de Mickey, les plus diaboliques avec leur sourires et leurs yeux immenses, et en même temps, c'est exactement ce qu'il se passe, dans des rayons de supermarché, sous des néons blancs, nos peaux sont livides, notre sourire prêt à prendre un produit convoité ou tout simplement de première nécessité, tout est figé, rangé, numéroté. La façon de voir, c'est un art. C'est l'interprétation qui change la donne, l'interprétation change l'image. Mais qui peut interpréter ? Des robots toujours, ils peuvent, on les programme. Mais lorsqu'un être humain interprète, c'est assez imparfait, les défauts sont humains, les préférences visibles, les dénis aussi, il y a toute une complexité, et elle n'est jamais neutre.

Tout est relatif, ces images ne sont pas neutres, en définitive. Elles décrivent bien une époque, des intérieurs qui appartiennent aux objets et modes, aux gestes d'une culture (personne n'est assis à terre, nu...) Ces images en disent long sur le miroir de notre société, américanisée, certes, mais elles schématisent, ce qu'un groupe dominant voit, imagine être la meilleure façon de représenter, une femme âgée... À vendre.