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Lettre lue le 28 juin par des étudiants, destinée au directeur de l'école nationale des beaux-arts de Paris

Pour mémoire, le ministère de la culture a nommé un directeur il y a quelques années, tout en connaissance de ses idées contre les femmes artistes et l'accès aux études en art pour les étudiantes.
Reconnu pour ses propos misogynes dans la presse :

"L'homme a besoin de conquérir des territoires, la femme trouve son territoire et elle y reste ; alors que les femmes cherchent un homme, un homme veut toutes les femmes. La femme, dès qu'elle a trouvé son territoire, elle y reste, d'Agnes Martin à Tracey Emin. Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires vierges."

Ou encore :

"Les hommes prennent des risques beaucoup plus grands, comme d'être détesté, d'être dans la polémique, d'être longtemps dans des champs difficiles."


Ces opinions sur les femmes artistes sont énoncées par l'artiste français Jean-Marc Bustamante au cours d'un entretien avec Christine Macel, conservatrice au Centre Pompidou, et Xavier Veilhan, autre artiste. Leur dialogue figure dans la monographie consacrée à Bustamante publiée par Flammarion, en 2005, dans la collection "La création contemporaine". Elles seraient peut-être passées inaperçues si l'artiste française Orlan ne les avait lues et n'avait attiré l'attention sur elles pour en dénoncer ce qui lui apparaît comme un machisme flagrant. Depuis quelques jours, le milieu de l'art contemporain parisien fait de cette polémique son premier sujet de conversation.
Il existerait donc une essence de la femme et une essence de l'homme et leurs différences se révéleraient de façon particulièrement frappante dans l'activité artistique. L'artiste masculin serait possédé par le désir de conquête, la dépense d'énergie, l'invention permanente. L'artiste féminine aurait "du mal à tenir la distance". Donc, elle s'installerait dans un système : "Chez Nan Goldin et Cindy Sherman, tout est au point très vite, et après elles ne bougent plus vraiment", affirme Bustamante. En réplique, Orlan fait observer que cette remarque s'appliquerait de façon plus juste à bien des créateurs masculins, de Daniel Buren à Niele Toroni en passant par James Turrell ou Lawrence Weiner.
Au cours du dialogue, les deux interlocuteurs de Bustamante ne marquent aucun désaccord avec lui, encore moins une gêne. Xavier Veilhan s'en prend "à ces femmes artistes qui se retranchent dans la case sociale où l'on veut bien les voir". Christine Macel paraît tout aussi convaincue. Après avoir lancé "que peu de femmes arrivent à dépasser les dix ans", elle répond à Bustamante : "Je dois être un homme, alors", et voit dans les thèses qu'il affirme la raison pour laquelle l'exposition "Dionysiac", qu'elle a organisée à Beaubourg en janvier 2005, ne comptait aucune artiste.

(article de Dagen, de 2006)

En 2018, rien n'a bougé en fait. Cette école fut l'une de mes écoles où j'ai étudié, dès 1996. Ce directeur était l'un des professeurs de celle-ci. On peut constater l'impuissance du ministère (de la culture) et nos différents présidents, à faire évoluer ces idées préconçues de l'homme au gourdin et la femme que l'on tabasse auprès de sa marmite artistique, la sorcière, et celle aussi belle de l'homme colonialiste conquérant de nouveaux territoires et corps vierges pour déterminer les castes en accès réservés et les nouveaux artistes esclaves ; avec la confirmation et la validation de telles attitudes de rejet. Ces attitudes, ou comportements, deviennent des idées, mais elles ne sont ni idées, ni projets. Hélas, ces vues de l’esprit, rabougries, deviennent des modèles, auxquels, femmes et hommes de toutes origines, de tout milieu social, dans les familles, dans les milieux de travail, que ce soit dans les domaines artistiques ou pas, dans des moments où les étudiants souhaitent faire des études en art et où l'on observe, dans les familles, de mêmes attitudes de rejets, alors même que ces familles n'ont ni accès aux expositions, ni aux études et aux idées des femmes artistes, les mêmes attitudes d'indifférences, de violences, de négations, de dénis. Ce sont des parcours de vies impactées par ces vues de l'esprit rabougries.
> Comment sommes-nous passés de ces comportements à des idées, que l'on applique lors de sélection, de candidatures, par exemple ?

Professeure dans les écoles d'art depuis 2001, artiste, et enseignante auparavant dans des ateliers en banlieue 93, depuis les années 90, je ne peux qu'observer l'ignorance, de celles et ceux à des postes de directions, pesante, de tout leurs poids, afin de faire disparaître les noms des femmes artistes "vivantes" (parce que les mortes, un paquet de femmes sont utilisées pour utiliser leurs temps de cerveau disponible pour le matrimoine, on préfère toujours les femmes mortes à vivantes), et de ne pas projeter les jeunes femmes étudiantes dans un avenir où elles auront une place décisive. J'ai œuvré pour mes idées, des explorations, mais rien n'était vierge, sur le terrain, ce serait considérer qu'il n'y a point de culture, et j'ai transmis mes savoirs, à mon niveau, celui admissible, que j'ai toujours dépassé. C'est de ma pensée, cette inconnue, que je découvre sans cesse, et rien de ces modèles ne peut s'y accrocher. Elle passe, elle avance vite. Lorsque je lis ces tentatives, cet enfarinage (le directeur a été enfariné lors de son discours le 28 juin dernier) cela fait partie de notre folklore, comme les syndicats. Cela ne pense pas mais cela fait manifestation. Il n'y aura jamais rien dans la presse de ce que notre quotidien et nos avancées abritent, car trop en avance. Il y a toujours des vues de l'esprit rabougries, parfois elles se propagent de façon assez étonnantes, déguisées avec des machines, pour donner l'illusion d'être "dans le coup". N'est-ce pas là, des illustrations pour des vues de l'esprit rabougries ? Pour exemple, je viens d'être remplacée dans mes fonctions par un homme, certainement ignorant de ma situation, à l'école où j'ai enseigné 8 années et dans la ville où j'habite, et c'est la décision d'une femme directrice, validée par le ministère (donc une femme ministre) et peut-être des professeurs syndiqués sous anonymat (en majorité des femmes). Intéressant non ? Et de toutes, elles affichent "le féminisme" comme argument de vente sociale (afin de garder leur emploi et le faire perdre aux autres) Ainsi, comme les Christine Macel, les Catherine Millet, qui sont dans l'ignorance, des directrices décident de suivre ces préceptes contre les femmes, contre les études artistiques, contre notre avenir et pour l'exclusion, tout cela afin de garder leur emploi au sein du patriarcat. Sans le savoir et par ignorance, elles perpétuent le système qu'elles dénoncent à tort et à travers : continuons à être importunées et importunons davantage. Faire du sur-place et accepter toutes les violences. Ces modèles de rejets sont validés et confirment les places attribuées aux uns aux unes et aux autres avant même que les plus jeunes aient pu expérimenter, étudier, devant même l’expérience des plus âgés. Je pense que le pire sera dans le domaine du multimédia, ce que l'on a fait des arts dits "numériques" et leurs enseignements, ce que l'on donne comme crédits à l'intelligence artificielle (beau nom n'est-ce pas) pour l'avoir vu de très près, tant d'ignorance et d'inculture se trouvent hissées en modèle, en professionnalisation, dans les écoles d'art, et là, le rejet des femmes est flagrant, indécent. Soyons certaines d'observer tous les petits cerveaux égocentriques exposer leur rejet, et leurs progénitures, et des femmes pour les applaudir. C'est là tout le paradoxe de notre société, elles leurs donnent tout le crédit qu'elles ont obtenu, toutes leurs économies. Nous sommes restés au temps où les femmes donnaient tout leur salaire à leur père, lorsqu'elles commençaient à travailler. Toutes ces vues de l'esprit rabougries peuvent se propager, avec le soutien indéfectible, de toutes ces femmes aux différents salaires, à différents niveaux, les secrétaires, les directrices restées secrétaires, les ministres restées secrétaires, les cheffes et les surveillantes, les greffières et les juristes, les factrices et les journalistes, ainsi va notre société : avec un gros melon, à présent miniaturisé. Nos intelligences artificielles ont un avenir invisible devant elles, sans résistance mais que des applaudimètres génétiquement modifiés.

Et que diront les ignares : tous ces gens sont des privilégiés, l'art ne sert à rien dans la vie. C'est ignorer beaucoup, et à commencer qu'il n'y a pas de société civilisée sans culture et que l'art arrive bien après, lorsque la culture est reconnue, par nos sœurs, nos frères, nos mères, nos pères et les adoptifs, nos amoureux, nos anciens amoureux, nos grands-parents, de pays différents, nos enseignants, nos commerçants, nos médecins, ce que font les animaux, ce qu'ils fabriquent, ce qu'ils créent, toutes ces espèces capables de création et d'invention, pour vivre, survivre, pour enterrer leurs proches ou les incarner dans le minéral, l'eau, le vent, les nuages. Il n'y a donc pas de jugement sur ce que les uns seraient capables de faire mieux que d'autres ou que les autres seraient incapables de faire et d'apprendre, tellement, ces autres seraient incapables de penser, se mouvoir, s'émouvoir, fabriquer, vivre en paix. Là commencent les divisions, les communautés, les sectes, les critères de sélections, qui abolissent l'accès aux études supérieures, qui terrorisent et participent des idées terroristes, elles bien fertiles, dans notre pays.

Souvenir 2007

femmeusesaction#18

les femmes ont du mal à tenir la distance

Vidéo de 6’11 réalisée par Cécile Proust et Jacques Hoepffner, reprenant l'intégralité des inoubliables propos de Jean-Marc Bustamante (nommé directeur de l'école nationale des beaux-arts de Paris, par notre gouvernement, suite à ces propos misogynes) et Xavier Veillant, 2 artistes français avec Christine Macel, commissaire d'exposition qui rejetait les femmes artistes dans son exposition…CNDC Angers 2007