Nadgélika et Coumbis échangent sur un mot nouveau : la misogynoire

Du côté de l'art... du retard toujours, on réalise des vidéos où rien ne se dit, des ouin ouin sur canapé récupérés. Et des questions tordues. Je comprends pourquoi ce milieu n'est pas prêt de changer, question de vocabulaire, de vécu, d'oppression même de qui filme et pour qui. La destination engage toujours la parole. Si tu es filmé et que tu sais que seul le petit milieu bourgeois de l'art va te regarder te confesser, c'est accepter d'être dans une position maso face à sado sur canapé rose. Si tu te sens plus libre de parler, comme à ton amie, mais une amie qui pense, et très vite, et qu'il y a un vrai dialogue d'expérience en terrain égal (et non pas je te filme, tu ne bouges plus et tu réponds à des phrases que je te demande, de façon autoritaire) et que tu sais que la diffusion et la destination ne sera pas exclusive et réservée qu'à une caste privilégiée, et bien cela peut même être une petite fête.

Lexique :

Misogynoir-e (formé [par Moya Bailey] à partir des mots grecs (μῖσος) misos : haine, (γυνή) gyné  : femme et du français : noir-e) :
Misogynie spécifiquement anti-noires, où la race et le genre combinés. Parfois, cette misogynie créée une opposition binaire avec les femmes blanches (femmes blanches qui représentent la « bonne » féminité quand les femmes noires ne le sont pas) ou a des niveaux qui incluent d'autres femmes racisées, mais seulement dans la mesure où les femmes noires sont les plus avilies et placées au bas de l'échelle. Cette opposition binaire rend invisible la douleur des femmes noires et hypervisible ce qui est considéré comme des défauts inhérents se basant sur la féminité noire comme conception ultime de la "non-féminité", telle qu'elle est possédée par une femme. C'est pourquoi même avec le privilège cis, la masculinisation ET l'hypersexualisation des femmes cis noires sont utilisées comme des outils de violence. Elles (les femmes cis noires) sont considérées simultanément comme des objets non-désirables à contrôler et disposer, et des objets hyper-désirables à usage sexuel et à disposition.

Colorisme :
Le colorisme est une forme de discrimination particulière qui place une hiérarchie parmi les personnes racisées entre les personnes ayant la peau claire et celles qui ont la peau la plus foncée, les personnes claires de peau étant considérées comme étant plus belles, plus désirables voire plus intelligentes entre autres choses, elles bénéficient d'avantages par rapport aux personnes à la peau plus foncée qui subissent moqueries, dédain, rejet. Le colorisme est d'ailleurs un facteur aggravant la misogynoire.

Colorblind
Description : Le « colorblindness » est une façon très confortable de ne pas se remettre en question en matière de racisme. Souvent utilisé comme une sorte de compliment, le fait de dire « Je ne vois pas les couleurs » ou « Je ne te vois pas comme noir-e, asiatique, arabe/maghrébin-e » est pourtant profondément raciste à plus d'un titre.

Suprématie blanche :
Loin d'être uniquement liées aux exactions du KuKluxKlan et autre néonazis, la suprématie blanche désigne la domination économique, politique, culturelle et sociale par les blanc-he-s. La suprématie blanche est ce qui est à la base et qui permet le racisme. Elle inclut (entre énormément d'autres choses) les critères de beauté qui poussent les individus à se rapprocher des canons de beauté blancs (clarté de la peau, cheveux lisses), l'universalisme prétendant que le mode de vie Occidental est le seul valable, l'hégémonie des blanc-he-s dans les représentations médiatiques, quitte à les déguiser pour prendre la place de racisé-e-s, l'utilisation des racisé-e-s qui valident ou justifient leur propres opinions, etc. Cette suprématie va souvent de pair avec la suprématie masculine (patriarcat) et est dans ce cas nommée : blantriarcat.

Passing / Passe (ex : whitepassing/Passe Blanc)
Le terme -passing est utilisé pour décrire toute personne qui "à l'air" d'un-e individu-e appartenant une catégorie dominante. Ici, concernant le white-passing, souvent traduit "passe blanc", ça signifie être pris-e pour un-e blanc-he. Cette personne bénéficie donc - potentiellement - de certains avantages refusés à d'autre personnes subissant une oppression, souvent raciale. Et ce, tant que l'identité de la personne en question n'est pas donnée.

Capacitisme :
Le capacitisme est une forme d'oppression qui résulte du fait qu'il est perçu comme normal et acceptable le fait que la société et les infrastructures sont pensés par des personnes valides pour des personnes valides, en ne prenant pas en compte les besoins et droits des personnes en situation de handicap, car c'est la société qui est handicapée / inadaptée pour les personnes ne correspondant pas à la norme valide. La norme est donc le modèle standard d'une personne n'ayant (et non pas « souffrant de ») aucun « handicap » physique ou mental. Les personnes ne correspondant pas à ce modèle se voient donc mis face à une infinité de difficultés. Enfin, le capacitisme est l'idéologie selon laquelle les personnes en situation de handicap sont « anormales », que le handicap est l'une des pires choses qui puissent nous arriver mais aussi et surtout qu'il n'est ni utile ni rentable de prendre en compte leurs particularités dans la construction de la société.

Validisme :
Le validisme est la forme du capacitisme qui discrimine les personnes en situation de handicap physique.

Psychophobie :
La psychophobie est la forme de capacitisme discriminant les personnes en situation de handicap mental, souffrant de troubles psy* ou se trouvant sur le spectre autistique.

Neuroatypie :
La neuroatypie désigne un fonctionnement neurologique ou psychologique qui s’écarte de la norme. Ce terme a d’abord été inventé par et pour la communauté autistique pour souligner le caractère profondément différent de leur fonctionnement cognitif.  Il a ensuite servi à désigner toute personne s’écartant du fonctionnement neurologique ou psychologique majoritaire. Certaines neuroatypies sont au contraire perçues de façon favorable par la société. C’est le cas du haut potentiel intellectuel (HPI). Mais il y a là aussi un écart entre les représentations sociales du HPI et la réalité du vécu des personnes qui ont cette atypie. Il faut souligner également que ces perceptions sociales sont mouvantes. Ainsi l’autisme par exemple était considéré (et l’est toujours, par certains psychanalystes) comme une « psychose ». Il est davantage vu aujourd’hui comme un handicap. La grande majorité des neuroatypiques ont comme plus petit dénominateur commun d’avoir été perçues comme différentes et d’avoir fait face à des réactions de rejet ou d’exclusion. Ou du moins d’avoir du mettre en place une quantité considérable d’efforts et de stratégies pour masquer leur différence.Cet élargissement reste cependant controversé, certain-e-s autistes considérant cet élargissement comme étant une façon de les rendre invisible, une fois de plus. Certaines neuroatypies peuvent être perçues de façon favorable par la société. C’est le cas du haut potentiel intellectuel (HPI). Mais il y a là aussi un écart entre les représentations sociales du HPI et la réalité du vécu des personnes qui ont cette atypie. Il faut souligner également que ces perceptions sociales sont mouvantes. Ainsi l’autisme par exemple était considéré (et l’est toujours, par certains psychanalystes) comme une « psychose ». Il est davantage vu aujourd’hui comme un handicap. La grande majorité des neuroatypiques ont comme plus petit dénominateur commun d’avoir été perçues comme différentes et d’avoir fait face à des réactions de rejet ou d’exclusion. Ou du moins d’avoir du mettre en place une quantité considérable d’efforts et de stratégies pour masquer leur différence.

Grossophobie
et sa corollaire, le fatshaming :
Il s'agit des stigmatisations et des discriminations envers les personnes dites « en surpoids » selon les normes établies par la société dans laquelle les individus vivent. Là où la grossophobie est une norme sociale, le fatshaming (blâme des gros-se) s'acharne à infantiliser et à rendre les individus responsables, pour ne pas dire coupables, de leur prétendu surpoids, souvent en prenant leur santé comme prétexte.

Spécisme
Le spécisme est l'idéologie qui justifie et impose l'exploitation et l'utilisation des animaux par les humains de manières qui ne seraient pas acceptées si les victimes étaient humaines. Le spécisme est l'idéologie qui s'appuie sur une hiérarchisations des espèces en terme de supériorité et d'infériorité : l'humain au-dessus de toutes les autres espèces, puis vient une catégorie d'animaux séléctionnés selon des critères tels que la beauté / "mignonitude" par exemple. Ces individus seront protégées voire aimées, abritées, parquées dans des zoos ou autre réserve naturelle ou autre. Enfin, en bas de l'échelle, les espèces utilisées comme cobayes, comme outils, comme nourriture en faisant peu cas de leurs souffrances et plus largement de leur existence. La lutte contre ces pratiques et contre l'idéologie qui les soutient est la tâche que se donne le mouvement de libération animale. Le concept de spécisme a été forgé à partir du début des années 1970 par analogie avec les notions de racisme et de sexisme, dans le but de dénoncer une idéologie dominante, de la même manière que la notion de patriarcat a été reprise par le féminisme radical pour définir ce qui était jugé comme une idéologie omniprésente, invisible et à l'origine de diverses injustices. Le concept de spécisme est ainsi fondamentalement lié à celui d'antispécisme

Sinon sur le genre, dyadic, cisgenre, essntialisme, cissexisme, genderquur, intersexué-e-s, transgenre, non-binaire, neutrois, genre fluide, lgbt, mogai et mogii, a-romantique, asexualité, demisexualité, greysexualité...

On a défini des cases pour chacun...

LGBT+ :
Sigle qui souligne l’ouverture vers une pluralité de possibilités au-delà des identités et orientations conventionnelles. Le + est proposé pour éviter de beaucoup rallonger le sigle LGBTQQIA(& co !) mais est parfois vécu comme une façon de laisser dans l'ombre des identités déjà invisibles. LGBTQQIAP : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, en Questionnement, Intersexué-e-s, Assexuel-le/Agenre/Aromantique , Pansexuel-le, ou LGBTQIAGnC : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexué-e-s, Assexuel-le/Agenre/Aromantique, Genres Non-Conformes

Le terme MOGAI a été créé pour palier au problèmes d'invisibilisations et pour éviter d'allonger encore le sigle LGBTQQIAP qui semble déjà beaucoup trop long pour un certain nombre de personnes.

MOGAI / MOGII
:

MOGAI (Marginalized Orientations, Gender Alignements and Intersex) : Orientations romantico-sexuelles marginalisées, Genres Non-Conformes et Intersexes.
MOGII (Marginalized Orientations Gender Identities and Intersex) : Identités de genres et orientations romantico-sexuelles marginalisés et Intersexes

Être agenre ou neutrois signifie qu'on ne s'identifie à aucun genre. Ce genre ou plus exactement cette absence de genre fait partie des transidentités non-binaires (ni 100 % féminin, ni 100 % masculin).

Non-binaire :
Les termes non-binaire et genderqueer désignent les personnes dont l'identité de genre ne s'inscrit pas dans la norme binaire, c'est-à-dire qu'elles ne sont ni hommes ni femmes, sont entre les deux ou un « mélange » des deux. Les personnes non-binaires s'opposent à la binarité de genre et à la hiérarchie des genres qui peut l'accompagner (le patriarcat). Elle remettent aussi en cause l'assignation sexuelle à un genre donné. L'identité de genre non-binaire concerne la façon dont la personne se ressent, alors que l'androgynie fait référence à l'apparence (comment les autres personnes la voient) et l'intersexuation concerne les caractéristiques sexuelles (anatomiques, chromosomiques, etc.) : ce sont donc trois choses entièrement différentes. De plus, l'identité de genre est indépendante de l'orientation sexuelle : toutes les personnes, y compris celles qui se considèrent non-binaires, peuvent être hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles, asexuelles, pansexuelles, etc.




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Toni Morrison

Aujourd'hui je suis un lapin éclectique, mi-perroquet éclectus mi-nain bélier, alors je n'ai pas encore vu de case pour cet effet. J'ai des amis mi-insectes et mi-livres, de la terre et de l'eau dans le corps, du feu dans ma bouche que je crache au premier merdeux qui m'embête, ou à la première merdeuse... qui suis-je ?

Le lendemain de la publication de cet article, j'apprends à la une de tous les journaux internationaux que Toni Morrison est décédée. Choc. Écrivaine dont j'avais juste intégré une photo ci-dessous, et un hyperlien sur son nom, sur une émission radio pour les français. Lundi matin j'écris mon article et le publie. Dans la nuit, Toni Morrison n'est plus sur terre. Avec Agnès Varda, j'avais eu la même sensation, secondant un article sur un de ses films, cléo de 4 à 7, elle disparaissait les lendemains. Mon ami, premier lecteur assidu, m'avait même dit qu'il ne connaissait pas cette auteure américaine (pas Varda, quoique peu référencée dans les écoles d'art, également en France). Je tentais de lui remémorer d'une lecture sur les noms et filiations des esclaves que nous avions écouté ensemble, distraitement, sans doute. On peut ne pas connaître, tout en travaillant avec une communauté noire, être le seul blanc. La connaissance d'auteur, aussi mal connus en France, peut être une mine d'or, de mots et de voyages dans l'histoire.

J'ai enseigné à de jeunes filles et garçons, durant plusieurs années, quasiment seule blanche face à ces jeunes. Pas un, pas une n'avait d'auteur en tête, qui pouvait les éclairer, mais j'étais là, à les accompagner, afin qu'ils et elles croient en eux. Nous étions de belles bandes de petits artistes, puisque nous réalisions des dessins ensemble, et j'ai beaucoup appris de l'enseignement avec eux. Dix ans plus tard, j'ai rencontré une Shéhérazade, devenue jeune femme, dans le bus, elle m'a interpellée, et m'avait reconnue. Elle était si heureuse, aînée d'une ribambelle de garçons, elle se posait des questions très tôt, sur l'impossibilité pour elle de faire des études, elle devait avoir 8 ans en paraissait 12 et me parlait sans cesse de comment faire sa vie. Voilà, je fus si étonnée de la voir. Avec Bell Hooks, Toni Morrison, sont des intellectuelles passeuses de culture et d'histoires construites. Elle m'ont beaucoup appris. Je n'ai jamais eu de professeur-es dans des écoles supérieures qui m'ont parlé d'elles, ni même, dans celles qui professent le féminisme en France. Alors on peut dire que les livres sont importants, évidemment en anglais, mais récemment il y a eu des traductions. J'étais amusée par le dialogue entre Nadgélika et Coumbis, de leur pratique des réseaux sociaux, de leur lutte (car Combis a reçu beaucoup de messages d'insultes, misogyne après la publication de cette vidéo toute récente, c'est assez hallucinant ce qu'il se passe en France, les mentalités sont assez attardées et leurs messages discriminants sur les réseaux sont très populaires et très violents, sans aucune modération) et aussi heureuse qu'elles avaient nommé Toni Morrison dans leur bagage, ce qui ne peut pas être celui des internautes cachés et haineux (ou très jaloux) Parfois, lorsqu'une personnalité meurt, femme artiste, on en fait tout un foin dans les médias, et rétrospectives, comme jamais ce n'était le cas de leur vivant. Et c'est ainsi que de jeunes habitants ou plus vieux d'un pays les découvrent pour la première fois, mortes. J'ai toujours été étonnée d'observer que l'on préférait les artistes femmes mortes à vivantes. je me suis longtemps demandé pourquoi. Parce qu'elles ne pouvaient plus parler, ni écrire, ni faire ce qu'elles aimaient faire. Enfin, alors les autres pouvaient parler sur elles et à leur place, enfin. Et parfois, je l'ai vu, ce sont des nuées de femmes qui se ruent sur la mort d'une femme qui a produit des choses intéressantes et peu reconnue (textes, œuvres d'art, danse, gestes, conférences... manifestes inconnues, échanges épistolaires géniaux et en avance) afin de briller à la place, parler à la place, apparaître à la place, afin de prendre une place, usurper... Il y a de l'ennui chez ces femmes, de l'envie, et de la bêtise, il faut bien l'écrire. Ce n'est pas seulement un rapport homme/femme inégalitaire, mais aussi un rapport femme/femme inégalitaire. Ces temps-ci, j'ai beaucoup appris, en France de ce dernier rapport inégalitaire qui fait des dégâts dans la pensée. L'incapacité de penser et d'énoncer des idées sont des sources de jalousies fortes, dans ce pays. Les femmes nommées par le patriarcat à des places de théoriciennes ou artistes, ou dites "hautes fonctionnaires", ne supportent pas que d'autres femmes plus indépendantes élaborent un travail fécond sur des sujets, sur lesquels, elles n'avancent pas. Elles préfèrent alors brider leur place acquise mais sans le pouvoir, car elle est acquise. Je décris là, ce qui est de l'ordre de l'invisible, ce qui peut différencier les dignitaires des dignes, dans l'expérience de la vie.