Photographie (© Sonia Marques)

Planningtorock – aka Jam Rostron – is a Bolton-born Berlin-based singer-songwriter, composer, producer and director with three critically acclaimed studio albums of left-field dance to their name – not to mention various collaborations, operas, film scores and remixes. A self-taught, non-binary, working-class musician, they’ve spent a decade plus queering sound and vision as Planningtorock. Planningtorock debuted in the Noughties with 2006’s Have It All [Chicks On speed], finding artistic community among fellow DIY outliers and gender outlaws such as Peaches and The Knife. Their sound – tense, spellbinding dance music with classical flourishes, unexpected brass and pitched-down vocals that have become Planningotorock's signature – have earned them a dedicated following. W, Planningtorock’s critically acclaimed 2011 debut on DFA, revealed a visionary and politicised producer. It offered up deeply queered art-pop – 2014’s All Love’s Legal (“a masterclass in left-of-centre dance music”, Mixmag), released on Rostron's own imprint Human Level with banner-ready slogans (‘Patriarchy Over And Out’, ‘Let’s Talk About Gender Baby’), revealed their ability to combine pop-oriented music with a political message.

https://planningtorock.bandcamp.com/album/powerhouse

Powerhouse marks the Berlin-via-Bolton producer’s most intimate album to date, a kinetic, self-produced record flush with attitude, humour, vulnerability and swagger. W, Planningtorock’s critically acclaimed 2011 debut on DFA, revealed a visionary and politicised producer. It offered up deeply queered art-pop – tense, atmospheric dance music cut with classical flourishes, and spell-binding androgyny. But it was 2014’s All Love’s Legal (“a masterclass in left-of-centre dance music”, Mixmag), released on Rostron's own imprint Human Level, where Planningtorock, with banner-ready slogans (‘Patriarchy Over And Out’, ‘Let’s Talk About Gender Baby’), revealed their ability to combine pop-oriented music with a political message. Powerhouse offers up something infinitely more personal: emotionally-charged, biographical anthems drawn from Rostron’s lived experiences as a non-binary genderqueer artist, experiences around family, identity and music itself. Powerhouse was written and recorded across Berlin, London, New York and Los Angeles. It comes couched in the precision-tooled synths that have become Rostron’s signature, though critics and fans will hear a subtle, ear worm-y shift in style here: from the Noughties US r&b swagger of ‘Transome’ and the bubbling oldschool ‘90s house of 'Beulah Loves Dancing' and ‘Non Binary Femme’, to the funky, flute-laced ‘Much To Touch’ (the only track on Powerhouse to feature a co-producer, long-time friend and collaborator Olof Dreijer of The Knife). The striking, pitched-down vocals that shook fans of W are as radiant as ever on Powerhouse. It was pitching that gave Rostron’s then-hidden inner self an authentic, external voice; and it was pitching that enabled them to come out, beginning “this long, complex and very much still evolving process of living their non-binary genderqueer self”. For Rostron, pitching became the sonic embodiment of taking T (testosterone). Listen closely, for example, to the lyrics on W’s ‘Doorway’ and you’ll see a through-line connecting that song with the refrain on Powerhouse’s ‘Jam of Finland’:  “I feel a transformation in me / All those empty spaces in me / Are filling up with me…” Ultimately, Powerhouse is a celebration of liberation, a groove-filled record that sees Rostron consolidating power both personal and artistic. 




Photographie (© Sonia Marques)
Juste avant le concert à la Gaîté Lyrique à Paris, je croise dans la rue incognito Jam Rostron déambulant et d'une démarche assurée chaloupée. Personne ne la reconnait ou sait qui elle est, mais c'est à une demi-heure de son show qu'elle arrive tranquillement. Le temps est humide, Paris est foutraque et prépare sa nuit des Musées, il pleut parfois, il fait doux, ce n'est pas un temps binaire, il change, il nous impose de nous abriter, de nous déshabiller, de nous surprendre, c'est un temps pour voir Planningtorock. Quasi une quinzaine d'années je découvre cette artiste pluridisciplinaire, aux masques et au nez singulier, à l'allure discrète et puissante. J'avais posté un article récent ici et ici en 2011, et de 2013 ici, ici en 2018, et les articles sur The Knife...) C'était en même temps de ma découverte du duo suédois The Knife (formé par Olof et Karin Dreijer), mais Jam Rostron était plus mystérieuse et ses sonorités expérimentales géniales. La question du genre n'était pas encore à la mode, et tout le monde pouvait s'identifier à Planningtorock. Moi je travaillais des sons, je réalisais des albums sonores, des dessins, du graphisme, des masques multiples, et très naturellement, ses musiques me parlaient. J'entendais du violon ou alors de la contrebasse, je ne savais pas bien et puis lorsque je voyais une collerette (je ne l'avais jamais vue en concert à part ces jours-ci) j'imaginais qu'elle sortait d'un opéra, ou d'un théâtre où elle était seule, un héro. J'avais adoré Have it hall, en 2006 et ses pianos sorciers. Sa voix sombre et monstrueusement magique faisait écho à mes expérimentations sonores (album Pépino de 2001, avec "Orient") mes développements sur les voix, des oiseaux. Dans ce que proposait Planningtorock, j'aimais son mélange de cordes, ses influences classiques et vocaux androgynes. Dans son nouvel album Powerhouse, Jam Rostron aborde sa vie personnelle, et son entourage familial, ses attaches, de façon sentimentale et sincère. Elle relate avec pudeur de son enfance et ses difficultés, et de son amour à l'intérieur. Justement, cet amour intérieur transparait lorsqu'on la voit et que l'on entend ses mots et ses maux mélodieux. Elle témoigne de son amour pour sa mère, son père n'est plus en vie et était très malade, sa mère a toujours été malade chronique, sa sœur est autiste. En particulier, à sa sœur, elle rend un bel hommage en sa passion : la house music (arrivée de Chicago dans les année 80, la house music est un genre musical descendant du disco des années 1970. Elle mélange des styles musicaux comme la soul, le R'n'B, la funk, la salsa, le rock ou la pop avec un message progressiste et pro-diversité)
Elle raconte qu'il est difficile de vivre dans la société avec ce genre de maux, l'autisme asperger, et en tant que personne handicapée.
Il y a peu de soutien, mais sa famille a utilisé comme outils, l'amour et l'humour. C'est la meilleure façon de faire face à la situation. Devant nous, elle prend le temps de nous raconter comment elle a découvert son pouvoir, celui d'aimer la musique, en regardant sa mère dancer. Elle avait un tas de disque, et elle s'éloignait pour dancer sur le rythme d'un de ses vinyles. Et petite, Jam Rostron (Janine) voyait sa mère bouger son corps, mais ne savait pas ce que cela signifiait, à présent, avec humour, elle sait et nous le dit, de nouveau, elle nous transmet cela.

"Quand j'y réfléchis maintenant, ça lui chargeait toujours les piles. J'y pensais toujours comme si elle le portait, comme une armure ou quelque chose du genre. Parfois, ce serait vraiment difficile pour elle. Elle devait faire face à beaucoup de difficultés elle luttait pour les droits de ma sœur et elle subissait de nombreux préjugés, en particulier parce que le type d'autisme de ma sœur n'était pas reconnu avant le début des années 90. Ma mère savait que ma sœur était autiste. Je ne peux pas imaginer parce que je ' Je ne suis pas un parent, mais ça doit être déchirant de raconter toute cette merde à propos de votre enfant, quand vous savez. Elle avait donc beaucoup de force en écoutant Aretha Franklin ou Ray Charles. Je pense donc que cela a eu un effet considérable. La musique peut non seulement vous émouvoir, mais aussi vous donner le sentiment de pouvoir réaliser des choses, elle peut vous donner cette force et pour ma sœur, c’était vraiment un espace sûr, un endroit où elle pouvait être elle-même à son goût et se sentir vraiment bien dans sa peau. Je suis reconnaissante d'avoir reçu cela très fortement dans ma maison, et cela m'a également aidé à découvrir la musique en général. Ça a été ma sortie aussi, ça m'a totalement sauvé. Pour pouvoir faire de la musique et en faire mon travail. "


Elle est touchante et la voir en concert, en toute simplicité, nous a apporté beaucoup de bienveillance et d'ondes positives. J'avais adoré son clip avec sa sœur (Beulat Loves Dancing) et lors de son concert, elle nous a raconté son histoire singulière avec amour et un regard protecteur, une histoire de fratrie. J'ai été assez étonnée de ne voir que peu de femmes, ou féministes à ce concert (autant que l'on puisse en reconnaître) peut-être parce-que ce qu'elle représente est très ouvert et amusant, sa vision positive et plastique (elle a fait une école d'art en Angleterre : le Blackburn College of Art on the Foundation course) est complètement décalée par rapport aux propositions artistiques ou musicales en France. Le patriarcat, la misogynie, les stéréotypes de genres ont des entités traitées avec liberté et joie, chez Jam Rostron : Feminism has rarely sounded so much fun !

Elle dit :
"So I set myself an exercise to write about patriarchy in a really simple way. What do I think about it? I just don't want it to be there, I want it to get out of the way. So why not just say that? It is very simple, to the point where it's actually a little bit funny. Which is perfect, because I don't want people to feel threatened. It is a complex, heavy topic but I didn't want to be fearful."

Jam Rostron était vidéaste mais fut effrayée par le monde de l’art trop élitiste et impitoyable. Alors que la musique, tout le monde sent qu’elle peut lui appartenir; elle n’a pas besoin d’être validée par aucun institut.
Elle a une voix exceptionnelle et son ton est direct. Elle parle avec son public, et dans la salle plutôt intimiste, c'était comme une amie qui est venue nous présenter ses nouvelles vocalises, il y avait quelque chose qui faisait tomber toutes les barrières de la star attendue, ne serait-ce que dans sa scénographie, quasiment nue (elle au micro et une projection de ses clips derrière) avec elle complètement habillée. Ce qui change avec ses anciennes apparitions, c'est qu'il n'y a plus de masques. Le groupe The Knife suédois, avec lequel elle a collaboré, usait aussi de stratèges pour déjouer les stéréotypes et les cases dans lesquelles les journalistes attendent les stars et les apparitions. Planningtorock jouait aussi souvent avec sa voix, afin de ne pas définir à l'écoute si c'est un homme ou une femme qui chantait. Elle avait défiguré son visage avec des prothèses, avec du silicone à la colle de théâtre. À présent, elle est là, sans artifice, sur le podium, assumant totalement sa voix, ses gestes, son empathie.



Photographie (© Sonia Marques)

Je sens une transformation en moi /
Tous ces espaces vides en moi /
je suis en train de me remplir…



POWERHOUSE, nous avons tous une powerhouse, nous dit-elle en anglais, une sorte de point spirituel, un karma qu'il faut trouver, un lieu où habiter, le sien est la musique. Elle ne le saura pas, mais cet album m'a beaucoup aidé. Je l'ai écouté en boucle dans une salle de sport pour la cardiologie, aux écouteurs, j'en connaissais toutes les paroles, et j'ai découvert son histoire au fur et à mesure que j'arrivais à traduire un mot anglais en français dans ma tête, tout en faisant du rameur, ou du vélo, parfois 2 heures ou 3, sans m'arrêter. C'est un hasard que j'ai choisi cet album pour m'entrainer, j'ai ainsi découvert mon rythme cardiaque s'améliorer. C'est toute une histoire de cœur, de résistance et de puissance. J'aime beaucoup son logotype choisi, en forme de cœur. Il y a des rythmes différents dans son album, très lents et profonds et très énergiques comme si faire du step (une des composantes fondamentales dans les activités du fitness) ou de la course à pieds, épousaient complètement les appuis des pieds, des cuisses, ce fut, pour moi, une expérience inédite et complètement sensuelle, tout en transpiration.
Il y a surtout la notion de repos. Le rythme cardiaque peut ralentir, on peut s'asseoir écouter une chanson plus lente et ne pas avoir la tête dans le guidon, enchaîner des beats. Il y avait quelque chose d'assez détoxifiant, comme une cure de bonheur liée à la musique et à cette sensation d'être en vie et se battre contre la maladie. Remplir un espace que l'on découvre et se sentir plein, de force et d'amour. Chaque victoire et chaque demi-heure passée à faire du sport en écoutant "le pouvoir de sa propre maison", était une étape à dépasser. Le dépassement de soi fut révélateur avec cette musique et je me devais d'aller voir cette artiste en concert pour la remercier de m'avoir aidé, afin que je retrouve ma maison. Je ne savais pas ce que c'était ces courses de personne, avant, pour le cancer du sein, par exemple, je ne comprenais pas. C'est seule que j'ai dû comprendre l'intérrêt de faire différents sports et que vraiment, ces efforts sont des efforts qui vainquent la maladie, celle d'autrui, des personnes chers. On fait ainsi du sport pour aider les autres à guérir, s'aider soi. Sa musique est peut-être faite pour cela, guérir, se sentir encourager dans nos efforts, se dépasser. Merci Janine.



Photographie (© Sonia Marques)
En 2013, Planningtorock publie le Misogyny Drop Dead EP à l'occasion de la Journée internationale de la femme. La chanson titre est également apparue dans All Love's Legal de 2014, qui a livré des manifestes dansables pour l'égalité transnationale entre les femmes et les hommes, comprenant des chants décalés et des grooves inspirés du R & B. L'année suivante, Rostron compose de la musique pour l'émotivité de la mâchoire, première partie du travail en série du chorégraphe Ian Kaler. Après avoir effectué une résidence à la Villa Aurora à Los Angeles, Planningtorock est revenu avec Powerhouse, la collection de chansons la plus personnelle de Rostron sur leur expériences en tant qu’artiste non binaire, non sexiste. Enregistré à Los Angeles, à New York, à Londres et à Berlin, avec une collaboration avec Dreijer ("Much To Touch", morceau de Powerhouse en co-production avec l'ami et collaborateur Olof Dreijer de The Knife), l'album est arrivé en novembre 2018.

Photographie (© Sonia Marques)

Première page Internet de son site

Je ne connais pas l'auteur de cette photographie...

J'aime aussi ce titre "Too much"  qui décrit combien, que vous soyez femme ou handicapée, ou que sais-je, on entend que vous êtes "trop", trop ceci, trop cela. J'aurai évidemment beaucoup de choses à écrire sur ce "trop", car j'écris et mes écrits ne sont pas formatés, il sont donc "trop". J'adore cette idée du trop, alors si c'est trop, en voici encore plus !

Suis-je trop ? Laissez-moi vous en donner plus !

Sur le syndrome d'Asperger, j'ai une anecdote, un souvenir sensible. Lorsque j'enseignais à l'école d'art de Limoges (où j'ai subis un harcèlement moral de la direction), j'accompagnais nombre d'étudiants très différents et je me suis battue pour la différence, j'ai été maltraitée ensuite pour avoir défendu les valeurs de la diversité et du talent. Il y avait une étudiante très douée qui réalisait des peintures célestes, le ciel et ses constellations avaient une part belle, elle était très sensible à la couleur et complètement marginalisée par le corps enseignant, et pas par les étudiants qui étaient très en empathie avec elle. Elle était parmi nous, lors de mes cours, et parfois elle interrompait l'un d'eux et s'exclamait que j'avais une bague extraordinaire (rien à voir avec le cours) et elle plongeait dans ma bague. Elle avait raison, c'était une bague très particulière, un miroir rond en pointe, en acier. Cella ressemblait à ses recherches étoilées, et ce qui brillait l'attirait, mais de l'ordre du précieux. Son regard était précieux et s'intégrait dans ce que peut être des études en art, c'est évident ! Un jour elle m'a fait part d'une confidence, elle venait d'être diagnostiquée d'un autisme d'Arperger, et elle était rassurée car cela faisait 5 années qu'elle attendait ce diagnostique. Elle se sentait en confiance avec moi, mais elle n'avait pas confiance aux autres professeurs, alors elle n'a pas voulu que cela se sache. Elle avait déjà exposé ses peintures, elle avait vraiment une longueur d'avance sur les autres étudiants dans sa recherche picturale. Et puis elle disait ce qu'elle ressentait, comme le fait qu'elle sentait que cette école était basée sur la "surveillance", qu'elle ne se sentait pas bien. Nous étions situés en sous-sol, et l'architecture était transparente, plusieurs personnes pouvaient observer les cours derrière les vitres aux étages supérieurs et il est vrai qu'il y avait une ambiance terrifiante, on se sentait tout le temps observé, il n'y avait aucun espace isolé, à l'abris des regards, comme si nous étions en geôle, dans une prison grise, et les bruits de chaque chaise résonnait, était amplifié par la réverbération, la hauteur sous plafond. L'architecte n'aurait pas mieux pu concevoir une école de ce type, s'il voulait détruire les liens humains, la sensibilité. Il n'y avait qu'une étudiante autiste pour ressentir fortement cela, ce que tous, nous ressentions sans pouvoir le dire aussi franchement et sans détours, sans ces conventions hypocrites que l'on peut garder, afin de ne pas être "mals vus".
Plus loin, il y avait un couple d'étudiantes amoureuses, elles étaient épiées sans arrêt, à cause de leur orientation, leur genre, et aussi moquées. Je ressentais encore plus intensément ces discriminations partout autours. Et puis, cette étudiante peintre douée à été convoquée par la directrice, celle-ci lui a annoncé qu'elle refusait qu'elle reste dans l'école à cause de son handicape, dont sa famille lui avait fait part, trop heureuse de pouvoir être soutenue par une institution. Ce fut terrible. Il y avait une accompagnatrice et un lieu dédié à côté pour elle, elle était suivie par un corps médical, elle ne posait aucun problème à personne dans l'école. Cette accompagnatrice nous a écrit à tous, enseignants, pour nous sensibiliser à ce handicape et nous demander d'influencer la direction afin qu'elle reste. J'étais tout à fait d'accord. Mais hélas, la direction a été encore plus fermée. Et j'ai été déçue de mes collègues, ils n'avaient pas valorisé les excellents résultats de cette étudiante. Le seul professeur peintre ne l'a pas défendue, pourtant il reconnaissait ses qualités. Je n'étais pas identifiée comme professeure de peinture, et pourtant, je suis aussi peintre, j'ai des connaissances avérées, ma pratique n'est pas quotidienne, mais ma culture est picturale autant que sonore. Cette école créait des cases et des stéréotypes très forts, impossible à traverser, nous avions une place dédiée et décidée par de médiocres administrations, sans possibilité de dialogues humains, empêchant toute spontanéité, toute création. Elle cloisonnait tout, tout en ne souhaitant aucune singularité, chaque espace devait être surveillé, nettoyé, chaque trace de beauté devait être éliminé. Chacun de nous devenions sales. L'étudiante ne fut plus admise en cours, après ses 3 années passées avec nous, elle était devenu un moteur, elle devenait le symbole d'une grande discrimination. Les étudiants n'ont plus rien dit, plus de la moitié de la classe ne s'est plus ré-inscrite l'année suivante. L'école a masqué les chiffres. Tous, ont oublié, les meilleurs éléments sont partis (dans le théâtre ou d'autres école, dans le cinéma, ou d'autres sont retournés dans leurs îles créoles, car la couleur de peau aussi, est encore un préjudice en France). Puis plus tard ce fut autour de l'étudiante lesbienne de subir l'intolérance de la directrice. Puis plus tard, ce fut moi, la professeure. Tout cela a été extrême et incompréhensible. À notre époque, j'ai compris que même celles et ceux qui se disent défendre la diversité ou les gays et lesbiens (et même s'ils elles et eux, estiment "en être") il existe des freins culturels très fort, pernicieux, qui évitent d'aborder le talent artistique, et parce qu'une personne serait différente, ce serait pour cela qu'elle serait exclue de la société, de l'institution. Alors que l'on aurait dû valoriser les personnes qui ont du talent avant tout, valoriser le talent. Ainsi ai-je pu observer qu'au nom de la norme, tous les talents avaient été exclus. Ce tabou ne sera jamais abordé, de nos jours, mais on peut être exclu par une lesbienne et parce qu'on est lesbienne. Ce n'est pas parce que l'on dispose une femme à la direction d'une école d'art qu'il n'y aura pas un patriarcat dominant et sexiste, bien au contraire, il peut se trouver, que celui-ci trouve le plein emploi et que la misogynie s'installe de façon perverse transmissible. Et qu'un nombre inconsidérables de discriminations se développent, sans qu'elles puissent jamais être dénoncées, par le sceau de la présence d'une femme à la direction. Cela suffit, en France, pour expliquer que l'égalité est en marche (sous-entendu que seuls les hommes seraient incompétents pour l'égalité entre femmes et hommes au travail, et que les femmes, parce qu'elle sont femmes sur la carte d'identité, seraient favorables à de nouveaux postes de femmes au travail... Archi-faux.) Il y a des femmes qui détestent les femmes et il est malheureux qu'elles aient du pouvoir de diriger des femmes et des hommes soumis.

Je pense ainsi à cette étudiante et j'espère que son chemin sera plus sain ailleurs, très certainement. Mais cette école a perdu beaucoup, sa liberté, sa création, ses expressions franches, sa santé. Et de la joie d'être ensemble. Résultat : Sa seule manifestation visible : le blocage. La fluidité, ce n'est pas pour demain.