J'ai vu ce documentaire qui passe sur Arte, visible en ligne, Tanzanie, l'enfance volée des albinos, réalisé en 2018 par Catherine Monfajon. Les images sont délicates, quelques unes sont en visuel de cet article. Mes derniers enseignements portaient sur un sujet que je nommais "Il pulcino nero". Cette histoire du poussin noir illustrée sous différents angles, de la fable au dessin animé, aux animations, aux films était un prétexte pour l'analyse des discriminations, un prétexte à dessiner. La vie réelle m'a rattrapée puisque j'ai été ostracisée des écoles nationales, du moins de deux, liées, par des rumeurs, dont j'ignore la portée, la couleur, mais certainement nauséabondes et fausses. Sujet tabou, sujet incompris, dessins trop noirs, trop beaux, trop parfait, trop et trop, tout en retrait et dans une ligne minimale, un trait, une idée. En toute inconscience, car il n'y a pas de lecture, on se sait plus regarder des images et les analyser, ni lire un texte, alors on coupe, sabre, raye, biffure, on rejette, on fantasme, on inverse, on perverti les faits. Cela reste, de mon côté, l'un des plus fort sujet que j'ai pu donner aux étudiants. C'est pour cela que l'on m'a pris mon salaire, afin de supprimer ce sel de la vie d'une intellectuelle, une artiste, une femme. "On" c'est une institution, c'est ce qui nous gouverne, ce qui devrait être un modèle, et nous protéger. Et qui plus est, cela s'est passé dans des écoles. Il y avait une sorte d'anticipation, de ma part, à vouloir apprendre, enseigner. Mais il est très difficile d'enseigner lorsque les institutions ont elles-mêmes abandonné d'apprendre.

Et puis je tombe sur ce documentaire et cette histoire que je connaissais des albinos rejetés, méprisés. Ils vivent enfants solidaires, parfois orphelins, ou très loin de leurs parents, en tous cas dans un lieu, une sorte de prison, mais il faut dire "école", institution où ils seraient protégés des leurs et c'est le gouvernement qui insiste sur le fait qu'ainsi, ces enfants sont protégés. Protégés ou abandonnés ? Oui, l'abandon a été, non pas autorisé, mais rendu obligatoire. Des parents disent que s'ils n'avaient pas été obligés d'abandonner ces enfants pour qu'ils soient enfermés dans ce lieu, cette "école", jamais ils n'auraient laissé leurs enfants loin de chez eux. Dans ce contexte terrorisant, puisqu'il s'agit bien de terreur instiguée, oui ils préfèrent imaginer que leurs enfants sont en sécurité dans cette "école", bien plus que chez eux, même s'ils admettent que la sécurité est revenue. Ces enfants souffrent de cet abandon familial en plus de leur ostracisme, mais cela va plus loin, c'est une ségrégation. Leur communauté, parce qu'ils sont nés albinos, les rejette, et les tue. Et plus pervers, c'est-à-dire que l'on a quasiment inversé les choses, ils sont recherchés et coupés en morceaux, car, selon une rumeur, "ils rendraient riches", ils sont devenus des objets, des marchandises. En pensant à ces poussins blancs, dans le cadre de mes enseignements du poussin noir, en pratiques artistiques à dessein, j'accédais à la connaissance de ce que les croyances d'un groupe peuvent avoir de mortel et stigmatisant. Est-ce seulement la couleur de la peau ? Non. Il y a une fragilité apparente chez ces enfants, même en grandissant, ils sont en quête d'amour, attachant, et déjà petits, leur regard peut avoir une maturité, et pourtant, ils ne savent rien faire (entendons, ni compter, ni lire, ni écrire) pour les institutions. D'ailleurs, le centre qui les enferme a cette ambiguïté, il ne faut pas dire que c'est un centre, mais bien une école qui "devrait" les protéger, justement de leur propre communauté qui les tue. Pourtant dans ce lieu clos aux barbelés de guerre, ils sont voués à eux mêmes, pacifistes, se solidarisent, s'entraident, voués aux tâches ménagères, esclaves enfants, sans aucun regard d'adultes, ils vivent en toute transparence, l'adulte ne les voie pas, mais les ignore. On peut dire, que les adultes sont ignorants. Ces enfants mangent la même chose, chaque jour, une monotonie, la diversité ce n'est pas pour eux, ils sont définis "semblables" et non autorisés au mélange, ni aux mets variés. Ils sont considérés invariables. Il fut un temps, où il n'y avait pas assez à manger pour tous. Ils pouvaient dormir à 3 dans un lit, enfants. Drôle d'école. Un pays peut faire cela, au nom de la protection : exclure. Cet ostracisme montre de petits êtres doués d'amour et entourés de mépris et de haine. Ce sont des insularités, de mon point de vue, ces terres humaines, sont des continents qui recèlent évidemment des trésors, des qualités que l'on ne peut trouver chez celles et ceux qui méprisent. La peur parcourt ces êtres, ils sont traqués, menacés, leur vie est une menace, leurs parents, certains, n'en veulent pas, ou plus. D'un point de vue d'artiste, ils sont très beaux et je pense à cette peinture de Marlène Dumas, que je dispose en visuel dans cet article. Dans le documentaire, je suis frappée par la manière qu'ils ont, ces jeunes, de se toucher, s’agripper, se grouper, comme se rassurer, comme s'ils avaient réussi à créer du lien, à former une fratrie par leurs sens et leur empathie, alors même que l'on a déployé une féroce manie, en œuvre du mal, de les démembrer et les séparer, de défaire leurs liens, leurs familles, de les désunir de la vie. C'est une capacité, "réunir", créer des liens, que l'on peut difficilement développer dans note société, par exemple, ou bien elle se trouve rejetée, ou convoitée. On valorise le guerrier qui désuni pas l'art de créer du lien, du sens. On peut mesurer les climats délétères, dans cette visée. Faculté aussi d'apprendre à apprendre, lorsque, tous débutants. Le pardon est tout proche, lorsque l'on reconnait les erreurs. Cette amabilité, rare, chez ces enfants qui se pardonnent en s'aidant à s'habiller, est nouée dans ces gestes simples et tendre, quelque chose de maternant alors qu'ils sont en âge d'être materné, protégés par leurs parents, par l'école, l'institution.

On le sait, il existe des ravages dans le faux maternage de nos institutions, c'est de faire pour les personnes, sans les personnes. La critique du fonctionnement de la plupart de nos institutions, de soins, de formations, d’accueils, politiques, se trouvent dans la gratuité, l'infantilisation, le sur-handicape, c'est-à-dire chosifier l'autre. Il existe des écoles où l'on n'apprend plus rien, les enseignants ont déserté leur condition civique et sont rivés dans leurs intérêts personnels, les jeunes sont quasiment voués à eux-mêmes et à l'entretien des murs, du patrimoine. Ils sont surprotégés, c'est-à-dire, enfermés. Ils évoluent entre eux durant quelques années, de même milieu social, parfois de même famille, à l'abri du monde extérieur, et on les décrit "en liberté", libres de s'exprimer. Évidemment que c'est faux. On peut même rajouter "ils ont tout gratuit", accès aux salles, aux matériaux, ils sont véritablement libres. Libre de quoi exactement ? Si les enseignants ne pensent qu'à se servir de ces établissements, pour leurs propres intérêts, en laissant les petits prisonniers se débrouiller, ceux-ci, en sortant, ne savent pas grand chose pour faire société, prendre des décisions, mais ils peuvent devenir de véritables soldats d'idées nauséabondes, tant ils ne savent pas discerner, ils n'ont rien appris et seront les plus aptes à être dociles d'idées extrêmes, sans le savoir. Dans ces écoles, dans notre pays, les critères de sélection sont toujours racistes, sexistes, sinon nous ne nous retrouverions pas dans cette situation de se demander pourquoi la reproduction de ces critères sociaux fonctionne aussi bien. Devenues des machines de tri sélectif, comment s'étonner encore, sans jamais interroger les critères de sélection par les enseignants, les institutions, que l'ascenseur social est en panne depuis longtemps.

En France, on a cette triste et fâcheuse tendance à penser à des pédagogies alternatives, où l'enfant serait libre et découvrirait la vie, qu'il serait même adulte plus tôt en se frottant aux autres adultes, plutôt que les adultes restent dans leur rôle d'enseignant un savoir. Le résultat est toujours le même : ce sont les adultes enseignants qui se frottent aux enfants, les dérives s'accumulent, les déviances cachées, se trouvent donc être protégées par l'institution même, qui a abandonné son rôle de contrôle, ou plutôt, l'institution ne sait plus, elle n'apprend plus. C'est justement dans cette défaillance que s'installent des confusions entre liberté et apprentissage. Non le viol n'est pas un rite de passage obligatoire pour atteindre cette liberté (de penser souvent aboyée à gauche), mais ce sont bien les enseignements et les savoirs sur ces questions qui doivent être r-enseignés. Il y a un retard considérable, car sont cachés et inavoués des pratiques condamnables, et l'institution ne sait pas regarder, avoir un regard instruit, sur les violences à l'école. On le voit surtout, partout où ces écoles déviantes, accusent à tort des enseignants qui font juste leur travail : enseigner. Pour cacher la forêt, on lynche, en groupe, l'arbre innocent. Car cela prend du temps de lyncher, juger, et cela en fait perdre aux bonnes actions, cela masque une profonde désertion de la pensée, avec la force d'un groupe ignare, dans le costume de l'école, l'institution, vénérable donc. Tout semble respectable, mais on a laissé des enseignants avec de lourdes pathologies exercer, des directions, des chercheurs, tout ce qui encadre. D'ailleurs, lorsque l'on enseigne, on doit souvent s’accommoder avec des collègues aux pathologies remarquables, les élèves en font les frais, en premier lieu.

Pour protéger un des leurs, qui déconne, un petit nombre va s'organiser pour faire sortir d'un corps enseignant la personne morale, puisque l'immoralité doit perdurer et les pratiques rester secrètes. L'école en bateau créée en 1969, est un exemple de structure pédagogique pédophile mais pas si exceptionnel, puisque cela a donné plusieurs autres écoles alternatives. L'objectif masqué est toujours le même, soumettre des jeunes à la déviance d'adultes. Pour que cela fonctionne, il faut en faire bonne publicité. La communication devient le fer de lance de ces lieux clos. Liberté, création, joie même et pourquoi pas le bonheur absolu, tout est possible en matière de communication. On peut même inventer des chartes qui décrivent la bonne tenue morale de ces lieux : pas de racismes, pas de sexisme, pas de violence et de discrimination. Bientôt, à force de révélations, il faudra écrire sur ces chartes : pas de pédophilie, même si...

J'ai lu récemment un petit paragraphe de syndicat d'école d'art qui m'a fait réfléchir :

Au titre de ses forces, se trouve la neutralité des fonctionnaires qui préserve tout citoyen de la corruption, du favoritisme, du népotisme, du fait du prince. Certes, il arrive que des fonctionnaires trahissent leur devoir de neutralité, mais il s’agit de cas isolés et relevant de pratiques déviantes, d’individus eux même déviants, qui, quel que soit le cadre juridique de leur action, aurait agit de façon identique. Hormis ces cas anecdotiques et regrettables, la fonction publique est globalement exemplaire du point de vue de sa neutralité et de sa probité.

Il y a une peur, dans ce paragraphe, car insister sur la neutralité semble effectivement, de mon point de vue et de mon expérience, manquer de lucidité ou mentir car l'institution ne se réforme pas, a du mal, avec toutes ces anecdotes accumulées qui finissent par donner une mauvaise forme globale. Mentir afin que les mêmes gardent leurs privilèges et leurs déviances, protégés. Les problèmes sont posés depuis longtemps, seuls les syndicats craignent de perdre leurs avantage dans une réforme, pas les victimes d'un système caduque. Qu'est-ce qui est exemplaire lorsque les déviants sont aux manettes ? Probité ou opprobre ? Neutralité ou coups de canifs dans la déontologie ?

Albino (1986) Artist: Marlene Dumas
South African, born 1953
About this artwork :
Since the early 1980s, Marlene Dumas has created figurative paintings and ink-wash drawings that raise provocative questions about gender, beauty, sexuality, race, and the resultant conditions of oppression and violence. The artist takes her images from the mass media, particularly newspapers and television, and she manipulates them to achieve her desired effect. Characterized by spontaneous brushwork and a subjective use of color, her works merge art-historical and popular-culture references with private, autobiographical allusions. As a white woman who was raised under Apartheid rule in South Africa, some of her strongest works tackle the complicated themes of racial politics. This representation of a black African albino exposes race as a social construct that fails to correspond to identity. By choosing a subject whose very existence complicates the notion of racial categorization, and by rendering his skin tone and hair color in a sickly green hue, Dumas insisted on destabilizing the division between black and white. This work ultimately questions the ability of both skin color and paint to carry meaning.

Évidemment, j'étudie ces croyances, comment elles arrivent à obtenir l'adhésion de plusieurs. Ils semblerait que pendant les élections, les massacres des albinos décuplent, car, une des croyances serait que l'on peut gagner des élections, plus on obtient de morceaux d'humains, d'albinos. Nombre d'enfants sont mutilés, et se retrouvent sans un membre, sans bras, car des hommes sont rentrés dans leur maison pour leur prendre un bras, ou un autre membre. Évidemment, c'est extrapoler que d'écrire que me couper une partie de mon salaire, par derrière, par surprise, relèverait d'une même ignominie. Pourtant je vis depuis avec une prothèse invisible, psychique et elle est assez efficace : l'écriture. Il faut le penser. Couper le salaire, couper un bras. Car de toutes les formes de rejets, nombre d'illustrations et actions s'avèrent possibles, selon la communauté, le pays, les croyances et les outils mis à disposition. Manière de faire des mondes. Dans des administrations, ce sera le papier administratif, la forme la plus usitée, et inodore, ou presque, par décrets, on signe votre arrêt, votre mort psychique, jusqu'au rejet social, vous devenez un déchet, même on vous l'écrit, au cas où, comme vous savez lire, on ne vous le dit plus, on vous le fait parvenir, par la poste. Cinglés, piqués, sonnés, toqués, des courriers timbrés, qui sonnent faux, le mensonge et la mauvaise foi, alambiqués à souhait.

Les formes de rejets de harcèlements, en France sont inscrites dans la gouvernance du pays. Une société étatique comme France Telecom (vers Orange), les télécoms, un service industriel de l'État français, dont le procès n'est arrivé que cette année, a laissé des suicides en série (35 en une année, et certain par immolation, période 2009), un nombre infini d'employés cassés, on peut dire démembrés, sans ressources, ni soutiens, et cela touche d'autres membres de leurs familles, leurs amis, leurs conjoints, bref, cela revient à exterminer, par le seul mouvement étatique. C'est une forme de gouvernance maltraitante de notre pays, à l’organisation kafkaïenne. Il faut comprendre là, que nombre d'autres entreprises, administrations, que ce soit du service public ou privé, sont du même modèle. Un modèle en sourdine, avec la complicité, de tous les employés, à tous niveaux. C'est une société entière qui ne sait pas, elle tue, mais elle ne le sait pas, et pire, ne sait pas faire autrement.

On peut décrire qu'est-ce qu'un esprit faible pour être embobiné dans des croyances qui créent le mal, sans le savoir ? Faible parce que manipulable et manipulateur, les deux coexistent. Il est là le rôle de l'école, qu'on se le dise, le rôle d'apprendre, le rôle du savoir transmettre. S'il n'y a plus de savoir, comment peut-on apprendre aux plus jeunes, à discerner, à penser, à acquérir une critique nécessaire pour plus de clairvoyance. Étudier, les études c'est très important. Pourquoi sacrifier le fruit de nos savoirs vieillissants au profit d'exclusions de nos savoirs débutants ? Ce serait penser instruire sans l'autre, sans les personnes même qui demandent à être instruites.
Penser faire le bien en accusant une personne, parce que d'autres personnes se plaignent, par jalousie, par haine, par ignorance, par lâcheté, et penser devenir grand dans cette obsession de l'accusation, du procès, jusqu'à devenir un modèle avancé dans le procédé criminel. Qui a décrété que ces enfants albinos avaient un pouvoir ? Il devient convoité ce pouvoir. Ce serait des sorciers qui commencèrent ces rumeurs. Des sorciers sont déjà ceux qui se sont élus, sans électeurs. Ces représentants, très peu, deviennent des guerriers, ou mieux, désignent les guerriers qui vont aller chercher les albinos. Les sorciers ces syndicalistes qui manipulent les gouverneurs grâce à leurs rumeurs. Je reprécise : ces syndicalistes, petits sorciers déviants et méprisants, notre pays a fabriqué ces âmes en peine, petit scribouillards sans esprit. Par laxisme et raccourcis, on dira juste : esprits brouillons. Par affection ou histoires communes, on donne bien des médailles à des nazillons. Allez une récompense, et qu'on n'en parle plus. Allez, on enlève la récompense d'un bien moindre mal pour en faire un modèle de rigueur et protéger les plus mauvais, chut.

Le lynchage est devenu un outil bien rodé, dans notre pays, il trouve adhésions et d'ailleurs bien plus que dans des bonnes idées (qui n'attirent pas foule ici) C'est une force centrifuge, au moindre virage, tout le monde est emporté, peu importe les arguments, ils peuvent être discordants, c'est même mieux, incohérents, la lâcheté de désigner un coupable, au hasard, ou au gré des opinions affadies et psychorigides, car le chaos doit l'emporter, plus besoin de démocratie. Nous pouvons observer le tourniquet politique, toujours en mouvement et les passagers immanquablement attirés vers l'extérieur, force centrifuge encore. Mais dans un vrai tourniquet, il y a des barrières de protections, dans la politique, seuls les plus hauts placés s'accrochent à une barrière, sinon tout est emporté, dans un même mouvement centrifuge, vers l'extérieur. On connait le programme essorage d'une machine à laver. Chaque virage politique et contradictoire entraîne un essorage définitif, on lave les cerveaux. Les procès sont basés sur du flou, de la fumée, des cendres, et une rumeur en remplace une autre comme si la fin d'un ou d'une des nôtres ne nous touchait plus, comme enjamber des corps sans domicile fixe afin d'acheter sa baguette de pain et revenir en marchant sur ces mêmes corps gisants, jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que ces corps sont des proches, des membres de notre famille. Non, il faut bien nommer une différence, celui-ci est blanc, moi je suis noir, par exemple.

Je me suis concentrée sur des mouvements rectilignes afin d'économiser mes forces. Il n'y a pas de raison d'essorer ou pressuriser un employé, une femme, un homme. Dans un mouvement rectiligne, tout doit pouvoir se déplier et se replier, selon son rythme. Les problèmes doivent pouvoir être posés, ouverts et étudiés. Le repos est mérité, de la durée qu'il convient pour replier les énergies, après les avoir transmises, le temps que chacun chacune les étudie. Je préfère la glisse, parce que je n'ai pas d'autre moyen, je vais parfois trop vite. Mais enseigner le dessin et la ligne claire, c'est visualiser des desseins sur lesquels on peut glisser ensuite, penser avec aisance et maîtriser des outils, ses gestes et ses logiciels, ou petits outils pratiques, il n'y a pas de sacré dans la technique, il y a sa propre technique, son adaptation entre la manipulation et son confort des gestes, c'est ce qui fait l'unique possibilité d'être en phase avec ses outils, sa pensée, selon mon expérience, dans la création et la capacité d'être en possession de ses moyens, et d'en être fier. L'erreur que j'ai commise, c'est de croire, que l'on pouvait aller aussi vite, penser aussi rapidement, et donc, d'imaginer qu'il serait possible à un plus grand nombre d'être égal à ce rythme. Sauf qu'un nombre très infime de la population à des fulgurances de pensées. J'ai dénié nombre de jalousies et de frustrations, dans des écoles qui peinent encore et ont un passé lourd de cachoteries inutiles et peu glorieuses. Je suis passée trop vite, là où des institutions demandent plus de temps, voire s'enlisent en attendant doucement la fermeture. Parce que l'on pense possible que cela reste ouvert, on oublie, avec lucidité de mesurer les forces en présence, et beaucoup sont dans l'incapacité de penser l'avenir d'une école et de l'orienter à bien. C'est pour cela, qu'il y a des mouvements où toute idée d'ouverture ne peut qu'être clôturée, parce que la majorité des participants au mouvement institutionnel ont déjà décidé de mettre fin à leur parcours, (et donc par mauvais ricochet aux parcours des autres, même des plus jeunes) puisque la majorité part à la retraite et décide de l'avenir, toujours élus et décisionnaires, ils n'ont pas su passer la main, transmettre et ne peuvent que réduire les effectifs. On inaugure plus facilement des édifices architecturaux énormes, que l'on souhaite lumineux et transparents et vastes, on s'amuse à couper tant de rubans, mais jamais on a pensé aux êtres qui allaient travailler dedans, en effectif bien réduit, aux pressions inhumaines à venir. C'est pour la photo, un futur patrimoine classé, une signature, mais lorsque l'on regarde qui va travailler dans ces lieux, et comment, on comprend qu'il y a là des manques, les forces en présence ont toutes été exclues par les tourniquets politiques. Peu importe, car la photo sera toujours la même, l'édifice magnifié encore des années, la complexité des relations humaines qui s'y trame, jamais montrée ni valorisée, puisqu'il faut pour cela un dessein clairvoyant, du vivant avec le minéral, et non plus minéraliser les matériaux, seuls. On trouve toujours un benêt pour couper le ruban et une cohorte de benêtes pour pousser l'autre et rester dans le petit cadre d'une petite photo. Ils suivent de bonne foi toute machination et force centrifuge, c'est pour cela qu'ils semblent si bien incarner, à ce moment seulement, le geste de l'inauguration afin d'enterrer la politique passée et nous permettre de croire que tout sera bien mieux, c'est promis.

Que fabrique-t-on, des écoles ? Vraiment ? Ou des centres de rétentions (d'idées) ? Des Musées ou des écoles ? Des cimetières d’œuvres climatisés au milieu de villes étouffantes habitées par des migrants, nous tous ? Des lieux sacrés de culture pour qui, pourquoi, quand leur accès sont interdits, quand les objets enfermés ne représentent qu'une famille ou un groupement de benêts. Des études pour qui, pourquoi ? Pour décorer ces Musées interdits et nettoyer les traces des pas, les toilettes ? Et insulter à loisir tout employé, le traiter de saleté parce qu'il n'aurait pas assez bien nettoyer la merde des autres ? Bel édifice, écrin de bêtises et de niaiseries.

Une question plus large comme notre vaste monde, pour revenir à ce documentaire : pourquoi ne faisons-nous rien pour ces enfants albinos ? Mais nous pouvons faire des images, ce qui sous-entend que nous pouvons (pas moi, hein) être payés pour ces images capturées. Mais pas ces enfants. Jamais ces enfants. Est-ce que ces images, ces films iront dans ces Musées interdits ? Est-ce que des enfants albinos deviendront les employés de ces Musées, afin d'en nettoyer les toilettes ? Si j'intègre des images de ces enfants (c'est moi, hein), je suis dans ce même rapport au monde et aux images, ce sont des images mais elles viennent de ces conflits, elles sont conflictuelles, hors, elles n'ont aucune apparence d'un conflit. Il y a des personnes malintentionnées qui veulent à tous prix mettre du conflit, là où il n'y en a pas, à priori. Des personnes qui passent leur temps à décréter un conflit là où le pacifisme règne. Envenimer une situation, pour passer le temps. Ces personnes s'ennuient assurément.

Comme la première image, un enfant albinos qui porte une casquette, où il est écrit : Angry birds... Nous ne pouvons qu'être des oiseaux en colère, nous aussi, très en colère. Je suis en colère. Mes pensées filent à toute allure et posent des questions à l'épreuve de mon vécu, arborescence, petites feuilles qui poussent, déjà un jardin en une nuit, le matin, est arrivé.

Ce qui emmerde les gens, celles et ceux témoins, ou auteurs des méfaits, ou complices, c'est de voir ces enfants albinos, devenus forts, en faire une vie, un parcours de ces attaques, de ces questions du rejet et de les porter fièrement à un niveau politique, beaucoup rêvent d'être avocats, des femmes, elles ont des idées, elles savent. Ce qui emmerde les gens, c'est de voir ces oiseaux en colère, de toujours les voir, c'est ce miroir constant tendu, consternant, une femme avec un bras en moins qui écrit ou s'habille en toute beauté. Ce n'est pas seulement physique c'est aussi entendre ces idées. Ce qui emmerde les gens, c'est que constamment ils sont face à ce que produit leur haine, et cela leurs est insupportable. Comme l'épée Damoclès, tant que les choses ne changeront pas, ils seront toujours face à des oiseaux en colère, qui leurs rappelleront leurs manquements à la question "être humain".

Et qu'on puisse y réfléchir sans cesse, cela emmerde profondément celles et ceux qui n'ont rien fait, qui n'ont pas avancé d'un iota. Que l'on puisse se hisser sur les traces des crimes et raconter notre histoire, depuis ce que l'on a victimisé, peut être insupportable et les gens préfèrent être sourds et aveugles et illettrés, ne pas savoir, pour pouvoir continuer à faire semblant, semblant de vivre. Vivre c'est reconnaître la colère d'où l'on vient. Et des visages d'anges naissent les colères et la rage de vivre.

À l'ombre du soleil...

Dans les villages reculés de Tanzanie, toutes sortes de conseillers, guérisseurs, sorciers ou devins, appelés waganga en swahili, sont consultés pour des problèmes allant de la vache tarie à l’épouse abstinente. Les prescriptions peuvent inclure des racines pulvérisées, des infusions d’herbes ou encore du sang d’animal. Mais aussi des restes humains de personnes atteintes d’albinisme.
Certains waganga pensent que les cheveux, les os, les organes génitaux ou les pouces de personnes albinos auraient des pouvoirs spécifiques. Séchés, pilés et empaquetés, ou répandus en mer, ces morceaux d’êtres nés avec un déficit de production de mélanine dans un pays ou la majorité des habitants ont la peau noire sont réputés gonfler un filet de pêche, révéler la présence d’or dans un terrain ou faire gagner des voix à un politicien.
Comment ces parties corporelles ont-elles acquis leur réputation magique ? Nul ne le sait précisément, mais des chercheurs en situent l’usage comme marchandise vers le début du XXe siècle, quand les petits agriculteurs ont pensé que la pêche ou l’extraction de l’or offraient davantage d’opportunités, mais comportaient plus de risques.

https://www.nationalgeographic.fr/photographie/tanzanie-pourquoi-les-albinos-sont-ils-persecutes