Lascaux Vézère, vallée de l'Homme

Rêves et prémonitions

On a éliminé de la Cité les savants.
Leurs vies erratiques ostracisées sont vouées à l'invention d'espaces étanches avec la Cité.
Ces espaces plus ou moins clos, avec une porosité diplomatique, ou courtoise, sont confinés à l'intérieur du derme. La peau, en surface, s'exprime sensiblement en poils et boutons.
Sous le derme, des espaces agglomèrent des idées.
Il ne faut pas croire que les esprits sont séparés du corps. Dans chaque cellule, des idées se développent, ou peuvent aussi devenir anarchiques, être un terrain nocif pour le corps.
Si les savants avec leurs espaces sous leur derme, riche d'idées et d'histoires, ne sont pas admis à converser ni participer de la Cité, il doivent quotidiennement veiller à ce que l'anarchie ne surviennent dans leur corps. Donc, chaque jour, une éthique de vie et de l'entretien du corps, profile les heures, les matinées et les soirées, en dehors de tout calendrier de la Cité.

Nous sommes néanmoins dubitatifs sur le devenir de la Cité telle qu'elle se conçoit. Les règles d'organisations ont été érigées sur un modèle militaire et les savants sont regardés comme des solitudes, que l'on veut bien tolérer prisonnières.
Pourtant nombre de manifestants marchent dans la Cité, avec des slogans, les mêmes que l'on trouve sur les paquets des aliments du petit-déjeuner, ou du déjeuner, ou du dîner.

Tout est à vendre, les bêtes et les pierres, leurs gênes et leurs enfants. L'intelligence artificielle milite en silence vers l'accroissement de gênes modifiés dont la surface du derme est lisse et impénétrable. Ces enveloppes ne contiennent aucune cellule. Le cerveau est plat. Ce qu'elles racontent ? Elles vendent n'importe quel paquet de petit-déjeuner, du déjeuner, ou du dîner. En dehors de ces militantes affirmations, convaincantes, il n'y a plus une once d'intelligence sensible.

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Le pot de terre cuite déterré, présentant un motif en forme d’auroch et une série de trous. La pièce date d’il y a 38 000 ans. (Musée National de la Préhistoire)
Grottes, gouffres, châteaux forts, forteresses médiévales, parcs et jardins, parcs préhistoriques, aquariums, parcs à thèmes, cités troglodytiques et gabares, au profit du tourisme des 1,5 millions de visiteurs, dans la vallée de la Dordogne ; un chien a fait une découverte en 1940 et il a touché l'intelligence humaine pour en faire de véritables lieux de pèlerinages, à la recherche, tel ce chien, de fossiles et d'histoires. Dans un récent article j'écrivais sur les qualités du chien, celui conspué dans la Cité d'Athène, au temps des ostrakas, icône du traître. Quatre garçons en 1940 (nous sommes bien dans un moment de l'histoire française très sombre, avec l'eugénisme, cette idée mortelle et criminelle, une des bases d'une politique officielle du Troisième Reich dès 1933), explorent le terrier dans lequel leur chien vient de s’engouffrer. Ils ne s’attendent pas à une découverte d’une telle ampleur : une grotte. Elle révèle des salles aux peintures exceptionnelles réalisées il y a 18 000 ans par l’Homme de Cro-Magnon. Que fera l'humain de cette découverte ? Du tourisme. Un public nombreux viendra admirer ce chef-d’œuvre de l’art pariétal avant que le ministre de la Culture de l’époque André Malraux décide, par souci de préservation, de sanctuariser la grotte. Lascaux est alors inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO et en 1983 une première réplique de la grotte est réalisée. Mais plusieurs autres découvertes se succèdent dans cette région.

Un pot de terre cuite découvert dans l’une des grottes de la vallée de la Vézère en Dordogne approfondit la connaissance d’un peuple européen mal connu, de la culture de l’Aurignacien. Ce peuple aurait vécu dans des cavernes il y a plus de 40 000 ans en raison de la période critique des températures polaires. Le travail réalisé sur la pierre calcaire contient le motif d’un auroch, un bovidé préhistorique disparu, avec une douzaine de trous décoratifs alignés. Cette découverte a été faite lors d’excavations réalisées dans la grotte de l’abri Castanet et l’analyse de cette poterie montre qu’elle a été réalisée il y a 38 000 ans. L’étude qui a été publiée dans la revue Quaternary International le 24 janvier propose la création d’un nouveau terme pour qualifier ces habitants, les Aurignaciens. Les auteurs principaux, la spécialiste en archéologie culturelle Raphaëlle Bourrillon de l’université de Toulouse et l’anthropologue Randal White du Center for the Study of Human Origins de New York, ont utilisé le laboratoire de l’université d’Oxford pour mesurer les résultats. Ils ont commencé les excavations en 2011 dans l’espoir de trouver quelque chose en plus sur les ancêtres de l’homme moderne s’étant répandu principalement vers le centre Nord de l’Europe. Les auteurs ont expliqué avoir choisi les grottes de la vallée de la Vézère en raison de rapports datant d’avant la Première Guerre mondiale qui indiquent avoir observé de nombreuses pièces archéologiques. Les chercheurs ont également souligné le fait qu’ils avaient déjà découvert de nombreux ustensiles, des pièces d’art et des instruments de musique qui auraient été produits par les Aurignaciens. D’autres ont également été retrouvés dans la grotte de Chauvet en Ardèche, aussi bien que dans des grottes en Allemagne et en Roumanie. L’analyse comparative des pièces retrouvées dans les grottes du Vézère en comparaison de celles d’autres sites européens a montré des similarités remarquables aussi bien dans les techniques que dans les thèmes exprimés. La nouvelle étude conclut cependant que chaque population a marqué sa propre identité régionale. Dans une fouille précédente, le professeur Toma Higham de l’université d’Oxford avait suggéré que les Aurignaciens avaient vécu en Europe depuis au moins 42 à 43 000 ans. Selon une publication de l’académie du 19 juin 2012, le Dr. Higham en est arrivé à ces conclusions après avoir découvert en Allemagne des instruments de musique creusés dans des os d’animaux et dans l’ivoire, qui ont été reliés aux animaux datant de ce temps. Différents artefacts de la culture de l’Aurignacien semblables à ceux retrouvés à l’abri Castanet. Dans la même étude, le professeur Nick Conard de l’université de Tübingen a ajouté que les Aurignaciens avaient probablement utilisé le Danube comme un couloir pour se déplacer il y a 40 à 45 000 ans, depuis qu’ont été retrouvés de nombreux ornements, des figures d’art ainsi que des œuvres à la signification mystique. « Les humains modernes sont entrés dans la région du Danube avant l’arrivée du froid extrême d’il y a 39 à 40 000 ans, lorsqu’un énorme iceberg s’est rompu dans l’Atlantique Nord et que les températures ont chuté », a déclaré le professeur Higham, en notant que cela devait signifier une période de grande crise pour les aurignaciens. Les chercheurs Bourrillon et White et les collègues pensent que ces premiers colons de l’Europe ont survécu jusqu’à 33 000 ans avant aujourd’hui. À la pièce artistique de l’auroch avec les trous à l’arrière s’ajoutent de nombreux ustensiles trouvés dans les grottes. Selon un rapport précédent de l’université de New York en octobre 2016, il a aussi été retrouvé des dents perforées d’animaux, des coquilles perforées ainsi que de nombreuses gravures et peintures témoignant de la vie prolifique des ancêtres, malgré des conditions climatiques adverses.

Le souci de découvertes archéologiques est toujours suivi d'un appât du "public", d'un gain, du tourisme. Savoir qu'il y a plus vieux que soi, n'est pas un signe majeur de découverte. Savoir que des chemins ont été foulés par plus vieux que soi et que l'on traverse les mêmes lieux, n'est pas non plus une révélation. Nos anciens, nos proches nous ont déjà beaucoup appris de leurs chemins à travers leurs propres routes. Non, la seule invention autorisée, c'est la mise en scène, de ces vestiges, qui occupe des régiments entiers d'experts nommés et chercheurs qui transmettent cet art nouveau du spectacle, de ces écrins préhistoriques. Ce sont d'immenses Musées, à ciel ouvert, que l'on ferme partiellement ou que l'on construit sur les lieux mêmes, dont les entrées sont payantes et dont la publicité est déployée comme des flèches d'un arc bien tendu. Cela fait des vacances en famille, on peut, preuves à l’appui, expliquer que l'on vient bien de la préhistoire, on savait déjà peindre, faire du feu, marcher loin et fonder des familles entières, ce que l'on continue de faire, finalement. Il faut se persuader tout de même, les étiquettes sous les petites terres sous verre, indiquent quelques détails numérotés. Nous sommes bien des savants, n'est-ce pas ?

Les peintres étaient-il autant exclus qu'aujourd'hui ? La question n'est pas posée. Pourquoi passe-t-on de Lascaux à l'interdiction de peindre sur les murs ?

Le parcours n'est pas assez fléché, les chercheurs n'ont pas pensé... le parcours de la pensée depuis Lascaux.

Dans les écoles d'art, justement, on ne forme pas à la création, on indique un chemin fléché, celui de cet art de la mise en scène : construire des écrins pour les Musées et le Patrimoine, afin que le tourisme rapporte un peu plus, et que rayonne la publicité des plus anciens, les terres les plus vielles du monde, les terres de la terre, celle où nous marchons encore. La tendance est plutôt à l'interdiction de peindre, conserver les murs... Alors oui, c'était beau Lascaux. Les jeunes étudiants diplômés apprennent à mettre en scène leurs productions, déjà, dans l'école, selon les goûts de leurs professeurs, et apprennent à éditer des dépliants, des parcours fléchés pour faire venir d'autres pèlerins,  il faut aller voir ceci d'abord, puis cela ensuite, dormir chez untel, manger chez truc, se déplacer avec l'engin, le pétrole, bref plus tard ce seront hôtels, restaurants, avions, trains, avec des déchets par milliers abandonnés aux quatre coins du monde, afin de trouver de nouveaux slogans "Oh la pollution !". Mais sortis de l'école, ils seront stagiaires longtemps à compter les entrées des Musées ou réciter les étiquettes et publicités des dépliants. Avec un peu d'obstination, ils pourront un jour assister des conservateurs, afin d'installer de petites terres ou peintures, avec des gants blancs afin de ne pas abîmer les surfaces, ou bien dépoussiérer quotidiennement ces œuvres anciennes, dont ils ne connaissent ni les auteurs, ni le contexte de création, apprenant bien leurs leçons, ils et elles répèteront, on pourra parfois faire une distinction : ceux-là sont cultivés ! Ils auront déjà eu le temps de fonder familles et ils et elles feront partie de la culture autorisée. Pourtant, ils et elles garderont secrets leurs cultures, leurs parcours singuliers, leurs expériences, leurs chemins de pensée, ce n'est pas de la sociologie, ni des statistiques, cela dépasse l'entendement. Aujourd'hui pour tenter de comprendre un jeune, on lui envoie un questionnaire sur écran, avec des grosses icônes de réseaux sociaux en lui posant des questions simples, il aime, il n'aime pas ? Combien de fois visite-t-il-elle le site ? La fréquence ? Cela présage des parcours et affluences touristiques, le nombre de clics et de "likes" sont des mots d'ordre, nous ne sommes plus dans la finesse, l'art pariétal, est très loin. On l'attend le jeune, on l'attend de pied ferme à l'entrée des sites. Beaucoup d'évènements payants dépendent de ces jeunes. On nous dit bien "La culture pour tous", ce fameux accès pour tous aux Musées que nous rabâchent les ministres successifs à la culture. Hélas, la culture ne s'impose pas, ni n'est payante. Ce chemin personnel comporte déjà des bagages transmis, transportés, transformés, il est cultivé ce chemin, déjà. Il est très difficile d'enseigner à reconnaître la culture, car il faut apprendre à connaître l'autre, et cela ne s'impose pas. Cette recherche, en soi à destination, peut se partager si les conditions sont réunies, et la réception acceptée. Le bombardement d'informations nuit considérablement à la recherche et la concentration, au vagabondage même de trouvailles fortuites.

Peut-être parmi ceux-ci, celles-ci, des savants continueront leurs vies, à penser ces multitudes de découvertes, dans leurs abris clos, étanche à la vie de la Cité.

La découverte c'est un écart des sentiers battus, il faut la taire et l'enterrer. Un chien saura trouver trésor.

Avoir du chien !

Pour qu'une femme ait « du chien », il ne suffit pas qu'elle soit belle ; il lui faut ce petit « truc en plus », ce charme indescriptible qui la rend totalement irrésistible aux yeux des autres. N'est-ce pas ce flair, celui qui présage la découverte d'une grotte, n'est-ce pas à discrétion que les savants font de véritables découvertes et que d'autres s'emparent de celles-ci pour marchander une merveille. Il faut certes, un peu de flair, il faut connaître l'ostracisme, il faut tout simplement être une véritable bête, pour découvrir et creuser loin, déterrer.