gare

, s  


      nf  
      interj  
1    holà, précaution, doucement, attention  
[antonyme]   distraction, absence  
      nf  
2    terminus, embarcadère, aéroport, halte, station, aérogare, terminal  
[antonyme]   marche 



Que vois-je ? Une belle gare, celle d'où je pars, celle où je reviens. Une dizaine d'années avant d'habiter à Limoges j'avais passé des vacances en Creuse (juste un week-end) pendant des mois à travailler pour des plantes vertes (une start up) en virtuel et pour 6 pays différents avec un directeur d'une vingtaine d'années, plus jeune que moi. Je m'étais octroyée ces jours pour rejoindre mon conjoint qui passait ses vacances chez ses parents, ils avaient loué un gîte en Creuse. Il ne travaillait pas et passait du bon temps en famille, tandis que moi je me devais de gagner ma vie, payer mon loyer, et louper quasiment toutes mes vacances, d'autant plus que mes parents, eux partaient dans un autre pays très loin, et donc, c'était encore plus coûteux, en déplacement, en énergie et impossible de se reposer au final, donc je ne retournais pas revoir une partie de ma famille, car rien ne me garantissait d'avenir, j'avais tout à entreprendre par mes seuls moyens (et mon petit sac à dos magique). Drôle de vies. C'était bien plus confortable, encore en ce temps, d'être à la place de l'homme, mais tellement plus émancipateur d'être à la place d'une jeune femme qui aime découvrir, et toujours. On doit laisser bien des bagages en route, pour partir léger. Tant de gares, tant de fois et si légèrement, l'oiseau. J'ai des photographies de moi qui courre attraper mon train à cette gare de Limoges avec mon sac à dos, le même que j'ai encore et qui m'a servi à aller au Canada effectuer mes études. Oui, on n'a pas besoin de beaucoup de choses pour voyager, comment était-ce possible ? L'une de ces photos est surprenante car c'est la belle-mère d'alors, photographe, qui l'a prise à mon insu, je me vois de dos (la photographe prend en photo mon dos), en jupe couleur amande, si consciencieuse et pourtant, personne ne voyait que c'était une femme d'affaire qui portait ce sac espagnol sportif. Apparences trompeuses, souvent, puissant caméléon. Au dos et moi devant cette gare, au départ. Je vois qu'elle ne prenait pas de vacances cette jeune femme et pourtant son diplôme s'intitulait : "Les grandes vacances", car sa vie ne serait plus que des grandes vacances, telle fut sa devise, mais des vacances pas comme les autres. Le mot "vacant" fut un mot très étudié à cette période, je pense qu'il reste d'actualité. Et c'est la gare splendide en décor qui surplombe sa course figée par la photographie. Je vois donc ce dos, je courre aussi derrière elle, mais je ne la vois pas, elle va trop vite.

Quand on part, est-ce que l'on perd toujours sa place ? Quand on part, est-ce que l'on oublie d'où l'on partait ? Les liens affectueusement construits laissent toujours de la place dans le cœur et mesurent assez bien la distance parcourue, c'est un effet élastique et transgénérationnel. Les gares peuvent faire partie de notre patrimoine, et les distances de notre amour pour l'autre, et pour l'ailleurs, du patrimoine qui nous situe le mieux.

Cette gare, je la retrouve plus tard, et là j'ai eu le temps de bien l'observer. J'ai assisté au début de mon installation, à des conférences sur Roger Gonthier (de Périgueux !), l'architecte de la Compagnie des chemins de fer Paris-Orléans. Cela m'a ouvert sur la cartographie de la ville où j'allais emménager. J'étais parmi des têtes grises et blanches à ces conférences et j'ai ainsi mieux saisi comment se construisait toute la ville. Passionnant. J'étais alors une tête grise aussi, mais d'un jeune âge. Une résidence qui dure, un point de repère que j'ai fixé sur une carte, au centre d'un pays.

Point de déplacement sans repère ? Point de repère sans déplacement.

Architecte parisien, licencié en droit, Roger Gonthier (1884-1978) est le fils d’Henri Gonthier, architecte-inspecteur des bâtiments de la Compagnie des chemins de fer Paris-Orléans. Lui même architecte de la Compagnie du Paris-Orléans, il réalise à Limoges en 1919, un pavillon frigorifi- que à viande dans le quartier du Verdurier, ainsi qu’en 1941 l’abattoir municipal (actuellement entrepôt municipal), sis 15 avenue de l’Abattoir. Seuls subsistent de cette construction les bureaux aujourd’hui désaffectés : le bâtiment fut très largement modifié en 1968 par l’architecte Henri Coussy. Roger Gonthier est également l’auteur de la cité des Coutures et de la cité-jardin de Beaublanc.




 



La gare des Bénédictins, monumentale, est construi- te au-dessus des voies sur une platforme en béton armé, ce qui permet de conserver le réseau des voies ferrées existantes. L’ossature de béton armé et d’acier est masquée par un habillage de pierre et de roches calcaires qui portent les ouvrages décoratifs. La silhouette générale du bâtiment est recon- naissable avec son campanile, qui culmine à 57 m de hauteur, et son grand dôme (31 m) qui surmonte la coupole. Le programme décoratif est en grande partie dû à Henri-Frédéric Varenne, les verrières du hall sont de l’atelier de Francis Chigot. La façade principale rappelle aux voyageurs l’importance des arts du feu à Limoges : deux allégories féminines, aux dimensions monumentales, représentent la porcelaine et l’émail. Les écoinçons de l’arc du portail d’entrée portent deux divinités romaines : Cérès, la déesse de l’agriculture, et Mercure, le dieu des voyageurs. La façade nord propose, elle aussi, une représentation de Mercure : la tête du dieu ro- main surplombe le monogramme « PO » de la Com- pagnie du Paris-Orléans. A l’ouest, on découvre, dans les tympans des fenêtres du cinquième niveau, les armes des principales villes du réseau ferroviaire : Limoges, Orléans, Toulouse, Montauban, Agen, Périgueux, Blois, Bourges, Poitiers, Bordeaux et Tours. La façade orientale, peu décorée, présente le blason de la ville de Paris et celui de la ville de Limoges. L’immense hall, de près de 4 000 m2, frappe tout d’abord par son décor de verre dû à Francis Chigot. Ce dernier a privilégié, dans une composition de bandes horizontales ou verticales, un décor de feuillages, rappelant la végétation du Limousin : le chêne et le châtaignier. Henri Varenne est l’auteur des décors de stuc qui habillent l’intérieur du hall. Il propose dans les écoinçons de la coupole quatre allégories féminines représentant le Limousin, la Touraine, la Gascogne et la Bretagne.




(Photographies © Sonia Marques)

Je m'interrogeais sur l'antonyme de "gare" :

DISTRACTION, ABSCENCE

et aussi sur la définition :

DOUCEMENT, ATTENTION

Sans crier gare, j'ai effectué une bonne marche arrière dans mon parcours, sans écraser personne, car j'avais oublié de prendre quelques bagages émotionnels, heureuse de ne plus être cette femme d'affaire et réserver mon sac à dos pour mes grignotages de balades, en marche avant, avec attention et doucement.